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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 24 février 2026 6 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprises

Droits de douane américains : "On repart dans un grand régime d'incertitude", selon l'économiste Isabelle Méjean

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 74 %Défensif 26 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:34PrésentateurFait
    « Vous êtes économiste, professeure à Sciences Po et conseillère scientifique au CEPIS, un centre de recherche en économie internationale. »
  • 0:52InvitéFait
    « C'est le principe mais avec beaucoup d'exemptions et donc les exemptions c'est à peu près les mêmes que celles qui prévalaient avant. »
  • 1:30InvitéFait
    « Voilà, la différence c'est le régime qui a été utilisé pour justifier l'augmentation des droits de douane. »
  • 2:02InvitéFait
    « Là le nouveau régime pour les 6 prochains mois, les 10% en question, c'est un autre régime dans lequel l'augmentation des droits de douane est justifiée par une urgence »
  • 3:55InvitéFait
    « Et ces tarifs réciproques étaient discriminés en fonction du niveau du déficit des Etats-Unis vis-à-vis de ces pays. »

Temps de parole

  • Invité67 %
  • Présentateur33 %

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0:00
Présentateur

Il est 6h22 et depuis 22 minutes exactement, les droits de douane réciproques imposés par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche n'existent plus. L'agence chargée de les prélever vient d'arrêter de collecter l'argent, c'est une décision de la Cour suprême. Mais le président des Etats-Unis a déjà sorti de son chapeau une nouvelle taxe sur les importations qui elle aussi vient d'entrer en vigueur. Alors quelle est la différence ? Qui est visée ? Les gagnants, les perdants ? On fait le point avec vous Isabelle Méjean, bonjour. Bonjour. Vous êtes économiste, professeure à Sciences Po et conseillère scientifique au CEPIS, un centre de recherche en économie internationale.

Donc Donald Trump, si je comprends bien, touché mais pas coulé, une taxe en remplace une autre ?

0:46
Invité

Oui, ça changerait l'orientation générale de sa politique qui est très fortement axée sur les droits de douane.

0:52
Présentateur

Alors il avait dit 10%, après il avait annoncé 15%. Finalement là je viens de voir les dépêches et l'entrée en vigueur de cette nouvelle taxe, ce sera bien 10% pour tous les pays du monde, c'est ça le principe ?

1:03
Invité

C'est le principe mais avec beaucoup d'exemptions et donc les exemptions c'est à peu près les mêmes que celles qui prévalaient avant. Donc par exemple pour l'Europe, ça concerne beaucoup les produits de l'aéronautique, le pharmaceutique et puis pas mal de petites exemptions supplémentaires. Donc tous les pays du monde sont touchés mais pas tous les produits ? Exactement.

1:21
Présentateur

Et alors pourquoi cette taxe est acceptée et les droits de douane sont retoqués ? On ne comprend pas bien la différence ?

1:27
Invité

Les droits de douane réciproques, pardon. Voilà, la différence c'est le régime qui a été utilisé pour justifier l'augmentation des droits de douane. Donc ce qui a été retoqué c'est l'utilisation d'un régime d'urgence économique qui permet au président de faire des choses sans passer par le Congrès. Et ce sur quoi la Cour suprême s'est prononcée, c'est l'incapacité du président à augmenter les impôts sans passer par le Congrès. Donc ça c'est la règle générale en justifiant ça par une urgence économique.

Là le nouveau régime pour les 6 prochains mois, les 10% en question, c'est un autre régime dans lequel l'augmentation des droits de douane est justifiée par une urgence, une incapacité ou des difficultés pour les Etats-Unis de faire face à des problèmes de déficit courant, donc des problèmes de paiement à court terme. Donc c'est quelque chose qui par nature ne peut pas être pérennisé, donc c'est vraiment un régime temporaire en attendant de trouver autre chose.

2:31
Présentateur

Et vous le faites bien de le préciser, ça va durer que 150 jours cette taxe là de 10% qui vient d'entrer en vigueur, et au bout de 150 jours il va se passer quoi ?

2:38
Invité

En fait le président américain a déjà annoncé qu'il allait lancer une procédure pour d'autres droits de douane, donc sur ce qu'on appelle la section 301. Non, là c'est sûr, il ne lâchera pas l'affaire. Donc il y a en gros ce régime transitoire qui va permettre de mettre en place la procédure pour de nouveaux droits de douane qui seront plus ciblés, et dans ce cas-là qui seraient justifiés par des pratiques concurrentielles qui ne sont pas conformes avec les accords commerciaux. Donc c'est quelque chose qu'il faut justifier grâce à des preuves, donc il y a une enquête pour prouver le caractère non concurrentiel, disons, des pratiques commerciales de certains pays.

Mais par contre c'est des tarifs qui peuvent être beaucoup plus pérennes, c'est ce qui a été utilisé par exemple en 2018 sur la Chine, ou bien sur l'aluminium, l'acier, c'est des choses qui sont toujours en place, qui peuvent être pérennisées au moins 4 ans, puis potentiellement renouvelées.

3:31
Présentateur

Oui, parce que lui ce qu'il veut c'est cibler certains pays et certaines productions, finalement là c'est vraiment, c'est faute de mieux qu'il a mis en place cette taxe à 10% pour tous les pays, parce qu'au final, si on regarde bien dans les détails les gagnants et les perdants, et bien les pays que Trump voulait le plus punir, finalement, sortent gagnants de cette aventure.

3:50
Invité

Exactement, puisque les droits de douane qui ont été retoqués, c'est donc ce qu'on appelle les tarifs réciproques, et ces tarifs réciproques étaient discriminés en fonction du niveau du déficit des Etats-Unis vis-à-vis de ces pays. Donc par exemple, pour le Brésil, il y a un gros gain à court terme, puisqu'ils étaient taxés beaucoup plus que les 10%, et donc eux, ils vont gagner à court terme.

4:12
Présentateur

Le Mexique, le Canada, la Chine aussi ?

4:15
Invité

Canada et Chine étaient ciblés effectivement sur le fentanyl, mais sur les pays qui profitent le plus, c'est vraiment ceux qui étaient taxés par des gros droits de douane réciproques. La Tunisie, par exemple, c'était un pays qui était fortement ciblé. Et pour la France et l'Europe, ça donne quoi ? Pour la France et l'Europe, c'est quasiment neutre. Donc les 15%, ça faisait une augmentation de droits de douane de l'ordre de 0,8 point de pourcentage. Maintenant, on est à 10, mais il y a les exemptions, donc je ne peux pas vous dire exactement. Mais en gros, ça ne change pas grand-chose. Mais après, il y a des gros effets sectoriels, en fait.

Il y a des secteurs qui gagnent beaucoup et puis le fait que ça change de manière différenciée selon les pays, ça change les conditions de concurrence. Par exemple, avant, l'Europe avait un désavantage par rapport au Royaume-Uni et maintenant, on va rétablir un peu les conditions concurrentielles par rapport au Royaume-Uni. Donc globalement, c'est un peu le bazar, mais surtout, ce qui change beaucoup, c'est qu'on repart dans un grand régime d'incertitude. On ne sait pas ce qui va se passer dans les six prochains mois. Et donc ça, c'est vraiment l'effet qui va dominer.

5:15
Présentateur

Et ça veut dire que les pays qui avaient décidé de prendre, justement, pour contrer ces taxes de Donald Trump, des taxes eux-mêmes, d'imposer, ça s'arrête ? Par exemple, l'Europe qui avait un accord, là, on arrête où aussi ?

5:29
Invité

Donc pour l'instant, le Parlement européen a décidé de suspendre l'accord. Donald Trump a déjà annoncé qu'il n'allait pas lâcher sur les accords qui avaient déjà été passés. Donc on ne sait pas très bien. Ce qui est certain, c'est qu'il perd un peu en pouvoir de négociation dans ces négociations bilatérales. Donc là, ce qu'il va vouloir montrer, c'est que non, il a d'autres outils pour garder son pouvoir de négociation.

5:56
Présentateur

On va rendez-vous dans 150 jours, Isabelle Méjean. Alors, merci beaucoup d'être venue ce matin en direct dans le studio du 5-7. Vous êtes économiste, professeure à Sciences Po et conseillère scientifique au CEPI, qui est un centre de recherche en économie internationale. Merci.