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Podcast / conversationLe Figaro (sur YouTube)· 26 juin 2026 18 minFond programmatiqueAgriculture & alimentationÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergieSolidarités & famille

Comment sortir de la crise agricole française ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:30Hervé Le JeuneChiffre
    « La France en perdrait plus de 100000 hectares chaque année et au total quelques 3 millions d'hectares seraient à l'abandon, soit l'équivalent de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. »
  • 5:30Cyril GuémondFait
    « On veut être sur le marché mondial compétitif et on ne peut pas ne pas y être sur certaines productions, sachant qu'on a des secteurs, les céréales, le lait par exemple, où la moitié de la production est exportée. »
  • 7:30Cyril GuémondFait
    « Être compétitif par rapport au Brésil, ça sert à rien. On peut enlever toutes les normes qu'on veut en France, essayer d'avoir tous les moyens de production qu'ont les Brésiliens, on aura jamais le climat du Brésilien pour faire deux récoltes de maïs en un an. »
  • 9:30Hervé Le JeuneChiffre
    « Le Green Deal, toutes les études ont montré que c'était -15 à -25 % de la production dans les secteurs agricoles. »
  • 13:30Hervé Le JeuneChiffre
    « 2006, je me suis installé, 300 euros d'aides à l'hectare. Aujourd'hui, 200 euros d'aides à l'hectare, sauf qu'il y a une inflation de 40 %. Donc, normalement, on aurait dû passer de 300 euros à 400 euros, et on est passé de 300 à 200. »
  • 15:30Hervé Le JeuneChiffre
    « Il y a une ferme sur deux qui est pas reprise. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Les agriculteurs, ils manifestent quand même. Je pense que clairement tout le monde l'entend quand ils manifestent. Et ils manifestent sur le fait qu'ils en sortent pas économiquement.

Mais la réponse du gouvernement, c'est on va vous alléger les normes. Non, c'était pas ça les questions. Comment on fait pour améliorer le ?

Mais ça, il y a pas de réponse là-dessus. Je suis 100 % d'accord avec ce que je viens de dire Cyril, c'est-à-dire que ce sont des gesticulations à court terme. Quand on voit s'enchaîner les lois d'adaptation, les lois d'orientation, les lois d'urgence.

Et l'an prochain, il y aura encore une loi quelque chose et cetera. Bon, ça n'a plus de sens. Il y a quelques jours, nous nous sommes rendus dans l'élevage de porcs de Cyril Guémon à la ferme de Vautournon en compagnie d'Hervé Le Jeune, ancien conseiller agriculture de Jacques Chirac à l'Élysée, qui publie La Tragédie Agricole Française.

Tandis que le Parlement examine la loi d'urgence agricole qui succède à pas moins de trois autres textes votés depuis 2024 et à l'entrée en vigueur du Mercosur, tous deux expriment une certaine lassitude face à l'impuissance du monde politique à répondre durablement à la crise agricole. Pourtant, chacun porte une vision bien différente pour l'avenir de l'agriculture et nous avons voulu les faire dialoguer. En commençant par le diagnostic que dresse Hervé Le Jeune, celui d'une tragédie agricole française que montre notamment le recul des terres agricoles.

La France en perdrait plus de 100000 hectares chaque année et au total quelques 3 millions d'hectares seraient à l'abandon, soit l'équivalent de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Mais un autre point fait dire à Hervé Le Jeune que nous vivons une tragédie agricole française. Dans la plupart des secteurs, on a perdu en compétitivité.

Alors on pourrait revenir pour des raisons de normes, pour des raisons de marché, pour pour plein de raisons. Mais si on perd en compétitivité, ça veut dire que le résultat, c'est automatiquement plus d'importations, moins d'exportations. Cette tragédie en fait, c'est que au fil des ans, la France pèse de moins en moins dans les décisions agricoles.

D'abord, l'agriculture a perdu beaucoup de son intérêt au niveau politique français pour plein de raisons, notamment parce que les agriculteurs sont de moins en moins nombreux, mais surtout parce que l'Europe a pris un tel un tel poids dans la politique agricole. Les administrations sont devenues aujourd'hui des administrations gestionnaires et puis des administrations stratèges. Cyril Guémond partage une partie de ce constat, mais lui s'alarme de la concurrence et du manque de cohérence des décisions politiques.

Et là, depuis 2-3 ans, le cap il est très clair, c'est euh libéralisme, c'est la Commission européenne, euh elle ouvre les frontières et elle nous met en concurrence avec des gens qui ont des coûts de production bien plus faibles que nous. Les politiques, ce qu'on va leur reprocher aujourd'hui, c'est à la fois de vouloir une agriculture qui se veut un peu plus verte, un peu plus contraignante, mais d'être soumis au même euh au même chiffre d'affaires et même cours du mondial. Donc là, là il y a une incohérence qui est complète.

On veut être sur le marché mondial compétitif et on ne peut pas ne pas y être sur certaines productions, sachant qu'on a des secteurs, les céréales, le lait par exemple, où la moitié de la production est exportée. Parce que c'est comme ça aussi que on fait tourner des des industries. Miser tout sur l'export et du coup être soumis aux contraintes de la concurrence internationale, on sera jamais compétitif.

Être compétitif par rapport au Brésil, ça sert à rien. On peut enlever toutes les normes qu'on veut en France, essayer d'avoir tous les moyens de production qu'ont les Brésiliens, on aura jamais le climat du Brésilien pour faire deux récoltes de maïs en un an. Donc déjà à partir de là, on est on est mort dans dans le dans le film.

Le discours politique, c'est il faut être souverain partout. Sauf que la réalité depuis 5 ou 10 ans, c'est qu'on perd en souveraineté sur le plan alimentaire. Quand on regarde pratiquement euh comment est-ce qu'on pourrait mettre en place aujourd'hui une politique de souveraineté alimentaire, on a pas d'outils réglementaires pour orienter des décisions qui soient au niveau national, mais c'est pas le plus important, au niveau régional, départemental pour orienter les choix vers la souveraineté alimentaire.

Là où il y a des outils, c'est sur l'environnement. Oui, là il y a de la réglementation. Et le Green Deal, toutes les études ont montré que c'était -15 à -25 % de la production dans les secteurs agricoles.

Moi, je dis pas il faut baisser les normes pour se mettre au même niveau que les autres. Moi, je dis il faut monter les normes, il faut monter les prix. Moi je pense qu'il faudrait avoir un prix euh fixe et qui couvre les frais des producteurs par rapport au volume qui est engagé qu'on a besoin sur le marché national.

Donc c'est-à-dire euh soutenir les productions, ça veut dire euh protéger aux frontières, limiter les importations. Et réguler la production. Si on régule pas la production, forcément si on met un prix euh très intéressant, maintenant on met le prix du blé à 250 euros tonne, on va forcément tous les tous les producteurs de blé, ils vont vouloir produire le plus possible.

Et donc du coup, ça va créer un déséquilibre offre-demande. Donc il faut quand même réguler la production. Non, moi j'y crois pas.

J'y crois plus. On a eu des expériences, on a eu les quotas laitiers. À un moment, la réalité économique internationale a rattrapé le système.

Hein, parce que quand vous avez des industriels qui euh payent 400 euros la tonne euh du lait français et qu'ils ont sur main chez mondial la possibilité euh d'acheter du lait à 250 euros la tonne, il y a un moment, ils ont beau euh faire des efforts, ils se disent et ils disent à leurs producteurs "Attendez, nous on sait plus faire parce qu'on a des concurrents sur le marché international." Et puis euh la difficulté du prix garanti, on l'a eu dans d'autres systèmes. Je me rappelle d'un ministre qui disait "Il faut que le prix du cochon soit à 40 le kilo." Ceux qui sont beaucoup plus compétitifs, ils se gavent et ceux qui sont un petit peu au-dessus, ils passent plus.

Donc en fait, il y a un effet inverse de celui recherché. Et en fait, ceux qui restent, c'est progressivement ceux qui sont les plus compétitifs. Et on sauve pas les exploitations comme ça.

Surtout qu'aujourd'hui, dans le cadre de la PAC actuelle, on ne peut pas le faire. Si Cyril Guémon souhaite que l'État protège et valorise davantage la production française, c'est aussi parce qu'il a choisi des pratiques plus vertueuses conformément aux normes environnementales et aux attentes de la société. Hervé Lejeune regrette quant à lui que les dernières politiques agricoles répondent davantage à ces enjeux environnementaux qu'aux intérêts et aux contraintes des agriculteurs.

Parce que dans les exploitations d'élevage, il y a tout un débat actuellement sur le fait que en fait, ce sont les premières qui pourraient être électrifiées quasiment 100 % ce sont les premières qui pourraient être électrifiées quasiment 100 % Alors je vois ça en voyant le matériel. Mais ouais, la prochaine étape ça sera le camion de livraison de marché en électrique. Mais sur les tracteurs de 200 chevaux je suis pas encore au point.

Le citoyen euh français, il il a envie de de vivre dans un environnement sain et préservé. Donc il y a eu des normes pour préserver les pour réduire l'utilisation de de pesticides, moi je trouve ça plutôt bien. Alors là on sort quand même d'une semaine de canicule.

Il y aura un moment donné il faut quand même se poser des questions. Qu'est-ce que moi à mon échelle je peux faire à ma petite échelle évidemment, je peux faire pour essayer de limiter cet impact-là. En fait nous on fait de l'agriculture de conservation des sols.

On va essayer de travailler le moins possible le sol ou moins le perturber. Le but de tout ça c'est bah moins consommer de fioul, augmenter la matière organique euh du sol. Et limiter l'érosion.

Un des leviers qui est très important pour lutter contre le réchauffement climatique, c'est de stocker le carbone et de le réinjecter dans les sols quoi. En fait on sait pas trop ce que c'est que l'agroécologie. Avant même de parler d'un miroir aux alouettes, je dirais c'est un peu l'auberge espagnole.

Alors là on le voit très bien hein sur ce qui est travail du sol et d'ailleurs c'est quelque chose qui généralise. Mais euh le reproche que je fais c'est qu'on a vendu ça comme la solution miracle à partir des années 2010 pour les agriculteurs en leur disant euh voilà de toute manière il va falloir faire de l'agroécologie, c'est la seule voie possible. Et tous ceux qui ont promu ça, notamment nos nos brillants chercheurs, ah y compris un ministre qui a inscrit ça dans une loi, aucun n'a pensé l'agroécologie par rapport au revenu.

Et un des des livres qui a été fait sur l'agroécologie, moi ça m'a ça m'a choqué euh il y a même pas le mot revenu dedans. Il y a aucune étude aujourd'hui qui montre que l'agroécologie préserve le revenu des agriculteurs. Le terme d'agroécologie pour moi c'est euh c'est pas un modèle, c'est en fait c'est une science.

C'est l'écologie appliquée à l'agronomie. Réfléchir à comment on met en place un système qui limite les les impacts négatifs et essayer de maximiser un peu les impacts bénéfiques euh de l'agriculture. Mais en fait euh elle est pas financée ça.

Le stockage du carbone, c'est pas financé du tout. Alors que ça devrait être un des axes euh prioritaires aujourd'hui de de lutte contre le réchauffement climatique. Je je partage aussi ce que dit Cyril sur un certain point de vue, il y a des normes utiles et nécessaires.

Le problème, c'est c'est c'est le ciseau des coûts. Alors il y a les normes mais il y a aussi euh les intrants aujourd'hui en ce moment on a le problème des du coût des engrais et un certain nombre de coûts aussi qui font que on a un effet ciseau entre des prix de marché qui sont pas euh satisfaisants, enfin qui ne permettent pas en fait de couvrir convenablement les coûts de production et la rémunération des producteurs, c'est ça le le sujet. Le revenu du producteur, c'est décidément le cœur du débat.

Dans son modèle, Cyril Guémond a également choisi de valoriser ses cochons grâce au label rouge et il commercialise une partie de sa production en vente directe. S'il trouve ce modèle cohérent, Hervé Lejeune croit peu en sa généralisation et le retour du marché est l'occasion d'en parler. Sincèrement, nos prix ils sont vraiment pas chers.

Mes saucisses, elles sont à 11 euros le kilo. Le rôti de porc, ça va être ça, 12 euros. Moi je fais trois marchés par semaine, c'est c'est des c'est des villages de 1000 à 2000 habitants.

Mes clients, c'est des que des retraités quasiment. Pouvoir d'achat là clairement nous on est vraiment ras les pâquerettes. Euh on n'est pas du tout sur des sur les bobos de centre-ville de qui ont un gros pouvoir d'achat quoi.

Moi je pense qu'il est pas généralisable à l'ensemble des exploitations agricoles pour plusieurs raisons. D'abord parce que on n'a pas toujours les chefs d'entreprise qui ont envie ou qui peuvent le faire. Deuxième aspect, c'est que si tout le monde fait de la vente directe, on on retombe dans des problèmes de concurrence.

Et puis il y a un point peut-être plus fondamental, aujourd'hui la majorité des Français des consommateurs français est pauvre. Aujourd'hui, on a quand même un Français sur six qui vit en dessous en dessous du seuil de pauvreté. Et on nous dit oui mais il faut faire des arbitrages, ils ont qu'à payer l'alimentation plus cher.

Sauf que le logement aujourd'hui, c'est plus d'un tiers du coup. C'est peut-être un peu iconoclaste ce que je vais dire, mais je je je me dis aussi que des fois, on raisonne trop en agricolo-agricole. Peut-être qu'à un moment, une bonne politique de logement serait meilleure qu'une mauvaise politique agricole.

Le Label Rouge, c'est une montée en gamme. Euh, l'élevage en plein air sur paille, c'est une montée en gamme, c'est un coût de production plus important. Nous, on arrive à le valoriser parce que il y a des filières derrière, de Label Rouge à la fois en vente directe et à la fois sur la partie filière longue qui permet de valoriser, qui mettent des sur-primes pour valoriser ces ces animaux-là.

Sinon, c'est pas la peine d'essayer de faire ça, c'est pas le système le plus rentable et le plus efficace économiquement. La politique de montée en gamme que je dénonce, c'est celle qui a été annoncée à l'issue des États Généraux de la de l'alimentation en 2017. Qui était dit "On va euh pour que le revenu agricole s'améliore, il va falloir qu'on fasse de la montée en gamme partout." Ça a abouti à un échec et à une impasse parce que ça ne correspondait pas au marché.

Que ce soit celui marché national ou marché international. Et quand on discute avec la distribution, que ce soit la grande distribution, la moyenne distribution, aujourd'hui, ils ont du mal à trouver des produits français à un prix suffisamment bas pour pouvoir faire les produits qui sont les produits les plus consommés aujourd'hui, qui sont les marques distributeurs. Le Covid, ça a plutôt montré que les clients étaient avaient envie de ça.

Ils sont ils avaient du temps, ils se sont dit "Tiens, on va cuisiner et cetera." Je veux dire, la vente directe, elle a explosé au moment du Covid. C'est plutôt la guerre en Ukraine qui a fait monter les prix, inflation et là derrière, coup de bâton.

Cyril a évoqué la question de l'Ukraine qui est très intéressante. Elle est révélatrice aussi d'une chose, c'est que les Français achètent du poulet ukrainien. Ce que dit le consommateur n'est pas ce qu'il fait.

D'avoir le le steak haché dans les supermarchés à moins de 10 euros le kilo, c'est même pas le prix d'un paquet de cigarettes. Il faut avoir ce chiffre en tête quand même. 70 % de la production agricole française est transformée par l'industrie agroalimentaire.

Donc, on peut se dire "Non, on va s'intéresser qu'aux 30 % et cetera. Sauf que euh l'industrie agroalimentaire a son utilité. Que ce soit en matière de transformation, de conservation.

Opposer l'agriculture aux industries agroalimentaires, à mon avis, ça n'a pas de sens. D'autant que la moitié des agriculteurs au moins sont engagés dans leurs coopératives qui sont des outils de transformation. Moi, je suis d'accord là-dessus, c'est c'est c'est nécessaire d'avoir des industries agroalimentaires en France.

Justement, le problème, c'est plutôt que les PME, le tissu de PME agroalimentaire qui était très important en France, il est plutôt en train de de baisser. À qui profitent les ? Bah, au consommateur, hein.

En fait, aujourd'hui, tout a été mis en place pour qu'on ait les prix les moins chers possibles à la vente. Il y a quelques grandes surfaces qui sont cinq acheteurs et ils tirent tous Tout le monde veut avoir les prix les plus bas possibles. Donc, pour pouvoir vendre au consommateur, donc c'est le consommateur au final qui gagne.

Mais ça, c'est le résultat de la réforme de la PAC des années 90. Parce que le début de la politique agricole commune jusqu'aux années 90, c'était à la fois des prix bas pour le consommateur, mais une garantie de revenus aux producteurs. Où on a dit aux agriculteurs "Ben, écoutez, non, maintenant, vous allez être sur le marché et ce qu'on va faire, c'est on va vous donner des aides directes pour compenser la différence qu'il y a entre le prix du marché mondial et ce que vous touchiez auparavant." Juste pour rebondir et pour donner un exemple sur les aides, là, je suis sur le coup assez d'accord.

Euh, 2006, je me suis installé, 300 euros d'aides à l'hectare. Aujourd'hui, 200 euros d'aides à l'hectare, sauf qu'il y a une inflation de 40 %. Donc, normalement, on aurait dû passer de 300 euros à 400 euros, et on est passé de 300 à 200.

Donc, du coup, il y a une division par deux des aides à l'hectare. Et voilà. Pour sortir de cette crise agricole, Hervé Le Jeune estime qu'il ne faut pas chercher à remplacer tous les agriculteurs qui vont partir en retraite et qu'il faut favoriser l'agrandissement des exploitations comme des entreprises.

Cyril Gamond y voit deux risques, la difficulté de trouver des investisseurs étrangers au monde agricole et le renforcement du dépeuplement rural en réduisant encore le nombre d'agriculteurs. S'il y avait pas eu la baisse du nombre d'agriculteurs de l'ordre de 40 % sur la période bah le revenu individuel des agriculteurs aurait baissé de 40 %. Alors c'est pas très politiquement correct de dire ça.

Mais c'est la baisse du nombre des agriculteurs qui fait que le revenu agricole individuel se maintient. Le discours sur il faut remplacer un pour un, c'est-à-dire un agriculteur qui part par un agriculteur qui s'installe, tout ça, pour moi je pense que ça n'a pas grand sens. En plus on a un problème démographique.

C'est-à-dire on va pas faire aujourd'hui les les enfants d'agriculteurs qu'on a pas fait. La révolution silencieuse des années 60, la grande révolution agricole qui et qui fait référence dans les années 60 était basée sur le l'idée que il fallait qu'il y ait un certain nombre d'agriculteurs qui partent qui ont accéléré les départs euh d'agriculteurs pour pouvoir faciliter euh des installations mais surtout euh la rémunération des agriculteurs qui restaient parce qu'il fallait changer d'échelle d'exploitation. J'ai pas envie de ça parce que euh faut avoir conscience de ce que c'est que de baisser le nombre d'emplois en agriculture sur la démographie rurale.

C'est-à-dire à un moment donné nous on perd des habitants tous les ans dans nos villages. Donc c'est euh très important de maintenir un tissu économique en milieu rural et l'agriculture en fait partie. Alors après sur le côté euh on remplace pas toutes les fermes à un chef d'exploitation et cetera c'est c'est c'est pas forcément un discours qui va me choquer plus que ça.

De toute façon aujourd'hui c'est pas le cas. C'est-à-dire il y a une ferme sur deux qui est pas reprise. L'important c'est ?

C'est le nombre d'actifs par hectare. Alors nous sur la ferme, moi je vais reprendre le cas concret de notre ferme on a 300 hectares, on est 12 à travailler dessus. On pourrait être tout seul hein sur 300 hectares.

Sauf que derrière ça ferait pas la même chose en terme de démographie euh en rurale. Donc du coup on peut quand même avoir des fermes peut-être importantes. Moi je me considère que j'ai une ferme assez importante.

C'est important d'avoir des des des des des quelques économies d'échelle et avoir des seuils où on est rentable, mais on peut avoir plein d'ateliers différents et euh à créer de la valeur ajoutée pour être rentable autrement quoi, que en augmentant toujours la surface par unité de travail. La référence à l'exploitation familiale à deux UTH, deux unités de travailleurs humains, telle que c'était défini dans les années 60 et qui continue d'être dans les objectifs de la politique agricole, à mon avis, c'est complètement dépassé. Là où la profession est en difficulté, c'est aussi sur l'apport de capitaux extérieurs.

Il y a il y a deux modèles en fait. Soit euh les agriculteurs, ils sont maîtres chez eux, ils sont propriétaires euh de leur ferme, soit ils sont salariés. On va pas se prendre les risques et avoir des gens qui nous disent euh ce qu'il faut faire.

D'ailleurs, soit euh on travaille après on travaille 40 heures et on est salarié d'une grosse multinationale. Moi, c'est pas l'agriculture que je défends, mais euh c'est l'agriculture qui existe ailleurs dans le monde. Elle existe cette agriculture-là.

Après euh je vais vous donner un petit exemple très concret. Euh vous avez sûrement entendu parler des investissements des capitaux chinois dans euh en France. Bah, c'était dans mon canton.

C'était dans le village d'à côté. Donc, des 2000-3000 hectares, 4000 hectares achetés par des Chinois et avec des gérants euh pour gérer ces Mais en fait, ce ça a été un fiasco total. Ils n'arrivaient pas à dégager la rentabilité nécessaire pour faire fonctionner ce système-là.

Parce qu'on était dans une zone qui ne dégage pas assez de valeur ajoutée. On revient toujours au même critère fondamental, c'est qu'en fait l'agriculture, en tout cas dans notre zone, ne dégage pas assez de richesse pour être exploitée uniquement par des salariés. Ça ne fonctionne pas.

Ça fonctionne tant bien que mal parce qu'il y a des agriculteurs qui acceptent de travailler 70 heures pour un demi-SMIC. Je rejoins un aspect de ce que disait Ciel, c'est que il suffit pas de dire on va élargir la possibilité d'investissement de capitaux étrangers euh étrangers euh monde agricole, c'est c'est qu'il faut les rémunérer ces capitaux. Donc voilà, il y a pas de solution miracle hein.

Mais il y a des évolutions possibles euh parce que il y a des problèmes de financement d'un certain nombre de d'agrandissement ou de reprise qui peuvent être aidés par ça. C'est joli là le paysage hein quand même hein. [rires] Par là C'est des ronds d'argile euh ça

Comment sortir de la crise agricole française ? — Jacques Chirac · Pourquijevote