Eric Labaye, président de l'École polytechnique - 14/06
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:48OuverteRéponse directe
Comment interprétez-vous les 500 millions d'euros annoncés par Macron pour l'IA ?
- 4:17OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui vous a frappé à Vivatech ?
- 5:43OuverteRéponse directe
Qui sont les startups de Polytechnique exposées à Vivatec ?
- 7:19OuverteRéponse directe
Attendez-vous un atterrissage de la French Tech ?
- 8:21OuverteRéponse directe
Pensez-vous que la France est déjà numéro 1 en Europe sur l'IA ?
- 9:45OuverteRéponse directe
Comment choisissez-vous les startups à soutenir ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:56PrésentateurFait
« Les propos du président, c'est de bâtir des leaders mondiaux. »
- 1:07PrésentateurFait
« On a des compétences importantes aujourd'hui de qualité de recherche, de qualité du corps professoral, de nos étudiants. »
- 1:31PrésentateurChiffre
« Nous, on travaille actuellement sur des approches pour faire plus de 50%. »
- 1:40PrésentateurChiffre
« On est déjà à 1300 ingénieurs, masters, doctorants, diplômés tous les ans dans l'IA et la data. »
- 1:44PrésentateurPromesse
« On veut passer à 2000. »
- 2:16PrésentateurChiffre
« Aujourd'hui, quand on voit, il y a un écart de 1 à 10, voire 1 à 20, entre les capitalisations boursières des grands Américains et des plus grands Européens. »
- 3:09PrésentateurFait
« Aujourd'hui, on est vraiment à la pointe avec notre formation mathématique et informatique. »
- 3:20PrésentateurFait
« On l'a vu avec ChatGPT, c'est un algorithme, au départ, classique. »
- 5:54PrésentateurFait
« Alors, non, déjà, c'est Polytechnique Paris, donc c'est les cinq écoles, je vous rappelle, l'Institut Polytechnique, c'est l'école Polytechnique, Télécom Paris, Télécom Sud Paris, l'Ensta Paris, l'Ensta Paris. »
- 6:03PrésentateurFait
« Et donc, on a des startups qui viennent, ont été créés par des étudiants, ont été créés par des professeurs, ou aussi des startups qui viennent de l'écosystème sur le plateau. »
- 11:18PrésentateurFait
« Le quantique, à l'aspect prix Nobel, à l'école polytechnique, à professeur à l'école, beaucoup des fondateurs des start-up du quantique viennent de polytechnique. »
- 14:30PrésentateurChiffre
« On est dans les top 11 mondiaux en termes de qualité de nos étudiants vus par les employeurs. »
- 16:12PrésentateurFait
« aujourd'hui, on est numéro un, on est reconnu mondialement »
- 16:17PrésentateurChiffre
« qui ont entre deux et cinq fois plus de moyens financiers que nous. »
- 16:38PrésentateurChiffre
« l'EPFL, ils ont 700 millions qui viennent de Genève. »
Temps de parole
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BFM Business présente Edwige Chevrion, la grande interview.
Bonsoir à tous, bienvenue dans cette grande interview où évidemment on va parler de l'intelligence artificielle, on va parler de Vivatec, lanceur tout juste. Bonsoir Eric Labeille. Bonsoir. Merci d'être avec nous. Vous êtes président de l'école Polytechnique et présidente aussi de l'Institut Polytechnique de Paris. Et ce depuis août 2018. Et puis vous avez dit que vous n'allez pas renouveler votre mandat, peut-être pour créer votre propre start-up. En tous les cas, Polytechnique présente 21 start-up, on en dira bien sûr plus qu'un mot, à Vivatec. L'intelligence artificielle est au cœur de Vivatec.
On va parler de robots et de tas d'autres choses, mais enfin on voit bien que nos esprits sont phagocytés par l'intelligence artificielle. Juste pour revenir sur les annonces d'Emmanuel Macron, 500 millions en plus, pour quoi faire ? Comment est-ce que vous, vous avez interprété les propos du président ?
Les propos du président, c'est de bâtir des leaders mondiaux. Aujourd'hui, on connaît la différence de financement entre nos compétiteurs américains, chinois et européens. Et on a des compétences importantes aujourd'hui de qualité de recherche, de qualité du corps professoral, de nos étudiants. Et là, l'idée, je pense, du président, ce qu'il avait déjà exprimé dans France 2030, c'est de passer à l'échelle, de vraiment bâtir ces clusters qui vont pouvoir être au niveau des meilleurs en termes de recherche. Donc, avoir vraiment les meilleurs chercheurs mondiaux sur les problématiques d'IA, de data science, et puis aussi d'augmenter les nombres de formations.
Nous, on travaille actuellement sur des approches pour faire plus de 50%. On est déjà à 1300 ingénieurs, masters, doctorants, diplômés tous les ans dans l'IA et la data. Parmi les meilleurs mondiaux, on est dans les top 11 mondiaux en termes de qualité de nos formations. Eh bien, on veut passer à 2000. Donc, voilà, on sera en tout cas, on va soumettre un projet pour être parmi les clusters que le président a appelé.
Oui, parce que l'idée dans ces clusters, c'est de faire émerger, en fait, deux, trois nouvelles formes d'intelligence artificielle qui, à ce moment-là, seront développées au niveau mondial.
Voilà, et surtout, on peut parler de recherche et de formation, et aussi la question d'innovation, d'où aussi le lien avec Ivatec, puisque ce qu'on veut faire émerger, c'est au-delà d'avancer dans la recherche ou de nouveaux ingénieurs ou doctorants, eh bien aussi, c'est d'avoir des grands mondiaux. Aujourd'hui, quand on voit, il y a un écart de 1 à 10, voire 1 à 20, entre les capitalisations boursières des grands Américains et des plus grands Européens. La question est de faire émerger deux, trois grands leaders européens à partir des pôles d'excellence en particulier français.
Mais l'idée, parce que c'est vrai, du reste, le Président en a parlé, en disant, il ne faut pas se leurrer, les numéros 1, pour l'instant, ce sont les Américains. Nous, on a quand même une chance, parce que tout est en train de se créer en ce moment. Donc, à la limite, il suffit d'avoir le bon logiciel, la bonne data, c'est ça, et après, c'est une technologie qui peut être prise au niveau mondial. Alors, il y a deux éléments. Comment fait-on pour lutter ?
Tout à fait, il y a un élément d'échelle. C'est-à-dire qu'il y a à la fois la qualité de l'algorithme, donc ça, ça va être la qualité de la recherche et de la formation, mais on voit aussi aujourd'hui que quand vous avez la massification des données, eh bien, je dirais qu'un algorithme moyen avec beaucoup de données peut battre un très bon algorithme avec peu de données. Et donc là, en gros, il faut faire les deux. C'est-à-dire, continuer à être à l'excellence algorithmique. Aujourd'hui, on est vraiment à la pointe avec notre formation mathématique et informatique.
Maintenant, il faut aussi qu'on accélère sur la massification des données, en gros, avoir accès à des multiples de données qui vont permettre à l'algorithme de s'améliorer. On l'a vu avec ChatGPT, c'est un algorithme, au départ, classique.
Il s'appelle l'intelligence artificielle générative.
Voilà, mais qui, lui, traite des milliards de données et qui aussi interagit avec des centaines de millions d'utilisateurs qui améliorent aussi ce qu'il est en train de faire. Donc cet élément-là, d'échelle, est partie prenante de la réponse.
Oui. Là, vous avez raison, c'est-à-dire qu'il faut... ChatGPT, il faut le nourrir. Presque avant de lui demander des réponses, il faut d'abord faire de l'input, de lui donner des données. Et à partir de là, il pourra peut-être vous donner les bonnes réponses. Mais il faut le nourrir. C'est très important. On oublie toujours cette phase-là.
Mais voilà, et d'où aussi l'importance d'avoir, je dirais, un marché, en tout cas des utilisateurs, au niveau au moins européen et de plus en plus au niveau mondial. Donc ça, c'est aussi important, d'où aussi l'élément de pouvoir financer ce type de start-up ou d'entreprises qui vont pouvoir aussi bâtir les data centers, bâtir l'accès à la massification des données au-delà de les meilleurs algorithmes qui vont sortir de nos centres de recherche ou de nos formations.
Qu'est-ce qui vous a frappé ? Aujourd'hui, Vivatech, on va le rappeler, on en parle tous les jours sur BFM Business. Évidemment, vous pouvez suivre ce qui se passe sur BFM Business et sur notre site. C'est le plus grand salon européen de la tech qui s'est ouvert tout à l'heure. Je le disais, l'intelligence artificielle, c'est ce qui nous préoccupe tous. Mais il y a plein d'autres aussi innovations. Qu'est-ce qui vous a frappé, vous, Éric Labeille ?
Déjà, la première, c'est qu'il y a beaucoup, beaucoup d'innovations. C'est un salon encore plus important que l'année précédente. Venons du monde entier. Et ce qui est intéressant, c'est que l'IA, c'est en fait transversal. L'intelligence artificielle, c'est une technologie transversale. Et aujourd'hui, on a des technologies beaucoup autour du green tech, tout ce qui est autour de l'environnement, puisqu'on sait que c'est le défi aujourd'hui de l'humanité de changer ses modes de production. Donc, toutes les startups dans le green tech sont assez importantes. Et pareil aussi dans le health tech, donc toute la santé, puisque là, on a aussi un défi de l'humanité autour de la santé.
Donc, moi, c'est deux domaines, en tout cas, que j'ai vus, au-delà de la partie, on va dire, IA, mais qui IA s'appliquent à différents domaines. Si j'en ai un troisième à donner, c'est toute la partie transformation des modes de production, puisqu'on voit bien que dans la décarbonation des modes de production, vous avez besoin de plusieurs disciplines. Il y aura de l'IA, il y aura des algorithmes, il y aura aussi des capteurs, il y aura aussi des éléments de chimie, donc pluridisciplinaires à ce niveau-là. Voilà, trois domaines, en tout cas, où j'ai eu pas mal de startups aujourd'hui, qui étaient vraiment à la pointe avec des idées très intéressantes, dont certaines de Polytechnique.
Et seulement, vous, vous êtes venu sous le coude, dans votre panier, comme vous voulez, avec 21 startups qui exposent à Vivatech. Alors, qui exposent quoi ? Et justement, dans quel domaine ? Et quand vous dites, c'est Polytechnique, c'est nous qui les mettons en avant, ça veut dire que c'est tous des anciens de l'X ?
Alors, non, déjà, c'est Polytechnique Paris, donc c'est les cinq écoles, je vous rappelle, l'Institut Polytechnique, c'est l'école Polytechnique, Télécom Paris, Télécom Sud Paris, l'Ensta Paris, l'Ensta Paris, donc c'est 8500 étudiants, 1500 chercheurs. Et donc, on a des startups qui viennent, ont été créés par des étudiants, ont été créés par des professeurs, ou aussi des startups qui viennent de l'écosystème sur le plateau, qui ont des idées, qui viennent d'un autre incubateur, ou l'incubateur de Télécom à Paris, et qui vont interagir avec les laboratoires.
Donc voilà, et elle couvre, en gros, les différents domaines, Green Tech, Health Tech, il y en a une aussi qui est dans la, tout ce qui est l'optimisation de l'énergie, la partie aussi intéressante, Run Blind, qui est sur le fait qu'aujourd'hui, votre guidage est par l'écran, maintenant, le guidage va être en 3D. Donc, ça aide à la fois tous les citoyens, mais aussi les malvoyants. Donc, il y a tout un élément de, on change l'interface, en fait, entre l'homme et la machine, à partir de profs de maths, plus des étudiants qui ont travaillé tous ensemble.
Et il y a cette incroyable aussi, histoire, enfin, de cette startup Mistral, ils viennent de lever 100 millions d'euros.
Oui, mais je pense que c'est intéressant, enfin, aujourd'hui, on a, c'est pas facile non plus de lever, le monde du capital, mais quand il y a une bonne idée qui a un impact clair, les venture capitalistes sont encore là.
Oui, et justement, si je vous ai chi, je disais ça, c'était parce que, on en a parlé hier, on en parle souvent, évidemment, un peu sur le blues de la French Tech, parce qu'il y a moins d'argent, il y a plus d'exigences, c'est moins un peu la folie, l'euphorie qu'on a connue, en tous les cas, ces derniers mois. Est-ce que vous, vous attendez un atterrissage, quand même ? Est-ce que, là, on est dans la folie de Vivatech, l'euphorie ? Oui, mais... C'est plus difficile, reconnaissez aujourd'hui.
C'est un peu plus difficile, mais les fonds lèvent aussi des fonds auprès des LP, donc il y a toujours de l'argent, de capital qui est prêt à s'investir. Je dirais que là, on vit, si on prend sur 20 ou 30 ans, le monde du venture a vécu, rappelez-vous, 2001, 2010, il y a toujours des moments où une euphorie, ensuite on reprend une partie des fondamentaux, et ensuite on relance avec des entreprises qui ont revu leurs fondamentaux des business models, et qui ensuite vont pouvoir se développer.
Donc, moi, je suis toujours confiant, parce que les sujets sont là, la recherche est là, et on est aussi en train d'accélérer le capital, pas uniquement au niveau du VC, mais vous parliez des fonds qui ont vu tout à l'heure, qui vont permettre de faire les accélérateurs. Et la France, c'est l'accélération en pré-IPO très souvent qui manque. Et là, les fonds permettent justement d'accélérer, d'accentuer, de développer ces entreprises. Donc là, cet élément-là, je pense, va nous permettre de faire émerger des leaders européens.
Emmanuel Macron, le Président de la République, il a dit tout à l'heure, certes, les numéros 1, c'est clairement les Etats-Unis, mais nous, on doit être les numéros 1 de l'Europe. Est-ce que d'abord, vous pensez qu'on l'est déjà ? Parce que les Allemands, on en parle peu, mais ils sont très bons aussi, les Allemands. Oui, les Allemands. Qu'est-ce qu'il faudrait ? Est-ce qu'il faut que chacun joue sa partition ? Ou alors, il faudrait mieux qu'on la joue au niveau européen ? Quel est-vous ?
Alors...
Je vais quand même rappeler votre carrière, vous êtes chez McKinsey pendant très longtemps. Oui, tout à fait. Vous avez même été au comité mondial, je ne suis jamais arrivé à avoir un français. Maintenant, vous êtes la tête de Polytechnique. Qu'est-ce qu'il faudrait sur le plan stratégie ?
Alors, il est très clair qu'on doit à un moment travailler tous ensemble. On le fait déjà, puisque vous avez en gros 3 ou 4 plaques mondiales, 300 350 aux Etats-Unis, 400 en Europe, 1 milliard 3 ou 4 en Inde et en Chine. Et donc, à un moment, il faut que la puissance de frappe du marché, donc déjà, il y a un élément de marché important, de au moins servir tout le marché européen rapidement. Les startups américaines, ils ont tout de suite le marché américain d'entrée. Et donc, il faut absolument, si on veut, être dans la même cour, à la fois adresser le marché et aussi travailler tous ensemble. Nous, on le fait en tant que Polytechnique.
On est dans une alliance qui s'appelle Eurotech, avec justement la TUM à Munich, le PFL en Suisse, des TU à Copenhague, des TU à Eindhoven, des Technion en Israël. Et là, on était tous les présidents d'Eindhoven, moi, j'étais président de cette alliance cette année. On a mis tout sur la durabilité, le développement durable, en disant qu'il faut qu'on mette ensemble nos équipes de recherche, travailler sur des projets communs, des hackathons communs pour nos étudiants, pour justement qu'on arrive à ce que tout le monde travaille ensemble sur des leaders européens, en fait, qui seront des leaders mondiaux puisqu'ils doivent être en concurrence avec les Américains.
Comment vous choisissez ? Parce que c'est parmi vos élèves. Certains sont parmi vos élèves, quand même. Comment vous les choisissez en disant, ben lui, je crois dans son projet, mais je ne crois pas dans celui d'à côté. Comment vous faites ? Concrètement ?
Concrètement, on a tous les ans, on a une cohorte dont on a fait appel à candidature. Et puis, on a un jury qui est à la fois avec des personnes polythéatiques, mais surtout des anciens ou non d'ailleurs, du monde du venture, du monde de l'entreprise qui vont simplement juger en fait la qualité. De nouveau, on évalue et puis on va en retenir une quinzaine.
D'accord. Cette quinzaine, vous les retenez, ok. Et après, qu'est-ce que vous en faites ? Est-ce que vous leur donnez quoi comme moyen ? Est-ce qu'on essaie de suivre un peu le parcours ? Oui, tout à fait.
Ils vont avoir trois éléments intéressants. Le premier, c'est qu'ils vont avoir des coachs. Et là, les anciens de l'école, les anciens de l'Institut polytechnique viennent aider des cours, des masterclasses, des aides des entreprises qui sont dans l'incubateur. Le numéro 2, ils ont un Fab Lab. Donc, on a un des plus beaux, je pense, Fab Lab d'Île-de-France aujourd'hui, 1000 mètres carrés où à n'importe quelle heure du jour de la nuit vous pouvez aller faire votre prototype. Donc, si vous êtes dans la deep tech, ça, ça vous accélère. Et troisième, ils ont accès au laboratoire.
C'est-à-dire qu'ils peuvent aller discuter avec n'importe quel chercheur des laboratoires de polytechnique de leur idée. Et là, on en a certains qui viennent d'ailleurs de l'extérieur juste pour pouvoir dialoguer, créer une dynamique qui ensuite permet d'avancer pour la start-up.
L'intelligence artificielle, c'est très vaste en fait. Donc, on a donné ça, on n'a pas dit grand-chose. On a donné une direction. Il y a le quantique, le deep tech. C'est là où tout ça peut se développer et où la France a une chance ?
Alors, oui, on voit bien. Le quantique, à l'aspect prix Nobel, à l'école polytechnique, à professeur à l'école, beaucoup des fondateurs des start-up du quantique viennent de polytechnique. En tout cas, un des fondateurs vient de polytechnique. Donc, on voit bien que la formation profonde en physique aide à créer ces différentes start-up. Donc, oui, là, on a un rôle à jouer. Sur l'IA, je reviens, il y a un élément transversal dans l'IA qui va permettre justement d'avancer. Parce que je reviens sur le grand défi aujourd'hui, c'est de changer nos modes de production.
On doit décarboner, on doit consommer moins de matière ou de ressources puisque la terre est finie en termes de nombre de matériaux disponibles. On doit changer nos modes de production. Et c'est là où l'aspect pluridisciplinaire de Polytechnique Paris va aider à trouver ces solutions.
Vous faites souvent référence à ce qui se passe sur le pâteau de Saclay où est Polytechnique. Mais, comment vous analysez cet incroyable échec malgré tout de Bernard Arnault qui voulait vous financer, qui voulait mettre 100 millions d'euros sur la table pour financer un nouveau laboratoire, un nouveau centre de recherche ?
Juste, soyez clairement clair, c'était le centre de recherche de LVMH. Nous, financièrement, il n'y avait pas d'impact de ce centre de recherche.
Non, mais par contre, c'est un centre de recherche.
Oui, le centre de recherche de LVMH. Donc, très clair. Je vous rappelle simplement que le conseil d'administration de l'école polytechnique a absolument soutenu le projet. Donc, par contre, il y a eu des anciens, mais de nouveau, dans une démocratie, certains anciens n'étaient pas favorables. C'est ça qui a fait peur
à Patrick Puyanné, qui a fait peur à Bernard Arnault ?
Après, à chacun, effectivement, de prendre un petit peu de recul et de se dire est-ce que j'ai envie d'avancer avec le conseil d'administration de polytechnique ou est-ce que non, finalement, je ne pousse pas le projet ? Et à un moment, Bernard Arnault a décidé de continuer ce partenariat avec nous, donc le partenariat de recherche avec nos laboratoires, mais de ne pas implanter son centre de recherche. C'est une décision qui, évidemment, c'est de la prendre. Voilà. Moi, j'ai exprimé le fait que j'étais vraiment désolé.
Comment vous expliquez ça ? Quand vous discutez avec leur entourage, ils vous disent mais c'est parce qu'on est face à des étudiants qui ne veulent pas de nous, qui rejettent même le fait de diriger des grandes entreprises, de gagner de l'argent. Pas tous, pas tous. Mais pas tous, mais enfin, quand même, il y en a quelques-uns.
Mais on est dans une démocratie, de nouveau, il y en a la majorité, soutient le projet, les professeurs, tous les chercheurs. Du coup, on va pouvoir continuer des problèmes de recherche indépendamment du centre de recherche. Les chercheurs étaient totalement pour avancer puisque les défis de LVMH sont aussi nos défis. Enfin, on est sur des défis sociétaux. L'intelligence artificielle, vous en parliez. Les matériaux, c'est une des grandes questions d'aujourd'hui. Comment est-ce qu'on a des matériaux durables ? Voilà, donc on était sur les sujets de recherche et on va les continuer d'une façon différente sans le centre de recherche installé.
Mais en tout cas, on a pu avancer dans cette direction.
Je recevais le fondateur d'Albert School qui veut faire du data et du business. Vous le connaissez peut-être. Parmi ses actionnaires, il y a Bernard Arnault et il y a Xavier Niel que je recevais aussi et qui disait que le data, on sait que lui, il investit beaucoup dans les écoles et dans la formation. Il y a l'école 42, bien sûr, mais pas que, il y en a beaucoup. Comment vous expliquez ce besoin qu'ils ont, eux, donc des chaînes d'entreprise de Xavier Niel et la technologie digitale, il est incollable. Ils créent leurs écoles. Ça veut dire que nos grandes écoles ne sont plus adaptées à ce qui se passe, à cette terre digitale dans laquelle nous entrons ?
Non, je pense qu'on doit complémenter. Je vous rappelle, on est dans les top 11 mondiaux en termes de qualité de nos étudiants vus par les employeurs. On est les seuls Français à ce niveau-là. Donc, on n'a pas... Les employeurs nous envoient plutôt le feedback de qu'ils sont super bons, les étudiants qui sont formés, par contre, ils nous disent aussi qu'on en aimerait beaucoup plus. Donc, la question, c'est comment est-ce que l'on arrive à continuer à faire croître ?
Et c'est là où, bien, le plan du président, aussi le plan d'industrie verte qui a été présenté il y a quelques mois par le ministre de l'économie, vont aider à accroître le nombre d'ingénieurs, accroître le nombre de gens formés dans le bachelor ou les masters dans ces domaines. Donc là, on doit continuer à faire croître le nombre, mais en termes de... En tout cas, vu des employeurs, en tout cas, on répond à leurs demandes. Maintenant, vu du marché, vous avez aussi des domaines où on n'a pas forcément le système français doit aussi évoluer. On a bien vu le président Apeu qui avait lancé la réforme de l'apprentissage, maintenant la réforme des lycées professionnels.
Là, il y a pas mal d'éléments autour du coding, de tout ce qui est autour de l'informatique, où il y a encore des espaces où il y a une demande incroyable, mais il n'y a pas encore l'offre. Donc, il faut complémenter. En fait, il y a différents segments et il faut complémenter. Et effectivement, ce que vous mentionnez, sans permettre... Il y a eu l'école 42, évidemment, initialement, qui avait aussi rempli un domaine où il n'y avait pas d'offres encore dans le domaine. Moi, je crois beaucoup à la multiplicité des offres qui sont complémentaires pour adresser l'ensemble de la demande du marché. Mais du côté des grandes écoles, on rénove évidemment nos cursus.
Nous, on est en train d'avancer sur des évolutions du cycle ingénieur, des masters, des bachelors pour être sûr qu'on est pertinent en 2030. Donc, je ne dis pas qu'on ne fait rien. On s'adapte, mais en tout cas, le marché de l'emploi nous répond en disant que vous adaptez en tout cas assez bien vos ingénieurs. Le grand défi
Pour une école d'ingénieurs comme Poéthénique, c'est quoi le grand défi ?
Le grand défi, c'est d'assurer sa pertinence. Non, non, c'est d'assurer sa pertinence et donc... C'est un enjeu, d'accord ? Non, non, d'assurer sa pertinence dans dix ans parce qu'aujourd'hui, on est numéro un, on est reconnu mondialement et on est en phase de concurrents qui ont entre deux et cinq fois plus de moyens financiers que nous. Donc, un des grands sujets, c'est les moyens financiers pour financer la recherche, pour financer la formation et l'innovation. Donc, l'enjeu financier... Et ça, c'est pas juste
de la culture française, en fait. Il y a un problème aussi à HEC, c'est de trouver des financements privés dorénavant. Et donc, là, aujourd'hui, d'ailleurs... Donc, ça existe pour les grandes universités américaines.
Voilà. Et là, aujourd'hui, on travaille sur les deux axes parce que vous nous comparez à l'EPFL, l'EPFL, ils ont 700 millions qui viennent... De Genève. Exactement, l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Lausanne,
l'EPFL.
Eh bien, eux, et ça revient justement à la déclaration du président Macron aujourd'hui, de l'État français. Avec l'accélération sur l'IA, ça nous permet d'être justement plus compétitifs avec eux.
À Vivatech, il y a aussi Women in Tech. Il y a beaucoup de... Parmi vos 21 startups, il y a combien de femmes ? Combien ont été créées par les femmes ? J'en ai pas vu. J'ai regardé. Mais je les ai regardées. Non, par contre,
il y avait des... Enfin, alors, la création, je ne vais pas vous apprendre ce que je n'ai pas vérifié. Par contre, quand j'ai fait là, j'ai été voir toutes les startups aujourd'hui, il y avait à peu près une sur deux avaient des femmes qui présentaient. Donc, ils étaient dans l'équipe de direction de... Enfin, ils sont deux ou trois.
Les fondateurs.
Alors, là, je vais vérifier. Je regarderai, mais en tout cas, elles étaient là à interagir avec les personnes qui viennent nous voir.
Qu'est-ce qu'il faudrait faire ? Qu'est-ce que... Je ne sais pas. Est-ce que chez vous, même à Politique... On travaille sur la question. Oui, je sais bien.
Deux éléments très simples. Quand vous regardez la question, c'est que les jeunes filles, on va dire au lycée, choisissent plus d'aller faire des sciences de la vie que des sciences dures. En gros, 70% du côté sciences de la vie, 30% du côté sciences dures. Et donc, nous, ce que l'on fait, là, on a une opération qu'on appelle l'opération Monge, fondateur de l'école polytechnique, mathématicien, c'est d'aller voir des jeunes en troisième ou en seconde et leur dire que si elles rêvent, en particulier, de travailler dans la santé, de travailler dans l'environnement, ingénieur, c'est une superbe voie. Donc, voilà.
Donc, leur montrer l'intérêt d'être ingénieur pour réussir leurs ambitions, leurs rêves.
Vous avez participé à un livre qui s'appelle intéressant avec une... Vous avez débattu avec une philosophe, Catherine Malabou, et... Alors, il y a plusieurs thèmes, on n'a pas le temps de tout... Il y a la question de la formation, ça, bien sûr, mais là, on vient d'en parler. Comment faire pour que... Est-ce que les limites de notre cerveau, en fait, elles vont être définies par l'intelligence artificielle, non ?
Alors là, c'est une question assez... Oui, vous avez une minute pour répondre. Non, tout à fait. Non, je pense que l'intelligence artificielle continue à pousser le cerveau à travailler de superbes façons. C'est-à-dire que, pour moi, ça pousse le niveau de connaissances qu'on doit avoir parce que l'intelligence artificielle...
Elle va dépasser notre cerveau, non ?
Non, moi, je ne suis pas sur cette école-là. Par contre, elle va repousser la frontière de façon très accélérée. Parce qu'il y a quand même un élément dans l'intelligence artificielle, il faut être sûr aussi de la qualité de l'intelligence artificielle. Vous savez, un des sujets aujourd'hui, fake news, pas fake news, donc il y a quand même un élément où l'humain est encore là pour déterminer si l'output de l'intelligence artificielle ou de ce qui sort de l'intelligence artificielle est de qualité. Et là, il y a encore un gros défi autour de ça.
Notre chance, peut-être, c'est que nous, nous sommes... Enfin, on essaie d'être créatifs. Est-ce que l'intelligence artificielle, elle peut être créative ? Est-ce qu'elle est source de créativité ?
Elle est source de challenge, en tout cas. Pour moi... Ah, c'est autre chose. Oui, je suis d'accord. Mais elle va nous pousser à être créatifs. Je pense que...
C'est peut-être notre chance à nous, humains, être humains.
Exactement. Et pour moi, le dialogue avec l'intelligence artificielle pousse à la créativité parce qu'effectivement, elle va assez vite. Et de temps en temps, elle peut aller plus vite que nous sur certains sujets. Mais de là à se dire qu'elle va créer quelque chose, aujourd'hui, je pense qu'il y a encore du chemin.
Cette phrase qu'on a tous entendue, qui nous a fait un peu peur, mais bon, vous croyez en l'extinction de l'humanité à cause de l'intelligence artificielle et de l'JPT ?
Non. Non. Moi, je suis plutôt toujours du côté optimiste, c'est-à-dire que l'humain a toujours eu, enfin on le voit depuis la révolution industrielle ou avant.
Mais c'est la première fois quand même qu'il est confronté ? Non, non.
Je suis d'accord avec vous. Un tel phénomène ? Je suis d'accord. Mais oui, qui est d'ampleur, mais l'Internet en 1996 était déjà une première élément. On a mondialisé les contacts de tout le monde. Là, franchement, on a changé d'échelle à partir de 1996 de façon incroyable. Là, on est en train encore de changer d'échelle, mais moi, je crois beaucoup dans la capacité humaine à trouver des solutions. Donc là, je pense qu'on a des moyens en tout cas de tirer profit au bon sens pour l'humanité de l'intelligence artificielle.
Je suis plutôt plutôt content. On ne peut pas tout traiter ce soir, bien sûr, avec la baie, mais vous l'avez mentionné, en fait, c'était une grande chance pour l'industrie puisqu'il y a cette volonté de réindustrialiser la France. C'est l'innovation. Et c'est ça. Et l'intelligence artificielle va sans doute complètement rebattre les cartes. Qu'est-ce que vous, vous pouvez faire ? Qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
Sur cette innovation
de l'industrie ?
Bien sûr. Sur l'innovation, je reviens à un point majeur. On a plusieurs grands sujets. J'ai parlé beaucoup de la décarbonation de l'industrie. Donc ça, c'est un sujet important. Il y en a un deuxième que je n'ai pas encore adressé qui était aussi les questions de souveraineté. Et aujourd'hui, on a un grand centre qui est sur toutes les technologies de souveraineté et donc qui sont de l'industrie, défense et sécurité, cybersécurité, crypto, le quantique est dedans.
Et donc moi, ça, c'est deux axes importants de travail, de recherche d'abord, de formation et ensuite du coup d'innovation qui vont nous permettre d'un côté de décarboner et du coup aussi de pouvoir sûrement ramener des industries plus productives, décarbonées sur le territoire français. Et puis avec la sécurité et la souveraineté, eh bien aussi, être sur les bons sujets qui nous permettent notre indépendance pour le futur.
Question plus personnelle pour finir. Après McKinsey, après Polytechnique, vous avez donc décidé de ne pas solliciter un deuxième mandat. Vous en aviez marre ?
Non, pas du tout. Mais vous savez, dans la vie, on a différentes étapes.
Vous avez envie de faire quoi ?
De toujours contribuer. D'accord. Non, attendez, de contribuer justement à l'évolution de la France. J'étais venu à Polytechnique pour bâtir un leader mondial avec l'Institut Poétique de Paris et l'École Polytechnique. On a lancé la première phase. Là, j'aimerais continuer à travailler avec des grandes entreprises françaises ou internationales, mais aussi des start-up françaises pour les emmener justement à être parmi les leaders mondiaux. Leaders de la tech français, ils sont très bons. Il faut qu'on grandisse en échelle et c'est ce que, parmi les choses que je vais faire, ça sera sûrement...
Mais de quelle manière ?
On travaille en étant, en investissant, en travaillant avec eux à développer le business dans les conseils d'administration. Voilà, il y a une façon d'aider. Je pense qu'on a un terreau français de French Tech incroyable et voilà.
Il faut juste les aider.
Exactement, et d'être impliqué et les idées à réussir.
Merci beaucoup Éric Labet d'avoir été avec nous, donc président encore de l'école politique technique et de l'Institut politique technique de Paris. Et je rappelle le sens de la tech, très intéressant, c'est des débats et c'est fait par Philosophie Magazine.