Rebâtir une démocratie de l’eau
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 1:19OuverteRéponse directe
Pourquoi rejetez-vous l'idée d'une guerre de l'eau ?
- 1:56OuverteRéponse directe
L'État doit-il faire des choix politiques sur l'eau ?
- 2:50OuverteRéponse directe
Les feuilles de maïs galeuses existent-elles encore en France ?
- 4:07OuverteRéponse directe
Pourquoi ces agriculteurs utilisent-ils des bassins sans autorisation ?
- 8:25OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui s'est passé avec le tribunal administratif de Poitiers ?
- 10:24OuverteRéponse directe
L'eau des bassines est-elle de pluie ou pompée dans les nappes ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:50InvitéFait
« C'est à une guerre contre l'eau que nous aurions à faire, menée par tous ceux qui s'obstinent à en maîtriser le cycle de bout en bout. »
- 8:22InvitéChiffre
« Moins de 7% des surfaces agricoles sont irriguées en France. »
- 29:00PrésentateurChiffre
« les 19 milliards de litres d'eau prélevés de façon illégale sur 27 ans »
- 29:06PrésentateurFait
« les traitements illégaux utilisés par Nestlé pour continuer à vendre son eau minérale naturelle »
- 31:59InvitéFait
« dans une arène où il y aura une quarantaine de personnes, quatre seront issus des associations qui veulent défendre l'environnement »
- 32:15InvitéFait
« les associations auxquelles on a délégué la gestion de l'eau sont en fait pilotées par des proches de Nestlé »
- 32:30InvitéFait
« un des cadres de l'ARS de l'agence régionale de santé en Occitanie dont le rapport a tout simplement été biffé par Nestlé »
- 33:35InvitéFait
« une campagne qui avait été menée par Cristaline contre le syndicat des eaux d'Île-de-France »
- 35:39InvitéFait
« nous pouvons avoir des taux préférentiels pour acheter du matériel »
- 35:53InvitéFait
« faites-nous confiance parce que sinon vous courrez des risques juridiques si votre eau n'est pas conforme »
- 39:41InvitéChiffre
« on pourrait en retirer 2% d'après leurs estimations »
Temps de parole
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- Invité 23 %
- Invité 33 %
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C'est presque un rêve partant de canicule, l'odeur de la pluie, l'odeur admirable de la pluie. Quand les nuages approchent, d'abord portés par un léger vent, que les fenêtres ouvertes claquent dans des courants d'air et que les hirondelles tournoient au ras du sol, l'eau arrive qui va étancher, pense-t-on, la soif de la terre et des fleurs suppliantes. Mais le peu de pluie tombée en juillet n'a pas suffi, loin s'en fout, à recharger d'eau les nappes phréatiques, d'autant que nos sols ne retiennent plus l'eau comme ils le faisaient quand ils n'avaient pas été labourés, écorchés, déchirés, goudronnés, autant dire châtiés.
Le ministre de la Transition écologique appelle les agriculteurs à respecter les restrictions d'eau dans les départements qui en imposent, sous peine, je cite, d'alimenter une guerre de l'eau. Notre invité ce matin récuse cette expression de guerre de l'eau. C'est à une guerre contre l'eau que nous aurions à faire, menée par tous ceux qui s'obstinent à en maîtriser le cycle de bout en bout. Bonjour Nicolas Selnik. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes journaliste indépendant, co-auteur avec Fabien Benoît du livre Les Assoiffeurs, enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau, paru aux éditions Les Liens qui Libèrent.
Alors on va prendre le temps de développer en détail les éléments, documents, rencontres, réflexions de votre livre autour de ce patrimoine commun qu'est l'eau. Mais d'abord, pourquoi vous rejetez cette idée qu'il y aurait une guerre de l'eau ?
C'est-à-dire que tant qu'on continue de parler de guerre de l'eau, on fait exister un peu comme une fatalité, comme quelque chose de naturel, un futur, ou en fait plutôt même maintenant un présent à la Mad Max, où il n'y aurait plus assez d'eau et on devrait tous se battre pour avoir accès à cette ressource. Ce que nous on essaie de mettre en lumière avec Fabien Benoît, c'est que c'est plutôt les usages qui sont interrogés. C'est-à-dire qu'il n'y a pas tant une pénurie de l'eau en soi qu'une surutilisation humaine, une transformation des paysages qui crée tous ces besoins en eau que l'on n'est plus en mesure de satisfaire aujourd'hui.
Et un État qui doit faire des choix politiques pour autoriser ou pas qui a irrigué ses cultures, qui a refroidi les machines des gigantesques centres de données, qui a pris le vélo des sources pour la mettre en bouteille. Dans le domaine agricole, Nicolas Selnik, vous avez documenté le travail de SAP, on peut le dire, du lobby de la maïciculture pour permettre aux acteurs du maïs, les grands irrigants de France, on ne va pas faire trop de généralité, mais il y en a un certain petit nombre qui ont beaucoup de terre et beaucoup de maïs, mais certains qui dérogent aujourd'hui aux normes environnementales.
Nicolas Selnik, il y a un siècle, les récits d'agriculture, je pense en particulier à ceux de Steinbeck ou de Sanorabab aux Etats-Unis, des crivasses et champs de maïs desséchés. Quand le soleil est trop ardent et l'eau trop rare, les feuilles qui commencent par perdre leur rigidité de flèche, elles s'incurent d'abord, puis chaque feuille retombe, toutes flasques et un peu plus tard, elles sont littéralement cramées. Est-ce que ça existe encore aujourd'hui, notamment en France, des feuilles de maïs galeuses qui pendent comme des apoplexies ?
Malheureusement, oui, beaucoup, et notamment pour des raisons économiques. Curieusement, ça arrive notamment dans les endroits où il y a les bassines qui sont construites parce que le coût de l'eau devient trop cher à payer pour les irrigants eux-mêmes. C'est-à-dire que là où on était allé nous voir des irrigants qui avaient à payer 9 centimes du mètre cube, il y a deux ans quand on était retourné, il y a un an quand on était retourné aussi, c'était passé à 35 centimes du mètre cube. Et donc le maïs ne devient même plus rentable à irriguer dans les endroits où on a construit des bassines avec de l'argent public, etc.
Donc c'est aussi, au-delà du fait que ces méga-bassines sont une impasse écologique comme le pointent les écologues, c'est aussi une impasse économique, y compris pour les irrigants de petite et moyenne taille. Comme vous le disiez tout à l'heure, en fait, c'est des infrastructures qu'on bénéficie surtout aux plus gros d'entre eux, qui eux ont les moyens de faire des économies d'échelle et peuvent en bénéficier.
Vous avez parcouru notamment la Charente avec ses rangées de maïs d'un jaune cuivré qui s'étend à perte de vue, avec, écrivez-vous, le tchak-tchak régulier des jets d'eau qui se déversent en continu sur les plans, y compris en ce moment, les cultures irriguées qui bénéficient de ces bassins de rétention, alors en Charente, dans les Deux-Sèvres ou ailleurs, ne sont pas concernés aujourd'hui par les arrêtés préfectoraux, les restrictions imposées par la sécheresse ?
On a aujourd'hui, d'après la ministre de la Transition écologique, à peu près 80% du territoire qui est soumis à des restrictions d'eau. C'était inanticipable. C'est-à-dire que quand on écrivait le livre, on pointait que peut-être qu'en 2050, on en serait à 90% du territoire. Aujourd'hui, on en est à 80%. Et justement, le principe de ces bassins, c'est de pouvoir s'extraire de ces arrêtés sécheresses qui sont édictés par les préfets, qui demandent à tout le monde de restreindre les usages. Comme on aurait puisé l'hiver pour stocker et pour utiliser l'été, on pourrait continuer à puiser dans les bassins.
Ce qu'on a vu, c'est que certaines de ces bassins qui ont été construites illégalement ont quand même servi pour stocker de l'eau. La justice a récemment ordonné la destruction de certaines de ces bassins parce qu'elles avaient été utilisées en dehors de ces droits. Et ce qu'on a vu aussi, c'est qu'avec toute la séquence qui s'est jouée en juin-juillet autour de la loi d'urgence agricole, dont on va peut-être reparler, ça a, d'après le journal Le Monde, galvanisé les agriculteurs de la coordination rurale pour dire qu'on ne va pas respecter le préfet lorsqu'il nous demande de ne pas prélever de l'eau.
La coordination rurale, notamment son représentant dans le Lot-et-Garonne, il s'appelle José Pérez et le 14 juillet, il donnait ses mots.
Amis paysans, bonjour. On reçoit tous chaque jour des arrêtés, des interruptions d'irrigation, des restrictions d'irrigation. N'en tenez pas compte, si vous devez irriguer vos productions pour sauver ce qui reste à sauver, n'hésitez pas à irriguer. Et si on vient vous contrôler, si on vient vous dire quoi que ce soit, appelez-nous, appelez vos voisins, on viendra sortir les gens, on viendra sortir ceux qui nous contrôlent, ceux qui nous entravent chaque jour pour travailler, pour produire, parce qu'on vient de subir encore là un grand coup de chaud qui a détruit une partie des récoltes du Lot-et-Garonne et pas que de toute la France.
Alors, si vous avez de l'eau, si vous pouvez irriguer, continuez à irriguer, sauvez vos récoltes, sauvez vos productions, c'est tout ce qui importe. Le reste, si vous êtes emmerdés, appelez-nous, appelez le bureau, appelez-moi, appelez tous les gens que vous connaissez, dans les 5 minutes qui suivent, 2 minutes 30 secondes qui suivent, on est chez vous, on viendra vous aider et on viendra vous soutenir, car personne ne peut vous interdire, personne n'a le droit de vous interdire, quoi que ce soit chez vous. On sème, on sème, on sème, on fait des choses pour produire. Alors, si vous avez de l'eau, irriguez et ne vous posez même pas la question.
José Pérez, le coprésident de la coordination rurale dans le Lot-et-Garonne, c'était le 14 juillet, la coordination rurale, ce syndicat proche de l'extrême droite, je ne crois pas que José Pérez, enfin, je ne sais pas dans quelle mesure, il est représentatif des agriculteurs de France, c'est sûr que non, des maïsiculteurs et des grands irrigants, dans une certaine mesure, dans le Lot-et-Garonne, c'est souvent là que ça se passe, c'est d'ailleurs, il faut citer plusieurs exemples, Nicolas Selnik, d'agriculteurs qui vont à l'encontre de mesures qui sont prises, d'arrêtés préfectoraux ou même de mesures de justice.
Il y a notamment aussi, cet extrait fait beaucoup penser à ce qui s'est passé autour du barrage de Cossade, dans le Tarn, qui était aussi à l'initiative d'un certain nombre d'agriculteurs de la coordination rurale, où là, à l'époque, vers 2010, exactement, et un conseiller ministériel de la transition, enfin, du ministère de la transition écologique de l'époque, nous avait raconté qu'en fait, ça, c'était le summum de la loi du plus fort, c'est-à-dire qu'en fait, ils ont décidé de construire une retenue qui était illégale, la préfète a commencé par interdire, les gendarmes sont venus, ils se sont fait bien recevoir, ils sont repartis, la réserve a été construite, les agriculteurs se sont filmés en train de sabrer le champagne pour inaugurer la construction de ce bassin illégal et ils ont pu utiliser cette eau pour irriguer par la suite.
C'est-à-dire que, ça donne aussi une idée du rapport de force et d'emprise de certains, et on insiste bien là-dessus, de certains de ces agriculteurs. Je pense qu'il est nécessaire de rappeler, surtout en ces mois où toute l'agriculture est quand même sévèrement mise à mal par le dérèglement climatique et les agriculteurs agricultrices sont les premiers à en faire les frais, que ce que l'on pointe avec cette remarque sur la gestion de l'eau, c'est un certain type de modèle agricole, celui principalement dédié à l'irrigation des céréales et en particulier du maïs qui concerne en fait une portion congrue de l'agriculture au global.
Il faut rappeler quand même que moins de 7% des surfaces agricoles sont irriguées en France.
Et alors, est-ce qu'il s'agit aussi, qu'est-ce qui s'est passé exactement ? Vous avez mentionné le 24 juillet, ce tribunal administratif de Poitiers qui a ordonné à des irrigants de Charente-Maritime de détruire eux-mêmes 4 mégabassines qu'ils utilisaient sans autorisation. D'abord, qu'est-ce qui s'était passé ? Pourquoi ces agriculteurs utilisaient des grands bassins de rétention d'eau sans autorisation ? Et est-ce qu'une telle décision de justice pourrait être prononcée ailleurs ou c'est un cas très spécifique ?
Ça pourrait peut-être être prononcé ailleurs parce que notamment ce qui se réalise d'une manière générale comme sur d'autres grands projets, c'est que ces projets sont construits avant parfois d'avoir toutes les autorisations environnementales et on voit qu'actuellement avec cette volonté d'aller toujours plus vite, de construire toujours plus vite, de réduire la concertation et les études, on en arrive aussi à des situations similaires où en fait on va se rendre compte peut-être après coup qu'il y avait des dérogations, des espèces protégées, des mesures de compensation qui ne sont pas respectées et donc là en l'occurrence la justice qui précédemment avait aussi tranché pour indiquer que ce n'était pas des bassines, que ce n'était pas des réserves de substitution puisqu'elles ne permettent pas la substitution mais augmentent les prélèvements pour la consommation, là en l'occurrence les agriculteurs étaient sommés depuis 2018 à plusieurs reprises par la justice de se mettre en ordre, ils ont continué à prélever illégalement malgré les avis de la justice et donc la justice a présent ordonné leur destruction, on va voir si ça va être suivi des faits.
Oui parce qu'ils ont fait appel ces agriculteurs, le jugement pointe, c'est intéressant, la responsabilité de l'État qui aurait dû déjà les obliger à détruire ces bassines construites en 2010 avec d'ailleurs une aide financière de l'État à l'époque mais qui s'était vu ensuite retirer leur autorisation suite à une requête d'une association Nature Environnement 17. Il y a d'autres cas, la Cour administrative de Bordeaux avait suspendu en décembre 2024 quatre réserves dont celle de Sainte-Soline en attendant que l'État délivre ou pas une dérogation pour ces réserves relatives aux espèces protégées donc il y a encore des débats juridiques autour de ces grandes réserves.
Est-ce qu'on peut mettre les points sur les Nicolas Selnick d'emblée parce que même si sans doute on en parle assez souvent mais est-ce qu'aujourd'hui dans ceux qui peuvent aller puiser dans ces grandes bassines de rétention d'eau, est-ce que l'eau qui se répand en ce moment sur les cultures de maïs qui sont autorisées à le faire c'est de l'eau de pluie ou aussi des eaux des nappes phréatiques pompées pendant la saison froide ?
Alors c'est surtout de l'eau des nappes phréatiques pompées pendant la saison froide c'est-à-dire que ça a été le narratif notamment de la FNSA à un moment de dire que c'était de l'eau de pluie qui tombait et que sinon on serait perdue.
Le narratif une fois que les opposants sont allés en fait démonter une pompe pour montrer que ces réserves fonctionnent avec des pompes et donc pomper l'eau des nappes le narratif a évolué pour dire quelque chose qu'on entend aujourd'hui repris par des membres du gouvernement qui est de dire que si on ne stocke pas l'eau cette eau dans tous les cas ira à la mer et en fait ça c'est un contresens majeur qu'il faut arriver à se sortir de l'esprit une bonne fois pour toutes c'est-à-dire que certes l'eau s'écoule et en fait on a vu le lobby de l'irrigation et de la Grande France qui allait pendant les inondations cet hiver au-dessus d'un pont pour montrer toute l'eau qui s'écoule et que l'on pourrait stocker dans des bassines ce que disent les agrologues des agroéconomes c'est que plutôt que de stocker l'eau il faudrait plutôt ralentir l'eau et ça c'est une conception qui est totalement différente ce qui est intéressant c'est qu'on est allé voir au milieu des deux sèvres qui est ce territoire des bassines il y a le laboratoire d'agronomie de Chizé qui est un laboratoire du CNRS et vraiment au milieu de tout ça depuis longtemps d'ailleurs ils l'observent depuis presque le début du programme des bassines c'est dans des baraques militaires le lieu est assez intéressant à regarder et ce qu'ils font c'est qu'ils comparent les deux types de modèles agricoles chercheurs pour le CNRS sur ce laboratoire c'est qu'on fait l'inverse de ce qu'il faudrait on artificialise les sols on rectifie les cours d'eau c'est-à-dire qu'on les rend tout droit donc ça devient des sortes d'autoroutes pour qu'une goutte d'eau s'écoule en effet de plus en plus vite vers la mer on enlève tout ce qui peut retenir l'eau dans le sol en termes de matière organique etc.
et à côté de ça on voudrait la stocker dans des réserves artificielles il faudrait plutôt selon lui faire l'inverse c'est-à-dire ralentir l'écoulement de l'eau pour que chaque goutte puisse bénéficier autant que possible au milieu et l'hydrater durablement là ce qu'on a vu cette séquence est particulièrement éclairante depuis janvier à peu près on a des très très fortes pluies qui saturent les sols en humidité qui rendent l'acuriculture impraticable d'ailleurs et puis à partir de mars-avril la sécheresse commence à arriver et les sols ne sont plus capables de retenir cette eau et dès mai on avait des taux de sécheresse absolument inédits qui montrent que les milieux ne sont plus adaptés ne sont plus capables de retenir l'eau même quand elle tombe en abondance
donc aller chercher cette eau que ce soit de l'eau de pluie d'ailleurs ou de l'eau d'énaphratique ce n'est pas une ressource supplémentaire il y a une histoire de cycle de l'eau qu'il faut bien avoir en tête pour comprendre
c'est à dire que toute cette eau que l'on prélève elle ne pourra pas bénéficier au milieu par ailleurs une goutte d'eau qui va tomber par exemple dans une zone humide elle va y rester elle va pouvoir être bue par un oiseau elle va pouvoir remonter un petit peu elle va être ensuite dissipée en humidité elle va rester dans un arbre qui va pouvoir l'évaporer l'été puis après de nouveau de nouveau bénéficier à ce cycle c'est à dire qu'on a fait une expérience qui avait été faite notamment aux Etats-Unis c'est sur 2,6 km de linéaire de rivière une goutte d'eau dans un milieu très transformé par l'homme c'est à dire très anthropisé va bénéficier au milieu pendant 3-4 heures puis après elle va être évacuée dans un milieu qui a des zones humides qui a des capacités de rétention elle va bénéficier pendant 20 jours d'affilée et en fait c'est une hydratation continue du milieu beaucoup plus intéressante qu'un sol sec sur lequel on vient jeter de l'eau une fois de temps en temps et qui va s'écouler tout de suite
Alors Nicolas Selnick que dit à ce sujet la question de l'irrigation la question de l'eau la loi d'urgence agricole adoptée par le Parlement le 21 juillet dernier avec cet objectif de doubler les volumes de stockage d'eau à des fins agricoles d'ici 2035 ça c'est l'objectif en quelques mots dans le détail est-ce qu'on a beaucoup parlé dans cette loi de tout ce qui concerne les pesticides les engrais que dit-elle spécifiquement sur l'eau
C'est assez intéressant parce que quand on a commencé cette enquête avec Fabien c'était à peu près juste après Sainte-Sauline les deux manifestations contre un projet de mégabassine notamment et pendant ces trois années où on a enquêté on a vu émerger un sujet qui était porté par le lobby de l'irrigation qui était l'idée de faire de l'agriculture un intérêt général majeur ça s'est passé dans la loi d'orientation agricole qui était la grande loi agricole précédente et à l'époque le lobbyiste nous avait dit bon bah ça c'était une grande victoire pour nous au moment de la loi Duplon l'été dernier qui avait eu plus de 2 millions de signatures pour s'opposer à cette loi il avait dit à ses équipes tout le monde parle de la réintroduction des pesticides nous silence radio ça a été la consigne donnée à ses équipes et c'est passé comme une lettre à la poste ça les arrangeait ça les arrangeait bien et en fait ce qu'on voit c'est que là cette loi d'urgence agricole c'est une sorte de loi d'orientation agricole mais encore plus musclée c'est sous stéroïde c'est à dire que là on a en effet cet objectif de doubler le nombre de bassines d'ici 2035 et ça ce qui est intéressant c'est que c'est au nom de la souveraineté alimentaire et ce qu'on a pu voir c'est que on a croisé dans notre enquête le fait que la souveraineté alimentaire sa définition a été transformée par la FNSA qui est le lobby principal le principal syndicat agricole pour que ça soit non plus la capacité à manger ce que l'on produit mais à choisir à qui on vend nos exportations en fait ça change tout de dire ça c'est à dire qu'on est en train de sacrifier notre environnement non pas simplement pour pouvoir remplir nos assiettes mais parce que c'est un enjeu économique
on parle plus de la même souveraineté alimentaire qu'à une époque où ça voulait dire autosuffisance aujourd'hui ça veut dire choisir ses dépendances choisir avec qui on commerce le maïs est destiné à alimenter des élevages industriels il est destiné au biocarburant à l'exportation et vous êtes passé je crois par le port de la Palisse ce port de commerce agrandi spécifiquement pour exporter le maïs produit dans l'arrière-pays de la Rochelle vous dites que seul 2% du maïs cultivé en France est du maïs doux donc qu'on peut manger
le reste c'est pour l'alimentation animale
et il y a aussi cette agriculture sous contrat avec des grands groupes qui imposent aux agriculteurs d'être accordés à un point d'irrigation c'est à eux que les agriculteurs vendent leur production ça a pris de l'ampleur l'agriculture sous contrat
ça a pris beaucoup d'ampleur c'est un phénomène qui était déjà identifié comme problématique depuis une bonne trentaine d'années et on voyait que la tendance s'accentuait et qu'elle s'accompagnait d'une augmentation des volumes irrigués et en fait c'est là où aussi on voit que bonne partie de ces agriculteurs sont pris au piège eux-mêmes de ce modèle économique que beaucoup n'ont pas choisi et dont ils peuvent de moins en moins sortir et ce qu'on voit c'est que cette loi d'urgence agricole vient renforcer ces phénomènes notamment parce qu'elle mise tout en fait je le relisais hier pour m'assurer elle mise tout très spécifiquement sur le fait qu'on va irriguer toujours plus c'est à dire que si la justice comme c'est le cas pour les bassines allait contre une décision de prélèvement d'eau en considérant que le milieu ne serait pas capable de supporter cette quantité de prélèvement la loi d'urgence agricole donne le pouvoir au préfet de sursoir à cette décision pendant au moins trois ans et de continuer à prélever dans des bassines pour l'irrigation et donc c'est quand même un blanc-seing qui est donné au préfet d'aller contre une décision de justice et là ça va dans un mouvement que le chercheur Sylvain Barone appelle la préfectoralisation de la politique de l'eau c'est à dire qu'on concentre entre les mains du préfet qui est le représentant de l'état sur le territoire la possibilité d'aller contre la justice pour des raisons environnementales
et donc préfets qui vont si j'ai bien compris recevoir des primes pour ceux qui vont réussir à accélérer les projets de grands bassins de rétention sauf que prélever plus a priori c'est toujours au détriment des autres Manon des sources c'est toujours la même histoire
alors tu viens non je veux d'abord qu'elle me dise ce qu'elle me reproche parce que moi je sais le moyen de tout arriger et moi je voudrais bien savoir comment ils ont fait pour voler l'eau de votre père mais c'est de la pure imagination c'est vrai que son père a manqué de toute sa vie et c'est peut-être ça qu'il a ruiné il a cherché longtemps et il aurait sûrement trouvé s'il n'était pas mort d'un accident alors mon neveu et moi quand nous avons vu ces deux femmes seules nous avons acheté ce petit bien un peu parce qu'il nous plaisait il faut dire la vérité et un peu aussi pour le rendre service alors après nous avons cherché la source et nous avons eu de la chance nous l'avons trouvé voilà c'est ce qu'elle appelle lui voler son eau ah il fallait du bien en Bertrand tu nous rendrais un cagan allez viens Gallinette mais c'est pour exister la vérité c'est que la source vous l'avez bouchée voilà la vérité
extrait de Manon des sources le film de 86 avec Emmanuel B arrive montant Daniel Auteuil le roman de Pagnol lui date de 1963 mais Nicolas Selnick c'est toujours la même histoire
c'est toujours la même histoire c'est ça qui est incroyable on s'est plongé dans les archives de presse notamment des coupures de presse régionales pour comprendre ce qui se passait autour de cette situation de l'eau parce qu'on nous dit toujours que c'est extraordinaire ce qui nous arrive dessus qu'il faut pouvoir s'adapter et puis que l'agriculture doit t'irriguer pour l'instant et qu'il faut donner du temps au temps et en fait ces mêmes discours le fait qu'on doit produire du maïs et puis que le maïs certes consomme un peu trop d'eau mais qu'on va bien trouver une solution technique qu'on entend aujourd'hui on les avait en 2005 lors de la précédente sécheresse on les avait en 1976 quand il y a eu la grande sécheresse de 1976 et en fait dès les années 60 au moment où ce roman était écrit les sociétés qui favorisaient l'irrigation du maïs qui était un des grands plans pour la France d'après-guerre distribuaient des bulletins personnalisés pour les agriculteurs pour leur indiquer voilà les prévisions de météo pour les deux prochaines semaines il va falloir irriguer ainsi et ainsi et ainsi on disait qu'on allait optimiser l'irrigation et on se prémunissait des critiques contre les effets d'irrigation dès cette époque-là sachant que l'irrigation depuis a plus que triplé pour certains territoires décuplé notamment dans les deux sèvres où on a construit ces bassines et qu'aujourd'hui encore ces promesses d'irrigation de résilience d'irrigation de pointe nous permettent de ne pas nous poser cette question des usages que l'on va faire de l'eau
même si on imagine bien que personne ne se lève le matin en se disant je vais ôter l'eau de la bouche des gens alors comment expliquer qu'on ne trouve pas de solution commune pour un patrimoine commun quel rôle se donne aujourd'hui l'État censé assurer la juste répartition de ce bien commun comment définit-il les priorités et à l'avantage de qui Nicolas Selnik on vous retrouve tout à l'heure après le journal de 8h puisqu'il est 8h
7h-9h les matins d'été Julie Gacon
nous sommes toujours avec notre invité Nicolas Selnik journaliste indépendant co-auteur avec Fabien Benoît du livre Les Assoiffeurs enquête sur ces entreprises qui accaparent nos trop paru aux éditions les liens qui libèrent pour évoquer non pas cette guerre de l'eau mais cette guerre contre l'eau avez-vous voulu préciser en début d'émission tout à l'heure guerre contre l'eau que mènent certains industriels certains gros exploitants agricoles certains aménageurs quel rôle se donne aujourd'hui l'état censé assurer la bonne répartition de ce patrimoine commun aujourd'hui on a commencé à l'évoquer tout à l'heure il a plutôt tendance à invoquer la souveraineté alimentaire pour justifier les dérogations diverses et variées en particulier dans l'agriculture la souveraineté alimentaire en l'occurrence est-ce que c'est le cas cette invocation de la souveraineté d'un besoin impérieux pour toutes les industries et activités que vous avez étudiées dans le livre c'est-à-dire par ailleurs les technologies de dépollution de l'eau les eaux en bouteille et aussi les centres de données qui nécessitent énormément d'eau pour leur refroidissement
dans le contexte d'une économie mondialisée il me semble que l'argument de la souveraineté aide en fait à comprendre comment l'eau est perçue par un certain nombre d'acteurs et ces acteurs la voient comme un carburant économique c'est-à-dire qu'on va justifier de cette souveraineté industrielle nécessaire qui en fait ne se vérifie pas dans les faits pas plus que la souveraineté alimentaire dont on parlait précédemment pour dire qu'il faut utiliser de l'eau pour faire de la France une championne d'exportation de l'eau en bouteille pour faire de la France un hub d'accueil des data centers qui sont extrêmement énergivores et consommateurs d'eau et pour développer toute une filière de traitement et de dépollution de l'eau cet argument de la souveraineté vient justifier ces atteintes ces dérogations à l'environnement pour le modèle économique
même pour l'eau en bouteille il s'agirait de nous prémunir contre la pollution de l'eau or cette eau qui est mise en bouteille est prélevée dans son milieu naturel pour être à 30% exportée jusqu'à 70% pour l'eau de volvic et là les hydrologues disent ça pose un problème précis le fait qu'on aille chercher de l'eau quelque part pour l'envoyer ailleurs
dans le cas de volvic ça a été assez difficile à déterminer comme un petit peu partout mais volvic c'est particulier parce que notamment une thèse a été financée pour étudier l'impact des prélèvements sur la source et la nappe voisine
par volvic
cette thèse a été financée et donc sous embargo pendant 10 ans donc de 2012 à 2022 impossible de savoir quels étaient les impacts et en fait 2022 sans grande surprise en effet ces prélèvements massifs ont un impact ce qu'on voit systématiquement c'est qu'en fait les industriels dans cette métaphore de dire qu'on va mettre une paille dans une nappe et puis prélever là-dessus et que ça n'aura pas d'incidence sur les nappes voisines sur les sols voisins etc en fait toutes ces nappes sont plutôt interconnectées et donc évidemment que les prélèvements a fortiori comme c'est plutôt le cas du côté de Nestlé de Vittel dans les Vosges lorsque ces prélèvements ne sont pas contrôlés du Mans ces prélèvements massifs vont avoir un impact sur la santé des milieux
vous avez passé du temps avec un homme qui s'appelle Édouard de Féligonde qui possède un château sur la commune de Saint-Genel-Enfant dans le Puy-de-Dôme qui jadis ce domaine comptait quelques 9000 arbres 47 bassins pour la pisciculture on y produisait 60 tonnes de poissons par an 10 000 enfants chaque année venaient pour des colonies mais ça s'est arrêté dans les années 2000 et aujourd'hui cet homme accuse Danone d'avoir asséché la rivière pour ses prélèvements et son commerce après que Danone a racheté en 1993 la société des eaux de Volvic il poursuit aussi en justice cet homme l'Etat français qui accorde à l'entreprise ses prélèvements dans tous ses dossiers Nicolas Selnick quel est exactement le rôle de l'Etat le rôle du préfet quand il s'agit d'autoriser ou pas à prélever l'eau de source pour la mettre en bouteille à irriguer la culture à refroidir les machines des gigantesques centres de données où est-ce qu'il intervient à quel moment à quel niveau
ce qu'on a pu voir c'est que l'Etat intervient de manière très favorable d'une manière générale pour tous ses usages industriels puisqu'ils sont vus comme intéressants pour le dynamisme économique d'un territoire voire de la France dans son ensemble et en fait ce dont on parle depuis tout à l'heure ça n'arrive pas par hasard c'est-à-dire que les intérêts sont bien compris il y a des communications très fréquentes dont on a pu obtenir un certain nombre de documents entre ces industriels et l'Etat qui vont toujours dans le sens de l'utilisation de l'eau aussi intense que possible pour favoriser les intérêts économiques dans le cas de Danone par exemple comme dans d'autres cas il y a ce qu'on appelle des plans d'utilisation rationnels de l'eau qui sont des sortes de cadres dérogatoires qui sont passés entre l'industriel et l'Etat qui ne sont pas accessibles au public c'est-à-dire que nous on n'a pas pu avoir connaissance du contenu de ces documents qui définissent le cadre des prélèvements c'est-à-dire que ces prélèvements ne sont pas soumis à la contrainte publique et ce qui est intéressant c'est que c'est toujours dans cette optique que l'on va pouvoir trouver des solutions techniques que l'on se permet de dégrader la ressource par ailleurs c'est-à-dire qu'on peut prélever autant que possible on peut polluer autant que possible parce que derrière l'Etat et les industriels promettent que l'on est capable de faire de la réutilisation des eaux usées de produire de l'eau et ce vocable de produire de l'eau me semble assez intéressant parce qu'il nous donne cette idée qu'on peut aller aussi loin que possible dans l'atteinte à l'environnement puisque derrière on aura la capacité de trouver une solution technologique
et le technosolutionnisme poussé jusqu'à l'absurde puisque par exemple vous vous rappelez que les centres de données ont vu les sollicitations augmenter encore avec la numérisation de tout y compris les solutions de contrôle de consommation de l'eau les systèmes dits intelligents de détection de fuite par exemple donc on utilise de l'eau pour faire marcher des technologies censées réduire la consommation de l'eau
et là-dessus les industriels ont un concept qui est assez intéressant qui s'appelle le nexus eau-énergie qui est une sorte de il faut s'imaginer une sorte de balance c'est-à-dire que pour produire de l'énergie on consomme de l'eau que ce soit pour l'électricité ou pour le pétrole et pour traiter cette eau on consomme de l'énergie parce que plus on doit traiter plus c'est énergivore et notamment en électricité et donc tant que cette espèce de balance entre la consommation d'eau pour produire de l'énergie et la consommation d'énergie pour produire de l'eau est favorable le système dans son ensemble est supposé aller bien mais en fait ça oublie tous les impacts extérieurs qui sont par exemple la perte de biodiversité la déforestation et notamment toutes les pollutions dont on hérite aujourd'hui et dont on a beaucoup de mal à traiter
Sur l'eau en bouteille Nicolas Sennic en 2014 le préfet du Puy-de-Dôme avait renouvelé pour 18 ans l'autorisation de prélèvement de Danone alors avec un plafond de 2 milliards 794 millions de litres par an ce qui n'est pas trop difficile à respecter a priori y compris en situation de sécheresse les camions et les trains qui envoient l'eau à l'export sont autorisés à partir en ce moment
C'est toujours le sens et c'est la même chose que ce dont on parlait tout à l'heure c'est à dire l'intérêt général majeur de l'agriculture ou les projets nationaux d'intérêt majeur là c'est pour le cas des data centers c'est à dire qu'il s'agit de construire un cadre dérogatoire donc les prélèvements hors ce qui est prévu en temps normal sont légaux parce que la loi a été aménagée comme telle ce qui est évident c'est que quand les tarifs que les nappes sont sèches tout le monde a besoin d'eau et les industriels comme les agriculteurs se sont arrogés la possibilité de continuer à prélever et on a pu voir des exemples où en fait ça allait très loin par exemple dans le cas de Nestlé à Vittel quand l'eau venait à manquer au robinet pour les habitants ce qui a été envisagé comme solution à l'époque c'était de construire un pipeline sur une vingtaine de kilomètres pour aller puiser de l'eau potable dans une autre source pour les habitants de Vittel tandis qu'à Vittel on continuerait de puiser dans les sources de Vittel pour l'exportation des eaux en bouteille
il y a tant à dire sur Nestlé vous évoquez beaucoup Nestlé dans votre livre les 19 milliards de litres d'eau prélevés de façon illégale sur 27 ans qui n'ont pas fait l'objet d'un procès les traitements illégaux utilisés par Nestlé pour continuer à vendre son eau minérale naturelle parce que celle-ci était tellement polluée qu'elle en était devenue imbuvable et je renvoie les auditeurs à votre livre et à l'enquête de la cellule Investigation de Radio France avec le journal Le Monde et aussi ces montagnes de plastique que l'entreprise a laissées non pas derrière elles elles sont toujours là dans les Vosges 360 000 m3 de déchets répartis sur 4 décharges
donc on venait du champignon avec un copain de ma fille il a vu une grosse montagne tiens je vais grimper sur la montagne sauf qu'en redescendant il est dégringolé puis il a dit mais que c'est ça sous les pieds ça craque puis c'est partait comme ça dans tous les sens et c'était des millions de bouteilles avec les petites caisses en plastique de l'époque bleu et rouge tiens là-bas vous voyez là-bas et ça va jusque là-bas les arbres qui ont poussé dessus imaginez-vous ce n'est fait que de bouteilles regardez on les voit là donc à l'époque ils ont mis de la terre pour camoufler vous voyez là tout ça c'est de la bouteille donc je suis allée voir le maire j'ai été amener les bouteilles à la mairie je l'ai mis sur son bureau j'ai dit voilà ce qu'il se passe et tout il m'a dit oh ben on va aller la vider puis j'ai dit vous n'imaginez pas ce que c'est quoi c'est énorme donc finalement on s'est renseigné et c'était un terrain privé société des eaux donc on ne pouvait rien faire
Extrait de la série documentaire signée Rémi Dibovski-Douat réalisée par Yael Mandelbaum qui sera d'ailleurs rediffusée cette semaine à 17h c'est Montagne de plastique la guerre de l'eau mettre l'eau en bouteille là c'est un extrait du quatrième épisode cette affaire des déchets plastiques font l'objet d'un procès au tribunal de Nancy en mars le délibéré est attendu pour octobre en attendant Nicolas Selnick Mediapart a révélé les carnets de lobbying du groupe Nestlé qui détaillent l'intense travail d'influence de l'entreprise alors il ne s'agit pas ici de désigner les élus qui ont fait affaire avec Nestlé ils ont leurs propres raisons et arguments pour cela emploi recettes fiscales mais comment expliquer que ces liens ne soient pas davantage régulés avec les élus comme avec les agences régionales de santé d'ailleurs
ce qui est intéressant c'est si on s'intéresse à la manière dont la démocratie de l'eau à la française fonctionne souvent on peut pointer à ce qui se passe au niveau de l'état il faut aussi commencer par regarder ce qui se passe au niveau très local où souvent dans la plupart de ces instances très locales où se créent les partages les négociations pour savoir qui va pouvoir utiliser quelle eau comment etc il y a un problème de représentativité c'est à dire que dans une arène où il y aura une quarantaine de personnes quatre seront issus des associations qui veulent défendre l'environnement et tout le reste et les études montrent que ça vote d'une seule voix vont plutôt être en faveur des intérêts économiques dans le cas de Vittel et de Nestlé c'est poussé à un point presque paroxystique dans le sens où les associations auxquelles on a délégué la gestion de l'eau sont en fait pilotées par des proches de Nestlé des conjoints des partenaires de cadres de Nestlé et les relations entre les préfets sont notamment documentées entre les préfets et les industries elles sont documentées l'un des exemples les plus emblématiques c'est un des cadres de l'ARS de l'agence régionale de santé en Occitanie dont le rapport a tout simplement été biffé par Nestlé lorsqu'il l'a envoyé pour faire disparaître les mentions des pollutions
et d'ailleurs celui qui a rédigé le rapport pour l'ARS a retiré sa signature il ne voulait pas cautionner ça
il ne voulait même plus cautionner ce genre de document et ce qu'on peut voir c'est que ces collusions ces endroits où les centres d'intérêt sont partagés se répètent dans chacune des instances de démocratie de l'eau
à part ça les industriels se présentent comme des artisans minéraliers c'est un terme qui est apparu récemment vous évoquez une société suisse qui a installé un site d'embouteillage dans le 18ème arrondissement de Paris et qui filtre de l'eau du réseau public pour la commercialiser qui la vend 16 euros la bouteille dans certains restaurants je n'avais jamais entendu parler de cette entreprise là mais en tout cas on laisse et l'état aussi français laisse les embouteilleurs comme on les appelle mettre en doute la qualité de l'eau des réseaux publics
ça a été toute une stratégie ça c'est intéressant à raconter cet épisode ça a été une stratégie en fait des embouteilleurs eux-mêmes d'aller mettre en doute la qualité de l'eau du robinet on peut se souvenir d'une campagne qui avait été menée par Cristaline contre le syndicat des eaux d'Ile-de-France qui délivre l'eau du robinet en région francilienne et la campagne de publicité c'était une cuvette de toilettes en disant quand même vous n'irez pas boire l'eau de vos toilettes et à côté une bouteille de Cristaline en disant il faut boire l'eau Cristaline qui est dans le pack de 6 bouteilles Cristaline c'est le bien alimentaire le plus vendu en France il faut le rappeler et en fait cette idée que l'eau en bouteille serait la plus pure etc c'est aussi une sorte de symptôme d'un capitalisme de la catastrophe d'une certaine manière c'est à dire qu'à chaque fois qu'on voit qu'il y a moins d'eau que l'eau est polluée c'est une aubaine pour ces acteurs de l'eau en bouteille qui peuvent nous dire nous on vous vend de l'eau de qualité même si les différentes enquêtes ont montré que ce n'était pas toujours le cas et en fait de ces industriels de traitement de l'eau qui vont eux-mêmes aujourd'hui monter en gamme sur le traitement sur les technologies de traitement et qui voilà un nouveau marché qui s'ouvre à eux qui est celui de faire un traitement exhaustif de tout type de pollution qui est dans l'eau qui pose un certain nombre de questions
Les élus que vous rencontrez sont souvent sévères avec ceux qui leur mettent des bâtons dans les roues ils les accusent d'être des dogmatiques qui voudraient nous imposer un modèle de société dit-il alors on a entendu tout à l'heure avant le journal de 8 heures le coprésident de la coordination rurale du Lot-et-Garonne et les auditeurs se font en avis sur de quel côté et la violence en l'occurrence et la volonté aussi d'imposer un autre modèle de société les municipalités elles pour certaines continuent à déléguer la gestion de loi Veolia pas toutes beaucoup sont passées en régie publique mais d'autres n'ont pas les moyens ni le temps de le faire vous avez d'ailleurs demandé à un responsable des affaires publiques de l'entreprise Veolia de faire une sorte de jeu de rôle vous n'êtes pas le journaliste élu de représentant de Veolia vous êtes vous êtes maire vous êtes l'élu d'une commune et lui il arrive pour vous convaincre qu'est-ce qu'il vous dit alors ?
C'est intéressant parce que le discours qui est porté à ce moment-là c'est celui d'une entreprise en situation de monopole c'est-à-dire que ce qu'il me disait c'est nous nous pouvons avoir des taux préférentiels pour acheter du matériel nous avons de l'expertise parce que nous opérons à la fois aux Etats-Unis à la fois dans le golfe arabique nous savons gérer tout type de situation et puis faites-nous confiance parce que sinon vous courrez des risques juridiques si votre eau n'est pas conforme en fait c'est un des arguments qui est souvent utilisé vis-à-vis des édiles qui héritent de ces compétences qui ont été petit à petit transférées à différentes institutions à différentes échelles c'est-à-dire que on a une eau qui est de plus en plus polluée qui est de plus en plus compliquée à traiter on a des systèmes d'eau qui sont fuyards pour beaucoup dont les canalisations sont vétustes et tout ça c'est un ensemble extrêmement complexe à gérer pour des élus qui n'en ont pas forcément les connaissances et puis face à cela on a les représentants d'affaires de ces grandes entreprises qui vont arriver en disant nous on peut vous proposer ce traitement ce traitement ce traitement la facture ce sera de temps voilà vous avez juste à signer le chèque et on vous garantit que vous n'avez pas de problème juridique puisque l'eau ne sera pas de mauvaise qualité grâce à nous et donc c'est plus simple d'une certaine manière de déléguer ce service public
donc c'est plus simple pour ces élus alors Veolia a même lancé une école officiellement c'est une association loi 1901 Terra Academia qui apprend à évaluer l'état de la ressource en eau ce sont les mots employés à prendre connaissance des problématiques physiques du territoire c'est une école pour l'instant il y a deux antennes je crois à Arras et en région parisienne voilà mais d'autres sites doivent ouvrir ce qu'on enseigne dans cette école donc encore une fois évaluer l'état de la ressource en eau prendre connaissance des problématiques physiques du territoire c'est pas le rôle de l'état ça et des universités publiques aussi
on retrouve d'ailleurs des représentants de l'état dans cette école dans un mélange des genres un peu étonnant puisque la présidence en a été assumée par Jean-Michel Blanquer qui était l'ancien ministre de l'éducation d'Emmanuel Macron c'est justement le rôle de l'état et en fait ce qui est intéressant de noter là-dessus c'est que qu'une grande entreprise comme Veolia qui est un champion français historique etc se charge de la transition environnementale on pourrait se dire à la rigueur pourquoi pas s'ils le font très bien et ce qu'on voit avec Terra Academia c'est que c'est une institution qui est faite pour former nos élus dans un moment où on sait que les services déconcentrés de l'état manquent de personnel et manquent de formation ça a été petit à petit par des choix politiques une institution qui a été affaiblie au cours de ces dernières années mais le problème que pose cette situation dans laquelle se place Veolia d'abord c'est ce que je disais tout à l'heure cette situation de monopole qui est qu'on est en train de se remettre à Veolia pour notre capacité à prendre en main la transition écologique c'est aussi un autre monopole qui est un monopole technique c'est-à-dire que aujourd'hui quand bien même nous voudrions repasser certaines villes dans des régies publiques ces régies publiques n'auraient plus pour la plupart la capacité de dépolluer l'euro la capacité de traiter l'eau est aujourd'hui concentrée entre les mains d'acteurs privés qui en font leur nouveau marché et ça a été identifié il y a une dizaine d'années au moment où ce monopole de la distribution de l'eau commençait à être contesté avec le retour en régies publiques d'un certain nombre de villes telles que Paris Veolia et d'autres se sont repositionnés leur modèle d'affaires a changé pour dire maintenant on va se concentrer sur le traitement de l'eau sauf qu'encore une fois c'est un traitement qui est extrêmement énergivore et qui nous emmène dans une situation où on n'est même pas sûr de pouvoir traiter les PFAS il y avait une enquête récemment du Forever Pollution Project avec le journal Le Monde qui rappelait que la première chose c'est qu'en fait si on veut traiter tous ces PFAS
les polluances éternelles
pour le dire vite au rythme ou au contenu de les produire le premier élément à avoir en tête c'est qu'il n'y a pas assez d'argent sur Terre pour continuer à les traiter alors qu'on les produit à une vitesse qui ne fait que s'accroître ça c'est le premier élément qui est économique le deuxième élément ça c'est le deuxième volet de l'enquête qui est paru cet été c'est que quand bien même si on arrivait à mettre en place à force de financement public toutes ces infrastructures de dépollution on pourrait en retirer 2% d'après leurs estimations donc ce modèle du tout traitement qui est celui proposé par ces grandes entreprises qui y voient un intérêt économique n'est pas viable
traitement d'ailleurs assuré par des nouvelles technologies qui utilisent quelque chose qu'on appelle des membranes produites par un champion de la chimie qui est aussi un des plus grands producteurs de PIFAS donc de polluants éternels en France qui est le géant Dupont toutes ces enquêtes sont à retrouver dans votre livre et au début de cet entretien vous nous avez expliqué pourquoi selon vous il n'y a pas de guerre de l'eau les conflits autour du partage de cette ressource commune ne sont pas inéluctables c'est à l'état de rétablir une hiérarchie entre les besoins pour que nous simples mortels n'ayons pas à nous dire que nous devons boire pour la soif d'aujourd'hui mais aussi celle de demain et d'après-demain parce qu'on ne sait jamais merci beaucoup Nicolas Sennic votre livre Les Assoiffeurs enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau apparu aux éditions Les liens qui libèrent vous l'avez co-écrit avec Fabien Benoit merci d'avoir été avec nous
merci