Journée mondiale de lutte contre le cancer : "Il ne faut pas laisser penser que c'est un combat qui est gagné"
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Chapitres
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Questions et réponses
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Pourquoi la France a-t-elle plus de cancers par habitant que d'autres pays ?
- 1:54RelanceRéponse directe
Est-ce qu'on a plus de cancers en France qu'ailleurs ?
- 2:09OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on diagnostique davantage ou mieux qu'ailleurs ?
- 2:40OuverteRéponse directe
Est-ce que les traitements progressent ?
- 4:38OuverteRéponse directe
Pourquoi les dépistages ne sont-ils pas plus suivis ?
- 6:05OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que le dépistage généralisé du cancer du poumon prévu d'ici 2030 ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« C'est la première cause de mortalité en France. »
- 0:10PrésentateurChiffre
« 430 000 cas de cancer dépistés chaque année. »
- 0:55PrésentateurFait
« La France est le pays avec le plus grand nombre de cancers par habitant. »
- 1:27InvitéFait
« Entre 40 et 50% des cancers sont évitables. »
- 7:03InvitéFait
« Le tabac, c'est le facteur de risque principal du cancer du poumon. »
Temps de parole
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C'est la première cause de mortalité en France. 430 000 cas de cancer dépistés chaque année. Une maladie dans le quotidien des Français qui fait toujours peur malgré les immenses progrès de la recherche et des traitements médicaux. Pour en parler, en cette journée mondiale de lutte contre le cancer, nous avons deux invités, Benjamin Duhamel, dans ce grand entretien. Bonjour Karine Tarte. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Vous dirigez le service d'immunologie du CHU de Rennes. Avec nous également Fabrice André. Bonjour. Merci d'être avec nous. Vous êtes oncologue, directeur de la recherche de l'Institut Gustave Roussy, à Villejuif, spécialiste du cancer du sein.
Et n'hésitez pas, chers auditeurs, à nous appeler au 0145 24 7000 et sur l'appli Radio France. On va commencer par ce constat avec plus de 400 000 cas diagnostiqués chaque année. La France est le pays avec le plus grand nombre de cancers par habitant. Comment est-ce que vous l'expliquez l'un et l'autre ? Est-ce qu'on diagnostique davantage que les autres ? Ou est-ce qu'on a plus de cancers qu'ailleurs en France ?
Fabrice André. Merci pour ce rappel. Donc effectivement, vous l'avez mentionné, plus de 400 000 patients diagnostiqués de cancer en redisant quels sont les principaux cancers. Cancer du sein chez les femmes, prostate chez les hommes, cancer du poumon, cancer du côlon. Il faut rappeler qu'entre 40 et 50% des cancers sont évitables, on va dire, avec, on le rappellera toujours, mais jamais assez, 20% liés au tabac. Donc c'est quand même un poids énorme. Et ensuite, l'alcool comme facteur de risque et d'autres qu'on pourrait avoir par la suite. Donc par ailleurs, en France, il faut le souligner, il n'y a pas assez d'adhérence au programme de dépistage. On va en parler.
Mais pourquoi ? Vous pensez qu'on a plus de cancers en France qu'ailleurs ?
Alors, aujourd'hui, c'est ce que disent les chiffres, il y a plus de patients diagnostiqués de cancer par an en France rapportés à la population et à l'âge.
Karine Tarte, sur ce constat, est-ce que c'est qu'on diagnostique davantage compte tenu de la qualité du service de soins ? Est-ce qu'il y a des causes peut-être propres à la France ? Alors, on diagnostique sans doute bien en France, mais pas nécessairement mieux que dans d'autres pays avec un niveau économique identique au nôtre. Par contre, Fabrice l'a très bien rappelé, on fume plus en France que ce qu'on fume en moyenne dans les autres pays de l'OCDE. On a également ce type de problématique avec l'alcool. Et ça, ce sont vraiment des choses sur lesquelles on peut agir à l'échelle individuelle et collective. Donc c'est lié à nos modes de vie ? En partie.
Pour autant, les traitements progressent. Vous êtes là pour en parler parce que vous êtes aux premières loges des avancées de la recherche. Est-ce que vous diriez l'un et l'autre qu'on n'a jamais aussi bien pris en charge les patients atteints de cancer qu'aujourd'hui ? Fabrice André.
Alors, il y a des progrès qui ont été faits. Je pense quand même qu'il faut le dire. On a avancé. La mortalité par cancer a diminué. Pour autant, on est très très loin de l'objectif. Si je prends par exemple la mortalité par cancer chez les hommes, désolé, du coup c'est le chiffre que j'ai en tête là, elle était de 130, elle passe à 110. Donc il y a une tendance pour 100 000 personnes. Mais ce que je veux dire, c'est que quand on passe de 130 à 110, il y a une tendance positive. On est très très très très loin du but. Donc il ne faut pas laisser penser aux auditeurs que c'est un problème qui est réglé.
Karine Tartan, en préparant cette émission, vous preniez l'exemple du cancer du pancréas qui, aujourd'hui, est beaucoup mieux soigné qu'il ne l'était il y a encore quelques années, avec des progrès qui ont été faits. Ça, c'est un des cancers qui montre les avancées scientifiques, médicales de ces dernières années ? Alors, c'est d'autant plus vrai que c'est un cancer qui est extrêmement sévère, avec un pronostic extrêmement réservé. Donc ça fait partie des cancers sur lesquels il y a une action très forte qui est menée pour améliorer cette prise en charge. Il y a un rôle important du diagnostic.
L'un des problèmes du cancer du pancréas, c'est que c'est un cancer qui est souvent un diagnostic qui est tard. Et on sait qu'un diagnostic très précoce, ça fait partie des éléments quand même qui restent majeurs dans la prise en charge du cancer. Mais aujourd'hui, il y a effectivement, dans ce cancer, comme dans d'autres, le mélanome, le cancer du poumon ou d'autres cancers, énormément de recherches qui sont faites sur des nouvelles pistes dont on pense qu'elles vont améliorer la prise en charge parce qu'elles sont complètement innovantes. Je pense à la vaccination, je pense à d'autres stratégies thérapeutiques qui ne sont pas encore aujourd'hui...
Alors, on va parler de tout ça, mais il faut qu'on explique et qu'on comprenne pourquoi est-ce qu'on est aussi à la traîne sur la question des dépistages. On a pourtant des programmes de dépistage pour les cancers du sein, les cancers du col de l'utérus, les cancers colorectaux, mais les gens, enfin nous tous, on n'y va pas, on ne les fait pas. C'est un geste simple qui pourrait changer le pronostic de la gestion de ces maladies. Aujourd'hui, c'est moins d'une femme sur deux qui suit le programme de dépistage du cancer du sein. Le cancer colorectal, c'est encore pire. C'est un sur trois, exactement. Alors qu'on fait ça chez soi. Alors qu'on fait ça chez soi et que c'est simple.
Donc, il y a une peur. Le cancer, ça fait peur. On se dit, si je fais un dépistage, qu'est-ce qui va se passer ? Et on en parle sans doute quand même insuffisamment.
Malgré les campagnes gouvernementales. Mais en fait, le pourquoi, c'est une question de recherche. C'est de la recherche en sciences humaines et sociales. C'est de la recherche en sciences humaines et sociales. Il y a des chercheurs en sciences humaines et sociales qui étudient pourquoi des personnes n'ont pas au dépistage. Alors, il y a quelques différences selon les régions, les départements. Peut-être des départements plus défavorisés ont moins accès au dépistage. Il y a des questions d'éducation. C'est très important. L'éducation de la santé en général. À quel âge on doit la faire ? Ça, c'est des vraies questions de recherche en sciences humaines et sociales.
Il y a un cancer qui est extrêmement meurtrier. C'est le cancer du poumon. Et ce matin, la ministre de la Santé dit qu'elle veut un dépistage généralisé de ce cancer du poumon d'ici 2030. De quoi s'agit-il ?
Alors, le cancer du poumon, c'est une tumeur qui prend naissance dans le poumon. Il y a des études cliniques qui montrent que si vous faites un certain type de scanner, en gros, un certain type d'imagerie du poumon, vous pouvez détecter des nodules quand ils sont tout petits. et on sait, et ça, c'est vraiment le socle de la cancérologie, plus un cancer est détecté précocement, moins il est difficile à guérir. Donc ça, il y a des études comparatives qui disent si on fait des scanners à faible dose, on détecte précocement et on réduit la mortalité. Donc là, on est dans la mise en œuvre de données de la science qui montrent ça.
Et donc, il s'agit de tester les gros fumeurs de 50 à 74 ans, c'est ça ?
Exactement.
Ceux qui ont fumé longtemps, l'équivalent d'un paquet par jour. Voilà.
Puisqu'on l'a dit au départ, le tabac, c'est le facteur de risque principal du cancer du poumon.
Au standard, nous avons Chantal. Bonjour Chantal. D'accord. Bonjour. Vous êtes avec nous ce matin. Dites-nous, je viens de perdre votre fiche, donc je n'ai pas la raison précise de votre appel. Allez-y, Chantal.
Oui. J'ai eu un cancer du sein. J'ai été très bien suivie à Curie, très bien traitée, effectivement. Pendant 5 ans, j'ai été suivie. Et puis, au bout de 5 ans, plus rien. Enfin, la dernière consultation, vous êtes guérie. Oui, mais on sait que le cancer peut revenir. Et pendant un moment, ça a été. J'étais contente. Et au bout d'un moment, je me suis sentie abandonnée. Je me suis dit, plus rien, plus de nouvelles, plus de questions. Est-ce qu'il ne pourrait pas exister un suivi, une fois par an, une consultation ? Comment vous allez ? Parce que je pense que ça nous ferait du bien.
Merci beaucoup. Merci Chantal pour votre question. Fabrice André, sur ce témoignage, et le besoin aussi dans l'après-cancer, dans des cas de rémission, d'avoir un suivi régulier qui permet de ne pas la laisser seule, comme le dit notre auditrice.
Voilà, donc d'abord, comme le dit l'auditrice Chantal, bon, d'abord, on va la rassurer. Elle est suivie dans un excellent centre. Et si la décision a été prise, elle est complètement alignée avec les règles de la médecine, même si parfois, ça peut paraître difficile. Donc, les patients nous disent, oh, c'est difficile. J'ai été très bien pris en charge. J'avais plein de médecins autour de moi. Du jour au lendemain, plus rien. Donc, le témoignage de Chantal, c'est un témoignage qui est commun. Et c'est ce qui est recommandé actuellement. Donc, aujourd'hui, on travaille sur comment mieux accompagner les patients après le diagnostic. Et donc, là, il y a deux pistes.
Première piste, peut-être avoir d'autres professionnels de santé qui s'investissent dans cette phase de la maladie. Peut-être les médecins généralistes, certains collègues cancérologues. Le deuxième élément, et là, ça n'a pas rassuré Chantal, et j'en suis désolé, c'est aussi, de plus en plus, les outils digitaux. Donc, la médecine digitale, l'IA, comme support, en tout cas, comme premier filtre des symptômes pour les patients. En tout cas, ce que dit Chantal, elle a raison. Il faut qu'on s'améliore sur la prise en charge de la préquence. Mais, à contrario, on la rassure. Ce qu'elle reçoit actuellement comme prise en charge est tout à fait aligné avec ce qui est recommandé.
Alors, l'IA, justement, il faut qu'on en parle. Est-ce que c'est en train vraiment de changer la donne dans vos pratiques de recherche à tous les deux, dans la question des dépistages ? Qu'est-ce que vous avez envie de dire sur cette émergence de l'IA dans la médecine et dans la recherche, Karine Tarte ? Alors, bon, je pense que ce qu'il faut dire déjà, c'est que l'IA, c'est une réalité aujourd'hui. Ce n'est pas que le futur. C'est utilisé de façon très large, notamment pour le dépistage et le diagnostic des cancers, notamment pour les analyses d'images. On fait soit des analyses d'images radiologiques, soit des analyses d'images du tissu lui-même, ce qu'on appelle des biopsies.
Et dans les deux cas, l'IA est une aide. Ça ne remplace pas la spécificité, la compétence des personnes qui font ces analyses d'images, mais c'est une aide pour voir des choses qu'on ne sait pas voir, nous, en regardant directement les lames. Donc ça, c'est une réalité aujourd'hui. Tous les patients, ils ne le savent pas forcément, mais qui sont pris en charge pour des cancers vont avoir à un moment ou un autre de leur parcours une aide de l'IA vis-à-vis des personnes qui les prennent en charge.
Et puis, bien sûr, c'est beaucoup d'ouverture pour la suite en termes de pronostics, de meilleurs suivis et en recherche d'identification de nouvelles cibles et de nouvelles molécules pour traiter le cancer. Fabrice André, c'est vrai que dans le cadre de la santé, on met parfois un peu l'intelligence artificielle à toutes les sauces en pensant que ça va tout révolutionner. Vous, par exemple, à Gustave Roussy, vous avez lancé un plan d'investissement à hauteur de 5 millions d'euros.
Là encore, très concrètement, dans votre travail du quotidien, auprès des patients, sur le dépistage, sur les traitements, est-ce que vous pouvez nous donner des exemples concrets de ce à quoi pourrait servir l'intelligence artificielle ?
Bien sûr. Donc, l'intelligence artificielle, on va dire qu'il y a trois impacts. Premièrement, ce qu'on appelle automatisation. C'est en fait, réaliser des tâches qu'une machine peut faire. Donc, comme le disait Karine précédemment, identifier sur des radios les zones que le radiologue doit précisément voir. Ça fait économiser quelques minutes au radiologue. Mieux préciser les contours de l'organe à irradié quand on fait la radiothérapie. Ça, c'est du quotidien. Donc, il y a automatisation. Deuxièmement, c'est amélioration des performances.
Aujourd'hui, il y a des tests qui commencent à sortir, par exemple, de prédiction des rechutes qui, peut-être, sont plus performants que ce qu'on avait avant. Troisième application, et là, c'est le NEC plus ultra. On n'y est pas encore. Donc, il ne faut pas laisser penser aux auditeurs qu'on est, mais on y va petit à petit. C'est, on va dire, l'analyse de l'ensemble des informations du patient pour aider à la décision. Donc là, vous rentrez toutes les informations du patient ou de la patiente dans une sorte de patient virtuel. Et l'IA va chercher, dans toute la connaissance existante, quel serait le meilleur traitement et prédiction pour ceux ou cette patiente ?
Donc voilà, c'est les trois niveaux d'IA. Mais comme dit Karine, on y est déjà. Ce n'est pas quelque chose qui est de l'assez concret. C'est concret pour la partie automatisation. Pour les deux autres parties, c'est encore du développement.
Alors, il faut évidemment qu'on parle des nouveaux traitements. Fabrice André, vous dites les armes modernes qui tuent le cancer, pour parler de ces nouveaux traitements. Commençons par les thérapies cellulaires, par exemple. Qui peut nous en parler ? Je peux en parler, parce que ça s'est beaucoup développé, notamment en hémato-oncologie, sur les cancers du sang, les lymphomes, les leucémies. Donc ça, ça a été une évolution de l'immunothérapie. Ça fait maintenant plus d'une vingtaine d'années qu'on sait qu'en manipulant le système immunitaire, on va pouvoir favoriser le traitement du cancer. Et puis, on sait aussi que ces cellules immunitaires, elles ne sont pas efficaces chez le malade.
Sinon, le cancer, sans doute, serait contrôlé. Et donc, l'idée, ça a été de prendre des cellules lymphocytaires du patient, des cellules immunitaires saines, dans son sang, et de les modifier pour les rendre capables de reconnaître et de détruire la tumeur. Donc, on les adresse comme des petits missiles vers la tumeur, ce qu'on appelle les carticelles. Et ça, c'est vraiment quelque chose qui, aujourd'hui, a révolutionné la prise en charge des patients en hématologie. L'avenir, c'est de pouvoir utiliser ces stratégies ou des stratégies proches.
Aujourd'hui, on va être capable, demain, dès aujourd'hui d'ailleurs, mais encore plus demain, de faire ces cellules in vivo chez le malade vers des tumeurs solides. Ce qu'il faut dire, c'est qu'il y a vraiment une personnalisation de plus en plus des traitements. Chaque malade a son traitement. C'est un traitement de thérapie scolaire par patient. Ce qui explique également le coût de ces thérapeutiques. Fabrice André, sur les bénéfices de ces nouvelles techniques, non seulement dans leur efficacité, mais aussi dans la façon dont les patients supportent les traitements.
L'objectif, c'est d'avoir des traitements qui sont moins invasifs, avec moins d'effets secondaires, comme on peut le voir avec les chimiothérapies, les radiothérapies.
Donc, vous avez complètement raison en rappelant quand même que la culture de la cancérologie, c'est quand même encore d'améliorer l'espérance de vie. Mais il y a toute une tendance, vous avez raison, qui est de dire, est-ce qu'on peut maintenant, dans certaines situations, ce qu'on appelle désescalader les traitements, réduire les toxicités. Et donc, ça, il y a deux manières. Premièrement, en réduisant l'exposition au traitement qu'on appelle conventionnel, chimiothérapie, radiothérapie, puisque maintenant, le cancer du sein, on a radicalement réduit la radiothérapie, mais aussi en développant des médicaments qui, eux-mêmes, sont moins toxiques.
C'est-à-dire que, dès le début du design du médicament des premières études, on le crée pour être moins toxique. Donc, c'est une dimension à la toxicité qu'on a maintenant intégrée dans ce qu'on appelle le développement des médicaments.
Parce qu'on s'est quand même aperçu que l'immunothérapie qui est commune maintenant depuis une quinzaine d'années et qui est efficace a aussi des effets secondaires très lourds. Les patients le savent, leurs familles aussi. Tout à fait. Je pense que c'est important de le dire, même quand on parle d'immunothérapie. Les thérapies dont vous parlez, c'est plutôt des anticorps qu'on administre aux patients qui vont réactiver le système immunitaire. Mais c'est le cas aussi avec les thérapies cellulaires. Il y a une toxicité. Et donc, pour chaque patient, pour chaque personne qui nous écoute aujourd'hui, son traitement, il est individualisé.
Ce n'est pas parce que vous avez une maladie où il existe des quartiers que vous n'en avez pas que vous êtes mal soigné. Il y a une adaptation du traitement pour chaque patient. Et toutes ces stratégies doivent être discutées en regard de l'état du malade. Et ça, je pense que c'est vraiment important de le rappeler. On a parlé des thérapies cellulaires, d'immunothérapie. Parlons des vaccins. Des vaccins contre le cancer. Là encore, Karine Tarte, expliquez-nous non seulement leur intérêt, leur efficacité et la façon dont cela pourrait peut-être se généraliser dans les années à venir pour lutter contre le cancer. Leur intérêt, il est immense.
Il est clair qu'on n'arrivera sans doute jamais aussi bien à produire des cellules efficaces dans une boîte que ce qu'elles se produisent chez l'homme. Donc l'idée, c'est d'utiliser les vaccins comme on le fait en vaccination anti-infectieuse. Mais cette fois-ci, c'est un vaccin curatif. Ce n'est pas un vaccin préventif. On va aller déclencher une réponse immunitaire chez le malade. Pour ça, il y a différentes stratégies qui sont utilisées. Historiquement, on utilisait des protéines.
Mais avec le développement notamment de la vaccination Covid, l'ARN messager que l'on sait mettre dans notre corps avec des stratégies notamment de vecteurs lipidiques, eh bien, on va être capable de stimuler une vaccination et de stimuler une réponse immunitaire chez les patients. C'est fascinant. C'est fascinant. Et c'est vraiment un espoir important notamment dans les tumeurs solides aujourd'hui. Est-ce que ça, ça a été permis par la technologie de l'ARN messager en l'occurrence ? Oui. Dont on se souvient évidemment en pensant au Covid. Ce serait une conséquence bénéfique, si je puis dire, de la pandémie ? Tout à fait.
D'ailleurs, les deux sociétés qui ont développé des vaccins anti-Covid étaient déjà engagées sur la vaccination contre le cancer au préalable. Et la vaccination Covid a permis d'accélérer ça. Karine Tarte, Fabrice André, juste avant de parler de l'après-Covid, ce qui était esquissé tout à l'heure par notre auditrice... L'après-cancer. L'après-cancer, pardonnez-moi, vous avez raison. sur cette question plus générale d'un monde sans cancer ou d'un monde avec des cancers qui, au fond, seraient des maladies chroniques que l'on pourrait traiter sans que ces maladies soient mortelles.
Est-ce que c'est un horizon qui est réaliste à une 10, 20, 30 ans ou est-ce qu'on est encore dans l'ordre de l'utopie du rêve ? Fabrice André ?
Alors, nous, on a fait quelques analyses qui valent ce qu'elles veulent, mais nous, on pense qu'avec l'état de la connaissance actuelle, donc ce qu'on connaît, on doit pouvoir arriver à plus de 80% de guérison. Après, le reste... A quel horizon ? Nous, on dit 15 ans, 15-20 ans, donc voilà. C'est bien, ça peut être un objectif. Donc, dans 15-20 ans, 8 cancers sur 10, c'est ce qu'on pense en fonction de la connaissance existante, notamment des sciences fondamentales. Après, le reste, il y a des choses qu'on ne connaît pas.
Aujourd'hui, il n'y a pas la connaissance et donc, il va falloir générer la connaissance et donc, il va falloir soutenir ce qu'on appelle la science fondamentale pour créer la connaissance. Donc, il ne faut pas laisser penser qu'avec la science, avec les données qu'on a actuellement, on va guérir tous les cancers dans un horizon court. Il y a des progrès qu'on va faire, grâce à la recherche clinique notamment, et puis il y a des choses qu'on ne connaît pas et donc, il va falloir encore continuer à soutenir la recherche, la science fondamentale pour générer cette connaissance.
Alors, tout ça est fascinant. On parle de perspectives extrêmement positives, de nouveaux traitements, de vaccins, d'intelligence artificielle, mais il y a sans doute beaucoup d'auditeurs qui nous écoutent et qui ont des difficultés assez basiques, déjà, pour se faire diagnostiquer, pour accéder à une imagerie et nous avons Luce qui nous appelle de Mayenne. Bonjour Luce. Bonjour. Bonjour. Allez-y. Oui, c'est votre cas Luce, vous avez du mal à obtenir un rendez-vous, c'est ça ? J'ai le droit cette année
à un dépistage pour le sein et je n'arrive pas à avoir de rendez-vous. Il est mentionné qu'il n'y aura pas de rendez-vous en 2026. C'était déjà en janvier. Pas de rendez-vous en 2026. Alors, je vais la faire où cette mammographie ?
Merci beaucoup Luce. Ce n'est pas désespérant pour vous d'entendre ça, c'est-à-dire que vous qui vous battez au quotidien pour faire avancer la recherche, pour soigner les gens, quand dès le départ on n'arrive pas à faire une mammographie ?
Alors, ce que décrit Luce, c'est un des axes pour améliorer l'espérance vue par cancer. C'est l'accès optimal aux soins et aux soins les meilleurs possibles. Et donc ça, on sait que ce n'est pas forcément 100% partout, mais ça fait partie des choses qu'il faut améliorer pour justement améliorer les soins. Mais au même titre que trouver de nouveaux médicaments, améliorer le dépistage. Et là, il faut aussi engager d'autres professionnels dans la lutte contre le cancer. Les généralistes ont un rôle majeur à jouer, les pharmaciens. Donc voilà.
Il y a la question posée par Luce des déserts médicaux et puis il y a la question des moyens. On a une question d'Alexis sur l'application Radio France, il est à Barcelone, voilà ce qu'il vous dit, je suis chercheur en immunothérapie, le gouvernement ne donne pas de moyens, je suis parti à l'étranger pour ça, le problème n'est pas de guérir d'un cancer mais de financer notre recherche correctement. Est-ce qu'il y a un problème de moyens dans la recherche ?
Même si, je rappelle quand même quelques chiffres qui datent de 2023, 27 milliards d'euros par an, premier poste de dépense maladie quand il s'agit du cancer, la prise en charge du cancer qui représente 2% des dépenses de l'assurance maladie. Est-ce que pour autant on manque de moyens dans la recherche ? Alors Alexis, il ne parle pas de l'argent qu'on met dans le traitement du cancer, ce qui sont les chiffres que vous évoquez, il parle de l'argent qu'on met dans la recherche contre le cancer.
Ce qui est assez différent en fait, donc il y a des financements pour la recherche contre le cancer en France, ces financements ils sont insuffisants, d'ailleurs en réalité en recherche, 40% de la recherche est financée par les dons, par les associations caritatives, la fondation ARC, la vie contre le cancer, donc ça c'est quand même une réalité qui existe aujourd'hui et il est évident qu'il faut des investissements supplémentaires sur cette partie recherche et Fabrice le disait bien, les nouveaux traitements du cancer, demain, ils viennent de la recherche fondamentale et on parle ici beaucoup de prise en charge qui est normale mais la recherche fondamentale c'est le cœur.
Et d'ailleurs on en profite ce matin pour inciter nos auditeurs s'ils le souhaitent à donner et à faire des dons. Et juste un dernier mot puisqu'on avait promis de parler de l'après-cancer, vous à l'Institut Gustave Roussy vous avez précisément un programme qui s'appelle mieux vivre après le cancer, ça veut dire que de fait vous réfléchissez à cette prise en charge sur le long terme et très collective, c'est ça ?
Exactement, donc on a une équipe de médecins, une équipe de chercheurs notamment en sciences humaines et sociales et en sciences de la donnée pour essayer de définir c'est quoi le meilleur parcours et prise en charge après le cancer avec des patients qu'on a beaucoup besoin, des patients qu'on a moins besoin mais moi, puisque je vois que c'est la fin, je voudrais dire deux trucs très précis, c'est un, on a besoin de talent dans la recherche sur le cancer. Les meilleurs universitaires, les meilleurs ingénieurs, les jeunes qui sont aujourd'hui au lycée, venez faire de la recherche sur le cancer parce que ça a vraiment du sens.
Le deuxième élément, je vais renforcer ce qu'a dit Karine, moi je pense souvent aux donateurs qui donnent 25 euros par mois et à ces personnes-là et aux patients, on leur doit quelque chose. Vous voyez, c'est pas anodin de donner régulièrement de sa retraite, de son compte en banque pour la recherche sur le cancer et donc moi, je voulais vraiment dire à ces gens-là que ça bosse, et il y a des grandes découvertes qui sont faites en France. L'année 2025 a été extrêmement riche. Donc voilà, on avance petit à petit, c'est pas encore réglé mais petit à petit les choses s'améliorent.
Merci beaucoup, merci Fabrice André, merci Karine Tart d'avoir été au micro de France Inter ce matin et bravo pour votre boulot à tous les deux. d'avoir regardé cette vidéo !
Merci à tous ! T'avoir regardé cette vidéo ! Merci à tous ! Merci à tous !