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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 7 novembre 2025 7 minContradictoireActualité / polémiqueBudget & impôtsÉconomie & entreprises

Shutdown aux Etats-Unis, annulation de vols : "Le blocage vient des deux côtés", précise une chercheuse

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    « le deuxième plus long shutdown avait déjà eu lieu sous la présidence Trump entre décembre 2018 et janvier 2019 »

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Présentateur

6h20 sur France Inter.

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Invité

France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9.

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Présentateur

Et votre invitée Marion ce matin est chercheuse en sciences politiques, invitée à la Brookings Institution à Washington, la capitale américaine.

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Invité

Bonjour Tara Varma. Bonjour. Merci de veiller pour être avec nous. Je crois qu'il est minuit 20 chez vous ? C'est ça, tout à fait, oui. Merci d'être avec nous pour nous expliquer le shutdown aux Etats-Unis puisque la France n'est pas la seule à avoir du mal à boucler ses budgets. Les Etats-Unis aussi, ils vivent même d'ailleurs le plus long shutdown de l'histoire, 37ème jour de paralysie budgétaire puisque les Républicains et les Démocrates n'arrivent pas à s'entendre, notamment au Sénat. Et Tara Varma, ça a des conséquences très concrètes pour les fonctionnaires et pour les citoyens américains en général, lesquels ? Absolument.

Alors, déjà les fonctionnaires, on parle de centaines de milliers de fonctionnaires qui sont au chômage technique. Plus de 600 000. Certains sont forcés de travailler sans être payés. En fait, ils ne seront pas payés tant que la crise dure. Et d'autres sont forcés d'être au chômage et de ne pas non plus toucher de salaire, évidemment. Et donc, ils essayent de faire des petits boulots à côté. Quant aux millions, 42 millions de citoyens américains qui bénéficient des programmes alimentaires, ils sont vraiment en danger aujourd'hui parce que l'administration Trump refuse de les financer tant que le shutdown a lieu.

Et voilà, on se parle donc de 42 millions de personnes qui risquent d'avoir faim, de ne pas manger à leur faim aux Etats-Unis, le pays le plus riche du monde là, aujourd'hui et demain. Et sans parler également des milliers de vols aériens annulés par exemple, puisque les contrôleurs aériens sont également ne sont plus payés. D'où est-ce qu'il vient ce shutdown Tara Varmal ? Les républicains qui sont plus nombreux au Sénat doivent quand même négocier avec les démocrates ? Tout à fait. C'est un blocage de la réouverture de l'État fédéral qui se fait sur des questions de financement de la santé des Américains.

Les démocrates argumentent qu'ils rejettent les hausses massives d'assurance santé que les républicains veulent mettre en place. Et les républicains, de leur côté, disent qu'ils ont besoin que les démocrates viennent à la table des négociations pour essayer de se mettre d'accord sur un budget. Pour l'instant, on voit que les deux parties ont échoué pour valider les fonds nécessaires à la mise en place de ce budget. Ça devait être avant le mardi 30 septembre. Et donc là, comme vous l'avez dit, on est au 37e jour de shutdown. C'est totalement inédit. C'est le plus long shutdown de l'histoire politique américaine.

Le deuxième plus long shutdown avait déjà eu lieu sous la présidence Trump entre décembre 2018 et janvier 2019. Mais ça avait été réglé. Là, on ne sait pas du tout ce qui va se passer. Vous avez évoqué les aéroports qui vont être fermés et notamment la réduction de 10% des vols sur le territoire américain dans les jours à venir. Donc ça fait à peu près 4 000 vols qui vont être annulés. Colossal. Et cela, c'est colossal.

Et on est à trois semaines maintenant, jour pour jour, de la fête de Thanksgiving qui est en fait la célébration, la fête que la majorité des Américains célèbrent et qui est l'occasion pour eux de se retrouver en famille et qui, du coup, cause normalement à des Américains de voyager à travers le pays. Si jamais la réduction du nombre de vols se confirme et qu'évidemment, le shutdown n'est pas réglé d'ici à Thanksgiving, ça voudra dire qu'il va y avoir là aussi des millions d'Américains qui ne pourront pas célébrer ce moment en famille, ce qui inquiète l'administration et qui inquiète aussi les démocrates.

Et à cela s'ajoute le contexte politique cette semaine où il y a eu des victoires démocrates dont on a beaucoup parlé évidemment en France, à la mairie de New York, Zoran Mamdani, mais il y a aussi les gouverneurs de Virginie et du New Jersey, des démocrates qui ont été élus. Et une proposition de redécoupage de la carte électorale en Californie, proposée par le gouverneur démocrate, Gavin Newsom qui est passée. Et donc toutes ces victoires démocrates ont évidemment provoqué la fureur de Donald Trump de l'administration.

Et il y a une vraie question aujourd'hui qui est de savoir si ces victoires vont conduire l'administration à être plus conciliante dans ses négociations avec les démocrates ou si au contraire elle va décider de ne pas être conciliante du tout et de rester sur ses positions. Alors très concrètement, il porte sur quoi ce blocage ? C'est sur une question de couverture santé en fait ? Oui, tout à fait. C'est sur une question de couverture santé. Il y a un désaccord. Les démocrates ont envie que la couverture santé s'étende en fait, soit augmentée en faveur des ménages avec les plus bas revenus et les républicains veulent supprimer ces aides.

Et ils n'arrivent pas à se mettre d'accord là sur un financement du budget sur lequel ils s'étaient toujours mis d'accord dans le passé. Mais les démocrates voient une opportunité aussi là maintenant de tenir une position assez forte qui est plutôt approuvée par la population américaine. On le voit, l'administration a de manière répétée cherché à faire peser la responsabilité du shutdown sur les démocrates. Et dans les derniers sondages qui sont sortis aux Etats-Unis, on voit bien une majorité de citoyens américains rejeter la faute du shutdown sur l'administration qui est au pouvoir, qui a la majorité au Congrès, qui a évidemment la présidence et puis aussi la majorité à la Cour suprême.

Donc il y a eu une forme d'incompréhension des citoyens américains de l'administration à ne pas réussir à avancer. C'est ça, parce que cette semaine, Donald Trump, justement suite à la victoire de Mamdani à la mairie de New York, il l'attribuait à ce shutdown. Il disait que c'est la faute effectivement des démocrates. D'après vous, ce sont vraiment les démocrates qui bloquent ? Honnêtement, c'est des deux côtés. C'est-à-dire que les Républicains ont décidé de totalement fermer, de se mettre dans un mode de recess. Donc le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a complètement fermé la Chambre des représentants.

Tous les parlementaires américains sont actuellement dans leur circonscription, alors qu'en période de shutdowns qui se passent habituellement, ce sont des négociations en sous-main entre les deux parties pour s'assurer que le shutdown soit conclu le plus rapidement possible. Et là, le président de la Chambre, qui est un Républicain, travaille activement à ce qu'une résolution ne soit pas trouvée. Mais c'est principalement parce que Donald Trump, pour l'instant, ne veut pas céder. Il a bien dit qu'il n'avait pas envie de céder. En fait, les deux parties se regardent en chien de faïence.

Les Républicains disent qu'ils seraient prêts à discuter du budget une fois que les démocrates viennent à la table des négociations. Et les démocrates disent qu'ils ne viendront à la table des négociations que quand ils auront eu cette concession de la part des Républicains. Donc, on attend de voir dans les prochains jours si ça va se débloquer. L'annonce de la réduction du nombre de vols et surtout, évidemment, la suppression de l'aide et des programmes d'aide alimentaire inquiètent beaucoup et pourraient faire basculer quand même un peu les choses, les gens l'espèrent, dans les prochains jours.

Voilà, vous évoquez les voies de sortie, il nous reste quelques secondes, mais en fait, finalement, est-ce que la seule voie de sortie, c'est une scission du Parti démocrate dont certains accepteraient de négocier face, justement, au mécontentement citoyen et populaire ? Je ne pense pas parce que là, c'est vraiment une toute petite minorité de parlementaires démocrates qui sont en faveur de la réouverture de la fin du shutdown à l'encontre de la position officielle de leur parti. Donc là, je ne crois pas du tout à la scission. Tara Varma, chercheuse en sciences politiques, invitée à la Brookings Institution à Washington DC. Merci beaucoup de nous avoir expliqué le shutdown sur France Inter.