Arnaud Fraisse, de "Secouristes sans frontières" : "Le gouvernement marocain bloque les équipes de secours"
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La France a proposé son aide au Maroc très rapidement après le séisme meurtrier d'hier. Vous êtes prêt à partir, vous, chez Secouristes Sans Frontières ?
- 0:56OuverteRéponse directe
Vous n'avez pas d'explication ?
- 2:15OuverteRéponse directe
Votre mission sur place, ça devait, ça doit, ça devait être quoi ?
- 3:01OuverteRéponse directe
Comment ça se passe sur place dans ce genre de situation ? Comment vous vous coordonnez justement avec les autorités, avec l'armée aussi, qui a été appelée en renfort ?
- 4:14OuverteRéponse directe
Vous qui avez l'habitude, vous le disiez, d'intervenir sur ce genre de terrain après des tremblements de terre, vous savez quels sont les traumatismes, les urgences les plus fréquentes après ce genre de drame, d'événements ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Malheureusement, on n'a toujours pas eu l'accord du gouvernement marocain. »
- 0:38Invité politiqueFait
« En fait, le gouvernement marocain bloque complètement toutes les équipes de secours actuellement, sauf une, celle du Qatar, qui a été autorisée effectivement à atterrir chez eux. »
- 0:47Invité politiqueFait
« Et nous ne comprenons pas, en fait, cette situation de blocage de la part du gouvernement. »
- 1:14Invité politiqueChiffre
« Pour vous donner un ordre d'idée, actuellement sur le centre de commandement de coordination des secours de l'ONU, là où je suis en liaison via Internet, il y a un peu plus de cent équipes qui ont proposé leur aide. »
- 1:45Invité politiqueChiffre
« Bon, actuellement, on reste toujours, dans les informations que j'ai, on reste à peu près à 1 000, un peu plus de 1 000 personnes décédées. »
- 2:19Invité politiqueFait
« Alors, ça devait être comme ce qu'on a fait en Turquie au mois de février. C'est-à-dire rechercher des personnes. »
- 4:27Invité politiqueFait
« Alors, les traumatismes, c'est surtout ce qu'on appelle le crush syndrome, c'est-à-dire, en fait, les membres qui sont coincés dans une décombre. »
- 5:54Invité politiqueFait
« Nous avons, par exemple, en 2010 sauvé à Haïti une jeune femme, huit jours après le tremblement de terre. »
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France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9. 6h20, c'est le premier invité de la matinale avec vous Marion Lourdes. Et nous sommes avec Arnaud Fraisse, fondateur de Secouristes Sans Frontières, chargé de l'organisation de missions humanitaires. Bonjour Arnaud Fraisse.
Bonjour.
La France a proposé son aide au Maroc très rapidement après le séisme meurtrier d'hier. Vous êtes prêt à partir, vous, chez Secouristes Sans Frontières ?
Alors oui, normalement, nous, on aurait voulu prendre un avion qui décolle dans une minute à Orly. Malheureusement, on n'a toujours pas eu l'accord du gouvernement marocain. En fait, le gouvernement marocain bloque complètement toutes les équipes de secours actuellement, sauf une, celle du Qatar, qui a été autorisée effectivement à atterrir chez eux. Donc les Qataris arrivent avec 87 personnes et 5 chiens de recherche. Et nous ne comprenons pas, en fait, cette situation de blocage de la part du gouvernement.
Vous n'avez pas d'explication ?
Non, aucune explication pour l'instant. Et donc les équipes de sécurité civile françaises sont aussi clouées au sol pour l'instant. Donc soit c'est un tremblement de terre qui finalement est trop « modeste » pour que toutes ces équipes interviennent. Pour vous donner un ordre d'idée, actuellement sur le centre de commandement de coordination des secours de l'ONU, là où je suis en liaison via Internet, il y a un peu plus de cent équipes qui ont proposé leur aide. Donc au niveau mondial, c'est carrément la Chine, Taïwan, les Chiliens, etc. Enfin tout le monde est prêt à donner un coup de main aux Marocains.
Et je pense qu'en fait, le tremblement de terre finalement n'est pas aussi dévastateur qu'on l'a dit dans les premières heures. Bon, actuellement, on reste toujours, dans les informations que j'ai, on reste à peu près à 1 000, un peu plus de 1 000 personnes décédées.
Ah non, on est à plus de 2 012 morts à ce stade.
Les informations que j'ai lues ce matin ne sont pas mises à jour sur le site de l'ONU.
Le bilan évolue d'heure en heure, de toute façon.
Bon, d'accord. Alors, je n'ai pas cette information avec l'ONU. Et aujourd'hui, on attend. On attend, donc je ne sais pas. Donc nous, on va attendre, je dirais, jusqu'à demain. Et après, si demain matin, on n'a pas le feu vert, on ne partira pas, c'est clair.
Votre mission sur place, ça devait, ça doit, ça devait être quoi ?
Alors, ça devait être comme ce qu'on a fait en Turquie au mois de février. C'est-à-dire rechercher des personnes. Donc on part avec du matériel, des caméras de recherche et du matériel orbifone, donc d'écoute. Et donc de détecter, effectivement, les victimes qui sont sous des décombres, pouvoir commencer à les dégager et ensuite les remettre au corps médical sur place pour les prendre la prise en soin. Donc nous, notre travail, c'est une spécialisation depuis 45 ans de secourisme sans frontières. C'est de détecter les personnes sous les décombres, détecter des personnes vivantes en priorité, naturellement. Et ensuite, les désincarcérer et les sortir des décombres.
Alors, on a compris que vous aviez des problèmes de communication, à minima, avec le gouvernement marocain. Comment ça se passe sur place dans ce genre de situation ? Comment vous vous coordonnez justement avec les autorités, avec l'armée aussi, qui a été appelée en renfort ?
Oui. Alors, en fait, il y a une coordination qui est faite par l'ONU. Donc, en fait, il y a tout un système au niveau de l'OTHA, qui est donc l'office humanitaire de l'ONU, qui dispatche les équipes, naturellement, en collaboration avec les secours ou le ministère de l'Intérieur du pays concerné, et qui va attribuer, donc, à chaque équipe qui va arriver, une zone de recherche, en fonction de ce qui a été soit évalué, soit les informations de témoignage que l'on pouvait avoir. Par exemple, en Turquie, les gens venaient voir le centre de coordination en disant, voilà, nous, on a une famille qui est là, on sait qu'il y a cette famille-là qui est dans cet immeuble-là.
Et donc, à ce moment-là, ça nous donnait, en fait, un lieu de recherche, de savoir combien de personnes on cherchait aussi, parce que, de temps en temps, on peut chercher inutilement, parce qu'il n'y a plus personne dans l'immeuble. Donc, si on n'a pas la bonne information, on peut perdre beaucoup de temps. Donc, nous, notre démarche, c'est, en fait, de coordonner cette coordination onusienne qui nous permet, en fait, d'aller au bon endroit.
Vous qui avez l'habitude, vous le disiez, d'intervenir sur ce genre de terrain, après des tremblements de terre, vous savez quels sont les traumatismes, les urgences les plus fréquentes après ce genre de drame, d'événements ?
Alors, les traumatismes, c'est surtout ce qu'on appelle le crush syndrome, c'est-à-dire, en fait, les membres qui sont coincés dans une décombre. Vous avez un bras coincé sous des tonnes de rochers et le reste du corps est libre. Et donc, là, vous allez avoir, effectivement, un phénomène de septicémie qui va se créer. Et donc, dès que vous trouvez cette victime, il faut, en fait, la médicaliser le plus rapidement possible, c'est au moins lui poser une perfusion pour pouvoir, justement, limiter, ensuite, cette septicémie.
Ça, c'est le principal, j'irais, le principal problème que l'on rencontre, parce que sinon, vous sortez une personne et qui, quelques heures après, va mourir, en fait, parce qu'elle a un empoisonnement du sang.
Vous parlez d'heures, le temps, c'est une question cruciale. On se souvient, après le séisme de février en Turquie, de sauvetage miraculeux qui avait eu lieu quelques jours, plusieurs jours après le séisme. Combien de temps on peut survivre ? Jusqu'à combien de temps on trouve des victimes vivantes qu'on peut sauver ?
Alors, tout va dépendre du type de tremblement de terre dans lequel vous vous trouvez. En Turquie, on avait des poches de vie, on avait des poches de survie parce que c'était du béton en millefeuille qui s'écroulait souvent en tombant sur le côté. Et donc là, vous avez des zones de survie avec des poches d'air dans lesquelles les gens vont pouvoir survivre. Tout dépend aussi, après, de la forme physique, j'irais, du blessé en question. Si vous avez un jeune et certainement beaucoup plus résisté qu'une personne âgée, vous avez aussi la mentalité, le mental, j'irais, de la personne. Nous avons, par exemple, en 2010 sauvé à Haïti une jeune femme, huit jours après le tremblement de terre.
Elle s'était mise en condition mentale de dire « Non, je ne peux pas mourir et Dieu ne peut pas m'abandonner ». Et du coup, elle a tenu et on a réussi à la sauver vivante. Et aujourd'hui, elle nous en remercie tous les jours.
Merci Arnaud Fraisse de Secouriste Sans Frontières, qui attend donc l'autorisation pour partir au Maroc. Merci de nous avoir répondu sur France Inter. Je rappelle que Radio France se mobilise aussi, appelle au don sur le site internet de la Fondation de France. Merci à tous les deux. Il est 6h25. Sous-titrage Société Radio-Canada
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