Salon de l'agriculture : "L'avenir de la filière française est en train de se jouer en ce moment", affirme Jean-Michel Javelle, président de Sodiaal
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Est-ce que ça vous inquiète ?
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« Mais en tout cas des conséquences qu'il pourrait y avoir notamment par rapport au Canada avec lequel l'Europe a eu une très mauvaise idée de signer un accord de libre-échange. »
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Les vaches, les cochons, les moutons vivent tranquillement leur sixième jour au salon. Des milliers de visiteurs viennent les contempler, discutent avec les éleveurs. Et pourquoi pas goûter cette viande française sur le stand le plus imposant de ce pavillon des animaux, le stand Interbev, l'interprofession du bétail et des viandes. Entre les éleveurs et la transformation, cette filière fait vivre 500 000 personnes en France. Bonsoir Patrick Benazie. Bonsoir. Éleveur dans le Cantal et président de la FNB, la Fédération Nationale Bovine. Parlons d'abord, si vous le voulez bien, exportation avec les menaces de Donald Trump. Plus 25% de tarifs douaniers en plus sur les produits agricoles.
Est-ce que ça vous inquiète ?
Alors oui, ça nous inquiète. Alors pas forcément de la viande que nous pourrions vendre aux Etats-Unis parce qu'on n'en espédie pas beaucoup. Mais en tout cas des conséquences qu'il pourrait y avoir notamment par rapport au Canada avec lequel l'Europe a eu une très mauvaise idée de signer un accord de libre-échange. Je veux dire, notre marché, le CETA, et qui pourrait se retourner sur le marché européen si effectivement Trump taxait à 25% la viande canadienne qui rentre aujourd'hui aux USA. C'est la même chose pour d'autres continents. Donc ce qui se passe aujourd'hui en matière de repli sur soi de certains blocs, à quelque part, peut avoir des incidences.
Et c'est pour ça qu'il faut qu'on ait une Europe, une politique européenne qui soit beaucoup moins naïve sur ces sujets-là.
L'international encore, vous êtes fermement opposé au projet de traité de libre-échange. On y revient. Mais cette fois avec le Mercosur, les pays d'Amérique du Sud, ils prévoient l'importation de viande bovine. Si la porte américaine se ferme, est-ce que vous pourriez changer de position ?
Alors non. Par rapport au Mercosur, la vraie problématique, et d'ailleurs sur de nombreux pays, nous avons un modèle européen qui est basé sur l'élevage à l'herbe et avec un niveau normatif très élevé. C'est-à-dire que nous sommes une exception au niveau mondial. Et les Brésiliens aujourd'hui produisent de manière complètement différente de chez nous. C'est tout ce qui est interdit chez nous est autorisé chez eux. Ils utilisent des hormones, ils utilisent de l'ostradiol, quelque chose qui est strictement interdit chez nous. Ils utilisent des activateurs de croissance, c'est-à-dire des antibiotiques en permanence dans les rations. Ils n'ont aucune norme de bien-être animal.
Les feedlots, qui sont ces centres d'engraissement sur des dizaines de kilomètres, sont autorisés. Ce n'est pas autorisé chez nous. Nous avons un modèle familial à protéger, qui est respectueux de la nature. Les 13 millions d'hectares d'herbes, c'est deux modèles complètement différents. Et si effectivement le niveau européen ne fait pas attention, on sera remplacé demain par ces modèles que l'on ne veut pas, que notre société ne veut pas, et qu'on a su préserver jusqu'ici.
Mais les menaces de Donald Trump, ça va donner du poids à ceux qui sont favorables à ce traité de libre-échange avec le Mercosur. Je pense évidemment aux industries, l'automobile notamment. Craignez-vous plus que jamais que l'agriculture française soit sacrifiée pour ces filières ?
Il ne le faut pas. On doute aussi des intérêts offensifs qu'ont certaines industries, par rapport notamment aux Allemands. On a vu Wanderlein s'asseoir sur pas mal de positions en allant acter ce traité. Il n'est pas signé. La fin des négociations. La fin des négociations. Et nous comptons sur les politiques pour arrêter tout ça.
Emmanuel Macron a redit d'ailleurs lors de l'inauguration du salon qu'il y est opposé.
Tout à fait. Elle s'est comportée comme une simple commerciale de la marque Volkswagen et pas comme une présidente de la Commission européenne. Donc on a besoin de lisibilité. Les éleveurs et les agriculteurs de manière générale ne comprennent plus qu'on leur impose des normes aujourd'hui et qu'on aille chercher n'importe quoi à l'autre bout de la planète. On est en pleine incohérence politique. Il en va également de la compréhension des agriculteurs vis-à-vis du niveau européen. On a besoin de cette Europe mais pas d'une Europe qui fonctionne comme ça.
Bon ça c'est pour les marchés internationaux. On va revenir un petit peu en France où les Français mangent un peu moins de viande qu'avant. Moins 1,5% l'an dernier selon les chiffres du ministère. C'est particulièrement marqué pour le bœuf, le cochon, le mouton. La raison surtout paraît-il une raison économique. Le pouvoir d'achat. La viande est trop chère en France ?
Alors il n'y a pas que ça. Elle n'est pas trop chère. Certaines margent peut-être un petit peu trop aussi dessus. Les supermarchés. On a quand même du mal des fois à entendre certains distributeurs expliquer qu'ils sont là pour défendre les consommateurs. On sait les marges. On connaît les marges. On sait que certaines marges prises notamment sur la viande bovine sont très élevées. Donc malgré les quelques promotions qu'il y a, ça est là. Donc la viande, elle est à son prix. Elle est à son prix. Aujourd'hui, la difficulté qu'il y a, c'est que nous n'atteignons pas les coûts de production au niveau des catégories que nous vendons à la grande distribution.
Et malgré un discours sympathique vis-à-vis de l'opinion publique qu'à la grande distribution, aujourd'hui, ils sont extrêmement féroces vis-à-vis des négociations commerciales. Et ils ne tiennent absolument pas leurs engagements pour qu'on puisse tenir nos coûts de production.
Vous faites référence notamment à ce coup de com' en tout cas dénoncé par certains comme ça avec Karine Lemarchand qui a reçu 5 enseignes françaises ici même sur le Salomon. Puisque vous parlez des négociations commerciales, elles ont lieu jusqu'à après-demain. Comment ça se passe sur la viande ? Est-ce que vous avez des retours là-dessus ?
On a des retours, ça ne se passe pas bien. Ils ont tort. Ils ont tort parce qu'on n'a pas forcément énormément de bétail. Il y a eu une décapitalisation énorme. On a perdu 1 million de vaches.
Ça veut dire la baisse du cheptel, la baisse du nombre de vaches.
Le cheptel français a perdu 1 million de vaches. C'est énorme. Depuis 2016, c'est-à-dire dans une période extrêmement courte, 1 million de vaches, c'est énorme. Et le fait qu'ils soient durs aux achats, d'abord prouve leur irresponsabilité vis-à-vis des éleveurs d'une part. Et d'autre part, ils mettent en risque la souveraineté alimentaire demain et peut-être même l'approvisionnement de leurs rayons.
Vous défendez le manger mieux. Naturellement flexitarien, c'est le slogan qu'on voit à plusieurs endroits sur ce stand. Mais est-ce que ça marche ce slogan ? Parce que vous le dites, le nombre de vaches est toujours en baisse.
Alors, ça marche parce qu'on a un consommateur qui reste fidèle à la viande. Et nous avons espoir, en tout cas, de continuer à l'approvisionner avec, effectivement, de la nourriture, de la bonne viande, issue de nos cheptels, de nos races à viande, celles qui font les territoires français, qui font qu'il y a 13 millions d'hectares de prairies, qui font que ce modèle, avec les autres opérateurs de la filière, donne dans ce pays une viande d'exception. Donc, on croit à ce que ce soit possible. Et, en tout cas, c'est par le prix que se relanceront cette activité, que l'activité d'élevage pourra être relancée. Il le faut. L'élevage est nécessaire à l'agriculture.
Justement, comment convaincre des jeunes éleveurs ? L'élevage est particulièrement touché par la disparition des fermes d'élevage. Depuis 30 ans, le nombre a été divisé par 3.
Comment attirer des jeunes ? D'une part, en garantissant des prix, des prix d'achat. Les jeunes pourront s'installer demain que s'ils ont une garantie de prix par rapport à des contrats, sur un long terme, qui leur permettront de rembourser des prêts. Ça, c'est la première chose. Et puis, des politiques publiques qui soient extrêmement favorables à l'élevage. On a eu des politiques publiques qui ont été défavorables à l'élevage et qui ont fait que ce pays est devenu un pays céréalier à quelque part. Et toutes les terres ne sont pas appropriées pour se passer de l'élevage. Et on voit que ça devient une catastrophe dans certains secteurs.
L'agriculture a besoin d'élevage, a besoin de la matière organique de l'élevage. C'est comme ça que ça fonctionne dans la plupart des sols. Rares sont les sols qui peuvent se passer de l'élevage. Donc, l'élevage est bénéfique sur un plan environnemental, sur un plan d'équilibre agronomique, sur un plan territorial et puis également culturel parce qu'on a des habitudes alimentaires qu'il ne faut pas changer.
Tout se tient et on l'a bien compris ce soir avec vous dans l'invité éco. Patrick Benézy, éleveur dans le Cantal et président de la Fédération Nationale Bovine. Merci d'être venu sur France Info ce soir. Merci d'avoir regardé cette vidéo !