Catherine Arenou, maire DVD de Chanteloup-les-Vignes : "les maires doivent être ceux qui signalent les sorties de route de la République"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 1:59OuverteRéponse directe
Comment avez-vous vécu cette semaine en tant que maire de Chanteloup-les-Vignes ?
- 3:11OuverteRéponse directe
Quand on est maire, ça veut dire quoi porter la population ?
- 4:38OuverteRéponse directe
Est-ce que détecter des signes de radicalisation fait partie du travail des maires ?
- 6:15OuverteRéponse directe
Quels sont vos interlocuteurs pour signaler une radicalisation ?
- 6:55OuverteRéponse partielle
Faites-vous un lien entre communautarisme et radicalisation ?
- 10:04RelanceRéponse directe
Partagez-vous le diagnostic d'Emmanuel Macron sur le séparatisme ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:00Invité politiqueFait
« Il est évident qu'on doit être ceux qui voient, qui découvrent, qui signalent toutes les sorties de route de la République. »
- 5:24Invité politiqueFait
« J'ai signalé une fois. J'en ai un souvenir extrêmement ému, puisque une fois que la personne que j'ai signalée a été convoquée par la police et comme il a su que c'était moi qui l'avais signalée, il a déboulé dans mon bureau en sortant juste du commissariat de police et il n'avait pas les termes les plus tendres à mon égard. »
- 5:42Invité politiqueFait
« C'était un signalement de radicalisation. »
- 5:57Invité politiqueFait
« C'est quand on ne voit plus apparaître des enfants sur le territoire qu'on commence à être le plus vigilant. »
- 10:08Invité politiqueFait
« Vous savez que ça fait des années qu'on le dit. Pendant tout un temps, il était même inaudible notre discours. »
- 10:36Invité politiqueFait
« L'État continue à mettre, par sa compétence logement, les publics les plus précaires, ceux qui ont le moins le choix. »
- 14:56Invité politiqueChiffre
« On est combien aujourd'hui de logements sociaux ? 46. »
- 16:49Invité politiqueChiffre
« 600 logements ont été construits sur la ville de Chanteloup, ce qui est quand même très important pour une ville de 10 000 habitants. »
- 17:30Invité politiqueFait
« Les familles monoparentales sont plus nombreuses que ce qu'il y avait il y a 10 ans. »
- 17:44Invité politiqueFait
« On crée en fait une population, une population qui vient la contrainte et forcer avec et qui vient avec tous ces handicaps, ces difficultés déjà. »
- 28:01Invité politiqueFait
« on était dans des enfermements qui, pour adultes comme enfants, étaient très préoccupants »
- 28:13Invité politiqueFait
« on a essayé de monter malgré le confinement le maximum de relations avec les enfants »
- 28:27Invité politiqueFait
« on n'a pas envie de revivre ça »
Temps de parole
- Catherine Arenou57 %
- Présentateur32 %
- Invité4 %
- Invité 23 %
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Bienvenue dans Politique, notre invitée aujourd'hui, Catherine Arnoux. Bonjour Catherine Arnoux. Bonjour. Vous êtes maire d'hiver droite de Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines. Vous êtes maire depuis 2009, réélu récemment. La première fois, c'était sous les couleurs de l'UMP. Vous êtes par ailleurs vice-présidente de l'association des maires ville et banlieue, vice-présidente également de la communauté urbaine Grand Paris, Seine et Oise. De l'assidération, de la colère, mais aussi beaucoup de confusion. Voilà ce qui domine depuis vendredi dernier, depuis l'assassinat de Samuel Paty à Conflans-Saint-Honorin, dans les Yvelines.
Nouvelle victime du terrorisme islamiste, l'enseignant est devenu l'instrument de règlement de compte politique. Ce drame devrait pourtant, et tout autant en tout cas, inciter à la réflexion. Comment l'assassin, jeune homme arrivé en France à l'âge de 6 ans, en est-il arrivé à commettre cet acte abominable ? Dans le nécessaire travail de détection des signes de radicalisation, les maires sont en première ligne. Vigis de la République, ils sont au contact du terrain, et donc au plus près pour alerter la société, ce qu'ils font d'ailleurs régulièrement, sans être toujours entendus.
Car lutter contre ces phénomènes de radicalisation, contre ce que d'aucuns qualifient de séparatisme, suppose aussi de prendre le problème à la source. C'est-à-dire pas seulement au niveau sécuritaire, mais aussi social et territorial. Ce qui revient notamment à questionner le bilan de la politique de la ville. C'est autour de ces questions que nous allons donc discuter avec vous, Catherine Arnaud, dans ce nouveau numéro de politique. Mais je voudrais d'abord poser la question de savoir comment est-ce que vous, vous avez passé cette semaine en tant que maire de Chanteloup-les-Vignes, commune qui est très proche de celle de Conflans-Saint-Honorin.
Les deux communes appartiennent d'ailleurs à la même communauté urbaine.
Oui, plus que ça, les deux communes appartiennent au même canton dont je suis conseillère départementale, puisque je m'occupe aussi au département de la politique de la ville et de l'insertion. Donc c'est une ville proche, c'est une ville voisine, c'est une ville amie. Il y a un certain nombre de nos jeunes écoliers qui vont à certains collèges de Conflans. Donc c'est vraiment une ville avec laquelle on a des liens très proches. Moi je l'ai ressenti comme si ça nous arrivait chez nous. Quelque chose qui était extrêmement violent pour les habitants, extrêmement violent pour le territoire, pour les élus aussi. Mon voisin, maire de Conflans-Saint-Honorin, a vécu un moment de drame.
Et puis il faut aussi porter la population qui vit dans le drame, qui vit dans une espèce de tétanisation, devant quelque chose qu'elle n'imaginait pas. Conflans-Saint-Honorin, c'est une ville assez paisible, assez calme, bien irriguée par les RER, enfin une ville dans laquelle il y a à la fois de l'emploi, de l'habitat tranquille. Et donc c'est une ville qui est tétanisée par ce qui lui est arrivé.
Quand vous dites justement leur porter la population, quand on est mère, ça veut dire quoi ? La rassurer ? Ça veut dire aussi peut-être être attentive à ce qu'il n'y ait pas des tensions qui se créent ?
Alors il faut d'abord accompagner, parce que la douleur, on la vit ensemble et on l'accompagne. Donc il faut écouter. Mais évidemment, dans ces grandes douleurs, après le temps de stupeur qui fait que plus personne ne pense, personne ne parle, personne ne bouge, il y a après une espèce de règlement de compte, puisque chacun trouve toujours des excuses, des explications, des responsabilités, des culpabilités. Déjà le sujet est tellement grave qu'il faut que la population ne se divise pas. Ce n'est pas si simple que ça. Je sais que Laurent Brosse, le maire de Conflans, a eu bien évidemment beaucoup de soutien. Il a eu beaucoup à soutenir.
Mais il a certainement entendu, et je sais qu'il a entendu aussi, des propos qui étaient insupportables. Et là, il faut surtout apaiser tout le monde et revenir dans un langage de vérité, qui est le seul qui peut être entendu. C'est-à-dire, nous sommes dans une société laïque, sur laquelle personne ne doit revenir dessus. Nous sommes dans une société, nous, mères élus locaux, nous avons un rôle dans le phénomène de l'accompagnement des enfants, dans le phénomène éducatif. C'est là d'ailleurs qu'il faut, à mon avis, cibler notre rôle. Et nous avons aussi un rôle d'apaisement des populations.
Alors ce rôle d'apaisement, Catherine Arnaud, il intervient évidemment après qu'un drame comme celui-ci a eu lieu. Mais il y a aussi peut-être un rôle de prévention, de détection. Pour rester sur cette question de la radicalisation islamiste, est-ce que vous considérez en tout cas que cela fait partie du travail des maires que d'être extrêmement vigilants et d'éventuellement détecter des signes de radicalisation et auquel cas même de les signaler à l'État ou aux autorités de l'État ?
Il est évident qu'on doit être ceux qui voient, qui découvrent, qui signalent toutes les sorties de route de la République. Et à chaque fois que quelqu'un a un propos qui s'oppose à la République, que ce soit dans le fait religieux ou ailleurs, notre rôle, c'est quand même de le signaler. Ça vous est déjà arrivé, vous, par exemple, depuis que vous êtes maire, depuis 2009 ? Très officiellement. Sinon, les signalements se font souvent par les services de l'enfance. Mais très officiellement, oui, j'ai signalé une fois.
J'en ai un souvenir extrêmement ému, puisque une fois que la personne que j'ai signalée a été convoquée par la police et comme il a su que c'était moi qui l'avais signalée, il a déboulé dans mon bureau en sortant juste du commissariat de police et il n'avait pas les termes les plus tendres à mon égard.
C'était un signalement de quel ordre ?
C'était un signalement de radicalisation. Je l'avais vu et je pense que tous les maires le voient comme ça, par l'effacement des enfants de la vie locale, à la fois de la vie scolaire, parce que les enfants sont vite déscolarisés, de la vie culturelle, de la vie sportive. C'est quand on ne voit plus apparaître des enfants sur le territoire qu'on commence à être le plus vigilant.
Ce signalement, qu'est-ce qu'il est devenu ensuite ? Vous avez su la façon dont il était traité ?
Je sais qu'il y a eu un suivi, je ne sais pas la suite, ça fait quelques années de ça. Ça vaudrait le coup que j'aille revoir.
Vos interlocuteurs, justement, à la matière, Catherine Arnoux, qui sont d'abord les forces de police, c'est le préfet du département ?
Il faut signaler au procureur, il faut signaler au service de l'enfance lorsqu'il y a un risque, il y a toujours un risque pour l'enfance. Ça s'appelle de l'enfance en danger, ni plus ni moins. Un enfant qui est exclu de toute socialisation. Donc voilà, c'est les deux volets, c'est le procureur et les services de l'enfance.
Ce drame du terrorisme islamiste, il est intervenu quelques jours après qu'Emmanuel Macron a fait un discours au Mureau, autre localité qui se trouve dans le département des Yvelines, sur la question du séparatisme islamiste. On va en écouter un extrait, mais avant cela, je voudrais savoir si vous, vous faites un lien, justement, entre communautarisme et radicalisation. Et si oui, lequel ?
Moi, je fais un lien dans la mesure où on a mis, mais on peut en parler plus tard, on a créé des sociétés, des micro-sociétés, les banlieues ne sont jamais que des micro-sociétés, sur lesquelles on a... Quand je dis « on », c'est un « on » collectif, c'est-à-dire l'ensemble de la collectivité nationale est complètement responsable de ça, dont l'État, d'abord. On a créé des micro-situations de dangers extrêmes.
On a cumulé toutes les difficultés, et cumulant toutes les difficultés, on a aussi cumulé les minorités, et donc on a mis tout le monde dans une espèce d'État, non seulement d'avoir des difficultés à s'intégrer dans un avenir en commun, mais surtout de le vivre avec un sentiment de minorité, c'est-à-dire de victimisation. Qui dit victimisation ? Vous savez, dès que vous avez le sentiment de victimisation, vous pouvez être pris par n'importe qui qui vous fait transformer le sentiment de victimisation en sentiment de vengeance. C'est assez facile.
Et donc, en fait, on a quand même créé ces espèces de cocotte-minute à plusieurs endroits, et on l'a vu, la radicalisation ne se fait pas que dans nos quartiers, peu s'en faut. Mais c'est vrai qu'on est, nous, on a une vigilance du coup accrue, puisqu'en fait, il faut essayer de contrebalancer cette espèce de cumul de difficultés, de précarités. Il faut le contrebalancer, c'est-à-dire qu'il faut fabriquer des outils qui permettent d'aller plus vite, d'aller plus loin, d'aller plus facilement, ce que rien ne vous obligeait.
Quand vous arrivez dans un territoire, que vous êtes d'une population immigrée, qu'on vous a proposé un logement social et que vous n'avez pas eu d'autre choix que d'y aller, vous venez ici par défaut, vous êtes dans un contexte où vous ne connaissez personne, vous allez donc rattraper ce qui est le plus proche de vous, c'est-à-dire votre communauté, la communauté religieuse, la communauté d'origine de pays. Naturellement, toutes les minorités font ça partout dans le monde.
Et là, vous vous créez, si en plus les choses sont compliquées pour vous parce que vous n'avez pas d'emploi, vous ne comprenez pas le français, vous vous créez dans une ambiance de minorité, donc dans une ambiance de victime. Et de la victime, certains bien intentionnés vous transforment en coupables.
Alors ce que vous dites est assez proche en fait du diagnostic qu'a pu faire justement Emmanuel Macron lors de son discours au Mureau. Écoutez-le, c'était donc le 2 octobre dernier.
Nous avons nous-mêmes construit notre propre séparatisme. C'est celui de nos quartiers. C'est la ghettoïsation que notre République, avec initialement les meilleures intentions du monde, mais a laissé faire. C'est-à-dire que nous avons eu une politique, on a parfois appelé ça une politique de peuplement, mais nous avons construit une concentration de la misère et des difficultés. Et nous le savons très bien. Nous avons concentré des populations souvent en fonction de leurs origines, de leurs milieux sociaux. Nous avons concentré les difficultés éducatives, économiques dans certains quartiers de la République. Catherine Arnoux, je rappelle que vous êtes
maire de Chanteloup-les-Vignes, conseillère départementale dans le département des Yvelines où se trouvent également les Mureaux. Emmanuel Macron y était donc pour ce discours. Est-ce que vous partagez tout ce que vient de dire le chef de l'État ?
Vous savez que ça fait des années qu'on le dit. Pendant tout un temps, il était même inaudible notre discours. Quand je dis notre discours, c'est le discours des maires de Bonlieu qui voient arriver les flux. Il était complètement inaudible, voire on avait l'impression de dire des gros mots quand on disait ça. Le premier qui a osé en parler, c'est Manuel Valls, si je me souviens bien. Le premier qui a utilisé le mot de peuplement. Et enfin, pour avoir rencontré le président de la République plusieurs fois, nous avons redit et re-redit ce qui continue à être. C'est-à-dire que l'État continue à mettre, par sa compétence logement, les publics, les plus précaires, ceux qui ont le moins le choix.
Et moi, je suis très attentive à cette notion de choix parce qu'autour de vous, vous trouverez la plupart du temps des gens qui choisissent d'aller habiter où ils veulent, où ils habitent. Alors que dans le logement social très dense comme sont nos banlieues, les gens ne viennent que parce qu'ils n'ont pas d'autre choix et tous ceux qui ont le choix ne viennent pas. On crée en fait une population, une population qui vient la contrainte et forcer avec et qui vient avec tous ces handicaps, ces difficultés déjà.
Vous mentionnez Emmanuel Valls par rapport alors à cette notion de politique de peuplement. Il me semble quand même qu'il y a une différence assez nette entre ce que lui disait en tant que Premier ministre et ce que dit aujourd'hui Emmanuel Macron, chef de l'État. c'est sur aussi la recherche de la responsabilité de la République elle-même par rapport à ces situations. On se souvient, enfin si ma mémoire est bonne, que Emmanuel Valls après les attentats de 2015 déniait le fait qu'on puisse questionner les raisons qui avaient poussé certains de ces jeunes à aller vers le terrorisme islamiste.
Est-ce que vous, en tout cas vous vous dites que pour lutter contre la radicalisation, il faut aussi se demander ce qui a poussé et quelles sont les raisons peut-être économiques sociales, territoriales qui ont poussé à cette radicalisation ?
Oui, alors qu'on soit clair, ça n'est pas chercher des explications, ça n'est pas chercher des excuses et ça n'est pas justifié. Ce n'est pas du tout le sujet.
Explication, excuse, ce n'est pas la même chose.
Absolument. D'autant plus que notre job, nous maires de banlieue, ça n'est pas de lutter contre la radicalisation. C'est de lutter contre les disparités, la désespérance, le fait que nos collectivités et donc leurs habitants ont moins de chances de réussir, moins de chances de vivre bien qu'ailleurs.
Et en luttant contre ces disparités, on se donne davantage de chances de lutter contre la radicalisation.
En luttant contre ces disparités, on se donne l'avantage de chances de lutter contre tous les dysfonctionnements, même si le monde n'est pas assez fort. Le premier, c'est la délinquance, mais un très important, c'est la radicalisation.
Alors, il y a un des outils qui permet de lutter contre ces disparités, c'est l'ANRU, Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine. Non, ce n'est pas la Révolution. Ce n'est pas la Révolution, c'est la Rénovation. C'est quelque chose qui a été créé par un ancien ministre de la Ville, en l'occurrence Jean-Louis Bourleau, à qui vous avez donné le nom d'un nouveau lieu dans votre ville, Chanteloup-Lévingne, Catherine Ardoux.
Il y a une quinzaine de jours et ce lieu-là, c'est un lieu un peu symbolique, c'est le lieu de ce qu'on appelle la maison du projet, c'est là où l'ensemble des acteurs, y compris les habitants et surtout les habitants, devront se réunir pour continuer à travailler le projet et c'est aussi le lieu de la réflexion sur la cité éducative, notre cité éducative étant très, très avancée et là où les habitants vont continuer à la construire parce que je crois très important dans des situations un peu compliquées comme ça que l'ensemble des acteurs qui décident de réfléchir sur un projet d'avenir, ils aient aussi le sentiment d'appartenir, donc d'être dans un endroit qui est le leur.
Quand on est balloté à droite et à gauche dans des salles de réunion et dans des endroits différents, on n'a pas l'impression de travailler pour un projet commun. Donc voilà, le lieu et le lieu qui s'appelle Jean-Louis Bourleau, c'est vrai que c'est un peu dans le symbole mais c'était aussi nécessaire.
Mais au-delà des liens d'amitié dont j'imagine qu'il vous lit avec Jean-Louis Bourleau, pourquoi c'était important pour vous peut-être de donner ce nom et de faire aussi référence sur la politique de la ville ? Dans quel état elle est aujourd'hui pour vous, la politique de la ville ? Je précise d'ailleurs qu'elle a été nommée cet été une ministre déléguée à la ville qui est une députée des Yvelines, décidément, Nadia Haï, je ne sais pas si vous avez des relations particulières avec elle.
députée de la région de Trappes, oui, je le connais bien. Alors, plusieurs questions. Pourquoi Jean-Louis Bourleau ? Pourquoi ce nom-là ? Mais parce que Jean-Louis Bourleau a été la personne qui a révolutionné la politique de la ville, le renouvellement urbain et qui a révolutionné Chanteloup. Très clairement, s'il n'avait pas été là et s'il n'avait pas eu cette inspiration de l'enrue, certains disent qu'entre autres il l'a eu à Chanteloup mais il l'a eu dans plusieurs territoires qu'il a traversé, s'il n'avait pas eu cette inspiration de l'enrue, Chanteloup serait dans une désespérance absolue.
Il faut imaginer quand même que notre petit territoire de moins de 10 000 habitants à ce moment-là, dont à ce moment-là 82% de logements sociaux, a bénéficié... On est combien aujourd'hui de logements sociaux ? 46. A bénéficié d'un programme extrêmement ambitieux qui a été utilisé, vous l'imaginez bien, à plus de 100% et un programme qui a vraiment changé les conditions
de vie des habitants. Dans ces conditions, pourquoi avoir signé cette tribune dimanche dernier dans le journal du dimanche qui demandait à l'État d'avoir une action un peu plus significative en la matière sur la rénovation urbaine et plus largement sur la politique de la ville ?
Pour deux raisons. La première, c'est que si le projet de rénovation urbaine numéro 1 a avancé alors qu'il se crée et on a appris à marcher en marchant, il a quand même eu de superbes résultats et le PRU2, tout le monde y avait mis des espoirs considérables. Rappelez-vous que les projets ont été déposés en 2016 ? 2016-2020, pour ceux qui avaient fini leur premier projet, c'est-à-dire qu'il ne se passe plus rien. Or, Jean-Louis Borloo le dit, mais il n'est pas le seul à le dire, les habitants ont besoin de voir pour croire et revoir arriver des grues dans les villes, c'est revoir qu'il se passe quelque chose et il ne se passe rien actuellement.
On a eu un temps extraordinairement long d'études, on est un certain nombre à être prêts à partir, mais il y a beaucoup encore de territoires qui sont loin d'être prêts à partir et après, on se pose la question qui je pense est justifiée de la somme nécessaire qu'il faudra pour accompagner tous ces territoires. Deuxième sujet, la politique de la ville puisque la politique de la ville c'est aussi ce qui lie l'humain. Et bien sur un territoire comme le nôtre, on passe de 82% à 46%, c'est-à-dire que non seulement on démolit... De logements sociaux, je rappelle. De logements sociaux.
Non seulement on démolit, mais pas seulement on crée un parcours résidentiel qu'on n'avait pas la possibilité de créer avant parce que l'image de la ville était détestable et donc maintenant on arrive à faire construire du logement privé, d'accession sociale, c'est-à-dire pour les gens qui sortent du logement social et qui ont envie de devenir propriétaires. Voilà. Et ça s'est créé, 600 logements ont été construits sur la ville de Chanteloup, ce qui est quand même très important pour une ville de 10 000 habitants. Donc vous vous dites, ça y est, on a créé la mixité sociale, on a créé le rééquilibre et tout va bien.
Et bien non, tout ne va pas bien parce que s'il y a ce 46% de logements sociaux, ces logements sociaux-là qui se vident des habitants qui trouvent un parcours résidentiel sont de nouveau remplis par l'État dans sa compétence logement par des publics toujours plus précaires. Et donc en fait, si vous regardez, si vous refaites des études sur ce qui compose ce logement social, et bien vous vous apercevez que les gens sont plus précaires, les gens ont moins d'emplois, les familles monoparentales sont plus nombreuses que ce qu'il y avait il y a 10 ans. Et donc ce n'est pas seulement une concentration, c'est un peuplement qui continue à se faire au détriment de notre collectivité.
Alors nous, on continue à accompagner les jeunes vers un parcours de réussite, beaucoup réussissent et ils sont remplacés par d'autres qui ont plus de difficultés que ça s'appelle le tonneau des Danaïdes.
Alors on voit à quel point l'urbanisme, une politique urbanistique est extrêmement importante sur ces sujets-là, mais il y a aussi d'autres façons d'agir pour tenter de limiter ce communautarisme, en tout cas lorsque le communautarisme devient ce point délétère. Catherine Arnoux, il y a des mesures qui ont été annoncées par Emmanuel Macron pour la loi qui devrait voir le jour l'année prochaine. Par exemple, l'instruction obligatoire pour tous les enfants à partir de 3 ans, est-ce que ça, c'est quelque chose qui vous semble une mesure intéressante ?
Excellente mesure. J'aurais même pas imaginé qu'ils osent. Pourquoi ? Excellente mesure parce que je pense que l'enfant, sa première capacité de réussir, c'était d'être socialisé. Il peut l'être naturellement par ses parents, si eux le sont déjà, mais il doit l'être par la société. C'est d'ailleurs tout le travail, par exemple, qu'on fait chez nous. On a des accueils 0-3 ans, mais qui ne sont pas des accueils de garde, qui sont des accueils de socialisation parce qu'il faut mettre l'enfant dans ce que sera la société. Or, le fait qu'à partir de 3 ans, tous les enfants soient socialisés de la même façon, après l'influence des parents, elle existe, elle existera toujours.
Heureusement d'ailleurs. Et fort heureusement puisque les parents ont à la fois un rôle éducateur, ont une pensée qu'ils sont en capacité de transmettre, mais il faut qu'il y ait ce socle commun. Et ce socle commun, c'est qu'à 3 ans, on va tous dans la même école de la République.
Il y a d'autres pistes qui ont été évoquées alors là, pas directement par Emmanuel Macron mais par un de ses ministres. Enfin, ce n'est pas vraiment une piste. Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur qui a eu il y a quelques jours des propos au sujet des rayons communautaires dans les magasins. En gros, il faisait référence au rayon halal et au rayon cachère disant que lui, il y avait toujours été hostile. Et puis, il y avait eu il y a quelques temps le maire de Chalon-sur-Saône qui a essayé à plusieurs reprises de faire interdire les repas de substitution dans les cantines scolaires. Est-ce que ça, ça vous semble être Catherine Aronou une bonne façon d'appréhender le problème ?
Si on arrêtait de rentrer par le détail et d'oublier l'essentiel. L'essentiel, l'essentiel, c'est qu'on doit avoir dans notre vie au quotidien un minimum commun obligatoire sur lequel on est tous d'accord. Le minimum commun, c'est la scolarisation tous à trois ans. On vient d'en parler. Le minimum commun, c'est quand on partage un lieu de repas, on partage un lieu de repas. On vient chacun avec ses goûts, ses cons, sa religion, tout ce que vous voulez, mais on partage un lieu de repas.
Et donc, nous, notre boulot, c'est de faire partager un lieu de repas qui apprendra bien d'autres choses que de commencer par la division, qui apprendra le respect de la matière, le respect des aliments, éviter le gâchis, ce qui est quand même le cas dans beaucoup de nos populations. Nous, on a un rôle moral absolument à tenir qui ne doit pas commencer par la division. Donc, ne rentrons pas par ce petit bout qu'est-ce qu'il faut interdire. Moi, je dis ce qu'il faut qu'il y ait en commun. Ce travail, Catherine. Ce qui est en commun exclut obligatoirement tout ce qui séparera les gens.
Ce travail, Catherine Arnaud, vous le menez en tant que maire de Chantelot-Lévigne avec une équipe municipale. Mais évidemment, il y a plus de personnes qui participent à ce travail de mise en commun. Il y a notamment tout le tissu associatif. Les associations, ça peut être aussi un vecteur de communautarisation, voire de radicalisation. Il y a le maire de Montpellier, nouveau maire de Montpellier, qui vient d'adopter une charte de la laïcité qu'il va soumettre à signature à l'ensemble des associations de la ville. Là aussi, est-ce que c'est quelque chose que vous trouvez intéressant ?
Est-ce que vous, peut-être que vous le faites déjà, d'ailleurs, vous vous assurez que toutes les associations qui sont présentes à Chantelot-Lévigne sont respectueuses des valeurs liées à la laïcité ?
Alors oui, c'est un incontournable. C'est un incontournable puisque les associations qui viennent sur notre territoire et qui utilisent des lieux dits publics qui sont mis à leur disposition ou des subventions publiques doivent aussi partager un esprit, au moins cet esprit commun de la République. Mais je pense qu'on va être nombreux... Les subventions publiques sont conditionnées à ce respect ? Bien sûr. Alors, est-ce qu'on a la possibilité de tout vérifier ? Sans doute non. D'être de temps en temps un peu aux aguets, oui, mais de faire en sorte que toutes les associations s'engagent. Parce qu'il faut aussi compter sur l'ensemble des individus pour s'engager eux-mêmes.
On présente une charte de la laïcité mais les gens doivent s'engager. Mais je pense qu'on sera de très très nombreux sur le territoire à réécrire à la lueur de tout ce qui se passe, à réécrire quelque chose qui est vraiment le tronc commun de notre vie républicaine et notre relation avec les associations.
Est-ce qu'on ne peut pas être tenté parfois, Catherine Arnoux, quand on est maire, d'avoir une forme de souplesse par rapport à ces questions liées à la laïcité quand on sait aussi que certaines associations permettent, par exemple, d'assurer une forme de paix sociale dans certains quartiers et par ailleurs aussi peut-être d'inciter les électeurs à venir voter pour vous ?
On entend beaucoup ça depuis une semaine et moi ça me révolte. J'ai toujours dit...
Ça vous révolte parce que ça n'existe pas ?
J'imagine que ça peut exister mais j'imagine que c'est trop... Je pense que c'est quand même très facile de se réfugier derrière quelques élus qui ne sont pas très moraux. Enfin, moi j'ai toujours dit il vaut mieux perdre des élections mais ne jamais perdre son âme et mes élus et mes habitants l'avaient entendu aussi. Je pense qu'on a tous le devoir d'avoir une position morale et d'autant plus qu'on est élu d'avoir une position morale.
Cette position morale c'est-à-dire qu'en fait on a une relation avec les associations en fonction de ce qu'elles peuvent apporter aux habitants, de ce qu'elles font de plus ou de différent de l'institution avec l'obligation qu'elles aient un langage républicain et une attitude républicaine et des positionnements républicains. Ça va bien au-delà de la radicalisation. Ça va par exemple l'égalité femmes-hommes. Ça aussi, ça doit être défendu. Nous avons l'obligation du regard. Que quelquefois des choses nous échappent, j'imagine, même si ça me désespère, j'imagine. Mais on a l'obligation de ne jamais...
En plus, moi je suis sûre qu'en politique, quand on fait un faux pas, on le paye toute sa vie. Donc en fait, il faut rester très moral, c'est-à-dire l'association, je la soutiens pour ce qu'elle apporte aux habitants. Si elle sort de la sphère républicaine, non seulement elle n'est pas soutenue, mais elle est entre guillemets dénoncée.
Alors comme vous le disiez, cette accusation de complaisance de certains élus à l'égard de certaines associations, ça fait beaucoup de certains dans ma phrase, mais on en a beaucoup entendu parler cette semaine. Bonjour Antoine Dulster. Vous avez interrogé une journaliste qui a mené une enquête sur ce phénomène
en Seine-Saint-Denis. Oui, elle s'appelle Eve Seftel et a publié en début d'année Le maire et les barbares chez Albain Michel, une enquête sur les réseaux de l'UDI de Jean-Christophe Lagarde dans ce département, révélant notamment l'embauche par la mairie de Bobigny de la compagne d'un des anciens leaders du gang des barbares qui avait assassiné Ilan Halimi. Une embauche qu'il faudrait, selon la journaliste, interpréter dans le sens d'une faveur envers des clans, des réseaux puissants dans la ville et le constat serait à généraliser. Il y aurait eu pendant le précédent mandat à Bobigny une pratique généralisée du clientélisme même si la pratique ne date pas d'hier. On l'écoute.
La nouveauté, ce que j'ai observé à Bobigny, il y avait un clientélisme du Parti communiste. Très clair. Un clientélisme que je pourrais qualifier de partisan. C'est-à-dire que quand on avait sa carte, on était, on va dire, favorisés par rapport aux autres, même si je ne voudrais pas réduire le communisme multiple à ça parce qu'il y avait aussi un idéal et les gens avéraient aussi par idéal. Mais là, le clientélisme du PC, on va dire, a été remplacé par un clientélisme communautaire, effectivement.
C'est-à-dire que en s'adressant à des communautés et à des chefs de communautés, chefs autour de proclamés, parce que souvent, ils n'ont aucune légitimité dans la communauté, ils vont se dévigner comme. On va ramasser plus de voix, tout simplement, qu'en s'adressant à des individus, c'est plus efficace. Et on peut se demander sur quels éléments concrets la journaliste base son raisonnement. D'après son enquête, ses représentants communautaires ont eu accès à des postes et donc à des canaux de financement privilégiés.
À Bobigny, on avait le responsable de la mosquée qui était 3ème adjoint, on avait le fils du responsable de la communauté juive qui était président de l'OPH et également adjoint, etc. Et ça passe par les canaux habituels, effectivement, on va financer les associations culturelles, entre guillemets, qui sont les faunées des associations culturelles, au mépris de la loi de 1915. Ça passe par on va prêter une salle pour inviter un prédicateur salafiste, on va avoir un tas d'arrangements qui sont contraires à la laïcité ou comme je l'ai dit, on va fermer les yeux sur l'embauche d'une femme qui porte un voile très très strict à la mairie. Voilà, la journaliste F.
Stéftel qui a publié cette enquête « Le maire et les barbares » chez Albain Michel en début d'année. Précisons pour nos auditeurs que Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI, avait annoncé son intention de déposer plainte en diffamation en février dernier. Affaire à suivre donc. Catherine Arnoux,
nous enregistrons cette émission en étant masquée. On est dans la deuxième vague de l'épidémie de coronavirus. Est-ce que ça accentue vos craintes en tant qu'élus locaux et peut-être aussi de la part de vos collègues sur le fait que certaines communautés peut-être se replient dans ces moments de crise importante, crise sanitaire, mais aussi crise économique et sociale ?
Alors, tout le monde se replie, c'est un peu normal. Oui, c'est une crainte qui n'est pas liée qu'au repli qui est lié à la désespérance et à la grande pauvreté de nos territoires. Je vais vous donner un seul chiffre mais j'en ai quelques-uns à disposition. Un seul chiffre, 16% de plus de RSA, de bénéficiaires du RSA dans un territoire comme les Yvelines qui n'est pas celui qui en comporte le plus. En juillet, nous avons vécu une période de confinement qui a été assez désespérante pour nos quartiers, assez désespérante parce que les conditions de vie sont beaucoup plus compliquées parce que les gens qui ont souvent des petits boulots ne les avaient plus du tout.
Donc, en fait, ils ne pouvaient plus faire vivre leur famille. Effectivement, on était dans des enfermements qui, pour adultes comme enfants, étaient très préoccupants à la fois pour les conditions de vie mais aussi pour les esprits. c'est pour ça qu'en fait, on a essayé de monter malgré le confinement le maximum de relations avec les enfants et là, on est dans une ambiance, alors c'est une ambiance sanitaire dont il faut tenir compte, qui est à la fois faite d'un déni, d'un vrai déni, mais ça, vous le voyez ailleurs, d'un côté d'un vrai déni parce que je pense qu'on n'a pas envie de revivre ça et d'autre côté, effectivement, un repli et une moindre socialisation.
Merci beaucoup, Catherine Aranou. Je rappelle donc que vous êtes la maire de Chanteloup-les-Vignes dans le département des Yvelines. Politique, c'est une émission préparée par Antoine Dulster, réalisée par Thomas Jost avec à la prise de son Marie-Claire Oumabadi. Émission que vous pouvez écouter téléchargée sur franceculture.fr et sur l'appli Radio France. Je vous donne rendez-vous lundi à 8h45 pour la transition dans les matins de France Culture.
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