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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 27 juillet 2025 20 minContradictoireFond programmatiqueSantéÉducation & recherche

"On a perdu 1h30 de sommeil en 50 ans" : Pourquoi les Français dorment de moins en moins bien ?

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 100 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:40OuverteRéponse directe

    On dort mal, en tout cas on dort de moins en moins.

  • 0:53FerméeRéponse directe

    On dort combien ? Une heure et demie de moins, c'est ça, depuis 50 ans ?

  • 1:33OuverteRéponse directe

    On en parle énormément de ces écrans, mais c'est pas que ça, la tendance elle est plus ancienne en fait.

  • 2:08OuverteRéponse directe

    Un Français sur cinq dort moins de six heures par nuit, la moyenne c'est sept heures par nuit.

  • 2:13OuverteRéponse directe

    On n'est pas tous égaux sur le sommeil.

  • 2:38OuverteRéponse directe

    Chez les enfants et les adolescents, justement, c'est alarmant ce manque de sommeil.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:45InvitéFait
    « Effectivement, les données scientifiques semblent montrer un raccourcissement du temps de sommeil, mais également de la qualité de sommeil sur les 50 dernières années. »
  • 0:59InvitéChiffre
    « Les estimations estiment effectivement que c'est une heure et demie de sommeil en moins depuis les 50 dernières années. »
  • 2:41PrésentateurChiffre
    « 30% des enfants manquent de sommeil, 70% des adolescents, c'est ça, qui manquent de sommeil aujourd'hui ? »
  • 3:25InvitéFait
    « Ce serait idéal, les Australiens l'ont fait, avec une nette augmentation de la performance chez les jeunes dans l'année qui a suivi. »
  • 4:01InvitéFait
    « On fabrique de l'hormone de croissance. »
  • 4:32InvitéFait
    « On va aussi favoriser le diabète, puisque la gestion du sucre la nuit ne va pas bien se faire. »
  • 4:38InvitéFait
    « Et on va faire le lit de l'hypertension artérielle, puisqu'il ne va pas y avoir cette chute de pression artérielle pendant les 7-8 heures de la nuit. »
  • 5:46InvitéFait
    « On ne rattrape pas les 5 jours de la semaine. »
  • 5:57InvitéFait
    « Les gens s'épuisent de plus en plus jusqu'au vendredi. »
  • 6:34InvitéFait
    « Quand on est dans un lieu bruyant, quand on est dans un lieu surchauffé, par exemple, ça va avoir plutôt tendance à activer nos systèmes de l'éveil et on va avoir du mal à s'endormir. »
  • 7:42InvitéFait
    « Ça fait très longtemps qu'on l'attendait. »
  • 8:04InvitéFait
    « Ce n'est pas uniquement porté par le ministère de la Santé. »
  • 9:54PrésentateurFait
    « Si je lis quelque chose le soir avant de m'endormir, je m'en souviendrai mieux, un poème ou un document de travail. »
  • 10:28InvitéFait
    « Si on répond tout de suite, on va faire la même réponse émotionnelle. Si on dort dessus, on va faire une réponse plus rationnelle le lendemain. »
  • 12:06InvitéFait
    « Une bonne sieste, il ne faut pas qu'elle dure plus de 30 minutes. »
  • 15:27InvitéFait
    « La somnolence au volant, c'est la première cause de mortalité sur autoroute actuelle. »
  • 16:40InvitéFait
    « Ce besoin physiologique, cette sieste-là, elle va disparaître généralement entre l'âge de 3 et 6 ans. »

Temps de parole

  • Invité42 %
  • Invité 235 %
  • Présentateur23 %

1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Un ministre de la Santé qui se dit très favorable à la sieste, y compris au travail ou à l'école. On dit oui ! C'était cette semaine, Yannick Nöder présentait une feuille de route en faveur d'un sommeil de qualité. C'est une question de santé publique et pour en parler ce matin, deux spécialistes. Merci de vous être réveillés tôt, 11 dimanche matin. Bonjour Isabelle Arnulf. Bonjour Amélie Perth. Vous êtes neurologue du sommeil, professeure de neurologie à Sorbonne Université. Vous êtes chef de service des pathologies du sommeil de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Et bonjour Stéphanie Maza. Bonjour Amélie.

Vous, vous êtes chercheuse en neuropsychologie à l'université Lyon 1, membre du conseil scientifique de l'Institut National du Sommeil et de la Vigilance. Stéphanie Maza, il faut d'abord poser ce constat. On dort mal, en tout cas on dort de moins en moins.

0:45
Invité

Effectivement, les données scientifiques semblent montrer un raccourcissement du temps de sommeil, mais également de la qualité de sommeil sur les 50 dernières années.

0:53
Présentateur

C'est-à-dire, on dort combien ? Une heure et demie de moins, c'est ça, depuis 50 ans ?

0:59
Invité

Les estimations estiment effectivement que c'est une heure et demie de sommeil en moins depuis les 50 dernières années, avec un sommeil qui a tendance à se décaler, on va dire, en soirée, et un sommeil qui a une qualité qui est moins bonne qu'auparavant, et notamment en raison de la modernité de notre société, le fait que maintenant on puisse utiliser un éclairage qui nous permette de rester éveillés plus tard le soir, et également des changements de vie, avec notamment des horaires de travail qui peuvent être décalés, des temps de trajet qui sont beaucoup plus longs, et également des conditions de sommeil qui ne sont pas les mêmes, puisque pour bien dormir, il faut être dans un environnement qui est favorable au sommeil.

1:33
Présentateur

Oui, Stéphanie Maza, il y a la responsabilité des écrans, on va en parler, on en parle énormément de ces écrans, mais c'est pas que ça, la tendance elle est plus ancienne en fait.

1:42
Invité

Bien entendu, on parle énormément des écrans, et effectivement on sait que les écrans vont avoir un impact sur le sommeil, mais c'est quand même pas eux les principaux responsables des difficultés de sommeil des Français à l'heure actuelle. Donc bien entendu, il faut promouvoir un bon sommeil et limiter le temps d'écran en soirée, mais les études ont tendance à montrer que c'est plutôt d'autres problèmes qui vont induire des difficultés de sommeil, et qu'on va avoir tendance à utiliser nos écrans quelque part pour patienter le temps que le sommeil arrive.

2:08
Présentateur

Un Français sur cinq dort moins de six heures par nuit, la moyenne c'est sept heures par nuit. Isabelle Arnulf, on n'est pas tous égaux sur le sommeil. Il ne faut pas dire qu'il faut dormir sept heures ou huit heures.

2:19
Invité

Non, on n'est pas tous égaux, il y a des variations en fonction de l'âge, et puis il y a des variations familiales, il y a des courts dormeurs, moins de six heures, des longs dormeurs, plus de neuf heures, ou plutôt des courts dormeurs, c'est des personnes qui résistent bien à la privation de sommeil, puisque si on les allonge, ils dorment un peu plus que ça. Et puis en fonction de l'âge, bien sûr, puisque le jeune âge a besoin de beaucoup de sommeil.

2:38
Présentateur

Chez les enfants et les adolescents, justement, c'est alarmant ce manque de sommeil. 30% des enfants manquent de sommeil, 70% des adolescents, c'est ça, qui manquent de sommeil aujourd'hui ?

2:48
Invité

Oui, alors à l'adolescence, il se passe un changement naturel dans le corps, avec la puberté. Les adolescents vont avoir l'horloge qui leur demande de se coucher un tout petit peu plus tard, notre horloge interne, et puis ils ont besoin de plus de sommeil à ce moment-là, parce qu'ils grandissent, parce qu'ils font du muscle. Et d'un autre côté, on continue à les lever très tôt et à commencer le lycée, par exemple, à 8h du matin. Et on induit, comme ça, une privation de sommeil, qui est vraiment un peu...

3:13
Présentateur

Oui, ces manques de sommeil, ce n'est pas seulement parce qu'il y a les écrans, encore une fois, c'est aussi des rythmes qui ne sont pas adaptés à nos jeunes. Et vous, vous militez, par exemple, pour commencer les cours à 9h, c'est ça ?

3:25
Invité

Ce serait idéal, les Australiens l'ont fait, avec une nette augmentation de la performance chez les jeunes dans l'année qui a suivi. Donc, on voit tout de suite des différences. À partir de 14-15 ans, ils peuvent aller au lycée tout seuls. On n'est pas dépendant des horaires des parents. Et puis, ça permet de lycée aussi, les transports. Enfin, il y a plein d'avantages pour tout le monde, mais d'abord pour les adolescents.

3:49
Présentateur

Parce que ce n'est pas anodin, en fait, le manque de sommeil. Il y a des risques sur la santé. Alors, pour les enfants, par exemple, et les adolescents, on sait que quand on dort, on fabrique de l'hormone de croissance, c'est ça ?

4:01
Invité

On fabrique de l'hormone de croissance. Et donc, l'hormone de croissance, elle nous fait faire du muscle et faire de l'os et perdre du gras. Donc, c'est absolument idéal. Les grands-mères disaient toujours, dors, tu vas grandir. Elles avaient parfaitement raison. Et puis, le reste du corps se relaxe. La pression artérielle chute. On fait plutôt des réserves, à ce moment-là, de glycogènes. Donc, les forces de sucre pour la journée. Ce qui fait que si on ne dort pas, on va grossir. Et ça, ça a été très bien montré. On va aussi favoriser le diabète, puisque la gestion du sucre la nuit ne va pas bien se faire.

Et on va faire le lit de l'hypertension artérielle, puisqu'il ne va pas y avoir cette chute de pression artérielle pendant les 7-8 heures de la nuit, qui est très bonne pour le corps. Alors, il y a des bonnes pratiques qu'on peut mettre en place pour mieux dormir. Quelles sont-elles ? Alors, la première chose, c'est d'essayer de voir si on ne peut pas se coucher simplement une demi-heure plus tôt. On se couche trop tard. On se couche trop tard. On a un peu plus de visibilité sur le coucher que sur le lever. Et donc, je dis toujours aux personnes, essayez de vous coucher une demi-heure plus tôt pendant 15 jours. Et regardez dans quel état vous êtes le lendemain.

Il y a un horaire vraiment idéal pour se coucher le soir ? Non, il y a aussi là des variations qui sont d'ailleurs familiales et génétiques. Il y a des sujets du soir, des sujets du matin et des sujets neutres. Et donc, regardez comment vous êtes après 15 jours en ayant juste dormi une demi-heure de plus. Et vous serez beaucoup mieux. On s'est en couché un peu plus tôt. Voilà. Des horaires réguliers aussi ? Des horaires réguliers, plutôt, en sachant que le problème est souvent que les horaires de la semaine ne sont pas ceux du week-end. et ça peut poser effectivement des problèmes. D'abord, on ne rattrape pas les 5 jours de la semaine.

5:46
Présentateur

Oui, on ne peut pas se dire, bon, samedi, dimanche, je me lève à 11h, ça va tout rattraper ma semaine où je n'ai pas assez d'horaires.

5:51
Invité

Non, ça ne fonctionne malheureusement pas à cette échelle-là. Et d'ailleurs, les gens s'épuisent de plus en plus jusqu'au vendredi. D'ailleurs, c'est aussi pour ça que si on peut faire du télétravail le vendredi pour limiter les transports, c'est vraiment recommandé. Et donc, oui, le...

6:07
Présentateur

Stéphanie Maza, il y a des perturbations sur notre sommeil, vous le disiez. Il faut également une chambre propice au repos. Il faut un cadre reposant, ça c'est important.

6:16
Invité

Effectivement, c'est important puisque finalement, c'est assez simple à dire mais difficile à mettre en œuvre. Dormir, c'est arrêter d'être réveillé. C'est-à-dire que dans notre cerveau, on a beaucoup plus de régions cérébrales qui vont promouvoir l'éveil et très peu de régions cérébrales qui vont venir éteindre ces systèmes de l'éveil. Donc, tout ce qui va favoriser l'éveil va nous empêcher de dormir. Donc, ça veut dire que quand on est dans un lieu bruyant, quand on est dans un lieu surchauffé, par exemple, ça va avoir plutôt tendance à activer nos systèmes de l'éveil et on va avoir du mal à s'endormir.

Donc, effectivement, le cadre dans lequel on dort, c'est quelque chose qui est important et on n'a pas tous la même chance de bien dormir en fonction de l'endroit où on vit, par exemple.

6:53
Présentateur

Oui, c'est ça. Il faut plutôt avoir une chambre à soi. Là, je reprends les propos de Virginia Woolf. Une chambre à soi, c'est pour les enfants. Alors, tout le monde ne peut pas le faire, évidemment. Mais quand on partage sa chambre, là aussi, ça crée des difficultés, des obstacles pour trouver le sommeil ou avoir des nuits reposantes.

7:11
Invité

Effectivement. Et puis surtout, si vous partagez la chambre avec des autres frères et sœurs qui n'ont pas le même âge que vous, c'est-à-dire que si vous dormez avec un adolescent qui, comme l'a dit Isabelle Arnulf, n'a pas du tout le même horaire qu'un plus jeune enfant, vous allez être soumis quelque part à ce partage de chambre qui va faire que vous allez avoir plus de difficultés à respecter votre propre rythme. L'idéal, ce serait vraiment de respecter son propre rythme. Et effectivement, quand on est plusieurs dans la même chambre, ça devient compliqué.

7:34
Présentateur

Stéphanie Maza, cette feuille de route du gouvernement présentée cette semaine, vous l'attendiez. On dit souvent que le sommeil, c'est le grand oublié de la santé.

7:42
Invité

Vous avez tout à fait raison. Ça fait très longtemps qu'on l'attendait. Effectivement, les sociétés savantes qui travaillent sur le sommeil, donc la Société Française de Recherche Médicale en Sommeil et l'Institut National du Sommeil et de la Vigilance, sans oublier le réseau Morphée, on œuvre justement pour cette feuille de route depuis plusieurs années. Donc, on est absolument ravis de la voir enfin sortir et de voir qu'il s'agit d'une feuille de route interministérielle. Ça veut dire que ce n'est pas uniquement porté par le ministère de la Santé. Je pense que le ministère s'est rendu compte que le sommeil, c'était vraiment un bien commun et qu'il concernait l'ensemble de nos ministères.

Donc, effectivement, on est ravis de voir sortir cette feuille de route.

8:15
Présentateur

On en parle parfois du sommeil comme si ce n'était pas très important. Ça va en fait à l'encontre de notre société, de la performance. On a du mal à s'intéresser au sommeil.

8:25
Invité

Effectivement, moi j'étais ravie quand les Jeux Olympiques ont eu lieu parce que tous les sportifs ont remis le sommeil au centre de leurs préoccupations. Et après ça, on en a un petit peu moins parlé. Et c'est vrai que le sommeil, on a un peu tendance à penser que c'est quelque chose d'intime qui se fait dans la sphère familiale et qu'on n'est pas obligé d'en parler. Mais c'est vraiment comme l'alimentation, comme l'activité physique, c'est vraiment le troisième pilier de notre santé mentale et de notre santé physique. Donc, il faut qu'on soit capable d'en parler. Il faut qu'on soit capable d'avoir aussi des spots publicitaires pour promouvoir le sommeil.

Il ne faut pas imaginer que le ministère, avec cette feuille de route, entre dans l'intimité des Français. Ce n'est pas du tout ça. C'est qu'ils ont pris conscience de la nécessité de prendre en charge le sommeil comme un bien commun pour la santé mentale et la santé physique.

9:05
Présentateur

Isabelle Arnulf, effectivement, on a en tête, manger, bouger, les cinq fruits. Il faut rajouter dormir aujourd'hui.

9:10
Invité

Manger, dormir, le cerveau a vraiment besoin. Il se fatigue, il a vraiment besoin de dormir. Pendant le sommeil, on va consolider notre mémoire. On se retire en partie du monde extérieur. On arrête le flux d'informations entrant, qui serait un peu comme France Info. Et on passe dans un mode plus intermittent où, dans les silences, le cerveau va transférer la mémoire qui vient de se passer de la journée, qui est une mémoire à court terme, dans des régions plus à long terme dans le cerveau, plus durables et plus sélectives. Et donc, on sait qu'en dormant, les enfants, les adolescents, et même nous, on va mémoriser mieux de ce qu'on a appris de la journée.

9:48
Présentateur

Ce n'est pas un mythe, ça. Si je lis quelque chose le soir avant de m'endormir, je m'en souviendrai mieux, un poème ou un document de travail.

9:54
Invité

Il y a mieux, vous avez à peu près 20% d'augmentation de la performance. Et puis, il se passe la même chose pour les émotions. On est exposé à des tas d'émotions extrêmement négatives dans la journée. Les jeunes, ils sont harcelés sans arrêt. Entre eux, nous, il suffit de regarder les informations pour pouvoir être déjà stressé. Et tout ça est retraité. Cette violence du monde, il faut qu'on la digère, c'est ça ? Il faut la digérer. Il faut la digérer. L'exemple que je donne toujours, c'est quand on reçoit un mail très désagréable, avec des points d'exclamation, si on répond tout de suite, on va faire la même réponse émotionnelle.

Si on dort dessus, on va faire une réponse plus rationnelle le lendemain et plus émotionnelle. Le cerveau fait ce tri. De la même manière qu'il a emmené les petits paquets de mémoire d'une région transitoire à une région plus définitive, il va faire pareil avec les émotions. On est réexposé aux émotions dans notre sommeil, en particulier dans nos rêves. Et les émotions sont à ce moment-là retraitées. Et on peut, le lendemain, être beaucoup plus serein vis-à-vis de notre santé mentale. Donc, c'est un pilier aussi de la santé mentale.

10:57
Présentateur

Et donc, le ministre de la Santé a parlé cette semaine de la sieste. Dormir en journée. Là, il y a un travail culturel à faire aussi sur la sieste. Stéphanie Maza, il faut dédiaboliser la sieste aujourd'hui. Ce n'est pas pour les paresseux, ce n'est pas pour les fainéants.

11:12
Invité

Non, la sieste, lorsqu'elle est bien faite, c'est-à-dire à la fois bien calibrée en temps et également au moment de la faire dans la journée, ça peut vraiment être un outil pour permettre justement d'être plus performant sur le reste de la journée. Donc, c'est important quand même de dire que la sieste ne viendra jamais compenser parfaitement le sommeil de nuit. C'est simplement un outil supplémentaire, on va dire, pour nous permettre d'être performant. Et c'est vrai qu'on est encore dans un pays où la sieste est mal vue. On a un peu tendance à penser que quand on fait la sieste, on est fainéant. Et en fait, non, c'est vraiment un outil de performance qu'il faut savoir maîtriser.

11:43
Présentateur

Vous, Stéphanie Maza, vous avez travaillé auprès de professionnels en horaire décalé, je crois, des policiers, des infirmières, pour leur apprendre à faire la sieste.

11:52
Invité

Exactement. En fait, faire la sieste, ce n'est pas si facile que l'on peut penser. Donc, effectivement, il y a des astuces pour réussir à bien faire la sieste. Et on dit qu'un bon siesteur, c'est généralement une personne qui arrive à s'endormir vite. Parce qu'une bonne sieste, il ne faut pas qu'elle dure plus de 30 minutes. Parce que si vous dormez trop longtemps, vous risquez de passer en sommeil profond. Et vous allez vous sentir mal au réveil. Et en plus, vous risquez de grignoter un petit peu votre bagage de sommeil nécessaire pour vous endormir le soir. Donc, il y a pas mal de techniques à mettre en œuvre pour permettre justement de dormir plus rapidement.

Et vous avez raison, nos soignants qui sont en horaire décalé, mais pas que, tous les professionnels en horaire décalé, qui dorment la journée, vont avoir un sommeil qui est beaucoup moins efficace, puisqu'on est fait encore pour dormir la nuit. On le sera encore pendant de nombreux milliers d'années. Et en fait, le sommeil de jour n'est pas de bonne qualité. Et souvent, on va leur demander de rajouter un petit peu de sommeil en utilisant justement ce temps de sieste. Donc, c'est quelque chose qui est fait déjà à l'armée. Ils sont formés pour faire la sieste dès qu'ils le peuvent, quand ils sont en mission, des missions qui sont très demandantes.

Toutes les opportunités de sommeil sont bonnes à prendre. Et donc, on a essayé de répliquer ces techniques auprès de soignants pour voir si ça leur était bénéfique dans la pratique de leur activité professionnelle.

13:00
Présentateur

Et vous avez mesuré ces bénéfices justement chez les infirmières, chez les policiers que vous avez formés ?

13:05
Invité

Alors, les policiers, on n'a pas fait d'études scientifiques dans ce milieu professionnel-là, mais avec des anesthésistes réanimateurs. C'est le travail de Laura Schmitt, mon étudiante, qui a montré qu'effectivement, lorsqu'on leur apprenait à faire la sieste et qu'on leur faisait faire 30 minutes de sieste avant de réaliser des actes d'anesthésie sur des mannequins, c'est des simulateurs, ils augmentaient leurs performances. Et notamment, ce qu'on appelle des performances non techniques, ça veut dire quoi ? Votre façon de communiquer avec les autres, puisque vous êtes plusieurs dans la salle d'opération, votre façon de communiquer, votre façon de prendre des décisions.

Et c'est là-dessus que cette micro-sieste va être essentielle, c'est ce qu'Isabelle Arnulf disait, la gestion des émotions, la prise de décision.

13:42
Présentateur

Alors, vous avez dit que ça s'apprenait, donnez-nous quand même un truc ou deux pour faire la sieste. Comment on s'endort vite ?

13:50
Invité

Le meilleur moment pour s'endormir vite, c'est le début d'après-midi, puisque le début d'après-midi, on a une chute de notre température interne qui est propice à l'endormissement. Donc déjà, il faut choisir le bon moment. Après ça, il faut choisir le bon endroit. C'est-à-dire que quand on est formé à faire la sieste, on pourrait faire la sieste. N'importe où, vous le voyez dans le métro à Paris, c'est assez fréquent. Mais quand on apprend, il vaut mieux être dans un milieu plutôt calme, plutôt apaisant, pas un milieu dans lequel on ressent du stress.

Et après, on peut utiliser des techniques qui sont des techniques à la fois de respiration ou des techniques d'imagerie mentale qui vont justement faire descendre le niveau d'activité de ces systèmes de l'éveil. Et quand vous êtes fatigué, les systèmes de sommeil vont se mettre en place.

14:27
Présentateur

C'est de l'auto-hypnose presque pour s'endormir ?

14:29
Invité

Bien entendu, on peut utiliser des techniques qui ressemblent à l'auto-hypnose, comme par exemple l'imagerie mentale, effectivement.

14:36
Présentateur

Isabelle Arnulf, on a compris qu'il ne fallait pas faire des siestes trop longues. Il y a quand même plusieurs types de siestes. Il y a la sieste minute, par exemple.

14:42
Invité

Voilà, la sieste minute sur laquelle on a travaillé, qui est celle qui était utilisée par Salvador Dali ou Thomas Edison pour trouver des idées. C'est une sieste assise avec un objet dans la main. Et au moment où on s'endort, l'objet tombe sur le sol et nous réveille. Il nous réveille en moyenne à une minute d'endormissement.

14:58
Présentateur

Ça, c'est utile, ce genre de sieste ?

14:59
Invité

Alors, c'est une sieste qui est extrêmement propice aux nouvelles idées. D'accord. Il y a ce mélange de la réflexion de l'éveil quand on est sur un problème et de l'imagination du sommeil permet de trouver des nouvelles associations. C'est comme ça que Thomas Edison a trouvé tous ses brevets. Il y a la sieste de 10 minutes aussi. La sieste de 10 minutes, c'est la même dont Stéphanie Maza parlait. Il faut apprendre aussi, on parle des enfants, mais aussi les conducteurs par exemple. On rappelle que la somnolence au volant, c'est la première cause de mortalité sur autoroute actuelle. Donc, il faut vraiment que le conducteur, la conductrice apprenne à reconnaître qu'elle est fatiguée.

Et chacun a ses petites sentinelles, les yeux qui piquent, la nuque lourde, commencer à faire des gestes autocentrés, plus rappeler des derniers kilomètres. Et là, aller se mettre sur une aire d'autoroute et on milite pour qu'il y ait des zones dans les aires d'autoroute qui soient plus calmes que là où les enfants jouent pour pouvoir dormir.

15:52
Présentateur

On peut faire une sieste de 10 minutes et repartir après pour conduire par 2h, 2h30.

15:57
Invité

Je conseille souvent de mettre le réveil à sonner 20 minutes après, sachant qu'on met une dizaine de minutes à s'endormir, il y aura 10 minutes de sommeil. Et puis, il y a la sieste royale qui dure une heure et demie, 2h avec un réveil un peu plus difficile qui est plutôt celle que vont utiliser les personnes comme les boulangers ou les personnes qui vont devoir se lever extrêmement trop en horaire décalé. Et donc, le faire après le travail.

16:19
Présentateur

C'est noté. Alors, on a parlé des adolescents tout à l'heure. Il y a également la sieste pour les tout-petits. Stéphanie Mazat à l'école maternelle. Cette sieste, elle est obligatoire en petite section et souvent, après, elle est supprimée en moyenne section, en grande section pour des enfants qui ont entre 4 et 6 ans. Vous, vous dites, supprimer la sieste, c'est comme supprimer un repas.

16:39
Invité

C'est exactement ça. En fait, ce besoin physiologique, cette sieste-là, elle va disparaître généralement entre l'âge de 3 et 6 ans une fois que le sommeil de nuit sera véritablement consolidé. Le problème, c'est qu'on ne sait pas véritablement à quel âge elle va disparaître et ça peut être très différent d'un enfant à l'autre. Et depuis l'instruction obligatoire à partir de l'âge de 3 ans, les enfants sont à l'école sur une journée continue. Donc, ça veut dire que ce temps de sieste doit être géré par l'école. Et c'est difficile parce qu'il faut avoir du personnel pour surveiller ses enfants. Il faut aussi avoir un lieu propice qui permettent de faire la sieste.

Et ce n'est pas souvent le cas. Et de fait, pour essayer de gérer cette sieste, il y a des mesures qui sont mises en place qui sont un peu non physiologiques. Donc, on va coucher tous les enfants de petite section puis on va avoir tendance à laisser un petit peu de côté les enfants plus grands, donc en moyenne et en grande section. Et on sait que parmi eux, il y en a encore une grosse proportion qui ont besoin de faire cette sieste. Et c'est un besoin physiologique. Donc, ça veut dire que si on leur retire ce temps de sieste, on leur retire un morceau de leur sommeil et finalement, le sommeil ne va pas être aussi efficace que ce qu'on le souhaiterait.

Vous avez vu, Isabelle Arnulf vous a expliqué tous les bienfaits du sommeil. Donc, l'idée, c'est de pouvoir accompagner ces écoles, leur donner quelque part des notions par rapport à ce besoin physiologique parce qu'on ne peut pas décider tout simplement d'arrêter la sieste à un âge qui serait fixé le même pour tout le monde. Et surtout qu'on pense qu'en enlevant la sieste, on va leur donner plus de temps d'apprentissage puisqu'ils sont à l'école pour apprendre. Et en fait, c'est faux. Ce temps de sommeil, c'est aussi un temps où ils vont consolider tout ce qu'ils ont appris et c'est un temps qui va leur permettre aussi d'être disponible pour les apprentissages de l'après-midi.

Un enfant qui est en manque de sieste, il ne sera pas disponible pour attendre puis il va avoir des troubles de l'humeur, il va ressembler à un enfant qui est porteur d'un trouble de déficitaire de l'attention parce qu'ils ont à peu près les mêmes comportements. Donc, on milite justement pour avoir un respect, on va dire, de cette phase développementale et c'est pour ça que je disais on ne peut pas choisir qui est-ce qu'on nourrit à midi ou pas s'il n'y a pas assez de place à la cantine, il faudrait qu'on ait exactement la même réflexion sur la sieste.

On n'oblige pas tous les enfants à dormir puisque certains n'en ont plus besoin en petite section et on ne supprime pas la sieste trop tôt pour ceux qui en ont encore besoin.

18:37
Présentateur

Oui, c'est noté. Isabelle Arnuf, dernière question, le sommeil c'est un champ de la médecine qu'on explore encore, on ne connaît pas tout du sommeil ?

18:43
Invité

On ne connaît pas tout, il y a beaucoup de recherches sur des maladies, on découvre des nouvelles maladies du sommeil puisqu'il faut vraiment observer le dormeur à ce moment-là. En particulier, les narcolepsies, les parasomnies et puis on découvre aussi des nouvelles façons de récupérer du cerveau où les yeux ouverts, une partie du cerveau peut dormir, un peu comme ferait des dauphins et débrayer à ce moment-là et c'est dans ce moment-là qu'on a soit des troubles attentionnels soit de l'impulsivité c'est-à-dire de réagir un peu sans réfléchir et donc il faut continuer à travailler sur toutes ces façons qu'a le cerveau de récupérer.

19:19
Présentateur

Merci beaucoup de nous avoir réveillés ce matin et veillés également sur l'importance du sommeil et de la sieste notamment Isabelle Arnulf Je rappelle que vous êtes professeur de neurologie à Sorbonne Université chef de service des pathologies du sommeil de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris Merci également à vous Stéphanie Maza chercheuse en neuropsychologie à l'université Lyon 1 membre du conseil scientifique de l'Institut National du Sommeil et de la Vigilance Vous co-dirigez également l'équipe Dream Team à l'Institut du Cerveau C'est bien trouvé ce nom Merci à vous Bonne journée Bonne sieste si vous le pouvez Merci