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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 8 mai 2025 23 minComplaisantFond programmatiqueÉconomie & entreprisesNumériqueEurope & international

Guerre commerciale : "On est au bord du précipice", analyse l'économiste Olivier Blanchard

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:02OuverteRéponse directe

    L'économie mondiale est-elle à un tournant historique ? Est-elle peut-être en train de s'effondrer ?

  • 0:13OuverteRéponse directe

    Et la prochaine guerre mondiale, pire, sera-t-elle économique ?

  • 1:05OuverteRéponse directe

    Quels mots employez-vous pour décrire la situation générale ?

  • 3:01OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on entre dans une nouvelle ère de repli, de retour des frontières et du protectionnisme ?

  • 3:50OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous pouvez mesurer l'ampleur des conséquences de cette instabilité géopolitique ?

  • 5:31OuverteRéponse directe

    Le précipice, c'est celui de la récession, du recul de la croissance au niveau mondial ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:23InvitéFait
    « On est tous obsédés par Trump, mais il y a quelque chose derrière. »
  • 1:32InvitéFait
    « Il y a une espèce de lame de fond qui remet en cause la globalisation telle qu'on l'avait construite depuis 80 ans, pour de bonnes raisons. »
  • 4:19InvitéFait
    « Donc quand il y a eu les élections et que Trump a dit je vais faire des tarifs, on s'est dit ça va avoir des effets. »
  • 4:35InvitéFait
    « Aujourd'hui, on est un peu au bord du précipice. »
  • 5:57InvitéChiffre
    « Le fonds monétaire a réduit, je crois, le taux de croissance pour 2025 de presque de 1%. »
  • 7:01InvitéFait
    « On a vu, bien sûr, des effets de tarifs et des trucs de genre, mais on n'a jamais vu ça. »
  • 10:50InvitéChiffre
    « Il a imposé ce tarif de 10% pour tout le monde, et puis beaucoup plus élevé sur l'acier, sur les voitures, etc. »
  • 11:51PrésentateurChiffre
    « Il va y avoir un recul. Là, on est à 145% de droits de douane côté américain imposés aux produits chinois, 125% imposés en représailles par Pékin aux produits américains. »
  • 12:51InvitéChiffre
    « Si j'avais à donner un chiffre, je n'en sais rien. 60%. »
  • 14:06InvitéFait
    « Les poupées chinoises vont être plus chères. »
  • 18:00PrésentateurChiffre
    « le ministre des Finances, Éric Lombard, dit qu'il va falloir se battre pour aller chercher 0,7% de croissance, ce qui n'est quand même pas la panacée. »
  • 19:11InvitéChiffre
    « si on fait rien du tout, on aura des tarifs à 20%, ce qui est beaucoup, ce qui est très gênant. »
  • 20:46InvitéFait
    « ils dépendent terriblement de la partie de production qui est faite en Chine ou en Vietnam ou ailleurs. »
  • 22:36InvitéFait
    « le fait d'être confronté à un fou furieux oblige un certain nombre de pays à se poser des questions fondamentales. »

Temps de parole

  • Invité69 %
  • Présentateur31 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:02
Présentateur

L'économie mondiale est-elle à un tournant historique ? Est-elle peut-être en train de s'effondrer ? Et la prochaine guerre mondiale, pire, sera-t-elle économique ? On a du mal à y voir clair, il faut le dire, face à cette multitude de questions peut-être catastrophistes, peut-être pas. Ces questions que suscitent l'époque instable et troublée que nous vivons. Alors écoutons le point de vue ce matin d'un grand économiste, Olivier Blanchard, bonjour. Bonjour. Ancien économiste en chef, je le disais, du Fonds monétaire international, professeur aux prestigieuses MIT aux Etats-Unis, à Cambridge et à l'école d'économie de Paris également.

Posez vos questions, auditeurs de France Inter, comme d'habitude au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France en cliquant sur réagir. Nous allons parler évidemment de la guerre commerciale lancée par Donald Trump, de la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine, de la place de l'Europe et de la France dans cette concurrence mondiale. Mais je voudrais d'abord vous entendre sur le tableau la situation générale, Olivier Blanchard. Est-ce qu'on assiste, comme je le disais, à un effondrement, à un bouleversement de l'ordre économique mondial ? Quels mots vous employez ?

1:19
Invité

On est tous obsédés par Trump, mais il y a quelque chose derrière. Il y a une espèce de lame de fond qui remet en cause la globalisation telle qu'on l'avait construite depuis 80 ans, pour de bonnes raisons. C'est-à-dire qu'on s'est trop préoccupé de l'efficacité de la production, pas assez des effets de distribution. Il y a vraiment des gens qui ont souffert. Quand un pays perd une industrie, ce qui arrive, quand on a de la globalisation, un autre pays peut faire mieux, il y a des gens qui souffrent. Bien sûr, on a essayé de les protéger, mais de fait, ce n'était pas suffisant. Et donc, il y a une espèce de réaction anti-globalisation qui vient de là, des perdants.

Principalement, il y a des gagnants. Les consommateurs sont gagnants, mais souvent, quand on perd son boulot, c'est un peu dur. Donc il y a ça, il y a les problèmes de sécurité économique. On a réalisé que quand il y avait des problèmes à Fukushima ou des problèmes en Thaïlande, il y avait des problèmes d'approvisionnement, tout bête, et que peut-être on faisait trop confiance aux autres pays. Puis il y a des questions de sécurité militaire. C'est qu'on n'a pas envie de dépendre d'autres pays si on se retrouve dans une position où il faut se défendre et on a besoin de... Donc tout ça, c'était déjà là, en suspens. Ça prenait différentes formes, différentes réactions.

Et Trump en a rajouté, a construit là-dessus. La grande question, quand on pense à l'avenir, c'est est-ce que... Est-ce que Trump, c'est de la fièvre ? Et puis on va retourner à quelque chose de plus raisonnable, peut-être avec des règles mieux adaptées au monde moderne. Ou est-ce qu'il va laisser des séquelles ? Je pense qu'il y aura des séquelles.

3:01
Présentateur

Vous parlez de cette globalisation, cette mondialisation construite depuis 80 ans. Justement, aujourd'hui, on est 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Est-ce qu'on entre dans une nouvelle ère de repli, de retour des frontières et du protectionnisme ?

3:17
Invité

Là encore, la question, c'est est-ce qu'on a principalement une fièvre américaine ?

3:22
Présentateur

Ça semble plus large que ça, quand même. C'est plus large que ça. Qu'un président qui s'agite à la Maison-Blanche, c'est plus profond ?

3:29
Invité

Là encore, parce qu'il y a des raisons derrière de se poser des questions. Donc on ne va pas retourner au point de départ, sûrement. Mais est-ce qu'on va retourner à quelque chose de raisonnable ou à quelque chose de plus ennuyeux ? Là, ça dépend beaucoup, en gros, des électeurs américains. Et puis s'il y a des élections en 2028, ce qu'on peut espérer.

3:46
Présentateur

On parle beaucoup de la confiance en économie, c'est la base. La confiance des consommateurs, des investisseurs, des entreprises, sans cette confiance, le système ne peut pas marcher correctement. Est-ce que vous pouvez mesurer aujourd'hui l'ampleur, la gravité des conséquences de cette instabilité que nous connaissons au niveau géopolitique ?

4:06
Invité

On peut la mesurer, on peut plus difficilement la prédire. Mais c'est un des éléments qu'on n'avait pas assez pris en compte. Donc quand il y a eu les élections et que Trump a dit je vais faire des tarifs, on s'est dit ça va avoir des effets. Parce que si on met des tarifs partout, ça veut dire que les exportations souffrent, etc. Donc on s'attendait à des effets négatifs. Ça a été, et c'est, pire. Plus d'ailleurs dans les perceptions de ce qui va se passer, de ce qui se passe aujourd'hui. Aujourd'hui, on est un peu au bord du précipice. Mais oui, la certitude, à mon avis, est le thème dominant à l'heure actuelle. Dans l'économie américaine, dans l'économie mondiale.

Parce que ce qui se passe, ce n'est pas tellement le fait qu'il ait annoncé des tarifs, et je pense qu'on va y revenir. C'est qu'on ne sait pas exactement ce qui va se passer à la fin. Ces tarifs s'agglés sur la Chine, à combien est-ce qu'on va redescendre, etc. Donc, chaque entreprise qui a des décisions d'investissement à faire. Alors, dans le cas le plus extrême, est-ce que je construis une usine dans l'Arizona, ou est-ce que je construis une usine au Mexique ? Ça dépend énormément des tarifs. Je ne sais pas du tout comment la guerre commerciale entre le Mexique et les Etats-Unis va tourner. Donc, ce que je fais, c'est que je m'arrête. J'investis pas.

Si j'investis pas, c'est raisonnable pour moi, mais l'investissement s'effondre, la demande s'effondre, et on peut avoir une récession.

5:31
Présentateur

On va parler des tarifs, évidemment, de ces droits de douane exorbitants imposés, notamment à la Chine, mais pas seulement par Donald Trump. Vous avez employé le mot à l'instant. Vous disiez juste avant, on est au bord du précipice. Le précipice, c'est celui de la récession, du recul de la croissance au niveau mondial. Ça, c'est un risque réel aux Etats-Unis, dans le monde ?

5:55
Invité

Ralentissement, pour sûr. Le fonds monétaire a réduit, je crois, le taux de croissance pour 2025 de presque de 1%. Donc, c'est assez substantiel. La récession, on l'a définie en dessous de zéro. C'est un peu arbitraire, parce que zéro, c'est juste un chiffre. Est-ce que ça peut se produire ? Oui, on peut imaginer. On peut parfaitement imaginer un scénario où l'investissement s'effondre aux Etats-Unis, la demande diminue, les gens perdent leur boulot, les consommateurs deviennent de moins en moins confiants, ils dépensent moins. Donc, on ne peut absolument pas exclure, aux termes techniques, une récession aux Etats-Unis. On ne peut pas exclure une récession ailleurs.

Pour le moment, les prévisions du Fonds monétaire sur l'Europe sont d'une petite croissance, mais il y a beaucoup d'incertitudes. On est confronté, en tant qu'économiste, à des chocs d'une telle ampleur qu'on n'a pas d'évidence historique sur laquelle on peut vraiment compter. On a vu, bien sûr, des effets de tarifs et des trucs de genre, mais on n'a jamais vu ça. C'est un peu comme le Covid, c'est un peu comme la crise financière en 2028. Donc, on fait de notre mieux, mais ça pourrait être pire, ça pourrait être moins grave. Mais pour le moment, les chiffres qui sont sortis hier aux Etats-Unis ne sont pas mauvais.

Simplement, on a tous l'impression que la semaine prochaine, ou dans deux semaines, ou dans trois semaines, il va y avoir des problèmes d'approvisionnement, des problèmes d'investissement. Donc, on a peur.

7:27
Présentateur

2008, la précédente crise financière, vous avez dit 2028, c'est pour ça que je reprends. Il y en aura peut-être une en 2028, justement, c'est la question qui nous occupe. Vous dites que c'est difficile de prédire parce qu'on n'a jamais vu ça. Est-ce que, finalement, le symptôme le plus flagrant de cette nouvelle ère dont on parle ensemble ce matin, c'est l'affranchissement des règles ? Absolument. Donald Trump fait fi de toutes les règles qui préexistaient au niveau économique mondial.

7:55
Invité

On a passé 80 ans à essayer de construire des règles avec l'Organisation mondiale du commerce, etc. Parce qu'on réalise qu'il y a des pays qui veulent protéger leur industrie, il y a des pays qui veulent... Donc, il y a eu toute une série de traités qu'on appelle des traités de libre-échange, mais qui ont des tarifs dedans. Parce que, quelquefois, des tarifs, c'est ça. On a vraiment envie de protéger, pour des raisons politiques, pour des raisons économiques, un secteur, une entreprise. Et donc, on a travaillé là-dessus, on a trouvé une espèce de modus vivendi, où, si on n'est pas d'accord, on va voir l'Organisation mondiale du commerce, on s'assied, etc.

Alors, ça a été partiellement détruit par les Etats-Unis, qui ont supprimé ce qu'on appelle l'appel à court, qui était l'endroit où on allait quand on n'était pas d'accord. Ils ont fait en sorte qu'il soit paralysé. Il n'y a plus d'instance de conciliation au niveau... Il n'y a plus d'instance de conciliation, parce qu'elle est coincée, parce qu'il manque des membres, et les Etats-Unis ont refusé de mettre en place les membres qu'ils devaient mettre. Donc, c'est la loi du plus fort. Donc, à partir de ça, Trump a totalement dépassé ça, et a dit, je me contrefous de ce qui se passe. Il a cette vision de Fortress America.

Le reste du monde essaie d'exploiter les Etats-Unis, il est temps que ça s'arrête, donc on va mettre des tarifs partout. C'est sa philosophie, mais fondamentalement, en effet, c'est la loi de la jungle, c'est la loi du plus fort. Ce sont des règles incroyablement différentes. Quand on a une structure comme l'Organisation Mondiale du Commerce, les petits pays peuvent s'en sortir, parce qu'ils ont le droit d'avoir le même traitement que les autres, en gros. Là, si vous n'avez pas de bouvoir de marchandage par rapport à Trump, ça va très mal se passer.

9:39
Présentateur

Ça fait 100 jours qu'il est à la Maison Blanche Donald Trump. La question, et vous l'avez soulevée plusieurs fois depuis le début de cette interview, c'est de savoir si cette loi du plus fort qu'il essaye d'instaurer au niveau mondial... Alors, évidemment, elle existe, mais vous dites qu'elle est compensée. Donc là, si cette loi du plus fort débridée au niveau planétaire va durer, jusqu'à quand ? Quand vous voyez que, pour la première fois, les États-Unis et la Chine, des émissaires, vont se réunir en Suisse le week-end prochain pour évoquer la guerre commerciale. Est-ce que vous dites qu'il commence à y avoir un recul au niveau américain ?

Les Chinois disent que ce sont les Américains qui ont sollicité cette réunion.

10:13
Invité

Oui, on peut se poser la question. Ce qu'il est en train de découvrir, c'est que la loi du plus fort, ce n'est pas la loi de Trump. C'est qu'en face de lui, il a des pays qui peuvent se défendre. Donc, ce qui va se passer...

10:25
Présentateur

Notamment des autocraties où il y a une stabilité au niveau politique.

10:29
Invité

Les pays qui sont larges ou qui ont les moyens de pression, la Chine en particulier, c'est pas... La Chine est puissante, pas parce qu'elle est une autocratie, bien que ça implique qu'elle puisse souffrir plus longtemps que les États-Unis, sans que les gens descendent dans la rue. Mais ce qu'il est en train de découvrir, c'est qu'il a poussé le bouchon dans toutes les directions. Il a imposé ce tarif de 10% pour tout le monde, et puis beaucoup plus élevé sur l'acier, sur les voitures, etc. Et puis beaucoup plus élevé sur la Chine, sur un certain nombre de pays. Et puis, ce qui se passe, c'est qu'il va reculer. On est arrivé, en gros, à marée haute.

Et la question, c'est comment il va reculer. Et j'hésite à employer le mot sur France Inter, mais ça va être le bordel. Parce qu'il y a des pays, il va découvrir, il est en train de découvrir que la Chine, ils ont des moyens de répondre qui sont très puissants. Si la Chine décide d'arrêter l'envoi de matériaux rares, ça pose des problèmes à court terme aux États-Unis. Si la Chine décide de ne pas vendre un certain nombre de produits intermédiaires dont les États-Unis ont besoin, les États-Unis vont souffrir. Ils vont souffrir aussi, la Chine, mais là encore, c'est une autocratie, ils peuvent souffrir plus longtemps.

11:43
Présentateur

En tout cas, vous ne voyez pas d'accord à court terme qu'il reviendrait à une situation normale. Il va y avoir un recul. Là, on est à 145% de droits de douane côté américain imposés aux produits chinois, 125% imposés en représailles par Pékin aux produits américains. Donc, c'est intenable. Ça va reculer, mais on ne reviendra pas à un niveau d'avant crise.

12:05
Invité

Dans le cas particulier de la Chine et des États-Unis, il y a autre chose qui joue. Et ça jouait même dans l'administration démocrate de Biden avant. Il y a un sentiment anti-Chine qui est beaucoup plus large que le trampisme. Les États-Unis ont l'impression qu'ils ont été les rois du monde pendant très longtemps et que la Chine va devenir plus puissante qu'eux. Et ils ne l'acceptent pas. Alors, la réalité, c'est que la Chine va devenir plus puissante que les États-Unis. Ils n'ont plus de gens. Ils ont quatre fois plus de gens. Donc, ça se passera nécessairement. Mais les États-Unis ont beaucoup de mal à l'accepter. En plus, la Chine ne se comporte pas parfaitement. Il faut être réaliste.

Et donc, il y a un sentiment anti-chinois. Ce qui fait qu'on va redescendre de 145 à quelque chose. Mais si j'avais à donner un chiffre, je n'en sais rien. 60%. Donc, ça va diminuer certainement le commerce entre la Chine et les États-Unis.

12:57
Présentateur

On voit que Trump est prêt à faire souffrir les Américains. En tout cas, à ce qu'il y ait une augmentation des prix. Absolument. Voilà, très concrètement. Pour alimenter cette guerre avec la Chine. C'est un prix qu'il est prêt à payer.

13:13
Invité

Il a compris assez vite. Il n'est pas idiot. Il a compris assez vite que ça n'allait pas se passer exactement comme il l'avait prévu. Ou comme il l'avait prédit. Il avait dit, ça va être formidable. On va avoir une augmentation de la production immédiatement. Des prix qui diminuent, etc. Bon, il a réalisé que ça n'allait pas être le cas. Que l'économie allait ralentir. Que les prix des importations allaient augmenter. Et donc, il a changé de discours. Et le discours, c'est, on s'est fait attaquer par le reste du monde. Du point de vue intérieur, on s'est fait attaquer par les élites. Par ce qu'on appelle le deep state. L'état profond qui sont les juges et les autres. Il faut se battre.

Ça va être coûteux. Ça va être coûteux. Donc, il a été très explicite sur le fait que même s'il y a une récession, ça fait partie du programme. Et puis, oui, vous allez payer plus cher. Probablement initialement pour les poupées. Il y a cet exemple qui est sorti ces derniers jours. Oui, les poupées chinoises vont être plus chères. Mais, ça va nous permettre de faire revenir les entreprises aux Etats-Unis pour éviter les tarifs. Et il faut que vous restiez avec moi. Et ce qui se passe, c'est que ce message-là, pour le moment, il passe encore assez fort.

14:20
Présentateur

Aux Etats-Unis. Auprès des électeurs américains. Il y a ces négociations, en tout cas, embryons de négociations, de discussions à venir avec la Chine. Donald Trump annonce pour aujourd'hui un accord majeur avec un grand partenaire économique, probablement selon la presse, le Royaume-Uni. Et l'Europe, l'Union Européenne en tout cas, dans tout cela, est-ce qu'elle doit choisir un camp, en fait ?

14:46
Invité

Non, il ne faut surtout pas qu'elle choisisse un camp. Il y a encore, au niveau plus général, il y a encore beaucoup de pays dans le monde. La majorité des pays dans le monde veulent garder quelque chose comme le système d'avant. C'est-à-dire, sont prêts à accepter des règles. Donc, ça doit être dans ce contexte que l'Europe doit se passer. L'Europe doit organiser, en gros, ou faire partie de ce que j'ai appelé une coalition de volontaires de pays. C'est-à-dire des pays qui acceptent de continuer. On ne doit pas être du côté des Etats-Unis ou du côté de la Chine. On ne doit être clairement pas d'accord avec les Etats-Unis. Avec la Chine, c'est plus compliqué.

On a des problèmes avec la Chine. Mais je crois que là, quelque chose d'absolument essentiel à faire, et je crois qu'on va peut-être y arriver, c'est une négociation, pas une guerre commerciale. Et se dire, il y a des problèmes, vous avez des voitures qui sont formidables. On ne peut pas les laisser rentrer comme ça, mais peut-être que si vous vous installez chez nous, si vous les produisez chez nous, ce serait peut-être pas mal. On va essayer de trouver un certain nombre d'accords, mais je crois que c'est très important.

15:46
Présentateur

Mais en cas d'accord avec la Chine, Donald Trump risque d'augmenter les droits de douane sur l'Europe.

15:51
Invité

Il y a un risque, mais il est absolument exclu qu'on prenne le côté des Etats-Unis.

15:57
Présentateur

C'est une situation qui paraît intenable. Soit on se rapproche de la Chine, et dans ce cas-là, les droits de douane américains augmentent, soit on fait un accord avec les Etats-Unis et on se coupe du marché chinois, ou des clients chinois.

16:07
Invité

Je crois que, sans la moindre question, il faut qu'on reste, je dirais, neutre. Alors, en effet, c'est assez délicat à jouer, mais il ne faut surtout pas, à mon avis, à ce stade, être, entre guillemets, du côté des Etats-Unis. Il faut trouver un accord avec beaucoup de pays, dont la Chine, mais c'est avec la Chine que c'est le plus dur, pour essayer de continuer à respecter les règles.

16:30
Présentateur

Justement, question de Martine sur l'application de Radio France, qui nous écrit de Grandville. Elle vous pose la question, justement, sur la Chine. Est-ce qu'en comparaison avec les Etats-Unis, la Chine peut devenir un leader de confiance, aujourd'hui, au niveau mondial, vers lequel les partenaires se tournent ?

16:47
Invité

C'est peut-être un peu fort, mais je pense qu'on peut... La Chine ne s'est pas toujours comportée parfaitement. Dans le contexte actuel, la Chine envoie les signaux qu'elle est prête à continuer ce qu'on appelle le multilatéralisme. Il faut le faire avec les yeux ouverts. Mais je pense qu'on peut arriver à des accords avec la Chine.

17:05
Présentateur

Et sur cette coalition de pays, donc Union Européenne et d'autres pays au niveau planétaire, d'autres puissances, ça peut être quel pays ? Ces pays de bonne volonté, si je reprends votre expression ?

17:17
Invité

Manifestement, on peut travailler avec le Canada, on peut travailler avec l'Inde, on peut travailler avec l'Amérique latine. Je crois que c'est assez important de développer ces coalitions, en gros, avec tous les pays qui sont prêts à le faire. En disant, ça a marché, il y avait des problèmes, on s'assied. Vous pouvez être membre de la coalition, auquel cas on vous traitera en fonction des règles. Si vous êtes à l'extérieur, on verra bien ce qui se passe.

17:41
Présentateur

Et la France, que pèse-t-elle dans cet ordre économique mondial qui est en train de bouger, de se recomposer, à l'heure où elle cherche 40 milliards d'euros supplémentaires d'économie, où le ministre des Finances, Éric Lombard, dit qu'il va falloir se battre pour aller chercher 0,7% de croissance, ce qui n'est quand même pas la panacée. Que pèse la France dans tout cela ?

18:05
Invité

La France pèse peu, l'Europe pèse plus, et donc il est absolument évident que toutes les réponses, toutes les grandes décisions doivent être prises au niveau européen. Et ça, je pense que c'est la chance de l'Europe. Trump nous a obligés à réaliser qu'il y avait un certain nombre de choses qu'il fallait faire. Donc il faut, par exemple, qu'on soit unis par rapport à Trump, qu'on ne commence pas à avoir des accords commerciaux.

18:27
Présentateur

Vous faites partie justement d'un groupe d'économistes franco-allemands qui travaille sur ces questions. Vous croyez en un réveil de ce qu'on appelle le couple franco-allemand d'abord, le chancelier Merck, c'était hier à Paris, et de l'Europe en général ?

18:40
Invité

Un réveil sûrement. Est-ce qu'on reste debout et on se met à courir ? J'en sais rien. Mais je crois qu'on comprend parfaitement que c'est le moment pour l'Europe de faire un certain nombre de choses. Donc par rapport à Trump, qu'est-ce qu'on fait ? Alors il faut le faire de manière unifiée. Et puis, alors la question c'est qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on réagit à ces tarifs en mettant nous aussi des tarifs dans tous les sens ? A mon avis, c'est absolument pas ce qu'il faut faire, parce qu'en gros il s'est tiré dans le pied avec ces tarifs, pourquoi est-ce qu'on ferait la même chose ?

La question c'est est-ce qu'on peut le faire, pour le moment si on fait rien, si on fait rien du tout, on aura des tarifs à 20%, ce qui est beaucoup, ce qui est très gênant. Donc est-ce qu'on peut le faire reculer ? En gros c'est ça la question. Et là, dans toutes ces négociations, c'est un mélange de carottes et de bâtons. Et donc, oui, je veux... Non, non, allez-y, finissez. Carottes, ça veut dire qu'est-ce qu'on peut lui donner qui lui fasse plaisir ? Et on n'a pas grand-chose à lui donner. On peut lui donner du gaz, on peut lui acheter du... On peut dire qu'on va diminuer les achats de matériel militaire plus doucement qu'on l'aurait fait autrement. On peut travailler sur le soja.

Est-ce que c'est suffisant ? Il a besoin, on le sait très bien, il a besoin de victoire symbolique. Donc, est-ce que ça suffit ? Est-ce que de l'autre côté, on a des bâtons ? Est-ce qu'on peut vraiment l'enquiquiner autant que la Chine peut l'enquiquiner ? Non. Mais on peut travailler pas mal sur ce qu'on appelle les GAFA, les grandes entreprises. Google, Amazon, Facebook. Exactement, et leur rendre la vie difficile. Si on leur rend la vie difficile, il y a une chance qu'ils appellent Trump et qu'ils disent...

20:19
Présentateur

Justement, c'est la question que je voulais vous poser sur les grands patrons. Jeff Bezos, Musk, Mark Zuckerberg ou Bernard Arnault dans un autre domaine, celui du luxe, qui était, il y a deux jours, reçu encore une fois à la Maison Blanche, le patron de LVMH. Il était déjà à l'investiture de Donald Trump. Quel rôle jouent les grands patrons ? Est-ce qu'ils roulent seulement pour eux-mêmes ou pour leur multinational ?

20:41
Invité

Bien sûr, ils roulent pour eux-mêmes, mais leur intérêt, c'est de diminuer un certain nombre de tarifs. Parce qu'ils dépendent terriblement de la partie de production qui est faite en Chine ou en Vietnam ou ailleurs. Donc, ils sont tout à fait contre les tarifs de manière générale. Il y a très peu d'entreprises américaines qui se disent, on va être protégés, c'est formidable. Parce que la plupart produisent un peu partout dans le monde, ça leur complique la vie. Donc, ils vont tous appeler la Maison Blanche. Ils appellent la Maison Blanche ou ils n'y vont en personne. Ils sont plus ou moins copains avec Trump.

Est-ce que les GAFA dont on parlait sont suffisamment copains avec Trump pour lui dire ? On verra. Mais le problème, à mon avis, c'est que ce qui va se passer, c'est que la retraite, elle va être faite en fonction de ce genre de choses. Coup de téléphone, pouvoir de marchandage des pays. Moi, ce qui m'inquiète beaucoup, c'est des pays comme le Vietnam, le Cambodge, qui n'ont aucun pouvoir de marchandage et qui ont entièrement choisi une stratégie de croissance basée sur les exportations. Et eux, j'ai très peur qu'à la fin, on revient à la question où est-ce qu'on était à la fin, je pense qu'il y a énormément de recul, pas catastrophique pour l'Europe probablement.

En Chine, oui, un peu plus, mais il y a toute une série de petits pays qui vont souffrir.

21:58
Présentateur

Pour terminer, puisqu'il nous reste une minute, Olivier Blanchard, je réagis à la question de Jean-Jacques qui nous écrit, lui, de Marseille, sur l'application de Radio France. Comment garder espoir dans ce monde complètement bouleversé ? Je vais la compléter, la question de Jean-Jacques, en vous demandant si, dans cette réforme du système économique mondial, d'ailleurs que vous appelez de vos voeux, il peut y avoir finalement du bon qui sorte, un système plus vertueux, plus respectueux au niveau social, au niveau écologique ?

22:28
Invité

On verra, et la réponse, mais ce qui se passe certainement, c'est que le fait d'être confronté à un fou furieux oblige un certain nombre de pays à se poser des questions fondamentales. Et à mon avis, moi je crois au projet européen, et je pense que l'Europe peut avancer. Un vieux cliché, c'est que l'Europe avance à chaque fois qu'il y a une crise, on a une crise. Est-ce qu'à la fin, on sera au paradis ? Non, j'en suis pas sûr. Mais on peut espérer, ce qu'on appelle en anglais un silver lining. Il y a quelque chose de positif, quelque chose de très dur, de très désagréable.

23:05
Présentateur

Merci beaucoup en tout cas. Olivier Boulanchard, ancien chef économiste du Fonds Monétaire International, professeur notamment à l'École d'économie de Paris. Merci d'être venu nous donner et nous partager votre regard sur ces bouleversements économiques mondiaux, ce matin dans le grand entretien de la matinale. Merci.

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