François Hommeril : "La réforme des retraites, ce n'est ni le bon sujet, ni le bon moment"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:24OuverteRéponse directe
Qu'attendez-vous de cette rencontre avec le président ?
- 1:04FerméeRéponse directe
C'est le bon moment maintenant ?
- 1:11FerméeRéponse partielle
Donc ni maintenant ni jamais pour vous, c'est ça en fait ?
- 2:29RelanceRéponse directe
Mais on est d'accord que le point de bascule se fera au milieu des années 2030, donc ça veut dire qu'on peut laisser filer les déficits comme ça pendant 10-15 ans ?
- 4:08OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il peut y avoir une meilleure conjoncture pour appliquer la réforme ?
- 5:10OuverteRéponse directe
Mais les cadres que vous représentez sont potentiellement pénalisés par cette réforme, lourdement pénalisés ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:20Invité politiqueChiffre
« On parle de 300 milliards d'euros, quelque chose qui identifie le modèle social français, il ne faut pas faire n'importe quoi avec ça. »
- 2:06Invité politiqueFait
« les trajectoires n'ont pas été modifiées de façon fondamentale par la crise, entre guillemets, tout est sous contrôle. »
- 2:15Invité politiqueFait
« J'ai entendu sur votre antenne des ministres défiler en disant c'est terrible, il n'y aura plus de retraite demain. »
- 2:44Invité politiqueChiffre
« on a fait 5, 6, 7 réformes relativement importantes depuis les années 93. »
- 3:39Invité politiqueChiffre
« sur la question, et je termine là-dessus, du Covid, sur le régime complémentaire Agir Carco, par exemple, les réserves sont de 66 milliards avant la crise, elles ont été entamées de 4 milliards par la crise. »
- 4:33Invité politiqueChiffre
« Aujourd'hui, à 92%, nous avons des chiffres qui nous l'indiquent, quelqu'un qui est au chômage recherche activement du travail. »
- 5:39Invité politiqueChiffre
« Le régime, c'est à peu près 35 milliards d'allocations versées. Et bien sur ces 35 milliards d'allocations qui sont versées, il y a 10 milliards qui viennent de la solidarité intercatégorielle grâce justement au principe de la cotisation sur l'ensemble des salaires. »
Temps de parole
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Il est 6h20, syndicats et patronats au rendez-vous à l'Elysée. A 11h, Emmanuel Macron réunit les partenaires sociaux pour faire le point sur la situation économique et sanitaire après un an de crise. Bonjour François Omryl. Bonjour. Vous êtes le président de la CFE-CGC, c'est le syndicat des cadres. Qu'attendez-vous de cette rencontre avec le président ?
Pas grand chose. Une rencontre à l'Elysée, un sommet social, comme on dit, c'est toujours un moment important. Ceci dit, ce n'est pas le premier, ce n'est pas la première fois qu'on se retrouve à l'Elysée, quel que soit le format. Je dois dire que souvent le président de la République nous accueille bien, il nous écoute, mais on est forcé de constater qu'il n'en ressort pas grand chose en termes d'action ou de modification d'action quand ce sont des sujets un peu conflictuels.
Et notamment la réforme des retraites. S'il est un sujet conflictuel, c'est bien celui-ci. réformé avant la présidentielle, on sait que le président élite, certains dans son entourage l'incitent à le faire. C'est le bon moment maintenant ?
Non, ce n'est absolument pas le bon moment et puis surtout ce n'est pas le bon sujet.
Donc ni maintenant ni jamais pour vous, c'est ça en fait ?
Alors non, pas jamais, mais la retraite c'est quand même un sujet grave, important, qui concerne tout le monde et c'est un sujet sérieux. On parle de 300 milliards d'euros, quelque chose qui identifie le modèle social français, il ne faut pas faire n'importe quoi avec ça. Or en fait c'est devenu un objet politique. Or nous, syndicats, on ne fait pas de politique, en tout cas on ne veut pas intervenir dans les débats politiques, surtout d'avant campagne électorale. Donc vous avez remarqué, le slogan maintenant c'est, il faut faire la réforme pour faire une réforme, pour pouvoir dire qu'on a fait une réforme. Mais qu'est-ce que ça veut dire ça ? C'est complètement bidon comme argument.
La vérité c'est que le régime de retraite par répartition, ce sont des chiffres, ce sont des vagues démographiques, ce sont des données qui sont relatives avec la croissance, le chômage, et pour lesquelles on a des gens qui travaillent en permanence. Il y a le rapport du corps, le conseil d'orientation des retraites qui est sorti il y a quelques semaines. Et qu'est-ce qu'il nous dit ? La première phrase du rapport, c'est les trajectoires n'ont pas été modifiées de façon fondamentale par la crise, entre guillemets, tout est sous contrôle. Donc qu'est-ce qu'on vient nous dire aujourd'hui ? C'est la catastrophe.
J'ai entendu sur votre antenne des ministres défiler en disant c'est terrible, il n'y aura plus de retraite demain. Mais tout ça c'est faux, c'est un fake en fait. Et moi je pense que ce n'est pas une bonne chose d'agir sur un sujet aussi grave et aussi sérieux en proférant des mensonges.
Mais on est d'accord que le point de bascule se fera au milieu des années 2030, donc ça veut dire qu'on peut laisser filer les déficits comme ça pendant 10-15 ans ?
Non, ce n'est pas tout à fait ce qui est écrit dans le rapport. Et moi ce que je veux rappeler ici c'est que s'agissant du système de retraite, on a fait 5, 6, 7 réformes relativement importantes depuis les années 93. C'est la première année où d'une certaine façon on prend en compte ce que va devenir la vague démographique, celle qui prend naissance avec le baby boom, qui devient le pipey boom et qui va s'éteindre un jour. C'est comme ça, c'est la vie. Et donc le système de retraite français, il a pris en compte tout ça déjà depuis quelques années. Les retraités partent avec des taux de remplacement qui sont plus faibles que par le passé.
Et donc les retraites en tendance sont plus faibles que ce qu'elles étaient. Et elles vont continuer à être un peu plus faibles. Ce sont les adaptations que tout le monde a fait, y compris le corps politique, les partenaires sociaux dans les régimes complémentaires, pour prendre en compte ce qui est d'influence de niveau 1, c'est-à-dire le niveau démographique. Or la démographie se prévoit très longtemps à l'avance. Ce qu'on ne peut pas prévoir c'est les crises. Donc c'est pour prévoir et anticiper les vagues démographiques que des réserves sont constituées. Elles peuvent être plus ou moins entamées par les crises et après on les reconstitue.
Mais sur la question, et je termine là-dessus, du Covid, sur le régime complémentaire Agir Carco, par exemple, les réserves sont de 66 milliards avant la crise, elles ont été entamées de 4 milliards par la crise. Bon, il faudra faire face, mais ce n'est pas non plus la catastrophe absolue que certains ont voulu prétendre.
Autre gros dossier, la réforme de l'assurance chômage, qui a été suspendue par le Conseil d'État, mais c'est provisoire, c'est le calendrier qui a été retoqué. Le Conseil dit que la situation économique est encore trop incertaine. Est-ce qu'il peut y avoir une meilleure conjoncture pour appliquer la réforme ?
Non, il ne peut pas y avoir de bonne conjoncture pour appliquer une réforme qui vient nous dire que, fondamentalement, elle a été prise dans l'esprit que quelqu'un qui est privé d'emploi ne recherche pas activement du travail. Parce que c'est ça l'esprit de la réforme. Il faut serrer les boulons, serrer la vis, rendre la vie un peu plus difficile pour les demandeurs d'emploi, pour qu'ils soient plus motivés à retrouver un emploi. Ce n'est pas la réalité du chômage. Aujourd'hui, à 92%, nous avons des chiffres qui nous l'indiquent, quelqu'un qui est au chômage recherche activement du travail. Mais c'est plus ou moins difficile. Et ça dépend de sa situation.
Donc on a une réforme, là encore, assez idéologique, qui en vérité ne règle aucun des problèmes. Parce que des problèmes, il y en a. Des problèmes, il y en a dans l'assurance chômage. La question de la permittance, par exemple. qui a été au centre du débat. C'est-à-dire l'abus, l'abus par certains employeurs. Et donc de fait aussi, par des salariés qui sont un peu pris dans ce système-là, les contrats courts, des gens qui vivent en même temps du chômage et de l'emploi qu'ils ont. Les dispositifs qui ont été mis en place ne règlent pas ce problème.
Mais les cadres que vous représentez sont potentiellement pénalisés par cette réforme, lourdement pénalisée ?
Ah ben ça, vous voyez, je me suis tellement épuisé depuis deux ans à le dire que j'ai oublié d'en parler. Je vous remercie de me relancer. C'est pratiquement la seule mesure qui rentre en action au 1er juillet. Figurez-vous que j'étais hier soir au ministère du Travail, j'en ai encore reparlé, à la ministre du Travail. C'est une mesure incroyablement scandaleuse. On vient taper sur ceux qui financent la solidarité intercatégorielle du régime. Le régime, c'est à peu près 35 milliards d'allocations versées.
Et bien sur ces 35 milliards d'allocations qui sont versées, il y a 10 milliards qui viennent de la solidarité intercatégorielle grâce justement au principe de la cotisation sur l'ensemble des salaires. Et donc, on tape sur la tête de ceux qui sont aujourd'hui les plus apporteurs à cette solidarité-là, au motif soi-disant qu'ils seraient peu actifs à retrouver un travail parce que trop bien indemnisés. Mais c'est, pour tout le coup, j'ose le mot, assez dégueulasse. Parce que, quelle est la situation de quelqu'un qui se retrouve privé d'emploi à 50 ans ?
Un cadre, comme vous dites, un ancien directeur commercial, chef de service informatique, peu importe, et qui, dans une région métropolitaine, va rechercher un travail du même niveau de rémunération et de responsabilité. Mais c'est le parcours du combattant. Et c'est très très difficile, et c'est très long de retrouver un emploi du même niveau. Et donc, venir dire au bout de 9 mois, vous n'avez pas retrouvé du travail, c'est donc que vous ne recherchez pas activement. On va vous baisser vos allocations. Moi, je trouve ça absolument inadmissible.
On entend bien votre colère. Du coup, comment s'annonce la rentrée sociale ? Est-ce que vous êtes prêt carrément à descendre dans la rue, s'il le faut ?
Écoutez, la CFE-CGC, l'organisation qui représente les techniciens, les agents de maîtrise et les cadres, est une organisation qui ne va pas spontanément dans la rue, par anticipation. Par contre, on y est toujours disposé, effectivement, à participer à toute manifestation de notre opposition à une réforme que l'on juge comme funeste ou néfaste sur la société. Dans nos sections syndicales, nous avons des sections très actives dans beaucoup d'entreprises qui n'hésitent pas, quand c'est nécessaire, à manifester de façon très visible leur opposition. Mais tout dépend de, j'allais dire, la sagesse et l'intelligence du gouvernement.
Nous aimons beaucoup, nous, discuter avant, essayer de convaincre, de trouver des solutions. On en propose souvent. Malheureusement, on n'est pas toujours, ni souvent, suffisamment écouté. C'est ce qu'on pense.
Merci François Omery, le président de la CFE CGC, invité de France Inter ce matin, avant donc cette réunion à l'Elysée à 11h avec l'ensemble des partenaires sociaux face à Emmanuel Macron.