#RSE - (Discours) Bruno Le Maire, au lancement du Cercle de Giverny
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 20 %Défensif 5 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:51Invité politiqueFait
« Nous l'avons fait, et je le revendique, sur une base qui est facultative. »
- 6:08Invité politiqueChiffre
« Ça n'est pas normal, ça n'est pas décent qu'il touche 250 ou 300 fois plus que ses salariés. »
Temps de parole
- Bruno Le Maire100 %
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J'aurai un grand plaisir à venir à la prochaine édition de ces rendez-vous de Giverny. Et je peux déjà vous annoncer, puisque Romain vous a fait des annonces, que nous sommes décidés à placer ces rendez-vous annuels de la responsabilité sociale des entreprises et les actes qui en résultent sous le haut patronage du ministère de l'Économie et des Finances. Pas simplement parce que Romain Mouton est un garçon exceptionnel, pas simplement parce que c'est dans l'heure, M. le Préfet, pas simplement parce que je vois ici beaucoup de visages amis, mais tout simplement parce que je crois profondément dans la nécessité de donner du sens aux entreprises et du sens à l'activité des entreprises.
La responsabilité sociale des entreprises, je vous fais une confession, je n'aime pas trop ce terme. Parce qu'en fait, je crois que c'est beaucoup plus profond que cela. Je pense que n'importe quel jeune qui rentre dans une entreprise, aujourd'hui, la première chose qu'il regarde, c'est ce que mon activité, toute la journée, quand je vais arriver au bureau, quand je vais travailler, va avoir du sens. J'ai reçu un patron d'une très grande entreprise il y a quelques instants, ce qui explique sans l'excuser mon retard.
Il me disait qu'il voyait venir chez lui, je ne lui donnerai pas de nom, je vous rassure tout de suite, un certain nombre de salariés d'une entreprise concurrente qui viennent chez lui parce qu'ils trouvent tout simplement que leur entreprise d'origine a perdu son sens, a perdu ses valeurs. Ils ne viennent pas chez le concurrent parce que c'est mieux payé, parce que c'est mieux rémunéré. Ils viennent parce qu'ils trouvent que leur activité a perdu du sens. Donc on rejoint dans cette question de la RSE l'intérêt des entreprises et l'intérêt des salariés.
– et c'est une des convictions fortes que je porte comme ministre de l'Économie – il faut arrêter de séparer intérêt des entreprises et intérêt des salariés. Les deux vont ensemble. C'est une même aventure. C'est une même communauté humaine. Et quand je me bats avec la même détermination pour que l'intéressement, ce ne soit pas pour quelques salariés, mais pour tous les salariés, c'est exactement la même logique. Il faut que les salariés soient associés aux résultats des entreprises. Les entreprises marchent. Les salariés doivent pouvoir en toucher les bénéfices.
Je vois ici beaucoup de visages amis, beaucoup de visages responsables qui, je le sais, ont à cœur de réfléchir sur cette question. Je sais que François Sarkozy l'a réfléchi dans le secteur de la santé sur le sens qu'on pouvait donner. Je sais que Paul Guyot, dans le luxe, même dans le luxe, même dans le vêtement, Tering a été pionnier sur ce sujet et a réfléchi à sa responsabilité sociale. On a appris à cette occasion que, ce que je pense que tout le monde ignorait, l'industrie du textile était une industrie particulièrement polluante, qu'il fallait y apporter des réponses.
Et Kering, je pense que c'est l'honneur du luxe français, d'avoir porté le premier, cette idée d'avoir un luxe qui soit durable, qui fasse attention à l'origine de ces matières, au traitement de ces matières, pour éviter l'impact sur l'environnement. À d'autres entreprises pour lesquelles trouver le sens de son activité est plus simple, je le dis pour mon ami Stéphane Layani, parce que quand on dirige Rungis, évidemment, là, on voit tout de suite quel peut être le sens de son activité. C'est la bonne bouffe. D'ailleurs, tu me dois un dîner, je te le rappelle, à cette occasion. Ce serait bien que tu honores ton invitation. Et ce sera avec un immense plaisir. Voilà.
C'est la responsabilité sociale du ministre de l'Économie et des Finances qui a besoin de bien dîner pour être en forme. Donc c'est un sujet absolument majeur auquel je crois profondément. Nous lui avons donné une traduction législative. Et pas n'importe laquelle, puisque nous avons modifié le Code Napoléon, ce qui n'était pas arrivé depuis des années. Nous l'avons fait, et je le revendique, sur une base qui est facultative. C'est-à-dire que les entreprises sont libres de se doter ou non d'une raison d'être. Moi, je ne crois pas à l'obligation, et je crois fortement que l'incitation, l'exemple sont toujours ce qui marche le mieux.
C'est vrai pour l'éducation, c'est vrai aussi pour l'économie. Mais je vois un mouvement de fond qui est en train de s'amorcer, qui doit mettre la France en tête des pays européens qui se dotent de raison d'être, qui doit montrer que nous, avec cette raison d'être, avec cette responsabilité sociale des entreprises, « Nous construisons ce nouveau capitalisme auquel aspirent des millions de nos compatriotes et des dizaines de millions de citoyens européens ». Donc je voudrais juste inscrire ça dans une ambition beaucoup plus vaste. Il y a plusieurs modèles économiques qui sont en train de se développer dans la planète. Il y en a au moins trois.
Il y a le modèle américain, qui n'est pas le nôtre. Un modèle américain, économique, qui a décidé sciemment, en sortant des accords de Paris, d'épuiser la planète. Ce modèle-là est suicidaire à long terme. Et il créera de la révolte. Il ne sera pas simplement suicidaire sur le plan économique. Il créera de la révolte à travers la planète. Il y a un autre modèle qui n'est pas le nôtre non plus, qui est le capitalisme d'État chinois, qui est de plus en plus d'États et toujours un petit peu moins capitalistes. Mais quand on voit la manière dont se multiplient les entreprises d'État, le président Xi Jinping a là-dessus des propos qui sont extrêmement clairs.
C'est-à-dire qu'il croit effectivement à un capitalisme décidé, choisi, construit par le Parti communiste chinois. Ce n'est évidemment pas notre modèle. Le jour où ça le sera, c'est qu'on sera parti très très loin de notre culture et de notre histoire. Et puis il y a ce que j'appelle le capitalisme responsable. C'est le capitalisme européen. C'est un capitalisme qui est ambitieux, qui croit aux nouvelles technologies, qui investit dans l'avenir, qui croit profondément à ses capacités de succès, de réussite, mais qui fait attention aux inégalités salariales.
C'est normal qu'un chef d'entreprise qui a des responsabilités plus lourdes ait une meilleure rémunération que la moyenne de ses salariés. Ça n'est pas normal, ça n'est pas décent qu'il touche 250 ou 300 fois plus que ses salariés. Et ce n'est pas normal non plus que certains s'augmentent de 15% quand ils ont décidé de geler les salaires de leurs salariés. C'est ce que j'appelle le capitalisme responsable. Le capitalisme responsable, c'est celui qui fait attention à l'égalité entre les femmes et les hommes. Et c'est un combat auquel je crois profondément. On doit aller encore plus loin sur l'égalité entre les femmes et les hommes. On peut faire encore mieux.
C'est un combat que la France doit livrer. Et c'est un combat qui se livre sur le plan économique et qui se livre sur le plan culturel. Et croyez-moi, quand on commence à renoncer sur le plan culturel, on renonce aussi sur le plan économique. Capitalisme responsable, c'est évidemment un capitalisme qui fait attention aux ressources de la planète et qui cherche des solutions nouvelles. Prenez l'industrie automobile. Voilà un secteur dans lequel l'Europe peut montrer qu'elle croit ce capitalisme responsable en ayant les meilleurs véhicules électriques, les meilleurs véhicules hydrogènes, le plus vite possible. Alors oui, les transitions vont être difficiles.
Oui, les transitions vont être brutales pour certains, parce que passer d'un modèle à un autre, ça n'est jamais simple. Et notre responsabilité est de les accompagner. Mais ce capitalisme responsable, c'est ce qui fera la force de l'Europe demain. C'est ce qui fera l'unité de la nation française. C'est ce qui fera l'unité des pays européens. Et c'est ce qui permettra de trouver notre place dans la planète. Toutes les victoires sont toujours des victoires idéologiques. Vous avez une Chine qui a une stratégie claire. Vous avez des États-Unis qui ont une stratégie claire. Ils ne veulent pas de l'Europe. Ils veulent l'affaiblir. Et ils veulent continuer à dominer la planète. C'est leur droit.
Mais nous, notre responsabilité, c'est entre ces deux forces-là, d'en construire une autre. Et une autre qui soit bâtie sur des valeurs, sur le respect de la planète, sur la considération qu'on donne à chaque salarié, sur la lutte contre les inégalités et les injustices. C'est ça, ce capitalisme responsable que nous allons construire. Et je me félicite que Giverny, le forum de Giverny, participe à ces propositions-là, parce qu'on ne peut y arriver que si tout le monde est embarqué. C'est bien une chose à laquelle je ne crois plus depuis 15 ans que je fais de la politique. C'est les ordres qui viennent d'en haut et qui tombent en bas. Ce qui marche, c'est la conviction.
C'est la capacité d'emporter l'adhésion de chaque citoyen. C'est ça qui marche. C'est ça qui fait bouger une nation. Je crois qu'avec la RSE, on a le moyen de faire bouger une nation, on a le moyen de faire bouger la nation française. Vous y contribuez largement, et je voulais vous en remercier. Merci à tous.
Bruno Le Maire