Budget 2026 : "Taxer ADP, c'est risquer de détruire ce secteur", estime Philippe Pascal, le président du groupe
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Bonsoir Philippe Pascal, vous êtes le patron des aéroports de Paris. Merci d'être avec nous.
Merci de m'accueillir.
Alors vous êtes président, directeur général du groupe ADP. Aéroport de Paris, ça veut dire Charles de Gaulle, Roissy, ça veut dire aussi Orly, ça veut dire le Bourget. Vous gérez tout dans ces aéroports. Le passage des voyageurs, la gestion des bagages, la sécurité. C'est quasiment une ville dans la ville, on a envie de dire.
Oui, à Paris, nous accueillons 100 millions de passagers. Effectivement, avec trois aéroports, Le Bourget, Orly et Paris-Charles de Gaulle. Rien que Paris-Charles de Gaulle, c'est un tiers de la surface de Paris. C'est 90 000 salariés, toutes entreprises confondues, qui travaillent chaque jour et qui accueillent 200 000 passagers au moins par jour.
Alors justement, en ce moment, vos aéroports sont pleins ?
Alors le trafic est bon, l'envie de voyage est là, l'envie de France est là. Et donc, nous essayons d'accompagner cette envie. Voilà, par plus d'hospitalité, plus de fluidité, plus de ponctualité. Et on y arrive, on y arrive.
Alors comment on y arrive ? Parce que la ponctualité, souvent quand on passe les portiques, ce n'est pas si simple.
La ponctualité est un élément clé, clé pour nos passagers, mais aussi clé pour les compagnies aériennes dans le cadre de leur performance. Alors comment on y arrive ? On y arrive en mettant de la technologie, en mettant aussi de l'humain, des hommes et des femmes qui travaillent et qui accueillent. Donc la technologie, c'est plus de postes d'inspection filtrage, plus d'équipements.
C'est des portiques plus modernes ?
Des portiques qui arrivent, plus modernes, qui ont été certifiées récemment. Et donc que nous déployons progressivement. Aujourd'hui, l'attente au poste d'inspection filtrage, donc à la sûreté, là vous enlevez vos chaussures, on vous inspecte vos affaires de vos bagages cabine. Et bien c'est globalement à 99%, moins de 10 minutes.
Et il y a les portiques plus sécurisées où on passe, on n'a justement pas besoin d'enlever toutes ces affaires, ces liquides, ça fonctionne ?
Alors ils arrivent, on en a quelques-uns et on va développer ces équipements. Au fur et à mesure, ils arrivent après cette fameuse certification. On va développer cette technologie dans les prochaines années pour la généraliser. Effectivement, plus besoin d'enlever ces liquides, plus besoin de retirer son ordinateur, mais aussi des body scans. C'est-à-dire plus besoin d'enlever ses chaussures, sa ceinture.
D'accord. Alors sécurité aussi, surtout en ce moment. On a beaucoup vu certains aéroports européens menacés par des drones. Vous êtes vigilant. Comment vous prémunissez de tels incidents ?
L'actualité montre que les aéroports sont des actifs sensibles, stratégiques. Et très tôt, on s'y est préparé, notamment pour les Jeux Olympiques. Donc l'entreprise s'est dotée d'un système que nous avons développé en interne de détection de drones performants. Et la neutralisation de ces drones relève des compétences régaliennes, des compétences de l'État. Et l'État met un effort particulier pour essayer d'être vigilant sur ces éléments-là.
Et justement, il y a eu des menaces, vous en avez vu ? Vous avez déjoué ?
Permettez-moi de garder une forme de confidentialité sur ces éléments.
D'accord. Cette semaine, on a vu les dirigeants d'Air France, mais aussi de Lufthansa, qui sont pourtant concurrents, monter au créneau, dire qu'on en a ras-le-bol des normes européennes, d'une surréglementation qui met en péril nos compagnies, notamment vis-à-vis de nos concurrents, qui ne sont pas européens. On a aussi vu Guillaume Fouril, patron d'Airbus, dire la même chose. Est-ce que vous vous inscrivez comme eux dans ce ressenti ?
C'est un constat de tout le secteur aérien français, de l'équipe de France française en matière aérienne. Air France, bien entendu, Airbus, Thalès, Safran, et bien entendu, le groupe ADP aussi. C'est ce fleuron de technologie française qui est présent, mais qui souffre effectivement d'une augmentation des normes importantes.
Par exemple, qu'est-ce qu'on vous demande de faire et qu'on ne demande pas aux autres ?
De manière très concrète, si on prend exactement les normes qui s'appliquent au groupe ADP, lorsqu'on veut développer un nouveau train, un nouveau train de correspondance interne, un métro, on est soumis à une enquête...
Pour aller d'un terminal à l'autre, par exemple.
D'un terminal à l'autre, exactement. On est soumis à une enquête publique obligatoire pour troubles de voisinage pendant 18 mois. Il n'y a pas de voisins. Le train sera dans des tunnels au sein des aéroports.
Mais il faut quand même attendre 18 mois et faire cette enquête.
Bien entendu.
Est-ce que ça veut dire que le rayonnement de la France, que vos aéroports en prennent un coup par rapport à leurs concurrents à Londres, à Munich, ailleurs ?
Alors oui, nous sommes dans une situation de très forte concurrence, mais nous avons aussi des atouts. Le premier atout, c'est de faire des partenariats. On a noué avec Air France justement un partenariat pour faire drapeau commun, équipe de France, qu'on a intitulé Connect France. Ce partenariat, nous l'avons signé au Salon du Bourget, sous le patronage du Président de la République. Ce partenariat, de manière très concrète, va nous permettre, Air France et ADP, d'essayer d'améliorer la compétition par rapport aux autres grands hubs mondiaux, en particulier les hubs du Moyen-Orient et les hubs du Golfe. Donc, on est dans une dynamique positive.
Je trouve très optimiste, pardon, mais on voit aussi que vous développez beaucoup à l'international. C'est justement parce qu'en France, vous avez toutes ces contraintes. Vous allez faire de la rentabilité, et ce n'est pas un gros mot, ailleurs ?
En fait, nous cherchons à avoir un développement harmonisé. Ce développement passe soit par l'acquisition d'autres aéroports à l'étranger, soit également par des investissements en France.
Parce que je précise que vous gérez une vingtaine d'aéroports, un peu plus même dans le monde, que ce soit en Inde, en Turquie, etc.
Tout à fait. Nous avons un développement. Le groupe ADP est un groupe international qui, effectivement, a une activité historique à Paris. une activité qui est très forte, mais nous avons deux autres grandes plateformes en Turquie et aussi en Inde. Si on revient sur la question du développement, la France a des atouts. Effectivement, je suis optimiste parce que je vois ces atouts, et je considère qu'il faut essayer de les valoriser plutôt que de nous accabler.
Bon, et donc Paris reste un centre de rayonnement. Ça attire toujours les visiteurs. Ils viennent d'où, les visiteurs que vous recevez, qui transident dans vos aéroports ?
Alors déjà, rien qu'à Charles-de-Gaulle, l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, nous avons 119 destinations. C'est unique en Europe. Donc ils viennent de partout dans le monde. Ils viennent principalement, bien entendu, d'Amérique du Nord. Ils viennent d'Europe. Ils viennent aussi de l'Afrique du Nord. Et ils viennent un peu moins d'Asie ou d'Amérique latine. Mais la dynamique est globalement positive sur le trafic international.
Justement, alors vous parlez de dynamique, vous parlez du rayonnement de Paris. On attend dans quelques heures la note de l'agence Moody sur notre dette souveraine, notre dette publique. Après avoir vu une dégradation la semaine dernière, anticipé même la dégradation de S&P. Est-ce que vous craignez une dégradation de la note France ?
Alors déjà, au bord du groupe ADP, nous avons une solidité financière suffisante et une autonomie de financement. Il n'y a pas d'argent public au sein du groupe ADP.
Pourtant, vous avez un actionnaire majoritaire, c'est l'État, qui a plus de 50% de votre capital.
50,6%. Il y a 49,4% d'actionnaires privés. Nous sommes cotés en bourse. Et donc, on a cette capacité de s'auto-financer. Donc, il n'y a pas de lien direct entre la dégradation de la note de la France et la situation d'ADP. Mais il y a tout de même un impact indirect qui a un impact assez lourd puisque les difficultés financières de la France rétroagissent sur son attractivité, sa capacité à lever des fonds.
Mais ça veut dire que pour vous, concrètement, quand vous avez besoin de vous endetter pour vos investissements, vous allez payer votre dette plus cher ?
À ce stade, non. Mais effectivement, si cette incertitude persiste, cette instabilité persiste, probablement.
Alors, Philippe Pascal, vous avez pris les rênes des aéroports de Paris l'année dernière dans la lignée d'Augustin de Romanet. Vous connaissez bien la maison. Ça fait plus de 13 ans que vous y êtes. Vous avez été directeur général adjoint. Vous avez été directeur financier. Ça veut dire que vous êtes l'héritier qui n'a pas de rupture, finalement, vis-à-vis de votre prédécesseur ?
Alors, il y a naturellement une continuité. Effectivement, ça fait 13 ans que je suis là. J'ai été responsable, notamment, des finances et de la stratégie. Donc, cette continuité, elle est logique. Pour autant, le contexte a changé. L'environnement a changé. Et ça suppose de s'adapter, de prendre d'autres axes de développement.
Ça veut dire que c'est plus dur ?
Deux marqueurs. Je pense que le premier, c'est qu'il faut qu'on travaille plus en collectif, plus en partenariat, parce que seul, on n'y arrivera pas ou plus difficilement. Et le deuxième marqueur qu'on a déjà signalé, c'est le rythme. Il faut aller plus vite. Si on veut rester dans la compétition, il faut aller plus vite.
Plus vite sur quoi ? Sur les investissements ? Plus vite sur la transition écologique ?
Plus vite sur la décarbonation, parce que c'est le facteur d'acceptabilité de notre activité. Plus vite sur les investissements, parce que c'est ce qui va améliorer la qualité de service, améliorer la capacité pour les compagnies aériennes d'opérer et donc de développer le trafic à Paris. Et puis plus vite aussi sur toutes les questions sociales, dans la mesure où ce mouvement doit s'accompagner aussi d'un gain pour les salariés, mais aussi pour les territoires, pour les élus locaux.
Alors, vous êtes aussi ancien fonctionnaire, haut fonctionnaire. Vous êtes passé par Bercy. Vous avez été inspecteur des finances, inspecteur des impôts. Vous avez d'ailleurs travaillé au cabinet du ministre du budget. C'était Éric Wörth à l'époque. Vous avez travaillé sur le prélèvement à la source. On parle beaucoup d'impôts en ce moment. Quand vous voyez ce budget qui est discuté en ce moment même, vous en pensez quoi de ce budget ? Comment vous le qualifiez ?
Écoutez, taxer pour que chaque entreprise contribue au budget général de l'État, c'est normal. En revanche, taxer jusqu'au point de détruire un secteur économique fleurissant qui fait la fierté de la France qui est le secteur aérien, c'est pas possible.
Vous dites détruire. Le risque, c'est de détruire ce secteur.
Le risque, c'est de détruire ce secteur.
C'est-à-dire parce que trop d'impôts, trop de taxes ?
Parce que quand vous regardez aux bandes d'ADP, nous payons depuis deux ans 300 millions d'euros en plus. C'est 300 millions d'euros d'investissement en moins. Et donc, c'est des emplois en moins. C'est un rayonnement en moins, une capacité d'honorer cette course internationale qui est remise en cause.
Pour trouver de l'argent, c'est pour ça, justement, que vous transformez vos aéroports, vos hubs en centres commerciaux ?
Alors, les centres commerciaux, comme vous dites, c'est des espaces d'accueil et d'hospitalité qui sont demandés par les passagers. C'est eux qui veulent avoir ce moment choisi. C'est eux qui demandent de la France, donc qui demandent du luxe à la française.
Donc, vous avez toutes les compagnies de luxe qui viennent frapper à votre porte en vous disant, moi aussi, je veux ma boutique ?
Quand vous regardez au Terminal 1, nous avons la quasi-totalité des grandes marques de luxe françaises, parce qu'il y a du trafic, parce que les marques de luxe voient qu'il y a un intérêt, et surtout parce que les voyageurs souhaitent acheter ces biens. Ils ont un moment un peu particulier, cette part de rêve de l'aérien qui est là, qui est présente, et ce moment, ils veulent le passer, notamment en se faisant plaisir.
Est-ce que vous pensez qu'ils dépensent plus, par exemple, chez vous que sur les Champs-Elysées ?
Le Terminal 1, c'est le premier aéroport au monde en termes de chiffre d'affaires par passager.
Ah oui, par passager. D'accord.
Après, ce qui se passe, c'est qu'on est en concurrence avec le centre-ville, mais on a des atouts. Le duty-free est natif, déjà chez nous, pas besoin de faire la queue pour se détaxer. Et puis, il y a la sécurité qui est garantie.
Une dernière question, on attend toujours le CDG Express, cette liaison express, justement, entre le centre de Paris et Roissy, c'est pour quand ?
Mars 2027. Tout est en ligne, tout est prêt. Ça s'inscrit dans une stratégie plus large d'intermodalité. Vous avez vu, la ligne 14 arrivée à Orly. Il y aura la ligne 18, toujours à Orly. À CDG, il y aura donc le Charles de Gaulle Express. Il y aura le Roissy Picardie et il y aura la ligne 17. Et bientôt, probablement, plus de TGV.
Écoutez, merci beaucoup. Et puis, joyeux anniversaire, parce qu'aujourd'hui, les aéroports de Paris fêtent leurs 80 ans. Vous aviez Astérix et Obélix chez vous. Merci, Philippe Pascal, patron d'ADP, d'avoir été l'invité éco de France Info ce soir. Sous-titrage Société Radio-Canada