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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 30 avril 2024 36 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

De Charles Dickens à Zadie Smith : écrire pour se mettre à la place de l’autre

Au micro : Guillaume ErnerSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:54OuverteRéponse directe

    Pourquoi avoir choisi de passer par un roman historique ?

  • 3:39OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui vous a poussée à enseigner l'écriture ?

  • 4:31OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vos étudiants vous ont appris ?

  • 6:20OuverteRéponse directe

    Pourquoi ce choix de revisiter le patrimoine littéraire anglais ?

  • 7:13OuverteRéponse directe

    Comment décririez-vous votre rapport à la littérature anglaise ?

  • 9:37OuverteRéponse directe

    Pourquoi prenez-vous en charge ce patrimoine que l'extrême droite tente de détruire ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:04InvitéFait
    « La raison principale, c'était de réfléchir sur l'histoire. »
  • 2:12InvitéFait
    « Je voulais écrire un roman historique qui soit un peu comme une intervention. »
  • 7:18InvitéFait
    « Je suis un produit de la littérature anglaise. Je suis un produit de l'État anglais. »
  • 8:15InvitéFait
    « Ce qui est intéressant, c'est qu'en Amérique, c'est une question qui est interprétée comme une question woke ou une question idéologique. »
  • 8:35InvitéFait
    « Pour moi, ce qui est idéologique, c'est quand on passe par un système éducatif comme je l'ai fait et je suis capable d'apprécier cette chance que j'ai eue. »
  • 9:01InvitéFait
    « En Angleterre, on ne peut pas raconter l'histoire du 19e siècle sans mettre au centre contre la question de la colonie et des colonies caribéennes. »
  • 10:13InvitéFait
    « Il y a deux sens au mot conservateur. »
  • 10:36InvitéFait
    « Ce gouvernement n'a rien de conservateur. En réalité, ils détruisent les choses. »
  • 11:47InvitéFait
    « Je me fonde sur James Baldwin. Il a écrit un très bel essai quand il est venu en France pour analyser la culture européenne. »
  • 20:18InvitéFait
    « C'est juste le genre de romancière que je suis. C'est ça la tradition dans laquelle je m'inscris. »
  • 27:42InvitéFait
    « Moi je lis tout. Je crois beaucoup au régime diversifié. »
  • 29:32InvitéFait
    « Moi, j'ai trouvé le ton juste mais avec l'âge j'ai de plus en plus d'assurance. »
  • 33:57InvitéFait
    « Je pourrais être William Hainsworth. »

Temps de parole

  • Invité45 %
  • Présentateur30 %
  • Invité 223 %

15,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Les Matins de France Culture Guillaume Erner Ce matin, nous sommes en compagnie d'une grande romancière, Zadis Smith, bonjour. Vous êtes romancière britannique, vous publiez l'Imposture aux éditions Gallimard. C'est votre sixième roman. Ce roman évoque, à travers le regard d'Elisa, touchait une femme de l'Angleterre victorienne, une femme abolitionniste et féministe engagée. Il évoque le portrait de cette Angleterre-là. C'est un livre saisissant, particulièrement impressionnant. En fait, si je devais le dire en un mot, c'est de la littérature. Et donc, je n'ai pas complètement encore réussi à penser ce que ce livre suscite en moi. C'est très touffu.

Il est question, tout d'abord, d'un procès, d'un procès qui a obsédé l'Angleterre. Un procès où il était question de quelqu'un qui se faisait passer pour un autre. C'est une histoire qui rappelle Martin Guerre. Il est question également d'un triangle, d'une sorte de triangle amoureux. Mais c'est aussi une grande réflexion sur la stratification sociale en Angleterre, sur l'esclavage et sur le racisme. Et puis aussi, mais peut-être que tous les grands livres sont ceux-là. C'est une réflexion sur la littérature et sur l'écriture, puisqu'il est question de deux auteurs. L'un est très connu. Il s'agit de Dickens.

Mais vous mettez en scène l'écriture au travers d'un autre auteur, auteur d'un auteur dont je nierai tout. Cet auteur, c'est Einworth, qui est un auteur anglais largement moins connu, avec tout d'abord cette question, pourquoi avoir choisi Zadie Smith de passer par un roman historique ?

2:04
Invité

La raison principale, c'était de réfléchir sur l'histoire. Je voulais écrire un roman historique qui soit un peu comme une intervention. Parce que quand je m'adressais à mes étudiants, en particulier ces 10-15 dernières années, j'ai eu le sentiment de voir apparaître une version du passé que je ne reconnaissais pas, qui était quelque chose de très plat, de très banal, une vision étrange d'une histoire, une vision un peu parfaite, idéalisée, des personnages du passé.

Je savais qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas là-dedans, parce que ce que mes étudiants me disaient, c'est que nous sommes une version perfectionnée de ce qu'était le passé, et aussi en même temps que le présent était un cauchemar. Donc je ne comprenais pas comment ils arrivaient à me dire les deux choses en même temps. Nous étions censés vivre dans un temps de lumière, et en même temps dans une époque absolument terrible. Le roman était une manière pour moi de faire coïncider ces deux lignes chronologiques.

3:15
Présentateur

C'est drôle que vous parliez de vos étudiants, parce que j'ai regardé un peu les cours d'écriture que vous avez donnés, vous en avez donné notamment à Columbia, à New York, et il faut que je vous dise, j'ai inventé non pas le questionnaire de Proust, mais le questionnaire de Zadie Smith, c'est-à-dire que j'ai repris en fait une conférence que vous aviez donnée sur les manières d'écrire, et je me suis dit que j'allais l'appliquer à vous-même, Zadie Smith. C'est si important que cela pour vous, dans votre manière d'écrire les dialogues que vous avez eus avec vos étudiants ?

3:46
Invité

Je pense que c'était incroyablement utile. En fait, je suis vraiment reconnaissante d'avoir connu ça dans ma vie. Alors évidemment, quand j'enseignais, je m'en plaignais tout le temps, mais maintenant que c'est terminé, être en permanence en dialogue avec des jeunes était vraiment extrêmement intéressant. C'était sans fin. Ça a provoqué des choses, ça m'inspirait, parce que j'ai vraiment commencé avec eux. Quand j'ai commencé à enseigner à Harvard, j'avais 28 ans et eux avaient 20 ans, donc moi aussi j'étais jeune.

Ensuite, l'espace entre nous, l'écart s'est élargi, mais je pense que pendant mes propres études dans le nord-ouest de Londres, j'aurais été beaucoup plus en distance si je n'avais pas été auprès des étudiants.

4:31
Présentateur

Qu'est-ce qu'ils vous ont appris ?

4:39
Invité

Ils m'ont appris une dialectique générationnelle. Ils m'ont fait comprendre, et c'est très important, que la plupart des idées que vous pouvez avoir, la plupart de mes idées, sont complètement le produit d'une époque dans laquelle on est né, dans laquelle on a été élevé, on a grandi. Il y a une différence profonde en Angleterre. Si vous êtes né en 1975, que vous êtes devenu adulte à l'aube des années 90, au moment du plein emploi, du boom économique, alors que les opportunités étaient partout, y compris pour les gamins de la classe ouvrière comme moi, la possibilité de se loger, la possibilité d'aller à l'université gratuitement, et une certitude, une forme de certitude.

Comparer ça à un jeune né en 1990, par exemple, sa trajectoire toute entière est différente. Donc, comprendre, ça, c'est important, ça va à l'encontre de cette idée libérale qu'on crée, qu'on fabrique sa propre vie, mais en réalité, on est le produit d'une époque historique et des possibilités qui s'offrent à nous. Ça m'a permis d'avoir davantage d'empathie, et de réaliser à quel point que c'était difficile de grandir avec l'idée que l'avenir n'était derrière nous. Je ne me suis jamais inquiétée, moi, jeune, de la fin de la Terre.

6:06
Présentateur

Comme je l'ai dit en introduction, c'est un roman particulièrement impressionnant parce que vous brassez tout d'abord une multitude de références en matière d'écriture très anglaise dans la tradition anglaise. Donc, Dickens et Einworth, ça, c'est explicite, mais il y a aussi, moi, j'ai pensé en vous lisant à Linton Strachey et à ses quatre portraits de victoriens éminents. J'ai songé aussi à D.H.

Lawrence, notamment à l'amande de Lady Chatterley parce que c'est un livre, par certains moments, très sensuel qui réfléchit sur les triangles amoureux et sur des choses extrêmement transgressives en matière de triangles amoureux et à cet égard qui renvoie à des problématiques éminemment sociales et très actuelles comme le racisme mais aussi l'esclavage et la mémoire de l'esclavage. C'est un véritable tour de force d'avoir tenu tous ces bouts-là. Zadie Smith, peut-être si l'on commençait par la littérature et par votre vision du patrimoine littéraire anglais.

7:13
Invité

C'est compliqué. Je suis un produit de la littérature anglaise. Je suis un produit de l'État anglais. Tout ce que j'ai est un produit de cet État. Mon éducation, ma santé, mon logement. Je fais partie de ces cauchemars de l'extrême droite. Je suis un enfant de l'État social de l'État-providence et donc mon rapport avec la littérature anglaise est assez intime et avec l'État anglais est intime. Sans lui, je ne serais pas là. Mais j'ai toujours conscience des limites. Une des phrases qui revient souvent dans mes cours et qui me fascine depuis plusieurs années à avoir avec orgueil et préjugé. quand quelqu'un demande mais d'où vient l'argent de la maison Darcy ?

Comment est-ce que cette famille a construit sa fortune ? Ce qui est intéressant, c'est qu'en Amérique, c'est une question qui est interprétée comme une question woke ou une question idéologique. Mais je ne le vois pas comme ça. Je pense que c'est une question de vérité historique. Pour moi, ça n'a rien d'idéologique. C'est juste un fait. Ce roman se concentre sur les faits. Pour moi, ce qui est idéologique, c'est quand on passe par un système éducatif comme je l'ai fait et je suis capable d'apprécier cette chance que j'ai eue. Mais la conséquence est un silence et un refus de raconter l'histoire.

En Angleterre, on ne peut pas raconter l'histoire du 19e siècle sans mettre au centre contre la question de la colonie et des colonies caribéennes. Et ça, c'est idéologique. Au plus haut niveau, la façon dont cette histoire est enseignée, justement, ce n'est pas placé au centre. Et ça, c'est un choix idéologique du gouvernement. Quand j'écris, je ne pense pas à décoloniser la littérature ou à ajouter quelque chose qui n'y était pas. Je pense simplement raconter la vérité.

9:37
Présentateur

Justement, c'est ça, en fait, qui est assez prodigieux dans ce livre. C'est que, d'une part, dans le monde réel, vous êtes un cauchemar pour l'extrême droite, je vous le confirme, Zadie Smith. Et dans le monde de la littérature, ce que vous écrivez, eh bien, vous coltinez avec des monuments de la littérature anglaise comme Deakins, Tratchell, Lawrence. Et c'est ce patrimoine anglais que vous revisitez alors que l'extrême droite aimerait que vous le rejetiez.

10:11
Invité

Il y a deux sens au mot conservateur. Je ne sais pas si vous l'entendrez de la même manière en français. Mais le soi-disant parti conservateur de mon pays n'est pas du tout conservateur, à mon sens. Conserver, ça veut dire aussi protéger, dans une certaine mesure. Conserver des choses de valeur pour une communauté, y compris la nature et aussi l'histoire culturelle. Ce gouvernement n'a rien de conservateur. En réalité, ils détruisent les choses. Dans ma façon de penser, il y a de la place pour cette idée de conservation. je ne trouve pas ça conflictuel avec l'aspiration à la justice sociale ou à la liberté.

Conserver une part de notre héritage et de notre patrimoine culturel, ça fait partie de cette liberté. Ces gens-là sont des idéologues, pas des conservateurs. ce qu'ils veulent pour mon pays. Même la vision du 18e siècle de l'Angleterre-Taurie avec les lords, avec ce système féodal, ce n'est même pas ça. Eux, ce qu'ils veulent, c'est Singapour, un territoire complètement déréglementé avec peu de personnes qui concentrent toutes les richesses et tous les autres qui se retrouvent sans rien. Et ça, ce n'est pas une philosophie conservatrice.

11:30
Présentateur

Et c'est la raison pour laquelle, en fait, vous prenez en charge ce patrimoine anglais qu'ils tentent de détruire.

11:40
Invité

Eh bien, moi, je me fonde sur James Baldwin. Il a écrit un très bel essai quand il est venu en France pour analyser la culture européenne. Et une des choses qu'il me disait, c'est que la culture européenne est le produit des êtres humains et moi, je suis un être humain. Donc, ces produits m'appartiennent autant qu'à n'importe qui d'autre.

12:01
Présentateur

On se retrouve dans une vingtaine de minutes et vous me laisserez faire mon questionnaire de Zadismis. Zadismis ? On se retrouve tout à l'heure Zadismis, l'imposture aux éditions Gallimard. Vous êtes traduite ici même par Marguerite Capelle et votre livre est traduit aux éditions Gallimard par Laetitia Deveau. 7h56 sur France Culture. 6h39, les matins de France Culture. Guillaume Herner.

Et nous voici à nouveau en compagnie de la romancière britannique Zadismis qui nous offre dans son dernier roman L'imposture publié aux éditions Gallimard une plongée dans l'Angleterre du XIXe siècle et livre au passage sa critique de la scène littéraire victorienne posant la question de ce qu'il fait hier et aujourd'hui un bon écrivain Zadismis puisque j'ai sous les yeux également votre cours votre cours d'écriture celui que vous avez donné à l'université de Columbia à New York on a évoqué dans les actualités la situation à Columbia à New York avec notamment une protestation en faveur de la Palestine menée par certains étudiants une réaction à ce que l'on est en train de vivre notamment à Columbia à New York mais aussi dans d'autres universités en France ou à l'étranger.

13:24
Invité

j'aimerais pouvoir détailler ma réponse si vous êtes d'accord puisqu'on n'est pas sur Twitter la radio vous donne la possibilité de parler de façon plus exacte j'y réfléchis parce que je suis en train d'écrire sur cette question la première chose je crois si je peux remonter un petit peu en arrière c'est que très souvent on peut avoir une philosophie sans avoir de politique je crois que les gens comme moi les romanciers les artistes les philosophes moralistes on peut toujours tous être accusés de ce défaut là mais ce que montrent les manifestations étudiantes c'est qu'il est également possible d'avoir une opinion politique une vision politique sans philosophie une politique réelle politique qui ne s'embarrasse pas de principes fondamentaux par exemple tu ne tueras point de ce que je comprends ces manifestations étudiantes obéissent à deux principes éthiques le premier c'est que c'est notre mission de nous préoccuper de ceux qui souffrent le plus peu importe qui c'est l'autre principe c'est que parfois quand la politique ne fonctionne pas il faut se jeter dans la machine dans les rouages du pouvoir littéralement moi je ne suis pas engagé en politique mais je réfléchis sur l'éthique et si les choix qui s'offrent à nous entre la violence révolutionnaire qui donc cause de la violence contre les autres ou le fait de se jeter dans les rouages d'essayer de se mettre soi-même en travers des rouages politiques je préfère la deuxième option je ferai une analogie avec le mouvement pour la justice climatique c'est encore aussi un sujet sur lequel la politique a perdu son éthique on a une espèce de pensée magique on parle de capture du carbone et puis des jeunes ont décidé par exemple de s'allonger en travers des autoroutes ou de jeter de la peinture sur Mona Lisa des actes qui peuvent paraître ridicules pour les personnes plus âgées mais pour moi ce type de manifestation est un véritable sacrifice par exemple j'ai participé à une manifestation pour la justice climatique à Londres et il y a eu un moment où on m'a demandé est-ce que tu es prête à faire une action qui risque de te faire arrêter et j'ai répondu que non parce que je me suis je savais que par exemple je ne pourrais plus jamais aller en Amérique si j'étais arrêtée et je me suis rendu compte que ça je ne pouvais pas le sacrifier donc j'ai énormément de respect pour les gens qui sont prêts à sacrifier leur carrière leur vie étudiante et leur avenir pour ces sujets-là c'est pas quelque chose de facile les étudiants de Columbia veulent que vous repensiez aux années 60 à ces gens justement qui se sont mis en travers de ces rouages du pouvoir au nom des plus faibles à l'époque c'était le mouvement pour les droits civiques c'était le mouvement contre la guerre du Vietnam dans le cas de l'université de Kent State par exemple ça a coûté la vie à certains d'entre eux pour revenir à Columbia plus précisément si vous vous engagez pour remettre l'éthique au centre et la politique si l'éthique de cette jeune génération telle que je la comprends inclut le concept de safe space d'espace protégé et si on le prend au sérieux il y aura peut-être un moment sur le campus où pendant une seconde ne serait-ce que pendant une seconde le participant le plus faible à l'action sera l'étudiant juif qui traverse le campus et si cette éthique est sérieuse on ne peut pas ignorer ça à ce moment-là il faut que ça existe dans son intégralité ce principe-là qu'il s'applique intégralement ce matin j'ai vu des déclarations des messages d'étudiants qui disaient par exemple ton confort est moins important avec le petit signe mathématique inférieur à le génocide c'est le genre de logique qui fonctionne très bien pour Twitter mais pas pour les adultes et c'est une fausse dichotomie en dehors de tout ça en dehors de la question éthique au niveau pratique au niveau politique s'inquiéter des otages et se soucier en même temps du cessez-le-feu c'est le même problème c'est la même problématique d'un point de vue de réelle politique le cessez-le-feu c'est le moyen le plus rapide pour libérer les otages et pour mettre un terme à ce terrible génocide ce sont les mêmes objectifs donc même du point de vue politique ça se rejoint pour moi les étudiants juifs devraient être invités et devraient être bienvenus dans ce mouvement qui a le même objectif la fin de ces assassinats de ce massacre et la fin aussi de ces prises d'otages l'autre version celle de Netanyahou qui consiste à éliminer le Hamas ça aussi c'est de la pensée magique c'est une illusion on peut laisser ça de côté et se préoccuper d'éthique et de véritable politique voilà ce que je pense

19:06
Présentateur

c'est étrange parce que votre littérature notamment ce roman que vous publiez l'imposture aux éditions Gallimard c'est justement une manière de réunir de l'éthique et de la politique dans le champ littéraire notamment il y a une réflexion centrale enfin il y a en fait différentes réflexions dans ce roman qui est extrêmement riche mais l'un des thèmes qui vous intéresse Zadis Smith dans ce livre c'est la question donc des transfuges de classe comme on le dit en France mais alors pas des transfuges de classe comme on l'entend habituellement puisque l'un des personnages principaux est un boucher qui veut se faire passer pour un noble et qui est jugé pour cela devant un tribunal et ce boucher aujourd'hui il serait qualifié de populiste et il renvoie à des figures finalement de la grande bourgeoisie comme Boris Johnson ou Donald Trump qui vont vers le peuple et cela c'est une manière de faire parler de la politique au travers d'un grand roman Zadis Smith pourquoi ce choix qu'est-ce que ça suscite en vous ?

20:16
Invité

et bien c'est juste le genre de romancière que je suis c'est ça la tradition dans laquelle je m'inscris il y a une autre tradition en France qui est plus existentialiste qui aborde la question de l'individu de son expérience dans le monde moi je viens d'une tradition plus hegelienne je viens du romance social et dès qu'on met plus d'une personne sur une scène on parle de politique puisqu'on parle des relations des rapports entre les gens beaucoup de fois dans ma vie j'aurais préféré être une romancière française plutôt qu'une romancière anglaise mais je suis une romancière anglaise c'est ça mon univers je mets des personnages en mouvement et à ce moment-là tout de suite ce qui se met en branle c'est aussi l'éthique et la politique c'est vraiment lié à la matière même de ce que j'écris

21:16
Présentateur

mais ça c'est ce que vous pensez en tant qu'auteur mais moi en tant que lecteur et moi j'ai tout pouvoir puisque c'est le lecteur qui décide finalement de ce qu'est un livre c'est un roman aussi très existentiel puisqu'il est question d'amour de triangle amoureux de ce qui peut être transgressif ou non en amour et ça ça renvoie à une tradition tout à fait britannique je parlais de Lawrence tout à l'heure mais c'est complètement ce qu'il faisait

21:38
Invité

oui c'est vrai je pense que en tout cas moi je suis allée à l'université au milieu des années 90 et j'ai été extrêmement influencée par la philosophie française et la théorie critique française des gens comme Roland Barthes et cette idée que la vie intime a un sens alors que les anglais ont un peu du mal à affronter la question de la vie intime donc ça a sans doute changé ma façon d'écrire mais je pense que sinon j'écrirais peut-être des petits romans comiques anglais si je n'avais pas ces idées derrière donc l'influence française est importante pour moi mais oui Lawrence vous savez il gêne un petit peu dans l'héritage anglais on sait que les français l'adorent les américains l'adorent mais les anglais le trouvent extrêmement cliché parce que il est très excessif et aussi parce qu'il est de classe populaire il y a beaucoup de snobisme dans la littérature anglaise ce que Virginia Woolf pensait de D.H.

Lawrence ou l'opinion de Joyce tout ça c'est dans ses journaux à Virginia Woolf on voit qu'elle l'est trouvée un petit peu dégoûtant quelque part c'est toujours difficile dans cet univers littéraire anglais de faire la place à ce genre de personnes si vous avez quelqu'un comme Édouard Louis en Angleterre c'est peut-être une fois tous les siècles et Annie Arnault encore plus c'est encore plus rare une Annie Arnault dans la littérature anglaise quand j'ai lu les années je me suis dit que c'était un des plus grands livres que j'avais jamais lu et je me suis dit que c'était totalement impossible d'imaginer une écrivaine anglaise se placer de ce point de vue là

23:29
Présentateur

et alors je ne veux pas faire du dimedropping comme on dit en français mais si on continue à la fois pour ces personnages d'écrivains j'allais évoquer Marguerite Ursenar pour ce genre le roman historique Mémoire d'Adrien c'est le livre auquel je pense mais aussi parce que Marguerite Ursenar c'est l'inverse c'est-à-dire un visage d'aristocrate qui entre en littérature Marguerite Ursenar pour vous

23:59
Invité

j'ai lu les Mémoires d'Adrien juste avant de commencer à écrire ce livre c'est le plus grand roman historique de tous les temps probablement c'était une inspiration effectivement avec aussi The Blue Flower de Penelope Fitzgerald ce que j'adore dans ces deux livres c'est qu'on a vraiment l'impression de voyager d'antan c'est complètement extraordinaire on a vraiment l'impression d'être aux côtés d'Adrien je n'ai jamais lu quelque chose comme ça la plupart des romans historiques ressemblent à des fabrications c'est très surécrit c'est très conscient de l'époque dans laquelle ça se passe et ça ne permet pas au lecteur d'y pénétrer totalement alors que ces romans-là celui-là en particulier il est parfait donc oui je m'en suis inspiré mais je savais que je ne serais jamais tout à fait à la hauteur

25:00
Présentateur

moi je ne suis pas d'accord parce que dans ces deux livres le vôtre Zadis Smith l'imposture et dans Mémoire d'Adrien il est question à la fois d'une psyché individuelle et des structures politiques il est question à la fois d'amour et de philosophie politique ou de rapport au pouvoir

25:18
Invité

merci j'en suis ravie moi ce que je voulais surtout c'est que je ne voulais pas forcer des idées des idées des pensées de 2024 obliger ces personnages à les exprimer ce qu'il y a de plus difficile c'est de permettre aux personnes de vivre leur vie sexuelle sans leur donner nos propres mots pour la décrire se demander en fait ce que ça ferait d'avoir les mêmes rapports sexuels les mêmes désirs les mêmes envies les mêmes relations mais sans mots pour les décrire sans reconnaissance légale qu'elles soient dans le bon sens ou dans le mauvais et d'exister dans cette espèce de vide conceptuel et j'ai fini par me dire qu'on perdait quelque chose bien sûr parce qu'il n'y a pas cette reconnaissance de la loi et en même temps ça peut être aussi une grande liberté je réfléchissais à Mrs.

Touché mon personnage qui se réveille tous les matins du point de vue de mes étudiants elle est triste pathétique refoulée c'est une femme qui n'a pas les mots pour exprimer ses désirs mais plus j'observais sa vie plus je me disais elle se lève tous les matins personne ne lui dit ce qu'elle doit penser elle n'ouvre pas Twitter pour savoir ce qu'elle pense aujourd'hui elle n'est pas obligée de se préoccuper de tel ou tel sujet parce que s'ils font l'actualité chaque jour Mrs. Touché se lève et se demande à quoi elle a envie de réfléchir ce jour-là et je me suis dit waouh c'est une liberté mentale que je lui envie

26:58
Présentateur

vous avez donné un cours d'écriture Zadie Smith à Columbia je l'ai sous les yeux on en a parlé il y a quelques minutes alors il y a donc une sorte de questionnaire de Zadie Smith qu'on pourrait construire notamment parce que vous distinguez par exemple parmi les auteurs ceux qui ne lisent pas je vous cite un seul mot d'un autre roman pendant qu'ils écrivent pas un mot et ceux qui lisent les autres qu'est-ce que vous avez fait puisque on a beaucoup parlé de ce que vous avez lu avant d'écrire l'imposture mais là quel type d'auteur êtes-vous ?

27:40
Invité

moi je lis tout je crois beaucoup au régime diversifié récemment j'ai fait un gros sacrifice depuis septembre je n'ai lu que les journaux de Virginia Woolf ça fait 5000 pages je viens de terminer ce que j'ai remarqué dans ces journaux c'est qu'elle a la même attitude elle voit vraiment la littérature comme une forme de régime elle le décrit littéralement comme ça elle dit bon je ne me sens pas très en forme alors je vais lire Madame Bovary parce que ça va libérer tel ou tel aspect de ma réflexion je me sens bête donc il faut que je lise Jane Austen pour retrouver mon côté spirituel elle utilise vraiment ça comme un outil et elle s'enthousiasme pour un certain type de journalisme parce que ça va lui permettre d'écrire son roman différemment en fait tout ce qu'elle lit elle considère ça comme un apport comme une ressource et je me sens vraiment tout à fait pareil sans autres livres je ne peux pas faire de livres je n'écris pas sans les livres des autres j'ai besoin de rafraîchir en permanence de renouveler les choses en lisant des textes anciens des textes nouveaux et surtout des textes qui sont très différents des miens c'est parce que c'est une forme de provocation

28:56
Présentateur

c'est comme si quelqu'un

28:58
Invité

vous disait ne fais pas comme ça fais plutôt comme ça et je trouve ça toujours utile

29:00
Présentateur

je continue votre cours d'écriture l'imposture est un livre qui écrit qui écrit pardon avec une suite de petits chapitres rapides vous distinguez de manière extrêmement minutieuse les écrivains qui figent les 20 premières pages de leur roman ceux qui ont je vous cite la pensée magique du milieu du roman alors vous vous êtes où Zadie Smith ?

29:27
Invité

je prends beaucoup de temps sur le début moi j'ai trouvé le ton juste mais avec l'âge j'ai de plus en plus d'assurance j'étais beaucoup plus angoissée avant maintenant je sais ce que je veux écrire je réfléchis à un nouveau roman là en ce moment et je vois déjà que la voix va venir beaucoup plus rapidement mais je suis toujours très consciente en même temps de ce que je suis en train de faire quand je travaille je ne prévois pas les choses

30:05
Présentateur

je commence je me lance mais d'après ce que j'ai compris il n'y a pas de deuxième troisième jet chez vous Zadie Smith il y a une manière de corriger en permanence

30:15
Invité

en fait je travaille tous les jours j'écris un paragraphe je reviens dessus et quand je suis satisfaite je passe au suivant je ne fais jamais de grandes esquisses je ne passe jamais au chapitre suivant c'est presque quelque chose de compulsif chez moi c'est presque un tic j'ai besoin que chaque phrase soit parfaite c'est pour ça que je n'ai pas plusieurs versions du livre

30:43
Présentateur

je continue votre cours démonter les échafaudages c'est ce qu'il faut faire après

30:48
Invité

oui c'est ça que je ne sais pas très bien faire d'ailleurs chaque fois que je termine un roman je me dis toujours qu'il y avait une façon beaucoup plus facile de le faire mais j'ai toujours pensé même si ça peut paraître un petit peu sophistiqué alors indiqué que la façon la structure la construction de mes romans est liée aussi à ma façon de m'habiller je pense que quand on est de classe moyenne et qu'on écrit pour un public de classe moyenne on peut écrire en ligne droite parce que tout le monde sait de quoi vous parlez ils savent vous savez on parle du même univers alors que quand j'ai commencé à écrire quelque chose comme sourire de loup j'avais conscience que je parlais à un étranger littéralement je m'adressais à un lecteur étranger qui a des présupposés sur ma communauté mon quartier donc on ne peut pas écrire de façon aussi directe il faut quelque part tourner autour de l'éléphant dans la pièce tous ces clichés tous ces préjugés que le lecteur peut avoir sur les personnages dont on parle et là c'était la même chose les gens me demandaient pourquoi je parlais de la plantation aussi tard c'est parce que je savais que si j'ouvrais le livre et que je parlais immédiatement du mot de l'esclavage c'est un mot qui est extrêmement chargé pour le lectorat blanc ils ont une idée de ce que ça signifie de ce à quoi ça ressemble ça vient du cinéma américain donc je n'écris pas sur une page blanche j'écris sur une page qui est déjà chargée de présupposés donc je suis obligée de tourner un petit peu autour des choses pour que le lecteur puisse avoir un regard neuf sur ce dont je parle

32:44
Présentateur

et alors le dixième point justement est de votre cours d'écriture Zadie Smith disait que vous n'aviez jamais relu Sourire de loup vous l'avez lu depuis ce roman que vous avez publié il y a quelques années

32:57
Invité

c'est une question de temps en fait en partie j'ai l'impression d'être tout le temps en situation d'urgence je n'ai jamais le temps dans ma vie de relire 500 pages que j'ai écrites quand j'avais 23 ans

33:15
Présentateur

j'ai lu que vous étiez très agacé d'être présenté comme un prodige de la littérature parce que vous avez failli irruption sur la scène du roman britannique de manière extrêmement importante avec des romans qui ont fortement marqué Zadie Smith et ce livre que vous publiez l'imposture aux éditions Gallimard est une réflexion sur la postérité de l'écriture s'il y a deux romanciers un dont on se souvient assez bien c'est Dickens et un autre Hainsworth qui lui est complètement oublié

33:51
Invité

oui j'imagine complètement que je pourrais être William Hainsworth ah non c'est trop tard ça me paraît tout à fait probable regardez Saul Bellow par exemple c'était un dieu à son époque qui lit Saul Bellow 15 ans après sa mort ça n'est pas arrivé à n'importe qui ça se reproduit sans cesse ce genre de choses donc pour moi c'est une trajectoire qui me semble inévitable plus on est emblématique de son époque en tant qu'écrivain plus on peut disparaître ça ne me surprendrait pas je crois que c'est assez amusant de toute façon je serais morte donc ça importe peu

34:30
Présentateur

l'autre caractéristique d'Hainsworth c'est de son propre vivant rabâcher son premier succès et ne pas comprendre pourquoi il n'arrive pas à en faire à devenir un second

34:41
Invité

non il n'a jamais compris ses livres sont tellement mauvais il y en a 46 et après le premier ça ne fait qu'empirer on peut être un bon citoyen de la communauté littéraire et ça existe et lui il l'était moi non moi je ne suis pas au juré des prix je ne participe pas au dîner William lui faisait tout ça il aidait les jeunes écrivains il organisait des rencontres des dîners il était convivial et généreux donc c'était un grand écrivain sous une forme différente c'est aussi un service à la littérature qui le rendait

35:24
Présentateur

bon merci beaucoup en tout cas pour l'imposture Zadie Smith ce roman c'est un grand service à la littérature que vous avez rendu et c'est publié aux éditions Gallimard vous êtes traduite par Laetitia Deveau pour ce qui concerne ce roman et par Marguerite Capelle pour ce qui concerne cette émission merci d'avoir été avec nous ce matin

35:45
Invité

se préparer au grand oral du bac prendre la parole en public défendre ses arguments lors d'un débat déclarer sa flamme bien parler et savoir se faire entendre ça s'apprend j'essaye de transmettre par des livres ou par des enseignements ce que j'ai appris en matière de prise de parole en public ma parole entraînez-vous à l'art de bien parler avec Bertrand Perrier réalisé par François Test sur franceculture.fr et l'application Radio France