"Macron a intérêt à ne pas reculer trop longtemps son annonce de candidature"- B. Teinturier d'Ipsos
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:16OuverteRéponse directe
Comment qualifiez-vous cette campagne ?
- 1:49OuverteRéponse directe
Il y en viendra, mais vous dites qu'elle est difficile à qualifier, cette campagne. Elle a commencé ? Il y a une campagne ?
- 2:20OuverteRéponse directe
Et vous trouvez que c'est assez tardif, cette entrée des Français en campagne, par rapport aux périodes précédentes ?
- 4:17OuverteRéponse directe
Alors, dans cette compétition et à ce stade, Emmanuel Macron domine. Domine dans les sondages avec une avance confortable.
- 6:45OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui pourrait le faire dévisser ? À ce rythme, à ce rythme-là, est-ce qu'il peut être éliminé dans 8 semaines ?
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Alors, son entrée en campagne, fatalement, ça le fait baisser ou pas ? Les sondeurs sont partagés ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:47Locuteur non identifiéChiffre
« 70% de nos concitoyens qui nous disent qu'ils s'intéressent à cette campagne. »
- 0:56PrésentateurChiffre
« En tenant compte des 15 jours de décalage, j'imagine. »
- 1:17Locuteur non identifiéFait
« Il y a le fait qu'un des candidats, et pas les moindres, n'est pas encore candidat, donc les autres ont du mal à se positionner. »
- 1:26Locuteur non identifiéFait
« Ce qu'ils nous disent dans les enquêtes, c'est non pas qu'ils sont en colère, comme ce qu'on avait en 2017, mais qu'ils sont fatigués, incertains, inquiets. »
- 4:40PrésentateurChiffre
« Il est 24-25% à 8 semaines. »
- 4:49Locuteur non identifiéFait
« Il a la légitimité du sortant, en contexte menace sanitaire, menace ukrainienne, etc. »
- 5:13Locuteur non identifiéChiffre
« Il capitalise sur environ 66% d'électeurs d'Emmanuel Macron de 2017 qui revotent pour lui. »
- 5:54Locuteur non identifiéChiffre
« C'est 35% des électeurs de Nicolas Sarkozy de 2012 qui votent Macron en 2017, et 36% des électeurs de François Hollande. »
- 6:23Locuteur non identifiéChiffre
« C'est-à-dire qu'au départ, en 2017, 48% des électeurs de François Hollande en 2017 ont voté pour Emmanuel Macron. »
- 6:59Locuteur non identifiéFait
« La qualification, elle semble quand même tout à fait probable. »
- 7:04Locuteur non identifiéChiffre
« Il peut passer de 24-25% à 22%. »
- 8:21Locuteur non identifiéChiffre
« 60% pour Emmanuel Macron, 38% pour Valérie Pécresse, 35% pour Marine Le Pen. »
- 10:32Locuteur non identifiéChiffre
« Je pense d'abord qu'on est dans les marges d'erreur les plus absolues. Moi, j'ai un échantillon de plus de 12 000 personnes. »
- 13:57PrésentateurChiffre
« Moins de 50% des électeurs de François Fillon veulent voter Valérie Pécresse. »
- 19:16Locuteur non identifiéChiffre
« Le total de l'extrême gauche jusqu'au candidat écologie, c'est à peu près 28%, comme en 2017. »
Temps de parole
- Locuteur non identifié70 %
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Bonjour Brestin Thurier. Bonjour Elisabeth Martichaud. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, directeur général d'Ipsos France. Dans une vingtaine de minutes, grâce à vous, on aura une photo très complète de l'état de la campagne. On est à huit semaines. On peut dire que c'est l'avant-dernière ligne droite. Pas tout à fait dernière ligne droite, mais là, ça commence à mûrir. On est dans un des chiffres. Alors aujourd'hui, Brestin Thurier, huit semaines, 55 jours. Comment qualifiez-vous cette campagne ?
Elle est difficile à qualifier d'abord, mais moi, j'ai utilisé l'image, l'expression de campagne Tefal pour dire à quel point elle accrochait peu, à quel point les candidats avaient du mal à emporter l'intérêt, l'adhésion des Français. Cela étant, on a 70% de nos concitoyens qui nous disent qu'ils s'intéressent à cette campagne. Alors c'est 10 points de moins que ce qu'on avait à la même époque en 2017.
En tenant compte des 15 jours de décalage, j'imagine.
Et en plus, sans tenir compte des 15 jours de décalage. Si on tient compte des 15 jours de décalage, on voit bien à quel point, malgré tout, la campagne peine à emporter l'adhésion des Français, l'intérêt. Il y a de multiples raisons à cela. Il y a d'abord le fait que le Covid n'est plus au cœur des préoccupations, mais encore 15 jours ou 3 semaines, il l'était. Il y a le fait qu'un des candidats, et pas les moindres, n'est pas encore candidat, donc les autres ont du mal à se positionner. Il y a des Français fatigués. Il ne faut pas le sous-estimer.
Ce qu'ils nous disent dans les enquêtes, c'est non pas qu'ils sont en colère, comme ce qu'on avait en 2017, mais qu'ils sont fatigués, incertains, inquiets. Et quand vous êtes dans cet état d'esprit émotionnel, vous vous reconfigurez, vous vous concentrez sur votre famille, vous-même, beaucoup plus que sur une scène collective. Donc tout cela fait que les Français, pour l'instant, ne sont pas encore véritablement dans le film de cette présidentielle.
Il y en viendra, mais vous dites qu'elle est difficile à qualifier, cette campagne. Elle a commencé ? Il y a une campagne ?
Il y a une campagne chez les candidats. Il y a une campagne que les médias animent, parce qu'on ne peut pas dire qu'il n'y a pas à la fois beaucoup de candidats. Il y a des candidats et toutes les sensibilités sont représentées. Il y a des émissions, il y a des débats. On en parle. Donc d'un côté, on fait tout ce qu'il faut, j'ai envie de dire, pour que cette campagne marche. Et de l'autre côté, on a des Français encore très en distance, très à tonne, avec une possibilité d'abstention évidemment importante.
Et vous trouvez que c'est assez tardif, cette entrée des Français en campagne, par rapport aux périodes précédentes ?
Bien sûr, précédentes. C'est très tardif. Alors le système de candidature n'est pas encore totalement stabilisé. La dernière fois, on avait un président sortant qui n'était pas candidat. On avait eu aussi, sur les candidatures, jusqu'en février, souvenez-vous, François Bayrou, et puis après, on a eu beaucoup de choses qui ont percuté la campagne. Mais aujourd'hui, on est encore plus, je trouve, dans quelque chose qui a du mal à s'amorcer, parce qu'il y a des événements extérieurs, la crise en Ukraine, le Covid, qui parasitent aussi la campagne. Et puis un système de candidature non stabilisé. On a eu quand même à gauche Christiane Taubira, il y a encore 15 jours, trois semaines.
On va entrer dans le détail de la situation politique des uns et des autres. Ça va être passionnant. Mais à propos, ça va effectivement très vite, en ce qui concerne la nature même de la campagne. Parce qu'il y a encore 15 jours, on disait qu'il n'y aurait pas de meeting à cause du Covid. Et on voit qu'en fait, depuis 15 jours précisément, les meetings, et on le voit sur LCI, c'est très puissant, rythment cette campagne. Donc les choses changent. Ça se trouve, ce sera une campagne de meeting et non pas seulement une campagne de débat.
Alors ce sera probablement une campagne avec des meetings qui jouent un rôle fondamental, comme ça avait été le cas en 2007, mais aussi en 2012. Et donc les meetings ont toujours leur importance dans la scénographie qu'ils permettent et des moments pour les candidats de s'affirmer. Je crois qu'on aura une campagne qui va beaucoup se structurer sur les débats. Les débats, on avait vu à quel point ils avaient joué un rôle fondamental lors de la primaire de 2016 et puis plus récemment lors de la dernière primaire de la droite. Je pense que les Français seront vraiment attentifs quand il y aura une confrontation des candidats et qu'on saura que ce sont des candidats sur les offres.
Donc là, les choses peuvent véritablement bouger à travers les débats télévisés.
Et c'est ça qui finalement cristallisera le vote pour reprendre le...
On l'espère. On l'espère ? Parce que cette cristallisation, elle est de plus en plus tardive.
Pour vous, c'est compliqué, pour les sondeurs.
C'est de plus en plus incertain. On va en parler. C'est parce que les Français eux-mêmes sont...
Alors, dans cette compétition et à ce stade, Emmanuel Macron domine. Domine dans les sondages avec une avance confortable. On va le voir d'ailleurs dans... Si on peut voir côte à côte et les intentions de vote d'Ipsos et les intentions de vote de l'IFOP. En ce qui concerne Emmanuel Macron, vous êtes, si vous me permettez l'expression, assez raccord. Il est 24-25% à 8 semaines. C'est confortable comme avance.
C'est une avance qui est considérable. Parce que d'abord, il est sur un socle politique et sociologique qui a sa singularité. Même si Valérie Pécresse essaye de venir lui prendre des électeurs de droite qui sont sur Macron. Mais il a une famille sociologique, politique. Il est aussi le président sortant dans un contexte de très forte menace. Donc il a la légitimité du sortant, en contexte menace sanitaire, menace ukrainienne, etc. Donc oui, il a cette force et il capitalise sur environ 66% d'électeurs d'Emmanuel Macron de 2017 qui revotent pour lui.
Il a 66% de son électorat de 2017.
Tout à fait. Et puis il y a un autre phénomène important parce que... Qu'est-ce qui explique que finalement ça tient pour l'instant, en tous les cas, 24-25% ? C'est qu'il y a des électeurs de Nicolas Sarkozy de 2012, vous voyez, quand on revient en amont, et de François Hollande de 2012, qui sont en réalité des convertis, qui ont voté en 2017 pour lui. Mais ce n'était pas un accident. Ou en tous les cas, depuis ce moment-là, on le voit très bien dans le panel que nous faisons pour le Cevipof, la FGJ et le Monde, et bien depuis ce moment-là, se sont littéralement convertis. C'est 35% des électeurs de Nicolas Sarkozy de 2012 qui votent Macron en 2017, et 36% des électeurs de François Hollande.
Ça veut dire qu'au debout de l'omelette, si vous me permettez, vous avez en réalité des segments un peu plus solides que ce qu'on pouvait imaginer. Et c'est ça qui fait que, pour l'instant en tout cas, ça tient, avec une cohérence sociologique et idéologique qui reste assez importante.
Et équilibrée. Il a autant de droite que de gauche.
Alors, si vous reprenez dans le temps, son électorat a quand même bougé. C'est-à-dire qu'au départ, en 2017, 48% des électeurs de François Hollande en 2017 ont voté pour Emmanuel Macron. Aujourd'hui, c'est moins. Donc il y a eu des reclassements et il a plus pris sur l'électorat de droite, d'où la difficulté des LR. Mais malgré tout, il conserve un équilibre assez fort entre des électeurs venus de la gauche et des électeurs qui sont venus historiquement de la droite.
Alors, qu'est-ce qui pourrait le faire dévisser ? À ce rythme, à ce rythme-là, est-ce qu'il peut être éliminé dans 8 semaines ?
On voit difficilement comment il pourrait ne pas être qualifié. Il faut être honnête et dire les choses. La qualification, elle semble quand même tout à fait probable. En revanche, il peut tout à fait baisser. Il peut passer de 24-25% à 22%. Et s'il passe à 22%, ça veut dire que quelqu'un d'autre récupère ses points. Et là, c'est l'opportunité, notamment pour Valérie Pécresse, de réduire l'écart du premier tour. Et l'enjeu majeur, c'est l'écart du premier tour. C'est évidemment la qualification. Mais si Emmanuel Macron distance son adversaire de 8 ou 10 points, ce qui est le cas aujourd'hui, l'effet de levier pour son adversaire au second tour est considérable, indépendamment des reports.
Si ça se joue à 3 ou 4 points, le second tour est très ouvert et il peut l'être.
Alors, son entrée en campagne, fatalement, ça le fait baisser ou pas ? Les sondeurs sont partagés ?
Non, pas fatalement. Il y a cette idée que dès qu'il va être candidat, mais les Français doutent bien qu'il va être candidat, qu'à ce moment-là, il va forcément baisser. Ça dépend beaucoup de ce qu'il va proposer, de ce qu'il va dire. Il est vrai qu'à ce moment-là, les Français, je pense, écouteront davantage ses opposants et qu'il y a une convergence des attaques sur le sortant, comme toujours dans ce cas de figure. Mais ce n'est pas pour autant qu'il est condamné à s'effriter mécaniquement le jour où il va dire « je suis candidat ». Véritablement, c'est l'argumentation sur « qu'est-ce que je propose aux Français ? » Est-ce que 5 ans après, pourquoi est-ce que je demande un second mandat ?
C'est là où ça va se jouer. S'ils se disent « il en a encore sous la pédale », il a une capacité présidentielle qui lui est reconnue beaucoup plus que pour les autres candidats. 60% pour Emmanuel Macron, 38% pour Valérie Pécresse, 35% pour Marine Le Pen. Donc il a cette dimension. S'il donne le sentiment aux Français qu'il peut les embarquer dans un second mandat où il y a des choses à faire et qu'il est le mieux placé pour les faire, il n'est pas condamné à baisser.
Il devra convaincre de son bilan, effectivement. Il ne peut pas faire l'économie de répondre aux attaques de ses adversaires sur son bilan et ils vont y aller très fort.
Bien sûr qu'il y aura le bilan, mais je pense que ce n'est pas ça qui sera le plus structurant. Parce que le bilan, les Français ont aussi intégré qu'il y avait eu deux crises majeures, les gilets jaunes et puis ensuite le Covid. Et du coup, il y a une forme d'indulgence pour une partie de l'électorat sur les réformes qui n'ont pas pu être mises en place. Moi, je crois que c'est la projection dans l'avenir qui va être encore plus décisive que le bilan.
D'accord. On va avancer parce que j'ai beaucoup de questions. Juste, il a intérêt... Il a dit jusqu'au début mars. Bon, c'est factuel. On a jusqu'au 4 mars pour être candidat. Si on a ses signatures, il les a. Donc il a dit jusqu'au 4 mars. Il a intérêt à reculer ou pas, la date de déclaration ?
Il a intérêt à ne pas reculer trop longtemps la date parce que pour le coup, les Français savent qu'il va être candidat et il pourrait donner le sentiment de se défausser sur la situation internationale s'il tardait trop. Je pense que fin février, début mars, on sent qu'il peut y avoir un agacement qui monterait chez les Français. Il ne faut pas qu'il aille au-delà, à mon avis, de cette date-là.
Alors, la droite. La droite, ces candidats et ces thèmes dominent quand même le débat de cette présidentielle pour l'instant. Derrière Emmanuel Macron, il y a 3 candidats qui sont dans ce jambouchard de poche. Est-ce qu'on peut revoir ? Et le IFOP. On a un rolling tous les soirs à 17h qui est très suivi. Ne manquez pas l'émission de Bénédicte Le Châtelier. Donc IFOP et Ipsos. Ce qui est intéressant, c'est que vous les mets situés, Valérie Pécresse, Marine Le Pen, Éric Zemmour, les deux instituts, les situent dans un mouchoir de poche. Simplement, vous n'avez pas la même hiérarchie.
Vous situez, vous, Valérie Pécresse, devant Marine Le Pen quand IFOP situe Marine Le Pen devant Valérie Pécresse et Zemmour puisque Zemmour et Pécresse sont à égalité dans IFOP. D'abord, juste un mot. Pourquoi cette différence ?
Je pense d'abord qu'on est dans les marges d'erreur les plus absolues. Moi, j'ai un échantillon de plus de 12 000 personnes. On peut calculer des marges d'erreur. Même sur un très gros échantillon, on tourne autour de 0,8, 1, 1,5 de marge d'erreur. Donc tout cela, je pense, c'est l'information numéro 1 et en réalité dans un mouchoir de poche. Alors oui, moi, j'avais à un point près plutôt la candidate LER, Valérie Pécresse, devant Marine Le Pen qui a été fragilisée au cours des dernières semaines, d'abord évidemment par Éric Zemmour, mais même au-delà de ça.
Maintenant, quand on est à un point près, sincèrement, la très grande difficulté, le message qu'il faut retenir, c'est qu'on a une difficulté extrême à dire aujourd'hui, si l'élection avait lieu demain matin, qui serait qualifié pour le second tour. Éric Zemmour n'est pas très loin non plus. Il a beaucoup monté très vite. On nous disait à ce moment-là que c'était une bulle sondagière. Non, non, ce n'était pas une bulle. Il y a de vrais éléments qui expliquent la percée d'Éric Zemmour. Il s'est érodé ensuite et il remonte un peu. Et il remonte un peu parce qu'il y a une fragilisation aussi de Marine Le Pen.
Donc la réalité, au-delà du point qui peut nous séparer, c'est qu'en commun, nous mesurons bien ce caractère un peu indiscernable.
Ce que vous nous dites, c'est qu'ils sont trois qualifiables, mais sur la même ligne. Autant Marine Le Pen, Valérie Pécresse qu'Éric Zemmour.
Non, il y a Marine Le Pen et Valérie Pécresse et derrière quand même Éric Zemmour. Donc là, il y a quand même, quand vous prenez attentivement les choses et surtout les dynamiques, une petite avance de Marine Le Pen et de Valérie Pécresse sur Éric Zemmour.
Il n'y a pas une dynamique Éric Zemmour ?
Il y a eu une dynamique, il y a eu une érosion et il revient un peu dans le jeu.
Là, en ce moment-là, ces dernières semaines, il y a une dynamique Éric Zemmour ?
Je ne sais pas si c'est une dynamique ou si c'est en tous les cas quelque chose qui fait qu'il n'a jamais évidemment disparu. On voyait bien pourquoi il n'allait pas s'effondrer et pourquoi aussi il remonte. Je pense qu'il a un axe de campagne qui est très cohérent et qu'il s'y tient et que Marine Le Pen est un peu plus fluctuante. On l'a vu sur les retraites, on l'a vu sur différents thèmes et que sa stratégie est une stratégie plutôt de second tour et pas de premier tour.
Alors qu'Éric Zemmour, il a une stratégie de premier tour à fond.
C'est pour ça que je dis que même s'il y a une avance de Marine Le Pen et de Valérie Pécresse sur Éric Zemmour, je continue à dire et à marteler. Mais attention, on est encore à 55, 60 jours du premier tour et aucun ne s'est véritablement ni effondré ni détaché. Donc le film n'est pas écrit. Il va falloir le suivre. Vous avez un rolling pool, c'est très bien parce qu'il faut le suivre justement au quotidien.
Et on verra dans quelques jours si le meeting de Valérie Pécresse ou pas a produit son effet. Quelle est votre appréciation ? Qu'en retenez-vous ?
Je trouve que le discours est un bon discours sur le fond. C'est-à-dire que les idées sont là pour essayer de capter un électorat de droite qui est parti sur Emmanuel Macron et également sur Éric Zemmour. Donc les ingrédients sont présents. Que la forme en revanche était moins convaincante. On voyait bien que la candidate avait un peu de mal et que ça a pu donner le sentiment sur la forme par moment qu'elle surjouait les séquences. Donc je ne sais pas si les électeurs ont été vraiment convaincus.
Et pourtant, quand vous lisez et pas simplement quand vous écoutez comme je l'ai fait et le meeting et ensuite en lisant le texte, quand vous lisez le texte, vous vous dites que les thèmes sont là pour reconquérir malgré tout une partie de cet électorat qui lui fait défaut. Il faut vraiment avoir à l'esprit qu'on a 47% seulement des électeurs de François Fillon qui nous disent vouloir voter pour Valérie Pécresse.
Moins de 50% des électeurs de François Fillon veulent voter Valérie Pécresse. Elle doit les rattraper. Elle a fait des clins d'œil appuyés jusqu'à Éric Zemmour. Elle a croisé des chemins. Elle a évoqué le grand remplacement. Ce n'est pas la première fois pour dire qu'il ne devait pas se produire. Elle a parlé des Français de papier, qui est quand même une expression très marquée aussi. Elle a raison de draguer cet électorat tout en tentant de donner une perspective d'avenir à la France.
Le grand écart est quand même extrêmement compliqué. C'est quand même compliqué. Est-ce que ça explique ? Oui, ça explique en partie, je crois, ses difficultés. Je pense qu'il y a une autre difficulté pour elle. C'est qu'elle ne peut pas l'emporter sans reconquérir des électeurs d'Emmanuel Macron. Mais si vous dites aux électeurs d'Emmanuel Macron et aux Français que le quinquennat d'Emmanuel Macron, c'est vraiment quelque chose d'abominable, vous dites à ses électeurs qu'ils n'ont rien compris et qu'on se demande vraiment pourquoi ils sont allés chez Emmanuel Macron.
C'est pour ça qu'elle n'a pas tapé sur Emmanuel Macron avant raccourci hier ?
Eh bien, elle est dans un entre-deux depuis le début. C'est-à-dire qu'il y a une critique quand même permanente et assez forte, c'est logique, d'Emmanuel Macron, mais qui se heurte à ce moment-là à la reconquête d'une partie de ses électeurs. Et puis il y a toujours le souci aussi d'essayer d'avoir ceux qui sont partis sur Éric Zemmour. Quand vous vous adressez à ceux qui sont partis sur Éric Zemmour, vous déplaisez à ceux qui sont partis sur Emmanuel Macron. Donc il y a une majeure à adopter. Mais en revanche, elle doit bien parler à l'ensemble du camp de la droite, à l'ensemble de ses électeurs. C'est possible ? Ils sont partis.
Moi, je crois qu'à un moment donné, vous pouvez, à certaines conditions et sur certains thèmes, rechercher une synthèse un peu globale, mais que vous avez des éléments qui éloignent. Par exemple, le Karcher, si on prend cette exemple-là.
Elle a dit qu'elle voulait ressortir le Karcher de la...
Eh bien, elle a raison, parce que je crois que c'est typiquement ce que les électeurs de droite partis chez Macron ne supportent pas.
Ah oui, alors ça, c'est intéressant, parce que vous prenez le contre-pied de tout ce que tout le monde a dit. Le Karcher, c'était une erreur politique.
Oui, je pense que c'est... Oui, oui, tout à fait, je pense que c'était une erreur.
Ah, vous pensez que c'était une erreur, pardon. Oui, c'est une erreur. Ah, excusez-moi, j'ai fait un contresens. Vous pensiez que c'était une erreur de faire cet emprunt ?
Oui, parce que cet emprunt-là est typiquement le genre de choses que ne supportent pas les électeurs de droite partis chez Emmanuel Macron. Et ce n'est pas pour autant, parce que vous réactivez l'idée du Karcher, que vous allez reconquérir des électeurs qui sont chez Éric Zemmour. Donc, pour le coup, là, on n'est pas dans les bonnes thématiques et dans les bons termes. Et la référence passée n'est pas une bonne référence non plus, me semble-t-il. D'abord, parce que l'imaginaire qui est autour de cela, de la cave, du Karcher, etc., peut déplaire au centre droit. Et ensuite, parce que cette allusion à ce qu'avait fait Nicolas Sarkozy, ne s'est pas traduit en acte suffisant.
Oui, c'est ce qu'on avait dit. La question des transferts, elle coûte beaucoup de place. Alors, c'est le camp d'Éric Zemmour et d'Emmanuel Macron qui attirent les camps de LR, de Valérie Pécresse et de Marine Le Pen, qui perdent ces décompositions, une recompositions. Qu'est-ce que ça raconte de la droite ?
Ça raconte la fragilité de la droite. Ça raconte cette recomposition politique qui a été amorcée en 2017 et qui n'est pas achevée et qui est un peu en suspens. On a une droite qui, si Valérie Pécresse était qualifiée, et a fortiori si elle l'emportait, pourrait se recomposer et rester un des pôles dominants majeurs de la vie politique. Mais elle est fragile, cette droite. Elle n'y arrive pas pour l'instant, justement, entre Zemmour-Le Pen d'un côté et Macron de l'autre.
Donc les débauchages ou les prises de guerre traduisent les ambiguïtés et la difficulté de la droite à trouver son terrain de jeu depuis le discours de Grenoble de 2010 de Nicolas Sarkozy et depuis le tournant identitaire de sa campagne en 2011. C'est ça qui a fait exploser, je crois, la droite.
Mais encore une fois, c'est Emmanuel Macron et Éric Zemmour qui attirent vers eux, et pas le contraire. Ils n'ont pas de pertes, eux, ils ne font qu'engranger. Ça veut dire que ce sont eux qui tiennent le haut du pavé pour l'instant et qui sont attractifs.
Ça veut dire que ce sont eux qui ont une ligne claire en phase avec une partie électorale.
Est-ce qu'Éric Zemmour, je vous l'ai déjà demandé tout à l'heure, vous m'avez dit plutôt moins que les autres, mais il peut quand même se qualifier au deuxième tour ?
Quand on est dans ces intervalles-là, je pense qu'on ne peut rien exclure. Très clairement, moi, je maintiens qu'on est sur ces trois candidats dans quelque chose qui reste extrêmement serré et qu'on ne peut effectivement pas exclure, que ce soit Éric Zemmour, même s'il est un peu derrière, qu'il les coiffe sur la ligne d'arrivée.
Alors, notre partenaire, il ne faut pas sonder le deuxième tour, avait un duel Zemmour-Macron. L'écart est très important. Vous aussi, vous l'avez fait. Il peut gagner quand même la présidentielle ?
Écoutez, passons le premier tour avant de se procéder sur le second tour, mais je ne crois pas. Il a un plafond vert qui est encore plus important pour des raisons de fond que Marine Le Pen. Il y a quand même chez Éric Zemmour le sentiment pour de très nombreux Français qu'il n'a pas la capacité présidentielle. Il est inquiétant qu'il produit des propositions démagogiques. Donc, on voit bien que les conditions ne sont pas réunies pour une victoire au second tour. En tous les cas, en l'état actuel, on en est très loin.
Vous savez quoi ? Il reste deux minutes pour la gauche. Le PS est provisoirement hors du coup et la gauche aussi. Elle organise une compétition de deuxième division et sans la moindre stratégie. Ça, c'est Jacques Julliard qui connaît bien la gauche, essayiste, qui disait ça dans le JDD. La gauche est hors-jeu, en deuxième division ?
Oui, je crois qu'elle est effectivement en deuxième division parce qu'elle est d'abord très faible sur le plan électoral. Le total de l'extrême gauche jusqu'au candidat écologie, c'est à peu près 28%, comme en 2017. Ce n'est pas la première fois en 2017. On avait déjà eu cela. Donc, elle est faible en termes de volume. Elle est divisée. Il y a trois candidats qui sont en réalité sur les mêmes électorats, Christiane Taubira, Nidalgo et même Yannick Jadot. Et vous avez un phénomène quasi historique, c'est-à-dire qu'on revoit le parti communiste, une candidature communiste, devant une candidature socialiste.
C'est un symbole quand même de la faiblesse de cette gauche qui pourrait présenter légitimement deux ou trois candidats qui n'ont pas les mêmes visions, mais pas autant de candidats qui se partagent le même terrain de jeu.
Jean-Luc Mélenchon, pour finir, il est en tête de cette gauche, entre 9 et 10%. Grand meeting à Montpellier, c'est lui qu'on entend, c'est lui qu'on voit le plus. Est-ce qu'il peut faire la synthèse, comme en 2017, des électeurs de gauche politisés et d'un électorat plus populaire ? Est-ce qu'il peut réussir la remonte à date 2017 ?
Rien n'est impossible, mais ce sera beaucoup plus difficile. Parce qu'en 2017, on l'a un peu oublié, il était à 13-14% au mois de janvier. Et en réalité, on avait Benoît Hamon qui était à 12%. Et il a siphonné les électeurs de Benoît Hamon. Et c'est comme ça qu'il s'est imposé, avec une très belle campagne, à 19,6%. Là, on n'est pas dans la même configuration. On a des électeurs jadoïstes ou autres qui tiennent, à mon avis, davantage leur électorat. Donc le chemin sera plus difficile pour Jean-Luc Mélenchon. Il peut essayer de reconquérir l'électorat jeune, notamment, qu'il avait beaucoup attiré en 2017. 9%, 10%, 12%, bien sûr que c'est possible.
Mais pour l'instant, en tous les cas, il reste, quels que soient les instituts, alors certains le mettent long, un peu plus haut, mais il reste quand même dans une zone qui est très en deçà de ce qu'il avait à la même époque en 2017.
C'est passionnant. Merci beaucoup, Brice Linterlie. Si on peut, on se donne rendez-vous dans un mois. On sera pile à 4 semaines pour voir où on en est. Parce que c'est maintenant que ça se joue. Et Emmanuel Macron sera entré en campagne. Donc tout commencera aussi. Merci beaucoup, directeur général Dixos, d'avoir été avec nous ce matin. Bonne journée à vous. Quel temps pour...