L'IA : mon nouveau collègue de bureau
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 9 %Attaque 3 %Défensif 3 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 31:15InvitéFait
« C'est ce qu'on appelle les hallucinations, etc. »
- 31:44InvitéFait
« En tout cas, le marché les expose, eh bien, on écrase le temps du travail en deux temps, le temps de la commande et le temps de la vérification. »
- 32:53InvitéFait
« Je rencontre un vrai problème que j'avais déjà un petit peu avant avec l'informatique. C'est la dissonance cognitive par rapport aux impacts environnementaux de ces technologies. »
- 34:03PrésentateurPromesse
« Là aussi, les choses évoluent très vite et donc c'est très difficile de faire les bilans parce qu'on sait qu'une requête à une IA aujourd'hui, elle est beaucoup plus lourde qu'une requête Internet Google classique mais en même temps, les études commencent à montrer qu'il y a beaucoup moins de requêtes à l'IA et que ça permet d'éviter d'économiser un grand nombre de requêtes pour Google. »
Temps de parole
- Invité34 %
- Invité 216 %
- Invité 316 %
- Invité 49 %
- Présentateur8 %
- Invité 56 %
- Invité 66 %
- Invité 73 %
≈ 1,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Je suis assez vieille pour me souvenir très bien de l'arrivée d'Internet dans mon entreprise. Nous y avons été formés. Qu'est-ce qu'on cherche ? Comment on le cherche ? Pour quelle finalité ? L'IA, elle, est arrivée comme par effraction tellement ça a été rapide et tellement l'IA n'est pas une technologie comme les autres, tellement elle évolue extrêmement vite. Aujourd'hui, pour les entreprises, l'enjeu est colossal. Dans la vôtre, peut-être que personne ne vous a rien demandé, vous utilisez l'IA tout seul pour vous aider dans certaines de vos tâches. Ça porte un nom, figurez-vous, ça s'appelle le Shadow IA.
Il y a de l'ombre où chacun se débrouille au fond comme il veut et comme il peut, ce qui peut parfois d'ailleurs générer des tensions. Est-ce qu'on valorise celui qui va le plus vite sans savoir s'il a utilisé ou pas une IA et qui, surtout, repasse derrière pour s'assurer qu'il n'y a pas eu de coquille ? Est-ce que chez vous, l'IA est obligatoire ? On ne vous a pas demandé votre avis désormais, c'est comme ça et pas autrement. Et vous nous direz pour quel type de tâches, justement, est-ce que ça change pour vous ? Il y a une autre voie que certaines entreprises sont en train d'explorer, comprendre et former.
Comprendre comment l'IA peut aider réellement, supprimer les tâches rébarbatives, ouvrir du temps peut-être pour autre chose et former surtout les salariés. Quand c'est le cas, est-ce que la demande vient du haut des chefs d'entreprise ? Est-ce qu'elle vient du bas des salariés ? Si vous êtes formateur, d'ailleurs, vous nous intéressez. Car le train de l'IA est en train de passer, les entreprises le savent très bien. Si elles n'entrent pas dedans, elles vont sans doute le regretter. Mais qui fixe les caps, les objectifs qui encadrent, plutôt que de laisser les gens bricoler dans leurs coins ? Comment avancer avec les salariés et même inclure le déploiement de l'IA dans le dialogue social ?
Signer peut-être des accords collectifs ? Est-ce que ça existe déjà ? Est-ce qu'on est en train de s'y mettre ? Est-ce que nous sommes au contraire à mille lieux de tout ça ? Est-ce que c'est obligatoire d'y aller, si on veut que l'IA ne soit pas un ennemi ? Mais bien un outil pour chacun d'entre nous, c'est le téléphone sonne. Les amis, soyez les bienvenus.
Le téléphone sonne. 01 45 24 7000.
Thomas, vous êtes le bienvenu. Bonsoir à vous, on vous écoute. Oui, bonsoir. On vous écoute, Thomas. Je suis graphiste dans une agence de communication et enseignant dans une école de design. Et du coup, l'IA est un peu au cœur de nos métiers, ce qui est à la fois inquiétant et excitant. Inquiétant aussi pour mes étudiants, qui ne semblent pas forcément se prendre l'IA à bras-le-corps et l'utiliser. Et notamment avec des premiers chiffres qui semblent tomber avec un recul de l'embauche des juniors en entreprise au profit de l'IA, justement.
Quand vous dites que, Thomas, que vos étudiants, notamment, j'imagine, en graphisme, n'ont pas embrassé l'IA réellement, ne l'ont pas pris à bras-le-corps. Moi, ça m'étonnerait presque, en fait. Qu'est-ce qu'ils disent, en fait ? Pourquoi ça ne les intéresse pas ? J'ai un peu du mal à comprendre. Eh bien, moi aussi, justement. J'ai un peu du mal. J'essaye de leur répéter. Je leur donne des cours sur ces outils. mais dans les projets au quotidien, je sens qu'il y a un peu un manque, presque un manque d'intérêt sur ces outils ou peut-être, je ne sais pas, un peu une peur, un manque de temps. Pareil, je ne comprends pas vraiment pourquoi.
Parce que vous, la génération d'après, en revanche, y compris dans votre métier, dans la pratique de votre métier, vous l'avez totalement embrassé ? Alors, totalement, oui. En tout cas, on essaye de l'intégrer de plus en plus dans notre quotidien. Aussi parce qu'on sent que, derrière, les clients commencent à en parler, commencent à l'utiliser. Il y a un peu une attente aussi de leur part, peut-être pour, je ne sais pas, un peu l'outil magique et aussi pour réduire un peu les coûts potentiels des projets. Ça veut dire que ceux, au fond, qui vous faites accélérer, après, Thomas, pardon, je vous laisse ces promis, est-ce que c'est plutôt ceux pour qui vous travaillez ?
C'est-à-dire qu'en gros, est-ce qu'on a, par exemple, réduit les délais en vous disant « Non, mais c'est bon, l'IA peut le faire, donc pour votre projet, vous allez pouvoir réduire le délai. » Donc, est-ce que la demande, au fond, elle vient du client ou elle vient plutôt de vous ? Alors, après, les deux, peut-être, mon capitaine ? Un peu les deux, effectivement. Je pense que ça vient d'abord de notre côté, d'utiliser des outils qui nous font gagner du temps. Mais on a quand même certains clients qui viennent vers nous avec des fichiers qui ont été générés par l'IA en nous demandant de les rendre imprimables, ce genre de choses.
Ah oui, quand l'IA, imaginez quelque chose, allez-y, faites-moi ça en concret, alors que j'imagine très bien que c'est beaucoup moins évident que ça en a l'air, Thomas. Je vous remercie beaucoup, vous êtes une très bonne entrée en matière de ce Téléphone Son pour en discuter ensemble jusqu'à 20h autour de la table. Il y a Liane Ferguson, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes sociologue, vous êtes directeur scientifique du Labor IA, Laboratoire de Recherche Action, fondé pour appréhender les effets de l'intelligence artificielle sur l'avenir du travail. Il y a Luc Mathieu qui est là aussi, bonsoir M. Mathieu. Vous êtes secrétaire nationale CFDT, responsable des questions liées au numérique.
Et Stéphane Jourdain, bien sûr, indispensable. Stéphane Jourdain, merci d'être là. Journaliste à France Inter, le spécialiste de l'IA, c'est vous. Accessoirement, vous êtes aussi chroniqueur dans le 18-20, ça s'appelle la TEC la première. Et c'est le jeudi. Il y a une chose d'abord, Yann Ferguson, que j'ai trouvé complètement contre-intuitif, mais après tout, peut-être qu'il faut justement sortir nos intuitions trop faciles, c'est le fait que les plus jeunes n'y vont pas dans l'agence de graphisme de notre ami Thomas. Et les plus vieux un peu plus, est-ce que ça vous étonne ou il n'y a que moi que ça étonne en fait ?
Oui, c'est à l'écart des statistiques nationales sur la population générale, où on sait qu'il y a 85% de la transdage, 18-24 ans, qui est utilisatrice de l'IA. Et quand on va sur les 30 ans et plus, on descend à moins d'un tiers. Donc c'est assez décalé et ça montre derrière, dans cette niche, ce cas d'espèce, ça montre qu'il y a une tension professionnelle spécifique, un secteur spécifique, qui peut se sentir un peu agressé par la technologie et qui va rentrer en résistance. Mais par rapport à la population générale, ce n'est pas du tout représentatif.
Moi, j'ai un peu le sentiment au fond, d'ailleurs, mais peut-être que je me trompe encore une fois, que moins on connaît son métier quand on est dans une entreprise, plus on a tendance à se couvrir désormais avec l'IA. Ça existe, ça ou pas ? Oui, ça existe. Et d'ailleurs, l'usage massif des jeunes au niveau professionnel inverse la relation de suggestion qu'on maintient face à l'IA en disant toujours, c'est l'humain qui est responsable en dernier recours, c'est lui qui valide. Et en fait, les jeunes racontent plutôt une autre histoire en disant, c'est l'IA qui me rassure, c'est l'IA qui me supervise, c'est l'IA qui me valide.
J'ai même eu un jeune qui m'a dit, c'est l'IA qui me seniorise, c'est-à-dire qui porte le regard du seigneur sur la qualité de son travail, ce qui est quand même véritablement intriguant et qui interpelle. Et j'allais dire, même révolutionnaire, même au fond. Luc Mathieu, on voulait vraiment qu'il y ait quelqu'un qui a votre expertise et surtout votre pédigré, pardonnez-moi, dans ce téléphone sonne, parce que la vraie question qu'on s'est posée, c'est vraiment celle-là. Est-ce que l'intégration de l'IA dans l'entreprise, puisqu'elle est là, est en train de se faire aussi par vous, les organisations syndicales ?
Ça veut dire qu'il faut effectivement fixer un cadre, expliquer dans quel cadre on l'utilise, qui l'utilise, comment ça fonctionne. Est-ce qu'il faut qu'on l'écrive d'ores et déjà ? Est-ce que ça vient ou est-ce que c'est un impensé pour l'instant ? Alors, pour l'instant, ça reste quand même très balbutiant, parce que nous, on souhaite effectivement que les sujets qui sont tirés par l'IA, c'est la question de l'emploi, la question des compétences, la question de la formation professionnelle, la question des conditions de travail. Donc, tout ça, ce sont des sujets traditionnels du dialogue social.
Or, ce qu'on observe, c'est qu'il y a une vraie difficulté dans les entreprises à franchir le pas et à négocier, en tout cas discuter avec les représentants du personnel de ces sujets. Nous, ce qu'on souhaite, c'est qu'il y ait effectivement des négociations. Alors, ça arrive, il y a quelques accords, notamment dans la finance, un peu dans l'industrie, mais pas tant que ça. Mais ça reste extrêmement balbutiant. La plupart du temps, on a les entreprises qui sortent des chartes, donc des engagements un peu unilatéraux autour de la question de l'IA. Mais il y a assez peu de... ça peine à franchir le cap du dialogue social. Ce que vous voudriez, vous, c'est quoi en fait ?
Qu'est-ce qu'il faut inscrire ? Est-ce qu'il faut se dire très clairement ? Ce type de tâche, désormais, peut être fait par l'intelligence artificielle, mais voici ce qui doit se passer avec le salarié. Est-ce que c'est ça qu'il faut protéger ? Est-ce que c'est qui valide et comment on valide pour effectivement éviter qu'il retombe sur la tête du salarié le fait que l'IA ait pu commettre une erreur, mais si personne, effectivement, derrière n'a vérifié l'erreur ? Qu'est-ce qu'on a envie d'écrire, en fait, au-delà de la charte, en effet ? Je crois qu'il faut écrire des choses assez concrètes.
C'est-à-dire que, par exemple, les salariés, en termes de gestion de personnel, ne soient pas totalement gérés par des IA. C'est-à-dire que si on prend des décisions qui les concernent, ça soit pris au final et au bout de course par un être humain, et pas simplement par une machine. Je dis ça, ça paraît un peu exotique aujourd'hui, mais si vous regardez ce qui se passe chez les travailleurs des plateformes, donc les livreurs ou les VTC, etc., on s'aperçoit que, concrètement, ce sont les machines qui décident qui peut rester, qui ne peut pas rester. Donc, cette question-là, elle est évidemment importante. Et puis, je dirais qu'il faut aussi se mettre autour de la table et discuter du projet.
C'est-à-dire que, quand on est dans une entreprise, on utilise l'IA, on a des injonctions très fortes en disant qu'il faut absolument que l'entreprise utilise l'IA, sinon, c'est ce que vous disiez tout à l'heure, elle est perdue. Il faut construire un projet, c'est-à-dire pourquoi faire l'IA, pourquoi faire ? Mais est-ce qu'il y a une réalité ou pas ? On va retourner au standard dans un instant, mais est-ce qu'on peut dire de manière aussi claire ce que j'ai dit tout à l'heure dans le lancement ? Si on ne prend pas le train de l'IA, quand on a une entreprise, aujourd'hui, on risque d'aller dans le mur. Est-ce qu'on peut le dire de manière aussi claire ou pas ?
On ne peut pas le dire aussi clair dans la mesure où il y aurait déjà une mesure tangible de performance de l'IA sur les chiffres d'affaires, sur le PIB. Il y a encore eu, la semaine dernière, une étude de Goldman-Hansa qui dit qu'il n'y a pas la démonstration tangible, aujourd'hui, que l'IA ait contribué à la croissance. L'IA n'est pas forcément performative, c'est ça que ça veut dire, en fait. Exactement. Donc, il n'y a pas une démonstration, aujourd'hui, que ceux qui mettent de l'IA réussissent à atteindre cette fameuse économie de la promesse que l'IA apporte. Par contre, peut-être qu'on se trompe de train, en fait.
Peut-être que le train n'est pas celui de vite investir dans l'IA, mais c'est peut-être celui de dialoguer socialement pour construire un cadre partagé, collectif de l'IA. Parce qu'en l'absence, on a des messages qui sont parfois pertinents, mais qui ne sont pas cohérents, comme par exemple, valider un dernier recours. La responsabilité humaine, c'est celle-là qui est importante. Mais en fait, on n'a pas véritablement identifié comment fonctionner, comment on a imputé cette question de la responsabilité.
Si je me retrouve en situation de dilemme et qu'on me dit c'est ta responsabilité de suivre ou de ne pas suivre l'IA, mais derrière, on n'a pas construit réellement l'organisation pour mettre la personne à l'aise par rapport à cette situation-là, ça ne sert à rien. Ce que je comprends, Stéphane Jourdin, vous allez peut-être nous aider à résumer ça. Au fond, c'est que pour l'instant, on bricole en fait. Et quand je dis on bricole, ça veut dire, moi, si je sais l'utiliser, dans ma tâche, je vais l'utiliser, mais personne ne me l'a demandé. Donc personne, effectivement, n'ira vérifier derrière.
Peut-être que dans une entreprise, on fait rentrer l'IA dans un secteur, mais au fond, si on y songe, ce n'est pas tellement dans ce secteur-là que ce serait utile, mais plutôt dans un autre. C'est comme ça que ça marche l'entreprise aujourd'hui.
Il faut dire que les choses vont très vite. Si on prend le secteur de ce premier auditeur, le graphisme, la génération d'images, il y a encore quelques mois, il y a 18 mois, c'était très compliqué de faire marcher ces générateurs d'images pour retoucher des images sur Dali. Il fallait prompter. À l'époque, on parlait d'ingénieur-prompteur qui allait être un nouveau métier créé par l'IA. Ce n'était pas simple. Aujourd'hui, c'est extrêmement simple. Si vous allez sur Gemini, vous pouvez, en quelques phrases, obtenir une image qui est très bonne. Donc pour ces étudiants, on comprend que ce soit très compliqué.
Et pour les entreprises qui veulent mettre en place des chartes, c'est très compliqué parce que ça évolue beaucoup plus vite que la capacité des syndicats et des représentants du personnel de s'adapter.
Pierre est avec nous. Bonsoir, Pierre. Bonsoir. On vous écoute, Pierre. Moi, j'avais trois petites remarques à faire. La première étant que, du coup, moi, je suis formateur à l'intelligence artificielle responsable et souveraine. Et je suis surpris parce que la plupart des entreprises aujourd'hui, elles me contactent pour faire du Microsoft Copilot. alors même qu'il y a des problèmes géopolitiques actuels, qu'on a vu ce qui s'est passé avec le procureur de la CPI. Et je trouve ça surprenant que les entreprises se mettent dans cette fragilité sur leurs données.
Ma deuxième remarque, c'est le fait qu'utiliser l'intelligence artificielle, ça peut faire des perditions cognitives, mais pas si on l'utilise bien. Parce que bien utiliser l'intelligence artificielle et comprendre comment ça fonctionne, ça développe le cerveau, la métacognition, etc. Et surtout, ça rend l'informatique plus accessible. Et enfin, je voulais dire qu'il y a trois façons, selon moi, d'utiliser l'intelligence artificielle. La première, du coup, c'est générer du contenu, comme on en parle depuis le début, donc images, audio, sons, vidéos, etc. La deuxième, c'est l'utiliser comme tutoriel. Et donc là, ça rend beaucoup de choses accessibles.
Et enfin, la dernière, c'est ça rend l'informatique beaucoup plus accessible. C'est-à-dire qu'on peut développer des jeux vidéo, des logiciels de gestion de données, etc. Et là, c'est beaucoup moins énergivore. Et je trouve ça assez encapacitant. Et je pense qu'on se concentre trop sur la dépendance aux super géants américains, alors qu'on pourrait développer notre compréhension de l'informatique ou même de la mécanique ou de quoi que ce soit grâce à cet outil qui peut être bien utilisé. Mais du coup, Pierre, vos clients, c'est qui, en fait ? À qui vous parlez le plus souvent ? Qui vous formez le plus souvent ? Et surtout, qui vous aimeriez former, en fait, quand je vous entends ?
Est-ce que vous avez parfois envie de dire, mais amis chefs d'entreprise, venez, et moi, je vais vous expliquer des choses que vous ne savez pas et qui vont vous aider à avancer ? Alors, oui, je ne suis pas très à l'aise pour... Parce que je vous avais vu que je suis un peu pris de cours, donc je ne vais pas donner le nom de mes clients sans avoir demandé, mais disons qu'il y a une loi européenne qui s'appelle l'IAACT et qui va passer. Et en gros, toutes les entreprises stratégiques vont devoir s'y mettre. Je forme aussi beaucoup les écoles. Et moi, tout ce que j'ai envie de dire, ce n'est pas venez chez moi, etc.
C'est plus ayez une approche de l'intelligence artificielle où la bureautique, faites-en si vous voulez, mais comprenez comment ça fonctionne. Ayez un contrôle sur vos données, en fait. Ne faites pas que du copilote et essayez de comprendre comment ça fonctionne parce que ce n'est pas si compliqué. Il y a une forme, en fait, d'élitif, entre guillemets, de dire que c'est extrêmement compliqué, etc. Ce n'est pas si compliqué si on fait l'effort.
Et voilà, moi, c'est plutôt de se dire essayez de saisir et essayez de construire votre autonomie parce que, en fait, quand on construit son autonomie, on consomme moins d'énergie, on fait marcher son cerveau et on se rend moins esclave des grandes sociétés américaines. Merci beaucoup pour votre intervention, Pierre, et pour rebondir là-dessus, Yann Ferguson, et aussi sur ce que disait Stéphane un instant, d'ailleurs, il y a un instant.
Je me demandais, au moment où on se parle, là, pour les salariés, pour les entreprises, et au fond, pour tout le monde, et vu la vitesse à laquelle les choses avancent, est-ce que vous avez le sentiment qu'on peut avancer, j'allais dire, main dans la main avec l'IA, c'est-à-dire suivre cette évolution au sein de l'entreprise, est-ce que c'est déjà utopique de le dire ou est-ce que c'est indispensable, en fait, d'essayer de faire ce cheminement-là, quitte, effectivement, à ce que ce soit compliqué parce que des changements sont extrêmement rapides ? Il y a deux mouvements. Il y a le mouvement de l'adaptation à la technologie qui est le vocabulaire qu'on entend le plus souvent.
Il faut s'adapter, et c'est ce que j'appelle un registre darwinien. On s'adapte ou on disparaît. Les professionnels qui ne s'adaptent pas disparaissent. Les organisations qui ne s'adaptent pas disparaissent. Et donc, on décrit l'IA comme une pression sélective qui arrive sur le milieu, et le milieu doit s'adapter. Il y a une autre dynamique dont on parle beaucoup moins, c'est le fait que beaucoup d'organisations sont en train d'adapter l'IA à ce qu'elles sont. C'est-à-dire de projeter l'IA sur ce qu'elles sont. J'interviens de plus en plus dans des entreprises qui sont des entreprises à mission. Et leur question, c'est de dire comment on intègre l'IA par rapport à notre raison d'être.
Cette raison d'être, elle affirme un rôle sociétal beaucoup plus global que la performance économique. Et donc, l'idée, c'est de construire une trajectoire de l'IA qui permet de projeter la singularité de l'entreprise dans sa transformation. Donc, c'est plutôt adaptons l'IA à ce que nous sommes autant qu'adaptons-nous à ce qu'est l'IA. Et c'est intéressant. Pardon, allez-y Stéphane.
Il y a une phrase qu'on entend beaucoup en entreprise, c'est les employés qui n'utilisent pas l'IA ne vont pas être remplacés par l'IA, ils vont être remplacés par les employés qui utilisent l'IA. Et cette phrase, cette injonction, elle est hyper angoissante. Parce que ça veut dire que, vous le disiez l'autre jour, c'est la guerre entre les employés et qu'il faut se méfier de son collègue de bureau ou de cantine.
Dont on ne sait pas, d'ailleurs, s'il utilise l'IA ou s'il ne l'utilise pas.
Dont on ne connaît pas sa formation, sa connaissance et l'outil qu'il utilise puisque dans 57% des cas, les gens l'utilisent sans le dire.
Et en effet, l'outil qu'ils l'utilisent. Je sais que, Nathalie, là-dessus, je voudrais juste dire un mot qu'on va avoir au standard. Un mot avec vous, Luc Mathieu. Moi, j'aime bien cette idée que développait Yann Ferguson sur l'idée que « Développons l'IA qui me ressemble à l'intérieur de mon entreprise. » Ça aussi, ça veut dire, y compris pour des organisations syndicales comme les vôtres, ça veut dire que ça va se jouer à l'échelle des entreprises. Est-ce que ça veut dire que ça ne peut pas se jouer sur un accord cadre, en fait, qui serait beaucoup plus haut ? Ça peut se jouer sur un accord cadre, sur des grands principes, etc. Mais le vrai enjeu, ça va être au niveau des entreprises.
Je trouve que moi, l'IA, c'est une vraie opportunité pour les entreprises, notamment dans le cadre de la transition énergétique, de reconfigurer et de redéfinir le projet de l'entreprise à la manière dont on reconsidère son modèle économique, etc. Mais pour ça, il faut se mettre... Ce n'est pas un dirigeant dans son bureau qui va le faire. Il faut se mettre collectivement autour de la table et c'est dans ce contexte-là qu'il y a un intérêt de parler collectivement des choses. Est-ce qu'un employeur a le droit de m'obliger à utiliser l'intelligence artificielle éventuellement pour aller plus vite ou pour traduire un texte, etc.
On a le droit de m'obliger à le faire ou pas, ça, au moment où on se parle ? J'allais dire que l'entreprise, c'est lui qui définit les modalités de travail, etc. Mais encore faut-il qu'il ait donné aux salariés les moyens de le faire correctement, c'est-à-dire de le former, etc. Donc tout ça, c'est un échange. Ça ne peut pas être univoque, c'est-à-dire uniquement l'entreprise qui décide et le salarié qui subit totalement.
Il y a mon nouveau collègue de travail, c'est le thème du téléphone, ce soir, avec Luc Mathieu, que vous venez d'entendre, qui est secrétaire national à la CFDT, responsable des questions liées au numérique, avec Yann Ferguson, qui est sociologue, avec Stéphane Jourdain, qui est notre spécialiste IA sur France Inter.
France Inter, le 18-20, 01-45-24-7000.
Et avec vous, Nathalie, vous êtes la bienvenue, bonsoir. Nathalie ? Oui, Nathalie. Je crois qu'on a perdu Nathalie. Si on a perdu Nathalie, ce n'est pas grave, parce que je sais que Stéphane Jourdain a levé le doigt.
Non, je voulais dire qu'Accenture, cabinet d'audit et de conseil, vient de décider qu'il n'y aurait plus d'augmentation pour ses employés s'ils n'utilisent pas l'IA. Donc je ne sais pas si c'est légal de dire, mais en tout cas, ça existe. Meta, un des vice-présidents de Meta, a demandé à sa branche que tout le monde utilise l'IA pour être cinq fois plus productif. Donc avec un objectif absolument intenable et là aussi, assez angoissant.
Meta au sens large, c'est-à-dire Meta en France aussi ou pas ?
Là, c'était dans la Silicon Valley. Je ne sais pas si ça s'applique.
On a retrouvé Nathalie. Bonsoir, Nathalie. Oui, bonsoir. L'IA, compagnon de travail, moi, ça me parle bien. On est une PME de 35 personnes environ dans le sud de la France et on a organisé des groupes de travail avec des personnes de tous nos services, de tous les différents services, avec l'intervention de sociétés extérieures pour nous expliquer ce que c'est l'IA, ce que ça peut nous apporter. On a tous discuté autour de ça et on a déterminé quels étaient les premiers services, les premiers usages, tous ensemble, qui seraient bénéficiaires pour écrire une charte de l'IA, de comment on doit s'en servir, de quel IA, de quels outils, qui, comment, quoi.
Et on a commencé ce travail-là avec comme souci le fait que personne ne se sente aisé dans son poste ou ne se sente inquiet dans son poste. Et je trouve que ça fonctionne bien. Alors, on est au début, tout n'est pas terminé, tout n'est pas encore écrit complètement. mais ce qu'on voit, c'est que chacun s'entraide. On partage nos ressources, nos idées, nos prompts et à tous les niveaux, que ce soit à l'accueil, que ce soit au commerce, que ce soit au développement. Je n'en parle même pas, il le faisait bien avant qu'on ait commencé ce travail-là. Et je peux vous demander ce que c'est votre entreprise, Nathalie ? En tout cas, dans quel secteur vous travaillez ?
Alors, on est un fabricant de terminaux, on va dire, biométriques, de terminaux de contrôle d'accès de sécurité. D'accord. On va dire. Et, bon, on a des parties de la boîte qui utilisent l'IA pour ses clients, pour nos clients, etc. Mais nous, dans notre quotidien, moi, je trouve que ça a beaucoup changé le mien et en totale ouverture et transparence. Et on en était effectivement arrivés à la conclusion que l'IA, ce n'est pas quelqu'un qui nous supervise et peut-être que, alors, nos RH n'ont pas spécialement envie de s'en servir, mais s'ils s'en servent, c'est toujours un humain derrière et nous, on s'en sert comme d'un assistant, en fait.
Et quand vous dites que, moi, je trouve ça passionnant que vous avez donc réfléchi ensemble, quels usages, donc quels outils, etc., est-ce que vous avez réfléchi entre vous ou est-ce que vous avez fait appel justement à quelqu'un d'extérieur qui puisse vous expliquer à vous et dans votre type d'entreprise comment vous pourriez utiliser l'intelligence artificielle ? Ça s'est fait entre vous ? Vous avez fait rentrer quelqu'un ? Non, non.
Au départ, on a fait rentrer quelqu'un pour qu'il nous expose les sujets, qu'il nous explique, qu'il nous forme un peu à ces sujets-là et on a réfléchi ensemble pour que, et la société extérieure qui nous accompagnait et nous, on en arrive à dégager les premiers projets d'IA et à quoi ça va s'attraper. Et on a cherché, chacun a cherché les usages dans son travail et dans son quotidien de ce que ça pouvait lui apporter. Et est-ce que quand vous dites que personne ne sera lésé dans son travail, ça veut dire que vous avez apporté la garantie à chacun que le nombre d'employés ne va pas baisser ou que le travail ne sera pas changé drastiquement parce que l'IA est arrivée ?
Oui, puis je pense que cette garantie elle est aussi apportée par la manière dont on sert comme d'une aide et d'un assistant. L'IA n'est pas là pour nous remplacer, elle est là pour nous apporter, pour nous décharger des tâches répétitives, pour nous faciliter, pour nous aider à faire la rédaction d'un cahier des charges, pour nous aider à traduire des mails, pour nous aider à mettre en forme ceci ou cela. Il y a plein de sujets et chacun sent que c'est une aide et se l'approprie et on ne se sent pas et on a essayé de faire tous les domaines de la société, de la production aux devs et aux services administratifs. Attendez, ne bougez pas parce que Stéphane a une question pour vous.
On sent que l'IA vous fait gagner du temps, madame. Est-ce que vous pouvez nous dire à quoi sert ce temps gagné ? Vous l'utilisez pour quoi ?
Parce qu'on est débordé. Là, il est 19h46, je sors du bureau. Donc, si je peux en caser un peu plus dans ma journée, non, ça me sert. Alors, moi, ça me fait gagner du temps et de l'efficacité. Je suis commerciale. Quand je dois tourner des mails, des fois un peu compliqués, un peu diplomate, etc., dans une langue qui n'est pas la mienne, je jette mes idées à l'IA et quand je lis ce qu'elle a écrit, je dis que c'est exactement ça que je voulais écrire. Et non seulement ça m'a fait gagner du temps, mais surtout, c'est super bien fait. L'IA a l'air beaucoup plus diplomatique que vous. Oui, c'est possible. Merci beaucoup.
Merci vraiment pour ce témoignage qui nous intéresse vraiment et qui vous a fait réagir aussi d'ailleurs, Luc Mathieu. Oui, parce que je trouve que c'est intéressant parce qu'on voit bien que dans les entreprises, il y a plusieurs manières de prendre le sujet. Il y a une première manière qui dit, et ça s'est retransmis dans un certain nombre d'accords qui ont été signés sur le sujet, l'IA, ça doit permettre aux salariés de mieux faire leur travail parce qu'ils vont en faire plus, ils vont le faire mieux, ça va fidéliser la clientèle, ça va, bon, bref.
Et puis, une autre manière de gérer l'IA qui est de dire, eh bien, l'IA, ça va me permettre, en tant que chef d'entreprise, d'économiser des coûts, en particulier des coûts de personnel. Et on voit bien qu'il y a cette dialectique entre les deux et ça, c'est extrêmement important parce que ça a beaucoup de conséquences ensuite sur la suite.
On parlait de dialogue social tout à l'heure mais il n'y a pas que le dialogue social, d'ailleurs, ça que je voulais dire aussi, il y a aussi ce qu'on appelle nous le dialogue professionnel, c'est-à-dire comment est-ce qu'on parle avec l'introduction de ces technologies, avec son responsable hiérarchique de la question du métier, c'est-à-dire qu'est-ce qu'on fait, les tâches, comment on les modifie, etc.
Et donc, on voit bien qu'il y a deux manières de prendre le sujet et évidemment, selon les deux manières, j'allais dire que les autres compartiments, conséquences de l'IA, c'est-à-dire sur la question des compétences, sur la question de la formation et sur la question des conditions de travail, elles sont évidemment dépendantes de la question de départ, à quoi on affecte les gains de productivité dégagés par l'IA. À quoi et à qui, surtout ? Est-ce que ça aussi, c'est réfléchi par le syndicaliste ? Du coup, ce sont les salariés qui vont forcément en croquer une part. Ce ne serait que justice ? Oui, ça serait que justice, mais ce n'est pas forcément ce que veulent toujours les entreprises.
Mais ça fait partie de la réflexion. Mais on voit bien, d'ailleurs, que moi, je suis assez frappé. Moi, j'ai fait un déplacement au Mans la semaine dernière. Dans le train, à côté de moi, il y avait une dame qui travaillait sur son ordinateur. Je me suis aperçu qu'elle travaillait sur le tchat GPT. Au retour, la même chose. La personne travaille sur le tchat GPT. Et le chadoya, c'est ça aussi. C'est-à-dire que c'est le salarié qui garde pour lui les gains de productivité. Parce que c'est pour sa journée à lui, vous voulez dire que du coup, il a géré son temps comme il l'a voulu. Ça veut dire qu'on a encore plus flouté la frontière quand même entre le travail et la vie.
Ce qui est quand même un souci, ça pour le coup, monsieur le sociologue Yann Ferguson. Oui, complètement. Ça a été documenté d'ailleurs de la même façon que le numérique et notamment la messagerie web nous avait amené à répondre à des messages pendant nos périodes de week-end, de congés, etc. Et toujours un peu en attente pour ne pas rater le message. On continue à converser avec l'IA, à internaliser des tâches qu'on ne faisait pas avant qu'on fait avec l'IA et on le fait aussi sur des horaires de travail étendus.
Après, ce que je trouve fascinant, on va retourner au standard dans un instant et je repense à notre auditrice à l'instant, c'est est-ce qu'on utilise l'IA parce que du coup, on optimise les performances de l'entreprise chacun dans son secteur comme ils l'ont fait ensemble là dans une entreprise de 35 salariés ou est-ce qu'au fond, l'utilisation de l'IA c'est pas plutôt attendez, moi, de toute façon, voilà ce qu'on me demande quelle que soit la manière dont je le fais donc c'est mon temps à moi que j'ai optimisé et c'est moi qui décide après ce que j'en fais Yann Ferguson. C'est pas la même démarche.
Oui et en même temps, j'ai entendu aussi que chez Nathalie, le fait qu'elle utilisait l'IA parce qu'elle était débordée et donc en fait, c'est un peu la réponse technosolutionniste à un problème organisationnel. On n'est pas supposé être tout le temps débordé. Bien sûr qu'au temps en temps, il y a des charges plus importantes et il faut pouvoir les absorber mais on n'est pas supposé être en permanence débordée. Et là, la réaction de Nathalie, c'est de dire j'ai la solution technique pour gérer ce débordement qui échappe finalement au dialogue social ou à une réflexion plus large sur les conditions de travail.
Parce que voilà, si on avait embauché deux personnes de plus, peut-être qu'on serait moins débordé, pardon Nathalie. Luc, Mathieu, vous voulez ajouter quelque chose et puis ensuite, Gilles nous attend. Oui, le shadow IA, comme je le disais, ça permet aux gens de garder les gains de productivité mais c'est formidablement inégalitaire parce qu'évidemment, il y a des gens qui sont très à l'aise avec et il y a des gens qui ne sont pas du tout à l'aise avec. Et il me semble que la responsabilité aussi des collectifs de travail et des entreprises, c'est de gérer cette question. Mais d'une obligation peut-être de formation qui finira par venir, non ?
Que chacun part sur le même pied d'égalité en sachant utiliser. Elle est écrite aujourd'hui dans le règlement IA ou dans la date d'aujourd'hui. Certains voudraient faire disparaître cette obligation mais aujourd'hui, l'obligation de former, elle est dans le règlement IA européen. Voici Gilles qui nous attend depuis un moment. Pardon Gilles, bonsoir à vous. Bonsoir. On vous écoute. J'observe, moi, de mon côté que parfois, le gain de productivité n'est pas forcément très maîtrisé et en fait porté par des gens qui ne connaissent pas le métier qu'ils font grâce à l'IA et auxquels ils n'auraient pas eu accès avant l'intelligence artificielle avec du coup des problèmes de qualité du rendu.
Merci beaucoup Gilles et je trouve que cette question est passionnante, Yann Ferguson parce que, vous voyez, on parlait tout à l'heure de graphisme. C'est sûr qu'on peut sûrement grâce à l'IA faire un graphisme mais au fond, à la fin, est-ce qu'on connaît la manière dont les choses fonctionnent s'il s'agit de fabriquer une maison, les murs porteurs et pas porteurs ? Non, en fait. Donc, tout ça est aussi un peu mélangé, Yann Ferguson. Oui, on parle beaucoup du travailleur augmenté en disant, voilà, avec l'IA, on est augmenté parce qu'on peut faire d'autres choses. On va plutôt utiliser la métaphore du travailleur dopé.
L'athlète dopé, quand on lui enlève le dopage, il est faible, il n'a pas cette performance. Et là, l'idée, la réalité de l'augmentation, c'est la performance durable, c'est dans quelle mesure l'utilisation d'un outil me permet d'intégrer des nouvelles compétences. Et la dépendance à l'outil aussi, parce qu'au final, on se rend compte que si on ne comprend pas ce que l'outil fait, si on ne peut pas le faire nous-mêmes, alors on est dépendant à l'outil, comme si, même s'il s'agit juste d'un travail rédactionnel, on se dit, mais en fait, je ne sais plus écrire, donc c'est l'outil qui va écrire à ma place. Cette dépendance, elle existe déjà ? Elle a déjà été presque documentée ou pas ?
La dépendance à l'outil, c'est quelque chose qui est systématique. Dès qu'on développe des outils, progressivement, on perd les habiletés que l'on avait avant d'avoir les outils. Et là, la question qui se pose, c'est comme c'est une technologie cognitive, eh bien, on se pose la question de l'involution de nos capacités cognitives et clairement, comme on a une vision de notre espèce comme étant quand même porté par ses capacités cognitives, on n'est pas porté par nos capacités physiques, ça se saurait, eh bien, on se dit, qu'est-ce qu'on va devenir ? D'abord, on va s'affaiblir cognitivement et puis après, on pense immédiatement à la domination.
Puisqu'on domine le monde du vivant grâce à nos capacités cognitives, si du non-vivant nous domine sur les capacités cognitives, on commence à fantasmer sur plein de choses qui pourraient arriver. Et une perte d'implication, peut-être, Luc Mathieu, à certains égards aussi, après tout, puisque l'IA l'a fait, et on ne sait au fond même plus ce qu'il a fait, mais il l'a fait, et bien fait.
Il l'a fait, mais il faut être capable aussi de porter un jugement sur le résultat qu'il nous apporte parce que c'est ça aussi la question, c'est que la technologie elle-même de l'IA fait que, comme c'est un modèle statistique, la réponse, on sait très bien qu'une partie des réponses apportées par les outils ne sont pas du tout pertinentes, elles ne sont pas du tout vraies. C'est ce qu'on appelle les hallucinations, etc. Donc, si on n'est pas en capacité, quand on utilise une IA, de porter un jugement sur le résultat qu'elle nous apporte, il y a un vrai danger de faire beaucoup de bêtises. Mais ça dépend aussi, effectivement, de qui demande quel travail elle est à, vérifier par qui.
Je pense à un travail de traducteur, par exemple. Si on considère désormais qu'on fait traduire par l'intelligence artificielle, mais qu'on demande quand même au traducteur de vérifier, on a, au fond, bien dénigré son travail parce que son boulot, c'est simplement de vérifier quelque chose qu'il aurait pu faire lui-même de toute façon. Donc, il y a aussi cet écueil-là, peut-être, non, Yann Ferguson, où on fait tomber l'intérêt d'un travail. Dans ces métiers, en fait, qui sont très, très exposés à cette technologie, en tout cas, le marché les expose, eh bien, on écrase le temps du travail en deux temps, le temps de la commande et le temps de la vérification.
Mais le temps du travail, lui, il disparaît. En fait, c'est le temps du travail qui laisse sa trace, c'est le temps du travail qui génère du sens. Et parfois, on a une manière, on dirait, un petit peu valorisante de qualifier cette tâche de vérification qui n'est pas si valorisante que ça, c'est l'esprit critique. On prend ce registre académique parce que ça, qui peut être contre l'esprit critique ? Mais vérifier ce qu'a fait l'IA, ce n'est pas l'esprit critique. C'est du SAV. Et ce n'est pas du tout la même chose. Il nous reste peu de temps, mais on a du temps pour vous, Serge. Soyez le bienvenu. Bonsoir. Bonsoir. On vous écoute. Oui, je suis informaticien. J'ai passé la cinquantaine.
Je travaille chez un directeur de logiciel. Je fais pas mal de codes autrefois. Et l'IA est entrée dans ma société il y a environ un an. Il n'y a pas eu d'injonction ni d'interdit au niveau de la société. On a été relativement libres. Et moi, j'ai pu constater qu'elle apporte vraiment une vraie puissance, une performance sur pas mal des tâches rébarbatives ou même sur le codage. Par contre, je rencontre un vrai problème que j'avais déjà un petit peu avant avec l'informatique. C'est la dissonance cognitive par rapport aux impacts environnementaux de ces technologies. C'est-à-dire qu'à chaque fois que je tentais d'utiliser la VALIA, j'ai le sentiment d'abattre des arbres.
C'est un problème que j'avais déjà avant avec une explosion de la volumétrie de données, le fait de dédoubler les données dans le cloud, etc. Et qui s'est vraiment plissé. On a vraiment passé un seuil et ça me pose un vrai dilemme environnemental par rapport notamment à tous les efforts qu'on peut faire toute l'année sur la consommation, sur les transports, etc. Et qui semble totalement annihilé par l'apparition de ces technologies de plus en plus puissantes. Merci Serge pour cette remarque. Vous n'êtes pas tout seul. On a Charlotte qui dit l'IA pour la transition écologique, ça consonne énormément d'énergie, c'est donc un gouffre.
On a Clémentine qui dit l'IA au travail est aussi inégalitaire car certaines personnes se retiennent de l'utiliser pour des régions écologiques, etc. Il y en a beaucoup des comme ça, Stéphane Jourdain. On a l'impression, c'est le terme qu'avait utilisé Serge en nous appelant d'ailleurs qu'il y a une espèce de dissonance cognitive, comme si on oubliait qu'il y avait cette part-là quand on est en train d'utiliser l'intelligence artificielle.
Oui, alors après, là aussi, les choses évoluent très vite et donc c'est très difficile de faire les bilans parce qu'on sait qu'une requête à une IA aujourd'hui, elle est beaucoup plus lourde qu'une requête Internet Google classique mais en même temps, les études commencent à montrer qu'il y a beaucoup moins de requêtes à l'IA et que ça permet d'éviter d'économiser un grand nombre de requêtes pour Google et donc au final, à la fin de la journée, finalement, le bilan environnemental de votre journée de travail peut-être bénéfique, ça change, ça va très vite là aussi.
Mais est-ce qu'on y travaille à ça ? C'est-à-dire, est-ce que c'est un des axes de travail de l'IA ? Parce qu'on a l'impression que tous les grands patrons de l'IA qu'on voit beaucoup et qu'on entend beaucoup, pour le coup, là, pour eux, ce n'est pas le problème. Est-ce qu'au contraire, on y travaille, ça fait partie des arguments ?
Alors, Google s'est mis dessus, a commencé à communiquer dessus avec vraiment d'énormes efforts dans ce sens-là. Ce n'est pas le cas de tous les éditeurs d'IA. Il y en a qui n'en parlent pas. On sent que pour l'instant, on est encore quand même dans une logique de construction de data centers, d'infrastructures qui sont extrêmement lourdes, qui coûtent extrêmement cher, avec tous les jours des promesses qui sont énormes pour lever plus d'argent parce qu'il faut plus d'argent pour les infrastructures.
Écoutez, on n'aura pas fait le tour de la question, mais on est ravis de l'avoir abordé avec vous trois. Merci beaucoup. Je voudrais vous quitter avec la question d'Aurélio qui dit ceci. J'aimerais savoir comment Mme Synthès et l'équipe utilisent l'IA s'ils l'utilisent ? Eh bien, pas du tout. Et comme je l'ai souvent dit à Stéphane, je ne l'utilise non seulement jamais, mais je n'en ai presque honte, je ne sais pas l'utiliser. En fait, je suis nulle, je suis tellement boumeuse.
On va y remédier.
Peut-être qu'il faudrait. Merci beaucoup à tous.