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ChroniqueLe Média (sur YouTube)· 5 novembre 2019 9 minAutoproduitActualité / polémiqueRetraitesSolidarités & familleÉconomie & entreprisesInstitutions & élections

MACRON : COUP D'ÉTAT CONTRE LA SÉCU

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:10Fait
    « À long terme, les réformes macronistes elles sont bonnes, bonnes pour l’économie. Très pédagogique. »
  • 0:25Fait
    « On ne peut pas travailler plus longtemps. »
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    « Le gouvernement a un mot d’ordre : pédagogie. »
  • 0:55Fait
    « Puisqu’on peut gagner plus au chômage qu’en travaillant. »
  • 1:15Fait
    « Les réformes sont évidemment nécessaires, s’y opposer c’est être archaïque, c’est donner dans l’égoïsme corporatiste. »
  • 1:35Fait
    « Il n’y a pas d’alternative, il n’y a pas d’alternative. »
  • 1:50Fait
    « Si le 5 décembre la mayonnaise prend à la RATP et à la Sncf ça devient ingérable. »
  • 2:10Chiffre
    « En France les institutions de Sécurité sociale gèrent un budget plus gros que celui de l’État. »
  • 2:30Fait
    « Les richesses produites au sein des entreprises sont divisées en 3 : une partie va aux salariés, une partie aux propriétaires, une partie à la Sécu, les fameuses cotisations sociales. »
  • 2:50Fait
    « Cotiser c’est obtenir le droit de participer à la gestion et aux décisions des caisses de Sécu. »
  • 3:30Fait
    « Il s’agit de faire les poches aux chômeurs, aux vieux, et aux salariés, pour remplir celles des mieux lotis. »
  • 3:50Fait
    « Avec la réforme, l’Assurance-chômage n’est plus financée par cotisations salariales et patronales, mais seulement par cotisations patronales, et aussi par la CSG, donc un impôt. »
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    « Lorsque le gouvernement ne prend plus des cotisations sur le bulletin de salaire des salariés, mais finance par l’impôt la CSG, il est quand même aussi en droit de modifier les règles d’indemnisation. »
  • 4:30Fait
    « La cotisation c’est du salaire. La partie patronale c’est du salaire super brut. Il veut supprimer ça Macron. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

À long terme, les réformes macronistes elles sont bonnes, bonnes pour l’économie. Très pédagogique. Aujourd’hui où on vit plus longtemps, on ne peut pas travailler plus longtemps.

Le gouvernement a un mot d’ordre : pédagogie. Puisqu’on peut gagner plus au chômage qu’en travaillant. On ne fera pas l’économie de travailler plus longtemps.

Il faudra donc encore et encore beaucoup de pédagogie. Bon, je voulais donner dans l’originalité, mais il y a comme un air de déjà-vu. On sait que la réforme était indispensable.

Les réformes sont évidemment nécessaires, s’y opposer c’est être archaïque, c’est donner dans l’égoïsme corporatiste. Et là beaucoup de Français se disent “finis les privilèges”. Il a fait ce qu’il était nécessaire de faire.

Donc c’est une colère de privilégiés c'est ce que vous nous dites ? Il n’y a pas d’alternative, il n’y a pas d’alternative. Mais là apparemment il se prépare de la résistance.

Est-ce qu’il y a un risque de blocage, de paralysie du pays ? Donc vous voyez on est quand même assis sur un volcan. Évidemment c’est explosif : si le 5 décembre la mayonnaise prend à la RATP et à la Sncf ça devient ingérable.

Sans la CFDT, la réforme ira vers le blocage. Regardez 95, il faut 10 jours à Alain Juppé pour exploser en vol et capituler lorsqu’il veut réformer les régimes spéciaux. Là on veut réformer les régimes de tous les Français !

Allez c’est parti, on sort le dossier de la protection sociale à la française. Pour rénover notre modèle social. On a un formidable modèle social en France, tout le monde nous l’envie.

Alors là je suis d’accord, moi aussi j’y tiens à ce modèle, il est super regardez. En France les institutions de Sécurité sociale gèrent un budget plus gros que celui de l’État. Ah bon c’est pas la même chose ?

Ah nan nan nan, la Sécu c’est pas l’État, c’est séparé. Les richesses produites au sein des entreprises sont divisées en 3 : une partie va aux salariés, une partie aux propriétaires, une partie à la Sécu, les fameuses cotisations sociales. Les chââârges !

La Sécu distribue immédiatement ces sommes aux bénéficiaires de ces 4 branches. Sans oublier les salaires des soignants. En fait la Sécurité sociale c’est un formidable outil de répartition de la valeur.

Et plus largement la protection sociale, qui comprend non seulement la Sécurité sociale, mais en plus l’assurance-chômage ou les retraites complémentaires. Mais si c’est pas l’Etat, c’est qui qui décide là-dedans ? Ouais attend, ça vient...

Cotiser c’est obtenir le droit de participer à la gestion et aux décisions des caisses de Sécu. Ce sont donc les cotisants salariés et le patronat, qui négocient les modalités de versement des prestations. Selon le nombre de sièges réservés à ses représentants, le rapport de force est plus ou moins favorable aux salariés.

En revanche c’est l’Etat qui a la main sur les taux de cotisation. Contre le chômage, et pour la précarité… Contre la précarité pardon. Mais gouvernement, Medef, et CFDT, nous disent que de grandes menaces pèsent sur ce système.

Donc il y a une réforme à faire. Ils sont nombreux… Peut-être que ça me rendra impopulaire. De plus en plus nombreux...

Ce que porte la CFDT, c’est une réforme purement de justice. Parce qu’il faudra travailler plus longtemps. Ils coûtent cher...

Monsieur Martinez dit “tout va bien, il marche bien, il est formidable ce système”. Mais je n’aurai aucune forme de faiblesse, ou de complaisance. Ok tout cela est bien beau mais que font-ils précisément ?

Prenons deux mesures phares du pack de réformes du moment. Regardons ce qu’elles font précisément au système de protection sociale. En apparence, le but est de faire des économies Pour l’Assurance-chômage, Unédic, on durcit les conditions d’accès à l’indemnisation.

Pour les retraites, on va passer à la retraite par points. Le but c’est de permettre à l’État de contrôler le niveau des pensions. C’est pas moi qui le dis d’ailleurs, c’est Fillon.

Le système de retraite par points j’y suis favorable. Mais il faut pas faire croire aux Français que ça va régler le problème des retraites. Le système par points en réalité ça permet une chose, qu’aucun homme politique n’avoue : ça permet de baisser chaque année le montant des points, la valeur des points et donc de diminuer le niveau des pensions.

Ok donc quand ils disent “sauver le modèle”, c’est pas acheter quelques ordis pour améliorer le service ou embaucher des soignants pour que les gens ne poireautent plus sur des brancards aux urgences. Je ne veux pas moi faire d’économies sur le dos des retraités… Il faudra faire plus d’économies… Nous assumons une politique de transformation et de maîtrise des dépenses. Non il ne s’agit pas de faire des économies tout en gardant constant le niveau et la qualité des prestations.

Il s’agit de faire les poches aux chômeurs, aux vieux, et aux salariés, pour remplir celles des mieux lotis. Il donne aux entreprises et au CAC 40 par des allègements de cotisations sociales, c’est-à-dire que tout cet argent-là va aller dans la poche des actionnaires, va aller dans la poche des employeurs, des gros employeurs hein, les petits ils n’en verront pas la couleur. Mais c’est encore plus grave que ça.

Souvenez-vous, le système de protection sociale à la française ce n’est pas seulement une liste de prestations, c’est aussi un mode de gestion qui donne du pouvoir aux salariés. C’est pas un “je cotise, j’ai droit”, c’est un “je cotise, je décide”. Et c’est précisément à ce principe que va aussi s’attaquer l’Etat.

Car ces réformes Macron changent aussi les règles de décision, donc on modifie les rapports de force. Vous allez voir qu’en apparence c’est purement technique, mais en réalité l’enjeu est bien politique. Avec la réforme, l’Assurance-chômage n’est plus financée par cotisations salariales et patronales, mais seulement par cotisations patronales, et aussi par la CSG, donc un impôt.

Ça signifie que si les salariés ne cotisent plus, ils perdent leur poids dans les négociations de l’Unédic. Mais alors qui décidera ? Eh bien le patronat, puisqu’il continue à cotiser et l’Etat, puisque l’impôt c’est son affaire : dès lors que le financement se fait par l’impôt, on est à la merci des choix budgétaires de l’Etat.

Lorsque le gouvernement ne prend plus des cotisations sur le bulletin de salaire des salariés, mais finance par l’impôt la CSG, il est quand même aussi en droit de modifier les règles d’indemnisation, puisque c’est le budget de l’Etat qui en finance une partie. C’est la fin d’un pilotage conjoint, patronat et syndicats, qui durait depuis 1958. Avec la retraite par points, on va passer de la négociation du montant des pensions entre salariés, patronat et Etat à un système où l’Etat et ses experts déterminent “par de savants calculs”, la valeur du point, dont dépend le montant de la pension.

C’est une prise en main technocratique de ce qui relevait du rapport de force politique. Uniformiser les retraites c’est un pas vers la justice non ? Que ce soit sur le chômage ou sur les retraites on voit que l’Etat rogne toujours plus sur le pouvoir des salariés et prend toujours plus de contrôle sur la protection sociale.

L’Etat et le patronat gagnent au grattage et au tirage. Au grattage, parce que les prestations vont diminuer, mais aussi au tirage, parce que le poids des salariés dans les négociations va être réduit. S’il veut décider qu’il crée deux porte-avions nucléaires à la place de 100 hôpitaux, il le décidera.

Tandis qu’avec le système actuel de budgets séparés il ne peut pas. Quand le budget est séparé la cotisation est pré-affectée, elle est affectée pour le chômage, pour la maladie, pour la retraite. Ca ne sera plus le cas !

Pourtant il a raison hein, et ça correspond à une tendance historique qui voit l’Etat avaler progressivement la Sécu. À la création de la Sécurité sociale moderne en 45 les représentants des cotisants salariés y étaient majoritaires et élisaient les administrateurs des caisses. C’est en 67, sous de Gaulle, qu’on passe à 50% salariés, 50% patronat, c’est le paritarisme.

En 90, Rocard crée la Contribution Sociale Généralisée, impôt qui a pour but de remplacer la cotisation, et qui prendra une part croissante dans le financement de la Sécu. Ajoutons que depuis Juppé en 96 le Parlement vote chaque année une Loi de Financement de la Sécurité sociale, qui lui fixe des objectifs en termes de dépenses. Sans parler des multiples fois où l’Etat a prétexté du trou de la Sécu qu’il avait lui-même contribué à créer pour justifier ses ingérences dans la Sécurité sociale.

La cotisation c’est du salaire. La partie patronale c’est du salaire super brut. Il veut supprimer ça Macron.

Je parachève l’évolution commencée dès Michel Rocard, d’ailleurs, à la fin des années 80. C’est-à-dire celle qui consiste à transférer des cotisations vers la fiscalité. Pour les allocations chômage comme pour les retraites, Macron veut étatiser la Sécurité sociale.

Il veut faire oublier que les ressources de la Sécurité sociale c’est l’argent des salariés que les syndicats sont légitimes à gérer. Plus l’Etat avance, et moins les salariés ont les moyens de résister aux nouveaux assauts réformistes. Il s’agit d’un “effet cliquet” : tout pack de réformes contient des mesures qui rendront encore plus difficile la contestation du pack de réformes suivant.

Le gouvernement ne sauve donc pas le système de protection sociale français, il le transforme radicalement, en en sapant les fondations c’est-à-dire en privant les travailleurs du pouvoir de décider de ce qu’ils font du fruit de leur travail. Que les gens ont du mal à comprendre… Ils n’y croient même pas. Il va pas nous faire ça ?

Si il va le faire ! Voilà, donc réveillons-nous comme on dit. Mobilisez-vous !