Visioconférence avec des artistes de différents champs de la création.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00E. MacronFait
« le 11 mai, beaucoup de choses pourront reprendre, les musées, en évitant les grands brassages »
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-E. Macron : Merci vraiment à vous pour le temps que vous avez passé. Et ce que je propose, c'est qu'on a un suivi de tout ça, c'était la question de Norah de tout à l'heure, je pense que ce serait bien qu'on puisse comme ça, de manière régulière, et après la 1re phase sur laquelle je veux revenir, décliner les choses.
Bon. On a parlé beaucoup de choses et les ministres ont pu détailler beaucoup d'aspects. Dans la crise qu'on est en train de vivre, vous l'avez tous dit, au fond, et vous l'avez tous signifié de manière extrêmement claire, la culture a un rôle à part.
Elle a un rôle à part d'une part parce que la crise qui nous touche, elle touche notre humanité, le rapport à l'autre, ça a été très bien dit en plusieurs termes, ce besoin de l'autre, de ce qu'est la relation, mais aussi du sens, du beau. Et donc il y a derrière toutes les formes de créations artistiques quelque chose d'essentiel qui est apparu peut-être encore plus fortement à nos concitoyens durant cette période. Et je crois que la nécessité de la culture est d'autant plus forte que nous sommes en effet en France, et plusieurs d'entre vous l'ont rappelé, c'est-à-dire dans un pays qui a bâti son identité profonde sur cette capacité à, au fond, penser la culture, la place de ses artistes et le rôle que la culture a dans la construction de ce qu'est la part d'universalisme mais aussi le projet français.
Alors, je ne reviens pas sur ce que tous les ministres ont dit, et le ministre de la Culture aura l'occasion, en détail, de revenir à l'issu ce cet échange par un point avec la presse sur tout ce qu'il a très bien rappelé, le travail qui a été fait, les dates d'ouverture. Mais ce qui est important, c'est quand même que le 11 mai, toujours avec une très grande prudence, parce que je le dis souvent, la glace est fine et on ne peut pas dire "on rouvre tout", mais le 11 mai, beaucoup de choses pourront reprendre, les musées, en évitant les grands brassages, c'est pour ça qu'il y a des contraintes. Au fond, c'est ça.
Ce qu'on veut faire...
On va devoir vivre avec ce virus, on doit rouvrir des choses, mais on doit faire attention à ce qu'il ne recircule pas à pleine vitesse. C'est ça. Alors après, ça se décline avec des mesures très techniques, mais la finalité partagée, c'est ça.
Et donc on doit pouvoir rouvrir les librairies, les musées sans qu'il ait trop de brassages, les disquaires, les galeries d'art, on l'a parfaitement dit, rouvrir aussi justement les lieux de création que sont les théâtres pour commencer à pouvoir faire fonctionner et répéter avec les contraintes et les bonnes règles de distance. Et puis on aura un point fin mai parce qu'on aura ce recul de 3 semaines, et début juin, on va regarder comment les choses se passent et comment on peut réussir à réarticuler les choses avec le public partout où il revient. Et en effet, il va falloir, là aussi, inventer des nouvelles formes.
Et je dirais, ça doit être le mariage du bon sens, si je puis dire, et je le dis souvent dans cette affaire, et de l'innovation, et c'est ce que vous savez faire. Je veux dire, c'est le coeur même, mais on va inventer d'autres formes d'être au public. Mais il faut que les lieux de création revivent, et ça a été admirablement dit par beaucoup d'entre vous, que les artistes puissent recréer et être ensemble, et il faut qu'on puisse à nouveau toucher des publics même s'il va falloir, ça a été dit, dans cette période un peu intermédiaire, sans doute réussir à inventer un autre rapport avec le public, public moins nombreux, des captations, des interactions différentes, en ne perdant rien aussi de l'unicité de ces moments qui vivront différemment et où il y aura là aussi, je vais revenir, un accompagnement parce qu'évidemment, ce sont des moments qui ne se construiront pas dans le même, pardon de le dire, mais modèle économique que ceux qu'on avait l'habitude de voir, où il fallait remplir une billetterie.
Et puis progressivement, on va, si je puis dire, collectivement construire une visibilité. Alors moi, j'entends la demande de visibilité. Qu'est-ce qu'on sait dire ?
Que durant cet été, on ne fera pas de grands événements qui rassemblent, on l'a déjà dit, le Premier ministre l'a dit, plus de 5 000 personnes. Et c'est ce qui a conduit évidemment à faire annuler les festivals et c'est le coeur du problème pour beaucoup de celles et ceux qui ont à travailler. Mais ça n'empêchera pas cet été d'avoir des formes de création avec parfois des publics réduits, ces captations, mais aussi des formes de création en lien avec l'éducation, et ça je veux y revenir, c'est pour moi très important, et moi, j'attends beaucoup de vous là-dessus.
Et puis la question, vous l'avez posée, c'est celle de la saison prochaine. Il va falloir l'inventer. Moi, je ne sais pas dire où sera cette épidémie pour la saison prochaine.
Ce que je sais dire, c'est qu'on doit vous aider à construire des conditions de répéter et la préparer, mais peut-être qu'il faudra la penser et l'inventer différemment. Est-ce qu'on pourra revenir aux saisons habituelles ? Je ne sais pas le dire.
Et donc il faut qu'on se mette en situation de penser, dès maintenant, et je dirais en étant acteurs. Et moi, je partage toute l'information que j'ai avec vous. On a à créer sous contrainte extrême.
Et donc il faut qu'on réfléchisse à comment on le fait, sous quelles conditions et comment évidemment on permet aux compagnies, aux théâtres, aux créateurs, aux compagnies de danse, de cirque comme de théâtre, aux artistes, aux producteurs aussi de tournages de rendre ça viable avec ces contraintes-là. Et donc il faut qu'on imagine plusieurs formes parce que soit ça disparaît complètement cet été, soit on peut tout à fait se retrouver mi-août avec des spécialistes qui nous diront : "C'est très dur. "On ne peut pas rouvrir les salles à plein.
Il faudra peut-être le faire différemment." On va tous collectivement s'adapter, je vous parle très franchement. Mais on doit tous collectivement non plus être en situation de subir tout de ce virus, on a subi beaucoup, on a fait un choix unique dans la vie de notre nation et que beaucoup d'autres nations ont fait, ce fameux confinement.
Là, on rentre dans une période où on doit en quelque sorte enfourcher le tigre et donc le domestiquer. Il ne va pas disparaître, le tigre, il sera là. La peur sera là dans la société.
Elle ne va pas disparaître. Mais le seul moyen qu'il ne déborde pas, c'est de l'enfourcher. Et ça doit être ça, notre travail ensemble.
Et c'est pas que des lois, c'est pas que de l'administration, c'est là où le génie français doit se faire. Et ce que je dis là est vrai partout dans la société. Comme on a eu peur, on est trop dans un... je trouve collectivement dans un débat qui oublie le bon sens et la créativité.
Et le génie français, c'est le bon sens et la créativité. Nous, on n'est pas forts en normes pour tout le pays. Il y a des pays qui sont beaucoup plus forts que nous là-dessus.
Nous, on n'est pas forts, donc on se débat...
Non. Le bon sens et la créativité. Et donc ça, on doit le construire ensemble pour la saison prochaine.
Je sais pas tout vous dire. Mais en tout cas, ce que je veux dire, et je vais enchaîner sur le 2e point, c'est qu'on sera là pour l'accompagner, parce que vous l'avez compris, on a eu la phase d'urgence et là, vraiment, les ministres vous ont dit tout ce qu'ils ont fait, et on est parmi les pays qui ont fait le plus. Je sais qu'on compare souvent les chiffres.
Faut jamais oublier, quand on se compare à certains voisins, comme les Allemands, qui n'ont pas un régime de l'intermittence, qui n'ont pas des régimes équivalents et donc la France est un pays qui doit s'en féliciter. On a tout fait pour, justement, dans cette phase d'urgence, réussir. Pour moi, devant nous, je le disais, on a 2 étapes : cette résistance résilience.
Je ne sais pas combien de temps elle dure. Et la refondation. Et moi, j'ai bien aimé ce que plusieurs d'entre vous ont dit, en disant : "Moi, je ne sais pas s'il faut un monde d'après "parce que le monde que je connais, "qu'on a quand même contribué à créer, il n'est pas si mal." Je suis assez d'accord avec vous, mais il y a des tas de choses qu'on a envie de changer aussi, et c'est une opportunité ce temps suspendu.
Mais soyons clairs, cette refondation, elle a commencé dès maintenant. On est déjà en train de l'inventer. Ce temps de résilience résistance sera fécond en ce qu'il nous permettra, quand on aura plus de libertés, de ne pas oublier tout ce qu'on aura appris dans cette période, de traumatisme, ça a été très bien dit, mais aussi d'autres façons de faire.
Alors pour réussir dans ce temps de résistance et de résilience, je crois que ce qu'on doit faire, c'est en quelque sorte assumer de protéger. Et je le dis là dans la philosophie que je viens de dire. Pour moi, c'est pas protéger pour anesthésier, c'est pas protéger pour dire "il n'y a plus rien à faire", c'est protéger pour redonner de la confiance et se projeter.
C'est un peu un pacte de confiance que j'ai envie de faire avec le monde de la création, mais je crois avec toute la nation. Et donc c'est vrai que si on faisait comme d'habitude, on calculerait, on essaierait de mettre au cordeau et il faut le faire quand on essaie de bâtir les choses. Mais là, il faut qu'on arrive à libérer toutes ces énergies créatrices en redonnant de la confiance et de la visibilité.
J'y reviendrai parce que moi, je vais attendre beaucoup de vous. Je vous ai entendus, c'est unanime, et je l'ai entendu, il y a le sujet de l'intermittence. C'est Catherine qui disait que ce mot était bizarre ou Norah, parce que ça ne correspond pas à ce que vivent celles et ceux qui sont dans la culture, qu'ils soient artistes, techniciens.
Au fond, c'est de dire "on a quelques heures de travail qui sont reconnues", parce que c'est vrai que les heures qu'on compte pour l'intermittence ne représentent pas tout ce qu'un artiste ou un technicien fait en dehors de ce temps où il est devant le public. Mais ce qui est clair, c'est que beaucoup ne pourront pas faire leurs heures, là. Il y a eu cette neutralisation que Franck a évoquée qui était importante.
Moi, je veux qu'on s'engage à ce que les artistes et techniciens intermittents soient prolongés d'une année au-delà des 6 mois où leur activité aura été impossible ou très dégradée, c'est-à-dire jusqu'à fin août 2021. C'est très compliqué, c'est très exorbitant du droit commun. Et donc il faut que le ministre de la Culture et la ministre du Travail, ils bossent ensemble.
Ma conviction en faisant ça, c'est que je vais donner, c'est cette fameuse année blanche, je vais donner suffisamment confiance pour que quasiment, on n'en ait pas besoin. Je vais vous dire pourquoi, parce que je pense qu'on va donner par ailleurs avec beaucoup de projets les heures qui permettront de créer et à tous ces artistes et ces techniciens de ne pas activer ces dispositifs. Mais ce que je sais, c'est qu'il y a une précarité immense et une forme d'effondrement, comme ça a été dit par Aurélien, psychologique, en tout cas de perte de confiance qui fait que sinon, on n'y arrivera pas.
Et donc sur l'intermittence, avançons dans ce dispositif qui est en effet unique et OK, on y va, on s'engage. Sur les artistes auteurs, qui bénéficieront de l'exonération de cotisations pour 4 mois...
Mais comme les ministres l'ont dit, il faut que les ministres de l'Economie et de la Culture puissent mettre en oeuvre, justement, tout ce travail pour permettre l'éligibilité au Fonds de solidarité pour les TPE et les indépendants...
Il a été très doté, il faut vraiment que tous les acteurs soient là. On a besoin que les régions viennent contribuer de manière efficace à ce fonds, mais il y a un besoin de simplicité et d'accès. Et donc ça a été dit, il y a plein de contraintes administratives, mais je pense que si les ministres se mettent ensemble en mettant peut-être un petit guichet, une petite équipe dédiée, ce serait formidable.
La 3e chose, c'est tout ce dont on a besoin pour préserver la diversité culturelle française. On a des associations, des entreprises culturelles dont l'activité est empêchée ou dégradée et qui vont pouvoir bénéficier de dispositifs d'accompagnement au-delà de la fin de la période de confinement. Ca, c'est absolument indispensable parce que la reprise d'activité, ce ne sera pas une activité normale et compte tenu de la fragilité de beaucoup de structures, c'est pas quelque chose qu'on peut leur faire assumer.
Et donc il y aura des aides, ça a été dit, les ministres y sont revenus, qui vont continuer et qui seront adaptées. L'Etat sera également présent avec un apport en fonds propres avec la Banque publique d'investissement et l'IFCIC. Quel est le but ?
Ca a été très bien dit tout à l'heure je crois que c'est Catherine quand elle a repris la parole aussi, qui était de dire : pour que les petits festivals, les petites structures puissent véritablement bénéficier de cela et ne soient pas fragilisés et ne soient pas au risque d'être rachetés par des grandes majors ou évidemment des grandes structures. Et donc on va mettre en place tous les dispositifs pour les accompagner en capital, en activité pour que les indépendants puissent rester indépendants, parce que c'est un monde pour sa diversité qui a besoin de cette indépendance. Et donc toutes ces structures indépendantes, ce tissu de festivals qui fait la richesse de notre paysage culturel, on doit le protéger là-dessus.
L'IFCIC fait ce travail tout au long de l'année, mais on va encore l'aider, l'encourager avec la Banque publique d'investissement. Et je veux le dire aussi parce qu'on a le Centre national de la musique qui vient d'être créé et qui est très fragilisé par la période. Et donc je veux qu'on puisse le sécuriser là-dessus et qu'on puisse le redoter à hauteur de 50 millions d'euros, et que le ministre puisse porter avec le CNM tout ce qui est indispensable à cet égard.
Et je pense qu'on a besoin là aussi, je fais un appel à toutes les collectivités territoriales, on a besoin que les régions, que les grandes villes, les métropoles puissent s'engager autour de cela parce qu'elles sont souvent les partenaires de ces associations et festivals et qu'elles nous accompagnent dans cette bataille. Sur les tournages, le ministre l'a dit, il y a tout un travail qui a commencé à être fait pour que les choses puissent reprendre...
Alors c'est évidemment très compliqué à reprendre. Ca dépend des cas. Cette distance sociale, toutes les règles, c'est énorme, et puis les limites en nombre, j'en ai bien conscience, donc ce sera très dur de reprendre des tournages de manière concrète, sauf quelques exceptions, avant la fin mai.
Après, quand on verra un peu plus, on pourra adapter, ensuite, je l'espère, si les choses avancent bien, en juin, juillet. Mais ce sera du cas par cas, quasiment. Et donc il faut qu'on puisse là aussi aider les artistes, les structures et les producteurs.
Et donc on va mettre en place un fonds d'indemnisation temporaire. Et là, il faut qu'il y ait un travail qui soit fait avec le ministre, le CNC, aussi les régions, les partenaires privés, et ça a été très bien dit, il faut que les assureurs, les SOFICA...
Rien n'est impossible. Et donc vous l'avez dit à très juste titre et donc on va les engager et les mettre devant leurs responsabilités. Il y a un écosystème qui vit quand même du monde du cinéma tout au long de l'année.
Et donc il faut que les assureurs, les banques, les SOFICA viennent avec nous pour nous aider et mettre en place ce fonds, ce fonds d'indemnisation temporaire qui pourra au cas par cas, pour les séries, pour les tournages qui doivent être annulés ou reportés, nous aider à indemniser. On n'y arrivera pas tout seuls, mais on va enclencher et mettre au pot. Et ça, c'est le travail que le ministre va mettre en place avec en particulier le CNC et tous les acteurs, pour qu'on puisse avancer.
Ca, c'est se protéger et accompagner pour pouvoir créer et être dans cette phase de résistance résilience. Après, vous l'avez dit, on doit à la fois ne pas se refermer, moi je crois beaucoup à ça, et défendre notre universalisme à la française et en même temps savoir défendre ce qui est notre spécificité. On est dans cette tension, cette dialectique permanente à laquelle je crois.
Moi, j'ai jamais cru à une mondialisation heureuse, ouverte où tout le monde vivait dans un bain heureux, et j'ai toujours défendu ce que j'ai appelé la souveraineté européenne. Mais je crois à l'ouverture, à un universalisme qui permet de faire circuler les intelligences, les créations, les sensibilités. Il ne faut pas que la réaction à ce qu'on est en train de vivre soit, en effet, vous l'avez très bien dit tout à l'heure, un repli sur des productions qui sont uniquement nationales et une disparition de ce qu'est l'Europe.
Ce serait une catastrophe. Et donc dans cette période, on doit mettre encore plus d'énergie. Moi, je vais le faire au niveau européen et utiliser en quelque sorte la journée du 9 comme une journée de la création européenne.
Mais il faut encourager, densifier et relancer, justement, nos coproductions européennes et une Europe de la culture encore plus forte dont on a besoin. C'est Matilde qui l'avait très bien dit tout à l'heure sur les coproductions, et donc on a besoin de ça. Moi, je veux en tout cas veiller à ce que nous, évidemment, on ne se retire d'aucune coproduction, mais engager nos partenaires européens à le faire.
On a besoin de ça vitalement. Mais dans cette phase-là, on voit bien que le monde va un peu se refragmenter. Et donc on a besoin aussi de défendre ce qu'est cette exception française, cette force de création européenne.
Et je crois que, ça, vous l'avez très bien dit, on a besoin de défendre une créativité à l'européenne. Il y aura des grands prédateurs chinois, américains, avec d'autres modèles, d'autres sensibilités. Donc dans cette phase, moi, je veux m'engager très clairement devant vous à ce que justement, les plateformes soient assujetties aux obligations de financement des oeuvres françaises et européennes dès le 1er janvier 2021.
La directive SMA le permet et le ministre l'a dit, on va passer plus vite, plus en force. Vous l'avez demandé tout à l'heure et je m'y engage, à ce que cette directive SMA soit transposée avant la fin de l'année. Je souhaite que le ministre avec le CNC puissent constituer une task force de négociation pour agir très rapidement, régler tous les sujets qu'il y avait encore en suspens pour qu'on puisse aller très vite et très fort là-dessus, parce que ce sera une contribution de ces plateformes à notre création, ce sera une protection aussi de notre écosystème.
On doit aussi, dans cette période, réussir à protéger nos catalogues d'oeuvres cinématographiques françaises de toute la revente en quelque sorte à des acheteurs non européens. Ce modèle européen, il faut aussi le protéger dans ce modèle de création contemporain. C'est la directive SMA qui nous y aide beaucoup.
Ca va être tout l'arsenal qu'on a avec aussi le ministre de l'Economie et des Finances. Ca doit être la protection de nos catalogues. Et puis face à la concentration en cours au niveau mondial portée par des géants américains, chinois, l'échelle de notre riposte doit être vraiment industrielle et européenne.
Et là, je sais que la ministre du Travail, le ministre de l'Economie et des Finances, le ministre de la Culture sont très attachés à ce qu'on dise : "On doit vraiment structurer "ces filières, "réussir à rendre plus forte notre capacité à créer "et donc avoir aussi une approche, qui est pour une partie de ces familles de création, je dirais aussi économique." Il faut assumer la créativité qu'on a d'un côté et la capacité à structurer une force de frappe économique de ces industries culturelles et créatives auxquelles nous croyons. Il y a eu un très gros travail qui a été fait avec l'ensemble des métiers, justement, et de ces industries culturelles et créatives.
Et donc on doit assumer dans ce contexte au niveau européen aussi de peut-être mieux structurer les choses, renforcer encore les financements et aller de l'avant. Vous l'avez compris, moi, je suis prêt dans cette période à ce qu'on engage encore plus, y compris d'un point de vue budgétaire, et là, vous l'avez très bien dit, de toute façon, c'est le budget de la nation, donc il est toujours financé quelque part, mais parce que je pense que c'est une partie de notre réponse à la crise et qu'elle est vitale, morale, aussi économique, comme on le voit dans tous les secteurs, et donc il faut l'assumer. Mais je l'ai dit et ça contribue à la fois de la résilience et de la refondation, il faut qu'on arrive dans cette période, et c'est un peu cette idée de pacte que je vous propose et de confiance pour qu'on arrive à enfourcher ce fameux tigre tous ensemble...
C'est que moi aussi, j'attends beaucoup du monde culturel. Au fond, dans cette période qui commence, et c'est pour ça que je n'aime pas cette idée d'année blanche parce que ce serait l'idée d'une année qui ne fait rien, je reprends le principe pour que ce soit clair pour tout le monde et que ça rassure les intermittents, j'ai adoré l'idée tout à l'heure, je ne sais plus qui l'a dit, d'année bleue ou d'année rose. Je ne sais pas si c'était une référence à Picasso.
Mais au fond, moi, je fais confiance à tous les intermittents, et il se trouve que moi, j'ai besoin de gens qui savent faire des choses, inventer pour nos jeunes. Et je vous livre le problème tel qu'on va l'avoir dans la vie de la nation. Nous avons des écoles qu'on va progressivement rouvrir et on va organiser le temps de l'école totalement différemment dans les semaines qui viennent.
C'est maintenant. Je ne vois pas un truc pour l'année prochaine. Et on va devoir mettre du sport, de la culture à l'école.
On va avoir besoin d'intermittents, de créateurs, d'artistes, de très grands artistes d'ailleurs qui ne sont pas intermittents et d'intermittents qui sont créatifs. Et c'est partout en France et c'est maintenant. Et donc moi, si vous êtes d'accord, j'aimerais qu'on active entre les ministères cette plateforme très concrète, mais où des intermittents à qui on vient de donner...
On dit : "Voilà, on vous donne." Mais s'ils sont prêts à s'engager là-dessus, mais peut-être qu'ils feront leurs heures d'ailleurs par ce biais. Mais on en a besoin, et c'est un engagement de l'Etat avec les villes.
C'est du temps périscolaire, mais qui sera payé par l'Etat avec l'Education nationale parce qu'on a besoin de s'occuper de nos jeunes, en particulier dans les milieux les plus modestes, dont les familles ne peuvent pas être là pendant ce temps de reprise scolaire. C'est maintenant. Et donc ce qu'on avait commencé avec l'Education artistique et culturelle, qui était déjà un vrai début de révolution...
On avait remis beaucoup plus d'éducation artistique et culturelle, cette rentrée en musique, les lectures...
Utilisons cette période où l'école ne se rouvre pas pareil pour faire une révolution de l'accès à la culture et à l'art. Et moi, je dois le dire, j'ai entendu vos messages. On est des créatures sociales, on a besoin...
Norah, ce qu'elle a dit, c'était très émouvant. Et donc moi chiche, on a besoin de vous à l'école. Ce sera des petits groupes de 10 enfants.
Mais si vous êtes prêts à donner 1 ou 2 après-midi par semaine, on va le structurer et trouver les bonnes façons administratives. Moi, je m'en fiche, je suis pas le pro des formulaires et ça m'intéresse pas, mais on va trouver les moyens de les comptabiliser. Mais on a besoin de ce souffle et d'aider nos enfants, et en même temps, de redonner une raison de vivre à des tas de femmes et d'hommes dans notre pays qui portent la culture, qui y croient, qui en ont besoin.
Et quand je dis des femmes et des hommes, qu'ils soient artistes, qu'ils soient techniciens ou autres. Ce moment jusqu'à juillet est essentiel. Ensuite, on va devoir sans doute réinventer notre été dans la vie de la nation.
On va devoir réinventer un été différent peut-être d'autres formes de colonies de vacances qui sont à repenser. J'ai voulu dire très simplement, on a des millions d'enfants, de jeunes, d'ados qui ne pourront pas partir loin en vacances, qui d'ailleurs souvent quand ils étaient issus de l'immigration, venant de familles binationales, avaient pour habitude de partir pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois au pays, et qui ne pourront pas le faire, souvent dans les quartiers les plus pauvres, dans nos banlieues, dans d'autres quartiers de la République. On leur a déjà demandé un effort énorme avec ce confinement.
Ils pourront parfois pas retrouver cette forme de respiration, et de tout façon pour toute la nation, on ne pourra pas vivre ses vacances comme d'habitude. On doit en faire un été apprenant et culturel. Et donc là aussi, on ne pourra pas faire les festivals, on le sait bien, les grands festivals, on a d'ailleurs donné le confort pour les annuler.
Mais rien ne nous interdit d'inventer autre chose dans des formes plus petites avec pas de public ou moins de public, avec des groupes différents, mais avec des jeunes qui pourront venir...
Je veux dire, rien n'empêchera à mon avis, sauf si vraiment ça repart complètement, et ça, on le saura début juin. Mais Stanislas le disait, moi, je suis prêt, et on doit l'accompagner dans sa vocation, mais c'est vrai pour d'autres compagnies, à dire, cet été, il a réfléchi à ça manifestement, mais on vous accompagne évidemment financièrement pour pouvoir le faire, mais pour qu'on ait des jeunes du Neuhof, par exemple, qui puissent venir par 15 assister à une répétition. On va changer leur vie si on arrive à faire ça.
Il y a des tas de trucs que vous avez déjà faits le reste de l'année, j'aime pas ce mot de structurer, mais on doit collectivement organiser partout sur le territoire cette forme d'impulsion, où on donne la possibilité aux artistes, à leurs équipes d'inventer différemment cet été aussi apprenant et culturel. Et nous, on sera là en accompagnement parce que tout ce que j'ai dit pour protéger va permettre aux artistes de le faire sans se poser la question du modèle économique ou autre puisqu'on aura donné cette visibilité. C'est l'engagement que j'ai pris.
Mais on doit en faire une opportunité extraordinaire de chantier de création durant tout cet été. La 3e chose que j'attends de nous, après justement l'éducation artistique et culturelle, cet été qu'on doit inventer, Franck l'a dit, je veux qu'on lance un grand programme de commandes publiques. Que ce soit d'ailleurs pour les métiers d'art, le spectacle vivant, la littérature, les arts plastiques, enfin l'ensemble des familles ici représentées...
Et moi, je pense en particulier aux jeunes créateurs de moins de 30 ans, parce que vous l'avez très bien dit, quand on est une structure solide, un festival installé, un artiste qui a réussi, on peut se sortir de cette période, on a ces dispositifs. Mais le défi, c'est quand on est un jeune qui sort du conservatoire, qui sort de l'école, qui est en train de démarrer. Et donc moi, je pense qu'il faut qu'on arrive à lancer un grand programme de commandes publiques.
Alors on doit l'inventer, il faut l'inventer avec vous. Il faut l'inventer avec les artistes dans ses critères, sa manière de le penser, mais qu'on mette le paquet et qu'on invente un grand programme de commandes publiques pour les jeunes artistes qui permettra justement de développer très fortement les choses. L'autre point, c'est qu'on doit inventer une saison hors normes.
Je le disais, je ne sais pas comment est la saison qui est à venir, mais on doit collectivement l'inventer, la penser et peut-être la penser, surtout si on n'a pas des contraintes en termes de public, en renouvelant les publics. C'est-à-dire qu'on doit essayer, s'il y a moins de monde, peut-être qu'il faut essayer d'aller chercher les gens qui ne viennent jamais, et de leur proposer, justement, pour les salles qui auront ces contraintes...
Et ça, vous savez infiniment mieux que moi le faire. On doit vous donner cette liberté, cette capacité à le faire vous, collectivement. Mais je pense qu'on doit en faire une opportunité peut-être de fracturer les choses et faire de la limitation des jauges, au fond, une capacité à inventer de nouveaux rapports.
Ca a été très bien dit tout à l'heure dans l'échange pour aller chercher d'autres mondes. Et au fond, et c'est là où il y a une continuité entre la crise dans son urgence, l'état de résilience et la refondation, on voit bien qu'on doit utiliser le fait d'être artiste en France pour inventer et améliorer encore ce qu'est cette capacité à penser et à faire vivre la culture dans notre nation. C'est à la fois un défi qui nous est posé, on assume avec les ministres de porter ce cadre.
Mais je dois dire que ça doit être une opportunité du coup de penser et de porter des initiatives nouvelles. Et donc ce que je voudrais qu'on arrive à faire durant cet été, et pour moi, le point de rencontre doit être fin août, début septembre, c'est de penser ce temps de refondation. Le ministre a beaucoup travaillé, il a plein d'idées avec les échanges qu'il a eus ces dernières semaines.
Vous en avez aussi. On voit bien celles qui sont là. Là, on a tracé un cap pour les prochaines semaines, prochains mois, puisque j'ai essayé de vous dire comment moi, je voyais cette phase, ce que j'attends aussi de toute la famille culturelle dans les semaines à venir pour les jeunes, l'école, pour l'été et pour la reprise.
Mais si on veut penser plus large, on a besoin, au fond, de faire monter toutes les idées très concrètes, enfin d'utopies concrètes, de projets, d'idées...
Ce n'est pas un plan qu'on va mettre sur la table en quelque sorte maintenant. C'est plus comme ça que ça se fait. Ce que je voudrais qu'on lance collectivement là maintenant, c'est tout ce qu'on voudrait transformer, faire, réinventer de notre culture et des formes d'art et d'expression artistique dans notre pays.
Je sais pas si on doit parler d'un plan parce que c'est pas quelque chose qui vient du haut, c'est au fond une ambition partagée, mais une volonté très concrète de consolider ce qui est formidable et qui démontre son énergie, de réinventer des choses qui ne fonctionnaient plus, d'en inventer de nouvelles et au fond de refonder véritablement une ambition culturelle pour le pays. Et moi, je voudrais qu'on utilise au-delà ce que je vous ai déjà demandé en actions concrètes, cet été pour faire remonter ces idées, ces initiatives, ces utopies concrètes, et qu'à la fin de l'été, on ait un point de rencontre qui permette de porter cette ambition. La nation en a besoin, j'en suis profondément convaincu, et nos concitoyens ont tous besoin de cela et c'est très concret.
Et donc j'assume ce grand écart entre une forme d'idéalisme qui peut paraître naïf, mais que je crois résolu, et une forme de pragmatisme de la réponse économique et sociale. Je repensais, et je l'évoquais avec quelques-uns l'autre jour aux phrases que Simon Leys avait sur Robinson Crusoé. Il est parfois évoqué en disant que les vrais idéalistes sont des grands pragmatiques.
Le jour d'après, il doit nous faire penser, et on le pense déjà, notre vulnérabilité, etc. Simon Leys, il a cette formule, il dit : "Quand Robinson part, il part pas avec des grandes idées "de poésies ou de récits, il va dans la cale chercher "ce qui va lui permettre de survivre : du fromage, du jambon. Des choses très concrètes." C'est l'aspect confiance que j'ai dit pour pouvoir ensuite inventer quelque chose et créer.
Il y a dans l'enseignement de Robinson quelque chose de ce qu'on vit. Robinson, quand le naufrage est là, il ne se prend pas les mains dans la tête en essayant de faire une grande théorie du naufrage. Sinon d'ailleurs, nous n'aurions jamais écrit le récit de ses miracles.
Il prend d'abord du jambon et du fromage, mais il a en lui cette capacité à réinventer une histoire unique. Je crois qu'on a ça. Donc je ne suis pas tellement un théoricien du drame.
C'est très dur, ce qu'on vit. Il y a évidemment, je l'ai dit, chacun a ses mots, une forme d'ébranlement, de doute, de chose terrible. Mais on a en nous une forme de résilience et de capacité à se réinventer.
On doit se l'offrir à nous-mêmes. Et donc il y a à la fois ce grand pragmatisme et cet idéalisme. Voilà ce que je voulais vous dire en conclusion de notre échange.
Je voulais vous remercier infiniment d'abord d'avoir préparé cette discussion et d'avoir accepté d'échanger. Elle vous appartient maintenant sur ce que vous avez dit vous. Ca vous appartient dans ce que vous voulez en dire à l'extérieur et je vous le laisse.
Et si vous voulez le rendre public, on l'assumera. Ce que je dis là est public. Et le ministre ensuite fera un point très détaillé de tout ce qu'on va lancer et les ministres aussi.
Ce que je vous propose, c'est qu'on puisse avoir un temps de rendez-vous là dans quelques semaines, un peu au début de l'été, parce que ce que je vous ai invité à faire, le petit groupe improvisé qu'on a fait, poursuivons-le parce que c'est quelque chose qui est non institutionnel. Il y a un énorme travail qui est fait avec l'ensemble de vos représentants. Moi, je pense aussi aux métiers d'arts, au monde du patrimoine, à beaucoup de familles qui n'étaient pas forcément autour de la table aujourd'hui avec lesquelles on travaille, et je ferai d'autres rencontres.
Mais cet échange, poursuivons-le, ayons un point de rendez-vous au début de l'été. Mais agissons dès maintenant et pensons l'après. Voilà, je ne serai pas plus long.
Merci infiniment. Et courage. -Merci.
Emmanuel Macron