«En réélisant Macron, les Français ont dit d'accord pour cinq ans de plus mais pas cinq ans de plus de macronisme» estime Louis Hausalter
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« Ce sera le plus jeune président que nous n'aurons jamais eu. 49 ans en sortant de l'Élysée. »
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« C'est le premier auquel s'applique une règle introduite en 2008 qui lui interdit de faire trois mandats consécutifs. »
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« Vous dites même, au moment de la dissolution de l'Assemblée nationale, qui était le tournant majeur du quinquennat Macron, il vaut mieux peut-être une cohabitation qu'une succession. »
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« Il pense pouvoir gagner sur sa seule image personnelle et renverser le résultat des Européennes de 2024. »
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« Là, il en prend plein la gueule, si vous me permettez l'expression. »
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« Emmanuel Macron, il a quand même repris le contrôle avec Sébastien Lecornu, qui aujourd'hui, donc aux manettes, Lecornu 2. »
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« Il a théorisé et c'est les éléments de langage qu'on nous faisait passer à l'Élysée en disant « Le président préside, le gouvernement gouverne ». »
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« Beaucoup parlent de démission mais avec le portrait que vous nous en faites d'Emmanuel Macron, on voit mal comment il va démissionner. »
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« Il est prêt à sacrifier sa réforme des retraites plutôt que retourner devant les électeurs. »
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« C'était le grand marqueur de son quinquennat. C'était fondamental. »
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« Il se dit non, ce n'est pas de ma faute. C'est la faute des députés qui n'arrivent pas à s'entendre ? »
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« Il est persuadé, en tout cas, il dit que c'est une crise parlementaire et que c'est au Parlement de se débrouiller. »
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9h, Alexis de la Fléchère. Et à 8h14 sur Europe 1, c'est l'heure d'accueillir le deuxième invité d'Europe 1 matin week-end. Alexis de la Fléchère, vous recevez Louis Ouzalter, journaliste au Figaro et auteur du livre La foudre et les cendres, Macron, les secrets d'une succession interdite. Ça vient de paraître aux éditions l'Observatoire.
Bonjour Louis Ouzalter. Bonjour. Alors ce matin, on va donc tenter avec vous de comprendre comment fonctionne Emmanuel Macron. Un grand défi, entrer dans la tête du président de la République. Qu'est-ce qui se passe dans la tête du chef de l'État ? Dans votre livre, vous décrivez un président obsédé par le contrôle, déjà tenté par un improbable retour en 2032 et en guerre ouverte contre ses héritiers. On peut commencer peut-être par là. Pourquoi le sujet de sa succession est-il si sensible pour Emmanuel Macron ? Parce qu'il ne veut pas de successeur, en réalité. Il faut bien voir que là, j'ai déjà un paramètre qui entre en ligne de compte.
Ce sera le plus jeune président que nous n'aurons jamais eu. 49 ans en sortant de l'Élysée. Autant dire qu'il a la vie devant lui. Des présidents ont été élus. Alors qu'ils avaient 5 ans, 10 ans, 15 ans de plus que cet âge. Et puis, pour un président de la République, sachant qu'Emmanuel Macron est le premier à être dans cette circonstance particulière de ne pas pouvoir se représenter à sa succession, c'est le premier auquel s'applique une règle introduite en 2008 qui lui interdit de faire trois mandats consécutifs. Ça l'agace. Ça l'agace énormément. Il peste beaucoup en privé contre cette règle. Et puis, surtout, il n'aime aucun de ceux qui veulent prendre la place.
En fait, là, pour ce livre, j'ai interrogé, moi, tous les prétendants au trône, parce que c'est Game of Thrones qui a démarré. On l'a bien vu, entre Édouard Philippe, Gabriel Attal et d'autres. C'est le concours du plus anti-macroniste, des macronistes, quelque part, de ceux qui l'ont servi, qui ont été ses premiers ministres. Donc, ça montre que cette campagne-là, elle a commencé. Ça agace profondément Emmanuel Macron, évidemment, parce que ce sont des gens qu'il a fait, ou en tout cas, qu'il a propulsé à d'autres responsabilités.
Et puis aussi, pour un président de la République, bien sûr, et aussi parce que pour un président, essayer de voir que se prépare la succession au trône, c'est voir sa mort politique en face. Ça veut dire que tout le monde prépare la page d'après, il n'en fera pas partie. Donc, forcément, pour quelqu'un qui veut garder le contrôle jusqu'au bout, et les manettes du pouvoir jusqu'au bout, et les événements récents nous le confirment, eh bien, c'est insupportable. Et qui espère en plus revenir... Tout à fait, ça craint un chapitre à ce que j'appelle l'opération 2032, parce que c'est très sérieux. Donc, mieux vaut pas que son successeur prenne trop la lumière.
Oui, et mieux vaut qu'il fasse un seul mandat aussi. Ça aussi, ça fait partie de sa réflexion. Mais ça n'est pas lui qui choisira. En réalité, il aura très peu de prises, vu son impopularité, vu la crépusculaire fin de règne. Il aura très peu de prises pour influencer sur le choix de son prédécesseur. Vous dites même, au moment de la dissolution de l'Assemblée nationale, qui était le tournant majeur du quinquennat Macron, il vaut mieux peut-être une cohabitation qu'une succession. C'est-à-dire que, même à ce moment-là, il pense déjà à la suite. Bien sûr. Alors, déjà, quand il dissout l'Assemblée, quand même, ce qui est assez stupéfiant, c'est qu'il pense que le coup de poker est possible.
Il pense pouvoir gagner sur sa seule image personnelle et renverser le résultat des Européennes de 2024. Ce qui peut paraître stupéfiant, mais ça donne une idée de la confiance en lui-même, de cet homme, de sa logique très personnelle, et des illusions qu'il a entretenues à ce moment-là. Vous dites d'ailleurs, je me permets de vous citer dans le livre, le président s'enferme dans le déni, il n'admet jamais une erreur, alors une faute, vous pensez ? Oui, et ça, c'est au moment où je raconte une scène qui se passe au lendemain de la dissolution. Il réunit les chefs de partis de son coin à l'Élysée. Il y a Édouard Philippe, Gabriel Attal, François Bayrou.
Là, il en prend plein la gueule, si vous me permettez l'expression. C'est très violent pour lui, parce que non seulement aucun de ces trois-là ne pense que la dissolution est une bonne idée, mais surtout, il lui explique qu'il va falloir qu'il se tienne en dehors de la campagne, parce que sinon, il va être un boulet pour ses troupes. Or, Emmanuel Macron avait tout à fait l'intention que cette campagne post-dissolution soit un peu une nouvelle campagne présidentielle, qu'il en soit au cœur, et il ne comprendra qu'un petit peu plus tard qu'en effet, il est plus un handicap pour ses troupes qu'un avantage. La foudre et les cendres, c'est une partie du titre.
Est-ce qu'on peut comprendre la foudre, justement, par cette dissolution de l'Assemblée nationale et les cendres, avec la situation catastrophique que nous sommes en train de vivre aujourd'hui ? Exactement, c'est la bonne interprétation. La foudre, c'est... Vous savez, Emmanuel Macron avait théorisé le président jupitérien. Et il est vrai que ce coup de foudre-là, quelque part, personne ne l'avait vu venir, y compris son propre camp. C'est ça qui est stupéfiant aussi, c'est qu'il le fait contre les gens qu'il avait soutenus, qui se retrouvent basculés dans le vide d'un jour à l'autre. Et les cendres, c'est ce qui reste. C'est ce que nous vivons maintenant.
C'est les cascades de conséquences de cette dissolution qui nous conduisent au blocage politique actuel. Et on sent que ces cendres, en fait, il y a encore des braises derrière, que le pays est à cran, et que toute cette situation ne fait qu'exasperber une opinion déjà chauffée avant. Avec une dégradation de la note. En plus. Aujourd'hui, on l'a appris, un standard on pause qui dégrade la note de la dette française. Emmanuel Macron, il a quand même repris le contrôle avec Sébastien Lecornu, qui aujourd'hui, donc aux manettes, Lecornu 2. Ça, ça doit le satisfaire, le président de la République. Bien sûr.
Imaginez, il a perdu, donc après la dissolution, il a perdu Matignon, puisqu'il a dû nommer Michel Barnier, qui s'est très vite autonomisé. Puis François Bayrou, qui a obtenu Matignon, là où Emmanuel Macron voulait déjà nommer Sébastien Lecornu. Donc en nommant Sébastien Lecornu début septembre, en fait, il se renomme à Matignon, quelque part. Et c'était son souhait depuis un an de remettre la main sur la machine. Et son attentement l'a conduit à le renommer quand son gouvernement a explosé en une nuit. Donc ça, ça donne quand même une idée de la volonté d'Emmanuel Macron de vraiment rester au centre du jeu. C'est le personnage d'une tête tragique. Il lâche, il n'a pas le choix.
Il aurait pu lâcher. Au lendemain de la dissolution, il aurait pu lâcher, il aurait pu devenir un président de la 4ème République ou se cantonner à son rôle international où il y a déjà fort à faire. Il aurait pu lâcher et dire vraiment au Parlement « Débrouillez-vous ». Il a théorisé et c'est les éléments de langage qu'on nous faisait passer à l'Élysée en disant « Le président préside, le gouvernement gouverne ». Cette semaine nous a montré qu'en réalité, le président voulait toujours gouverner. Pourquoi ? Parce qu'il veut être le personnage principal jusqu'au bout de la pièce de théâtre. Vous nous faites un portrait d'Emmanuel Macron assez dur, assez sévère.
Comment va se finir Louis Auxalter ce quinquennat ? Beaucoup parlent de démission mais avec le portrait que vous nous en faites d'Emmanuel Macron, on voit mal comment il va démissionner. En tout cas, ça n'est pas ma piste privilégiée sauf si vraiment il était complètement acculé et qu'il n'avait plus le choix. Alors évidemment, une démission, on a bien compris que ça n'existe pas dans sa tête, qu'il en est évidemment hors de question. Il ne veut pas non plus redissoudre l'Assemblée et ces derniers jours l'ont confirmé. Il est prêt à sacrifier sa réforme des retraites plutôt que retourner devant les électeurs. Il y a un paradoxe quand même.
la première dissolution, personne ne la demandait vraiment. Or, Emmanuel Macron l'a faite toute seule, personnellement, par surprise. Or, une deuxième dissolution ne nous prend rien. Qui sont nécessaires pour le coup. Voilà, soit elle est souhaitée par une partie de l'échiquier politique, soit certains ne la souhaitent pas forcément mais la jugent inéluctable. Lui, c'est ni l'un ni l'autre. Il ne veut pas retourner devant les électeurs. Il espère pouvoir grappiller du temps jusqu'au début de la campagne présidentielle. En réalité, à ce moment-là, il pense qu'on le laissera tranquille et qu'il pourra terminer la dernière année de son quinquennat.
Mais tout ça est déjà crépusculaire et c'est lui-même qui a accéléré ce crépuscule. Ça doit lui faire mal quand même de revenir sur la réforme des retraites. C'était le grand marqueur de son quinquennat. C'était fondamental. C'est la seule réforme structurelle qu'il a faite dans son deuxième mandat passé au 49-3 avec majorité relativa. Il ne se remet pas un petit peu en question sur les choix qu'il a pu faire malgré ce retour en arrière. Il se dit non, ce n'est pas de ma faute. C'est la faute des députés qui n'arrivent pas à s'entendre ? Ça, il le pense beaucoup, oui. Il est persuadé, en tout cas, il dit que c'est une crise parlementaire et que c'est au Parlement de se débrouiller.
Et puis, il y a cette phrase de Brigitte Macron que je cite qui dit mon mari ne se retourne jamais. C'est vrai, il ne retourne jamais sur le passé parce qu'il verrait aussi ses fautes, ses erreurs. Et ça, effectivement, ça ne fait pas partie de son logiciel. Il préfère voir à horizon 2032 plutôt que retourner à l'horizon 2022 parce que je pense que non seulement il y a la dissolution de 2024, mais ce que j'écris aussi, c'est qu'en 2022, au moment de sa réaction, se noue un grand malentendu. Les Français le réalisent par défaut face à Marine Le Pen. Derrière, ils ne lui redonnent pas de majorité. Donc, c'est comme s'il disait OK pour 50 plus de Macron mais pas OK pour 50 plus de macronisme.
Et malgré cela, il déroule quand même le programme macroniste à commencer par cette réforme des retraites qui est passée au 49.3. Merci beaucoup, Louis Aux Alters, journaliste au Figaro qui vient de publier. Je le montre aux auditeurs d'Europe 1 qui peut-être nous regardent actuellement. La foudre et les cendres, Macron, les secrets d'une succession interdite, c'est aux éditions de l'Observoir.