Génocide des Tutsis au Rwanda: "Beaucoup [de responsables] échapperont à la justice", selon Alain Gauthier
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:36OuverteRéponse directe
À quelques heures de l'ouverture de ce procès, que ressentez-vous ?
- 1:09OuverteRéponse directe
Que lui est-il reproché exactement ?
- 1:55OuverteRéponse partielle
Donneur d'ordre, mais aussi meurtrier lui-même ?
- 2:16OuverteRéponse directe
Et que dit-il aujourd'hui ? Quelle est sa défense ?
- 2:56OuverteRéponse directe
Et il y a combien de plaintes qui ont été déposées en France contre des potentiels génocidaires ?
- 3:18OuverteRéponse directe
Et d'après vous, il y a combien potentiellement de génocidaires cachés en France ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:21Invité politiqueFait
« M. Atégekimana, qui s'appelle Manier, puisqu'il a été naturalisé français, était un gendarme de la brigade de Nianza, dans le sud du Rwanda. »
- 2:04Invité politiqueFait
« Il y a un cas ou l'autre où, effectivement, certains témoins l'accusent d'avoir tué lui-même, en particulier un bourgmestre, M. Niaga Saza. »
- 3:01Invité politiqueChiffre
« Alors nous, depuis 2001, nous avons déposé une bonne trentaine de plaintes qui sont toutes à l'instruction. »
- 3:09Invité politiqueChiffre
« Les juges ont déjà décrété des non-lieux, 4 ou 5 non-lieux. »
- 3:25Invité politiqueChiffre
« Mais souvent, moi j'évoque une centaine de personnes, peut-être plus. »
- 3:31Invité politiqueFait
« Beaucoup échapperont à la justice, bien évidemment, puisque le temps passe et ça devient compliqué. »
- 3:41Invité politiqueFait
« Un nombre important de témoins sont décédés. »
- 4:22Invité politiqueFait
« Mais je pense qu'en France, oui, la France a accueilli un nombre important. »
- 6:39Invité politiqueFait
« Depuis 2001, nous sommes la seule association à avoir déposé des plaintes. »
- 6:59Invité politiqueChiffre
« Le premier procès n'a eu lieu qu'en 2014. »
- 7:16Invité politiqueFait
« Il y a très peu de juges d'instruction qui travaillent sur ces dossiers. »
- 7:28Invité politiqueFait
« Mais beaucoup, d'ici là, ne seront plus en vie. »
Temps de parole
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Il est 6h20, un homme poursuivi pour génocide et crimes contre l'humanité à partir d'aujourd'hui devant les Assises de Paris. Il est accusé d'avoir participé au massacre des Tutsis, plus de 800 000 morts en 1994. Il vit depuis plus de 25 ans en France. Bonjour Alain Gauthier. Bonjour. Vous serez sur le banc des partis civils avec votre collectif des partis civils pour le Rwanda. Ça fait plus de 20 ans que vous et votre femme, qui est rwanda, traquez les responsables de ce génocide. À quelques heures de l'ouverture de ce procès, que ressentez-vous ? Je vous pose la question, parce qu'il n'y en a pas eu beaucoup des procès, c'est seulement le cinquième en France.
Oui, effectivement. Pour nous, si vous voulez, c'est l'aboutissement d'une longue démarche. Parce que M. Atégekimana, que nous poursuivons en justice, nous avait été signalé il y a quelques années ici dans la région de Rennes. Et nous avons dû, comme nous le faisons dans chaque cas de génocide, nous avons dû nous rendre à plusieurs reprises au Rwanda pour aller enquêter, recueillir des témoignages, les donner à nos avocats et pouvoir déposer plainte.
Que lui est-il reproché exactement ?
Alors, M. Atégekimana, qui s'appelle Manier, puisqu'il a été naturalisé français, était un gendarme de la brigade de Nianza, dans le sud du Rwanda. Et il lui est reproché un nombre important de crimes, puisqu'on lui reproche d'avoir installé les barrières pour contrôler l'identité, enfin, disons, l'ethnie, entre parenthèses, des gens, des Tutsis en particulier, bien sûr. Il a participé à des tueries très importantes sur certaines collines, en faisant même intervenir ses gendarmes, puisqu'il était adjuge en chef, en faisant même installer des mortiers à certains endroits qui ont tiré sur les Tutsis qui étaient réfugiés au sommet des collines.
Donc, donneur d'ordre, mais aussi meurtrier lui-même ?
Alors ça, c'est compliqué de dire. Je pense qu'il n'y a pas de témoignage véritablement. Il y a un cas ou l'autre où, effectivement, certains témoins l'accusent d'avoir tué lui-même, en particulier un bourgmestre, M. Niaga Saza. Mais tout ça sera révélé au moment du procès.
Et que dit-il aujourd'hui ? Quelle est sa défense ?
Ah bien, comme toutes les personnes qu'on a jusqu'à maintenant déférées devant la cour d'assises, il nie absolument tout ce qui lui est reproché.
Il nie, et pourtant, il a fui son pays et s'est installé incognito en France.
Oui, ben écoutez, on a l'habitude de ce genre de personnages. Dès qu'ils arrivent en France, ils se refont une virginité. Ce sont de bons parents, de bons voisins, voire de bons chrétiens. Et ça trompe le monde. Si bien que lorsque nous, on révèle leur présence en France, c'est nous un petit peu qui passons pour des dénonciateurs un peu trop légers.
Et il y a combien de plaintes qui ont été déposées en France contre des potentiels génocidaires ?
Alors nous, depuis 2001, nous avons déposé une bonne trentaine de plaintes qui sont toutes à l'instruction. Les juges ont déjà décrété des non-lieux, 4 ou 5 non-lieux. Mais maintenant, beaucoup de plaintes sont toujours à l'instruction.
Et d'après vous, il y a combien potentiellement de génocidaires cachés en France ?
Alors c'est difficile à dire parce qu'on n'a pas de chiffres exacts. Mais souvent, moi j'évoque une centaine de personnes, peut-être plus. Beaucoup échapperont à la justice, bien évidemment, puisque le temps passe et ça devient compliqué.
C'est compliqué d'avoir des témoignages, c'est ça ?
Bien sûr, ça devient compliqué d'avoir des témoignages. Un nombre important de témoins sont décédés. D'autres ne veulent plus parler. Ceux qui sont décédés, je vais donner l'exemple tout de suite. Et je voudrais rendre hommage à un ami, Damien Rueguera, qui devait témoigner vendredi matin aux Assises. Et qui est décédé brutalement hier soir. Donc je voudrais m'associer à la douleur de sa famille et de ses amis.
Est-ce que la France est le pays qui a accueilli le plus de génocidaires potentiels ?
Alors je pense que la Belgique en a peut-être plus, vu les raisons historiques de la présence des Belges au Rwanda. Mais je pense qu'en France, oui, la France a accueilli un nombre important. Pourquoi ? Alors je pense qu'un certain nombre d'entre eux avaient déjà pas mal de liens avec la France. Soit ils y avaient fait des études, soit ils y avaient des amis. Et puis peut-être qu'ils ont pensé que, comme ils le disent souvent, ils sont dans un pays des droits de l'homme. Et donc ils pensent vivre ici et continuer à vivre ici en toute impunité.
Et bien justement, l'homme qui va être jugé à partir d'aujourd'hui, Philippe Ategué-Quimana, qui aujourd'hui s'appelle Philippe Magné. Il a vécu une vie totalement normale pendant 20 ans, avant que vous retrouviez sa trace ?
Oui, absolument. Nous, on nous a signalé sa présence dans la région de Rennes, il y a quelques années.
Il avait refait sa vie ?
Il avait refait sa vie, il travaillait à l'université, il assurait la sécurité à l'université de Rennes 2. Et effectivement, personne ne soupçonnait, si ce n'est les étudiants rwandais, Tutsis, qui l'ont côtoyé et qui continuaient à harceler un petit peu à l'université.
Vous dites que vous faites ce travail depuis 20 ans, maintenant plus de 20 ans. Dans une optique de réconciliation, de justice évidemment, pour lutter contre l'impunité, qu'il n'y a pas de haine ni de vengeance. Et vous dites aussi, j'ai vu ça dans une interview, ça m'intéresse d'avoir cette explication, que c'est pour empêcher le négationnisme. Aujourd'hui, il y a des gens qui disent que ça n'a pas existé ?
Oui, il y a des gens soit qui disent que ça n'a pas existé, soit qu'il y a eu un double génocide pendant longtemps, cette notion. En disant, oui, il y a eu un génocide des Tutsis, mais en revanche, il y a eu d'un autre côté un génocide des Hutus de la part des Tutsis. Voilà, c'est cette idéologie-là que nous combattons. Et je pense que la justice, qui ne permet pas de donner toute la vérité sur ce qui s'est passé, mais à la fin d'un procès, il va y avoir un verdict, et va émerger ce qu'on appelle une vérité judiciaire. Et cette vérité judiciaire, elle est décrétée, si vous voulez, à partir du témoignage de beaucoup de gens.
Ça permet aussi d'écrire l'histoire du génocide à Nyanza, et en plus grand, l'histoire du génocide au Rwanda. Et c'est une façon, effectivement, de lutter. Le génocide des Tutsis a bien eu lieu.
Et à part vous qui enquête, est-ce que vous avez du soutien ?
Alors, depuis 2001, nous sommes la seule association à avoir déposé des plaintes. Ceci dit, nous avons à nos côtés, il y a d'autres associations qui, lorsque les plaintes sont déposées, s'engagent à nos côtés.
Mais la justice ?
La justice en France ? Non, la justice en France ne nous a jamais véritablement soutenus. Nous n'avons cessé, nous, de dénoncer ces lenteurs de la justice. Le premier procès n'a eu lieu qu'en 2014. Donc, pendant 20 ans, pratiquement rien ne s'est fait. Cette lenteur est préjudiciable à la vérité. Non seulement la lenteur, mais également le manque de moyens. Vous savez, il y a très peu de juges d'instruction qui travaillent sur ces dossiers. Je pense qu'il faudra encore plus de 20 ans pour arriver à juger tous les gens contre lesquels nous avons déposé plainte. Mais beaucoup, d'ici là, ne seront plus en vie.
Et d'où l'importance de ce procès qui s'ouvre aujourd'hui et qui va durer jusqu'à la fin du mois de juin, procès auquel vous allez participer tous les jours en tant que partie civile. Merci beaucoup Alain Gauthier d'être venu ce matin sur France Inter.
Merci à vous.