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InterviewC à vous (sur YouTube)· 30 janvier 2021 6 minComplaisantActualité / polémiqueJusticeSolidarités & famille

Inceste : la lettre d'Isabelle Carré à Emmanuel Macron - C à Vous - 29/01/2021

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Défensif 100 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 67 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    C'est ce que vous avez ressenti Isabelle en lisant le témoignage de Camille Kouchner comme une autorisation aujourd'hui à parler de ce que vous avez longtemps gardé secret ?

  • 0:49ComplaisanteRéponse partielle

    Le silence construit par les criminels et les lâchetés successives enfin explose.

  • 4:53ComplaisanteRéponse partielle

    Merci Isabelle Carré pour cette lettre, cette tribune que vous adressez solennellement ce soir à Emmanuel Macron.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:33InvitéChiffre
    « 6,7 millions de victimes d'incestes parmi la population française. »
  • 4:24InvitéChiffre
    « Pour plus des deux tiers des victimes, le fait d'avoir parlé n'a entraîné aucune réaction judiciaire. »
  • 4:29InvitéChiffre
    « Seulement 8% d'entre elles ont été protégées. »
  • 4:31InvitéChiffre
    « Et seulement dans 6% des cas, l'agresseur a été éloigné. »
  • 4:42InvitéChiffre
    « Deux enfants par classe aujourd'hui sont victimes d'inceste. »
  • 3:28InvitéPromesse
    « Vous devez tenir vos promesses et affirmer l'interdiction absolue de tout acte sexuel entre une personne majeure et un mineur de moins de 15 ans. »
  • 3:36InvitéPromesse
    « Et lorsqu'il s'agit d'un parent, de poser cet interdit dans la loi, au moins jusqu'à 18 ans. »

Temps de parole

  • Invité81 %
  • Présentateur11 %
  • Présentateur 28 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

C'est ce que vous avez ressenti Isabelle en lisant le témoignage de Camille Kouchner comme une autorisation aujourd'hui à parler de ce que vous avez longtemps gardé secret ?

0:07
Invité

J'ai été vraiment très émue en fait par cette vague de témoignages et j'avais envie de la remercier effectivement. Mais je vous remercie aussi de me donner cette tribune parce que c'est vrai qu'après ce petit message que j'ai posté il y a eu beaucoup beaucoup beaucoup de nouvelles sur internet un peu dans tous les sens alors que voilà j'ai juste fait ce petit témoignage qui durait quelques minutes. Donc j'ai eu envie effectivement de rétablir un petit peu la vérité et puis aussi grâce à cette lettre qu'Emmanuel Macron nous a envoyée ce message qu'Emmanuel Macron qui est historique où il semble s'engager, j'ai eu envie de lui répondre.

0:45
Présentateur

On écoute Emmanuel Macron et on écoute votre réponse après. Le silence construit par les criminels et les lâchetés successives enfin explose. Il explose grâce au courage. Et c'est aujourd'hui à nous d'agir. Ne jamais nous habituer, ne jamais accepter. Tout faire pour arrêter maintenant les violences sur nos enfants. Il nous faut entendre. Recueillir les témoignages des victimes même des années, des décennies après. Il nous faut les accompagner. Il nous faut punir les criminels pour leurs actes passés et pour empêcher toute récidive.

1:28
Invité

Alors, cher Emmanuel Macron, avec votre vidéo du week-end dernier, vous avez soulevé un grand espoir. Vous avez fait écho au récit de Camille Kouchner, la familia grande. A l'adolescence, j'ai moi aussi reçu les terribles confidences d'une personne proche. Et lorsque j'ai interrogé, on m'a simplement répondu que c'était normal, de la même façon qu'on avait dit à la victime que c'était par amour. Je n'en dirai pas plus, je ne peux pas en dire plus, car la victime ne souhaite pas que je parle. Et l'on ne doit pas juger cela. Chacun se construit, reconstruit, comme il peut.

Mais après avoir vu les milliers de témoignages, j'ai voulu poster à mon tour une vidéo, un petit message, pour apporter mon soutien à ces prises de parole, car je sais la force et la volonté immense qu'elle demande. Je veux être auprès de ces personnes courageuses, qui libèrent ces secrets, ces vérités qui les accablent depuis tant d'années, et qui veulent se battre désormais pour que la loi évolue. Et elle va évoluer. Comment ce pays, notre société, pourrait-il continuer à si mal traiter leurs enfants ? Arrêtons de fermer les yeux. 6,7 millions de victimes d'incestes parmi la population française.

Ce n'est plus une affaire de mœurs, c'est un scandale qui humilie notre société tout entière, un crime de masse, comme l'a dénoncé Andrea Bescoum, dont les effets collatéraux sont considérables. Camille Kouchner le montre si bien dans son livre, c'est la famille dans son ensemble qui est ravagée. C'est ce qui m'a bouleversée dans son témoignage. Elle met en lumière cette douleur, la souffrance physique et mentale de la victime, et la douleur du confident qui a vécu et grandit, lui aussi, sous le coup du silence.

Je peux vous parler, si vous voulez, de cette terrible loi du silence, de la culpabilité que l'on ressent alors qu'on n'y est pour rien, et qu'on ne pouvait pas comprendre parce que l'on nous disait que ces gestes, tout le monde les faisait. La justice, la loi, doivent cesser d'être ambivalentes. Elles doivent cesser de protéger les agresseurs. C'est ce que je vous demande, M. le Président. Vous devez tenir vos promesses et affirmer l'interdiction absolue de tout acte sexuel entre une personne majeure et un mineur de moins de 15 ans. Et lorsqu'il s'agit d'un parent, de poser cet interdit dans la loi, au moins jusqu'à 18 ans.

J'entends l'embarras des hommes politiques, y compris dans votre gouvernement, tous disent la nécessité d'un changement de loi, mais freinent aussitôt, expliquant combien réviser la Constitution n'est pas une mince affaire. Si une loi est défaillante, et assurément elle l'est, il faut la changer et sans attendre. Des enfants sont en danger. Nous ne sommes pas en train de parler d'un projet que l'on peut remettre à plus tard. Il y a des vies en jeu. Parce qu'un enfant agressé sexuellement, c'est quelque chose en lui. Quelque chose de lui. L'essentiel peut-être. Qui meurt pour toujours. Un homme, ça s'empêche, écriva Albert Camus.

Pour empêcher les agresseurs, puisqu'ils n'y parviennent pas tout seuls, il faut stopper cette impunité. Pour plus des deux tiers des victimes, le fait d'avoir parlé n'a entraîné aucune réaction judiciaire. Seulement 8% d'entre elles ont été protégées. Et seulement dans 6% des cas, l'agresseur a été éloigné. Voilà, je veux le dire pour ces deux enfants par classe qui se taisent. Ce sont les chiffres. Deux enfants par classe aujourd'hui sont victimes d'inceste. Pour ces deux enfants par classe qui souffrent et dont tout le monde se fout, pour ces deux enfants par classe, il faut maintenant que ça cesse.

4:53
Présentateur

Merci Isabelle Carré pour cette lettre, cette tribune que vous adressez solennellement ce soir à Emmanuel Macron. La victime dont vous vous faites le porte-parole veut rester anonyme, vous respectez cet anonymat. Oui. C'est important, mais c'est à la fois le signe que l'emprise est toujours là.

5:11
Invité

Alors, il faut comprendre que nous sommes passés de l'injonction au silence quand on est enfant. Et alors ce silence quand on est enfant, et que c'est un parent, un oncle, une tante, un père, une mère, un cousin, qui vous le demande et vous êtes enfant. Voilà. Et bien ce silence, il est tissé en vous, quoi. Et alors nous passons de l'injonction au silence à l'injonction à la parole. Il y a de quoi devenir fou. Donc on peut comprendre que ce soit difficile pour certains, il faut le respecter de parler. Et en même temps, en même temps, rester silencieux, c'est aider qui ? Mais l'agresseur, c'est son arme principale. Si on ne parle pas, ça n'a pas existé.

Et si ça n'a pas existé, pourquoi ne pas recommencer ?