#25 Le FLE aux USA avec Christopher Weissberg !
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 1:53OuverteRéponse directe
Quelle est ton histoire personnelle avec l'Amérique du Nord et les États-Unis ?
- 3:45OuverteRéponse directe
Quelle est la relation des Américains avec la langue française ?
- 6:16OuverteRéponse directe
Quelle est la place accordée à l'enseignement-apprentissage du français dans les écoles primaires et secondaires aux États-Unis ?
- 13:04OuverteRéponse directe
Peux-tu nous en dire plus sur les réseaux FLAM et ces programmes ?
- 17:52OuverteRéponse directe
Le FLAM en Louisiane, ça prend plus ?
- 21:05OuverteRéponse directe
Quelle est la place des écoles d'immersion françaises aux États-Unis ?
Temps de parole
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Bonjour et bienvenue sur Balance ton FLE, le podcast de référence qui vous fait découvrir la pluralité du monde du français langue étrangère.
Nous sommes Lisa et Zoé, toutes les deux passionnées de FLE et de sociolinguistique. Nous vous invitons à découvrir les différentes facettes de ce domaine à la fois singulier et pluriel. Découvrez les coulisses du podcast sur Instagram. Suivez notre actualité sur LinkedIn. Retrouvez du contenu exclusif via notre newsletter. Le lien se trouve en barre d'infos. Et pour soutenir le podcast, n'hésitez pas à nous suivre et à nous mettre 5 étoiles sur Apple Podcast ou sur Spotify. Bonne écoute ! Il y a tout juste un an, nous avons traversé l'Atlantique pour interviewer Christopher Weisberg, député des Français d'Amérique du Nord.
Ensemble, nous avons parlé du français aux Etats-Unis, des réseaux flammes, des classes immersives, de bilinguisme et même d'Emiline Paris. Bonne écoute !
Bonjour Christopher !
Bonjour Zoé !
Tu es député des Français d'Amérique du Nord et si on t'interview aujourd'hui, c'est pour en savoir un peu plus, entre autres, sur les réseaux flammes et bilingues aux Etats-Unis. Mais avant d'aller plus loin, on va commencer par le commencement, tout simplement. Alors, quelle est ton histoire personnelle avec l'Amérique du Nord et plus particulièrement avec les Etats-Unis ?
Alors, mon père est américain et moi, j'ai vécu souvent et régulièrement dans un petit coin des Etats-Unis qui s'appelle Saranac Lake, qui est jumelé avec une petite ville que tu connais peut-être, qui s'appelle Entrain-sur-Noir, dans la Nièvre. Et donc, c'est mes attaches. Et en plus, Saranac Lake se trouve entre Montréal et New York, ce qui fait que j'ai passé beaucoup de temps à Montréal, parce que, et ça fait le lien avec le thème, avec ton podcast, là où je suis, il n'y avait pratiquement pas de communauté française. J'étais un peu, je dirais, l'incarnation de tout ce qu'il y avait de français. C'était moi, puis ensuite mon restaurant et tout ça.
Mais il n'y avait pas du tout d'institution, de lycée français et tout ça. Donc, en fait, on était vraiment dans du français-langue étrangère, du FLE. Et le niveau, parce que c'est un coin où il n'y a pas beaucoup de francophiles, était assez faible. Donc, très vite, mes parents se sont dit, si on veut que je reste un peu dans le système français et que je passe mon bac, il fallait que j'aille à Montréal, parce que là, à Montréal, on est, un, dans un pays francophone, et deux, dans une ville où non seulement les locuteurs sont francophones, mais où il y a des lycées français avec un bac français. Donc là, on n'est plus sur du français-langue étrangère. Mais donc, j'ai connu les deux.
Et ce qui a un peu inspiré une de mes thématiques de mandat, qui est d'essayer de faire progresser et d'améliorer le français-langue étrangère aux États-Unis. Et pour ça, on va en parler pendant toute l'interview, mais on est, je pense, dans une situation qui est beaucoup plus, qui a beaucoup progressé par rapport à il y a 10 ou 20 ans, quand moi, j'étais là-bas.
Et puis, alors, pour faire transition en général, quelle est la relation, d'après toi, qu'entretiennent les Américains avec la langue française ? Est-ce qu'il y a un côté plutôt élitiste ? Est-ce que c'est la langue de l'amour ? Enfin, il y a mille et un clichés sur la langue française. Alors, quelle est la version américaine de ces clichés ?
Tu fais bien de le dire, en fait. C'est une version assez clichée. Donc, c'est-à-dire que les Américains, ils adorent la France, mais ils aiment une France fantasmée. Donc, tu vois, ils sont très amoureux de la France dans ce que ça représente. Et c'est exactement ce que tu dis. Donc, la Tour Eiffel, l'amour, les jolis ponts de Paris, la Provence, dans une version un peu fantasmagorique, si tu veux. Mais ils l'adorent. Et il y a énormément, il y a tradition. Et l'autre point que tu as aussi mentionné, c'est que le français, un peu comme partout, était aussi une langue d'élite. C'est une langue d'élite pendant des siècles. C'était la langue diplomatique jusqu'à très récemment.
Et donc, c'était à la fois une langue parlée par les élites américaines, mais aussi dans la culture populaire, c'est devenu la langue de l'amour jusqu'au cliché les moins prestigieux, comme Pépé the Pooh, qui est un personnage de Tex Avery, qui est un petit putois français qui sent mauvais. Parce que c'est aussi partie de ça. Mais donc, globalement, il y a surtout beaucoup d'amitié pour ce que ça représente.
Et je pense que j'ai eu l'occasion d'avoir pas mal de jeunes français, notamment de la Nièvre, qui est une région que tu connais bien, qui sont venus, qui ne parlaient pas un mot d'anglais et qui, une fois là-bas, ont été impressionnés, je pense, par le goodwill et la sympathie qu'ont les Américains pour la France et pour ce que représente le français. Donc ça, si tu veux, c'est ce qui fait que c'est un peu cliché. Et donc, je dirais que le revers de la médaille, c'est qu'à la fois, ils ne sont pas francophiles, au sens où il y a une tradition de français qui est bien ancrée dans la culture américaine. C'est plutôt des landmarks qui sont dans l'esprit populaire américain.
Et donc, le revers de la médaille, c'est qu'ils parlent assez mal le français. Sauf, évidemment, quand on parle de ces élites qui, elles, avaient accès, je dirais, aux écoles françaises aux États-Unis. Mais sinon, globalement, le niveau historique des Américains en français est proche du néant. Et pour la petite histoire, si tu veux, il y a une prof de français dans mon patelin qui, je pense, c'est à peine… J'espère qu'elle n'écoutera pas le podcast, je ne vais pas le dire. Mais enfin, si tu veux, son niveau de français est quand même pas extraordinaire.
Oui. Ça m'amène à la question suivante, c'est quelle est la place accordée à l'enseignement-apprentissage du français, notamment dans l'enseignement primaire et secondaire aux États-Unis ?
C'est très décentralisé. Tu sais qu'aux États-Unis, le système, comme dans la plupart des pays fédéraux, l'éducation est une compétence de l'État. Et au sein même de l'État, ils ont des school boards qui sont vraiment à l'échelle assez locale. Donc, c'est très disparate selon les États où tu vas et selon, je dirais même, les comtés qui ont vraiment compétence sur l'éducation. Et alors, ça va du meilleur. Tu vois, par exemple, je ne sais pas si tu avais vu ou si tes auditeurs ont vu il y a quelques mois, il y a eu un reportage dans Le Monde sur Salt Lake City dans l'Utah, qui pour le coup est une terre référence. Alors, c'est hyper marrant parce que moi, j'y suis allé il y a deux, trois mois.
Donc, tu es vraiment dans l'Amérique profonde, très conservatrice, avec une tradition très forte, historique pour les Mormons. Et parce que les Mormons ont un côté très prosélite, ils ont développé une volonté d'apprendre les langues. Et l'État de l'Utah s'est doté, il y a quelques années, d'une loi spécifique pour imposer pour tous les élèves le bilinguisme. Et donc, j'y suis allé pour voir ça. Il y a à peu près... Donc, tous les élèves ont des cours bilingues, donc c'est des cours intensifs, plus de dix heures de cours dans toutes les matières, il y a même des cours de maths qui sont donnés en français.
Et le niveau des élèves dans les écoles, dans les collèges middle school, dans les collèges de l'Utah public, est absolument incroyable. Donc, tu vois des gamins qui, vraiment, clairement, ne sont pas juste des enfants de global plutocrats, qui parlent un français parfait. Et ça, c'est une volonté politique très forte du gouverneur de l'Utah, il y a quelques années, impulsé par un type que je vous conseille de googler, qui s'appelle Greg Roberts, et qui est un monsieur, en fait, qui a vraiment voulu développer le bilinguisme dans le réseau public d'écoles en Utah, et qui a fait passer une loi.
Donc, tu as tout un système qui va de la petite école jusqu'à l'université, où on fait la promotion des langues, et où tu as ensuite des teacher's assistants qui viennent dans les écoles publiques pour donner des cours et qui sont formés tout au long de leur vie pour donner pratiquement, en fait, des cours première langue. C'est-à-dire que c'est vraiment l'exemple où le français langue étrangère devient presque une langue de bilinguisme et de langue, de première langue enseignée à l'école. Donc, ça, je dirais que c'est le modèle le plus abouti. Et moi, j'essaye de un peu pousser ce modèle-là.
Et par ailleurs, si tu veux, il y a le président de la République qui est venu à la Nouvelle-Orléans il y a quelques semaines pendant la visite d'État, et il a annoncé la prolongation d'un fonds qu'il a créé il y a cinq ans qui s'appelle FACE et qui est un fonds qui permet justement de financer des programmes de qualité en français dans les écoles publiques américaines. Et donc, ça, si tu veux, avec l'ambassade de France à Washington, on essaye de pousser le programme. Et puis, voilà, il y a déjà un premier fonds de plus de presque 3 ou 4 millions de dollars. Et puis, l'idée, c'est qu'évidemment, ça coûte très cher. Tous ces programmes coûte cher à l'échelle d'un pays qui est d'un continent.
Donc, l'idée, c'est aussi d'aller faire du fundraising et d'aller développer ça. Et l'autre point que j'essaye de faire à l'échelle de ma circonscription, c'est que les school boards ont l'obligation, quand ils sont saisis par une dizaine de familles, sur la question du bilinguisme, ils doivent répondre à la demande et donc mener un audit et faire une analyse sur les besoins et sur leur capacité à pouvoir promouvoir des programmes bilingues. Donc, ça aussi, j'essaye de le faire pour que ça couvre l'ensemble du territoire. On n'y est pas encore, mais il y a de plus en plus d'écoles publiques qui ont des programmes bilingues.
Et je pense que c'est quelque chose qui est à développer dans les mois et dans les années qui viennent.
Donc, on observe quand même une tendance qui va plutôt vers la hausse dans l'apprentissage du français et ce genre de programmes bilingues.
Oui, globalement, oui. Mais comme toujours, si tu veux, évidemment, quand tu vas à New York, à Los Angeles, tu as plein d'écoles bilingues très chères qui sont des écoles privées, soit des lycées français, soit des écoles internationales, en fait. Et donc là, évidemment, si tu veux, les parents ont des moyens très importants, sont souvent eux-mêmes polyglottes, souvent des couples multiculturels, en fait. Moi, j'ai beaucoup d'élèves qui sont dans des écoles privées où, je ne sais pas, moi, la maman va être libanaise et le père américain ou un père espagnol et une maman d'Afrique de l'Ouest. Et ils veulent que le français soit une des langues de leurs enfants.
Donc, ils choisissent de mettre leurs enfants dans ces programmes. Et je dirais que peut-être la différence avec le FLE, c'est que ces personnes, elles vont dans des écoles qui sont labellisées par l'Agence de l'enseignement français à l'étranger. Et donc, qui ont une éducation à la française. Oui. Avec quand même des niveaux de certification en termes d'apprentissage du français et des maths qui est assez élevé. De temps en temps, si tu veux, c'est bien d'aller à l'étranger parce qu'on a tendance à toujours se taper dessus et à trouver qu'on est moins bon qu'avant. Mais il y a toujours la reconnaissance à l'étranger que le système français est très qualitatif.
Et donc, tu as beaucoup de parents étrangers qui veulent garder leurs enfants dans ce système-là. Et donc, ça, c'est vraiment, si tu veux, ce qu'on appelle l'AEFE. C'est l'Agence de l'enseignement français à l'étranger qui développe des partenariats avec des écoles privées qui les labellisent et qui doivent, du coup, ces écoles doivent répondre à un cahier des charges qui est assez rigoureux. Puis après, tu as évidemment le français, l'anglais étranger. Et là, c'est ces programmes, soit bilingues quand ils sont très qualitatifs, soit au moins des initiations qui sont quand même de meilleure facture que ce qui était traditionnellement enseigné.
Donc oui, il y a vraiment un chemin qui est vers la hausse et qui est lié au fait qu'évidemment, si tu veux, les États-Unis sont un pays qui a un grand niveau d'immigration. Et donc, ces gens-là ont conscience de la force d'être bilingues dans le monde dans lequel on vit.
Alors, ça m'amène à ma prochaine question. On risque de se répéter un peu, mais bon. Dans des interviews, articles consacrés à la presse des Français d'Amérique du Nord, comme le petit journal, le journal des expatriés qu'on a aussi en Allemagne, French Morning ou le Courrier des Amériques. Bon, je crois qu'il y en a d'autres. J'ai pu lire que tu avais dit que tu faisais de l'enseignement en français, notamment en développant ces réseaux Flamme. Ta priorité pour ton mandat ? Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ces réseaux, ces programmes ? Je ne sais même pas trop comment les utiliser.
En fait, Flamme, ce n'est pas français langue étrangère. Flamme, c'est français langue maternelle. Donc là, typiquement, c'est un réseau un peu comparable. On va dire, d'ailleurs, les alliances françaises ont elles-mêmes des programmes, souvent, qui sont des français langue maternelle. Flamme, c'est un programme qui a été créé. Il y a une, je pense… Alors, chacun, tu sais, ça fait partie de ces bonnes idées où tout le monde considère qu'il y a la paternité ou la maternité du programme.
Oui.
Donc, tous les ministres ont dit que c'était leur idée. À peu près tout député ou sénateur des Français de l'étranger dans les années 90 considère que c'est grâce à lui ou à elle que ce programme existe. Mais en fait, c'est un programme qui est très spontané, qui vient du terrain et qui était un constat qu'il y avait énormément d'enfants français, francophones, donc français, il y a évidemment belges, donc français première langue, et qui n'avaient pas accès à des écoles françaises comme les lycées français à EFE. Et que du coup, il fallait inventer un programme et un espace de sociabilisation avec d'autres enfants, mais plutôt en cours du soir ou en cours du week-end.
Donc, ils ont créé FLAM, qui en fait est devenu un label qui permet aussi d'avoir accès à des fonds publics qui sont d'ailleurs distribués par l'AEFE. Et moi, j'ai beaucoup travaillé là-dessus. J'ai bossé pour l'ancien ministre des Français de l'étranger, qui s'appelait Jean-Baptiste Lemoyne, avec la Fédération des FLAM pour essayer justement d'augmenter leur capacité, de leur donner plus de moyens. Et moi, je dis toujours que si on veut toucher, c'est que moi, dans ma circonscription, la première problématique pour tous les Français, c'est qu'à part au Québec, qui est un pays francophone, c'est comment ils arrivent à garder un espace de sociabilisation en français.
Donc, c'est quand même le sujet qui englobe le plus de monde. Et j'ai toujours dit qu'il faut à la fois, évidemment, avoir les vaisseaux amiraux qui sont les grands lycées français. Il faut les développer, il faut qu'ils continuent leur travail. Mais ceux-là sont très chers, notamment aux États-Unis. Donc, il faut des offres alternatives. Donc, il faut aussi des programmes bilingues de meilleure qualité. Ça, c'est ce dont on a parlé juste avant.
Et il faut aussi des FLAM qui permettent aux parents d'avoir un endroit, alors ça peut être en ligne, mais souvent, c'est dans les grandes villes ou dans les villes moyennes où tu mets tes enfants, soit le samedi, soit le dimanche, soit pendant les vacances, soit les cours du soir. Et en fait, ces cours-là sont de très bonne facture parce qu'ils ont un réseau, ils ont un système pédagogique qui leur est propre. Et il y a beaucoup de gens qui travaillent sur ce sujet-là, qui préparent. Donc, en général, c'est plutôt pour les enfants, pour les petits.
Mais en fait, maintenant, il y a aussi des programmes qui permettent aux adolescents au lycée d'aller parfois jusqu'au bac, en CNED, ou au moins pour leur donner le niveau B2 qui leur permet ensuite d'être éligible à une université française. Donc, si tu regardes, ils ont vraiment développé ça. Je vous encourage à aller sur leur site parce que pour tes auditeurs qui sont francophones et qui souhaitent, si tu veux, quand même garder un espace, parce que le plus important, et moi, je le vois bien, moi, ma fille, maintenant, qui est franco-américaine, elle, maintenant, elle est en France.
Et je vois bien, très vite, si tu n'as pas un espace de sociabilisation avec d'autres personnes anglophones, pour le coup, dans son cas, la langue n'est plus aussi automatique. Bien sûr. Donc, il y a quand même un enjeu de faire du français un espace de français langue maternelle. Et c'est la vocation de ce site-là. Et donc, moi, je te dis, on développe des financements, on développe une nouvelle autonomie pour le réseau, pour créer aussi un programme qui lui est propre. Et moi, l'idée, c'est évidemment de leur permettre d'avoir accès à beaucoup plus de fonds parce qu'aujourd'hui, c'est quand même très limité.
C'est une enveloppe, au départ, c'est une enveloppe de 300 000 euros, pour te dire, à l'année en subvention.
Ah oui.
Pour le budget de l'AEFE, c'est un milliard et demi.
Oui, oui, oui.
Donc, c'est des clopinettes. Et avec mon ministre, on a réussi à tripler le budget. Et en fait, ça reste encore assez dérisoire. Donc, on essaye de développer pas mal d'initiatives pour leur permettre d'avoir accès à plus de financements.
Je me pose une question. Tu as parlé tout à l'heure de la Nouvelle-Orléans. Oui. Alors là aussi, je ne sais pas vraiment si ça appartient au mythe ou à la réalité. C'est la Louisiane, la Nouvelle-Orléans a une espèce de fantôme français qui plane au-dessus. Est-ce que le flamme, par exemple, en Louisiane, ça prend plus, entre guillemets ?
Alors, c'est encore plus fort. Parce que eux, si tu veux, ils ont un programme historique, un programme bilatéral avec la France, qui s'appelle le cofidile. Codophile ? Le codophile, pardon. Codophile, j'allais faire de la pub pour Cofidis. Et donc, tu dis le codophile, c'est ça ? Oui, il faut que je... Et en fait, ça, c'est un programme qui a 50 ans et qui permet à des professeurs français de venir en expatriation sur ce programme-là. Donc, si tu veux, ils sont en dehors du contingent spécifique de l'AEFE. Et donc là, si tu veux, évidemment, tu as beaucoup d'écoles françaises qui sont alimentées par des professeurs français qui bénéficient de ce programme-là.
Et c'est un programme bilatéral. Il faut quand même se rendre compte d'une chose, c'est que l'éducation nationale, aujourd'hui, elle est elle-même en pénurie de professeurs. Donc, si tu veux voir plein de professeurs venir à l'étranger, à un moment, ça devient évidemment insoutenable pour l'éducation nationale. Donc, tu as quelques programmes comme ça, mais en fait, ils sont très rares. Et c'est justement parce que ce que tu viens de dire est vrai. Il y a un lien historique entre la Louisiane et la France. Et on a voulu que ce programme permette justement d'avoir cette facilité d'enseignants qui sont envoyés en Louisiane pendant quelques années. Donc, oui, il y a toujours cette tradition.
Je peux dire que quand le président est venu, il était extrêmement, il a été adulé par les habitants. Parce que si tu veux, c'est un peu comme en Acadie, en Acadie au Canada, dans le Canada plus anglophone. Il y a aussi ce sentiment-là, à la fois, toujours, ça fait toujours partie de la culture, mais c'est quand même un vestige de l'histoire. Donc, si tu veux, ils ont quand même cette volonté d'essayer de le renforcer. Donc, tu vois, ça, c'est typiquement la preuve que oui, il y a toujours une forte influence française en Louisiane et que ces programmes-là sont très utiles.
Et même chose, si tu veux, le consulat général de France à la Nouvelle-Orléans, comme le consulat général à Moncton, proche de l'Acadie, c'est des consulats qu'on appelle des consulats d'influence. Il n'y a pas une population française très importante, mais on a voulu garder une présence avec un consulat parce qu'il y a ce lien historique très fort et qu'on veut maintenir cette relation privilégiée, notamment culturelle et économique, d'ailleurs aussi, entre ces deux régions.
Quelle est la place, ça, c'est encore un autre modèle, quelle est la place des écoles d'immersion françaises dans le paysage de l'enseignement aux États-Unis ? On va interviewer une jeune fille qui est assistante de français en Arizona dans une école d'immersion, Maëlys. Maëlys, qu'est-ce que c'est ces écoles d'immersion exactement ?
C'est un peu ce que je t'ai décrit. En fait, le terme que j'aurais dû utiliser plutôt que de parler de programme bilingue, c'est l'école d'immersion. Ah oui, c'est ce que je dis. Il y a pas mal d'écoles d'immersion. En général, elles sont sous un label qu'on appelle le label France Éducation. Oui.
Ça aussi, tu pourras dire à tes auditeurs de regarder ce que c'est, mais c'est un label qui permet pour de la coopération, c'est-à-dire que, tu vois, encore une fois, la EFE, quand tu es dans la EFE, donc l'Agence de l'enseignement français à l'étranger, les établissements, à la fois, doivent payer une petite cotisation, ils sont sanctionnés par une labellisation de leur enseignement de qualité et ils peuvent avoir accès aux enseignants qui viennent du système français. Oui. À côté de ça, tu as des écoles qui sont totalement publiques, américaines, ou d'ailleurs, ça peut être des charter schools, donc ça peut être des modèles alternatifs, publics, privés.
Et là, on est dans de la coopération entre la France et les États-Unis ou l'État, plutôt, dont on parle. Donc, ça peut être… Là, tu parlais de l'Arizona, tout à l'heure, je te parlais de l'Utah. Et là, dans ces cas-là, on est dans un autre système où tu peux avoir accès à ces financements. Et donc, moi, si tu veux, c'est un dossier sur lequel, moi, je veux beaucoup m'engager en tant que député. Et si tu parles à MyLease, il faut que tu lui dises, voilà, il faut avoir accès à ces budgets-là parce qu'on est en train de construire ça. Ça permet aussi d'avoir accès à des formations, accès à des financements de formation, d'accès aux universités francophones.
Et moi, je crois beaucoup dans l'idée qu'on peut renforcer ce système d'immersion. Et que c'est ça, l'avenir, si tu veux. L'avenir, c'est que même aux États-Unis, qui est un pays qui, historiquement, était un de ceux qui avaient le moins de bilinguisme et d'apprentissage des langues, il y a évidemment la conscience qu'aujourd'hui, au XXIe siècle, on est dans un monde où ne parler qu'une langue, ça devient presque un inconvénient, en fait. Tu vois, je te parlais de Greg Roberts, qui est un type assez extraordinaire, et qui disait, qui a cette citation assez provocatrice, qui dit que monolinguisme, le monolinguisme, sera l'analphabétisme du XXIe siècle.
Et à la fois, ça un peu provoque, parce que c'est un peu élitiste comme propos, mais lui, il est expert, il n'est pas politique, donc il pouvait se permettre de dire quelque chose qu'on n'oserait pas dire. Mais il y a vraiment cette conscience qu'au fond, dans un monde où il y a de plus en plus d'interdépendance avec la Chine, donc tout l'Ouest américain est totalement ouvert sur l'Asie. Mais dans un monde où il y a encore des relations fortes avec l'Amérique latine, avec l'Europe, parler plusieurs langues, c'est nécessaire. Ce n'est plus juste un plus, ça devient nécessaire. Donc ces écoles d'immersion, elles vont se développer un peu partout.
Et à nous, si tu veux, français, de prendre notre part. Et prendre notre part, c'est qu'il faut avoir une politique offensive sur la formation des enseignants. Il y a un autre truc dont je voudrais te parler, mais tu en parleras, Maëlie, c'est qu'en début d'année dernière, on a créé ce qu'on appelle les instituts de formation à l'étranger. Les instituts régionaux de formation, les IRF. C'est des instituts où on apprend non seulement des enseignants en français, mais on leur permet d'avoir accès justement à cette éducation à la française. Mais au lieu d'être éduqués en France, ils sont éduqués, ils sont formés, pardon, aux États-Unis, au Canada.
Alors, nous, notre centre de formation, il est à Ottawa et il rayonne pour toute l'Amérique du Nord. Et en fait, il y a, je pense, environ 16 instituts de formation dans le monde entier pour essayer de créer justement des enseignants plutôt en immersion, pour créer de l'immersion, et pas simplement FLE, et pour créer un système d'immersion en français, mais formé directement en Amérique et pas simplement en France. Donc ça, c'est vraiment des trucs sur lesquels on travaille beaucoup.
et je pense que non seulement c'est l'avenir, mais il faut d'ailleurs, je ne sais pas si tu avais une question là-dessus, mais nous-mêmes, nous Français, on doit se poser la question de comment on peut sérieusement améliorer le niveau de bilinguisme pour nos élèves. Parce que, tu vois, on reste un des pays un peu à la traîne dans l'OCDE. Le niveau de langue est quand même assez moyen. Et en fait, ça passe par de l'immersion. Parce qu'il y a un moment, si tu veux juste sortir de My Teacher is Brian, et si tu veux monter de niveau et être surtout en mesure de profiter d'une langue, forcément, il faut être un peu en immersion.
Oui. Alors, j'ai une autre question, un peu plus pop culture. Est-ce que d'après toi, des personnalités comme Timothée Chalamet, qui a énormément de succès en ce moment, ou Lily Rose Depp, valorisent cette image du bilinguisme et auraient tendance à même encourager les plus jeunes à apprendre le français et éventuellement, voilà, s'ils ont l'occasion, d'intégrer ce genre de classe immersive ? Voilà.
Moi, j'espère. Si tu veux, j'espère vraiment. Je pense que oui, comme toujours, si tu veux. Ce qu'il faut savoir, c'est à quel niveau on est. Moi, je pense que si tu veux, Netflix et l'émergence des séries, notamment des séries en anglais, a beaucoup démocratisé l'anglais, principalement, dans le monde entier. Et donc, si tu veux, quand tu regardes le niveau d'immersion, l'arrivée de grandes plateformes et de contenus en anglais a aussi changé la donne. En français, on n'a pas ce même avantage-là, si tu veux. Et donc, je dirais qu'à la fois, je pense que oui, les personnalités que tu as évoquées sont des ambassadeurs qu'on doit chérir.
Mais si on veut vraiment frapper à un autre niveau, il faut créer des programmes, il faut mettre de l'argent. Et puis ensuite, il faut quand même aussi se dire, voilà, le français, aujourd'hui, est un peu marginalisé sur ses plateformes. Et donc, il faut aussi avoir une réflexion sur comment on arrive à développer du contenu francophone de qualité. Et de qualité, c'est-à-dire des trucs que les gens ont envie de voir, en fait. Tu vois, c'est bête, mais les séries qui marchent en français, c'est Lupin, tu vois. Lupin, c'est une grosse machine, c'est une grosse production, mais c'est en français.
Donc, il y a des milliers et des milliers d'Américains, d'Espagnols, de Chinois qui ont regardé Lupin et qui ont trouvé ça génial et qui ont été familiarisés aux Français. Et bien ça, c'est ce qu'on doit essayer aussi de construire. Et puis, un autre point, c'est que je pense que ça, c'est possible. Et toi, je pense que tu y seras familière, mais il ne faut pas que les Français soient au fond les seuls à promouvoir ça. Et d'ailleurs, ce n'est pas le cas, parce qu'en fait, on partage un monde francophone avec plein d'autres pays. Et il faut réussir à montrer qu'au fond, il faut l'émergence des productions de cinémas québécoises, africaines, au Maghreb, en Belgique, en Suisse.
C'est eux qui vont nous permettre d'avoir une langue qui n'est pas une langue morte, en fait, qui est une langue vivante, qui est une langue appréciée. Et je pense que c'est vraiment à la fois en étant dans un collectif global de francophones qui poussent cette lutte-là du français, et aussi en se disant qu'au fond, il faut rester, on est toujours, d'une manière ou d'une autre, qu'on soit communiste ou libéral ou autre, à la fin, c'est quand même un marché, si tu veux. Et donc, il y a un moment, s'ils n'aiment pas ce qu'ils regardent à la télé, tu pourras avoir autant, même mis autant d'argent que tu veux, ils ne regarderont pas des productions françaises. Donc, il faut toucher un public.
On a des atouts pour ça. On est une des langues quand même les plus parlées au monde. On est, je pense, la septième aujourd'hui. Et on doit avancer, on doit se poser la question de comment, grâce à l'Afrique, qui est quand même le continent du XXIe siècle, où il y a une démographie extraordinaire, il faut encore continuer, poursuivre ce travail, pour que le français soit un bien commun, et que tous ensemble, on arrive à maintenir le français partout dans le monde. Et c'est là où je pense qu'on arrivera à faire la différence. Et tu vois, moi, souvent, je vais dans des... Ça m'arrive d'aller dans des écoles françaises à l'étranger, des écoles francophones à l'étranger.
À un moment, tu as des enseignants, ils sont sénégalais, ils sont belges, ils sont suisses, ils sont... Et au fond, c'est ça qui est important. C'est d'en faire une langue moderne, contemporaine, ouverte sur le monde. Et pour ça, il ne faut pas juste se dire, on est les super français avec notre béret et notre baguette. Ça fait partie de nos avantages, mais ce n'est pas suffisant. Il faut qu'on arrive à être une langue moderne, qui touche le plus de monde possible. Et pour ça, évidemment, on a des atouts, mais il ne faut pas... Il faut être offensif et il faut poursuivre ça.
C'est pour ça que je suis un député de la majorité, parce que moi, je ne crois pas qu'il faut se recroqueviller sur nous. Moi, je pense que si on veut gagner ça... Tu vois, je te donne un exemple. Donc, on a un budget pour l'enseignement du français à l'étranger. Il y a beaucoup de députés français qui, à chaque fois, disent, attendez, ça coûte une fortune, les français à l'étranger, ils sont gentils, mais ils ne sont plus en France. Mais sauf que ça fait partie d'une stratégie d'influence. Et l'influence, c'est ce qui fait que le français, restera une langue importante. Donc, c'est un investissement. Il faut voir ça comme un investissement.
Il ne faut pas juste se dire que c'est des millions d'euros qui sont dépensés pour des privilégiés, parce que déjà, ce n'est pas tout à fait vrai. Et puis, par ailleurs, c'est aussi notre stratégie d'influence qui fera que le français sera une langue toujours parlée dans le monde.
Petite question encore avec la perspective pop culture. Émilie de Paris.
Oui, c'est génial ça. Tu vois, ça, c'est une stratégie d'influence. C'est génial. Alors, Émilie de Paris, c'est toujours pareil. Pour tout dire, je n'ai jamais vu, donc je ne pourrais pas trop dire. Je sais très bien que je vois, je vois souvent des jeunes filles qui ont un petit béret et qui se baladent dans Paris. Et je crois comprendre que c'est parce qu'elles sont fans d'Émilie de Paris. Mais en fait, c'est vachement positif parce que ça donne. Alors, Émilie de Paris, je dirais que c'est, je ne sais pas, c'est en anglais en fait, ce n'est pas en français.
C'est en anglais. La synchronisation est terrible parce qu'elle parle en français, mais avec un accent américain comme ça.
Oui, et donc ça doit être un peu catastrophique sur le niveau de la langue. Oui. Mais au niveau de l'attractivité du pays, c'est super important. Tu vois, ça, c'est la même chose, si tu veux. Il faut valoriser notre territoire et il faut valoriser la France. Ça passe par la tour Eiffel, par Émilie de Paris. Ça passe aussi par le bon vin en Bourgogne. Mais tu vois, quand on a des atouts comme les nôtres, il faut les valoriser. Et tout est positif.
Alors, j'ai terminé avec ma dernière question un peu plus littéraire. Oui. J'ai relevé un proverbe tchèque et j'aimerais que tu, si tu veux bien, le commenter.
Vas-y.
Ça va faire lien avec tout ce qu'on a dit jusqu'à maintenant. Pour chaque langue que l'on parle, on vit une nouvelle vie. Celui qui ne connaît qu'une seule langue ne vit qu'une seule fois.
Eh bien, écoute, je trouve que c'est extrêmement fort comme citation parce qu'au fond, on travaille à l'Arab. Toi, tu vis en Allemagne, je crois. Oui. j'imagine que tu parles parfaitement allemand. J'imagine que tu dois plutôt bien te débrouiller en anglais aussi. Et c'est vrai qu'on le voit bien. À chaque fois qu'on est dans une autre culture, on découvre un autre monde. Moi, personnellement, j'ai toujours eu cette chance de vivre sur deux continents. Et c'est vrai, ça correspond à la citation, d'avoir le sentiment d'avoir accès à une autre culture. Et après, ce qui est sympa pour aller encore au-delà de ta citation, c'est que tu arrives à une question d'identité.
Moi, qui est très forte chez les gens que je représente en Amérique du Nord, mais un Français d'Amérique, il se sent Français. Et d'ailleurs, après, quand il rentre en France, en général, ils se sentent aussi Américains, ils se sentent un peu décalés. Donc, si tu veux cette double culture, elle rentre en toi, elle rentre dans ton identité et après, ça te donne une richesse incroyable. Alors ça, c'est vrai. Je pense que ça crée parfois aussi une sorte de schizophrénie qui peut être un peu dur à gérer. Mais comme tout, la richesse, après, c'est des problèmes de riches. Donc, il faut savoir bien gérer sa double richesse. Mais je crois beaucoup dans ce que tu dis.
C'est la possibilité de vivre plusieurs vies, de connaître plusieurs langues. Tu parlais d'un tchèque que j'adore qui s'appelle Milan Kundera. Milan Kundera, il est né en République tchèque. Il a dû immigrer en France, je pense, à la fin des années 70. Et il a écrit ses derniers livres en français. Et c'est quand même incroyable de se dire que tu as un immense auteur qui a commencé à écrire en tchèque et qui finit par écrire des livres en français. Et c'était la question qu'on a posée à Nabokov aussi sur, il y a le Nabokov qui écrit en russe et après, il y a le Nabokov qui écrit en anglais. Et au fond, est-ce que tu es le même auteur quand tu écris dans deux langues différentes ? Ça, voilà.
C'est la question que je pose pour la fin de ton podcast.
Voilà. à réfléchir du coup. Écoute, merci beaucoup.
Merci à toi.
Voilà. On va continuer notre petit...
Tiens-nous au courant des gens que tu rencontres sur le terrain parce qu'on est une famille en fait. Il faut se dire qu'on est la famille du FLE, la famille de la francophonie et donc, on est tous là pour valoriser notre héritage commun.
Oui.
Vous venez d'écouter Balance ton FLE. Ce podcast a été produit et réalisé par Lisa Perdriel et Zoé Duval. Retrouvez des informations complémentaires et les ressources citées dans l'épisode sur notre site internet balance-ton-fLE.fr La bande-son
de cet épisode a été réalisée par Karma Instru et le montage par Zoé Duval.
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À bientôt !
Christopher Weissberg