France / Algérie : histoire d'une crise - C dans l’air - l’invité - 14.01.2025
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 20 %Défensif 50 %
Questions et réponses
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- 0:00OuverteRéponse directe
Comment voyez-vous cette crise diplomatique, avec ce dernier épisode que je viens de présenter entre nos 2 pays, avec votre regard d'historien? C'est grave?
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Quand B.Retailleau dit que l'Algérie cherche à humilier la France parce que l'Algérie a immédiatement renvoyé la personne qui a été expulsée, c'est vrai?
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Dernière mesure proposée par G.Darmanin, puisque chaque jour, on parle de B.Retailleau ou G.Darmanin, avec une surenchère sur ce sujet... Il veut supprimer l'accord intergouvernemental franco-algérien de 2013 qui permet à la nomenklatura algérienne de se rendre sur notre sol. C'est une façon de dire aux dirigeants algériens qu'on ne leur facilitera pas la venue en France?
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Comment nos relations ont évolué après la guerre d'Algérie?
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On parle beaucoup de l'accord de 1968. Certains veulent le remettre en cause. Il facilitait aux Algériens l'accès au territoire français.
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Cet accord est obsolète? C'est ce que disent G.Attal, E.Philippe et beaucoup de responsables politiques. Une mesure de rétorsion à prendre serait de revenir sur cet accord.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00F.d'AlmeidaFait
« Les relations franco-algériennes, c'est un peu en accordéon. Là, on est dans une phase où on s'écarte. »
- 2:00F.d'AlmeidaFait
« Ces dirigeants utilisent beaucoup les voyages en France, notamment pour se faire soigner, faire des courses... Ils connaissent bien la France. Plusieurs ont des résidences en France. »
- 3:00F.d'AlmeidaFait
« Dans l'idée des dirigeants français de cette époque, l'Algérie ne peut pas être indépendante. C'est un territoire qui appartient à notre nation, 3 départements. »
- 4:00F.d'AlmeidaFait
« La colonisation avait duré 130 ans. »
- 5:00F.d'AlmeidaFait
« L'idée était d'améliorer la situation des travailleurs algériens en France en limitant le nombre de ceux qui viennent, en le définissant pour qu'il corresponde au marché du travail et pour qu'ils soient mieux en arrivant. »
- 6:00F.d'AlmeidaChiffre
« 10 000 francs. »
- 7:00F.d'AlmeidaFait
« Ce n'est pas tout à fait une démocratie. C'est un régime assez autoritaire qui considère que quand il y a un problème avec la France, c'est la première question à mettre en avant, le patriotisme, car le pays s'est construit contre la France. »
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... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. C'est une crise diplomatique qui s'envenime de jour en jour. La France et l'Algérie à couteaux tirés.
La France refuse d'accueillir sur son sol un des 6 influenceurs, interpellé pour une vidéo incitant à la violence. L'influenceur, qui vit en France depuis 36 ans, a été mis dans un avion et expulsé. L'Algérie dénonce une expulsion "arbitraire".
La crise s'inscrit dans une relation houleuse et douloureuse entre nos 2 pays. On en parle avec F.d'Almeida.
Merci d'être là. Vous êtes historien, vice-président de l'université Paris Panthéon-Assas, auteur de "Génies du mal". Comment voyez-vous cette crise diplomatique, avec ce dernier épisode que je viens de présenter entre nos 2 pays, avec votre regard d'historien?
C'est grave? - F.d'Almeida: Les relations franco-algériennes, c'est un peu en accordéon.
Là, on est dans une phase où on s'écarte. Il y en a eu auparavant, parfois très longues. Dans les années 80-90, il y a eu beaucoup de moments où les relations étaient très distantes, où on ne se parlait pas beaucoup ni ne s'appréciait énormément.
Là, c'est une phase de ce type. - C.Roux: On a l'impression que le sujet est très sensible.
On va revenir sur les conditions historiques entre nos 2 pays. Quand B.Retailleau dit que l'Algérie cherche à humilier la France parce que l'Algérie a immédiatement renvoyé la personne qui a été expulsée, c'est vrai? - F.d'Almeida: Il y a un enjeu.
Ca n'a pas été fait pour nous rendre service, en tout cas au gouvernement et au ministre de l'Intérieur B.Retailleau. Par moments, les dirigeants algériens le font sciemment, ils jouent des petits coups avec la France pour nous opposer sur le marché économique des mesures, ou sur le plan politique.
Ils défendent leur intérêt national de dirigeants politiques. - C.Roux: Dernière mesure proposée par G.Darmanin, puisque chaque jour, on parle de B.Retailleau ou G.Darmanin, avec une surenchère sur ce sujet...
Il veut supprimer l'accord intergouvernemental franco-algérien de 2013 qui permet à la nomenklatura algérienne de se rendre sur notre sol. C'est une façon de dire aux dirigeants algériens qu'on ne leur facilitera pas la venue en France? - F.d'Almeida: Ces dirigeants utilisent beaucoup les voyages en France, notamment pour se faire soigner, faire des courses...
Ils connaissent bien la France. Plusieurs ont des résidences en France. Si ces mesures sont prises, ça peut être ennuyeux.
En tout cas, ça les remet dans le cadre commun pour demander des visas, mais l'administration sera peut-être plus aimable pour eux que d'autres citoyens. - C.Roux: On va revenir sur l'arrestation de B.Sansal.
En tant qu'historien, vous avez récemment dit que le malaise entre la France et l'Algérie était ancien. Le général de Gaulle disait: "L'Algérie, c'est la France." - F.d'Almeida: Dans l'idée des dirigeants français de cette époque, l'Algérie ne peut pas être indépendante.
C'est un territoire qui appartient à notre nation, 3 départements. Ce malentendu, qui est réglé en 8 ans, puisqu'en 1962, l'Algérie prend son indépendance...
Ce malentendu a duré longtemps. La colonisation avait duré 130 ans. - C.Roux: Comment nos relations ont évolué après la guerre d'Algérie? - F.d'Almeida: Il y a plein d'étapes.
Une étape extraordinaire à ne pas oublier, c'est juste après la guerre d'Algérie. Des chefs d'Etat algériens qui sont des penseurs de l'après. De Gaulle veut faire oublier la défaite de la guerre d'Algérie.
Il a une idée extraordinaire et très puissante: la coopération, envoyer des jeunes qui vont être enseignants, universitaires, former l'élite algérienne, créer une amitié entre ces 2 peuples qui viennent de se séparer. Des accords militaires nous permettent de rester là-bas. Des accords sur les hydrocarbures nous permettent de continuer...
On a l'impression que ça marche. On essaie de mettre de côté la mémoire de la guerre. On n'en parle pas, c'est du passif et du passé, on oublie.
Mais au fur et à mesure, ça revient, dès 1968, année maudite pour les gaullistes. En 68, les Algériens nationalisent les hydrocarbures. C'est le premier coup qu'ils mettent, puisqu'il y avait des entreprises françaises. - C.Roux: On parle beaucoup de l'accord de 1968.
Certains veulent le remettre en cause. Il facilitait aux Algériens l'accès au territoire français. - F.d'Almeida: L'idée était d'améliorer la situation des travailleurs algériens en France en limitant le nombre de ceux qui viennent, en le définissant pour qu'il corresponde au marché du travail et pour qu'ils soient mieux en arrivant.
Beaucoup d'Algériens vivaient dans des bidonvilles. - C.Roux: Cet accord est obsolète?
C'est ce que disent G.Attal, E.Philippe et beaucoup de responsables politiques.
Une mesure de rétorsion à prendre serait de revenir sur cet accord. - F.d'Almeida: On parle beaucoup de le revoir, mais ça fait des années. - C.Roux: Au début des années 70, V.Giscard d'Estaing veut déjà commencer à revenir sur cet accord. - F.d'Almeida: Même avant.
Le premier qui a voulu, c'est Pompidou. En 71, il dit qu'il faut arrêter la coopération. Il est encore pour l'immigration, parce qu'on est un pays industriel.
On a besoin de main-d'oeuvre. Giscard voit la crise arriver, la crise pétrolière de 73, qui arrive chez nous on 74. Elle arrive chez nous et il se dit que ce n'est pas possible, d'autant plus que les Algériens se disent que c'est la fuite de leurs élites. - C.Roux: Ils proposent 1000 francs, à l'époque? - F.d'Almeida: 10 000 francs. - C.Roux: Ca ne marche pas? - F.d'Almeida: Quelques milliers de personnes sont parties.
On ciblait 500 000 travailleurs pour le retour vers l'Algérie. Ca ne fonctionne pas en 78... - C.Roux: Le vrai sujet de crispation, c'est la mémoire.
Quand E.Macron fait campagne, il évoque un crime contre l'humanité, parle de réconciliation mémorielle. Il y a un début, une main tendue de la part d'E.Macron vis-à-vis de l'Algérie.
Il fait le choix de l'Algérie. - F.d'Almeida: Je ne sais pas s'il fait ce choix, mais dans la campagne, il y va et se montre très ouvert, un peu dans la même perspective que celle de J.Chirac, en 2003, qui voyage en Algérie.
Le voyage se passe bien et c'est suivi d'un traité d'amitié. Ca se passe bien parce que Chirac a refusé l'intervention en Irak. A cette époque, les Algériens luttent contre les islamistes et sont, dans la suite du 11-Septembre, considérés comme des alliés très proches de la France.
Cette économie se rapproche et se développe. Macron se situe dans cette ligne. Mais le choix n'est pas aussi clair. 6 mois plus tard, en juin 2017, il se rend en voyage personnel au Maroc... - C.Roux: Il parle par la suite de "rente mémorielle", ce qui ne plaît pas aux Algériens du tout.
L'évocation de la mémoire revient. Récemment, le président Tebboune a accusé la France d'avoir commis un génocide dans son pays et lui demande de venir nettoyer les sites nucléaires dans le Sahara dans les années 60. On en est toujours là? - F.d'Almeida: Oui.
Ce qui est fou, c'est qu'E.Macron pensait, au début, apurer les questions mémorielles en disant qu'on reconnaissait que c'était un crime contre l'humanité, etc. Mais derrière, c'est sans fin. - C.Roux: Qu'est-ce qu'ils attendent, les Algériens? - F.d'Almeida: Il faut distinguer.
Il y a les élites dominantes, qui sont dans un régime politique particulier, militaires, qui censure beaucoup...
Ce n'est pas tout à fait une démocratie. C'est un régime assez autoritaire qui considère que quand il y a un problème avec la France, c'est la première question à mettre en avant, le patriotisme, car le pays s'est construit contre la France. - C.Roux: La grande bascule, c'est en juillet.
Reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Le ton monte spectaculairement avec l'interpellation récente de l'écrivain B.Sansal.
Le régime a justifié en disant que c'était une atteinte à la sûreté de l'Etat de la part de B.Sansal. La France est inquiète. - F.d'Almeida: La France a sa façon de réagir sur les questions démocratiques.
Elle a beaucoup soutenu le mouvement de manifestation populaire pour faire basculer le régime. C'est très mal perçu, ce soutien, en Algérie, par les élites algériennes, d'autant que B.Sansal a la nationalité française.
Il y a le sentiment que Paris s'est plus rapproché du Maroc que de l'Algérie. On a eu longtemps des relations sécuritaires fortes, depuis le début des années 2000, avec les Algériens. Depuis quelque temps, elles sont moins efficaces et moins puissantes.
Les Marocains essayent de s'y substituer. Ca s'inscrit dans un mouvement qui fait que Paris donne l'impression d'être moins ouvert à Alger. - C.Roux: Merci, F.d'Almeida.
Bruno Retailleau