Sophie Venetitay : "Le contrôle continu est une source d'inégalités"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 70 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:07OuverteRéponse directe
Le ministre veut supprimer les épreuves communes et renforcer le contrôle continu. Qu'en pensez-vous ?
- 0:52OuverteRéponse directe
Pourquoi êtes-vous opposé à cette nouvelle réforme ?
- 1:40OuverteRéponse directe
Qui sera pénalisé selon vous : les lycées élitistes ou ceux de niveau inférieur ?
- 2:28RelanceRéponse directe
Le ministère promet un cadrage de notation pour éviter les différences. Que répondez-vous ?
- 3:33OuverteRéponse directe
En dehors des inégalités entre établissements, quels autres problèmes pose cette réforme ?
- 4:30OuverteRéponse directe
Avez-vous senti une pression des parents d'élèves cette année avec le contrôle continu ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:07InvitéFait
« ces annonces de Jean-Michel Blanquer, nous, elles ont suscité beaucoup de colère parce qu'il nous semble qu'elles ne vont ni dans l'intérêt des élèves, ni dans l'intérêt des enseignants. »
- 1:13InvitéFait
« le contrôle continu, en fait, ça renforce les inégalités entre les élèves et les établissements. »
- 1:58InvitéFait
« On a déjà eu malheureusement un peu un avant-goût de ces inégalités d'établissement avec Parcoursup »
- 2:52InvitéFait
« il nous a promis exactement la même chose l'an dernier quand le bac est passé entièrement en contrôle continu en raison du Covid »
- 3:43InvitéFait
« ça va complètement modifier la relation entre les professeurs et les élèves »
- 5:10InvitéFait
« sur les épreuves de spécialité, nous on a toujours dit déjà qu'elles arrivaient beaucoup trop tôt. »
- 5:49InvitéFait
« la structure ça serait quand même des épreuves nationales, terminales en fin d'année, donc sur le modèle de ce qui pouvait se faire avant. »
- 6:30InvitéFait
« le sujet de français faisait référence à un thème du programme qui a été étudié en quatrième »
- 6:50InvitéFait
« il n'en a jamais parlé, il n'y a eu aucun aménagement pour le brevet. »
Temps de parole
- Invité70 %
- Présentateur30 %
≈ 1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Encore une modification du bac dans les tuyaux. Jean-Michel Blanquer a présenté hier au syndicat des ajustements à sa réforme. Le ministre de l'éducation souhaite renforcer le contrôle continu. Bonjour Sophie Vénétité. Bonjour. Vous êtes secrétaire générale adjointe du syndicat majoritaire, le SNES-FSU, et vous êtes professeur de sciences économiques et sociales. Alors si l'on résume, il y aura toujours des épreuves finales. Ça, ça ne bouge pas comme les spécialités, la philo ou le grand oral qui compteront pour 60% de la note. En revanche, le ministre veut supprimer les épreuves communes qu'on a appelées un temps les E3C. Ce sont des sortes de partiels organisés en première et en terminale.
Et à l'avenir, le contrôle continu, qui compte donc pour 40% de la note, ne prendra en compte que les bulletins scolaires, c'est-à-dire les devoirs, les interros réalisés tout au long de l'année. Et alors ça, ça vaut pour les matières du tronc commun, notamment comme le sport, les langues ou l'histoire géo. J'ai bon ? C'est exactement ça. Ok. Alors maintenant, j'aimerais avoir votre avis et essayer de comprendre pourquoi vous êtes opposé à cette nouvelle réforme.
C'est vrai que ces annonces de Jean-Michel Blanquer, nous, elles ont suscité beaucoup de colère parce qu'il nous semble qu'elles ne vont ni dans l'intérêt des élèves, ni dans l'intérêt des enseignants. Elles ne vont pas dans l'intérêt des élèves parce qu'on sait que le contrôle continu, en fait, ça renforce les inégalités entre les élèves et les établissements. Parce que le contrôle continu, ça renvoie à la façon dont on est noté dans un établissement, dans un lycée.
Et on sait que tous les lycées ne notent pas de la même manière et que finalement, entre deux lycées distants de 10 km, on va avoir des pratiques de notation différentes qui vont faire qu'au final, ce n'est pas tant le bac, ce n'est pas tant le diplôme qui va compter pour un élève que son établissement d'origine. Et c'est finalement le spectre du bac local qui revient et qui nous fait très peur.
Mais qui sera pénalisé selon vous ? Le lycée plutôt élitiste qui a des très bons élèves mais avec des professeurs qui ont parfois la main un peu lourde sur les notes ou les lycées d'un niveau un peu inférieur avec des professeurs peut-être un peu plus sympas pour porter les élèves dans la notation ?
On a déjà eu malheureusement un peu un avant-goût de ces inégalités d'établissement avec Parcoursup puisqu'on sait que dans Parcoursup, le poids du lycée d'origine compte beaucoup et on a vu à quel point les lycées des milieux les plus défavorisés partaient vraiment avec beaucoup de retard et avec une sorte de handicap et qu'un certain nombre d'élèves de ces lycées-là avaient été pénalisés. Donc notre crainte c'est qu'effectivement ça augmente les inégalités avec les élèves des lycées les plus défavorisés qui vont en payer les conséquences.
Donc un 16 dans un lycée défavorisé, ça ne suffira pas à compenser même un 12 à rue 4 par exemple ?
En tout cas c'est notre crainte et on l'a déjà vu un peu se dessiner dans Parcoursup. Donc en plus on a des éléments concrets qui montrent que ce spectre du bac local et des inégalités locales sont bien réelles.
Mais le ministère promet un cadrage de notation, un système d'harmonisation avec des consignes précises pour justement éviter ces différences de notation.
Oui, il nous a promis exactement la même chose l'an dernier quand le bac est passé entièrement en contrôle continu en raison du Covid et on se souvient tous quand on est enseignant de ce qu'on a vécu dans les jurys de baccalauréat l'an dernier où en fait on est tous arrivés dans les jurys, on a découvert les notes des élèves des différents lycées et il n'y avait plus aucune harmonisation possible, aucun cadrage possible parce que chaque lycée avait un peu fabriqué la note dans son coin. Et on a tous vécu ces réunions où on est arrivé, on a découvert les notes, on nous avait dit bah écoutez vous allez harmoniser pendant 3 jours.
Résultat en 30 minutes c'était fini parce qu'il n'y avait plus rien à faire et aucun cadrage n'était possible. Ça fait 2 ans qu'on nous promet un cadrage, qu'on nous promet des guides et on n'a rien vu venir.
En dehors de ces inégalités que vous dénoncez donc entre établissements qui pourraient être aggravés si cette réforme se fait, il y a d'autres choses qui vous posent problème ?
Oui, l'autre problème c'est que ça va complètement modifier la relation entre les professeurs et les élèves parce que le contrôle continu ça veut dire que finalement toutes les notes, toutes les semaines vont compter. Et donc à partir de là, finalement ça dénature un peu le lien pédagogique entre les élèves et les professeurs. On est dans une espèce de course contre la montre à l'évaluation où il faut sans cesse empiler les notes et finalement on délaisse un peu le côté apprentissage. Et on l'a vu cette année où on a aussi eu plus de contrôle continu que ce qui était prévu.
Des collègues qui nous ont dit mais je suis tout le temps en train de noter, on me demande un devoir de rattrapage, on me dit ah bah vos notes sont pas assez bonnes, les élèves sont pas contents et c'est pas ça le cœur de notre métier. Le cœur de notre métier c'est d'apprendre des choses aux élèves et de les faire progresser.
Est-ce que vous avez senti aussi dès cette année, est-ce que c'est quelque chose que vous redoutez à l'avenir, une petite pression aussi des parents d'élèves ?
Ah bah on l'a déjà senti cette année avec le contrôle continu, des petites remarques comme ah bah mon fils ou ma fille mériterait quand même une meilleure note et puis quand même il y a le bac à la fin. Et on peut entendre cette inquiétude, cette angoisse, elle est tout à fait légitime mais au final ça met encore plus de pression sur les enseignants et ça ne permet pas là encore de faire son métier dans des conditions sereines. Donc vraiment tant du point de vue des élèves que des professeurs, le contrôle continu c'est quelque chose d'extrêmement problématique.
Mais cette année pourtant le SNES a réclamé le contrôle continu à la place des épreuves de spécialité du mois de mars ?
Alors sur les épreuves de spécialité, nous on a toujours dit déjà qu'elles arrivaient beaucoup trop tôt. Le mois de mars c'est des épreuves, enfin elles arrivent beaucoup trop tôt, les élèves n'ont pas le temps de se préparer. Et cette année on était quand même dans un contexte très particulier qui était une période de Covid. Donc c'était une demande exceptionnelle. C'était, et d'ailleurs c'était pas tant le contrôle continu qu'on avait demandé pour les épreuves de spécialité que le report à la fin de l'année.
On avait dit le mois de mars c'est trop tôt, laissons du temps aux élèves à fortiori en période de Covid pour qu'ils se préparent et mettons les épreuves de spécialité à la fin de l'année.
Mais c'est quoi le bac idéal pour vous ? Est-ce que c'est l'ancien modèle avant la réforme Blanquer ou est-ce que c'est un autre bac qui n'existe pas encore ?
Alors la structure ça serait quand même des épreuves nationales, terminales en fin d'année, donc sur le modèle de ce qui pouvait se faire avant. Mais après il faudrait réfléchir à ce qu'on fait sur ces épreuves là, c'est-à-dire quelles questions on pose aux élèves, quel type d'épreuve, est-ce qu'on les fait disserter, est-ce qu'on les fait commenter un document, est-ce qu'on les fait analyser un autre type de document. Tout ça c'est des questions qu'on est tout à fait prêts à ouvrir de notre côté, dès lors qu'il y a un cadre national, terminal, qui permet de garantir l'égalité entre les élèves.
Et ça c'est un point incontournable pour nous que malheureusement aujourd'hui Jean-Michel Blanquer a complètement balayé.
Sophie Vénétité, c'est assez rare, le SNES a vivement réagi à l'épreuve de français du brevet qui a eu lieu hier, quel est le problème ?
Alors la très grande surprise et la très mauvaise surprise, ça a été que le sujet de français faisait référence à un thème du programme qui a été étudié en quatrième, donc c'est-à-dire pour les élèves l'année dernière. L'année dernière on a quand même eu une année largement chamboulée par le Covid avec un trimestre d'enseignement à distance.
Et c'était autorisé ça quand même de poser une question sur le programme de quatrième ?
Oui, c'était autorisé, mais en fait ça montre qu'encore une fois, le collège et le brevet ont été complètement oubliés par le ministre dans les aménagements sur les examens, puisqu'il n'en a jamais parlé, il n'y a eu aucun aménagement pour le brevet. Et là on a des élèves et des professeurs qui toute l'année ont essayé de faire face dans des conditions difficiles, et ils découvrent un sujet qui correspond à la période qui a été la plus marquée par le Covid. Donc ça a occasionné de très vives réactions, c'est assez scandaleux.
Il y a une forme de mépris aussi vis-à-vis de tout le travail qui a été fait par les élèves et les professeurs que de les interroger sur quelque chose qui a été fait sur l'année la plus perturbée par le Covid.
Sophie Vénétite, secrétaire générale adjointe du SNES-FSU, vous étiez l'invité du 5-7.