Rachida Dati, le coup politique d’Emmanuel Macron - C à vous - 18/01/2024
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« Rachida Dati, mise en examen pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire Renault-Nissan. »
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« Elle est soupçonnée d'avoir perçu 900 000 euros pour du lobbying auprès des institutions européennes. »
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« Il vient d'avoir deux ministres relaxés, deux ministres qui étaient mis en examen, qui ont été jugés relaxés. »
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« Dans notre pays, trop de jeunes se disent encore, le théâtre, les musées, la lecture, ce n'est pas pour moi. »
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« La lecture, c'est ce qui permet, et la culture, c'est ce qui permet à chacun de se construire, de devenir un citoyen éclairé. »
Temps de parole
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Rien de chemin, un coup politique qui se confirme avec l'accueil de rockstar réservé à Rachida Dati.
Oui, on lui dit que vous êtes iconique et le mot est assez bien choisi. Mais on avait cité d'ailleurs dans l'article la phrase d'Atal qui disait à Éric Ciotti, on l'a pris parce que c'est une marque, c'est à peu près la même chose.
C'est ce que nous disait Ciotti ici même, hier soir. C'est à peu près la même chose. C'est une marque. Ce n'est pas habituel quand même qu'un président de la République parraine, joue les bodyguards pour la première sortie officielle de sa ministre de la Culture. Ça veut dire quoi ?
On peut se demander s'il y a là un traitement de faveur puisque la semaine passée, on a vu Amélie Oudia-Castara avec Gabriel Attal, Catherine Vautrin avec Gabriel Attal. Et là, c'est Emmanuel Macron lui-même qui semble vouloir installer sa nouvelle ministre vedette dans ses nouveaux habits de ministre de la Culture. Et en même temps, on a vu des déclarations qui disaient maintenant au travail, il donnait quelque part la feuille de route qu'elle allait devoir suivre. Donc c'était un pas de deux assez intéressant à observer. Mais là, c'était une façon aussi de dire que c'était son choix,
Rachida Dati au ministre de la Culture. C'est un faiseur de ministre, Emmanuel Macron. Il l'a prouvé là.
Absolument. Et maintenant, on va voir, c'est toute la question, si cette greffe de Rachida Dati dans l'univers de la Macronie peut prendre, sachant qu'elle n'obéit quelque part qu'à elle-même ou peut-être aussi à Nicolas Sarkozy. Mais là, elle arrive dans un nouvel univers où ils vont devoir trouver, et l'un et l'autre, leur manière de fonctionner ensemble. Le ministère de la Culture, qu'elle ne souhaitait pas Ariane Chemin ? Non, elle a négocié pied à pied, ça a duré longtemps.
Emmanuel Macron, elle lui a envoyé un nombre de télégraphes absolument incroyable, parce qu'elle voulait ce qu'elle appelle un ministère régalien, c'est-à-dire qu'elle aurait bien aimé l'intérieur, ou les armées, beaucoup, ou même l'éducation nationale, mais elle n'a eu que la culture, si je puis dire. Et elle finit par accepter, mais en disant, bon, d'accord, la culture, mais là, je voulais quand même te dire, puisqu'ils se tutoient tous les deux, ils se connaissent depuis longtemps, je voulais quand même te dire, je serai candidate à Paris.
Ah, donc il était prévenu ? Ah oui. Mais il n'a pas pour autant donné son accord ? Est-ce qu'il y a eu un deal ?
Non, c'est loin, c'est loin, les municipales, il peut se passer tellement de choses. Vraiment ? Ah ben oui, je pense qu'en 2-3 ans, il peut se passer beaucoup de choses. Le temps politique n'est pas notre temps, et je pense qu'il n'a même pas pensé à ça.
Pourtant, Emmanuel Macron a dit lors de sa conférence de presse mardi soir qu'il n'avait pas parlé de Paris avec Rachida Dati, qui croire ?
Il s'est quelque part contredit lui-même, puisqu'il nous dit que ce n'était pas du tout l'objet du rendez-vous quand ils se sont vus pour la nommée ministre, et en même temps, il a annoncé quoi, Emmanuel Macron ? Qu'il allait changer le mode de scrutin des municipales à Paris, qu'il y ait une demande de longue date de Rachida Dati, évidemment. Et de la droite à Paris. Donc évidemment que là, on sait très bien que ça faisait partie des discussions. Donc il y a eu un deal ou pas ? C'est ça le deal. C'est ça le deal. C'est une petite discussion. Qu'est-ce que ça va donner aussi, ce passage au ministère de la Culture ? Encore une fois, on n'en sait rien pour le moment.
Rachida Dati, mise en examen pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire Renault-Nissan. Elle est soupçonnée d'avoir perçu 900 000 euros pour du lobbying auprès des institutions européennes. Évidemment, l'Élysée le savait très bien, mais ça n'a pas pesé, ça n'a pas compté.
Non. Je pense que c'est le mot d'Emmanuel Macron. Elle est insubmersible. Quand même, l'Élysée a demandé à voir son dossier judiciaire, une copie de son dossier judiciaire, pour voir si elle risquait vraiment, non, d'être poursuivie, mais d'être condamnée. Et ils ont estimé que tout allait bien et que c'était mineur par rapport au choix de cette vedette, comme on l'a vu.
C'est quand même un risque, non, que prennent Emmanuel Macron et Gabriel Attal ?
Oui, c'est un risque. C'est un risque à la fois judiciaire, mais aussi politique. Et c'est aussi un revirement de la part du président, puisqu'on se souvient qu'en 2017, il avait aussi fait campagne sur le renouvellement des pratiques, sur une certaine exemplarité, sur la probité. Alors bien sûr, elle est présumée innocente. Mais en revanche, on se souvient que François Bayrou lui-même avait démissionné après avoir été mis en examen. Et là, à l'inverse, il nomme une ministre. Il recrute une ministre déjà mise en examen. Donc on voit le glissement quand même. Là, il y a un avant, un après. Ça crée un précédent très important.
Il faut rappeler ce qui se dit aujourd'hui beaucoup au gouvernement et au sein de l'exécutif. Il vient d'avoir deux ministres relaxés, deux ministres qui étaient mis en examen, qui ont été jugés relaxés. Olivier Dussopt hier et Éric Dupond-Moretti devant la CGR devant la Cour de justice de la République. Et donc, d'une certaine façon, il se souvient que ça valide la nouvelle jurisprudence gouvernementale de ne pas faire démissionner les ministres mis en examen, puisqu'ils sont d'autant plus présumés innocents qu'ils sont reconnus innocents après avoir été jugés.
Émilie. Rachida Dati revient donc dans un gouvernement un peu plus de 14 ans après avoir quitté le ministère de la Justice. Hier, à l'Assemblée nationale, pour justifier sa nomination, elle a commencé à ferrailler avec le patron du groupe Les Républicains, son ancien parti, Olivier Marlex.
Dans notre pays, trop de jeunes se disent encore, le théâtre, les musées, la lecture, ce n'est pas pour moi. La lecture, c'est ce qui permet, et la culture, c'est ce qui permet à chacun de se construire, de devenir un citoyen éclairé. Je sais, justement, par mon expérience. Moi, je n'ai hérité de rien. Monsieur Marlex, je sais par mon expérience, ça ne vous parle pas, que la liberté...
Elle n'arrête pas de le faire, ça, depuis qu'elle est arrivée, notamment au gouvernement, de se démarquer. Mes origines populaires, moi, j'ouvre la culture à tous et sa manière à elle de se démarquer. Mais finalement, elle est très isolée, non, dans le monde politique ?
En fait, on a l'impression, je pense, pour les Français, ils ont un peu oublié qu'elle était sarkoziste. Elle est paradoxale, elle est un peu de gauche, un peu de droite. Elle a été d'ailleurs nommée garde des Sceaux par la droite, première femme garde des Sceaux issue d'immigration. C'était normalement un geste qui aurait dû être un geste de la gauche. Donc, c'est un peu brouillé, tout ça, et on ne sait plus très bien où elle est, j'ai l'impression.
Mais c'est surtout sa personnalité que les Français retiennent.
Bien sûr, c'est son côté Tony Montana, c'est-à-dire qu'elle répond, c'est vrai, elle répond à tout le monde. Elle a l'art de la punchline, elle le sait très bien, elle en joue depuis des années, et ça amuse beaucoup tous ceux qui la rencontrent pour la première fois. D'ailleurs, les Macron, quand ils la rencontraient pour la première fois, tout le monde la connaissait un petit peu, mais eux, ils se sont un peu encanaillés, là, à table, autour. C'est le bon mot, oui. Je crois. Ils se sont encanaillés. Oui, ils se sont dit, elle est formidable, vous avez vu comment elle parle, parce qu'ils ne connaissent pas, justement, d'Hérachide Haddati.
Quand vous voyez comment elle s'est mise dans la poche, une élue aussi radicale que la féministe écolo de Paris, Alice Coffin, qui l'a défendue juste après sa nomination en disant, mais elle, elle saura résister aux hommes, etc. C'est quand même, on se dit qu'elle a une capacité de séduction assez extraordinaire, au-delà de son propre camp d'origine. Oui, ça va marcher avec le monde de la culture, là, sa capacité de séduction.
Déjà, vous avez recueilli des témoignages à Rien de Chemin, notamment sur le fondateur des Biennales internationales du spectacle, qui se tiennent actuellement à Nantes, auxquels assistent systématiquement les ministres de la Culture, mais pas à Hérachide Haddati aujourd'hui.
Oui, mais je crois que ça fait partie de sa feuille de route. Je pense que le président lui a dit, bon, alors tu vois là, on va délaisser un peu les rendez-vous institutionnels. Toi, tu vas nous parler de ton bibliobus quand tu étais jeune. C'est comme ça que tu as lu. Elle a parlé d'ailleurs dans un entretien avec Catherine Ney de la télévision. Elle dit, la culture pour moi, c'est la télévision, et elle parle des programmes que regarde sa fille. Elle veut faire différemment, autrement. Donc, elle a snobé ce premier rendez-vous rituel.
Oui, oui. Et elle, elle peut se permettre de snobé. C'est une personnalité madrée qui n'a peur de rien. C'est ce que dit Gabriel Attal au sujet de Rachida Haddati dans l'interview qu'il a accordée à Paris Match. Ça sera l'une de ses tâches, Gabriel Attal, de gérer Rachida Haddati. Vous racontez, Mathilde Siro, le vertige des premiers jours à Matignon, mais aussi le secret qu'il a su garder quand Emmanuel Macron pensait à lui. Il n'a prévenu personne ? Il a vraiment gardé le secret ?
Alors, presque personne. Dans son entourage très proche, uniquement deux conseillers qui, avec lui, ont travaillé sur les propositions à faire au président sur à la fois le casting gouvernemental et la feuille de route. Voilà, il avait une semaine un petit peu pour présenter ces choses-là. En revanche, il sait très bien comment ça se passe avec Emmanuel Macron. C'est-à-dire que, tant que ce n'est pas fait, ça n'existe pas. Et il a vécu cet épisode en 2022 très étrange, après la campagne présidentielle, où, effectivement, Emmanuel Macron semblait avoir choisi Catherine Vautrin, aujourd'hui ministre. Et finalement, le lundi, 16 mai, tout change, puisqu'il nomme Elisabeth Borne à Matignon.
C'est ça, surtout, qu'il a voulu s'éviter ? Il a voulu éviter aussi les fuites, parce qu'il sait très bien qu'à partir du moment où un nom sort dans la presse, il est automatiquement la cible de tir ou de ceux qui ne veulent pas que ce soit lui à Matignon. Donc voilà, il a vraiment gardé le silence, très habile. Et surtout, il n'a pas fait campagne non plus pour ce poste-là.
Il n'empêche, c'est ce que vous racontez dans votre papier du point, qu'il a du mal à réaliser. Même une fois nommé, il se pince au point et il travaille comme un fou. Il arrête de manger, littéralement. Ça fait quasiment une semaine qu'il ne mange plus, qu'il ne dort plus.
C'est ce qu'il a dit à un candidat au gouvernement qu'il a reçu la semaine passée, juste avant que l'équipe soit nommée. C'est-à-dire que pour lui, ça intervient quand même très vite. Et même si c'est un personnage extrêmement ambitieux, on sait que depuis sa tendre enfance, il pense à la présidence de la République. Il a le vertige quand même. Il est resté cinq mois à l'éducation nationale. Il avait quand même l'envie de poursuivre les choses. Il a suscité des espoirs. Le président le nomme. C'est un coup politique en soi. C'est un pari. C'est très risqué. Aussi pour lui. C'est-à-dire qu'à Matignon, ça se fait une mal en général. Vous voulez dire quelque chose, Ariane Chaudet ?
Non, mais je me demande comment ça va se passer entre Gabriel Attal et Rachida Tati. Parce que Rachida Tati, elle a cette habitude d'avoir la ligne directe, toujours avec les présidents. Puis elle envoie des petits télégrammes en disant « Le président m'a dit, contrairement à ce que tu penses. » Et donc, ça m'intéresse. Je ne sais pas si Gabriel Attal sait à quel point Rachida Tati peut être violente. Et d'ailleurs, je pense qu'Élise Lusset qui va venir, elle pourra nous raconter.
Bien sûr. Elle fait de l'ombre à Gabriel Attal, surtout avec Rachida Tati. Il avait des vues sur Paris. On a oublié quand même. Il faisait partie des potentiels. Il ne faut pas tout avoir, Matignon et Paris. Ah oui, d'accord. Elle a vues grâce à la Tati, elle a tout. Oui.