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InterviewC dans l'air (sur YouTube)· 15 mars 2023 10 minContradictoireActualité / polémiqueBudget & impôtsÉconomie & entreprises

Prix, grande distribution : la loi du plus fort #cdanslair 14.03.2023

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 50 %Attaque 20 %Défensif 30 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:48InvitéFait
    « C'est toujours une histoire de poker menteur. »
  • 1:05InvitéPromesse
    « Il y a ces fameuses négociations dont probablement il faudrait sortir. »
  • 2:59PrésentateurFait
    « Sauf que ce sont des très gros industriels très puissants, qui de temps en temps mettent à genoux la grande distribution. »
  • 3:28InvitéChiffre
    « Elles sont de 35%. »

Temps de parole

  • Invité65 %
  • Présentateur32 %
  • Invité 23 %

5,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:08
Présentateur

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans C'est dans l'air. Mon invité ce soir est Serge Papin, bonsoir. Bonsoir. Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous avez été, je le rappelle, PDG de Systému de 2005 à 2018. Vous venez d'être nommé administrateur indépendant du conseil d'administration d'Auchan Retail International. Et vous êtes le co-auteur du livre « Du panier à l'assiette avec Perico, les gaz ». On va parler inflation. Quand on parle grande distribution en ce moment, on parle des prix et on parle de l'inflation. Un petit rappel, 6,2% en moyenne sur un an, 14,5% pour l'inflation des produits alimentaires avec un pic d'inflation qui est encore attendu au printemps.

Qui profite de l'inflation ?

0:48
Invité

Écoutez, en tous les cas, c'est toujours une histoire de poker menteur. Parce que chacun se renvoie la faute en disant que les distributeurs disent que c'est la faute des transformateurs, les transformateurs disent que c'est la faute des distributeurs. Donc c'est pas simple de sortir de ça. Parce qu'on est dans un espèce de rapport de force, où c'est la loi du plus fort qui domine. Il y a ces fameuses négociations dont probablement il faudrait sortir. Parce que l'inflation, c'est une période. C'est une période, c'est un rapport au temps. Espérons que ça ne va pas durer. On l'a connu aussi à d'autres moments. Et on pourrait imaginer qu'il y ait sur cette période une forme de réconciliation.

1:30
Présentateur

Alors, on n'en est pas encore là. Je veux bien qu'on parle de réconciliation dans un instant. Mais pour l'instant, on est typiquement dans la loi du plus fort. On est dans un bras de fer. Les gens qui vous regardent, ils vont faire leur course. Et on leur dit, c'est plus cher parce que les matières premières, c'est plus cher. Et ils entendent aussi, les distributeurs disent, non, non, c'est plus cher parce que vous avez des industriels qui refont leur marge et qui profitent de la situation. C'est plus cher parce que quoi ? C'est plus cher. Vous dites, il y a un jeu de poker menteur.

1:58
Invité

Oui, parce que, alors, moi, je pense que cette période-là, elle nous invite, parce que c'est le pouvoir d'achat. Bien sûr. C'est au cœur de la problématique. Elle nous invite peut-être à passer, je le dis avec beaucoup de précaution, du pouvoir d'achat au vouloir d'achat. C'est-à-dire qu'on pourrait peut-être vouloir consommer différemment. Et je vais vous citer un exemple concret. Aujourd'hui, les distributeurs, ils se livrent à cette fameuse guerre des prix sur les marques les plus connues, pour lesquelles ils ne prennent pas de marge, voire peu de marge, sur les produits issus du marketing, la fameuse pâte à tartiner, le fameux soda, etc.

Et d'un autre côté, par compensation, il y a longtemps que ça existe, ils font beaucoup plus de marge sur les produits bruts, par exemple les fruits et légumes, qu'on appelle de nos voeux pour une consommation qui soit quand même plus vertueuse. Et imaginez, là qu'on change un peu la donne. Et sur ces fruits et légumes, les marges, si elles sont très faibles sur les produits des grandes marques...

2:58
Présentateur

On les monte sur le reste ?

2:59
Invité

On les monte sur le reste.

2:59
Présentateur

Oui, sauf que ce sont des très gros industriels très puissants, qui de temps en temps mettent à genoux la grande distribution.

3:06
Invité

Alors, justement, est-ce qu'il ne faudrait pas profiter de cette période pour dire aux distributeurs, baissons d'une manière significative les produits bruts, non transformés, parce qu'à ce moment-là, il y a l'enjeu... On mange mieux, etc. On mange mieux, il y a l'environnement, la rémunération des agriculteurs. Donc, on est sur un cercle vertueux et on peut les baisser, les marges des distributeurs là-dessus, elles sont de 35%.

3:31
Présentateur

Vous avez été PDG de Système U. C'est facile de dire aux clients, cette année, il n'y aura pas le fameux soda que tout le monde veut avec la bouteille rouge. C'est facile de dire, il n'y aura pas de pâte à tartiner ?

3:41
Invité

Non, mais attendez, j'avais eu cette expression il y a une dizaine d'années, où je disais, c'est le coco de Paimpol qui finance le collat d'Atlanta. C'est toujours vrai aujourd'hui. Eh bien, ça c'est une piste intéressante. Baissons, que les distributeurs baissent les prix et ils le peuvent, sans demander à personne. Il n'y a pas de problème de seuil de revente à perte. Ils peuvent baisser les prix des fruits et légumes de 20-30%.

4:08
Présentateur

Sans que ce soit dommageable pour les producteurs.

4:11
Invité

Sans que ce soit dommageable, au contraire, ils vont en vendre beaucoup plus. Et ils peuvent aussi s'attacher à la rémunération des producteurs. Et pendant ce temps-là, eh bien oui, il faudra peut-être par compensation augmenter le prix de certains produits des grandes marques. Mais à ce moment-là, on invitera nos concitoyens à consommer mieux.

4:31
Présentateur

C'est pas pain, c'est possible. Encore une fois, vous les connaissez ces négociations-là. Vous avez même inspiré une loi qui s'appelle Egaline 2. Vous aviez réfléchi sur ce sujet-là. Quand on appelle cette émission ce soir la loi du plus fort, c'est qu'on sait qu'il y a certains industriels qui, quand ils arrivent dans la négociation, ils arrivent à faire plier. Parce qu'ils sont puissants, parce qu'ils portent des marques que les consommateurs réclament.

4:53
Invité

Oui, mais alors bien sûr, on ne va pas évacuer toutes les marques. Mais justement, il faudrait sortir de ce rapport de force. Moi, j'avais suggéré dans mon rapport, c'est l'article numéro 5 du rapport Egaline que j'ai fait et qui a effectivement fait la loi Egaline 2 pour la rémunération des agriculteurs. J'avais suggéré que l'on sorte des négociations annuelles, que l'on sorte du rapport de force pour qu'on arrive, ce que j'ai dit tout à l'heure, à cette réconciliation et non pas à cette opposition. Pourquoi ? Parce que si on a le temps long, imaginez maintenant qu'on se dit que cette période d'inflation, si on est plutôt que de s'opposer, on va au contraire essayer de collaborer.

On se dit, oui, c'est une période difficile à vivre pour tout le monde. Faisons en sorte que chacun prenne sa part et qu'on soit un petit peu plus sur les marges.

5:42
Présentateur

Ça, c'est le monde des bisounours.

5:43
Invité

Non, non, non, c'est possible. Si on sait qu'on n'est pas court-termiste, parce que qu'est-ce qui se passe aujourd'hui dans les négociations ? On a peur du déréférencement, on veut faire des profits à court terme. Alors que s'il y a une réconciliation et si on est dans la pluriannualité et non pas dans cette mise en cause annuelle...

6:00
Présentateur

Ça voudrait dire qu'il faudrait qu'il y ait une déclose de revoyure très régulièrement entre les producteurs et les distributeurs.

6:06
Invité

On sort, on dit, c'est un contrat permanent. D'accord. Et le contrat, c'est un contrat à trois. C'est un contrat entre un producteur, un transformateur et un distributeur. Et ensemble, on s'engage pour faire en sorte qu'on va lutter ensemble contre l'inflation. Faisons en sorte que... Et ça ira mieux demain.

6:22
Présentateur

Alors, ils ont trouvé autre chose. Avec le gouvernement, je rajoute un acteur, allez, le ministre de l'économie. Un accord a été trouvé pour lutter contre la hausse des prix de l'alimentation avec le lancement d'un trimestre anti-inflation. Donc, ça veut dire que les distributeurs se sont engagés à proposer des prix, je cite, les plus bas possibles jusqu'en juin, sur une sélection d'articles de certains produits de leur choix. Oui. C'est bien ?

6:45
Invité

Oui, c'est 150 produits. C'est bien ? J'ai vu dedans qu'il y avait des produits transformés ou trans-transformés. Moi, je serais plus pour aller, sur ce que j'évoquais tout à l'heure, sur les produits bruts. Il faut encourager nos concitoyens à manger des produits issus de l'agriculture et de proximité. Et pour arriver à ça, on peut les baisser, ces produits.

7:05
Présentateur

Le problème, là, dans l'initiative qui est prise par le gouvernement, c'est le choix des produits. Ils sont choisis par la grande distribution.

7:11
Invité

Oui, chacun fait son panier. Il y en a qui ont 50 produits, 150. Et encore une fois, j'ai vu beaucoup de produits là-dedans qui sont des produits issus de la transformation.

7:21
Présentateur

Je voudrais qu'on écoute Michel-Édouard Leclerc, parce que lui, il a assez remonté contre cette proposition du gouvernement. On l'écoute, il était invité sur Europe. Il faut tendre l'oreille.

7:30
Invité

Nous sommes pour un combat pour l'accessibilité de tous. Nous ne voulons pas simplement baisser les prix de 40, 50 articles. C'est un peu le piège de communiquer que sur 40, 50 articles. Et donc, nous voulons communiquer sur l'ensemble des produits. Quand tout augmente, il faut assurer la promesse sur l'ensemble des produits.

7:48
Présentateur

C'est chacun pour soi, là.

7:50
Invité

Oui, Michel-Édouard, il est leader en France. Donc, il pourrait prendre des responsabilités, pas que sur le prix. Sur le prix, on le sait, il a ce discours-là depuis de nombreuses années. Mais il pourrait aussi s'engager sur un consommer mieux et parler des prix sur d'autres produits. Parce que je l'entends souvent dire qu'on oblige, vous savez, par ce fameux seuil de revente à perte. Parce que dans EGALIM, on oblige à prendre 10% de marge. Et il s'est battu contre ça. Alors que c'était fait, ça, pour mieux rémunérer les agriculteurs. Les agriculteurs et les agriculteurs.

Eh bien, pourquoi il n'irait pas, justement, sur ce terrain-là, en disant, nous, on va s'engager, on va faire des prix sur le consommer mieux ?

8:32
Présentateur

Vous avez écrit un livre, d'ailleurs, en 2009, ça date, « Consommer moins, consommer mieux ». Vous savez ce qui a baissé en priorité dans la consommation des Français quand ils sont allés dans les supermarchés que l'inflation ?

8:43
Invité

Le bio. Oui, oui, oui. Le bio.

8:45
Présentateur

C'est le bio qui s'est effondré parce que c'est aujourd'hui plus cher. Donc, consommer moins, consommer mieux.

8:51
Invité

Oui, mais le bio, le bio, Caroline, je vais vous dire, il est actuellement siphonné par le local, par les IGP, par les AOP.

9:00
Présentateur

C'est quoi, les IGP ?

9:01
Invité

Les IGP étaient les indicateurs géographiques de production. C'est-à-dire que le local a pris le pas sur le bio. Et tous les produits locaux, les produits de proximité, se vendent et sont en croissance.

9:14
Présentateur

C'est mieux ou c'est moins bien que le bio ?

9:15
Invité

Je pense que c'est mieux que le bio. Il vaut mieux, parce que vous avez des produits bio qui peuvent venir de très loin. Et donc, il vaut mieux privilégier le local. Et c'est ce qui est en train de se passer.

9:26
Présentateur

Vous croyez vraiment que le modèle de consommation va changer ? C'est-à-dire qu'on s'est posé la question de tous les enjeux environnementaux. Et avec l'inflation, on s'est rendu compte d'une chose, que les gens voulaient surtout consommer moins cher.

9:37
Invité

Oui, mais il faut qu'on consomme différemment. Écoutez, il faut qu'on se corrige une cinquantaine d'années de consumérisme effréné. Tout à l'heure, comment voulez-vous faire ? Les engagements de la COP21, c'est de passer de 10 tonnes par français à 2 tonnes. Donc, il faudra bien changer un peu notre mode de vie. Et on voit bien les inconvénients d'une consommation effrénée. Regardez ce qui se passe sur l'obésité. Un français sur deux est concerné, le diabète, etc. Donc, il faudra bien qu'on aille sur une consommation plus vertueuse.

10:07
Présentateur

Et Serge Papin, vous dites en fait qu'il faut profiter de cette période d'inflation pour revoir nos modèles de consommation. Merci beaucoup d'avoir été mon invité.