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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 8 octobre 2021 205 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalImmigration & asileInstitutions & électionsÉconomie & entreprises

Nouveau Sommet Afrique-France

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 55 %Attaque 28 %Défensif 16 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 82 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:00OuverteRéponse directe

    Pourquoi parler d'investissement solidaire plutôt que d'aide au développement ?

  • 6:00RelanceRéponse partielle

    La France doit-elle demander pardon pour son passé colonial ?

  • 10:00OuverteRéponse directe

    Quelles dictatures la France soutient-elle en Afrique ?

  • 15:00RelanceRéponse partielle

    Pourquoi maintenir des bases militaires en Afrique ?

  • 20:00OuverteRéponse directe

    Quand nommerez-vous des ambassadeurs issus de la diaspora ?

  • 25:00OuverteRéponse partielle

    Comment réduire les commissions sur les transferts de fonds des diasporas ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 7:00Michaël DelafosseFait
    « Ce nouveau sommet Afrique-France est exclusivement consacré à la société civile, et plus précisément à la jeunesse africaine, aux ambitions légitimes et aux Français d'origine africaine tout aussi talentueux. »
  • 10:50Emmanuel MacronFait
    « Nous n'avons pas choisi notre histoire et notre géographie. Mais on a un choix à faire et à assumer, c'est ce qu'on veut que tout cela devienne. »
  • 14:10Emmanuel MacronChiffre
    « 7 millions de Françaises et de Français dont la vie est intimement, familialement, de manière directe, en première ou deuxième génération, liée à l'Afrique. »
  • 17:30Emmanuel MacronFait
    « Ce nouveau sommet, il est aussi pour toutes nos diasporas. Il est aussi pour tous les femmes et les hommes qui, françaises, français ou binationaux, font vivre et continueront de faire vivre cette relation. »
  • 25:00Ateki Seta CaxtonFait
    « La relation est abimée, le lien est distendu, nos mains s'éloignent et l'espoir de faire communauté ne nous habite plus. »
  • 30:00Adelle OnyangoFait
    « L'absence d'une reconnaissance forte et claire de la douleur du continent sur ce passé destructeur débouche sur un scepticisme et une absence d'action. »
  • 8:00PrésidentFait
    « La France a une responsabilité immense, puisque la France a été un pays qui a organisé le commerce triangulaire et la colonisation. »
  • 13:00PrésidentFait
    « Jamais, en tant que président, je n'ai maintenu ou créé une base militaire qui ne soit pas à la demande d'un État souverain. »
  • 17:00PrésidentFait
    « La France n'est là que pour lutter contre le terrorisme, elle n'est jamais là pour soutenir tel ou tel régime. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

[ INAUDIBLE ] que cette plénière prenne toute sa place, je vous demande, s'il vous plaît, de respecter les mesures sanitaires et de mettre vos masques, vos cache-nez comme on dit sur le continent. Merci infiniment de respecter cela avant que nous commencions. Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, éminente assemblée, bonjour.

Je voudrais avant toute chose que nous puissions, et je réclame des applaudissements chaleureux et nourris pour l'artiste tchadien et son groupe qui se sont produits tout à l'heure, AfrotroniX. L'univers afro futurisme à la tchadienne. Et nous avons vu un couple braver les interdictions, monter sur scène et danser un zouk endiablé.

C'est bien. Ce nouveau sommet Afrique-France est exclusivement consacré à la société civile, et plus précisément à la jeunesse africaine, aux ambitions légitimes et aux Français d'origine africaine tout aussi talentueux. Des projets de vie entravés, parfois même hypothéqués par des raisons politiques, économiques, sociales, et par le poids de l'histoire aussi, l'histoire que des intervenants convoqueront afin de comprendre justement les raisons des difficultés du présent, afin d'imaginer un avenir commun sans ne jamais être prisonnier du passé.

Et les femmes et les hommes qui s'exprimeront aujourd'hui, ces jeunes sont extraordinaires. Vous les apprécierez, vous les aimerez, j'en suis sûr. Ils sont animés de ce panafricanisme flamboyant mais ne se pensent pas en marge du reste de l'humanité.

Je vous demande s'il vous plaît, avant qu'ils n'interviennent, de les applaudir très fort pour les encourager. Le 9 juillet dernier, ici à Montpellier, Africa le Grand Concert a fait danser toute la ville. Grand moment de culture, de communion.

Grand moment médiatique également, puisque Africa le Grand Concert a été diffusé le 29 juillet en première partie de soirée sur France 2. Une première, applaudissements là encore, s'il vous plaît, pour tous les artistes qui étaient sur scène. Merci Montpellier, et je vous demande d'accueillir son maire, Michaël Delafosse.

On est en train de se souvenir de ce moment-là. C'était exceptionnel, Monsieur le Maire. Exceptionnel.

Mesdames et Messieurs, Monsieur le Président de la République, Messieurs et Mesdames les ministres, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Madame la Présidente de Région, chère Carole Delga, Mesdames et Messieurs, quel immense honneur pour nous de vous accueillir ici à Montpellier. Je veux d'abord adresser mes remerciements les plus chaleureux à Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République française, d'avoir choisi notre ville pour accueillir le nouveau sommet Afrique-France. Quand, Monsieur le Président, nous avons échangé dans votre bureau, je suis sorti de là plein d'enthousiasme, évidemment, et on s'était dit d'ailleurs ça va le faire.

Ça va le faire parce qu'il y avait le terme " nouveau ", cette idée qu'à Montpellier, dans notre pays, pouvait se redéfinir, s'écrire un nouveau chapitre de la relation entre l'Afrique et la France. Autant vous dire que nous n'avons pas été déçus dans la préparation de ce sommet. Si j'avais déjà une idée de tout ce qui se faisait dans notre ville, nos chercheurs du CIRAD, de l'INRA, qui travaillent et qui ont travaillé sur le grand projet de la Ceinture Verte depuis de très longues années, étaient tout de suite au rendez-vous.

La culture s'est levée. C'était Africa 2020 qui a tenu son QG, mais d'innombrables manifestations. Les sportifs que nous avons vus tout à l'heure, les industries culturelles et créatives se sont mobilisés.

C'est toute une ville qui s'est préparée à vous accueillir, Mesdames et Messieurs. C'est vrai que ce moment sur le Pérou, oui, la ville a dansé au rythme de l'Afrique. Et d'ailleurs, à la fin, on se disait que la Fraternité s'était écrite à Montpellier.

Le sommet devait se tenir en juillet, il est maintenant, et c'est d'autant plus réussi. C'est d'autant plus réussi parce que, ce n'est que le témoignage du maire d'une ville, mais nous sommes prêts. Nous sommes prêts à écrire ce nouveau chapitre car si, dans ce moment, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, beaucoup de choses vont s'échanger et vont se dire pour définir cette nouvelle relation, nous sommes prêts à ce qu'il y ait un lendemain.

Nous ne faisons pas juste ici un coup à Montpellier. Montpellier est prête à donner et à participer à cette nouvelle relation entre l'Afrique et la France car les forces de la jeunesse, de la culture, toutes celles de la création, qu'elles soient entrepreneuriales, qu'elles soient sportives, ont envie de cela. Je l'ai vu avec nos diasporas.

Je l'ai entendu avec les étudiants qui ont fréquenté nos universités et qui sont mieux revenus. Voilà, c'est un grand honneur pour nous. Il y a du travail aujourd'hui et encore plus demain.

Soyez assurés de l'engagement de Montpellier, du département de l'Hérault et de la région Occitanie de faire ensemble un espace aux côté, Monsieur le Président, de notre pays, pour continuer à construire la relation entre l'Afrique et la France, mais des valeurs fortes : l'altérité, le respect, la fraternité, parce que l'Afrique c'est le continent de demain et, ici à Montpellier, il peut se sentir résolument chez lui. Très bons travaux. Merci à tous.

Merci, Monsieur le Président. Merci beaucoup. Vous savez, Monsieur le Maire, cher Michaël, il ne faut jamais rien dire, même tout doucement, à un journaliste, parce qu'il répète tout.

Et le maire m'a dit rendez-vous l'année prochaine pour un autre concert. Montpellier, ville africaine, toi-même tu sais. Il y aura de la musique pour clore cette plénière.

Sur la scène : Lubiana, Singuila et Fior de Bior. Ce nouveau sommet Afrique-France, porté par de jeunes Africains et des Français d'origine africaine, est une première. Leur parole prime.

Ce moment de dialogue, pourtant nécessaire, sera probablement mal interprété, critiqué mais nous sommes entre nous, soyons honnêtes, jamais un président français n'était allé aussi loin dans sa volonté de donner la parole à l'Afrique par le biais de sa jeunesse. Il y aura encore des propos : acte paternaliste, diront certains. C'est oublier tout ce que nous avons en commun et, surtout, c'est oublier la sincérité de tous ces jeunes qui vont s'exprimer et celles et ceux qui nous regardent et qui sont engagés depuis longtemps.

Ces jeunes-là sont déterminés à créer un monde qui leur ressemble et qui les rassemble. Il ne faut rien occulter de tout ce qui se dresse sur la route d'une Afrique en quête d'une émancipation réelle ; rien occulter également des responsabilités partagées. Mesdames et Messieurs, je vous demande d'accueillir Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République.

Bonjour. Merci de m'accueillir. Normalement, à un nouveau sommet, il ne devrait pas y avoir de discours du président de la République.

Ce serait le plus radical. Je vais juste dire quelques mots, d'abord remercier les ministres qui m'accompagnent, vous remercier, Monsieur le Maire. Merci beaucoup pour l'accueil, la préparation et tout ce qui a été fait.

Vous l'avez parfaitement dit, c'est une ville et une métropole qui porte dans son histoire, dans sa population, ce lien à l'Afrique et vous l'avez assumé, formidablement exalté. Et vous avez, au-delà des rendez-vous musicaux et dansants, formidablement préparé et donné l'exemple. Merci infiniment, pas simplement de l'accueil, mais de la co-construction de cet événement et de ce nouveau sommet.

Je veux aussi remercier Madame la Présidente du Conseil régional, chère Carole, de nous accueillir dans cette belle région qui a cette tradition et cette histoire de fraternité et, si je puis dire, dans vos murs, dans cette aréna qui est aussi celle du Conseil régional. Merci beaucoup. Et merci à l'ensemble des élus qui sont ici présents.

Il y a beaucoup d'élus du département, de la région et de parlementaires de tous les territoires hexagonaux, ultramarins et des Français de l'étranger, qui sont engagés justement dans la vitalité de ce lien et qui ont été beaucoup engagés aux côtés des ministres, dans les textes qui ont permis de faire avancer beaucoup de sujets. Ce nouveau sommet, c'est un engagement pris à Ouagadougou, à la fin de l'année 2017 mais c'est surtout ce que vous avez collectivement commencé à enclencher et qu'il faut rendre en quelque sorte maintenant inexorable, inarrêtable. C'est pour ça qu'en effet ça ne peut pas être juste un rendez-vous ou un sommet et chacun repart chez soi, chacun reprend ses habitudes.

Ce sommet vient après plusieurs étapes, on y reviendra sans doute dans les débats. Ce sommet a été préparé, et je veux vraiment remercier le professeur Achille Mbembe et remercier toute la commission qui l'a entouré. Merci, Achille.

Parce que c'est un intellectuel, il a sa propre relation intime, personnelle, intellectuelle et artistique avec le continent. Il est un commentateur non complaisant de la relation entre la France et l'Afrique, mais je peux vous dire qu'il a passé un temps colossal à animer, préparer, travailler justement avec des groupes de jeunes partout à travers le continent, pour que ce nouveau sommet soit aussi force de propositions. Il y a un rapport qui m'a été remis et il y a tout ce que les jeunes, et je remercie vraiment les jeunes qui se sont préparés et qui ont beaucoup travaillé, qui sont là et qu'on va entendre tout à l'heure, parce qu'ils viennent en quelque sorte relayer, compléter, porter avec leur sincérité, des propositions mais aussi des indignations, une voix, leur regard.

Et je crois que, ce à quoi nous sommes très attachés avec le gouvernement, avec l'ensemble d'ailleurs des ambassadeurs et ambassadrices ici présents, avec l'AFD, et je remercie son directeur général d'être aussi à nos côtés, plus que ça, avec nous, c'est que ce nouveau mouvement s'enclenche, d'abord parce qu'on le doit à l'Afrique et à sa jeunesse. Tous autant que nous sommes dans cette salle, nous n'avons pas choisi notre histoire et notre géographie. Mais on a un choix à faire et à assumer, c'est ce qu'on veut que tout cela devienne.

Nous n'avons pas choisi notre histoire et notre géographie, y compris les pages les plus tragiques, les responsabilités qu'il ne faut pas occulter et la lucidité que nous devons avoir. Nous sommes les héritiers et les héritières de tout cela. Mais nos générations, nous tous autant que nous sommes, la question qui nous est posée c'est comment on embrasse et on bâtit notre avenir.

Et la dette que nous avons à l'égard du continent africain, c'est une dette à l'égard d'un continent qui est en train aujourd'hui de continuer à grandir de manière incroyable, qui fascine le monde entier, qui parfois en effraie d'autres, et qui est à plus de 70 % composé de jeunes femmes et de jeunes hommes de moins de 30 ans, d'adolescents, d'enfants. C'est un continent de promesses. C'est un continent d'espoir et donc c'est un continent à qui on doit donner la possibilité de retrouver le fil avec sa propre identité, sa propre narration, sa culture, à qui on doit donner la possibilité de créer, de participer à la création internationale, de bâtir ce à quoi il a le droit en termes de sport, d'entrepreneuriat, d'avoir la meilleure éducation et d'être un acteur du développement durable.

Et de le faire d'abord et avant tout pour lui, et je crois que c'est cela qu'on a besoin d'entendre de la part de la jeunesse africaine aujourd'hui. Et de se dire qu'un pays comme la France, qui a cette histoire si particulière, a d'abord et avant tout une responsabilité et un devoir, c'est de répondre aux aspirations et aux demandes de la jeunesse africaine et c'est d'avoir des projets qui correspondent à ses aspirations et à ce qu'elle nous demande de faire, pas ce qui vient d'ici. La deuxième raison de ce nouveau sommet, c'est ce que nous sommes nous, Françaises et Français.

Notre pays s'est construit dans ce rapport à l'Afrique et nous avons près de 7 millions de Françaises et de Français dont la vie est intimement, familialement, de manière directe, en première ou deuxième génération, liée à l'Afrique. 7 millions. Ce qui veut dire qu'on ne peut pas avoir un projet d'avenir pour la France, on ne peut pas avoir une France qui embrasse son propre avenir, sa propre destinée, qui construit son propre roman national, comme on dit, si elle n'assume pas sa part d'africanité, si elle ne regarde pas ce que là aussi, à travers des pages sombres comme des pages heureuses, des histoires familiales subies comme des histoires choisies, des histoires tragiques comme des histoires d'amour, a fait et continue de faire aussi notre pays.

Ce nouveau sommet, il est aussi pour toutes nos diasporas. Il est aussi pour tous les femmes et les hommes qui, françaises, français ou binationaux, font vivre et continueront de faire vivre cette relation. Et donc merci infiniment d'avoir tant travaillé, de vous être mobilisés, d'avoir parfois fait la fête, d'avoir remis la culture, le sport, l'éducation, l'entrepreneuriat économique, les grands projets de développement au cœur de ce sommet.

Je ne serai pas plus long. Ce qui m'intéresse maintenant, c'est de vous écouter, de répondre aux interpellations, mais c'est qu'ensemble on construise maintenant le chemin, c'est-à-dire les autres prochains nouveaux sommets ; qu'on fasse de cet événement inédit le premier d'une longue série et qu'on arrive ensemble à bâtir une méthode que plus rien n'arrêtera, qui est celle d'un avenir choisi et construit ensemble. Merci beaucoup et très bon nouveau sommet.

Merci beaucoup. À tout à l'heure, Monsieur le Président. 11 jeunes donc, et nous allons accueillir l'un d'entre eux.

C'est un jeune écrivain congolais, de RDC. Il y a les fans de RDC, là. Les gens de RDC sont de ce côté-là.

L'une de ses pièces a été jouée dans un des plus grands théâtres de France, le Théâtre de l'Odéon, et cela dans le cadre de la saison Africa 2020. Et je voudrais que l'on remercie et que l'on applaudisse très fort N'Goné Fall et les équipes d'Africa 2020, car la période de pandémie sanitaire ne leur a rien épargné et ils sont allés jusqu'au bout, jusqu'au bout de leur mission. Je vous demande d'accueillir donc ce jeune écrivain, pour un extrait d'un de ses textes, Sinzo Aanza, s'il vous plaît.

Monsieur le Président, cher Achille, Mesdames et Messieurs, le texte que je vais vous lire est un bout d'un ensemble qui porte sur les amours, dans le Kivu en guerre. Le Kivu, c'est la région du Congo d'où je viens. Je ne sais si on s'aime comme la vague et la falaise ou l'air et l'oiseau.

Je ne sais si nos regards ont foudroyé à l'unisson l'innocence de nos cœurs ; si le zèle de tes cheveux déployés nettoie les convenances autour de nous ; si le jeu de nos rires dévoyés effraie les oiseaux dans les arbres. On est si fou, si seul, si perdu, si loin. Tu ne sais si on s'aime comme le sang et le vin ; si nos bras sont des ailes, des barricades ou des ponts.

Tu ne sais si la rumeur du vent est une lointaine métaphore. On vivra peut-être encore, on fera danser la lune dans nos mains. On sera vivant, on enfermera le ciel dans nos regards et tous les vents dans nos soupirs.

On sera le tumulte d'un ouragan et je te ferai l'amour à l'envers de nos cris d'épouvante et du frémissement éphémère de nos corps tombés dans le sang, la poussière et la main des douilles. Ici, les histoires d'amour n'ont pas de commencement. Les miroirs de la vie sont des yeux qui ne vous regardent pas et les routes sont des serpents.

Je vous remercie. Restez encore un peu au pupitre. Que dit ce texte de l'Afrique d'aujourd'hui ?

Je pense que ce texte dit de l'Afrique d'aujourd'hui que, malgré tout le vacarme qu'on entend de là-bas, malgré toute la négativité dans l'actualité sur le continent, il y a de la vie. Il y a des gens, des personnes qui vivent, des personnes qui aiment, des personnes qui rêvent. Il y a des personnes qui réalisent, qui développent [ INAUDIBLE ].

Avant que vous ne nous quittiez, puis vous allez revenir tout à l'heure, sa pièce jouée au Théâtre de l'Odéon à Paris, " Que ta volonté soit Kin ! ", c'est le titre, qu'est-ce que ça fait ? Moi, je connais beaucoup d'auteurs, de metteurs en scène français, le Théâtre de l'Odéon c'est le rêve d'une vie.

Et là, ça a été une réalité pour vous, Sinzo. Oui, c'était assez particulier et pour ça je remercie justement le Président de la République d'avoir initié ce projet Africa 2020 et N'Goné Fall, pour sa superbe programmation, Aristide Tarnagda qui a créé cette pièce au Burkina Faso, et toute l'équipe autour de lui. Et, évidemment, c'était une très belle aventure.

Je sens que Sinzo me dit " laisse-moi partir, laisse-moi partir, laisse-moi partir ". Applaudissez-le très fort, s'il vous plaît. Sinzo Aanza.

J'appelle maintenant justement, pour cette belle équipe, c'est vraiment une fraternité ces 11 jeunes, les travaux qui furent les leurs, l'exceptionnelle volonté de changer les choses, je voudrais appeler Adam Dicko, Lova Rinel et Sandrine Naguertiga. Prenez place, Mesdames, voilà. Asseyez-vous.

Merci infiniment d'être là. C'est vrai que Sinzo est très timide, il est toujours comme ça ? Prenez vos micros, que l'on vous entende.

Il est très timide, Sinzo. Léger. Lova Rinel, femme engagée dans tous les combats pour la citoyenneté, également ancienne conseillère diplomatique et politique d'un président de l'Assemblée nationale de Madagascar, d'un président de la République de Madagascar, Africa et ses diasporas, c'est tout votre combat ?

Oui, merci. Tu as oublié de dire l'essentiel, je suis française et Malgache. C'est vrai.

Il y a beaucoup de choses à dire aujourd'hui et je vais me concentrer sur les raisons qui m'amènent, et je pense que ce sont celles qui amènent mes amies ici, c'est l'engagement. Je crois qu'on ne peut pas s'inscrire dans une volonté de changer cette relation si on ne s'engage pas. Cela demande à chacun des sacrifices mais aussi des renoncements.

Il faut savoir composer, et je crois que le texte de notre ami tout à l'heure le disait, composer avec parfois des réalités qui nous paraissent fatales, qui nous paraissent impossibles à surmonter. Et je crois en cette jeunesse mais, moi, je suis là aujourd'hui pour dire à mes amis malgaches qui sont là d'ailleurs, qu'il ne faut pas arrêter de croire que la démocratie ne fonctionne pas. Ce n'est pas possible.

On ne doit absolument rien lâcher. C'est compliqué. Il faut du temps et c'est, pour certains, l'enjeu d'une vie.

Et ne lâchez surtout pas. Cette démocratie que vous appelez de vos vœux, c'est une démocratie également qui serait adaptée aux identités, aux populations, à leur vision du monde, aux visions qu'elles ont d'elles-mêmes, dans ce concert des nations ? Ce n'est pas une démocratie calquée purement et simplement sur ce que nous faisons chez nous ?

Ce que j'ai compris, moi d'une démocratie, c'était tout sauf uniformité. Au contraire, ce sont les tenants de la diversité qui font la démocratie et ça, il ne faut pas l'oublier. Adam Dicko.

Adam Dicko, engagée dans tous les combats pour que les jeunes au Mali comprennent l'importance de la citoyenneté, de s'engager justement en politique, de donner de la voix lorsqu'il faut donner de la voix à travers les élections, et pas seulement. Absolument. Moi, je viens du Mali.

Est-ce que les Maliens sont là ? Super. Moi je viens du Mali, un pays où la démographie est très jeune.

Monsieur le Président l'a rappelé tout à l'heure, 70 % de la population a moins de 30 ans. Moi, mon travail, c'est vraiment faire comprendre à cette jeunesse qu'elle a son rôle à jouer et qu'elle doit jouer son rôle. Et mon combat c'est aussi qu'on sorte de ces discours qu'on doit donner.

Non, nous on ne demande pas, on prend parce que c'est à nous. Il y a cette idée, évidemment, de prendre. Thomas Sankara dit beaucoup de choses sur tout cela.

La liberté, elle s'arrache. Il y a aussi tout le combat sur l'intergénérationnel. C'est le combat que vous menez également, Adam, le discours, le propos, le dialogue intergénérationnel ?

Absolument. Le dialogue intergénérationnel, le partage entre les générations mais aussi de comprendre que les jeunes constituent une force, une force d'innovation, une force de changement, donc le faire comprendre et aussi faire comprendre aux jeunes que nous devons nous servir des échecs de nos anciens pour ne pas commettre les mêmes erreurs, mais aussi de leurs succès, de leur expérience, pour avancer, pour aller au-delà de ce qu'ils ont fait parce que nous, notre rôle, notre responsabilité, ce n'est pas de faire ce que les anciens ont fait mais c'est d'aller au-delà de ce qu'ils ont fait. Donc ce combat nécessite un dialogue intergénérationnel mais un dialogue franc, qui s'inscrit dans une courtoisie et dans le respect mutuel.

Exactement. Et Nelson Mandela disait : " Je ne perds jamais, j'apprends. " Exactement.

On va peut-être, avec Sandrine, résumer ce que vous êtes toutes les deux. Sandrine, entrepreneure, vous êtes blogueuse également et " afroptimiste ". On comprend : afro et optimiste.

Qu'est-ce que cela veut dire dans vos propos et dans l'engagement qui est le vôtre ? C'est déjà très difficile de passer après ces deux femmes très engagées. À l'instar de Lova, moi je suis Sandrine Naguertiga, j'ai la chance aussi d'être à la fois française et tchadienne, et j'ai encore plus cette fierté parce que j'ai vu AfrotroniX prester tout à l'heure et ça a été une fierté vraiment encore plus grandissante.

Aujourd'hui, je dirais que les relations vraiment entre Afrique et France et nous jeunes aujourd'hui, nous marquons notre histoire, déjà. Nous écrivons cette histoire-là. Et, en tant que blogueuse, j'ai cette particularité et cette chance d'écrire, de mettre en avant les talents du lendemain donc de promouvoir cette jeunesse africaine qui brille, qui, en dépit de tout ce qui se passe, a cette envie aussi de changer les choses.

Je dirais qu'aujourd'hui je m'inscris carrément dans cette continuité avec mes deux consœurs, si je peux dire comme ça. Je voudrais que vous alliez un peu plus loin, Sandrine, dans cet afroptimisme, que l'on comprenne. Si c'est un mot que nous devons adopter et une posture que nous devons adopter, on veut en comprendre tous les tenants et les aboutissants.

Mon afroptimisme est né de la volonté, je dirais, en 2016 de reconquérir, de redécouvrir ce continent africain qui vivait en moi mais que je ne connaissais pas vraiment. Et du coup je me disais qu'encore une fois, au-delà de toutes les difficultés qu'il y avait, des négativités sur les médias, comment est-ce que moi, en tant que jeune issue de la diaspora, j'allais pouvoir marquer mon histoire, changer un peu ce narratif de la relation entre l'Afrique et l'Europe, ou la France en tout cas. Et, du coup, j'avais décidé vraiment d'aller sur cet afroptimisme-là pour dire que, tout simplement, l'Afrique est riche, elle est belle.

Elle est riche de sa diversité, elle est riche de tout ce qu'elle a et, du coup, il fallait que je puisse vraiment promouvoir ces talents du continent africain et de la diaspora. Donc c'est comme ça qu'est né cet afroptimisme, que j'ai décidé de suivre jusqu'à aujourd'hui et qui m'anime. Je vous pose la question à toutes les trois mais je voudrais qu'Adam Dicko, peut-être, commence à répondre.

Qu'attendez-vous de ce nouveau sommet Afrique-France dont vous êtes actrice quand même, et même moteur ? Oui, et c'est avec fierté que j'accepte d'y participer et aussi de faire partie de ceux qui ont conduit tout ce processus-là. Ce que moi j'attends personnellement de ce nouveau sommet, c'est que ce soit le début de quelque chose de nouveau.

Je ne veux pas parler de rupture parce que ce n'est pas ce sommet qui a voulu cette rupture. La rupture, elle a été voulue avant le sommet. Elle a été voulue par les cris du coeur des jeunes Africains, donc ne pas faire croire que la rupture est voulue ici, à Montpellier.

La rupture a été voulue. Les frustrations ont été exprimées. Des cris du cœur continuent d'être criés, entendus.

Donc, moi, je voudrais que ce nouveau sommet soit le début de quelque chose, la rupture complète de cette posture qu'on peut qualifier souvent de paternaliste. La rupture aussi de ce regard sur l'Afrique qui n'est pas un continent de misère, de chômage ou de maladie, qui est un continent jeune, de ressources, d'optimisme, d'innovation. C'est ça, c'est ce que j'attends de ce sommet.

Je n'attends pas que ça commence après ce sommet, et je n'attends pas que ça commence par Monsieur le Président de la République française. Je l'ai déjà commencée et cette lutte va continuer. Ce n'est pas quelque chose qu'on demande.

Lova. Forcément, j'attends beaucoup, mais il n'y a pas que moi. Je pense que la question pour moi, ce sommet doit être en résonance avec un mot qui est important, ce sont les diasporas.

Ce sont les binationaux, ce sont les métisses, ce sont les couples mixtes. Ce sont toutes ces personnes qui véhiculent cette relation qu'on oublie trop souvent et ils sont pourtant tout simplement les meilleurs des ambassadeurs de cette relation. Il faut compter sur eux, il faut composer avec eux et ça peut se faire que si nous, et je pense que c'est ce que disait Adam tout à l'heure, c'est la jeunesse qui impulse ça.

On ne s'arrêtera pas. Pour nous, quoiqu'il arrive, on avancera. Mais, attention, surtout on ne renoncera à rien du tout.

Donc, ici, j'appelle toutes les personnes qui sont là à nous suivre, à faire en sorte que ce sommet ne soit que le début d'une grande chose. Voilà. Comme disent les membres d'un groupe togolais très connu, Toofan, " Ce n'est que le début du commencement " Avez-vous le sentiment, je pense que certaines et certains ici peut-être le ressentent de cette façon-là, avez-vous le sentiment de vivre un moment historique ?

Sandrine ? Je dirais oui, avec un grand " O ". Déjà, la relation, on n'arrive pas à expliquer, on l'avait vécue pendant les quelques jours de travaux pour préparer ce sommet et on se disait on a la chance quand même d'avoir été appelé, malgré ce que les gens peuvent dire, qu'on a de la légitimité ou pas.

On a la chance d'être appelé, de quand même proposer un nouveau regard, un nouveau changement, de nouvelles relations entre la France et l'Afrique. Et c'est quelque chose d'assez incroyable parce que les gens pensaient, pour certains, qu'on remplaçait nos chefs d'État ou qu'on les représentait, alors que pas du tout. C'est vraiment une nouvelle vague, donc des jeunes issus de diversité, de différents domaines, qui ont envie vraiment, encore une fois, de porter une voix commune vers une vision commune.

Du coup c'est quelque chose d'extraordinaire et là, on est en train de marquer notre histoire. Merci Sandrine. Merci Sandrine de rappeler que ce sommet n'est pas un sommet contre des chefs d'États, contre des responsables politiques, mais bien un sommet qui donne la parole à celles et ceux qui font le continent aujourd'hui.

Ce n'est pas un sommet des opposants politiques mais bien le sommet des jeunes d'Afrique et des diasporas, comme le disait très justement Lova à l'instant. Cela a été facile pour vous ? Puisque tout à l'heure Sandrine parlait de légitimité, qu'est-ce qu'être légitime ?

Lorsqu'on est dans l'action, on est forcément légitime. On a le droit de parler, on a le droit de s'exprimer, on a le droit d'agir. Avez-vous senti, vous, que certains faisaient obstacle à cela ou n'acceptaient pas votre présence ici ?

Sandrine, vous voudrez peut-être ajouter quelque chose ? Pas plus tard que ce matin, on en discutait avec Adam. On avait des réactions sur les réseaux sociaux, de jeunes qui disaient soit qu'on avait reçu de l'argent pour participer à ce sommet soit qu'on n'était juste pas représentatif de ces jeunes-là.

J'ai envie de dire que nous, on n'est pas là pour représenter les jeunes. Ce sont à nos pairs, donc les jeunes, de décider qui doit les représenter. Nous, on est légitime parce qu'on vit en tant que jeune, que ce soit la diaspora ou sur le continent africain, et on a le droit de s'exprimer.

On a le droit de dire les choses qui ne vont pas. On a le droit de vouloir quelque chose de nouveau. Donc je pense que oui, on a une légitimité à être et il faut assumer.

C'est juste ça que je peux dire. Je vais lire votre blog, je vais vraiment lire votre blog. Je suis afroptimiste désormais.

Adam. Oui, alors moi je voudrais bien revenir sur si c'est un moment historique, car pour moi ça l'est. Vous savez, quand j'étais à l'école au premier cycle, il y a eu un sommet Afrique-France à Bamako et on nous a fait sortir de notre école, on nous a emmené à l'aéroport pour aller applaudir.

C'était quand ? Je ne sais plus si c'était en 2007, mais j'étais très jeune, j'étais un enfant. On ne savait pas ce qui se passait.

On vient, on applaudit. À l'époque, c'était un sommet France-Afrique. Les choses ont changé.

J'aime plus l'expression Afrique-France. Oui, voilà, c'est pour dire que les choses ont changé. Il faut bien le rappeler.

Aujourd'hui, c'est Afrique-France. En tout cas, c'est historique parce que moi, petite fille qui était au bord du goudron en train d'applaudir, je ne sais même pas qui était le chef d'État, ce qui se passait, je me retrouve aujourd'hui en face du président français pour lui dire ce qui ne va pas. Oui, c'est historique. il faut le dire.

Il faut l'assumer. Et, par rapport à la légitimité, oui nous avons cette légitimité. Nous avons cette légitimité parce que nous sommes des jeunes de ce continent.

Nous avons la légitimité parce que nous savons ce qui ne va pas. Nous avons la légitimité parce que nous sommes surtout victimes de cette relation et, aujourd'hui, nous devons être des acteurs de cette relation. Donc oui, nous avons la légitimité et nous allons porter la voix.

Lova, pour clore cet instant avec vous. Je suis émue par ce qu'elle dit. Oui, nous sommes tous émus.

Sur la partie historique, je vais rebondir sur ce qu'elle a dit. Moi, c'est de l'autre côté. Moi, j'ai grandi et je suis née dans une banlieue française du 94.

Je suis une fille qu'on appelle " de cité ". Donc moi, j'ai vu l'Afrique autrement. Je l'ai vue d'abord par mon père qui m'a raconté que, jusqu'à ses 17 ans, il était indigène.

Et je l'ai vu aussi me dire à quel point j'avais la chance d'être française. Donc j'ai dû composer avec ça et aujourd'hui, avec toute cette articulation, aller à Madagascar pour moi c'était un rite initiatique, j'ai découvert ce que c'était, c'était l'appel du sang, l'appel de la terre. Revenir en France, c'était exactement pareil.

Parce que, ce qu'il ne faut pas oublier c'est que, pour toutes les personnes qui ont ces deux altérités, c'est un tout. À chaque fois que la France saigne, nous aussi on pleure. À chaque fois que l'Afrique saigne, nous aussi on pleure.

Et, fondamentalement, je pense qu'on est tous venus ici pour poser nos tripes sur la table. Elle est là, notre légitimité. On pose tout, on donne tout quitte à prendre le risque, peut-être, de bousculer un certain protocole, mais ça sera toujours dans le but de tendre la main parce qu'on a une revanche à prendre sur l'histoire.

Il est hors de question que je m'arrête en disant c'est l'histoire de la colonisation, c'est l'histoire de la traite négrière. C'est l'histoire de la France-Afrique. Ce n'est pas ça, l'avenir.

Et moi, je suis là ici pour dire que tout se passe demain mais c'est aujourd'hui qu'on construit. Voilà. Merci infiniment.

Lova, Adam et Sandrine, vous restez avec nous. Donc l'afro-optimiste est de rigueur. Nous allons accueillir une femme qui, tout au long de sa carrière, de ses différents métiers, s'est toujours dressée face aux inégalités, a toujours lutté pour l'égalité des droits, l'égalité des chances, la prise en compte des uns et des autres et, là encore, sans ne jamais rien occulter.

Je vous demande, s'il vous plaît, d'accueillir Madame la ministre chargée de l'Égalité hommes - femmes, de la Diversité et de l'Égalité des chances, Madame Élisabeth Moreno. Merci beaucoup, Claudy. Mon Dieu que je suis émue, je ne m'y attendais pas, c'est terrible.

Je suis extrêmement heureuse et émue d'être avec vous aujourd'hui parce qu'aujourd'hui, quelque part, c'est ma double identité qui est sur cette scène. Et vous ne pouvez pas imaginer à la fois le bonheur, l'orgueil et la satisfaction de voir toutes ces personnes qui me ressemblent, à qui je ressemble et qui font l'Afrique et la France de demain. Je ne vais même pas faire les salutations d'usage, c'est terrible.

Monsieur le Président, Messieurs les ministres, Madame la directrice de Région, Monsieur le Maire, Messieurs et Mesdames les députés et tous les élus, Mesdames et Messieurs, je voudrais vous dire combien je suis heureuse aujourd'hui de voir que ce concept que le président de la République a imaginé lors de sa présence à Ouagadougou, pourquoi je suis heureuse de voir ce concept rendu possible. Je voudrais aussi dire à Michaël Delafosse combien je suis fière de voir Montpellier être un peu la capitale de l'Afrique aujourd'hui. To our sisters and brothers coming from all the English african countries speakings, welcome in France ! [ INAUDIBLE ] [ INAUDIBLE ] Comme beaucoup d'entre vous, moi je suis née en Afrique et, plus précisément, sur une île si petite que, parfois, les géographes un peu distraits oublient de l'insérer sur les cartes du monde.

Cette île, c'est l'île du Cap-Vert. C'est un pays avec lequel je garde beaucoup d'attaches. Je suis arrivée en France à l'âge de 7 ans avec ma famille, chargée de peur mais chargée aussi de beaucoup d'espoir, comme le sont tous les migrants.

Et rapidement, grâce à ma famille, ma famille d'ici, ma famille de là-bas, grâce à l'école républicaine, à la bienveillance d'une institutrice, grâce à mes amis, j'ai réussi à me frayer mon petit chemin secret. Et, 18 ans plus tard, nous étions naturalisés et ce jour-là restera gravé à jamais dans ma mémoire. Capverdiens, nous devenions également français.

Quelle fierté nous avons tous ressentie ce jour-là, une fierté qui ne s'est jamais évanouie. Cette double culture, ce double enracinement, ils font ma force. Et, pour reprendre les mots de Romain Gary : " Ma double culture coule dans mes veines. " Depuis, que cela soit dans le cadre de ma vie personnelle ou dans ma vie professionnelle, je n'ai cessé d'enjamber la Méditerranée.

Avant d'intégrer le gouvernement, j'habitais avec ma famille en Afrique du Sud et, quelques années auparavant, c'était au Maroc que nous avions posé nos valises. La France et le Cap vert, l'Afrique et l'Europe font partie de mon identité, ou plutôt de mes identités. Mon histoire, c'est celle des diasporas, celle de millions de nos compatriotes et de millions d'Africains.

Cette réalité a été pendant trop longtemps occultée, invisibilisée, assignée. Elle est pourtant un atout indéniable de part et d'autre de la Méditerranée parce que, derrière les images caricaturales qui fleurissent dans le débat public, se cachent une myriade de réalités. Et, là où certains veulent construire des murs, moi je veux construire des ponts.

L'Afrique et la France sont étroitement liées par une histoire entrelacée avec des pages sombres et des heures glorieuses. En marge de la grande histoire, il y a surtout toutes ces petites histoires de femmes et d'hommes, ces petites histoires individuelles qui participent à l'édification de notre histoire collective. Ces petites histoires, pour nombre d'entre vous ici, ce sont celles de nos grands-parents, de nos parents, de nos sœurs, de nos frères, parfois de nos enfants, qui ont décidé un jour de franchir la Méditerranée en passant d'une rive à l'autre, le cœur plein d'espoir.

Résultat, la France et l'Afrique sont aujourd'hui plurielles et s'enrichissent de ceux qui s'y installent, de ceux qui s'y réinstallent, de ceux qui y voyagent ou qui y investissent. Parce que l'Afrique et la France ont un passé, notre lien est unique et notre avenir respectif ne peut se délier l'un de l'autre. Comme l'avait exprimé le président de la République à Ouagadougou, les diasporas sont au cœur de cet avenir commun et de cette reconnexion.

En tant que trait d'union entre les deux rives de la Méditerranée, les diasporas tissent un fil qui nous relie les uns aux autres, un fil extrêmement précieux mais qu'il nous appartient de consolider, et c'est là l'objet de ce sommet. Et c'est la mission qu'a confiée le Président de la République au Conseil présidentiel pour l'Afrique ainsi qu'à Achille Mbembe. Achille, Wilfried, merci pour tout le travail que vous avez fait ces deux dernières années, qui était si riche et si inspirant.

Qui mieux que les diasporas incarne cette relation si particulière entre l'Afrique et la France ? Qui mieux que la jeunesse d'Afrique et de France pour la renouveler ? Que les aînés construisent les canaux de transmission par les échanges académiques, par les bourses d'études, par la facilitation de stages ou les parcours professionnels.

La jeunesse et les diasporas ont l'opportunité de créer les bases d'un nouveau chapitre entre l'Afrique et la France. Elles sont une chance pour notre avenir commun. Mesdames et Messieurs, l'Europe et l'Afrique ne sont séparées que par quelques kilomètres.

Nos continents sont si proches, nos histoires si entremêlées. Ne laissons pas les Cassandre ternir ce qui pourrait faire notre force. Ne laissons pas les peurs, les doutes et la méfiance étouffer ce qui pourrait devenir.

Soyons courageux, comme ces jeunes talentueux, déterminés, qui vont prendre la parole pour nous proposer les fondations de notre nouvelle relation. Eldaa, [ INAUDIBLE ], Arthur, Aliou, Adelle, Lova, Adam, Sinzo, [ INAUDIBLE ], Sandrine, Amina. Je sais que ça n'a pas toujours été simple et, je vous le dis avec toute la chaleur de la fraternité de notre devise républicaine, toutes les grandes avancées ont été remportées par des hommes et des femmes tels que vous qui, un jour, ont fait un rêve.

Vous êtes, tous et toutes, les visages de cette relation enrichie et tournée vers l'avenir entre la France et l'Afrique. Vous êtes le symbole de tant d'espérance. Le destin des peuples est façonné par sa jeunesse.

Nous avons besoin de vous. Nous avons besoin de votre énergie, de votre créativité. Nous avons besoin de votre ambition et de votre détermination.

Jeunesse de France, jeunesse d'Afrique, vous pouvez créer cette relation basée sur des valeurs communes et intangibles d'égalité, de liberté, de dignité et de respect. Être jeune en Afrique, c'est trop souvent signe de départ. Être jeune en Afrique a trop souvent été " Va, vis et deviens ".

Ensemble, elle doit se muer en " Va, vis et reviens ", parce que les voyages forment la jeunesse. Comme l'écrivit l'immense Amadou Hampâté Bâ : " Si tu penses comme moi, tu es mon frère. Si tu ne penses pas comme moi, tu es deux fois mon frère, car tu m'ouvres un autre monde. " Je vous remercie.

Madame Élisabeth Moreno. Merci infiniment, chère Élisabeth. Juste, et là je m'adresse à la ministre, avant de prendre place, je vais me muer en responsable technique, votre micro...

Je voudrais juste quand même ajouter que la diversité de la population française, et vous en conviendrez, chère ministre, est la somme de son histoire. Et que cette diversité, elle se voit dans les rues de Montpellier, dans les rues de toutes les grandes villes, de toutes les communes de France. Et elle se voit aussi dans la publicité, dans la musique, dans le sport, n'en déplaise à certains.

Et on pourrait aller beaucoup plus loin, on pourrait faire mieux, d'où l'engagement des uns et des autres. Merci infiniment. Des applaudissements encore, s'il vous plaît, pour Madame la ministre.

Nous allons maintenant demander au Président de la République de nous rejoindre, ainsi que notre émérite politologue et historien, Monsieur Achille Mbembe, s'il vous plaît. Et j'appelle également les neuf autres jeunes. C'est vous qui portez ce sommet.

Ce sommet n'existe pas sans vous, vous êtes moteurs. J'aimerais que vous veniez également nous rejoindre. Monsieur le Président, Achille.

Achille Mbembe, vous plaidez pour une refondation des relations entre la France et les pays d'Afrique. L'Afrique en général ou l'Afrique francophone en particulier ? Écoutez, Claude, il y a l'Afrique en général.

Pour moi il n'y a pas d'Afrique francophone, il n'y a pas d'Afrique anglophone, il y a une Afrique en tant que tout. Un tout qui englobe le continent lui-même, ses îles, y compris ses petites îles que certains géographes distraits oublient de pointer sur la carte, et ses diasporas, ses diasporas multiples. Et je pense que la refondation des relations entre la France et l'Afrique, à laquelle appellent le Président mais aussi les forces vives qui sont présentes ici, et on a hâte de les écouter, cette refondation s'articule autour de ce tout qui est en lui-même une préfiguration de ce que notre grand Édouard Glissant appelait " le Tout-monde ".

Vous souhaitez également la création d'une Maison des Africains et des diasporas qui porterait le nom d'une de nos auteures, écrivaine illustre, l'afro-caribéenne de la Guadeloupe Maryse Condé ? Oui, ça on va le laisser à la mission de préfiguration que le Président de la République va annoncer. Mais l'idée, c'est quoi ?

Dans quelques semaines, on portera au Panthéon Joséphine. Il y a eu beaucoup de Joséphine. Il y en a eu qui venaient des États-Unis mais aussi des Caraïbes et de l'Afrique elle-même.

Ils et elles ont contribué à la construction du génie français, qui lui-même se réclame justement de l'universel. Et donc, créer une maison pour abriter cette part du génie français, du génie universel, c'est l'objectif de cette proposition. Le but, c'est quoi ?

Le but, c'est de rendre permanent la sorte d'exercice à laquelle on a participé récemment avec la saison Africa 2020. C'est de faire en sorte que cette saison devienne permanente, soit dans un lieu soit dans une série de quartiers généraux répartis dans l'ensemble du territoire, mais avec des réseaux en Afrique également. C'est l'objectif.

Élisabeth Moréno, Achille Mbembe, je vais vous laisser maintenant. C'est vous, chère Élisabeth, qui allez...

Je reste là, je suis dans le coin pour modérer si vous avez besoin de moi. Vous avez compris que le Président de la République avait souhaité que ce sommet soit très différent de tous les sommets de cet ordre et, à ce titre, nous allons commencer par un exemple concret de comment il peut être différent. D'habitude, les chefs d'État parlent et nous écoutons et ensuite c'est exécuté.

Cette fois-ci, nous allons avoir un format tout à fait différent où ce sont les jeunes qui vont parler et le Président de la République qui va écouter. Et je trouve que c'est extrêmement symbolique parce que, si nous disons que l'avenir doit être porté par la jeunesse, et j'enjoins la jeunesse de France à s'emparer de ces questions avec la jeunesse d'Afrique, il faut que nous entendions ce que vous avez à dire et de quelles relations vous rêvez pour la France et pour l'Afrique. Merci.

La parole est à vous. Monsieur le Président de la République, distingués invités, mes chers collègues, chers participants, bonjour. Je suis Ateki Seta Caxton.

C'est un honneur pour moi de prendre la parole devant vous ici en ce moment très spécial. Jamais autant de jeunes venant de tous les coins du continent n'ont eu cette opportunité de rencontre pour se donner pour mission la réinvention, la redéfinition de notre relation Afrique-France. Cette opportunité unique, elle est aussi vraie pour nous, les 11 pépites qui se sont réunies cette semaine et ont accepté de relever le défi de représenter les 5 000 personnes qui ont participé aux consultations et d'ailleurs des consultations qui ont alimenté le rapport remis par Achille au président Nous sommes de la société civile, des pays africains et de la diaspora.

En réalité, nous ne sommes qu'un échantillon des millions de jeunes Africains avec différentes expériences mais qui partagent un objectif commun, celui d'écrire non seulement une nouvelle page mais tout un nouveau récit dans les relations entre l'Afrique et la France. Nous sommes ici pour dit avec honnêteté, avec sincérité, ce que ces relations ont été, ce qu'elles sont et ce que nous souhaitons qu'elles deviennent. Mais je trouve que souhaiter n'est même pas le bon verbe parce que ces relations doivent changer.

Nous n'avons pas le choix. La relation est abimée, le lien est distendu, nos mains s'éloignent et l'espoir de faire communauté ne nous habite plus. Monsieur le Président, vous nous avez demandé de penser cette relation en 2030, d'imaginer notre futur souhaitable.

L'exercice n'est pas simple parce qu'il s'agit de construire librement une vision et de mettre en place une feuille de route pour qu'elle devienne réalité. 2030 est loin mais ça commence aujourd'hui. Nous ne devons pas, vous ne pouvez pas attendre encore dix ans pour agir.

Mais pourquoi agir ? Pourquoi un futur souhaitable de cette relation ? Faudrait-il vraiment penser ensemble qui d'un divorce, d'une rupture totale de cette relation ?

Je vais dire non. Non, parce qu'une rupture est un acte destructeur qui s'inscrit dans la tradition des violences et les tensions qui caractérisent une part de notre passé. Notre avenir doit se construire dans un dialogue sincère, pour donner une chance à notre communauté de destin.

Non, parce qu'on ne peut pas se le permettre. Face à des problèmes qui se globalisent, il faut s'unir. Nous ne pouvons pas habiter seuls dans un monde si complexe, rempli de multiples crises : crises climatiques, écologiques, sanitaires, migratoires et sécuritaires.

C'est ensemble et seulement ensemble que nous parviendrons à relever ces défis communs et à produire des véritables solutions innovantes et partagées. Et parce que, Monsieur le Président, vous nous nommez comme étant la nouvelle génération, celle qui n'est pas entravée par le poids de la nostalgie. Nous sommes prêts à porter un nouveau regard sur les relations entre l'Afrique et la France avec optimisme et confiance.

Pour paraphraser Nelson Mandela " Nos choix doivent refléter nos espoirs et non nos peurs. " Nous n'avons pas peur d'assumer notre responsabilité. Et il est normal que vous assumiez la vôtre.

Parce qu'il n'est plus possible que la France entretienne une vision dépassée du continent Africain. Nous venons dialoguer et vous présenter des solutions car nous avons un avenir différent et plus grand à proposer. Ce n'est pas uniquement parce que nous serons à l'aise avec tout ce qui va changer, mais parce qu'à ce stade, c'est la seule chose qui importe.

Mais avant de vous présenter cette vision, Monsieur le Président, quelques vérités profondes doivent être énoncées, afin de créer de l'air. J'invite alors Adelle sur la scène, pour nous présenter les faits. Merci beaucoup.

Bonjour, je m'appelle Adelle Onyango. Je viens du Kenya. Et c'est à peu près tout ce que je sais dire en français.

Je suis très heureuse et honorée d'être ici aujourd'hui Que la relation entre l'Afrique et la France soit compliquée n'est un secret pour personne. Afin de construire ensemble une relation qui apporte des solutions aux problèmes que rencontrent l'Afrique, la France et le monde entier, il est important de nous interroger sur cette relation si compliquée, et de nous concentrer sur trois questions. Tout d'abord, qu'est-ce qui n'est pas efficace, qu'est-ce qui n'est pas éthique et, trois, où y a-t-il des carences en matière d'intégrité ?

Et, pour faire ces trois choses, il va falloir être franc. Il faut recourir à une franchise brutale. L'histoire de la colonisation est très importante et c'est compréhensible.

Importante pour l'Afrique. Pour l'Afrique, c'est un passé qui est douloureux, aussi douloureux qu'il est destructeur. Les effets de la colonisation, nous les ressentons encore aujourd'hui, pas seulement d'un point de vue économique mais d'un point de vue intersubjectif.

Nous, les Africains, nous ressentons tous les jours la douleur de la colonisation. L'absence d'une reconnaissance forte et claire de la douleur du continent sur ce passé destructeur débouche sur un scepticisme et une absence d'action qui porterait cette reconnaissance est également un gros problème dans la relation actuelle entre la France et l'Afrique. Ce déni dans lequel la France se complaît est inconfortable, pour l'Afrique et pour la France également.

Et cela ne fait de bien à personne, ni aux uns ni aux autres. Comment pouvez-vous accorder votre confiance à ceux qui sont la source de votre douleur lorsque ces premiers ne reconnaissent même pas le fait d'en être la source ? Et tout cela débouche sur un scepticisme, scepticisme quant à ce que représente la France.

C'est pourquoi, Monsieur le Président, nous vous posons la question. Quelle peut être la force d'une relation construite sur la douleur, le scepticisme et l'absence de confiance ? Quelle peut véritablement être cette relation ?

Nous, pas seulement notre équipe ici mais nous tous dans cette salle, et les 5 000 personnes qui ont aidé à élaborer ce rapport, sans parler de tous les millions qui sont sur le continent et hors du continent, nous voulons tous un engagement de votre part, et que vous vous joindrez à nous pour éradiquer la Françafrique. C'est une domination injuste à laquelle il faut mettre un terme. De plus, la compréhension véritable de ce que la France représente, et la perte de confiance dans ce qu'elle représente, est alimentée par une collaboration qui est poursuivie avec déjà des agences, des leaders ou des individus qui sont loin d'être des modèles d'intégrité, alors que d'autre part on continue à affirmer, à prétendre que l'on défend les droits humains.

Alors, nous avons la France qui d'une part continue à parler de racisme, de domination, d'exploitation, mais qui d'autre part continue à donner des leçons de démocratie. On voit deux profils qu'on ne peut pas présenter sur la même face. Et pourtant, c'est ce qui se passe.

Et nous trouvons que c'est arrogant. Cela crée une dissonance, une dissociation cognitive qui est très inconfortable parce qu'il y a deux valeurs en conflit. Non seulement ce n'est pas logique, mais en plus, ça ne tient pas la route.

Enfin ça engendre une perception négative et cela ne permet pas de savoir ce que la France représente. Il est évident, puisque nous sommes tous ici, que la relation actuelle est déséquilibrée. Elle n'est pas collaborative.

Et dans certains cas, elle revient de l'exploitation. Nous avons des solutions, construites sans contribution de la société civile africaine, qui peuvent être une ressource pour comprendre les problèmes, pour trouver des solutions qui soient applicables de manière efficace sur le terrain, et qui pourront même être accomplies par la France. N'oublions pas, nous qui voulons réparer et changer cette relation, qu'il y en a aussi qui tirent profit de ce système dysfonctionnel, qu'il s'agisse d'industries privées françaises sur le continent qui n'ont pas des pratiques très éthiques, ou d'individus ou de groupes corrompus aussi bien français qu'africains.

Cela, et l'absence d'une condamnation publique forte, alimentera bien évidemment le scepticisme. Cette interrogation franche est un premier pas indispensable, de même que les forces et les faiblesses de la relation actuelle, et de cela dépendra la réussite ou l'échec de notre relation future. Mais nous ne vous disons pas seulement ce qui ne marche pas.

Nous, nous cherchons une solution. Contrairement aux chefs d'État que vous rencontrez habituellement, nous, nous savons parfaitement ce à quoi vous devez vous engager aujourd'hui. Et nous savons quelle est la voie à suivre et comment y parvenir.

C'est cela que mon collègue Arthur va vous présenter. Arthur ! Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, je suis Arthur Banga de Côte d'Ivoire.

Monsieur le Président, l'équipe m'a chargé de vous présenter la vision que nous voulons pour 2030 : Quelles relations entre l'Afrique et la France à 2030 ? Monsieur le Président, un futur souhaitable est possible. Imaginons un instant que nous sommes en 2030, et qu'en 2030, la France a assumé son histoire dans la relation Afrique-France.

Dès 2023, la France est enfin sortie du déni. Elle a reconnu sa responsabilité sans tomber dans le piège de la recherche de la pureté. Monsieur le Président, le travail de mémoire de l'esclavage et de la colonisation est enfin permis.

Les œuvres restituées sans arguments normatifs de conservation du patrimoine public participent de cette réparation, Monsieur le Président. Ces œuvres-là nourrissent cette nouvelle relation, parce qu'elles circulent dans et hors de nos musées, en Afrique comme en France. Monsieur le Président, cette reconnaissance permet ainsi de créer une collaboration plus apaisée et constructive entre nos peuples, mais, plus important, entre nos jeunesses.

Á la fin de la décennie, la relation Afrique-France est équilibrée. Elle est équilibrée car les imaginaires ont évolué, entraînant de vrais changements relationnels. Ils ont d'abord évolué avec le vocabulaire.

L'attention toute particulière portée par la France aux éléments de langage et à la posture pour sortir du rabaissement conscient ou inconscient a permis en dix ans de changer les choses, les mots et les actes de la relation. Monsieur le Président, on ne parlera plus d'aide ou de développement, mais de partenariat et de co-construction. Ce changement de paradigme entraîne avec lui les institutions chargées de notre partenariat.

Elles vont changer de dénomination pour épouser l'air du temps, l'air de notre temps, l'ère des relations d'égal à égal. À cette date, Monsieur le Président, la relation est vivante. Elle est vivante parce qu'elle est portée par de nombreux acteurs.

Bien sûr, que la France a encore son réseau de femmes et d'hommes qui assurent les relations diplomatiques avec des représentants officiels des nations, et surtout des institutions panafricaines. Mais elle compte aussi sur d'autres acteurs : ceux-là, dans cette salle, sur ce banc, ces acteurs en charge des questions de démocratie et de défense des droits humains. Les programmes partenariaux se font avec cette société civile, qui est désormais reconnue comme des interlocuteurs crédibles et légitimes.

On est sortis du brouillage des pistes grâce à la mobilisation des parties civiles et des jeunes qui réfléchissent ensemble, par-delà la Méditerranée, à leur interdépendance dans une relation qui vit. Monsieur le Président, le rapport du professeur Achille Mbembe nous propose un Fonds de la démocratie. Il serait peut-être intéressant, nous devons même orienter ce fonds vers la société civile, qui doit être reconnue officiellement et avoir une place de choix dans la direction de ce Fonds pour la démocratie.

En 2030, Monsieur le Président, notre relation est débarrassée des scories symboliques d'une époque de domination révolue. Le franc CFA et ses réserves associées sont un lointain souvenir, puisque l'Afrique a désormais sa propre monnaie, une monnaie qu'elle gère en totale liberté. Monsieur le Président, les bases militaires françaises sur le continent sont fermées, et elles auront laissé la place à des armées autonomes.

Les interventions militaires décidées au gré des humeurs françaises pour soutenir des régimes amis font désormais place à des mécanismes de sécurité collective de l'Afrique. En 2030, dans l'ère du numérique, l'open data imposé à tous les acteurs de la relation permettra un véritable pre-process pour une totale transparence sur les flux humains, financiers et de ressources. Couplée à une communication sur le territoire français, cette approche permettra de réconcilier le peuple français avec l'Afrique.

Monsieur le Président, la diaspora que vous appelez affectueusement " Cette part africaine de la France " représentée ici par Madame Moreno, par Lova, par Sandrine, cette diaspora-là aura la capacité de diffuser cette approche sur un territoire maillé de maisons du génie africain que nous propose Achille. Monsieur le Président, cette dynamique, j'en suis sûr, et nous en sommes sûrs, induira des succès. Mais il y aura des échecs, Monsieur le Président, il y en aura !

Sauf que sous ces échecs, la posture de la France aura changé. Ils seront reconnus comme tels, et, mieux, ils favoriseront l'émergence de nouveaux projets sans suspicion pour corriger ces erreurs, ces fautes que nous pourrons commettre dans notre évolution. Monsieur le Président, ces projets seront plus beaux parce qu'ils seront le plus souvent pensés avec les Africains, avec la diaspora.

Et ce sera la meilleure façon d'atteindre la cible, parce que cette cible sera écoutée dans la mise en place de ces projets. Monsieur le Président, nous pensons qu'il est temps d'arrêter les discours. Moins de grands discours, plus d'attention aux besoins des populations.

Plus d'écoute à l'objectivation des résultats. Et cela va entraîner une coresponsabilité plus forte entre partenaires, je dis bien partenaires, français et africains. Monsieur le Président, en 2030, comme on l'a dit tout à l'heure, notre continent est jeune, il est plein d'espoir.

Donc, en 2030, l'Afrique sera une source d'innovation et de solutions, solutions fondées sur la nature, pour l'Afrique elle-même, mais aussi et surtout, dans ces moments que nous vivons, pour la France et pour tout le reste de l'humanité. Les compétences endogènes de l'Afrique sont remises au cœur des savoirs communs grâce à une circulation plus accrue des étudiants de part et d'autre de nos territoires, à l'équivalent, on revient encore aux propositions d'Achille, d'un programme Erasmus africain, à des campus multidisciplinaires et multiculturels accueillant des étudiants d'Afrique et de France, à des partenariats de recherche équilibrés favorisant la montée en puissance de centres de recherche sur le continent. Monsieur le Président, par ces solutions, l'Afrique doit inspirer la France.

Parce qu'aujourd'hui, le continent africain a des pratiques numériques avancées qui pourraient inspirer vos pays. C'est une question de regard. Ceci se fera dans la relation Afrique-France, un terreau de solutions, une meilleure gestion de la crise climatique, un emploi plus efficient du numérique et la construction d'un bien commun. 2030, c'est de la prospective à court terme.

Le chemin est semé d'embûches, mais c'est pour cela que nous allons le parcourir ensemble à partir d'aujourd'hui. Cette lecture prospective que l'équipe vous propose, mêlée aux propositions d'Achille, doit constituer, et nous le revendiquons, la feuille de route pour ces dix prochaines années dans les relations entre l'Afrique et la France. Monsieur le Président, après votre écoute, je vous invite au dialogue pour construire ensemble 2030, car c'est ensemble que nous devons créer les conditions d'un nouveau départ et engager une nouvelle relation entre l'Afrique et la France.

Monsieur le Président, cessons les palabres, cessons les leçons de philosophie. Soyons concrets. Prenons dès à présent des mesures qui marquent le tournant de cette relation Afrique-France.

Et pour cela, je vous invite à dialoguer avec certains jeunes, en commençant par ma voisine du Nord, Eldaa, qui représente le Burkina. Eldaa, c'est bon, tu passes. Merci infiniment.

Nous l'avons dit tout à l'heure, nous l'avons évoqué, nous pourrions le rappeler encore et encore, et au-delà de cette plénière, de ce moment important, essentiel : nous vivons un moment historique. Merci infiniment aux trois intervenants, que je vous demande s'il vous plaît d'applaudir pour les remercier. Cher Achille, c'est votre moment, avant qu'Eldaa ne s'exprime.

Je n'ai plus rien à dire, j'ai tout dit dans le rapport. Vous avez tout dit ? Vous ne voulez rien nous montrer, aucune vidéo, rien du tout ?

Aucune image ? Très bien ! Eldaa ?

Merci beaucoup. Pardon, ma sœur, il ne faut pas toucher le micro ! Ça ne fonctionnait pas !

C'est vrai ? Non, ça ne fonctionnait pas. Et je pense que c'est ce que Arthur a dit : lorsque ça ne marche pas, il faut le reconnaitre.

C'est ma faute, c'est ma très grande faute. Merci beaucoup, Arthur, d'avoir terminé avec ces conclusions. J'ai des choses à dire, mais il faudrait bien que vous me permettiez de respecter les salutations d'usage.

Monsieur le Président, chers invités, chers Français, chers Africains, chers amis, Mesdames, Messieurs, à tous ceux qui sont là aujourd'hui et qui nous suivent à travers les médias pour participer à cette conversation directe, et surtout sans filtre, bonjour ! Bonjour, je suis RayimWende Eldaa Koama. Je suis africaine, je suis Burkinabé, je suis intègre.

Merci. Nul besoin donc de vous préciser que mon interpellation sera celle de la vérité, de la sincérité et de la franchise, sans filtre, Monsieur le Président. Mon point va s'articuler autour de tous ces imaginaires-là.

Et s'il s'agit de parler des imaginaires et de ces concepts faux, incompatibles avec la réalité de nos peuples, il faudra surtout parler du vocabulaire dépassé, inadapté, dévalorisant, qui réside encore dans vos discours et dans celui de vos institutions lorsque vous vous adressez à l'Afrique ou lorsque vous levez des fonds pour aider l'Afrique. Parmi ces expressions, il y en a une qui retient mon attention tout le temps et qui pour finir me dérange : l'aide au développement. Monsieur le Président, l'aide, tant qu'elle n'aide pas, tant qu'elle n'amène pas à se départir de l'aide, comme le dit Thomas Sankara, " il faut s'en débarrasser ".

Car l'aide, ce type d'aide-là rend esclave. Ce type d'aide-là empêche les peuples, les populations, de s'en sortir par elles-mêmes, par leurs propres capacités. Parce qu'elles peuvent le faire, Monsieur le Président, et vous devriez le savoir : le meilleur est en chacun d'entre nous, quelle que soit notre origine.

Je continue donc pour vous citer ici feu Joseph Ki-Zerbo, un intellectuel africain. Certainement que vous le connaissez. Vous lisez beaucoup, n'est-ce pas, Monsieur le Président ?

Il a dit, et je cite : " On ne développe pas, on se développe " fin de citation ! Alors, si on ne développe pas, on ne peut pas non plus aider à développer. Ça fait près d'un siècle que l'aide au développement se balade en Afrique.

Ça ne marche pas ! Sachez que l'Afrique se développera par elle-même, par le potentiel local et celui de la diaspora, et certainement dans l'interdépendance avec les autres nations de la planète, mais surtout à travers des collaborations saines. Je répète : saines, transparentes, constructives.

Il y a des têtes bien faites et il y a aussi des investisseurs, en Afrique. Nous innovons déjà, en Afrique. Et si ce n'est pas co-constructif dans cette relation qu'on imagine, on n'en veut pas.

C'est donc fini, les explosions : Sauvons l'Afrique ! Aidons à développer l'Afrique, il y a tellement de misérables là-bas ! C'est fini, Monsieur le Président.

Si on doit vivre ensemble parce qu'il le faut à tout prix, ça sera dans l'interdépendance, je répète, mais surtout et aussi dans le respect et la valorisation des uns et des autres. Monsieur le Président, vous avez voulu ce sommet différent, vous nous avez appelés, nous, société civiles, tout en sachant bien que tout ce qu'on peut faire, c'est dire ce qu'on pense. Vous, vous êtes un Président, vous pouvez prendre des décisions.

Que chacun prenne donc ses responsabilités dans ce sommet. Monsieur le Président, je vais vous proposer des actions concrètes. Est-ce que vous savez, je pense que vous le savez, l'AFD, l'Agence Française de Développement, fête bientôt ses 80 ans.

C'est l'occasion de faire différemment. Changez déjà le nom. Changez le fond.

On l'a si bien dit : on veut des partenariats qui soient clairs, qui soient transparents, où nous aussi on peut parler. On a notre mot à dire. On peut aussi agir.

Et on peut mettre aussi de l'intellect et des ressources financières sur la table de la discussion. Je vais finir, parce que j'aime bien échanger avec Monsieur le Président, mais je vais finir. Et je vous propose de visualiser avec moi ceci : si la relation entre les pays d'Afrique et la France était une marmite, sachez qu'elle est très sale, cette marmite !

Elle est sale de reconnaissance légère et des exactions commises. Elle est sale de corruption. Elle est sale de non-transparence.

Elle est sale de vocabulaire dévalorisant. Elle est sale, Monsieur le Président. Je vous invite à la récurer par des actions concrètes.

J'ai déjà proposé des actions. Commencez, mes amis le feront aussi. Si vous refusez de la laver, si vous voulez quand même préparer là-dedans, je ne mangerai pas.

Nous ne mangerons pas. L'Afrique ne mangera plus. Le repas sera prêt, vous serez le seul à table avec un appétit difficile.

Á bon entendeur salut ! Merci. La parole maintenant à Cheikh Fall, du Sénégal.

Merci. Merci. Monsieur le Président, nous nous sommes vus mardi.

Vous nous avez demandé d'être sincères, libres et transparents. Nous allons l'être, vous pouvez compter sur nous. Je vais d'abord vous demander à vous, et vous inviter, Monsieur le Président, à faire tomber votre costume de président et à m'écouter en tant que frère et citoyen du monde, et en tant que frère de la France.

Je vous parle en tant que citoyen. Recevez et entendez mon message en tant que citoyen, et en tant que citoyen du monde. Je vous demanderai de remettre le costume de président tout à l'heure, mais pour le moment, il est à terre.

Vous l'avez compris, Monsieur le Président, nous sommes maintenant dans la séquence des questions-réponses. Ça va être un peu plus sport. Il peut répondre à tout moment, quand il le souhaite.

Voilà, et vous pouvez donc interrompre Cheikh Fall quand vous le souhaitez. On est disposés au dialogue, Monsieur le Président. Je m'appelle Cheikh Fall, et je suis Africain, Sénégalais.

J'ai les deux. Je suis, Monsieur le Président, à la tête d'une organisation panafricaine qui est présente dans 40 pays, une organisation qui regroupe aujourd'hui plus de 400 personnes, et qui regroupe des acteurs de changement qui utilisent le numérique pour impacter et créer une nouvelle dynamique. Monsieur le Président, je suis de cette jeunesse africaine, engagée, motivée, contestataire, mais très réfléchie et très ouverte au monde.

Je suis Cheikh Fall, je porte ma voix et la voix des frères et des sœurs d'Afrique, et je porte la voix de toutes les personnes qui aujourd'hui sont frustrées, mécontentes et très contestataires contre la France. Je porte la voix de ces personnes-là aussi qui, à travers Internet, nous insultent, nous traitent de moutons, parce que, tout simplement, on a accepté votre invitation, Monsieur le Président. On est venus dialoguer, et derrière, on se fait insulter.

On est venus réfléchir, imaginer des lendemains, et on se fait discréditer. Je vais vous dire pourquoi. Ces personnes qui, derrière le clavier, nous insultent, nous comprenons et entendons leurs insultes.

Nous voulons porter leurs voix, et je vais vous les transmettre. C'est de la colère, c'est de la tristesse, et c'est beaucoup de mécontentement. l'Afrique et la France ont eu un passé commun.

Et ce passé est toujours présent, lourd à porter pour nous. Nos grands-parents nous ont raconté l'histoire de la colonisation. Elle est d'hier, elle n'est pas encore ensevelie.

Nos parents nous ont raconté la Françafrique, et ce qu'a été cette Françafrique. Mais, Monsieur le Président, nous, mes sœurs et frères africains, sommes en train de vivre, de subir et de supporter cette relation France-Afrique. C'est cela que j'ai envie de vous transmettre et de vous dire.

Nous sommes ici pour discuter, dialoguer et réfléchir sur les futurs souhaitables. Il ne serait pas possible de le réaliser, ce futur, tant que le passé n'a pas été pansé, p-a-n, pansé et reconnu. Ce serait une chimère que de vouloir un futur avec les plaies du passé.

Monsieur le Président, ce passé est lourd et continue à peser sur nous. Je vais vous inviter maintenant, vous pouvez remettre votre costume de Président. Je vous invite ici et maintenant à un rendez-vous, un rendez-vous historique.

Je vous invite à prendre ici et maintenant des engagements forts, des décisions fortes pour reconnaître, et accepter de demander pardon au continent africain. Vous sentez beaucoup d'émotion dans ce que je suis en train de dire. Effectivement, je suis très ému, et je sais que je ne suis pas le seul à être ému, mais j'ai envie de vous inviter à ressentir un peu de cette émotion.

Après cela, Monsieur le Président, je vous inviterai à cesser de coopérer et de collaborer avec ces présidents et dictateurs en Afrique. Monsieur le Président, toujours avec votre costume de président, je vous demanderai et vous inviterai à arrêter cette pseudo-coopération paternaliste. Programmez un dispositif de retrait progressif et définitif de vos bases militaires en Afrique.

Ensuite, Monsieur le Président, je vous invite : ensemble, mettons un mécanisme de collaboration franche afin de renforcer les acquis démocratiques dans nos pays. Nous vous avons proposé un fonds par le biais d'Achille, mais il ne faudrait pas que ce fonds soit uniquement financé et porté par la France. Nous avons des Africains qui défendent la démocratie et qui sont des philanthropes, et nous les invitons, moi à travers ma voix et la voix de mes amis : Mo Ibrahim, Cheikh [INAUDIBLES] et tant d'autres.

Rejoignez-nous, travaillons ensemble, finançons et portons le changement. Et pour finir, Monsieur le Président, mettez en œuvre vos engagements d'Abidjan à propos du franc CFA. Mettez en œuvre, mais allez au-delà : prenez la décision historique de refuser à partir de maintenant la garde de la réserve des fonds du franc CFA ici en France.

Je vous remercie. Je termine, Monsieur le Président, en vous disant que si nous devons construire ensemble, il nous faut panser le passé. Il nous faut faire tomber les symboles et changer et modifier les postures.

Je vous remercie. On pourrait, Monsieur le Président, également résumer la parole de Cheikh Fall dans le texte d'un artiste, sénégalais justement, Didier Awadi, leader du groupe PBS, qui nous dit qu'un autre monde est possible. Un autre monde est possible !

Vous souhaitez répondre peut-être, Monsieur le Président ? Oui, vous pouvez vous exprimer. Ça ne marche pas !

Parce que vous n'aviez pas le bon micro, Monsieur le Président. Maintenant, ça marche. Beaucoup de choses ont été dites, et je ne vais pas chercher à répondre à tout, mais je vais aller directement sur les questions les plus spécifiques qui ont été posées, en particulier les questions de vocabulaire, puisque vous m'avez d'abord interrogé là-dessus, Eldaa.

Si on dialogue, on s'écoute. Si vous m'avez écouté, vous ne n'avez pas entendu parler d'aide au développement. J'ai dit justement tout à l'heure qu'on voulait faire de l'investissement solidaire, parce que je considère que c'est de l'investissement.

Et ce changement, on est en train de le porter et de le faire. Je dis ça, parce que ce qu'on est en train de faire est très important, et vous portez une énergie, une indignation, parfois une colère, parce que vous, vous subissez une colère de gens qui vous en veulent aussi d'être ici et qui vous mettent la pression. C'est la vérité, vous l'avez dit à juste titre.

Mais je ne voudrais pas non plus que vous vous mettiez à me reprocher tout ce que les autres ont pu faire ou font à côté, mais que moi, j'ai décidé de ne plus faire, parce que j'aurais le même sentiment d'injustice que vous. Donc je partage totalement votre clarification sémantique : je ne parle pas d'aide, et je ne pense pas qu'on va développer quelqu'un ou développer un continent. Je pense que vous savez beaucoup mieux que moi, et vous l'avez d'ailleurs montré avec beaucoup d'énergie, ce qui est bon pour votre pays et ce qui est bon pour votre continent.

Notre objectif, c'est de plus en plus d'accompagner des projets, d'accompagner, de permettre par un partenariat de les faire. Donc maintenant, on parle plutôt d'investissement solidaire, et pour être très concret, oui pour changer le nom, parce que je pense que ça le traduit. Ce que je retiens de ce que vous dites, c'est que, je l'ai dit à Ouaga, un : on a commencé à changer beaucoup de choses, mais la méthode ne change pas assez vite.

C'est ce que je retiens aussi de ce que vous me dites et de vos interpellations. Aujourd'hui, on a bousculé quand même beaucoup de financements de projets. On a la moitié des projets financés par l'AFD qui ne passent plus par le Gouvernement, d'ores et déjà.

Je le dis, parce que souvent, ce n'est pas su, et c'est une petite révolution. La moitié ! Il faut qu'on continue à monter.

Malgré tout, à un moment donné va se poser la question, et je vous la pose en toute franchise. Vous allez sans doute vous engager, dans vos pays. Vous le faites déjà, pour certains.

Vous allez gagner des élections démocratiques, ce que j'espère, et on fera tout pour les accompagner. Le jour où vous serez des dirigeants démocratiquement élus, vous me direz : Président de la République, pourquoi n'aidez-vous pas des projets que moi je porte ? Donc, tout ce que porte un gouvernement n'est pas mauvais non plus.

Le tout, c'est que ce gouvernement soit l'émanation d'un processus démocratique reconnu. Je dis ça, parce que je ne voudrais pas qu'on tombe de l'autre côté du cheval, que vous aurez tous à évoluer aussi et qu'on aura à faire évoluer des systèmes. Il y a aujourd'hui des pays d'Afrique où les gouvernements sont démocratiques, respectent les règles, portent des vrais projets, et on les accompagne.

Et je l'assume totalement. Et il y a des projets qui ne sont pas portés par les gouvernements. Il y a des gouvernements avec lesquels, parfois, on durcit le ton.

Pour certains, d'ailleurs, vous en venez. Et dans ces gouvernements, dans ces pays-là, on décide plutôt de financer des projets qui sont portés par la société civile. On va le faire de plus en plus.

Mais je ne voudrais pas qu'on tombe dans des caricatures, parce qu'il y a aussi des gouvernements en Afrique qui sont démocratiquement élus, qui ont le droit de porter des projets et de demander un investissement solidaire de la France ou de l'Europe. Ça, c'était mon point. Donc oui pour changer le nom, oui pour changer les termes, parce que je partage ce que vous avez dit, et je l'ai moi-même défendu.

Après, peut-être que pour les gens, ça n'a pas été clair, cette histoire de marmite, même si ça a suscité beaucoup d'enthousiasme. Oh si, c'était très clair ! Je vais essayer de redire où on en était de notre débat ensemble, parce que je suis d'accord : je pense qu'il faut laver la marmite.

Mais si vous êtes honnête avec moi, ce que j'ai dit, c'est qu'on ne changera pas la marmite, et il y aura toujours des traces. Et ça va faire le lien avec la question sur le pardon. On pourrait dire, c'est notre tentation à tous, il est sans doute possible que moi-même, dans mes engagements politiques, j'ai parfois cédé à ce désir ou cette expression de dire : avec nous, tout va changer, on va tout réinventer.

Ce n'est pas vrai ! On est tous les enfants d'une histoire, les héritiers de cette histoire. Elle pèse beaucoup plus lourd que nous, elle nous encombre.

Donc cette marmite est en effet pleine de toutes les taches que vous évoquez et le ragoût qu'on y fait n'est plus très bon. Vous l'avez dit ! Il faut à la fois continuer à faire des choses parce que ce sont des projets, ce sont des vies, et j'assume complètement qu'on continue à investir, mais il faut changer les termes, le regard, et rééquilibrer la relation.

C'est ce que vous me demandez. Là où je veux être clair, c'est que quand je dis " On ne la changera pas ", c'est que ce n'est pas vrai qu'on oubliera le passé et ses blessures. Il faut les assumer.

Et ça passe par un discours de reconnaissance, de considération et de capacité à aller au-delà. Mais je voulais être clair. Donc oui, on va relever les manches et on va la récurer, mais il restera toujours des trucs.

Mais surtout, on va faire beaucoup d'autres projets et on va regarder l'avenir. J'ai été interpellé sur la question du pardon. Je vais être simple, si je veux faire un succès d'estrade, je le fais.

Évidemment, si je dis : " Oui, je le fais ", la main sur le cœur, et que je vous dis : " Le pardon est demandé ", ça va vous faire très plaisir. Mais je vous le dis très sincèrement, sur ce que vous me demandez, ce n'est pas ce que je dois faire. Pourquoi ?

Parce que c'est trop facile. Il m'est arrivé de demander pardon. Je l'ai fait d'ailleurs il n'y a pas si longtemps, ça a été une des rares fois, pour la question des harkis en France.

Parce qu'il y a une série de responsabilités particulières très concrètes, très traçables, que j'assume totalement et qui enclenchent un processus là, de réparation, y compris pour des gens qui ont vécu ça dans leur vie, dans leur chair, et des enfants qui ont été élevés derrière des barbelés jusqu'à assez récemment. Dire " Pardon ", ça voudrait dire qu'en quelque sorte je voudrais me délier. Et je ne crois pas à une politique de pardon, en tout cas dans le lien qu'il y a entre la France et l'Afrique.

Je crois à une politique de reconnaissance, d'abord et avant tout. Je l'ai assumée, cette reconnaissance, y compris quand j'étais candidat, et je l'ai assumée comme président. Oui, la France a une responsabilité immense, puisque la France a été un pays qui a organisé le commerce triangulaire et la colonisation.

Elle n'est pas le seul, mais elle y a largement contribué. Donc, oui, il faut reconnaître cette responsabilité et assumer de la porter. Elle fait partie de notre passé et de la relation.

Donc, oui au discours de reconnaissance, aujourd'hui comme demain. Parce qu'une fois que je reconnais, je nomme tout ce qui va avec. Je nomme ce que les historiens ont documenté, ce qui est établi en vérité.

Et j'en prends ma part, mais je ne m'en débarrasse pas. Mais est-ce que moi, je peux demander pardon au nom de cette histoire à votre génération ? Je pense qu'à ce moment-là, ce qu'il y a derrière le pardon, c'est la volonté en quelque sorte, pour le coup, de passer à autre chose, de m'en débarrasser.

Et je ne pense pas que nous nous débarrasserons de cette histoire. Donc, avec la question de la reconnaissance, il y a pour moi plutôt celle d'une politique de la promesse. Je cite mes maîtres, mais Paul Ricoeur a beaucoup mieux que moi écrit là-dessus : " Il n'y a pas de politique de pardon, il y a une politique de la reconnaissance et il y a une politique de la promesse ".

Donc ce que, pour ma part, je souhaite construire, ce que, au nom du peuple français, puisque vous m'avez dit que je remettais mon costume, je suis prêt à m'engager à faire, c'est d'abord ce travail de reconnaissance. Il y a des propositions très concrètes qui sont faites dans le rapport, et je suis prêt à ce qu'on continue à s'engager pour qu'il y ait un travail d'historiens, de scientifiques, partagé, et pour que surtout, on fasse quelque chose qui, à mes yeux, est très important, et qui va dans votre sens, mais qui est, je pense, plus fécond que simplement un président qui dit un jour " Pardon ", parce que ça ne réglera pas tout, c'est de dire : cette politique de reconnaissance, elle doit mettre en place et commencer un processus inexorable de mémoire et d'histoire qui vise à documenter ce passé sous toutes ses formes, à en écrire l'histoire partagée, et à permettre à des historiens du continent africain pardon ? oui, vous êtes plusieurs à l'être, ici, du continent africain, du continent européen à travailler ensemble, à faire œuvre de vérité et à donner un contenu historique et scientifique à ce travail de reconnaissance, et à pouvoir, dans l'éducation qui est faite à nos enfants, retracer la vérité.

Je le dis, parce que je viendrai après à la partie " émotion ". On a eu tout à l'heure cette discussion, et ce dont on parle est fondamental. Mais aujourd'hui, il y a aussi beaucoup de gens qui manipulent notre histoire.

Il y a beaucoup de puissances qui ont été coloniales à l'égard de l'Afrique, qui veulent faire oublier qu'elles ont été elles-mêmes des puissances coloniales, et qui disent : " La France, c'est terrible, regardez ce qu'ils nous ont fait ! Ils ont fait partie de cette histoire. Et il y a beaucoup de puissances qui sont dans une politique de prédation à l'égard de l'Afrique, et qui veulent juste cette politique de pardon pour écrire une nouvelle page qui est celle d'une nouvelle exploitation.

Ce qui a du sens, ce n'est pas " Pardon ! ", et oubli qui va avec, et en quelque sorte faute dont on se serait débarrassé. C'est politique de reconnaissance, travail d'historien et historiographique, rapport à la vérité pour ne pas répéter les erreurs du passé, mais pour écrire une histoire commune qui soit enseignée de part et d'autre de nos rives à nos enfants.

Et nous, nous avons ce travail à faire en France parce que nos enfants n'ont pas encore des programmes, dans les livres d'histoire, qui disent tout cela de cette histoire. Ça commencé, on le sait. Il y a un très gros travail qui a été commencé, mais il faut le parachever, aller au bout de ça.

Et ce n'est pas un travail, j'entends souvent ça, de honte de soi ou de repentance, comme on dit. Non, c'est un travail de vérité. Il n'y a pas de fierté sans vérité, sinon il y a des mensonges.

Donc moi, je suis extraordinairement fier d'être Français comme vous êtes fiers d'être Africains. Et je le suis d'autant plus que je veux qu'on assume la vérité de tout notre passé et de tout ce qu'on veut faire ensemble. C'est ce travail qu'on doit faire, qui doit aussi ensuite se retranscrire dans les manuels des enfants et des adolescents en Afrique, parce que sinon, le risque qu'on court aujourd'hui, c'est qu'il y ait en quelque sorte une forme de contre-histoire, ou plutôt une autre narration de mensonges qui vienne encore compliquer ce qu'on est en train de faire, parce qu'on est en train aussi d'expliquer aux jeunes Africains quelque chose qui n'est pas non plus leur histoire, et qui n'est pas davantage la vérité.

Á côté de ça, ce que vous avez témoigné, je le respecte profondément, c'est une émotion. C'est une volonté de changer, ce sont des colères, des impatiences. Ce qui montre que ce rapport à la vérité n'épuise pas tout, parce qu'on a très longtemps refoulé les choses.

Donc je pense qu'il faut qu'on ait aussi un travail, vous l'avez proposé à plusieurs, un travail artistique qui soit fait de l'opinion publique, qui ne soit pas qu'historique, mais que des artistes, comme vous l'avez fait tout à l'heure, disent leur part d'espoir, mais mélangée en quelque sorte à la cruauté de la situation actuelle, que cette relation puisse aussi être dite, dans son indignation et ce passé qui ne passe pas, par des artistes et par la jeunesse. Et que nous-mêmes, dans les projets qu'on finance, on accepte, comme on l'a fait dans la saison Africa 20/20, et je veux vraiment remercier N'Goné Fall qui a beaucoup contribué à ça et qui l'a porté, mais qu'on continue ce travail, parce qu'il dit quelque chose de la relation qui n'est pas épuisée dans le travail de l'Histoire, mais qui est aussi une parole d'indignation, de colère, et une parole d'invention. C'est comme ça, qu'on traduira les choses.

Voilà les quelques mots que je voulais dire de manière très concrète par rapport à la marmite, par rapport au pardon, par rapport à la reconnaissance et à la promesse. Mais ce que je retiens à travers l'Histoire et la création, c'est le très beau lien que vous avez fait entre penser avec un " e " et panser avec un " a ". Il faut aider à penser, donc avoir un rapport à la vérité.

Et il y a des choses avec lesquelles la vérité ne suffit pas, il faut aussi s'engager humainement. Après, vous m'avez posé d'autres questions très concrètes, donc je vais y aller, puisqu'elles rejoignent celles d'Arthur. Coopérer avec les dictatures, il faut que vous soyez plus précis : avec quelles dictatures me reprochez-vous de coopérer ?

Sans filtre ! Sans filtre, Monsieur le Président ! C'est vous, le Président.

C'est vous, qui coopérez, c'est nous qui subissons. Cheikr, on entend la salle ! Moi, je vais vous dire.

Il y a le Tchad à côté. Allez, Cheikr, on vous écoute. Aujourd'hui, on peut avoir une liste très longue, mais je vais vous dire... oui, on va y aller.

Je sais que vous voulez faire la liste, laissez-moi y aller avec Monsieur le Président. Monsieur le Président, chez nous, ce qu'on appelle dictature, ce sont ces présidents qui, par souci et par velléité de durer au pouvoir et d'y rester éternellement, modifient des constitutions, organisent des élections, tripatouillent ces élections et se maintiennent au pouvoir. C'est ce qu'on appelle, nous, cette dictature de la démocratie.

Et je pense que vous les connaissez aussi. Achille, je pourrai dire quelque chose sur ce sujet aussi. Je vais répondre, ne vous inquiétez pas !

Allez-y peut-être tous les deux, mais je trouve que ce serait intéressant que Achille Membe nous dise aussi. Peut-être qu'on va essayer de respecter...

On a pris le pouvoir, c'est fini, vous n'avez plus aucun....

De toute façon, c'est le sommet. On va essayer de respecter l'ordre, puisque tout à l'heure, c'est Lova Rinel qui doit s'exprimer et s'adresser au Président de la République, et Aliou juste après. Allez-y.

Ça ne marche pas. Non, Président ! Celui du président marche toujours !

Bonjour à tous. Bonjour, Monsieur le Président. Je suis Aliou Bah, Africain de la République de Guinée.

Je vais profiter de l'occasion pour saluer tous les Africains, tous les Français et tous les Guinéens qui sont dans cette salle. Pour aller dans le même sens que mon ami Cheikh, Monsieur le Président, je perçois ce sommet comme étant le sommet de la clarification sur certains sujets qui sont très sensibles et qui cristallisent l'attention de l'opinion publique africaine et française par endroits. Peut-être que nous n'avons pas la même perception de ce qu'on appelle régime démocratique, parce qu'il me semble qu'il suffit de s'adosser sur des lois et sur ce qui est légal pour considérer un régime démocratique, étant donné que nous sommes tous d'accord sur le fait qu'il y a une prééminence de la légitimité sur la légalité pour que nos actions portent.

C'est vrai qu'il y a certains de nos dirigeants qui sont légitimes. Il y en a beaucoup qui ne le sont plus. Mais ce que je suis en train de dire, ce n'est pas de vous demander de vous occuper de nos dictateurs, nous le faisons et nous continuerons de le faire.

Moi, je viens d'un pays, la République de Guinée, qui vient de se débarrasser de quelqu'un qui voulait encore mourir au pouvoir. Et je fais partie de ces jeunes qui étaient en première ligne. Je suis fier d'avoir mené ce combat, parce que ça ramène de l'espoir auprès de notre jeunesse.

Ce que nous essayons de vous demander, Monsieur le Président, ce n'est pas de vous occuper de ces problèmes internes. C'est plutôt, en tant que partenaire, de refuser de collaborer et de considérer comme étant un interlocuteur quelqu'un qui utilise des voies, des manières subjectives. Le tripatouillage constitutionnels pour rester au pouvoir n'en fait pas un partenaire.

Parce qu'habituellement, ce qui arrive, Monsieur le Président, c'est qu'on utilise beaucoup de subtilité politique dans le langage, aussi longtemps qu'on va continuer de traiter cette question au cas par cas, comme on le dit en Afrique, selon la tête du client. On ne s'en sortira pas. Ne voyez pas le cas différemment du Mali, de la Guinée ou de la Côte d'Ivoire sur cette question-là.

Traitons-la de façon transversale. Enfin, vous vous êtes prononcé sur les questions de droits de l'Homme. Il y a des valeurs que nous avons en partage, les valeurs universelles.

Le droit à l'alternance, c'est quelque chose qui représente ce qu'on appelle l'oxygène de la démocratie. Peut-être que ça ne se réduit pas à une histoire de nombres de mandats. Vous allez peut-être dire que nous sommes bien entendu disposés à pouvoir gérer nos lois, à définir le nombre de mandats.

Nous sommes d'accord avec tout ça. Mais encore une fois, je le réitère, il n'y a pas d'amalgame dans notre démarche. Il ne s'agit pas de dire à la France : empêchez que tel le fasse.

Nous le ferons nous-mêmes, nous n'attendrons personne pour le faire à notre place. Nous continuerons de le faire. Mais n'en faites pas des partenaires selon les cas : en rapport avec soit des intérêts géopolitiques, soit des intérêts stratégiques, soit des intérêts militaires ou des choses comme ça.

C'est ce que l'Afrique ne comprend pas, et admettez avec nous que cette subtilité entretient la suspicion. Et ce que nous voulons rebâtir à partir d'aujourd'hui, Monsieur le Président : la confiance mutuelle est fondamentale. Mettons de côté tout ce qui peut entraîner le préjugé, la suspicion, les petits calculs.

Certes, c'est politique, mais sur des questions de ce type, nous, Africains, nous voulons que vous vous positionniez comme étant un partenaire qui travaille, un partenaire des peuples africains et non pas un partenaire des syndicats de dirigeants africains. Voilà ce que nous avons voulu exprimer, et je viens en appui de ce que Cheikr va dire. Alors, Monsieur le Président, [INAUDIBLE] va entraîner la question que vous allez essayer de me poser : Comment fait-on quand on n'a pas de dirigeant ?

C'est pour ça que nous avons insisté sur le rôle de cette société civile. Dans des pays, vous allez sentir la jeunesse rejeter les tripatouillages de textes. Dans des pays, vous allez sentir qu'on lutte contre la dictature.

Dans ces pays-là, il y a des partenaires. Ils ne sont pas forcément des partenaires officiels, mais il y a des partenaires. Parce que comme l'a dit Aliou, et je suis tout à fait d'accord avec lui, il ne s'agit pas de faire la lutte pour nous.

Il ne s'agit pas, en punissant des dirigeants, de punir le peuple, mais il s'agit de trouver des alternatives. Et la société civile, ici représentée d'ailleurs, c'est votre esprit, c'est pour ça que vous nous avez convoqués, Il faut que cette société civile-là soit une alternative crédible quand on aura en face de nous des dirigeants. Et il faut que vous vous positionniez clairement contre ceux qui tripatouillent les textes.

La position claire de la France sur ce point serait quelque chose de positif pour l'avancée de la démocratie sur le continent. Je vous remercie. Peut-on rendre le micro au Président ?

Comme apparemment, c'est le seul qui fonctionne ! Je crois que les jeunes se sont exprimés le plus clairement possible. Peut-être faut-il demander au Président s'il les a entendus, après quoi, je peux faire un commentaire.

Il est très fort ! La manière dont vous l'avez dit me va très bien. Premièrement, je crois ne jamais avoir été ambigu quand il y a eu des tripatouillages constitutionnels.

Si vous faites référence... non, allez-y !

La Guinée ? On peut y aller, alors, on va le faire ensemble. Poursuivez, poursuivez.

La Guinée. Pardon, mais j'ai noté : Tchad, Guinée, Côte d'Ivoire, Mali. On va y aller ! [INAUDIBLE] d'accord.

Alors, tous les présidents dont vous parlez, pour reprendre ce qui a été dit, regardez l'agenda bilatéral de la France, et je vous invite à regarder justement les projets d'investissement solidaire. Ce sont tous les pays où nous avons bougé des Gouvernements, aux ONG ou à la société civile, de manière drastique. Après, il y a plusieurs pays qui ont eu des cas différents.

Le troisième mandat dans votre pays, je l'ai condamné avant, au moment de l'élection, après. Je l'ai condamné publiquement dans toutes mes déclarations. Après, qu'est-ce que je pouvais faire ?

Je ne vais pas faire d'intervention ou d'ingérence, vous l'avez très bien dit vous-même. Vraiment, je n'ai rien à reprendre à ce que vous avez dit. Et on a ensuite beaucoup réduit la coopération de Gouvernement à Gouvernement pour la remettre vers des ONG, des associations et autres, ce qu'on a fait à chaque fois.

Sur le coup d'État, comme vous avez pu le noter, on a soutenu la position de la CEDEAO et de la région. Deuxième cas, le cas du Tchad. Le Tchad, c'est une situation très différente.

On est dans une situation où un président se fait tuer et où la Constitution prévoit une transition. Le président de l'Assemblée nationale dit : Cette transition se fait avec telle personne, et comment ça se passe. La première chose, c'est comme ça que ça s'est fait constitutionnellement, c'est que vous êtes dans un pays où il y a la guerre au nord et au sud, et qui est, comme beaucoup d'autres pays, perclus de risques terroristes.

Ce que nous demande l'Union africaine à ce moment-là, c'est de rester et de protéger. Mais je l'ai dit très clairement : Premièrement, la France reste militairement parce que c'est une demande du Tchad. Deuxièmement, il y a une situation de transition, et on appuie la transition qui est guidée par l'Union africaine.

Et j'ai même lu cette formule avec le président en exercice de l'UA, le Président Tshisekedi : C'est une transition, pas une transmission. Donc on est là pour aider un processus politique qui est prévu par une constitution, qui a été adapté par les parties prenantes, et qui est sous supervision de l'Union africaine. Donc là-dessus...

Troisième point, vous me posez la question de la Côte d'Ivoire. La Côte d'Ivoire, il y a un président qui s'exprime, qui dit : Je ne ferai pas de troisième mandat. Je crois que, moins de dix minutes après, je m'exprime sur les réseaux pour dire : Formidable, c'est historique, ce que fait ADO !

Il se trouve que le candidat décède pendant la campagne. Comme vous le savez, puisque ça a été public, j'ai fait le maximum pour qu'un autre candidat intervienne. Je ne suis pas en charge du parti qui a proposé le candidat.

Donc il a été dans une circonstance un peu exceptionnelle que vous avez vécue de plus près que moi, mais, et je ne peux pas lui reprocher d'avoir perdu celui qui était un ami, qui était son Premier ministre et qui avait vocation à être le candidat à l'élection, il l'a remplacé et c'est lui qui a été réélu. Dans ce cas-là, il n'a pas pu tenir son engagement. Mais la France a été très claire dans la demande qu'il y avait de transition, de préparer une nouvelle génération et d'oeuvrer à la réconciliation.

Quand je vois ce qui a été fait ces derniers mois, c'est plutôt le chemin qui est suivi. J'appelle ça juste de la clarté et de l'honnêteté. Ces situations ne sont pas comparables, ce ne sont pas les mêmes !

Sur le Mali, enfin. Au Mali, il y a un coup d'État militaire qui a été fait. Un coup d'État militaire, on le condamne à chaque fois par principe, parce qu'il y avait un président qui était élu par le peuple, formellement.

C'est la distinction qui est très juste, que vous avez faite entre la légalité et la légitimité. S'il avait eu toute la légitimité, le coup d'État n'aurait pas été soutenu par le peuple. En tout cas, il n'y a pas eu d'embrasement populaire contre.

Donc nous, nous avons condamné le coup d'État, mais on a accompagné la CEDEAO. Et on a dit : ce qui nous est demandé, premièrement, c'est un État souverain qui a demandé à la France, je n'étais pas président à l'époque, d'être présent pour lutter contre le terrorisme. Et pour être très clair, je vais répondre du coup de manière incidente sur les bases : jamais, en tant que président, je n'ai maintenu ou créé une base militaire qui ne soit pas à la demande d'un État souverain.

Jamais ! Et je le dis aussi très clairement, parce que c'est l'honneur de nos soldats, dont je parle. Moi, vous savez, je vous regarde dans les yeux, on a un dialogue, mais j'ai le même dialogue dans les yeux avec des mamans et des papas qui n'ont jamais foulé le sol de vos pays, et dont les enfants sont morts pour votre sécurité.

Parce que c'est ça, la réalité, aussi. Et parce qu'en 2013, quand le président Hollande décide des opérations Serval, puis Barkhane, quand moi je décide de maintenir l'opération Barkhane parce que des dirigeants démocratiquement élus me le demandent, parce que tous les dirigeants de la région me le demandent, parce que la CEDEAO me le demande, c'est pour que ces États ne tombent pas à la main des djihadistes. Je vous le dis de la même façon, et vous le savez, Adam, comme moi : si l'armée française n'avait pas été là, ce ne serait pas un grand vent de liberté à Bamako.

Ce seraient des terroristes, qui auraient pris Bamako. C'étaient les terroristes, qui le prenaient en 2013. C'est aussi ça, la réalité, et je suis obligé de vous la dire.

Donc je pense que, simplement, notre vocation n'est pas de rester dans la durée. Mais il ne faut jamais oublier qui nous demande de venir, pourquoi on est là, et dans quel cadre. La France ne s'installe pas contre des États africains, contre des dirigeants qui sont démocratiquement élus.

Elle est là à leur demande pour assurer une sécurité et une stabilité dans un contexte où le terrorisme, et en particulier le terrorisme islamiste, est là. Après, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai décidé d'enclencher ça au Sahel, je pense que nous n'avons pas vocation à rester. C'est pour ça que nous sommes en train de fermer des bases au Mali, et vous le savez très bien, parce qu'à Tessalit ou à Kidal, je pense que notre travail, ce n'est pas d'avoir des bases militaires françaises qui sont là, parce que l'État malien doit avant tout revenir et faire un travail administratif et autres.

Mais ça, c'est une responsabilité que je renvoie à vos dirigeants, parce que moi, je ne veux pas la prendre. Ce n'est pas moi qui vais faire l'école, ce n'est pas moi qui vais faire la police, ce n'est pas moi qui vais faire la justice à Kidal ou ailleurs. Moi, ce que je veux, c'est qu'on retire les bases militaires le plus vite possible.

Mais ça suppose un travail d'une part de retour d'États forts qui prennent leurs responsabilités et qui remettent les services publics, et de projets d'investissements qui permettent de redonner des opportunités aux jeunes pour qu'ils ne se tournent pas, dès que les groupes terroristes reviennent, vers le pire. C'est donc ce qu'on essaie de faire sur le terrain, méthodiquement, mais chacun va devoir prendre ses responsabilités. Mais mon objectif, c'est bien celui-là.

Moi, ça ne m'intéresse pas d'avoir des bases pour toute éternité sur le sol africain. Ce n'est pas la vocation de la France. La France n'est là que pour lutter contre le terrorisme, elle n'est jamais là pour soutenir tel ou tel régime, je veux être clair avec vous.

Merci beaucoup. Maintenant je vais juste finir, parce que si on va au bout du raisonnement, la difficulté à laquelle on est confrontés, et je trouve que vous l'avez très bien dit, c'est de savoir comment les valeurs démocratiques que vous portez, que vous défendez, redeviennent des valeurs en quelque sorte effectives, comme dirait Simone Veil, dans les sociétés africaines, là où une forme de légalisme l'a emporté sur leur effectivité et sur la réalité démocratique dans trop d'endroits. Et c'est vrai que ces dernières années ont été cruelles pour nous tous.

D'abord, moi, je ne peux pas être celui qui dicte la légalité en Afrique. Ça a été parfois fait par des présidents. Ce c'est pas ce que vous m'avez demandé, et je vous en remercie.

Mais je le dis très clairement : je pense que ce dont on a besoin, c'est en quelque sorte de réafricaniser ces valeurs universelles. Et là-dessus, vous jouez un rôle très important, et vous l'assumez. Et je vous en remercie.

C'est qu'aussi longtemps que c'était un président de la République française qui disait : pas plus que deux mandats, les gens disaient : qu'est-ce qu'il vient nous raconter là, lui ? Il n'a pas de leçons à nous donner ! Quand ce sont des jeunes, ou des moins jeunes, mais quand ce sont les sociétés civiles, qui disent : nous, on ne veut pas plus de deux mandats parce qu'on a besoin de l'alternance, ça a un autre sens.

La question, c'est comment on vous aide à ce que ce soit effectif. Je crois très profondément que, là, on a besoin d'aider le continent africain, à travers ses organisations régionales et l'Union africaine, donc la CEDEAO comme ses homologues, à défendre et à porter cela, et à faire la pression des pairs pour faire céder en quelque sorte tous ceux qui ne respectent pas. Ça veut dire, premièrement, que toutes ces organisations bloquent au maximum les non alternances, qu'elles soient beaucoup plus dures avec ceux qui ne respectent pas les choses, et qu'elles soient aussi exigeantes avec les transitions pour qu'ils respectent les délais qui sont donnés et l'alternance politique.

Et quand il y a des transitions qui mettent tout le monde en prison pour qu'il n'y ait pas d'élections faites, c'est aux organisations régionales de pousser et à nous de les aider. De la même manière, parce que plusieurs me l'ont évoqué, sur le plan militaire, moi, je suis favorable à ce qu'on ait des organisations, des opérations de maintien de la paix africaines, portées par les organisations régionales, soutenues par les Nations unies et financées par les Nations unies. Je l'ai défendu il y a trois ans avec le Secrétaire général des Nations unies à New York.

Donc la solution, c'est d'aller vers ce chemin où les organisations régionales et l'Union africaine sont porteuses des solutions, et démocratiques et sécuritaires, par une pression des pairs. Qu'est-ce que nous pouvons faire d'utile, nous ? Accompagner ces organisations, les aider par nos financements... [INAUDIBLE] non, les organisations régionales, dans ces politiques !

Et troisièmement, le faire aussi en tant que membre permanent du Conseil de sécurité. Après, le rapport propose quelque chose qui est complémentaire à tout ça, qui est de dire comment, dans chaque pays, on aide les alternatives démocratiques à émerger. Et c'est ce que j'entends de ce que vous me dites.

L'alternance, c'est la vie démocratique qui la crée, mais c'est comment on crée les conditions de l'alternance, c'est-à-dire permettre à des femmes et des hommes qui pensent autrement d'émerger, d'avoir accès à des moyens, de pouvoir défendre leurs idées de manière plus équitable et de les porter. Ça, c'est l'idée du Fonds. Et le Fonds, je souhaite qu'on y aille.

Le Fonds de financement de la démocratie, on va le porter, mais tout est dans la méthode, parce que c'est une idée qui a été proposée plusieurs fois. Ce fonds, nous, on va le financer, mais il ne peut pas être un fonds au service de la diplomatie française, parce que, à la seconde où c'est un fonds qui est à la main de la diplomatie française, soit les dirigeants vont dire : Bon, eh bien tu formes tous mes copains ! Soit ils vont dire : Pourquoi tu t'immisces dans la vie politique africaine en finançant les opposants ?

Donc, il faut que la gouvernance de ce fonds soit en quelque sorte indépendante, et qu'il y ait un comité scientifique, ou je dirai un comité démocratique, avec des experts africains qui orientent les choses. Et à cet égard, la proposition qui est faite, c'est très clairement une révolution en termes de méthode, c'est-à-dire de financer ce fonds, d'avoir une indépendance dans la sélection des profils et d'aider à faire émerger les alternatives démocratiques. Ça, je veux qu'on y aille.

Et on va le faire, on va le mettre en place. Mais vos ennuis ne sont pas terminés : je vais vous engager dans la gouvernance de ce fonds et dans ses règles, et si Achille est prêt à le faire avec tous ceux qui, dans son équipe y sont prêts, si les pépites que vous êtes sont prêts avec la même exigence à le faire. En quelque sorte, ne me donnez pas un chèque en blanc aujourd'hui, si je puis dire.

Je vous dis que je suis prêt à avancer, mais soyez les garants du bon fonctionnement de ce fonds de financement de la démocratie, en regardant si les règles sont bien maintenues et comment on le fait sur le terrain. Mais allons-y ! On va refermer ce chapitre.

Peut-être Adam, Monsieur le Président, Adam voulait juste réagir rapidement. Pour Adam et pour le Président, réaction vraiment rapide. Trente secondes.

Je veux juste rappeler à Monsieur le Président que ce qui se passe au Sahel n'est que les conséquences de ce qui a été fait en Libye, cette intervention en Libye où vous avez oublié, quand je parle de vous, je ne parle pas de votre personne, je parle de votre position, vous avez oublié l'existence de l'Union africaine. Monsieur le Président, vous venez de dire : Nous sommes au Mali pour aider le Mali. Si nous n'étions pas venus au Sahel, il n'allait pas y avoir de Gouvernement actuellement au Mali.

J'ai envie de vous dire que si ce n'était pas des Africains, il n'allait pas y avoir de France, aujourd'hui. Nous sommes liés, nous sommes liés, nous sommes liés ! Arrêtez de dire que vous êtes venus nous aider.

Non, parce que le terrorisme ne menace pas que le Mali. Vous êtes aussi menacés ! Arrêtez de nous culpabiliser sur une position de victimes.

Mais Adam, je ne vous culpabilise pas ! Monsieur le Président, je n'ai pas terminé. Je ne vous culpabilise pas, j'essaie de restaurer justement un dialogue réciproque et de respect.

On n'est pas là simplement pour nos intérêts, quand on arrive au Mali en 2013. C'est un fait. Par contre, ce que vous avez dit sur la Libye, je l'ai dit plusieurs fois comme président.

Je partage ce que vous avez dit. La Libye, on n'a pas respecté la souveraineté d'un peuple, et ça, c'est une erreur. Merci d'avoir reconnu ça.

Et si vous reconnaissez ça, vous allez voir que ce qui se passe au Sahel n'est que les conséquences de cette intervention. Donc, vous êtes au Sahel pour corriger l'erreur que vous avez commise en Libye. Et en corrigeant ces erreurs, vous êtes en train de commettre d'autres erreurs.

Monsieur le Président, je vous rappelle que l'intervention militaire étrangère n'a jamais réglé un problème. La Libye, elle est comment aujourd'hui ? l'Afghanistan est comment aujourd'hui ?

Donc l'intervention militaire ne va pas arranger les choses. Je ne voudrais pas que mon pays soit comme la Libye. Prenez votre responsabilité, et surtout, arrêtez de dire : nous sommes là pour vous aider.

Non, vous n'êtes pas là pour nous aider. On est ensemble, on a un ennemi commun, on le combat ensemble. Et pour finir, ces sorties ces derniers jours entre vous et les autorités maliennes, c'est juste une honte, parce que vous avez le même ennemi, et l'ennemi grandit.

L'ennemi prend de l'ampleur. Adam, faites-moi plaisir, dites-leur. Du coup, arrêtez ça, arrêtez ces discours paternalistes ; de dire que vous allez nous aider.

Non, nous n'avons pas besoin d'aide, nous avons besoin de coopération, nous avons besoin de partenariats. Et nous sommes liés par l'histoire, nous sommes liés par les enjeux, nous sommes liés par les défis. Je suis 100 % d'accord avec ce que vous venez de dire.

Mais après, vous ne pouvez pas couvrir les propos inacceptables qui ont été tenus par des gens qui, eux, n'ont ni la légitimité ni la légalité pour eux. Or, ils ont tenu des propos inacceptables. Non, mais je vous le dis !

Et vous ne pouvez pas me dire : on doit avoir un dialogue équilibré et réciproque, et dès que je vous parle avec le cœur et que je vous dis la vérité, je serais paternaliste. Je ne suis pas paternaliste, je suis sincère. J'ai droit à la même sincérité que vous.

Ne me demandez pas, dès que je dis la vérité, que je serais paternaliste. On ne va jamais s'en sortir. Vous me dites la vérité avec votre cœur, vous me prenez à parti, vous me bousculez.

J'ai le droit de vous dire ma vérité, aussi. Ce n'est pas du paternalisme, c'est de la sincérité. Monsieur le Président, juste pour dire que la sincérité, la sincérité n'exclut pas la courtoisie.

Je suis courtois, comme vous l'êtes avec moi, madame. Nous sommes courtois les uns avec les autres. Je ne suis pas d'accord avec vous, monsieur le Président.

C'est juste pour vous dire que j'adore votre sincérité, mais elle n'exclut pas le respect, elle n'exclut pas la courtoisie. Mais je pense que nous avons l'un et l'autre, là dans le débat, une très grande courtoisie. Absolument.

Et on fait la démonstration qu'il n'y a pas de paternalisme, il n'y a pas d'agressivité, il y a une vraie sincérité, mais il n'y a pas de tabou. Et ce que vous avez décrit sur ce qu'on fait au Sahel, c'est exactement ça. Moi, je ne pense pas que l'intervention militaire soit l'alpha et l'oméga.

Je pense le contraire. Et donc, le problème que vous avez aujourd'hui, c'est qu'il y a une autorité de transition qui dit : ils devraient rester là, militairement, parce qu'ils ne veulent pas faire le travail. Nous, mais exactement, il y a des accords avec des engagements de toutes les parties, et donc nous, on est là pour la sécurité mais à côté de ça, depuis 2017, on a l'Alliance internationale pour le Sahel qui est de l'aide au développement, avec la Banque mondiale, l'Allemagne, tous les pays, justement, européens et autres, qui est cet investissement solidaire qu'on a dans la région, et il y a le rôle du retour de l'État.

Chacun doit faire sa part et plus vite le reste est fait, plus on peut se retirer militairement, ce qui est beaucoup mieux, parce que je partage, je vais être clair avec vous, je partage totalement la finalité. Jamais une intervention militaire ne remplace le travail d'un État, jamais. Et moi, je peux vous dire, les yeux dans les yeux, que je n'ai jamais envoyé l'armée française contre un État souverain ou pour remplacer un État souverain.

C'est ce qui a été fait en Afghanistan, c'est ce qui a été fait en Libye. C'est la grande différence avec le Sahel. Refermons le chapitre.

Monsieur le Président, on va refermer le chapitre. On va s'intéresser maintenant, puisque ce nouveau Sommet Afrique-France est porté par de jeunes Africains, on a entendu les voix, la sincérité et la détermination portée également par les Français d'origine africaine, donc, cette diaspora. Je passe la parole à Lova Rinel.

Moi, je voulais vous interpeller, on parlait, dans le rapport d'Achille, du nouveau narratif qu'il faut construire ensemble. Il se base sur des imaginaires, et on l'a vu tout à l'heure, il y a des mots qui font mal, il y a des mots qui humilient, il y a des mots qui blessent. Moi, je veux vous parler des mots qui construisent, ceux qui rapprochent, ceux qui font avancer, ceux qui nous mettent en perspective.

J'en ai deux en l'occurrence : c'est la diaspora, c'est la bi-nationalité. Monsieur le Président, je crois et je pense qu'ici, on le sait, à l'Assemblée nationale en 2017, on n'a jamais eu autant de députés issus de la diaspora en France. Ils sont là.

Je voulais les saluer parce que je l'ai vécu comme une belle histoire. Je parlais de revanche tout à l'heure, on commence à y être, mais ce n'est pas fini. Ils sont le fruit d'un vote populaire.

Moi, je vous interpelle sur votre capacité de décision, la vôtre. À quand des ambassadeurs issus de la diaspora ? À quand des chefs, des patrons de médias publics français issus de la diaspora ?

À quand les directeurs de musées, des théâtres, des centres culturels issus de cette diaspora ? Parce que vous l'avez dit tout à l'heure, on en a parlé. Notre africanité française nous lie.

Vous ne pouvez pas nous mettre de côté. Alors, j'ai plusieurs solutions pour écrire ce narratif. C'est de faire ensemble les premières Assises de la diaspora.

On va se rencontrer, on va se chercher, on va se trouver. Vous avez besoin de nous, on est là, et je tenais à vous rappeler que toutes ces personnes qui sont là veulent s'inscrire dans ce lien important, et je voulais vous entendre sur ce sujet, Monsieur le Président. Merci.

Merci, merci infiniment. D'abord, merci d'avoir rendu hommage aux parlementaires qui sont là et qui, en effet, sont le fruit de... enfin, ils ont chacune et chacun leur histoire personnelle, mais avec le Burkina, l'Algérie, le Maroc, le Sénégal et beaucoup d'autres pays, ils ont leur histoire et ils portent une part de ce qui est notre identité, et j'aime à le dire, cette identité, c'est un récit, et il continue de s'écrire.

Ensuite, j'ai ma voisine de droite qui fait partie de cette aventure et pour la petite histoire, on a fait la première réunion des diasporas. C'était en 2018. Pour la première fois à l'Élysée, on a rassemblé les diasporas et on a tenu un dialogue avec le président du Ghana, qui, même si ce n'est pas un pays francophone, parle un français parfait, a été avocat en France et donc ensemble, on a parlé aux diasporas.

Et c'est à ce moment-là que j'ai fait la découverte de ma voisine de droite, Elisabeth ? C'était mon Adam, à l'époque. C'est vrai !

Non, mais c'est-à-dire que c'était la même sincérité, et après on n'a pas perdu de vue, et elle a accepté de venir avec son regard, son histoire, qu'elle a racontée tout à l'heure, pour apporter au collectif du gouvernement. Et alors vous avez raison, on ne nomme pas assez de femmes et d'hommes qui sont de la diaspora, binationaux, français issus de l'immigration, mais qui font vivre leur nation. On est en train de commencer à faire changer, c'est trop timide.

Dans le réseau diplomatique, Monsieur le Ministre, je crois qu'on en a un ou deux, ce n'est pas génial. Il y en a même que je connais bien, parce qu'on était en classe ensemble. Si je puis dire, ça, ce sont les hasards de la vie.

Ce n'est pas suffisant. Donc ça, on doit s'améliorer sur le réseau diplomatique. On a commencé, à l'AFD, à changer les choses.

On a fait monter de plus en plus de monde, qui, justement, représentent et portent ce visage de la diaspora. On l'a commencé dans les institutions culturelles, en particulier ces derniers mois. Pap n'est pas là avec nous, mais Pap Ndiaye a été justement, je crois, et à Chaillot aussi.

Donc on a des chorégraphes, on a maintenant des patrons de musées, ce qui n'était jamais arrivé. Donc, on a des nouveaux visages qui sont en train d'arriver. Il faut le démultiplier.

Donc là, il faut y aller à fond, donc, on est en train de constituer un vivier. Mais vous pouvez compter sur moi, on va le faire. À cet égard, j'achète totalement votre idée d'Assises, si je puis dire.

En tout cas, on y va. Je pense que c'est une très bonne idée, et faites la même chose que ce qu'on fait là. Je trouve que les Assises devraient aussi continuer à inviter les jeunesses du continent africain pour que ce dialogue ne se rompe pas.

Parce que je trouve que le message que j'ai à l'égard des jeunes qui sont de la diaspora en France, c'est que, pendant beaucoup de décennies, je pense qu'on vous a plutôt expliqué qu'il fallait vous excuser de ne pas être totalement français. Vous êtes totalement français. La France, elle s'épouse, la France, elle s'épouse par ses valeurs, son histoire, sa langue.

Et en quelque sorte, on vous a rentré dans l'esprit quelque chose, d'ailleurs, qui est un problème dans la relation avec le continent, qui serait que ce serait un moins d'être de la diaspora. C'est une énorme erreur. C'est un plus pour vous et pour la France, et c'est une chance par tous les liens qu'il y a.

C'est une chance par la possibilité, justement, de rebâtir des ponts, de construire des histoires individuelles, de mieux comprendre ou de mieux porter tel ou tel message et de pouvoir aussi, parfois, réparer ce qu'on peut réparer, aider à nettoyer cette fameuse marmite et à bâtir de manière beaucoup plus positive, parce que ce sont des histoires communes. Et moi, je pense que notre diaspora, c'est une chance. C'est une chance pour ce qu'on a à faire en France et c'est une chance aussi pour nous aider à réussir cette aventure avec l'Afrique.

Donc oui pour ces Assises, mais oui, pour continuer aussi ce dialogue, si je puis dire, au-delà d'un simple dialogue français. Et oui, pour les nominations. Monsieur le Président, on a convoqué l'Histoire.

Celles et ceux ici présents ont souhaité rappeler les épisodes douloureux, rappeler que finalement, les résidus nocifs de ces épisodes-là, et en particulier pour les diasporas, ce sont les discriminations protéiformes, violentes, douloureuses. Vous disiez : mais vous n'avez pas à vous excuser d'être français, vous n'êtes pas des Français totalement à part, vous êtes pleinement français, vous devez prendre votre part de francité, et pourtant, on voit bien toutes les discriminations. Et puis, au moment où vous avez cité cette expression issue de l'immigration, j'ai pensé à Jean-Paul Sartre, qui disait que pour changer les choses, parfois, il faut changer les mots.

Cela permet de faire évoluer le regard des uns sur les autres, et forcément, dans un temps peut-être un peu plus long, les imaginaires. Alors là encore, peut-être que ces terminologies-là issues de l'immigration, la promesse républicaine s'émancipe normalement de la couleur de la peau, de la religion, de l'origine sociale et de tout ça. Voilà.

Mais oui, voilà, c'est ça. On allait recommencer un débat avec le Président. Amina !

Écoute, Claudie, merci parce que c'est une excellente transition au point que j'allais vous faire, Monsieur le Président. Moi je suis marocaine. Il faut peut-être, Amina, que tu te présentes.

C'est ce que j'allais faire ! Alors pardon. Je m'appelle Amina, je suis marocaine, africaine pur produit de l'enseignement français à l'étranger, donc de ces France qui perdurent en Afrique, de ces France dont on est très fiers, mais de ces citoyennetés bancales, un peu à moitié.

Je n'ai pas encore le droit de vote en France. Je l'aurai peut-être un jour, je le souhaite, mais de ces citoyennetés, de ces mobilités qui vous font un peu réfléchir. Et moi, Monsieur le Président, j'avais envie de vous interpeller sur une question très simple : il y a l'immigration, certes, mais il y a aussi les mobilités et ce qui les constitue.

Et les mobilités, c'est aussi de l'argent, des capitaux, des flux économiques concrets. Et par là j'entends les transferts de fonds des diasporas, qui constituent une gigantesque manne financière, des fois deux à trois fois supérieure à l'aide au développement. Ces transferts continuent de faire l'objet de commissions étouffantes par le secteur privé, qui peuvent aller jusqu'à 9 % pour l'Afrique subsaharienne, et qui ont été complètement trustés par ce secteur.

Et sinon, ces transferts s'enterrent dans des réseaux informels qui ne sont ni sûrs ni garants d'une reconnaissance concrète de l'activité économique de cette diaspora. Alors, Monsieur le Président, ici, il ne s'agit pas de gérer la monnaie des autres, loin de là, mais de permettre aux diasporas africaines de participer aux nouveaux modèles économiques et d'émergence de leurs pays. Si vous dites vouloir mettre les diasporas au cœur de cette nouvelle relation, pourquoi ne sont-elles pas considérées comme des citoyens économiques à part entière, ayant elles aussi un vrai guichet public, des maisons des diasporas pour les accompagner ?

Plus encore, comment expliquez-vous qu'aujourd'hui le débat public en France sur la question migratoire soit truffé de contre-sens, de fausses vérités basées sur des faux chiffres, d'approximations, de jugements de valeur, là où on pourrait y répondre par la donnée, pas simplement celle du solde migratoire. Monsieur le Président, nous souhaitons voir émerger un réseau parapublic ancré dans tous les territoires français, destiné à l'accueil, l'accompagnement, la rencontre avec les locaux, et consacrant la citoyenneté économique des diasporas. Proposez-leur un véhicule de transfert de fonds opéré par l'État, et en lien avec les réseaux locaux.

Faites que ces guichets publics soient un vrai relais d'une nouvelle politique publique de codéveloppement. Faisons que l'État puisse enfin aider les aidants, comme il le fait si bien sur sa protection sociale. Que ce soit une option viable qui ne soit plus laissée pour compte face aux acteurs privés ou à l'urgence imminente de se digitaliser pour se faire une place.

Et grâce à ce réseau, et dans une logique d'open data, on pourrait enfin collecter des données concrètes sur cette activité économique des diasporas, sur ce qu'elles apportent, ce qu'elles renvoient, sur cette mondialisation qu'elles construisent, et qu'elles le font dans un monde qui est encore aujourd'hui bien trop alternatif. Et surtout, on pourrait donner au débat public français qui en a grandement besoin, des cartes en main pour se parler sereinement. Alors si, pour écrire des lettres, Monsieur le Président, on a encore La Poste, pour envoyer des fonds, comme on fait ?

Alors, plusieurs points. D'abord, je partage totalement ce que vous avez dit. Peut-être, pour rétablir quelques quelques vérités sur l'immigration, il ne faut jamais oublier que l'Afrique est un continent de migrations permanentes et que l'essentiel des migrations sont intra-africaines, et elles sont beaucoup plus d'est en ouest et du centre-nord vers le sud qu'autre chose.

Donc, quand on regarde les mouvements et qu'on dézoome, si je puis dire, c'est faux de penser que tout vient vers le Nord. Une toute petite part. Deuxième point, on est tous hypocrites sur le sujet des migrations.

Le débat, il faut qu'on arrive à, pas simplement l'apaiser, mais moi, j'aime bien votre approche par les chiffres. C'est ce que j'ai tenté de faire aussi en disant qu'il faut qu'on ait un débat chaque année sur des chiffres objectivés, mais il y a plusieurs natures de migrations. Il y a des migrations subies et des migrations choisies.

Vraie différence. Il y a des visas qu'on donne parce qu'on choisit, pour développer son entreprise, on a envie d'aller dans tel ou tel pays, des deux côtés, pour des raisons politiques, pour des raisons universitaires, et il y a de la migration subie, pour des raisons économiques. On n'arrive plus à vivre, et pour des raisons climatiques, et ça existe aujourd'hui, la région du lac Tchad en est un exemple cruel, et pour des raisons politico-militaires, parce qu'on subit la guerre.

Et là, c'est l'asile. Tant qu'on mélange tous ces chiffres-là, on essaie de traiter avec des instruments qui sont très différents et des réalités de vie, des choses qu'il ne faut absolument pas mélanger. Voilà, j'essaie de remettre chaque chose à sa place, mais j'insiste sur ce point : l'Afrique est un continent de migrations et ça le restera.

Alors, une fois qu'on a dit ça, comment on essaie de répondre aux points que vous évoquez ? C'est de dire : les diasporas sont un facteur de développement de l'Afrique. Et ça, vous avez raison.

Ce qui a été d'ailleurs la double peine, en quelque sorte, pour le continent africain pendant la crise Covid, c'est que toutes les diasporas, en Europe et ailleurs, qui sont des éléments clés du soutien à l'activité familiale et économique de leurs pays, ont été totalement bloquées par le Covid. Et donc même quand on a continué les financements publics, le financement privé s'est complètement effondré et ça a encore appauvri des pays qui avaient les conséquences économiques et sociales du Covid 19 en Afrique. Il ne faut jamais l'oublier, parce que c'est ce qui s'est passé en 2020 et ce qui s'est passé en 2021.

Donc la première chose, c'est qu'on doit reconnaître ces chiffres. On doit, nous, avoir une approche beaucoup plus transparente sur les migrations de travail, en partenariat avec les pays, et on doit construire le cadre de cette relation de financement privé. Aujourd'hui, on ne l'a pas fait.

Je veux saluer le travail que fait Sira Sylla, parce qu'elle a beaucoup fait, en tant que parlementaire, sur ce point, avec Bercy, et elle s'est aussi beaucoup, parfois, heurtée à nos propres conservatismes. On n'est pas allés au bout de notre boulot, nous, je vous le dis franchement, et les chiffres que vous avez rappelés tout à l'heure sont vrais. Ça dépend des réseaux, mais aujourd'hui, il y a encore des transferts qui sont beaucoup trop coûteux, qui ne sont pas assez sécurisés et qui pénalisent de la solidarité familiale.

Or, c'est plutôt notre intérêt, en termes d'investissements solidaires, de lui donner un cadre. Et donc, ça, c'est quelque chose qu'on veut faire, en lien avec l'AFD, dont on changera le nom, et en lien avec notre système bancaire, pour véritablement accompagner ces transferts qui sont du vrai codéveloppement. Ça, c'est une vraie stratégie.

On l'a identifiée, on a commencé à y bosser, vous avez des parlementaires, vraiment, qui ont commencé à y suer sang et eau, et Achille en parle avec ses coauteurs dans le rapport, et je pense qu'il faut, là, progresser. Vous avez évoqué, et avant vous d'autres l'ont fait, cette maison, justement, des mondes africains et des diasporas. Je pense que c'est une très belle idée et je pense que l'idée est d'avoir un épicentre, je pense que l'épicentre doit être à Paris, doit être au cœur des institutions, de la représentation.

Je pense qu'on doit y intégrer un aspect scientifique, culturel, éducatif, mais aussi économique, et y agréger beaucoup d'initiatives. Il faut que ça travaille très étroitement, évidemment, avec ce qu'on fait par ailleurs, l'AFD et le reste, mais il faut qu'il puisse y avoir des quartiers généraux, aussi, sur des territoires, ailleurs dans l'Hexagone et outre-mer d'ailleurs, parce qu'on a aussi une France d'outre-mer que je ne voudrais pas qu'on oublie. Quand on parle, je trouve que Claudie n'en parlait pas beaucoup C'est mon tacle retour.

Non, mais je pense que c'est très important parce que c'est aussi une chance, et je pense que c'est une manière aussi, on en parlait tout à l'heure pour nos grands auteurs et nos grands écrivains et écrivaines français, mais je pense que c'est une immense chance pour continuer cette conversion. Et donc cette maison des Africains et des diasporas, là aussi, c'est un projet que je veux qu'on mette en place. Donc, on va le mettre en place, on va confier son pilotage à une personnalité indépendante, qui pourrait être Achille Mbembe, et l'idée, c'est vraiment qu'elle consolide ces initiatives, mais qu'elle puisse aussi animer tous nos territoires hexagonaux ultramarins, en lien justement avec tous ces imaginaires, et que ce travail que vous avez fait, l'engagement que vous avez pris, le travail d'Africa 2020 et de la saison qu'on a mis en place, se poursuivent aussi à travers, je dirais, ce lieu ou cette concentration de lieux.

Mais vous avez parfaitement raison. Merci infiniment. Sinzo, vous souhaitez prendre la parole...

Monsieur le Président, alors moi, j'aimerais qu'on revienne un tout petit peu sur le sujet précédent, et en fait, on avait une interpellation particulière, Sandrine et moi. Je vais la laisser tout à l'heure formuler clairement la question. À l'issue de cette interpellation-là, c'est qu'il ressort clairement de ce que vous avez dit, de ce que vous décrivez comme rapports avec vos collaborateurs sur le continent, vos interlocuteurs.

Il ressort également de, comment dire...

Là, on est dans un Sommet, par exemple, Afrique-France, on est en train de traiter...

Sinzo, il faudrait parler un peu plus fort, beaucoup plus fort. Ah oui, je pensais que le micro suffisait à porter...

Non, il ne peut pas. Et donc, en fait, on est dans des Assises, là, qui sont quand même d'une nature qui interpelle, Afrique-France, c'est-à-dire qu'il apparaît clairement que beaucoup d'États sur le continent sont en échec dans leurs mission vis-à-vis de leurs populations. Dans beaucoup de ces États, l'action politique est d'une qualité déplorable.

Les animateurs politiques également. Mais c'est cet état de fait n'est pas uniquement...

Il y a une responsabilité partagée, je dirais, dans cette situation. Donc il y a une responsabilité de notre part parce que, bien entendu, ces dirigeants sont des Africains, ils sont issus de leurs peuples et ils sont dans ce contexte-là, mais il y a également quand même une responsabilité historique de la part de beaucoup d'États occidentaux, notamment la France. Moi je pense au cas, par exemple, au Congo, de l'assassinat de Lumumba, par exemple.

Il y a eu beaucoup d'assassinats de personnalités, en tout cas d'hommes politiques sur le continent, au lendemain des indépendances. J'y viens. Je conclus au lendemain des indépendances.

Tu plantes le décor et on passera la parole à Sandrine pour poser la question. En fait je me disais qu'on a évoqué tout à l'heure avec force les figures de la société civile et les organisations de la société civile comme alternatives, mais également moi, j'y pense, également comme éventuellement équilibre même sur les scènes politiques locales, pour que la vie démocratique se développe et qu'il n'y ait pas d'affirmation de puissance, constamment, parce que c'est comme aussi des pays dans lesquels le contexte...

Sinzo, je suis dédolé, je n'aime pas couper la parole mais comme vous êtes en duo tous les deux, et j'ai l'impression que tu vas faire un solo. Alors peut-être que Sandrine est en train de monter. Non, non, non, je suis en train de chuter.

Mais vraiment, on est dans un contexte, clairement, où l'histoire des États rend pratiquement grotesque, ridicule, grave même, toute affirmation de pouvoir, en fait, parce qu'il y a une histoire assez particulière qui nous est tombée dessus et nous avons tous besoin de sortir de là. Alors je vais passer la parole à Sandrine, pour qu'elle la formule. Donc concrètement ce que...

Non, Sinzo, passe-lui la parole. Merci beaucoup. Sinzo, je sais que tu avais beaucoup de choses à dire.

Alors Monsieur le Président, moi je vais aller droit au but et vous poser une question. Aujourd'hui, nous, jeunes, ici, dans notre diversité, issus notamment de la société civile pour la majorité, avons prôné haut et fort plusieurs recommandations, dont notamment ne plus vouloir être vus, ou plutôt être vus dans notre intégrité, et plutôt comme des partenaires aussi. On n'a pas besoin d'aide ni de développement ou quoi que ce soit.

Alors aujourd'hui, je voudrais vous poser la question devant toute cette assemblée. Monsieur le Président : est-ce que vous êtes prêt à considérer la société civile et ses acteurs dans toute leur diversité, que ce soit sur le continent africain ou à la diaspora, en tant que partenaires, au même titre que les États avec lesquels vous collaborez aujourd'hui ? Voici ma question.

Alors, peut-être deux réponses rapides. La première : oui, il y a une responsabilité, très clairement, du fait colonial dans l'ébranlement des consciences et dans ce que ça produit ensuite historiquement, vous avez raison. Est-ce que pour autant, le fait colonial fait qu'il ne pourrait pas y avoir une vie démocratique avec de l'alternance démocratique pour toute éternité ?

Je ne crois pas. Je pense aussi qu'on peut créer les conditions de stabilité et il peut y avoir aussi le courage des dirigeants et des choix qui soient assumés, pour que ça advienne. On parlait des difficultés au Mali tout à l'heure, juste à côté au Niger, pays très pauvre, pays qui vit la guerre.

Vous avez quand même un dirigeant, avec le président Issoufou, qui a vécu le même fait colonial, qui est aujourd'hui bousculé, qui a été encore plus touché par la guerre en Libye. Il est encore plus près, qui est bousculé par les trafics, etc, et qui a assumé d'organiser dans son pays la première alternance démocratique. Donc, c'est possible.

C'est possible. Et il l'a fait, y compris en prenant des risques, parce qu'ethniquement, ce n'était pas la solution, la plus simple, c'était celle qui était la plus contestée, et il a assumé. Ça a été porté, ça a été fait.

La paix et la stabilité ont été maintenues et il y a une vraie alternance. Et il y a un président, honnêtement, le président Issoufou, il avait plutôt réussi. S'il avait écouté tous ses partisans ou s'il avait fait ce qu'on le poussait à faire, il aurait très facilement dit : un troisième mandat, sinon ça va être l'instabilité.

Mince, on peut l'applaudir parce qu'on a quand-même été durs avec beaucoup de dirigeants. C'est vrai ! Et après lui, il y a le président Bazoum, qui a vraiment fait un travail qui est dur.

Donc c'est possible. La question, c'est à eux qu'il faut dire merci parce que vraiment, c'est à eux, la question qui est derrière, qui est le paradoxe auquel on se heurte tous, c'est comment un continent qui a autant de jeunesse, qui a une telle énergie, peut être, en quelque sorte, autant bloqué dans l'accès aux responsabilités politiques, c'est ça le problème. Alors oui, il y a des habitudes qui ont été prises, il y a des systèmes qui ont été protégés, il y a eu par le passé, vous avez totalement raison de le dire, des systèmes qui ont été protégés pour préserver les intérêts financiers de grandes entreprises ou de pays européens, même après la décolonisation, ou pour bouger des dirigeants et pour les supprimer quand ils gênaient les affaires.

Tout ça, c'est passé et ça fait partie du travail historique qu'on doit finir de dévoiler. Est-ce que tout ça, c'est ce qu'on fait aujourd'hui ? Non, là, je peux vous le dire, il n'y a pas un pays où on fait ça aujourd'hui.

On ne supprime plus les dirigeants, on n'est plus en train de...

Ce n'est pas vrai. Par contre, du coup, une habitude a été prise. Le système s'est grippé et les systèmes démocratiques africains, dans trop de pays, pas partout, et je ne veux pas faire de généralités, mais ne permettent plus à la société civile et même à la société politique d'émerger avec de nouveaux talents.

Et donc, c'est pour ça que le fond est si important, parce qu'il doit être un des éléments, mais avec beaucoup d'autres, avec ce que font des fondations déjà existantes, avec ce que doivent faire l'Union africaine et les organisations régionales, de faire émerger d'autres talents pour que des alternances soient possibles. Pour aller au bout de votre question, est-ce que je reconnais au même titre... en fait, ce qui est très dur, c'est : qui me donne le critère ?

Là, les onze pépites qu'on a, elles ont été sélectionnées, il y a un processus, il y a un comité indépendant qui vous a sélectionnés et vous vous êtes engagés. C'est un critère à la fois objectif et d'engagement, et que vous assumez. On le fait un peu de la même manière quand, sur le terrain, on mène des projets avec des ONG ou autres, mais vous êtes, à un moment, obligés de revenir à des conditions de légitimité.

Et donc pour moi, la clé du sujet dans la relation qu'il y a entre l'Afrique et la France, mais je dirais pour l'Afrique avec elle-même, c'est comment resynchroniser la légitimité nécessaire avec le fonctionnement démocratique et les institutions. Et c'est ça qu'il faut faire, c'est ça qui est très dur, mais ça veut dire qu'il faut maintenir cette pression, nous, qu'on aide à faire émerger, à former, mais qu'il y ait beaucoup plus de pression pour que le cadre démocratique s'ouvre. Est-ce que moi je peux vous donner aussi des tas de leçons ?

On n'est pas parfaits. Vous m'avez très gentiment remercié tout à l'heure, mais la réalité, c'est que notre représentation nationale, comme notre administration, n'est pas encore au vrai visage de la France. C'est qu'en 2017, on a un groupe majoritaire qui est arrivé à l'Assemblée, qui est a à 47 % féminin.

Si je prends l'ensemble de notre représentation nationale, on est loin d'être paritaires. La société l'est. Et c'est que le système politique français...

Vous demanderiez à beaucoup de nos compatriotes, ils vous diraient : moi, je considère qu'il n'est pas encore assez ouvert. C'est ce que vous me dites, ce que vous dites de votre pays. Je suis lucide sur moi.

J'ai des compatriotes qui le disent sur nous. Donc c'est un défi pour toute démocratie. Simplement, dans vos pays, c'est beaucoup plus bloqué parce que parfois, ce sont des familles ou des mêmes personnes qui les ont complètement bloquées pour des décennies.

Donc, c'est ça la clé. La clé, au fond, si je devais le dire d'une manière simple, c'est comment resynchroniser le système politique avec la société africaine. C'est ça notre défi.

Ce continent, qui est jeune, est dirigé par trop de personnes qui sont devenues peut-être un peu trop vieilles et qui ont le pouvoir depuis trop longtemps. Et donc, il faut qu'on resynchronise les choses. Mais je dis ça : no offence pour personne, comme diraient les Anglo-Saxons.

Il faut juste que les dirigeants ressemblent plus à leur société et que ça se réouvre. Le fond est une contribution, si on peut faire d'autres choses pour aider, on le fera. Alors, nous sommes pris par le temps. [INAUDIBLE] Alors d'un côté, je suis un peu gêné de dire non parce que c'est un grand frère, un homme qui depuis très longtemps lutte, justement, pour une égalité réelle.

En France, c'est Monsieur Fodé Sylla. Allez, je suis en train...

Ce n'est même pas une question, mon cher Fodé Sylla ? Monsieur le Président, cher Emmanuel, juste une question. La question qu'on se pose, moi qui suis franco-sénégalais, qui agit des deux côtés, c'est que du point de vue de l'Afrique, on se pose la question suivante : quid de la démocratie en Europe, lorsqu'aujourd'hui, on voit qu'on est passé de partis d'extrême-droite, à l'époque où j'ai commencé à militer, qui est à 5 % et qui aujourd'hui se retrouve, hein, déjà au premier tour à l'élection présidentielle face à Chirac, et aujourd'hui, on voit la place qu'ils prennent.

Quid de la démocratie quand on voit aujourd'hui le poids que prennent les partis xénophobes au sein des médias ? Est-ce qu'on pourrait penser également que les Africains se disent, par exemple, puisque moi, je suis des deux côtés, assez équilibré : on voudrait venir sauver des élections en Europe parce qu'on estime que le nombre de partis xénophobes, le nombres de partis ouvertement anti-immigrés, aujourd'hui, pour rééquilibrer, il faudrait aussi se mettre du point de vue des Africains et se poser cette question : est-ce qu'aussi, la démocratie européenne avec son nombre de partis xénophobes qui en ressortent des élections, avec le poids qu'a pris l'extrême droite, est-ce que la démocratie, de l'autre côté, n'est pas aussi un peu grippée ? C'est la seule question qu'il faut rééquilibrer.

Ce n'est pas une mauvaise question. Mais non. Non, mais je l'ai dit tout à l'heure, par honnêteté, parce que la réponse que j'ai apportée, elle est incomplète, parce que la démocratie, c'est un combat.

Je pense que ce qu'on est tous en train de faire, d'abord notre projet, il est sans cesse inachevé et il est fragile et je pense que ce qu'on redécouvre, c'est que la démocratie, y compris en France, y compris dans le pays des Lumières, de la révolution, c'est fragile. Et quand des gens pensent qu'on peut jouer avec des valeurs, quand les gens pensent qu'on peut, en quelque sorte, changer l'Histoire, la falsifier, quand on pense qu'on peut expliquer que ce qu'on avait bâti comme des universaux, et des valeurs universelles, les droits de l'homme, la dignité, l'égalité femmes-hommes, on peut se mettre à la relativiser, y compris chez nous, dans le débat français. On voit que la démocratie redevient un combat.

Je vais vous dire une conviction : c'est pour ça que je suis là, pour ça. Vous savez, je suis comme chacun. Si je peux moins travailler, je suis plus content.

Donc ce Sommet, il est beaucoup moins tranquille que des sommets normaux, pour moi, parce qu'ils ont de l'énergie et on a un dialogue direct, mais parce que je suis convaincu d'une chose : nos sommets habituels ne peuvent pas et ne peuvent plus produire ça, parce qu'on est tous en train de redécouvrir, chacun avec nos histoires et autres, que la démocratie, c'est un combat. C'est un combat, le matin, le midi, le soir. C'est un combat qui ne s'arrête jamais.

On pense avoir pris un centimètre, on le reperd le lendemain, parce que la violence est toujours là, parce que les forces de régression sont toujours là, parce qu'il y a toujours des gens pour expliquer que la haine de l'autre, c'est plus efficace que d'essayer de comprendre et de restaurer une relation digne. Et donc ce combat, on veut le mener en Afrique, mais on doit le mener chez nous aussi, en France et en Europe parce qu'il n'est pas terminé. Il est amené et permanent.

Merci, Monsieur le Président. Il faut effectivement toujours rappeler que la haine n'est pas une solution, mais bien un poison qui empoisonne tout le monde, et en particulier celles et ceux qui le portent. Alors, puisque vous parlez de combat, Président, autre petit round avec Adame.

Non, Monsieur le Président, je suis très fan de votre sincérité. Monsieur le Président, vous avez parlé de problèmes de gouvernance, de démocratie. On en est conscients.

Comme quelqu'un l'a dit ici, ces problèmes, on va les gérer entre nous, entre Africains, parce que c'est un problème africain. On va les gérer entre Africains. Et vous l'avez si bien dit, nous n'avons pas de leçons à recevoir, ni de la France ni d'aucun pays, par rapport à la démocratie.

Nous allons faire notre chemin par rapport à la démocratie et cette jeunesse consciente, libre, va instaurer cette démocratie compatible aux valeurs africaines. Je voudrais vous poser une question. Ça vous a été posé, mais je n'ai pas entendu la réponse.

Je voudrais vous demander, Monsieur le Président, après Abidjan, qu'est-ce qui a changé par rapport au CFA ? D'abord, merci de ce que vous avez dit sur la liberté et le chemin politique. Et vous savez, moi je le dis avec la conviction que je viens de partager sur la démocratie, mais depuis un pays qui a mis plusieurs siècles à faire vivre son système démocratique, après la révolution.

Et donc, il ne faut jamais qu'on l'oublie, et qu'on ait beaucoup d'humilité, parce que même quand il y a des révolutions ou des changements profonds, ça ne s'équilibre pas en un an, deux ans, cinq ans, dix ans. Et dans les discours qu'on a dans le concert des Nations, je pense qu'on a parfois voulu demander des accélérations à d'autres régions du monde ou d'autres pays, chose que nous, Français, nous avons pris énormément de temps à faire. Et je pense que, quand je dis que je respecte la souveraineté des peuples, je pense qu'il faut accepter cette part d'histoire et le cheminement que chacun fait avec son propre modèle.

La seule chose avec laquelle vous ne transigez pas, et je le partage, c'est la force des valeurs et leur universalité. Donc, je suis totalement d'accord et c'est vous qui le ferez, et d'ailleurs ça ne marchera que si c'est vous qui le faites. Sur le franc CFA, vous avez raison, je n'ai pas répondu à la question, j'ai oublié.

Donc je vais répondre : alors qu'est ce qu'on fait à Abidjan ? C'est une demande historique, c'est une interpellation que j'ai à l'université, à Ouagadougou, qui me dit : le franc CFA, c'est un truc où vous obligez à avoir des réserves auprès du compte du Trésor par des États africains, et donc c'est à la fois humiliant, c'est de la mise sous tutelle de nos économies. C'est inadmissible.

On a fait le travail, on fait une annonce. Je vous le dis très clairement : il n'y a plus de réserves sur le compte du Trésor. Ça a été transféré.

Donc aujourd'hui, ce que j'ai dit par rapport à ce que vous me rappelez justement, ce sur quoi, aussi, vous m'avez interpellé, ç'a été transféré. Arthur aussi m'avait interpellé sur le sujet. Donc ça, la décision annoncée avec le président Ouattara, elle a été mise en œuvre.

Les réserves obligatoires, finies, plus sur le compte français. Elles sont transférées, elles sont gérées par les Africains. Ce qui a été une demande, à ce moment-là, des États concernés, c'est de dire : nous, on veut garder des mécanismes de garanties pour qu'il n'y ait de l'instabilité monétaire.

Et là, je le dis de la même manière : la France, elle ne peut pas dire : on vous laisse tomber si vous voulez une aide à la stabilité, un soutien, parce que nous-mêmes, on en a reçu par le passé et parce que ça, c'est une demande légitime. Mais on fera ce que les gouvernements et les banques régionales nous demanderont de faire. La demande qui a été formulée à Abidjan, c'est une demande de dire : laissez nous tranquilles avec les réserves en France.

Ç'a été appliqué, elles n'y sont plus. Ç'a été ensuite de dire : on ne veut pas de l'instabilité, on veut que la région reste stable, donc on veut garder les mécanismes de garantie. On les a gardés.

Si demain, les dirigeants politiques et les autorités monétaires nous demandent d'aller plus loin, je vous le dis, je le fais. Je le fais parce que c'est dans cet esprit-là qu'on travaille. Donc, tout ça, je le fais parce qu'il faut, c'est toujours la même chose, c'est la marmite.

Là, on nettoie les trucs. Non, mais c'est vrai, je l'ai bien senti, c'est un discours qui s'était politisé, qui était vécu comme une mise sous tutelle, une humiliation. Et je vais vous dire, au début, je n'ai pas compris, moi-même.

Donc je me suis dit : pourquoi on m'accuse de ça ? Et j'ai intégré, j'ai compris. Donc on a bougé, on change.

Je pense que si on veut avancer, il faut aller plus loin et que le mécanisme de garantie, il faut le changer, parce que du coup, ce n'est pas vécu comme quelque chose de complètement clair. Mais ça, il faut que la demande soit faite, parce que je ne veux pas non plus que ce soit vécu comme un abandon, et c'est là où le rapport avec les dirigeants, et parfois les sociétés civiles africaines, est compliqué, parce que quand on va un peu plus loin, on nous dit tout de suite : abandon. Et donc, il faut rester toujours dans ce mécanisme qui est de dire : je n'aide pas, je veux participer et coopérer à la réussite, participer, investir, mais je ne veux pas donner le sentiment qu'on laisse tomber des gens qui veulent aller vers un projet.

Quel est le projet ? Le projet, c'est l'intégration économique, monétaire, financière, régionale. C'est ça le vrai sujet.

Parce que vous êtes les héritiers de pays, il faut bien le dire, dont les frontières ont parfois été bizarrement définies, je suis gentil en disant cela, c'est le moins qu'on puisse dire, dont la réalité est une réalité qui est beaucoup plus complexe, qui est historique qui est culturelle, qui est ethnique, qui est parfois ethnico-religieuse , qui est faite de migrations, qui est faite, justement, de déplacements permanents, et la réalité culturelle économique, partout en Afrique, est une réalité qui est régionale. C'est ça. Et d'ailleurs, vous le vivez, vous l'avez très bien dit tout à l'heure, sur les sujets migratoires.

Et donc, ce qu'on doit réussir à faire, ce n'est pas simplement se départir du CFA. Ça, on est en train de le faire. On a commencé, et les réserves ne sont plus à Paris, une fois encore, mais on doit réussir à bâtir une vraie monnaie régionale.

C'est ça le défi. Et l'ECO est un projet important. Et là, c'est vraiment aux dirigeants africains, aux dirigeants de la région de le porter et de décider quel périmètre ils veulent faire.

Ils ont un vrai débat, qui n'est pas un débat innocent, qui est de savoir est-ce que le Nigeria est dedans ou pas ? parce que c'est une économie qui est énorme par rapport au reste des pays de la CEDEAO, et après, c'est déjà : est-ce que les pays qui n'étaient pas dans le franc CFA, mais qui sont très proches et qui sont intégrés, Cap-Vert, Ghana et quelques autres, rejoignent l'ECO parce qu'il n'y a plus de lien avec la France et parce que ça devient une vraie monnaie d'intégration régionale ? Et donc ça, c'est pour moi un formidable exemple de ce que vous êtes.

C'est-à-dire : vous me dites ce sur quoi on doit bouger parce qu'il y a trop de malentendus. Et c'est ce qu'on fait, et on ira au bout, et jusqu'au bout, jusque là où vos dirigeants et les structures financières nous diront de le faire, mais on ne le fait pas simplement à cause du passé, on le fait pour bâtir un avenir, parce que l'idée, c'est d'avoir une monnaie commune pour toute la région parce que ça, c'est bon pour vous. Pour vous, en tant que jeunes, pour circuler, pour les entrepreneurs, pour développer leurs activités, pour les artistes, pour pouvoir pleinement être intégrés dans la région.

C'est ça le but. Merci infiniment. Alors, cher Achille Mbembe, je parle sous votre contrôle.

Il a été décidé de façon collégiale avec nos onze jeunes intervenants brillantissimes, que je vous demande d'applaudir, s'il-vous-plaît, très fort. Que de maestria et d'engagement, de détermination dans leurs propos. Il a donc été décidé, pour une conclusion, avant que le président ne conclue, il a donc été précisé, souhaité qu'Amina porte cette conclusion.

Amina. Promis, je vous entends à la régie, ce sera très court. Je ne sais pas si vous m'entendez, parfait.

Merci pour ce débat qui était riche en émotions, presqu'une catharsis dont on ne s'attendait que très fort. Monsieur le Président, avant de vous laisser conclure, je voulais rappeler quelques risques de cet exercice, ô combien difficile. Le premier, c'est que tout ça n'était que vague mise en scène, qu'en réalité, rien ne va changer et qu'on a manqué un rendez-vous avec l'histoire.

Le second, c'est que nous sommes onze, censés parler pour 100 000, censés parler pour des centaines de milliers, des millions de voix qu'on ne peut pas représenter dans toute leur diversité. Certains, je le sais, seront frustrés de ne pas avoir entendu certains sujets abordés. On le comprend, mais sachez que ce n'est que le début.

Le dernier, c'est peut-être le plus dangereux, et là, je m'adresse à vous directement, c'est les demi-mesures et les semi-décisions. Et c'est pour ça que la clé d'une véritable feuille de route pour demain, ça ne se limitera ni à un fonds ni à une maison. La clé, c'est la nature de la relation qui requiert une attention de chaque instant pour tous les acteurs et sur tous les sujets qui nous occupent.

Monsieur le Président, vous avez souhaité faire de cet échange le symbole d'un renouveau. Il n'aura pas lieu sans que les symboles que nous avons présentés ce soir changent. Ce sont pour nous les premières fondations d'une relation apaisée.

Alors évidemment, on n'habitera pas le monde tout seuls. On ne l'habitera pas non plus si on n'en fait pas partie, si on ne l'a pas construit nous-mêmes. J'espère que, dans les mots de mes pairs, dans leurs cris, dans leur joie, dans leurs rires, dans leur extrême énergie qui m'a nourrie toute cette semaine, vous avez lu l'urgence d'agir, mais aussi les moyens de le faire, pour que cette relation soit enfin sans condescendance, sans dissonance, claire et franche.

Ce soir, on en a posé les bases, j'en suis certaine, les bases d'une relation où la France assume son histoire et des positions cohérentes, tangibles, que cette relation dépasse le simple bilatéralisme diplomatique, mais inclut tous les acteurs, qu'elle soit transparente envers ses populations, qu'elle les prenne au sérieux, qu'elle mesure ses mots, ses impacts, les conséquences de ses actes. C'est ça, la responsabilité partagée. Et quand les lumières de cet aréna s'éteindront, quand les portes se refermeront, que chacun d'entre nous rentrera dans ses propres rues pour faire le bilan de ce soir, et qu'on se regardera dans le miroir, j'aimerais qu'on ne garde pas le souvenir d'un simple événement, d'une simple occasion, mais l'impulsion d'un nouveau départ et qu'en somme, Monsieur le Président, vous comme nous, on ne soit pas venus pour rien.

Merci à tous. La parole est à vous. Merci infiniment.

Monsieur le Président, on va vous demander de conclure. Oui. Est-ce qu'il y avait d'autres points ? est-ce qu'il y avait d'autres questions, des sujets qu'on n'aurait pas abordés ?

Alors si, Monsieur le Président...

Mais pourquoi faites-vous ça, Monsieur le Président ? Comment vous expliquer ? Il y a énormément de questions.

Nous aurions pu demander également aux femmes et aux hommes de la salle de prendre la parole. Il y a mon ami Stéphane Tiki, qui est un élu qui est là, et bien d'autres. Malheureusement, nous n'en avons pas le temps parce que vous, vous me mettez la pression mais dans mon oreillette, on me met également la pression.

Alors, je voudrais qu'on découvre, s'il vous plaît ! je voudrais qu'on découvre ensemble les caricatures d'un artiste tanzanien, Mehdi, que je vous demande d'applaudir. Il a donc, tout au long de cette plénière, observé, écouté, et voilà ce que lui a inspiré ce dessin qui peut sembler un dessin plutôt simple, mais peut-être que finalement, les choses sont moins complexes que ce que l'on peut penser, si tant est que l'on soit déterminé à changer les choses.

Je voudrais qu'on applaudisse Mehdi très fort, s'il vous plaît. Est-ce qu'il y a des questions qu'on n'a pas abordées ? Ah non, mais moi, je suis d'accord.

Je n'ai pas envie qu'Arthur ou Athéké ou Aliou m'en veuillent. Alors, on va donner une question à la salle....

Donc on donne deux questions au public et deux questions aux pépites et après je conclus. Alors, [INAUDIBLE] Bonjour Monsieur le Président de la République, je suis Sally Alassane Thiam, Président de l'ONG Afrique Patrimoine, accrédité à l'ONU et ambassadeur de la jeunesse africaine au dialogue intergénérationnel, pour la culture de la paix en Afrique. Alors, Monsieur le Président, je suis un peu frustré sur le fait que, parmi ces jeunes, aujourd'hui qui nous ont dit représenter et représentaient le continent africain, la question de la restitution, qui était un des sens, d'ailleurs, du point de votre discours de Ouagadougou, n'ont pas été évoqués.

Aujourd'hui, notre ONG a un combat qui porte sur deux grandes problématiques en Afrique. La première, qui est la sous-représentation de l'Afrique au niveau de l'Unesco. Aujourd'hui, malgré le nombre important de sites naturels uniques qu'on a dans le continent, l'Afrique ne pèse que 9 % sur cette balance mondiale, donc sur 1 156 patrimoines classés à l'Unesco, l'Afrique n'en pèse que 106.

Donc aujourd'hui il y a une injustice. J'ai saisi la plus haute autorité de l'Unesco là-dessus, le directeur du patrimoine culturel de la Convention 72, mais aussi, en début de semaine, le président de la Conférence générale de l'Unesco. J'ai saisi l'Élysée sur cette question, notamment votre conseiller Afrique, Monsieur Franck Paris.

J'ai été reçu, au niveau du Quai d'Orsay, par Monsieur Arnaud Roux et Monsieur Samuel Gourgon, de la Direction Afrique, mais aussi eu des réunions interministérielles avec le ministère de la Culture et aussi du ministère des Affaires étrangères. Je prends mon bâton de pèlerin, Monsieur le Président de la République pour, aujourd'hui, vous saisir. L'année prochaine vous serez le prochain président en exercice de l'Union européenne.

Est-ce que vous seriez aujourd'hui dans les conditions pour accompagner la société civile africaine et la jeunesse africaine qui ont aujourd'hui répondu présents à cet appel, parce que c'est un débat d'idées ? Et nous, aujourd'hui, on est animés par ce débat d'idées et on souhaiterait vous entendre sur cette question. Qu'est-ce qu'on propose aujourd'hui, en tant qu'ONG et société civile, et moi aujourd'hui, en tant qu'ambassadeur de la jeunesse africaine ?

C'est quoi ? On veut mettre à disposition un espace d'échange africain pour discuter très sérieusement sur la question de la restitution. La France en a fait au niveau du Sénégal et du Bénin, qui restent aujourd'hui des institutions symboliques.

Moi, qu'est-ce que je propose aujourd'hui ? C'est qu'on puisse se retrouver autour d'une table, qu'on puisse en parler entre société civile, dirigeants africains et dirigeants européens, lors de ce Forum du patrimoine africain. Et le deuxième sujet, c'est qu'on apporte...

Non, pas deux. Bon, ok. [INAUDIBLE] non, non, mais vraiment.

Et que le Sénégal et la France, [INAUDIBLE] de l'Union européenne. Merci Monsieur le Président. [INAUDIBLE] Non, Monsieur le Président, attendez ! moi ce que je vais faire...

Alors attendez, jusque là, on a accepté que sur la scène en tout cas, que chacun puisse prendre la parole comme il le souhaite, mais là, malheureusement, le temps nous presse. Donc, il y a deux interventions de salle, un homme et une femme. Un homme vient d'intervenir.

Allez, non ne montez pas ! Non, s'il vous plaît, s'il vous plaît. Non mais s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît.

Non, non. Mais un homme et une femme. S'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît.

Bonsoir Monsieur le Président, je crois que le micro ne marche pas. Il fonctionne. Alors en fait, moi je voudrais vous interpeller sur la question des tirailleurs sénégalais, puisque je reviens du Sénégal et que des familles m'ont remis un long plaidoyer et des dossiers, considérant que l'attitude de la France à leur égard équivaut à du mépris.

Leurs grands-parents ou leurs parents se sont battus aux côtés de la France durant la Deuxième Guerre mondiale. Ils demandent à ce que cet engagement soit reconnu, au nom de la justice, au nom de la vérité historique, et également au nom de la dignité et de l'honneur des Africains. Donc je voudrais savoir, j'ai les dossiers avec moi, je voudrais savoir si l'engagement de ces tirailleurs sénégalais sera un jour reconnu, et le sacrifice qu'ils ont fait sera un jour reconnu par la France.

Voilà. Merci, merci, Monsieur le Président, souhaitez-vous répondre ? J'avais dit que j'en prenais deux autres.

Exactement, mais souhaitez-vous peut-être répondre ? Je peux répondre, si vous voulez, aux deux questions qui viennent d'être posées. Sur les œuvres d'art, vous avez raison de rappeler la culture et son importance, et l'engagement que nous avons pris, que nous avons lancé.

D'abord, on a une fois encore, là, confronté un peu, un tabou, c'est-à-dire ce sujet, c'était un peu un impensé. Donc il a été travaillé par des spécialistes, Monsieur Sarr et Mme Savoy qui ont fait un rapport et qui ont proposé une méthode. Deuxième chose, on a commencé à appliquer cette méthode avec le Sénégal, on va l'appliquer avec le Bénin, à la fin du mois d'octobre, parce qu'on va rendre 26 œuvres du trésor d'Abomey, ce qui était demandé depuis très longtemps et on va le poursuivre aussi avec la Côte d'Ivoire, et on va ainsi avancer.

Moi, ce qui m'importe, c'est de vous faire comprendre qu'il y a, derrière des vrais critères, c'est un vrai travail et c'est un travail de coopération scientifique et culturelle. Il ne s'agit pas simplement de dire : c'est africain, on n'en veut plus. Il s'agit de dire : voilà le statut de ces œuvres.

Comment elles sont sorties de l'Afrique ? dans quelles conditions ? et comment on doit les rendre ? et quelle coopération scientifique, muséographique et muséale on doit construire pour qu'elles soient bien conservées, protégées, comprises ?

Mais ce qui m'importe, derrière, au-delà de ça, ce que je veux vous faire toucher du doigt, c'est que ce que je crois, pour le coup, la France apporte et a apporté, c'est un rapport à l'universel et c'est ce qui nous sépare peut-être d'une approche parfois anglo-saxonne des questions. Cette approche à l'universel, c'est de dire : on veut essayer à chaque fois de comprendre le monde et d'avoir un message pour le monde. Et moi, mon rêve, c'est que les musées, en Europe et en France, continuent d'être des musées universels et que les musées en Afrique deviennent des musées universels.

Qu'est ce que ça veut dire ? Qu'il faut restituer des œuvres dans ces conditions-là, et les bonnes conditions de conservation et de coopération scientifique, pour que la jeunesse africaine puisse se reconnecter avec son propre passé, puisse être au contact de ses artistes passés, son patrimoine, sa culture. Mais il faut qu'elle puisse aussi connaître la culture européenne, qu'elle ait de grandes oeuvres européennes.

Mais il faut aussi que la jeunesse européenne puisse continuer à voir des œuvres africaines. L'absurdité dans laquelle il ne faut surtout pas aller, c'est de dire : chacun reprend ses billes et il n'y a plus de musée universel, et chacun met sa culture...

Non, mais je vous le dis juste pour bien clarifier sur ces débats. Et donc ça, pour moi, c'est l'objectif. Et donc, derrière, c'est une circulation permanente, une coopération, restitution, justice, circulation, coopération.

Et donc ce que nous devons faire, c'est rééquilibrer la relation culturelle, patrimoniale et scientifique sur ce sujet. Et donc votre proposition d'avoir vraiment un forum qui inclut les sociétés civiles et qui permet le débat, oui. Premièrement, la France, en tant que nation hôte et membre, va le soumettre à l'Unesco.

Je serai votre porte-parole auprès de la directrice générale et des équipes de l'Unesco. On va défendre cette idée pour qu'il y ait un débat, et je pense que c'est vraiment la mission de l'Unesco, et vraiment l'Unesco défend complètement ce sujet et nous a beaucoup aidés à l'animer. Je sais qu'Audrey Azoulay le soutiendra et peut tout à fait l'organiser.

Deuxièmement, la maison qui est proposée, le projet doit être aussi le cadre de ce débat permanent entre les spécialistes et les sociétés civiles. Et ce débat ne progressera que s'il est entre spécialistes et société civile, entre France, je dirais Européens, même d'ailleurs Anglo-Saxons, de l'autre côté de l'océan, et Africains. Donc oui.

Tirailleurs sénégalais, elle est où Madame ? Alors, sur les tirailleurs sénégalais...

D'abord premièrement, je prendrai toutes les demandes et on répondra aux familles dont vous êtes l'ambassadrice aujourd'hui. Mais c'est un sujet que, non seulement nous avons historiquement reconnu, mais que j'ai réaffirmé en m'exprimant officiellement, au nom de la France, le 15 août 2019, lors de l'anniversaire du Débarquement de Provence. Et je veux ici qu'on le mesure tous.

Le Débarquement de Provence, c'est la part de débarquement où, si je puis dire, les Françaises et les Français ont contribué à leur libération. Le Débarquement de Normandie, ce sont beaucoup nos alliés, il y avait le commando Kieffer. Le Débarquement de Provence, ce sont les Françaises et les Français qui viennent depuis les terres africaines.

Ce sont les tirailleurs sénégalais, mais ce sont les combattants de toute l'Afrique. Ce sont les combattants de toute l'Afrique qui viennent défendre la France, mourir à des milliers de kilomètres, sur un sol qu'ils n'avaient jamais connu, au nom de la liberté de la France. Et donc, c'est notre fierté, cette reconnaissance est un devoir et nous l'assumons, et nous l'assumons au nom de chaque famille.

Et donc elles seront restaurées dans leur dignité si elle a été bafouée. Mais la parole officielle de la France a été, en ma personne, affirmée, et j'ai reconnu ce rôle et cette dette. Et nous avons même lancé des initiatives pour que des maires puissent rebaptiser des rues au nom de ces combattants.

Et donc cette part d'Afrique dont je parlais, c'est aussi une part de liberté. Ce sont des femmes et des hommes qui sont venus sauver la France lors de ce Débarquement, et je veux ici rendre hommage aussi à toutes les mémoires. Durant la Première Guerre mondiale, ce qu'on appelait alors l'armée noire, qui était une armée exceptionnelle, il y a un bâtiment sublime qui est à Reims, qui honore cette mémoire.

Alain Mabanckou était à mes côtés en novembre 2018 pour rendre hommage à cette armée noire. Il y a eu des centaines de milliers d'Africains qui sont venus mourir dans les tranchées, plutôt dans l'est et dans le nord de la France pendant la Première Guerre mondiale, là aussi, pour notre liberté. Et donc chacune de ces familles, on leur écrira, on les restaurera dans leur dignité, mais je veux ici qu'il n'y ait aucune ambiguïté sur la reconnaissance de la France et le caractère officiel de cette reconnaissance.

Merci beaucoup. Monsieur le Président, nous allons maintenant clore cette plénière. Tout à l'heure, nous recevrons Lubiana, Singuila et Fior de Bior.

Souhaitez-vous conclure par un message ? Il n'y aura plus d'autre question, Monsieur Président. Je vais conclure en vous répondant, puisque vous avez été très directs avec moi, et donc je vais essayer d'avoir quelques mots de conclusion.

La première chose, pour conclure, c'est quand même d'abord des remerciements, si vous m'y autorisez. Je voudrais remercier Claudie pour le travail impossible que nous lui avons rendu, pendant ces quelques heures, parce que nous avons constamment désorganisé les choses, tous ensemble, donc merci beaucoup. Merci pour le travail fait.

Je voudrais vraiment remercier, ç'a été cité, le Conseil présidentiel pour l'Afrique, les équipes successives, parce que le CPA a fait un boulot extraordinaire pour bâtir le discours de Ouagadougou et la stratégie pour m'accompagner, tout au long, accompagner les équipes, être des aiguillons. Et ce qui est formidable, ce qui est, pour moi, un trésor, c'est que beaucoup de membres du CPA ont ensuite essaimé, et sont allés mener des aventures nouvelles pour en être un peu les garants et les acteurs. Et donc merci au CPA.

Je veux remercier, évidemment, la ministre, les ministres, l'AFD et nos parlementaires qui sont ici présents, remercier Achille Mbembe et l'ensemble de son équipe pour leur apport, et le féliciter parce qu'il a réussi à déléguer son travail à tout le monde. Il est vraiment très fort. Non, mais merci Achille de l'avoir fait avec exigence, et je vais revenir sur le suivi.

Je voulais remercier N'goné Fall pour la Saison Africa 2020, parce qu'elle a été, elle a contribué quand même énormément, à travers ce travail pendant 40 mois, pour qu'il y ait des événements partout, justement en France hexagonale et ultramarines, sur notre sujet, et remercier nos onze pépites, qui sont là et qui ont travaillé, se sont engagés, et merci beaucoup aussi d'être venus de différents pays, de pays parfois non francophones et nous apprécions véritablement votre contribution car elle fait partie de ce que nous essayons de créer, du lien direct que nous voulons entretenir avec les différents pays et tous les différents langages [INAUDIBLE], mais il n'y a pas juste le portugais, l'anglais, le français, l'espagnol, non. Il y a beaucoup de langues, d'autres langues, dans ce continent, et cela participe à ce dialogue permanent et à l'intégration permanente en Afrique. Donc, merci d'être ici, justement.

Et je voudrais vraiment remercier toutes celles et ceux qui ont contribué, les artistes, les entrepreneurs, les sportifs et les sportives, les collectivités locales, Monsieur le Maire, à nouveau, Madame la Présidente du Conseil régional et tous les acteurs locaux, parce qu'on a vu beaucoup d'associatifs qui ont fait des super trucs, du street art au BMX en passant par la musique, on l'a vu avant, on le verra après, donc merci vraiment à vous toutes et tous, jeunesses africaines ou diaspora, qui ont permis que ce dialogue soit de nature différente. Premièrement, vous m'avez interrogé sur votre légitimité. Vous avez vous-même apporté la réponse aujourd'hui.

Votre légitimité, c'est votre engagement et c'est votre intransigeance. Vous ne m'avez pas fait de cadeaux, mais je pense que c'est ce qui était le sens de votre présence aujourd'hui, et je pense que c'est ça qui doit s'inscrire dans la durée. Au fond, votre légitimité, vous êtes en train de la bâtir.

Et il y aura toujours des gens pour vous critiquer d'être venus ici, parce il y a toujours des gens qui pensent que c'est mieux de s'opposer absolument. Il y aura sans doute des désaccords et des choses imparfaites ou incomplètes. Mais je pense que vous avez aujourd'hui bâti des éléments intangibles de légitimité.

C'est le courage de vous être engagés, c'est le courage de vous être mis en déséquilibre par rapport à des gens qui vous ont critiqué de venir ici. C'est le courage de ne pas avoir accepté la facilité, qui était de rester sur une chaise à dire : ça ne marchera jamais parce que c'est la France, ça ne marchera jamais parce qu'il s'est passé tout ça avant. La légitimité, maintenant, vous l'avez.

Et donc, ce que je vous dois, c'est que la réponse se fasse dans la durée, et qu'en effet, ce ne soit pas un Sommet pour rien. Dire que nous avons fait un Sommet qui ne soit pas sans lendemain, ça ne veut pas dire qu'il y a des réponses magiques, parce que tous les sujets qu'on a soulevés sont des sujets compliqués et qui viennent de très loin. C'est pour ça qu'il n'y a pas de de formule.

Il y a une chose que je suis prêt à garantir, c'est que moi, je n'arrêterai pas le combat que j'ai commencé depuis le début, et qui nous a déjà menés jusqu'ici. Quand j'ai dit à Ouaga, un, il y aura un Sommet, je ferai discuter, je discuterai directement avec les diasporas, la jeunesse, les gens ont dit : on verra. Les restitutions ont dit : d'accord.

Le franc CFA a dit : OK, à d'autres, etc. Les engagements, je les ai tenus, étape par étape. Ce Sommet est le début d'une nouvelle ère, c'est-à-dire le début de nouveaux rendez-vous, mais surtout le début d'un processus et d'un travail, d'un travail.

Et donc, moi, ce que j'attends de nous tous collectivement, c'est que là, on a posé les choses, on s'est dit des choses, et il faut qu'il y ait un travail scientifique, politique, sportif, culturel, économique qui soit conduit, et il sera conduit. Moi je suis, en quelque sorte, le garant de cela. Il y aura peut-être des dissonances.

C'est inévitable. Le tout, c'est qu'il y ait de la sincérité et de l'engagement. Et moi, je pense qu'il est possible d'écrire une nouvelle page.

Et donc pour y arriver, on a besoin de rester engagés. C'est pour ça que ce que j'ai demandé à Achille Mbembe, à tous ces co-auteurs qui le souhaitent et qui sont prêts à le faire et aux pépites qui sont là, comme aux engagés de cette aventure, parce que vous avez fait un travail pendant des mois, remarquable, c'est de continuer à rester engagés à nos côtés sur quelques initiatives, parce que je pense qu'on a besoin de vous pour, en quelque sorte, nous garantir la bonne réalisation. La Maison des mondes africains et des diasporas, le Fonds de financement démocratie, le campus et toutes les initiatives pédagogiques, entre autres.

Nous avons besoin que vous acceptiez de les piloter et de nous aider à les lancer, en lien avec tout le secteur et avec tous nos acteurs, mais je pense que la meilleure garantie pour pas que ce soit sans lendemain, c'est que vous restiez engagés, pour la part que vous êtes prêts à prendre, et avec des rendez-vous réguliers, pour dire : là ça va, là ça ne va pas. Mais qu'en quelque sorte, que vous ayez la même exigence sur la suite. Sinon, le risque, c'est l'absence de lendemains ou c'est la demi-mesure.

Et donc moi, je souhaite que cet engagement se poursuive avec la même exigence et la même humilité qu'a eue Achille, pour qu'on puisse avancer sur ce volet-là ensemble. Voilà ce que je vous propose en termes de méthode. Le tout dernier point, c'est de vous dire que vous avez donné aujourd'hui la plus belle démonstration qu'on était fous de faire ça, mais que c'était possible et que c'était plein de promesses.

Et donc, ne lâchez rien, n'abandonnez rien de vos exigences, de vos intransigeances, de vos colères, mais surtout de votre volonté de faire et de changer les choses, parce que vous l'avez dit à plusieurs reprises, c'est vous qui changerez l'Afrique. La France ne changera pas l'Afrique. La France, elle peut regarder en face son passé, vouloir participer dans un dialogue sincère et redevenu équitable, ce qu'on a fait aujourd'hui, une relation qui a été abîmée, et vouloir rebâtir une belle relation parce qu'elle est équitable, parce qu'elle est choisie et parce qu'elle regarde l'avenir.

Mais l'avenir de votre continent, c'est vous qui l'écrirez, c'est vous qui le ferez. Notre devoir à nous, c'est de permettre à nos diasporas d'y contribuer, c'est de permettre à nos diasporas d'apporter leur part parce qu'elles ont cela en elles, et c'est de nous permettre, en quelque sorte, d'être à vos côtés parce que c'est une chance pour nous de le faire, parce que c'est participer à une aventure humaine, qui, moi je le crois profondément, va enrichir la France. Et donc cette coopération, ce partenariat, cette nouvelle page, c'est ça ce que nous devons, ensemble, faire sortir de ce nouveau Sommet.

Donc, merci d'avoir été suffisamment fous pour y participer, d'avoir été suffisamment exigeants pour que ce ne soient pas des paroles en l'air, mais surtout d'accepter de continuer à agir, pour que tous ensemble, nous fassions que ce jour soit un jour dont les lendemains n'auront pas le droit d'être semblables à nos passés. C'est une nouvelle page qu'on doit écrire, c'est la page nourrie par votre exigence, votre volonté, votre détermination. Moi, je serai là.

Merci beaucoup. Merci, Monsieur le Président. Alors, alors, alors.

Monsieur le Président, j'ai deux demandes à formuler. La première, au regard de tout ce qui a été dit aujourd'hui, tout cet échange, tous ces talents qui se sont exprimés. C'est peut-être pour tuer un peu les incompréhensions, peut-être que vous soyez plus présents et que vous parliez aux médias, qui sont très présents sur le continent africain, afin justement de tuer les incompréhensions, de changer les imaginaires de part et d'autre.

Et puis ma deuxième demande, c'est que nous puissions faire une photo tous ensemble. Allez ! Alors ne partez pas, car ce n'est pas terminé.

On va laisser les photographes faire...

S'il vous plaît, le public. Alors je vous demande, s'il vous plaît, de rester à votre place et celles et ceux qui souhaitent partir pourront le faire après le départ du président de la République. Merci beaucoup.

Voilà. Bravo !