Les Gilets jaunes peuvent-ils revenir ? - #AMFIS2022
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 39 %Attaque 43 %Défensif 17 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:00Alma DufourFait
« les gilets jaunes ont été un mouvement absolument fondateur de notre histoire politique contemporaine »
- 5:00Alma DufourFait
« un pays qui était capable de faire ça à sa population à ses mouvements sociaux était en train de sombrer dans une très grande dérive autoritaire »
- 8:00Pierre BlavierFait
« les gilets jaunes s'installe sur les ronds-points mais ils échangent avec les automobilistes et alors là il est politique en disant regardez la situation de la société française c'est quand même une admissible »
- 17:00Pierre BlavierFait
« les gilets jaunes ils nous ont vraiment envoyé dans le décor les social scientist enfin les sociologues et les politicistes parce qu'on n'arrivait pas à situer qui était sur les ronds-points »
- 24:00Sophie LivryFait
« la France et le seul pays à s'en servir contre sa propre population ce qui dit bien en effet le rapport entre la macronie et sa propre population en termes d'extranéité »
- 27:00Sophie LivryChiffre
« on a payé à tous les mutilés et il y a eu énormément de mutilés on a eu 350 »
- 1:00Chiffre
« 89% des gilets jaunes déclarent ainsi avoir du mal à finir le mois »
- 4:00Chiffre
« près d'un tiers des gilets jaunes avaient été adhérents d'une organisation syndicale »
- 11:00Fait
« les gilets jaunes ont constitué une formidable dynamique pour remettre au coeur du débat des préoccupations finalement profondément syndicales »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
bonjour bonjour à toutes et à tous donc [Musique] bonjour à toutes et à tous bonjour on entend ou pas oui ok très bien donc bienvenue à toutes et à tous pour cette conférence ok bienvenue à toutes et à tous pour cette conférence des amphis 2022 sur le thème des gilets jaunes peuvent-ils revenir avec quatre intervenants et intervenantes à cette table que je vais présenter donc d'abord pierre Blavier qui est sociologue et qui est auteur d'un ouvrage sur les gilets jaunes la révolte des budgets contraints au presse universitaire de France Alma Dufour qui est une nouvelle députée et les filles nupes de la Seine-Maritime et qui est membre de la commission des finances à l'Assemblée nationale [Applaudissements] Maxime qui joue qui est également sociologue et qui a travaillé sur les liens entre le syndicalisme et les gilets jaunes et enfin Sophie Livry qui est une écrivaine et autrice d'un livre sur 5 mars et je laisse du coup la parole à Alma pour initier cette conférence merci bon ça va vous m'entendez bien là plus ou moins ok merci à tous d'être venu assez nombreux je vois et ça me fait très plaisir parce que ça montre je pense ça fait partie des choses qui révèlent à quel point les gilets jaunes ont été un mouvement absolument fondateur de notre histoire politique contemporaine et sont toujours en tout cas dans le symbole quelque chose d'absolument fondamental et qui a énormément marqué à la fois les militants de gauche évidemment mais aussi nos oppositions y compris la République en marche et surtout la République en marche et si vous voyez leur tête à chaque fois qu'on évoque les gilets jaunes ou qu'on en parle c'est épidermique il y a vraiment quelque chose qui s'est passé de l'ordre de quelque chose qu'on avait perdu pendant longtemps c'est-à-dire d'un vrai rapport de force et d'une vraie peur de ce que pouvait faire le peuple quand il est en colère on n'entend pas ah mince ouais mais je sais pas enfin c'est compliqué de hurler plus c'est l'empire est-ce qu'on peut est-ce que quelqu'un peut augmenter le son de l'ampli est-ce que c'est mieux là ah oui ok bah c'est mieux mais moi je l'entends donc à quelques points ce mouvement est absolument fondateur et à quel point je pense que il a il s'est bon déjà quand il s'est passé il a inspiré le monde entier et c'est quand même c'est quand même incroyable de voir qu'on parlait des gilets jaunes sur vraiment toute la planète et moi je suis je suis Argentine en partie et c'est marrant parce que jusque là-bas même on me parlait des gilets jaunes voilà la première chose qu'on m'a demandé quand je suis arrivée sur le sol argentin c'était ah qu'est-ce que c'est que ces gilet jaune comment ça se passe ça fait peur ou pas c'était assez à la fois positif et à la fois assez assez effrayé comme ça c'était c'était intéressant mais bref tout ça pour dire que que je pense que à hausse au moment où ça s'est passé ça secouer le monde entier et je pense que ce qui s'est passé même si évidemment le mouvement voilà ne se manifeste plus dans des manifestations et dans les actes même si le mouvement a été extrêmement réprimé et je reviendrai un peu là dessus en fait on revient pas barrière d'un mouvement comme ça et sur la politisation que ça a fait que ça a généré à vitesse grand V chez des gens qui en tout cas de leurs propres mots ne l'était pas et je laisserai mes camarades s'exprimer plus là dessus parce que voilà moi je peux juste parler aussi de mon expérience personnelle j'ai été gilet jaune alors j'ai et pendant pendant voilà pendant quasiment un an enfin je me suis joint au mouvement pas au tout début pas en novembre j'étais pas gilet jaune de la première heure force de constater moi je vivais à Paris mais conditions sociales étaient pas exactement les mêmes que celles des gilets jaunes des ronds-points que celle de mon suppléant Olivier Bruno par exemple qui était porte-parole du rond-point des vaches et qui est aujourd'hui donc mon suppléant et on a décidé de faire la candidature au législative ensemble pour pour symboliser justement cette alliance entre l'écologie et les gilets jaunes parce que moi j'étais aussi militante pour le climat donc j'y suis allé vraiment pas envie politique de rencontrer les gilets jaunes pas par sentiment d'abord de préc côté extrême et de et de et de déclassement et de vie en périphérie et aussi parce que les gilets jaunes sont commencé sur une question écologique sur la question de la fin en tout cas présenter comme écologique par le gouvernement la question de la taxation sur le carbone et que pour moi il me semblait absolument essentiel de pas laisser le gouvernement opposé les classes populaires et l'écologie comme il était en train de le faire donc c'était une volonté d'y participer sauf qu'en fait de cette volonté un peu politique de de faire de se faire des alliés je suis devenu gilet jaune pur et dur et présente à tous les samedis parce que d'un coup j'y ai cru quoi j'ai cru à cette révolution potentielle et comme tous les gilets jaunes voilà j'ai extrêmement souffert de la répression policière voilà et du coup voilà j'ai été victime de violences policières à deux reprises on m'a tiré dessus à coup de flash-ball et ça a été le moment aussi déterminant dans mon engagement politique à passer le cap vers la politique partisane justement parce que je me suis dit qu'un pays qui était capable de faire ça à sa population à ses mouvements sociaux était en train de sombrer dans une très grande dérive autoritaire et qu'il fallait à tout prix prendre tous les leviers qu'on avait en main y compris les leviers électoraux pour essayer de réfléchir le cours des choses avant avant qu'il soit trop tard donc pour moi ça a été vraiment le moment le plus crucial de ma vie voilà je vais je voulais le partager avec vous et je me suis aussi beaucoup retrouvée dans la France insoumise quand il a fallu faire un choix j'avais toujours été très à gauche mais j'étais pas encarté et voilà et quand on est loin de la politique partisane on se pose tous des questions comme tout un chacun est-ce que pour qui on va voter on réfléchit on n'est pas forcément dans une histoire partisane de longue date on est on disait voilà on se comporte comme un comme un électeur classique mais pour moi ça a été une évidence que c'était du côté de la France insoumise pour plusieurs raisons mais notamment celle-ci le soutien aux gilet jaune la reconnaissance très rapide en fait de l'importance de ce mouvement et surtout la fermeté sur la question des violences policières alors que c'est vraiment pas un sujet simple dans l'opinion publique dans les médias et c'est un sujet sur lequel on n'a jamais jamais baissé les yeux et jamais transiger et pour moi c'est ça la gauche aussi et j'étais extrêmement fière et c'est ce qui m'a à titre personnel vraiment décidé au fond voilà donc je vais pas vous raconter plus ma vie mais je voulais quand même partager cette expérience avec vous parce que je sais que nombre d'entre vous sûrement la partage aussi et je vais laisser la parole aux intervenants et peut-être durci peut-être une dernière chose sur le le nom de cette de cet atelier qui est peuvent-ils revenir c'est une question donc je pense que si on se pose la question c'est qu'on en a envie en fait c'est pas la Rome pourrait faire cette table ronde en disant peuvent-ils revenir au secours moi je pense que si on dit ça c'est que c'est qu'on a besoin qu'un mouvement social encore capable de faire rapport de force avec le gouvernement et les élites économiques et médiatiques aussi et politiques reviennent pourquoi parce que comme comme vous le savez déjà de toute manière il n'y a pas de force politique de gauche même qui gagne les élections qui puissent faire les changements aussi radicaux que l'on veut faire sans un soutien massif de la population ça c'est une première chose mais par ailleurs nous n'avons pas comme vous le savez la majorité à l'Assemblée nationale néanmoins le contexte est particulier ils ont une majorité toute relative en fait ils sont en minorité et je pense et je suis convaincu que le rapport social et le rapport de force dans la rue peuvent faire peut faire céder des digues en fait en ce moment et surtout à l'époque où on est où les ingrédients qui étaient déjà présents pendant la crise des gilets jaunes m'ont fait qu'empirer en fait notamment sur la question du pouvoir d'achat à la question du prix des carburants la question du prix de l'énergie là on se dirige vers une situation absolument apocalyptique sur la question de la défiance démocratique que l'abstention n'a pas n'a pas reculé malgré tous nos efforts elle elle a malheureusement un peu augmenté et donc en fait on est on est exactement dans la même situation mais en pire avec une crise de long terme structurelle écologique qui s'annonce est-ce que on pourra ouais plutôt comme ça désolé parce que si on commence à faire les les échanges maintenant ils pourront pas parler mais donc voilà donc c'est pour moi donc tous les ingrédients matériels sont réunis on en a besoin néanmoins se pose aussi l'ingrédient aussi essentiel dans ce genre de mouvement c'est l'ingrédient psychologique et est-ce que justement après le trauma de toute l'exercice de la force brutale de l'État policier sur la population qu'est-ce qui va se passer par rapport à ça parce que les mouvements laissent des traumas plus fort et que je sais que nombreux nombreuses personnes en fait ont peur de repartir dans dans des mouvements sociaux confrontatifs avec l'État pour ces raisons là voilà je vous laisse la parole je sais pas si toi qui commençais ou c'est [Applaudissements] ben très bien merci Alma donc bonjour bonjour à toutes et à tous merci merci à les filles pour pour l'invitation aujourd'hui je l'ai compris comme une invitation à discuter donc je vais vous présenter quelques éléments puis après il y aura un temps de discussion après que les autres intervenants soient intervenus vous dire d'emblée la grande modestie au moment de parler des gilets jaunes je crois que c'est un mouvement qui a beaucoup surpris qui a surpris les dirigeants politiques en place qui a surpris les journalistes qui a surpris les chercheurs en sciences sociales et donc il me semble que d'emblée on peut dire en tout cas moi on chercheur en sciences sociales je m'exprimerai vraiment de ce point de vue aujourd'hui vous dire que on s'exprime avec une grande modestie notamment face aux différentes expériences que certaines d'entre vous ou certains d'entre vous ont pu avoir du mouvement et dont je crois que chaque intervenant ici intervenant de vous présentera une facette du mouvement et voyez bien que c'est inévitable qu'on laisse certains aspects de de côté alors ce qui était très difficile il me semble pour les pour gilets jaunes du point de vue des sciences sociales c'est que c'était d'abord un mouvement national disséminé sur tout le territoire métropolitain donc était vraiment pas propre à une région mais qui était vraiment nationale et le gros paradoxe c'est que c'est un mouvement qui était tenu ouvertement soutenu par aucune organisation qu'elle soit partisane syndicale ou associatif or pour beaucoup de mouvements sociaux quand il y a des mouvements sociaux par exemple un mouvement de grève vous avez un syndicat qui appelle à la grève par exemple et là c'était pas le cas donc ça c'est quelque chose de très déstabilisant alors dans le l'ouvrage moi que j'ai publié qui s'appelle gilet jaune la révolte des budgets contraints qui est ici sur lequel je m'appuie pour vous parler aujourd'hui j'essaye de d'aborder deux énigmes que pose selon moi le mouvement des gilets jaunes et que je vais successivement vous vous présenter la première énigme que j'ai trouvé en travaillant là dessus c'est que si on accepte l'idée que ce mouvement a été investi parce qu'on appelle les classes populaires je passe ici un peu sur la question de la définition des classes populaires mais accepte cette idée comment expliquer que ces classes populaires se soient soudainement mobilisées alors que par ailleurs on avait des tonnes de travaux notamment en sciences politiques qui montrent une distance un manque d'engagement et un sentiment d'incompétence ça veut pas dire une incompétence mais un sentiment d'incompétence de ces de ces classes populaires comment expliquer que celle-ci si elles sont si loin de la politique à distance de la politique notamment la politique la plus institutionnelle d'un coup ce soit mobilisé il me semble que ça c'est vraiment une énigme très forte que posait le mouvement des gilets jaunes en tout cas moi je les je l'ai compris comme ça je vais essayer de vous montrer comment je j'essaye de répondre à cette première énigme cette première intrigue alors je m'appuie sur un travail d'enquête sur lequel je passe rapidement je passe rapidement ici mais qui m'a conduit en fait à aller sur les ronds-points et ce dès le début du mouvement donc dès le 17 novembre 2018 donc dès le tout début à 7h du matin et j'imagine que certaines d'entre vous l'expérience mais c'est incroyable ce qui se passait c'était vraiment incroyable c'est à dire que moi dans ma ville on est arrivé le matin à 7h en face de la préfecture et on a bloqué le pont de cette de cette ville donc il y a une sous-préfecture et le pont de la ville était bouclé empêchant les automobilistes de de passer et alors là c'est mis en place que moi je j'essaye de d'écrire dans le livre comme une épreuve de légitimité mais qui a quelque chose de vraiment incroyable pourquoi parce qu'elle s'attaque à ce droit ancestral pratiquement on va pas ancestral justement mais lier à la Révolution française quelle est la liberté de circulation et là vous avez une partie de la population qui entrave ça en mettant en place des des barrages et concrètement des blocages routiers que vous avez dû rencontrer et alors ce qui est vraiment incroyable c'est que si vous et moi ici on était on essayait de mettre en place ces barrages je crois pas qu'on y arriverait aussi bien c'est à dire que là se met en oeuvre une compétence ou plus exactement des compétences de la part des personnes présentes qui moi m'ont sidéré donc ils arrivent sur le sur de rond-point ou sur le sur le sur le pont alors déjà il commence à faire des gestes il commence à baliser la route il y en a d'autres qui ramènent des barrières en disant attendez je suis ouvrier de la logistique faut surtout pas se mettre en travers d'une voiture il vaut mieux mettre une barrière entre la voiture et vous et donc il y a une espèce d'organisation comme ça très impressionnante enfin qui me semble appelle une une description pour comme ils disent filtrer la circulation et donc vous avez ces personnes pas du tout paniqué qui s'installe sur ces ronds-points qui ont des raisonnements tactiques mais alors vraiment tactile c'est-à-dire c'est mieux de bloquer ce rond-point là plutôt que celui-là parce qu'il y a plus de passage donc on va aller dans celui-là plutôt que plutôt qu'un autre et donc vous avez cette espèce de centralité de connaissance pratiquement intime de la route de la part des participants qui fait que ces blocages se mettent en place et qui sont source de jubilation c'est à dire que là on a à cœur d'exercer éventuellement le l'arbitraire du pouvoir toi tu passes mais toi attends stopper tu vas passer dans 3 minutes et cette jubilation en particulier pour les cadres à qui on a à cœur dans dans rabattre et donc vous avez comme ça en fait ces ronds-points qui se mettent en place et que j'analyse enfin c'est l'interprétation que je propose dans le livre comme des réceptacles de culture populaire mais qui basculent dans le monde politique avec cette épreuve de légitimité et ça c'est vraiment un message très fort je crois pour toutes les forces politiques en présence c'est que il faut pour impliquer ces franges de la population leur fournir des des configurations des dispositifs on va dire qui permettent qu'ils s'investissent dans dans ce type de mobilisation qui a priori para lointaine si vous passez sur les ronds-points vos commandant inhospitalier en France bon les ronds-points moi je les mets assez hauts dans mon dans mon classement et pourtant s'il est déroulé une vie sociale une mise en place de culture populaire très forte avec par exemple la culture sportive la culture festive aussi avec la danse country les barnum le barbecue le Sound System et tout ça se met en place assez rapidement et donc vous avez ce que j'appelle un peu pompeusement dans le dans le livre une politisation institut parce que non seulement les gilets jaunes s'installe sur les ronds-points mais ils échangent avec les automobilistes et alors là il est politique en disant regardez la situation de la société française c'est quand même une admissible et alors là encore un truc incroyable c'est que comme ces ronds-points étaient proches la plupart du temps de l'endroit où les gens habitaient bah souvent c'est des voisins ou des connaissances donc hop la politique elle se met en place il y a un échange qui se fait pendant ce temps-là la police elle arrive en disant mais il faudrait il faudrait libérer le passage les gilets jaunes ils attendaient parce qu'on est en train de discuter il se fait qu'il y a eu un accident etc et donc vous avez tout ça qui se met qui se met en place prise avec les rythmes sociaux et le voisinage et donc voilà le moi ce que j'ai essayé de développer dans mon travail c'est cette idée là de dire dans les deux premiers mois à tout le mois des gilets jaunes ou jusqu'à leur expulsion pour beaucoup d'entre eux même si pas tous à la mi-janvier vous avez là une vie sociale et disons-le politique incroyable qui se met en place c'est-à-dire que les gilets jaunes sont un moteur d'intégration à la politique éventuellement la plus institutionnelle vraiment très très très très importantes pourquoi parce qu'il y a un écho entre ce qu'on appellerait en sociologie les propriétés sociales des gilets jaunes je vais venir dans un instant et ce qui leur compétences leur savoir-faire en fait assez important qui qu'ils peuvent déployer alors dans les gilets jaunes vous aviez beaucoup de chauffeurs et chauffeuse vous aviez des ouvriers qualifiés très très présents ou les qualifié et non qualifié de l'industrie notamment j'inclus là-dedans les mécaniciens très présents vous avez aussi les professionnels de la santé professionnel le de la santé et service à domicile et voyez que tous ces milieux sociaux c'est mieux socioprofessionnel sont en fait reliés par la route ce sont les mondes de de la route donc voilà comment je j'essaye de poser de répondre à cette énigme d'entrer dans la politique des gilets jaunes de politisation comme on dirait en sciences politiques de frange de la population de la population française et ça c'est difficile à mesurer dans le temps des travaux sont encore en cours mais je pense que ça ça va avoir des effets parce qu'en fait ça ça a montré aussi que la politique était accessible qu'on pouvait jouer au jeu du chat et de la souris avec le gouvernement etc etc donc ça je crois que ça a eu un effet vraiment très important pour évoquer la question que tu posais tout à l'heure Alma alors la deuxième énigme que j'essaye d'aborder dans le dans le dans le livre c'est la question des budgets de famille et autant le dire d'emblée j'entends ici budget de famille comme l'ensemble des manières monétaires et non monétaires les spatiale donc qui implique des dimensions comme le travail les transports ou tout simplement les goûts ce que les gens aiment ou n'aiment pas et tous ces éléments qui permettent selon l'expression familière de joindre les deux bouts c'est ça que j'appelle un budget de famille c'est quelque chose qu'on connaît tous et tous ici donc vous voyez qu'il y a vraiment une dimension monétaire mais pas que il y a aussi une dimension non monétaire qui est à prendre en compte et là les gilets jaunes ils nous ont vraiment envoyé dans le décor les social scientist enfin les sociologues et les politicistes parce qu'on n'arrivait pas à situer qui était sur les ronds-points alors voyons ce géologie on a des outils pour pour décrire la société française et on peut arriver à faire des descriptions mais là on n'arrivait pas pourquoi parce que c'était pas la grande pauvreté alors évidemment il y a des personnes très pauvres qui étaient sur les ronds-points voir des STF très visibles bon effectivement mais c'était pas les franges les plus pauvres de la société française quand vous regardez par ailleurs le taux de pauvreté français selon les indicateurs disponibles qui sont discutables etc vous avez une stabilité et donc d'une certaine manière on était un peu embêté parce que on voyait bien que c'était pas c'est franges les plus pauvres et on peut se dire que si ça avait été le cas ça aurait été la révolution d'une certaine manière ça aurait été un mouvement encore plus encore plus important en même temps vous voyez qu'il y avait des traces de précarité je vais je vais y venir mais avec par exemple peu de cadres présents sur les sur les sur les ronds-points je l'ai dit beaucoup les classes les classes populaires donc face à cette à cette ambiguïté à cette difficulté que je partage avec les collègues de d'essayer de situer à quoi on a affaire en fait on s'est rendu compte qu'on avait à faire au bas de la distribution mais pas où tout en bas ni évidemment ou tout en haut c'est ce qu'on appellerait ceux qui sont au dessus du taux de pauvreté mais qui sont en dessous du médian en dessous de la zone la zone centrale donc je passe rapidement ici sur des discussions techniques qui sont un peu dans le livre mais on s'est rendu compte qu'on avait affaire à ça et donc moi je me suis dit ben pour essayer de comprendre comment ces gens vivent bah faisons un budget détaillé d'un gilet jaune que par ailleurs j'avais rencontré sur le sur le rond-point avec qui j'ai poursuivi l'enquête au fil des mois qui ont suivi et j'ai essayé de faire son budget alors juste une très belle présentation c'est un ménage une femme et factrice lui est mécanicien il y a le 1700 euros à deux gagne 2800 euros et quelques SMIC ils ont un enfant de 19 ans qui est encore qui est encore à la maison ce qui est pas anodin peut-être j'en dirai un mot et j'essaie de reconstituer leur budget bon jeudi je dis à donc José la personne à qui je fais l'enquête ce qu'on peut faire ton budget prévisionnel c'est-à-dire toutes les dépenses dont tu sais qu'elles vont avoir lieu le mois prochain on fait ça on se rend compte que sur les 2800 euros il leur reste 8%. c'est à dire qu'il ne reste que 200 euros alors il me dit il me dit ah ouais c'est vrai que c'est impressionnant et il me commande ça en disant on peut pas s'écarter une formule qui était beaucoup sur les sur les ronds donc vous voyez que c'est des personnes qui travaillent mais qui en fait on peut de marge d'ajustement si on peut dire pour leurs imprévus le épargne leur loisirs qui sont des choses qu'on n'avait pas compté dans les dépenses prévisionnelles d'un mois à l'autre donc c'est vous dire que même pour une population là qui est pas pauv vous voyez ils sont ils sont en dehors la pauvreté ils sont à 2800 euros à deux et moi je me suis rendu compte qu'il y avait déjà une pression assez contrainte d'un point de vue monétaire ensuite on a attaqué la question de la fiscalité je me suis rendu compte qu'il reversait je sais plus je dis dans le bouquin mais à peu près 35% de cette somme qui retourne à l'état alors là il était assez abasourdi il me dit mais en fait ça correspond quand même à mon sentiment qui est que on te donne d'une main ce qu'on te prend de l'eau et ça c'est une question vraiment très très épineuse parce que ça ça a permis de catégoriser les gilets jaunes et encore aujourd'hui la question fiscale ça les a classé d'emblée à droite puisqu'ils étaient contre la taxe sur le sur le carburant et alors là j'essaye de faire ces différents impôts je me suis rendu compte que l'impôt qui lui coûte le plus cher c'est le tabac parce que il se fait qu'il fume tous les deux mais ça c'était pas anodin en fait dans les milieux de gilets jaunes c'est de dire cette fiscalité donc il y a une vertu de politique publique de santé publique avait vraiment ici une incidence pour les personnes qui n'arrêtent pas de fumer et aussi très important dans les gilets jaunes jauges je m'en suis rendu compte par exemple quand j'ai consulté les les cahiers de doléances qui avaient été mis en place par les mers puis ensuite par Macron la première revendication qui sort dans un cahier que j'ai pu consulter c'est l'ISF c'est la suppression de l'ISF donc d'une certaine manière vous voyez qu'il y a un ras-le-bol fiscal diffus qui est là ils disent on est des vaches à lait il y a un matraquage fiscal qui a un sentiment qui est juste mais qui en même temps dans le même temps il questionne la progressivité de ces mots ses impôts la redistribution qu'il permet qu'ils permettent ou non et là en jeu très épineux c'est la comparaison que me fait que me fait José avec un budget de smicard son frère et au SMIC et il m'a dit on va comparer avec le smicard j'ai calculé effectivement le smicard il paye beaucoup moins d'impôts que que José donc vous voyez que vous avez des enjeux de distribution comme ça qui en fait était au cœur des gilets jaunes et je pense qu'il faut vraiment pas les perdre les perdre de vue je veux pas être trop long je vois que le temps tourne mais face à cette situation je dis je dis à José mais attends là il y a un problème on a fait le budget monétaire en fait tu boucles pas le budget il est pas bouclé parce que il reste ce que j'ai indiqué l'épargne il me dit que il continue d'arriver à épargner tes loisirs et les imprévus il me dit notamment les amandes routières et en fait je comprends que derrière ce budget se cache ce que j'osais appelle le système D et alors le système D c'est un ensemble de pratiques qui sont en fait assez répandues dans ces milieux et qui vont de réparations de l'entretien de sa propre maison à faire du bois de chauffage ce qui est plus que jamais d'actualité à faire des réparations mécaniques on répare soi même sa voiture on répare les voitures des autres et à faire des petits chantiers dans son entourage par exemple porter poser un portail ou bien faire du jardinage chez des chez des voisins souvent en échange de de services et donc comme ça je me suis rendu compte que vous avez tout ce ce système D en fait qui existe et qui permet à ces franges de de la société de survivre d'une certaine manière ou en tout cas d'arrondir les fins de mois mais de les arrondir assez conséquemment et ce qui se passe actuellement c'est que ce système D là je les décris vraiment trop vite d'une certaine manière et aujourd'hui remis en cause alors par quoi il est remis en cause vous voyez que c'est pas facile il est remis en cause pour des questions physiques parce que les gilets jaunes si vous avez rencontré c'est des gens qui sont fatigués ils sont fatigués notamment ce qu'ils font des heures sup parce qu'ils ont travaillé en intérim ou il faut se défoncer etc et donc en fait ils ont il y en avait beaucoup aussi qui avait été en accident de travail un accident de travail pérenne donc il se heurte à des problèmes physiques assez importants il se heurte à des problèmes d'emploi du temps très fort qui font qu'en fait ils arrêtent pas c'est à dire que ils finissent et José il finit à 15h le vendredi il file faire du bois de chauffage le vendredi après-midi puis de nouveau le samedi qui vend des voisins et il me dit le dimanche on fait la tournée et après le repas de famille la sieste et puis le lundi matin on reprend le boulot en fait c'est des existences qui sont hyper chargées je m'en suis rendu compte en faisant le emploi du temps et ça ça pose des gros problèmes bon de fatigue mais aussi des problèmes de couple c'est à dire qu'en fait du coup on n'est pas à la maison ça crée des tensions etc et notamment lorsqu'il faut s'occuper par exemple des enfants ou lorsqu'il faut s'occuper de la dépendance c'est à dire que beaucoup de gilets jaunes par exemple ont un parent dépendant qu'ils envoient pas on n'est pas parce que pas trop cher et qui et qui du coup doivent le garder ça pose aussi des problèmes techniques que moi j'avais sous-estimé mais par exemple l'électronisation des véhicules c'est un drame d'une certaine manière pour les gilets jaunes moi j'avais vu ça d'assez loin mais en fait c'est assez décisif pourquoi parce que ça remet en cause une fois de plus un savoir-faire une manière de faire populaire puisque il n'est plus possible de réparer soi-même son son véhicule en tout cas beaucoup plus difficile et de même pour le durcissement du contrôle technique et là pour le coup je pense que le gouvernement ne s'y est pas trompé en reculant si vous avez pu l'entendre au moment des gilets jaunes sur le contrôle technique ils ont remis 6 mois plus tard mais qu'ils ont continué à durcir sachant que ça fait écho à plusieurs décennies au-delà de Macron de durcissement du contrôle technique et puis dernière chose je finirai là-dessus c'est la centralité des politiques publiques c'est à dire que assez rapidement là vous avez une politisation des politiques publiques notamment sur l'automobile les gilets jaunes c'est des gens qui sont vraiment touchés de plein fouet par par exemple des réformes comme les contrôles de vitesse ça veut pas dire faut pas faire de contrôle de vitesse mais les radars par exemple ça c'était vraiment un sujet de conversation assez important sur les sur les ronds-points les suspensions de permis la durcissement du contrôle technique je l'ai dit je l'ai dit et puis aussi un truc qui est incroyable c'est la délégation au privé des autoroutes qui donnent lieu à des lectures parfois parfois complotiste alors pour pour essayer de synthétiser ça bah première chose vous voyez que c'est assez dur c'est assez difficile alors dans le livre Le démêle mieux que là en direct mais c'est assez difficile pourquoi parce que ça ça tient des dimensions qui sont qui sont vous le voyez assez assez complexes dans les budgets de famille se nous des choses qui ont fait l'objet de plusieurs tests de doctorat et qui sont des spécialités de collègues donc c'est pas facile de tenir ensemble tout ça pour moi les gilets jaunes c'est en fait un nœud budgétaire qui est en train aujourd'hui de d'exploser avec une diversité de contraintes contraintes monétaire mais aussi contraintes dans l'organisation de la vie de la vie quotidienne donc voilà ce que j'essaie de développer comme comme thèse pour pour comprendre c'est ces budgets de famille de de gilets jaunes donc les gilets jaunes c'est il y a des questions de pauvreté brutale on va dire sur le bas de distribution mais ça tient aussi peut-être moins aux revenus qu'aux efforts qui sont nécessaires pour les acquérir et au pouvoir d'achat que cela permet pour ce qui est du débouché politique de ces revendications mais qui vous le voyez sont assez difficiles à capter par les filles mais aussi par les autres parties c'est assez difficile pourquoi parce que c'est vraiment composite ça demande vraiment à être décrit et donc du coup c'est des dossiers qui devient assez rapidement technique et qui sont pas tout à fait faciles mais il me semble qu'il y a un enjeu quand même à offrir un débouché pour ce type de revendications ce type de contraintes sur les budgets de famille voilà j'étais un peu trop long je m'excuse auprès des autres intervenants mais voilà merci [Applaudissements] bonjour merci beaucoup bonjour à tous alors moi je suis Sophie d'Ivry j'ai écrit un livre qui s'appelle 5 mains coupées merci à la fille pour l'invitation que j'avais eu moi plus comme un témoignage donc je ne suis pas conférencière je ne suis pas universitaire je suis romancière et donc je vais vous raconter un peu mon livre pas pour le vendre ça j'ai vraiment j'en ai rien à fiche mais parce que je c'est juste ce que selon je peux témoigner moi je vis à Lyon donc j'ai été une fois ou deux les copains la France insoumise à un rond-point enfin un rond-point dans un péage d'autoroute et j'ai fait quelques manifs de centre-ville mais moi dès qu'il y a des lacrymo je me casse mais j'étais moi je suis romancière je fais la fiction mais quand est arrivé la répression très très vite à la répression policière j'ai voulu faire quelque chose et donc c'est ce dont je vais témoigner aujourd'hui j'ai fait un livre qui s'appelle 5 mains coupés dont le but était de recueillir un seul texte que j'ai monté un seul texte un peu de théâtre en quelque sorte même si c'était pas le but les témoignages de 5 victimes 5 garçons qui ont eu la main arrachée par une grenade glyph4 entre l'acte 3 et l'acte 10 je sais plus exactement maintenant et donc je me suis dit je me suis dit comme beaucoup d'entre nous que c'était il acceptable et que c'était même incroyable que en fait on ne comprenait pas ce qui était en train de se passer mais c'était l'effet qu'on avait aussi tous les samedis en fait tous les samedis c'était fou quoi une fois qui rentrait dans une porte de ministère enfin c'était vraiment mais bon on entendait qu'il y avait quelqu'un qui s'était fait arracher une main et moi je trouvais ça hallucinant et une des vertus de la littérature c'est pouvoir s'arrêter très longtemps sur quelque chose c'est ce que fait Nathalie Sarraute mais sur d'autres sujets et du coup moi je me suis dit on va s'arrêter là-dessus et j'ai senti aussi que ces cinq hommes allaient dire quelque chose qui est au fond ce qui nous arrive à nous tous ce qui nous arrive à tous c'est la dérive autoritaire d'un pouvoir et la répression et cette répression qui en effet n'a pas été prise en compte avant quelques semaines un peu en décalage c'est je suis pas spécialiste je parle je suis pas David Dufresne vous voyez bien donc je ne suis pas un même nombre de mutulés pour l'exemple ou de désert mon lait des deux associations qui font énormément de choses formidables notamment des Armands lait ce qui classe toutes les armes qu'on qu'à la police pour pour nos auto primer et nos réprimer donc j'ai rencontré ils ont accepté tous les cinq en six mois les cinq victimes le plus jeune il s'appelle Gabriel il vivait près du Mans il est allé à avec sa mère et ses cousins son frère sa sœur manifester à Paris parce que à Paris que ça se passe il est il était apprenti chaudronnier Compagnon du Devoir vraiment la classe ce qu'on appelle la classe populaire stabilisée vraiment la l'élite ouvrière en quelque sorte à 21 ans alors lui c'est vraiment dramatique sa vie c'est le 5 vies brisés on n'est pas je crois donner avec une seule main donc il était à la manif à Paris à l'acte le fameux le 1er décembre voilà 16e arrondissement il a rien compris quelque chose lui est tombé dessus c'est tombé aussi d'ailleurs sur les autres sa famille autour et lui a subi 25 opérations chirurgicale c'était très difficile de rencontrer que j'ai rencontré en dernier c'est beaucoup sa mère qui fait le depuis 2 ans d'ailleurs ne passe que son temps à ça l'opération les la justice lui est quelqu'un d'un peu taiseux comme on faisait dans ce genre de milieu il ne comprend pas trop ce qui s'est passé et commence à aller mieux maintenant alors il a pas le droit à la prothèse lui parce qu'il lui reste un doigt et demi voilà mais à terme il reste quand même en Do et demi c'était un vraiment dur avec Gabriel c'était vraiment un homme qui dans sa vie la vie était bouleversée et qui n'avait pas demandé tout ça il suivait un peu le mouvement on y va parce que maman a dit qu'il fallait y aller et tout ce que j'ai rencontré donc après j'ai rencontré enfin ça c'était le dernier j'ai rencontré d'ailleurs le premier j'ai rencontré c'est Antoine Antoine Boudinet je peux je peux dire son nom parce que lui il était militant chez [Musique] et il a été élu après conseillé municipal de Bordeaux ça j'ai trouvé ça est-ce ordinaire une ville comme Bordeaux où il arrive avec son moignon là au conseil municipal dans une grande ville bourgeoise que quelqu'un qui est basculé politiquement Antoine Boudinet lui était très politisé 27 ans éducateur de jeunes enfants comme Gabriel comme beaucoup c'était sa première manif depuis 10 ans il était d'abord pour le climat et il savait que ça allait converger Antoine a eu la main arraché une semaine avant Frédéric sur le même place place Pey-Berland à Bordeaux qui était à l'époque dirigé par Monsieur le Préfet Didier l'allemand voilà tout à fait une semaine après donc Antoine Lutry politisé comprend très bien ce qu'il lui arrive qu'il est victime de bouvignance policière il a il a rebondi assez vite et il a vite politisé ce qu'il lui arrivait il a créé la co-créé avec quelqu'un qui s'était déjà fait arracher un pied ou une main désolé je me rappelle plus à Notre-Dame-des-Landes limite il est pour l'exemple et il a continué le combat donc c'est lui qui m'a aidé à rencontrer les autres voilà et c'est vraiment quelqu'un de formidable avec beaucoup de ressorts à côté de quand j'étais à Bordeaux du coup je suis rencontrée Frédéric à la Frédéric oui c'est le roi de débrouille aussi que du système D comme vient de dire pierre 35 ans père de 12 enfants cet été très dur pour lui en tant que père de d'être diminué nous avons tous comme d'être diminué c'est difficile notamment de plus pouvoir faire leur métier ils ont tous changé le métier de fus Frédéric était la manoeuvre c'est pas un docker c'est celui qui Amar les bateaux au port de Bordeaux donc on tire sur des câbles enfin des câbles faut pas dire des cordes donc je sais plus qu'est-ce qu'il pour les bateaux mais il est en grand il tire sur des cadeaux toute la journée parvans qu'il fasse froid qu'il fasse chaud qui il est sur un bateau et il a marre des énormes [Musique] voilà des cordages voilà lui voilà c'est vraiment aussi quelqu'un de vraiment de la casse ouvrière qui varen n'était pas très politisée avant et qui m'a reçu chez lui très gentiment quelqu'un de très doux dans la vie à comment basculer et lui comme tous les autres il s'est agrégé au moment des gilets jaunes mais à la base il s'est dit moi là-bas j'y étais pas lire c'est intéressant quand on dit le gilet jaune personne me dit moi j'ai été dès le début tout le monde dit non à la base j'y étais pas et au fur et à mesure je me suis fait agréger et c'est ça c'est des choses les plus belles que j'ai entendu dans leur 5 témoignages ce qui disait à quel point en fait au fur et à mesure et ben j'ai trouvé que ça me concernait au début je trouvais que c'était trop si ou trop ça et finalement ça me concerne et ça c'est une des choses les plus belles dans un moment social c'est qu'on se sent concerné et on se projette dans l'autre et on fait des ponts c'est le drame de tout ça donc lui il a eu une seule opération et donc il a eu sa prothèse après enfin j'y reviendrai mais évidemment il a perdu son son travail même s'il était très aidé par par son milieu professionnel qui voulait lui donner à reprendre ensuite pour finir il y avait Sébastien plombier d'Argenteuil vraiment le gars d'Argenteuil très très sympa évidemment il est plus plombier aujourd'hui lui il a c'est lui qui a perdu sa main devant l'Assemblée nationale moi ça m'a beaucoup frappé c'est pas possible lui aussi faisait beaucoup de manifs de gilets jaunes c'était pas sa première mais c'est en février mais avant ça lui disait avant franchement je faisais mon foot ma copine je m'intéressais à rien franchement ça m'a vraiment changé ce mouvement là lui il était très content après il a sa prothèse il arrêtait pas de parler de ça c'était vraiment pour lui une reconstruction et enfin j'ai rencontré Ariane qui a lui qui a 50 ans de grands enfants qui étaient délégué syndical dans son entreprise je crois qu'il était chez Sanofi ils ont été bien avec lui d'ailleurs et technicien voilà et du coup lui c'était assez dur au niveau de il avait jamais eu un arrêt de travail il était vraiment très fier à leur bon travailleur tout ça donc c'est cinq personnes là et manifestées souvent vraiment souvent pour la première fois à part ayan qui a vraiment voilà qui est testé legué syndical qui avait l'habitude de manifester comme il disait mais d'habitude ça se passe bien à Tours on est là c'est tranquille là c'était vraiment tranquille et tout à coup ce qui s'est passé sur les gilets jaunes tout à coup et ben ok il y a une ou de lacrymo qu'on accepte on pourrait en parler mais tout à coup ça part en vriller et on se retrouve à prendre sur la tête dans ce qu'ils ont pris sur la tête ou en général ce qu'ils ont fait aussi c'est que je vous mets au défi de s'il y a quelque chose qui vous arrive sur la tête de pas vous dire voilà merci je vous le renvoie et là du coup vous vous agressez les forces de l'ordre notamment Ryan et du coup ce qu'ils ont pris sur sur le voilà en général et en effet il est en repoussé c'est une grenade if 4 c'est à dire c'est bourré de c'est assourdissant une grenade assourdissante c'est comme ça qui quand elle explose fait en effet un bruit assourdissant ce qu'on appelle le désencerclement aussi et qui envoie des éclats en plus très sympathique donc Gabriel avait encore des points noirs là comme ça il a régulièrement qui ressorte et qui en ont mis partout d'ailleurs son cousin tout ça ils ont pris ça dans la tête alors du coup ils m'ont raconté tout ça parce qu'ils n'ont pas appris que dans la main après avec en effet la question de on est opéré alors là oui sur le système de santé ça fait un si assez peur c'est tout ce qui se passe après moi je voulais qu'il me raconte que c'était pas juste un fait divers comme ça c'est aussi qu'est-ce qui se passe après c'est quoi c'est vide là ce qui est intéressant je vous le fais court sinon vous pouvez toujours en effet lire mon livre où je raconte qui sont pourquoi ils sont là quel ce jour-là qui bascule et après tout ce qui se passe l'opération première alors en effet avec des soignants qui ne pensaient pas faire des opérations de ce type là en effet parce qu'on est quand même pas en guerre or cette grenade est classée arme de guerre et et la France et le seul pays à s'en servir contre sa propre population ce qui dit bien en effet le rapport entre la macronie et sa propre population en termes d'extranéité ensuite il y a tout un astreint intéressant c'est qu'après tous ces messieurs ont eu droit de la rééducation avec des fois un taxi qui vient les chercher toute la journée qui les ramène le soir pendant 2-3 mois et très intéressant de rééducation pour arriver après à manipuler la prothèse et puis aussi une rééducation psychologique qui vont qui font des années pour accepter de faire le deuil de sa main ce qui est intéressant par rapport à ça c'est en fait on dit des fois l'état est méchant l'état l'État policier oui mais aussi puisque bon Dieu appelait la main gauche de l'État et ce qui est un rhume c'est que ça nous coûte horriblement cher ces histoires parce que en fait on a payé à tous les mutilés et il y a eu énormément de mutilés on a eu 350 je sais pas vraiment caractériser David Dufrane a fait le décompte et en plus des choses enfin des fois il suffit un flash-ball et enfin des années on est traumatisé on a des problèmes voilà là c'était vraiment les mains coupées c'était vraiment très Arabie Saoudite donc c'est moi ça m'a beaucoup mais il y a énormément de problèmes que ça qui demande beaucoup de rééducation une prothèse etc et la prothèse donc sauf pour Gabriel qui accumulé les injustices et donner par la Sécurité Sociale et tant mieux mais en fait ça coûte quand même très cher donc moi la question que j'ai que j'ai eu après en les écoutant j'aurais demandé comment il se sentait qu'est-ce qu'il pensait de tout ça comme souvent les choses ne sont pas forcément très formulées pourquoi on est pourquoi on est allé manifester c'était parce que c'est pas juste en fait notamment voilà l'ISF parce qu'on n'arrive pas à s'en sortir et la manif était souvent des choses vraiment chouettes avec les ronds-points en fait on était bien entre nous et c'était ça qui était valorisé avec des fois on vient avec mon petit frère je suis venu avec les enfants c'était vraiment un grand moment pour ça et du coup là qu'on leur balance une grenade dessus ils n'ont pas compris du coup l'ont pas compris ils n'ont pas vu notamment il a pas vu d'où venait la grenade d'ailleurs c'est vrai que le flic après a dit qu'il avait lancé les mauvais côtés c'était pas là où il fallait lancer et du coup il y a la question de pourquoi on envoie ces grenades là et là du coup moi j'ai un peu cherché j'ai vu que Castaner à l'époque avait dit mais on lancera ses grenades jusqu'à épuisement des stocks parce qu'en fait on une entreprise qui s'appelle alcetex c'est grenades qui sont au fond de la même famille que celles qui a tué vital Michalon dans les années 70 contre super Phénix et dire vital Michalon on n'a jamais été reconnu comme victime de l'État donc en fait si les flics ont ces grenades moi je suis arrivé à la conclusion mais le livre ne fait que le donner la parole à ces gilets jaunes parce que je trouvais que nous les bourgeois de centre-ville les intellos on avait assez parlé et on a repris mais je voulais les écouter que eux ils parlent et du coup le bouquin est vraiment c'est 100% leurs phrases à eux et moi j'ai monté comme ça fait un portrait calédoscopique de qu'est-ce qu'un gilet jaune qui subit une telle violence et du coup le récit est comme ça c'est pas à 5 témoignages c'est un seul voilà mais c'est que leur mot voilà bon évidemment je donne mon point de vue à la fin parce que quand même mon éditeur voulait que mon nom soit sur le livre du coup à la fin je parle un petit peu mais la question c'est que si politiquement pour revenir à Madame la Députée on a on fait des lois qui à un moment donné à l'Assemblée nationale qui disent voilà comment nous allons armés nos policiers et donc on peut aussi faire des lois qui disent on va désarmer nos policiers parce qu'après la question juridique est arrivée parce que souvent donc un gilet jaune comme ça qui est dénombré qui est mutilé c'est un effet percussion on fait la grenade des choses sur lui mais surtout de la famille et surtout le village sur tout le rond-point et donc ayan notamment à l'hôpital ils ont dit écoutez si vous n'êtes pas dans votre chambre vous rentrez chez vous parce qu'il y avait tellement de visites avec 45 minutes par jour il était jamais il était tout le temps en bas dans le hall de l'hôpital donc tout le monde est au courant tout le monde est au courant dans le quartier et il a c'est difficile pour beaucoup aussi de d'être plus que l'handicapé alors qu'avant on était le père de famille le l'ouvrier il faut se redéfinir une identité mais en tant que tel moi je pense pas qu'elle est violence individuelle dans la société en général me dire la violence conjugale de personnes c'est une violence quelle violence génère notre société si on arme les flic vous avez des armes de guerre et des flash-ball en aboutir oui on va on va faire il faut faire telle procédure pour s'en servir il va faire faire telle stock on ne peut pas non si les gens sont sur armés ça fera ce genre de mutilation donc avant de dire il faut éduquer mieux la police moi je sais pas et toujours pas contre la police d'ailleurs par ailleurs il faut faire une désescalade et ça c'est difficile parce que depuis dans le Castaner s'inscrit dans une logique de larmement le sur-armement de la police donc je suis pas un spécialiste là-dessus mais je sais que ça vient que castellaire ne fait que continuer Manuel Valls qui continue Sarkozy qui continue Pasqua et donc ça c'est une une branche que prend l'État français la main droite de l'État mais que nous devons là pour le coup c'est celle-là que nous devons couper et arriver et c'est difficile parce que quand on prend une et c'est ça politiquement comment on fait pour baisser le niveau de tension voilà et je dis ça aussi baisser le niveau du vélo c'est désarmé enlever en fait la la surveillance à laquelle les policiers sont amenés et ça pose des questions aussi sur les gilets jaunes sont-ils prêts et je finir là-dessus à recommencer sachant que là vraiment la politique fait la stratégie c'est mutiler quelques-uns pour terroriser beaucoup et ça marche en grande partie beaucoup de gens disaient mais moi je suis je sais pas professeur de volley-ball je ne peux pas me permettre de prendre le risque de perdre la main mon pied mais mon genou et donc c'est toute la question là d'arriver comment on fait ton pour faire baisser le niveau de violence sous en sachant que en effet les manifestations ont besoin d'encadrement enfin je ne sais pas je ne suis pas spécialiste heureusement les filles le débat sur la folie et extrêmement sérieux même le journal Le Monde l'avait reconnu mais si je sais ce qu'il faut pas remonter il faut pas remonter la violence non plus en nous je sais que tous ces cinq garçons n'ont absolument rien fait pour mériter ça il faut le redire ce sont des gens qui sont des victimes et dans le combat principal aujourd'hui et de se faire reconnaître comme victime et ça semble idiot on le voit des fois sur la violence sexistes mais juste ils aimeraient qu'on leur dise oui vous êtes victime de la police et c'est pas votre faute c'est pas parce que vous l'avez renvoyé c'est pas parce que vous avez une cagoule noire à ce jour-là par exemple voilà ce n'est pas votre faute la question c'est qu'en effet moi j'ai que j'ai trouvé très beau en les écoutant et on vient leur vie c'est que le mouvement des gilets jaunes les avaient agrégé voilà et d'ailleurs les cinq portraits que je vous ai fait très rapide c'est voilà c'est ça que milieux de classe populaire qui s'engagent voilà heureusement il y a pas de femme on va dire ça aurait été pire symboliquement mais ça aurait pu très bien tomber sur une femme voilà le dire c'est vraiment sur Madame la mère de Gabriel ça s'est joué à très très peu et n'importe qui il renvoie une grenade voilà c'était pas mais en tant que tel ils ont été démembrés et une fois que ça ça leur arrivée mais ils sont rentrés à l'hôpital ils sans rééducation sans rentrer en dépression souvent c'est normal c'est même une phase normale et le but de l'État c'est ça c'est que ceux qui s'agrègent en fait contre lui ou contre rien des fois mais qui qui vit quelque chose ensemble vivre quelque chose ensemble en fait en faisant ça en les on les réassigne à une blessure personnelle individuelle terrifiante et les autres gilets jaunes disent j'ai eu la chance moi c'est pas tomber sur moi mais du coup je fais attention et on démembre et tout l'intérêt des immobilisations sociales c'est qu'en soit ensemble voilà après au niveau de la est-ce que on peut continuer comment faire pour reprendre comment faire pour faire baisser le niveau de tension je sais pas en tout cas en effet d'une mois de décembre Didier d'allemand qui avait mutilé beaucoup de gens a été nommé préfet de Paris à ce moment-là dans le message était très clair donc je crois qu'on s'est débarrassé grâce au football de Didier l'allemand finalement récemment mais en tout cas moi on sait très bien quand on voit ce qu'il a fait à Bordeaux je sais parce que à Lyon par exemple remercier la police parce qu'il y a pas de mutilation abominable à Lyon mais à Bordeaux c'était particulièrement sanglant et voilà et deux mois après il était nommé préfet de Paris ce monsieur l'allemand donc le message de l'État en effet c'était c'était ça voilà moi en tout cas j'étais très touchée vers en cognant ces cinq témoignages et j'ai trouvé que ça a donné une idée de ce que nous vivions tous ou parce qu'on connaîtra quelqu'un qui connaîtra quelqu'un qui a été victime de flash-ball voilà comme toi là-bas ou parce qu'en fait on vit sur cette menace là et cette menace est faite dans un certain but politique merci beaucoup [Applaudissements] merci merci beaucoup pour vos interventions alors bonjour à toutes et à tous je remercie les membres de la France insoumise de m'avoir invité alors je me présente très rapidement je m'appelle Maxime qui joue je suis sociologue je travaille sur les sociétés coopératives et sur le syndicalisme alors au moment où le mouvement des gilets jaunes a explosé comme tout le monde j'ai été interpellé à la fois par sa fulgurance et son originalité très vite aussi comme nombre de mes collègues j'ai tenté d'apporter un éclairage sur ce phénomène à l'occasion d'un article rédigé avec mon collègue Guillaume gourde plus que la question de la ruralité de la mobilisation des classes populaires ou de l'émergence de nouvelles formes de conflictualité sociale les gilets jaunes ne sont apparus surtout comme un incroyable symptôme du monde du travail dans la bouche de beaucoup d'entre elles et d'entre eux la housse des carburants pardon constitué une atteinte très grave à leur mobilité dans leur cadre dans le cadre de leur vie professionnelle mais aussi et surtout de leur vie professionnelle d'ailleurs la revendication d'une hausse du SMIC est très vite apparue avant que des revendications plus institutionnelles avec le RIC ne viennent s'ajouter à ces revendications matérielles mais plus qu'un symptôme des difficultés du monde du travail c'est surtout celui de la crise que connaît le syndicalisme français depuis 40 ans en France qui nous a sauté aux yeux en quelques semaines les gilets jaunes réussissaient à engager un rapport de force avec le gouvernement sur des problématiques majeures des organisations syndicales qu'elle mêle ne parvenait pas et ne parviennent toujours pas d'ailleurs à mettre en place depuis tant d'années l'émergence des gilets jaunes nous apparaissait comme un substitut des luttes du travail que le monde syndical n'était plus en mesure de produire car depuis les années 70 les organisations syndicales se heurtent à toute une série d'obstacles qui les ont considérablement affaibli avec moins de 10% en moyenne de la population salariale syndiquée la France est le pays qui a connu le déclin le plus rapide de toute la zone de l'OCDE la jeunesse de cet effondrement est désormais bien connue disparition des bastions ouvriers os du chômage précarisation de l'emploi tertiarisation de lecteur de l'activité etc mais à ces transformations majeures de l'économie est venu s'ajouter une complexification substantielle du travail de représentation syndicale ou du personnel depuis une dizaine d'années le monde syndical rencontre une série de bouleversements qui l'emporte dans une course effrénée à l'adaptation de nouveaux dispositifs de régulation du travail et de l'emploi loi de représentantivité syndicale en 2008 loire-repsa met en 2015 loi travail en 2016 ordonnance Macron en 2017 les syndicats passent désormais une partie substantielle de leur temps à s'adapter un cadre normatif qui n'a de cesse de réduire leur marge de manœuvre les élus du personnel doivent désormais si j'ai dans un nombre croissant d'instance dans et hors de l'entreprise or cette situation pousse les militants syndicaux à intensifier leur formation les éloignants géographiquement donc dans les entreprises et socialement de leurs camarades de leurs collègues des bases qu'ils sont censés représenter désormais le pouvoir syndical et morcelé à la faveur de la négociation d'entreprise qui met en concurrence les salariés entre eux depuis son arrivée au pouvoir Macron n'a fait qu'exacerber cette déconnexion par la mise en place des comités sociaux économiques les CS qui prévoit de transformer les syndicalistes en manager sociaux le mouvement des gilets jaunes mais donc bien en lumière ici un symptôme de ces différentes transformations du syndicalisme sous l'effet de la professionnalisation du travail syndical les responsables syndicaux semblent désormais en décalage par rapport à des aspirations pourtant proches du cœur de leur travail revendicatif défendu par nombre de travailleurs pauvres de retraités modestes ou de jeunes interminaires qui composent les rangs des gilets jaunes les directions syndicales ont toujours semblé distantes ou à contretemps de ce mouvement les soupçonnants de connivence avec l'extrême droite je sais pas si vous souvenez des premières déclarations de Philippe Martinez ou de Laurent Berger les dirigeants syndicaux ont aussi du mal à cerner la spontanéité des revendiquées des revendications initiales dans un entretien la nouvelle revue du travail la secrétaire général de l'UDA du 92 explique ainsi je la cite qu'un certain nombre de revendications pour nous syndicalistes ne collait pas du tout notamment les revendications anti-taxe la contestation des taxes sur les carburants nous posaient un gros problème parce que fondamentalement on n'est pas contre l'impôt on est pour l'impôt juste pour une redistribution des richesses donc on n'était pas du tout sur ces bases là même si on l'a bien vu les gilets jaunes ont rapidement appelé au retour de l'ISF par exemple plus globalement c'est une forme d'absence de plasticité politique qui a manqué aussi assez syndicalistes nous on veut bien converger mais avec nos revendications et aussi construire un contenu revendicatif commun on refuse de se fondre dans un mouvement qui en quelque sorte veut nous absorber ou nous contrôler déclare cette même responsable le sociologue Raphaël Chalier souligne très bien ce phénomène à partir de son terrain lorrain il explique je le cite pour occuper le rond-point il faut accepter de cohabiter concrètement avec des gens de sensibilité politique éloignées ou qui ne revendiquent pas leur affiliation politique parce que la première contrainte pratique à régler c'est la coexistence pacifiée au sein des gilets jaunes or généralement les militants de partie ou de syndicats ne font pas ça c'est impossible envisager pour eux les militants en temps normal refus de se mélanger de cohabiter avec des gens qui seraient alors opposés dans le champ de la compétition partisane paradoxalement ce propos syndical de cette responsable syndicale de l'UDA du 92 pourrait tout à fait être attribué à un gilet jaune car cette méfiance d'une partie du monde syndical souvent la plus urbaine et la plus élevée socialement a été alimentée par les contacts souvent free le voir difficile que certains syndicalistes ont eu à leur arrivée sur les ronds déjà le mode principal de lutte syndical la grève a très vite été exclue elle représente un coup économique beaucoup de gilets jaunes ne peuvent se permettre raison pour laquelle d'ailleurs nombre d'entre eux ont préféré manifester les samedis je crois que l'exposé le premier exposé va très bien montré toutes les enquêtes montrent qu'on a à faire en effet à des populations souvent paupérisées pour le collectif quantité critique par exemple je cite 89% des gilets jaunes déclarent ainsi avoir du mal à finir le mois le même collectif mais le même collectif pardon montre qu'il existe tout un tas de raisons sociologiques qui expliquent les chargements se désamour avec le monde syndical les gilets jaunes travaillent plus souvent que la moyenne dans des TPE ont souvent des postes dévalorisés et déclarent entretenir des relations cordiales avec leur employeur comme le souligne la sociologue Sylvie Monchatre je la cite les lignes de clivage les lignes de clivage selon eux se situent moins de salariés employeur contre les entreprises elles-mêmes ils considère que les grandes sont structurées pour faire du profit et se dérober à leur responsabilité sociale et fiscale en toute impunité tandis que les petites entreprises sont exposées par ce système économique qui ne leur laisse aucune marge de manœuvre ce qui fait dire de façon très pertinente aux auteurs de quantité critique que je cite l'action syndicale que vise à instaurer un rapport de force sur sa main de l'entreprise semble donc bien peu pertinente aux yeux de ses salariés gilets jaunes il précise toujours d'ailleurs ces auteurs que 80% des gilets jaunes interrogés n'ont jamais été membre d'un quelconque partie ou syndicat pour la plupart d'entre eux des gilets jaunes leur rapport au syndicats est marqué par une forte ambivalence tiraillée entre la demande et la défiance de défense syndicale ce rapport s'apparente davantage à un espoir déçu qu'un rejet en bloc perçu comme d'éventuels facteurs de division l'étiquetage syndical tout comme politique s'est effacé derrière les injonctions à l'unité mais il est possible et nécessaire de ne pas s'arrêter à cette apparente opposition entre gilet jaune et monte syndical le mouvement des gilets jaunes comme celui du monde syndical sont deux univers extrêmement composite qui ont permis également d'importantes jonctions et d'influence réciproque en ce sens les oppositions formelles de départ ont souvent cédé la place à des formes de continuum entre ces différents univers qui ont en fond finalement des espaces de lutte très complémentaires si les premiers temps ont été hésitants un certain nombre de syndicalistes ont fini par rejoindre les rangs des gilets jaunes comme le rappel d'ailleurs toujours le collectif quantité critique beaucoup de gilets jaunes ont cherché à différencier les directions syndicales des militants de base des moyens ont été mis à leur disposition par certains syndicats comme la Bourse du travail à Paris par exemple d'autres syndicats ou syndicalistes ont saisi le tribunal administratif pour faire interdire l'usage du LBD d'ailleurs certaines enquêtes ont montré que près d'un tiers des gilets jaunes avaient été adhérents d'une organisation syndicale beaucoup plus donc finalement que l'enquête de quantité critique s'expliquant probablement par les stratégies de discrétion des militants face à un mouvement qui se revendique se revendiquait profondément apolitique le sociologue Raphaël Chalier montre ainsi que les gilets jaunes de grandes zones urbaines de Lorraine sont dominées par des militants souvent professionnels syndicaux aux politiques en ce sens si peu d'enquête l'ont mis en lumière les connaissances pratiques du militantisme syndical vient avec les institutions rédactions de communiquer travailleurs organisations etc ont probablement contribué à structurer certaines luttes à l'inverse on retrouve beaucoup de syndicalistes mais dans les mots d'ordre et les modes et les méthodes de lutte qui ont parfois largement débordé le ronron des pratiques syndicales la plupart des recherches sont bien montré que l'organisation de la lutte sur les ronds-points avaient été rendu possible par la mobilisation d'un ensemble de savoir-faire tirer de leur univers professionnel le politiste Olivier filleul précise par exemple dans ces tâches diverses les personnes mobilisent tant des savoirs professionnels qu'un sens de la débrouille qui atteste bien que dans ces segments de classe la valeur travail a du sens qui plus est dans un univers frappé par le chômage de masse chômage de masse et où les arts de fer se déplent souvent marge du travail salarié dans des activités informelles qui apportent au quotidien à la fois un complément de ressources matérielles comme le préciser bien pierre et une estime de soi certains syndicalistes et intellectuels ont surtout rappelé que les gilets jaunes n'ont ni plus ni moins retrouvé les modes de lutte historiques du mouvement ouvrier est plus précisément du syndicalisme révolutionnaire à juste titre Samuel Hayat a bien rappelé qu'on retrouve dans le mouvement des gilets jaunes les mêmes mécanismes d'économie morale soulignés par l’historien Edward Thomson pour parler des Jacquerie au 17e siècle en Angleterre d'un point de vue sociologique il existe d'ailleurs une grande proximité entre la composante du mouvement ouvrier du 19e qui formeront les premiers syndicats et les gilets jaunes petits indépendants propriétaires de leur outil de travail auto-entrepreneur salarié personne en recherche d'emploi ou exclus du marché de l'emploi et de manière permanente principalement du secteur marchand le politiste Zakaria bendahi rapporte des anecdotes révélatrices à cet égard je le cite les seuls syndicalistes que j'ai croisé et qui étaient là en tant que syndicaliste c'était à l'auzière où il y avait une personne qui travaillait en usine pour une multinationale agroalimentaire qui s'apprêtait à ce moment-là à fermer à fermer son site dans la région et qui disait nous on est venu sur le rond-point parce qu'il y a plus de monde ici que sur notre piquet de grève donc c'est là pour nous qu'on peut avoir un impact Bendali est-il je cite toujours ben Dali j'ai eu à peu près la même le même son cloche avec un employé d'une autre entreprise très importante qui fabrique du matériel agricole cet homme là qui était militant aussi au syndicat de son entreprise faisait la même réflexion il avait vu les effectifs de son âge syndicat s'effondrer au fil des années et il en avait conclu que l'action collective et les luttes syndicales c'était un peu fini dans la région or il était très étonné de voir tous ces gens sur le rond-point et presque sur le ton de l'humour il disait je me demandais où était passé tous les syndicalistes bah les voilà en fait le mouvement des gilets jaunes a aimé immédiatement été suivi par un mouvement social d'ampleur la grève qui démarre en décembre 2019 contre une énième réforme des retraites a été l'une l'un des conflits pardon sociaux les plus suivis de la dernière décennie loin d'entrer en conflit avec les gilets jaunes la grève a été plutôt mise entre ces derniers les syndicalistes les gilets jaunes ont souvent répondu à l'appel des manifestations comme lors du premier mai 2019 et participer à des occupations d'entreprises le sociologue David Gaboriau qui travaille sur les ouvriers d'entrepôt a bien montré la forte continuité des mots d'ordre et des pratiques issues des gilets jaunes apparus à l'occasion de nombreux conflits sociaux parmi ces groupes de travailleurs on pourrait croire que le covid a mis un frein à cette dynamique de conflit social tout le monde qui n'en est rien bien au contraire une étude qu'on met actuellement à Decathlon avec mon collègue carélion révèle ainsi que cette période était source significative de 11 de conflits et de structuration d'un syndicalisme contestataire depuis un an sur fond d'inflation galopante les grèves se multiplient sur tout le territoire comme si finalement l'intensité du conflit social était moins à faire d'existence que d'éclairage en définitive on pourrait même se demander si les gilets jaunes ne sont pas une extension sociologique et politique du syndicalisme hors de l'entreprise sociologique car elle cible des populations souvent plus rurales et plus précaires travaillant souvent dans des structures plus petites et moins syndiquées politique car les gilets jaunes portent des revendications sur les conditions d'existence et d'accès à des emplois dignes qui s'inscrivent dans la continuité de la question des rémunérations et des conditions de travail propres au milieu syndical alors pour conclure et tenter de répondre à la question de la conférence est-ce que les gilets jaunes peuvent revenir je dirais que les gilets jaunes ont constitué une formidable dynamique pour remettre au coeur du débat des préoccupations finalement profondément syndicales ils ont permis de rappeler que le travail n'est pas simplement une question technique laissée à la merci de professionnelle de la négociation et limiter aux portes de l'entreprise ils ont permis d'une certaine façon de sortir du morcellement des luttes en renationalisant des enjeux matériels de première ordre dans une séquence historique marquée par des mouvements sociaux à répétition aux effets souvent limités les gilets jaunes ont permis d'insuffler un nouveau souffle au plus problématique sur les conditions d'existence et sur la centralité du travail qui plus est par des personnes éloignées des Girons syndicaux par conséquent si les sociologues ne savent pas lire dans les boules de cristal l'apparition de ce nouveau entre guillemet mouvement social aux préoccupations pourtant bien matérialistes ne peuvent que contribuer à regénérer la question sociale et avec elle l'existence de la vie syndicale je vous remercie [Applaudissements]
Alma Dufour