"Un moment respectueux de la laïcité": l'interview en intégralité du grand Rabbin de France
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:11OuverteRéponse directe
Avec le recul, est-ce que vous vous dites que ce geste dans l'Elysée est approprié ?
- 1:56OuverteRéponse directe
Avant de revenir sur la polémique, est-ce que vous pouvez nous expliquer comment ça s'est passé ? Qui a eu cette idée ?
- 2:30FerméeRéponse directe
Mais est-ce qu'il n'aurait pas fallu se choisir un autre lieu ?
- 3:01OuverteRéponse directe
Est-ce que vous, c'est vous qui avez dit qu'il faut le faire à l'Elysée, ou est-ce que l'Elysée qui a dit faisons-le plutôt chez nous ?
- 3:59OuverteRéponse partielle
Le CRIF parle d'une erreur. Le Grand Orient de France condamne une atteinte à la laïcité, vous comprenez ces critiques ?
- 5:39FerméeRéponse directe
Si ça avait été une cérémonie de l'Aïd, par exemple, ça ne vous aurait pas posé de problème ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20InvitéFait
« C'est un geste formidable parce que c'est un moment merveilleux. »
- 0:25InvitéFait
« Dans un moment, d'abord, très respectueux, merci pour votre analyse, très respectueux de la laïcité. »
- 0:25InvitéFait
« La laïcité, c'est la liberté de pratique religieuse et la neutralité de l'État. »
- 0:30InvitéFait
« Ce n'est pas le président qui a allumé la bougie de Ranouka, il a allumé une bougie... »
- 0:36InvitéFait
« C'est moi. Il a allumé une bougie mémorielle que j'avais ramenée d'Auschwitz pour dire que la défense de la mémoire, c'est aussi lutter contre l'antimitive. »
- 0:44InvitéFait
« J'ai pris cette flamme et j'ai allumé la bougie de Ranouka dans l'exercice de la liberté de pratique religieuse. »
- 1:31InvitéFait
« eh bien le président de la République nous dit à tous, mais non, ce que vous êtes, ce que vous portez, eh bien a parfaitement sa place sur la table de la République. »
- 2:07InvitéFait
« Non, personne, c'est un calendrier. »
- 2:22InvitéFait
« c'est légitime de l'allumer. »
- 3:28InvitéFait
« Tous les cultes étaient présents, et son engagement dans la défense de la liberté religieuse est reconnu. »
- 3:49InvitéFait
« Personne ne veut déroger à la laïcité, c'est un pilier de la République, et j'entends, tout comme lui, que ce soit absolument respecté. »
- 4:40InvitéFait
« la polémique s'estompera, mais cette image restera, nous avons notre place à la table de la République. »
- 5:13InvitéFait
« C'était un moment vraiment de grande laïcité, de respect, et au fond, qui était le cœur de ce qu'on venait dire. »
- 5:43InvitéFait
« Mais je vais vous dire, s'il y en a une qui s'organise à l'Elysée, j'y irai volontiers. »
- 5:54InvitéFait
« Non, d'abord, en 2004, il y a déjà eu un allumage de Chanukah à l'Elysée, sauf qu'à l'époque, il n'y avait pas tous les réseaux sociaux. »
Temps de parole
- Invité69 %
- Invité 217 %
- Présentateur9 %
- Invité 34 %
≈ 1,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour Anne Corsia, merci de venir sur le plateau du Dej Info. J'aimerais qu'on regarde ensemble ces images hier soir lorsque vous allumez cette bougie de Ranouka. Avec le recul, est-ce que vous vous dites que ce geste dans l'Elysée est approprié ?
C'est un geste formidable parce que c'est un moment merveilleux. Dans un moment, d'abord, très respectueux, merci pour votre analyse, très respectueux de la laïcité. La laïcité, c'est la liberté de pratique religieuse et la neutralité de l'État. Ce n'est pas le président qui a allumé la bougie de Ranouka, il a allumé une bougie... C'est vous, hein, Kaval. C'est moi. Il a allumé une bougie mémorielle que j'avais ramenée d'Auschwitz pour dire que la défense de la mémoire, c'est aussi lutter contre l'antimitive. J'ai pris cette flamme et j'ai allumé la bougie de Ranouka dans l'exercice de la liberté de pratique religieuse. L'Elysée n'étant pas un endroit sanctuarisé comme l'est l'école.
Et merci d'avoir appelé le sapin, la galette des rois et tout ce qui est la réalité, l'exercice de la laïcité, c'est-à-dire liberté de pratique religieuse. Maintenant, si on veut faire de la laïcité la négation absolue, l'oblitération des religions et du fait religieux, alors ça s'appelle l'athéisme et ce n'est pas la même chose. Il y avait tous les cultes qui étaient là hier soir. Et je vais vous dire pourquoi c'était un moment merveilleux. Parce que c'était un moment bienveillant.
Parce que quand il y a une explosion de l'antimitisme et que les juifs se sentent parfois obligés de s'anonymiser, d'enlever leur kippa, d'enlever leur mésouza, d'enlever leur collier, eh bien le président de la République nous dit à tous, mais non, ce que vous êtes, ce que vous portez, eh bien a parfaitement sa place sur la table de la République. Ce n'est pas lui qui le fait. L'État, donc, lui, reste neutre. Mais moi, je peux exercer cette liberté religieuse. C'était le premier soir de Hanoukka. Et puis, pardon, le pays des lumières, vous êtes certain qu'il faut s'offusquer d'une petite lumière qui donne un peu d'espoir ? Il faut un peu se calmer.
Avant de revenir sur la polémique, est-ce que vous pouvez nous expliquer comment ça s'est passé ? Qui a eu cette idée ? À quel moment vous vous êtes dit, ou on vous a dit, d'allumer cette bougie ?
Non, personne, c'est un calendrier. Il se trouve que la remise de ce prix au président de la République, prévue depuis longtemps, était le 7 décembre. Donc, comme c'est le soir, on doit allumer à l'heure précise la première bougie de cette fête, qui dure huit jours, c'est légitime de l'allumer. On est la conférence des rabbins européens, c'est pas une association lambda.
Mais est-ce qu'il n'aurait pas fallu se choisir un autre lieu ?
C'est là où on remettait le prix au président. Et d'ailleurs, je suis surpris que les 15 dernières secondes de la cérémonie occultent cette reconnaissance du rabbinat européen pour ses engagements, pour défendre la liberté religieuse, ce qui est quand même assez marrant quand on voit la polémique, et surtout pour son engagement dans la lutte contre l'antimitisme. Il faut dire une chose, c'est qu'on voit ces images à l'instant qui créent beaucoup de polémiques. Est-ce que vous, c'est vous qui avez dit qu'il faut le faire à l'Elysée, ou est-ce que l'Elysée qui a dit faisons-le plutôt chez nous, au palais d'Elysée ? Comment ça s'est passé ?
On connaît l'emploi du temps contraint du président, donc c'est le plus simple de le faire chez lui plutôt que de le faire venir dans un endroit, il fallait reprendre un endroit. Et puis, il y a un côté symbolique de cette reconnaissance pour ces engagements que tout le monde reconnaît. Tous les cultes étaient présents, et son engagement dans la défense de la liberté religieuse est reconnu. Vous parlez des différentes visites qu'il a pu faire, mais enfin, souvenez-vous du discours au Bernardin, le discours au CRIF, le discours à la Grande Mosquée de Paris, il y en a eu plusieurs, le discours à la mairie de Paris à l'occasion des 500 ans du protestantisme.
Donc il a un véritable engagement à construire une relation apaisée dans le cadre de la laïcité. Personne ne veut déroger à la laïcité, c'est un pilier de la République, et j'entends, tout comme lui, que ce soit absolument respecté. D'ailleurs, il l'a rappelé dans son discours juste avant ce moment.
En attendant, le CRIF parle d'une erreur. Le Grand Orient de France condamne une atteinte à la laïcité, vous comprenez ces critiques ?
Je renvoie à votre remarquable analyse. Il faut raison garder. CRIF, ça prouve que le judaïsme est pluriel, puis comme le président du CRIF était là hier, et que je l'ai vu avec bonheur. Chanter les chants dans un élan spontané, partagé, je me dis qu'il y a parfois des façons d'exprimer les choses qui ne sont pas forcément ce qu'on perçoit. Moi, je sais, parce que j'ai eu des dizaines et des dizaines de messages, oui, des gens qui me disaient pourquoi, comment, mais tant de gens qui nous disent, et qui m'ont dit, oui, la polémique s'estompera, mais cette image restera, nous avons notre place à la table de la République.
Le président du CRIF ne vous a rien dit, il parle d'erreur sur une radio, à vous il ne vous a rien dit ? Il vous a appelé, vous en avez écouté ? Écoutez, moi je pense qu'il peut exprimer une autre vision que la mienne, c'est légitime. Il est mandaté par son institution, c'est légitime, mais il était invité, il n'est pas parti au moment où ça s'est produit. Je vous assure que pour y avoir été, c'était un beau moment, qui n'est pas un moment de connivence, de collusion, de cordialité. C'était un moment vraiment de grande laïcité, de respect, et au fond, qui était le cœur de ce qu'on venait dire. Oui, je défends les libertés de pratique religieuse pour tous.
Et puisque nous étions tous les cultes rassemblés, il y avait quelque chose de beau dans cette espérance de partage.
Si ça avait été une cérémonie de l'Aïd, par exemple, ça ne vous aurait pas produit de problème ?
Mais je vais vous dire, s'il y en a une qui s'organise à l'Elysée, j'y irai volontiers. Au moment où il y a quelque chose de gâchère pour moi. Est-ce que c'est la première fois que vous allumez une bougie au sein de l'Elysée ? C'est une première, ça ? Non, d'abord, en 2004, il y a déjà eu un allumage de Chanukah à l'Elysée, sauf qu'à l'époque, il n'y avait pas tous les réseaux sociaux. Pour sous Jacques Chirac, c'est ça ? Oui, et c'était un beau moment, qui était aussi d'ailleurs un hommage, c'était un hommage pour les dix ans du décès du grand rabbin Kaplan, grand rabbin Jacob Kaplan. Le président avait allumé une bougie à l'époque ?
Je ne me rappelle plus exactement l'informatique, mais je crois que c'est moi qui l'avais allumé. D'accord. Mais je puis vous dire qu'il y a toujours ce respect, et moi, tant chez le président Chirac, d'ailleurs que chez le président Macron, il y a ce respect du principe de la laïcité, c'était le président Chirac qui avait appelé la laïcité un pilier de la République, et donc on ne peut pas les accuser les uns ou les autres d'être sensibles à vouloir changer les choses, à vouloir aller, comme certains me le disent, vers un modèle anglo-saxon. Non, nous sommes tous et toutes attachés au principe de laïcité, c'est-à-dire liberté de pratique religieuse et neutralité de l'État.
Et c'était exactement ce type de moment hier, qui était merveilleux, à vivre et à partager, parce que je vous assure, quand les gens se sentent rassurés par cette image, oui, peut-être que moi je dois enlever ma kippa, ou je me sens obligé par la pression autour de moi de vivre les choses différemment, mais si la République dit qu'elle fera tout pour que mon culte puisse exister en tant que tel, si elle me défend, elle me protège, alors me voilà rassurée.
Aïne Corsia, Arthur Delaporte souhaiterait réagir à ce que vous êtes en train de dire. Bonjour, Arthur Delaporte, vous êtes député NUPES du Calvados, porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée nationale.
Oui, bonjour. Bonjour, non mais écoutez, j'écoutais avec grand intérêt ce que disait le grand rabbin. Moi, je ne souhaitais pas particulièrement réagir par rapport à ce qu'il disait, mais plutôt par rapport à la situation. C'est une situation qui ne peut mettre le profond laïc que je suis que mal à l'aise, parce qu'on ne peut pas dire ce qui a été dit dans l'analyse préliminaire et ce qui a été répété ensuite, que parce qu'il y a une galette des rois ou un sapin de Noël, il y a des entorses à la laïcité. Il y a une jurisprudence extrêmement claire qui permet de dire ce qui est ou non une atteinte à la laïcité.
Et en l'occurrence, les sapins de Noël ou les galettes des rois, si c'est une coutume locale et non interrompue, ce n'est pas une entorse à la laïcité. Et ce qui diffère avec des gestes... Pardon, je n'ai jamais dit que c'était une entorse à la laïcité. Jamais je me permettrais, pardon, j'étais hominé militaire, et si vous saviez le nombre de crèches de la Légion étrangère que j'ai inaugurée, vous seriez surpris de voir que je peux vous décrire la crèche. Donc je n'ai pas de problème avec l'entorse à la laïcité. Je dis simplement, il faut qu'il y ait une équité en traitement entre les religions, et c'est le cas.
Et bien justement, aujourd'hui, il y a des mairies qui se font condamner parce qu'elles mettent des crèches dans les bâtiments publics, et que ça ne faisait pas partie des coutumes locales et inattendues. Et on pense notamment au maire Eren. Et la laïcité, c'est finalement un certain nombre de règles et de principes, et notamment celle de la neutralité de l'État. Et lorsque le président de la République, il organise ou il accepte ou il tolère dans des lieux républicains une cérémonie cultuelle, finalement, là, c'est une entorse importante à la laïcité, alors même que l'État lui-même condamne des mairies parce qu'elles ont mis des crèches.
Et on ne peut pas avoir, finalement, de double discours. Et ce que fait le président de la République, si c'était attaqué au Conseil d'État, ça pourrait l'être, ça serait problématique. Vous voyez, quand on se marie, quand on se marie dans la mairie, il n'y a pas de cérémonie religieuse. La cérémonie religieuse, elle est en dehors de la mairie. Elle est dans un lieu privé, elle est dans une église, par exemple. Elle n'est pas dans un lieu de l'État, au sens strict, parce que l'État doit être neutre. Et là, hier soir, il y a eu, finalement, une entorse à ce principe de neutralité de l'État. – C'est votre lecture, je ne la partage pas.
– Alicortia ?
– C'est sa lecture, c'est votre lecture, je ne la partage pas du tout. Et je trouve que cet allumage s'inscrit dans une, parler d'habitude, on appellerait ça l'habitus républicain, ça s'inscrit dans une longue histoire de cordialité républicaine entre le judaïsme et la France, depuis l'abbé Grégoire qui a dit comment on peut faire en sorte que le judaïsme soit utile à ce qu'est la France, depuis Napoléon qui a organisé le consistoire et qui a fait en sorte que je me trouve devant vous aujourd'hui. Cette histoire de compagnonnage, c'est au fond ce que vous appellerez l'habitus. Moi, je trouve qu'il y avait quelque chose de lumineux.
Et revenons toujours au principe qui est celui qu'un pays qui a toujours porté les lumières devrait moins s'offusquer de la lumière de l'espérance portée par cette petite bougie que de l'enfermement, de la solitude, de l'isolement dans lequel certains de nos compatriotes, c'est-à-dire les juifs, se trouvent lorsque il y a de l'indifférence envers le sentiment qu'ils ont de se sentir seuls, d'être obligés de s'anonymiser, de se déjudaïser pour pouvoir être un petit peu serein.
D'un mot à Imkorsia, ce soir, il va y avoir un autre allumage de bougies, c'est la tradition de Ranoka. Vous le referiez à l'Élysée ce soir ?
Si, si, j'ai été invité. Je le ferai parce que c'était un beau moment. Alors, si vous voulez, je ne vais pas le faire tous les jours, évidemment. Mais il y a quelque chose là, à un moment, dans ce temps d'allumage des bougies, d'une espérance partagée qui ne vise pas à faire l'imposition de ma religion aux autres, qui vise à dire « Chacun à chacune est une lumière potentielle pour les autres ». Voilà ce que dit cet allumage de bougies. Et je puis vous assurer que si on le faisait partout, ce serait merveilleux. Merci.
Merci. Merci.