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interviewBLAST (sur YouTube)· 29 juin 2023 11 min

EN MARCHE VERS UN RÉGIME AUTORITAIRE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

J'ai donc décidé de rendre recevable la proposition de loi sur l'abrogation de la réforme du recul de l'âge de la retraite à 64 ans. Toute la Macronie est vent debout contre vous désormais, ils vont même jusqu'à menacer votre poste. Sur ce plateau, j'ai toujours dit que M.

Macron était le meilleur allié de l'extrême droite. pas l'allié idéologique ni l'allié subjectif, mais l'allié objectif, c'est-à-dire que par ses mesures injustes, incomprises, obstinées depuis cinq ans, il fait, de fait, monter l'extrême droite. Je sais aussi que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi, non pour soutenir les idées que je porte, mais pour faire barrage à celles de l'extrême droite.

J'ai conscience que ce vote m'oblige pour les années à venir. D'après plusieurs articles récemment parus dans la presse, les macronistes veulent, à la rentrée prochaine, évincer député Insoumis Éric Coquerel de la présidence de la Commission des finances de l'Assemblée nationale. Car cet élu de la NUPES a commis le 30 mai dernier, explique-t-il, l'impardonnable faute de considérer comme recevable une proposition de loi visant l'abrogation du report de l'âge de départ en retraite à 64 ans.

J'ai donc décidé de rendre recevable la proposition de loi sur l'abrogation de la réforme du recul de l'âge de la retraite à 64 ans. Pour les représentants du parti présidentiel, en effet, ce texte était anti-constitutionnel. Ils accusent donc Eric Coquerel, qui ne partage pas cet avis, de ne pas respecter la constitution.

Bien évidemment, et comme toujours avec ces gens qui entretiennent un rapport extrêmement conflictuel avec la vérité, cette accusation est totalement fantaisiste. Car ce n'est bien sûr pas aux représentants de la majorité présidentielle qu'il revient de juger de la constitutionnalité d'un texte. Cette charge incombe au seul Conseil constitutionnel qui n'a pas été consulté sur cette proposition de loi, dont personne ne peut donc soutenir sans mentir qu'elle serait anti-constitutionnelle.

Mais ce bobard est bien commode car il permet aux macronistes, à travers Eric Coquerel, de s'en prendre frontalement à l'un des derniers contre-pouvoirs auxquels ils ne se sont pas encore attaqués, c'est-à-dire à la nouvelle Union populaire, écologiste et sociale, qui est, contrairement à ce qu'ils prétendent, la seule véritable opposition parlementaire avec laquelle ils doivent compter. Pour le comprendre, il faut d'abord remonter le temps jusqu'au 7 mai 2017. Ce jour-là, Emmanuel Macron est élu président de la République grâce aux voix de millions d'électeurs et d'électrices de gauche, qui n'adhéraient pas le moins du monde à son programme, mais qui ont tout de même voté pour lui parce que c'était le seul et unique moyen d'empêcher une victoire de Marine Le Pen, candidate d'extrême droite qui s'était elle aussi qualifiée pour le second tour.

Vous ne pouvez pas passer ! Je veux avoir un mot pour les français qui ont voté simplement pour défendre la République. Face à l'extrémisme, je serai fidèle à cet engagement pris.

Je protégerai la République. Immédiatement après sa victoire, le nouveau chef de l'État français prend un engagement solennel devant cet électorat qui lui a donc permis d'être élu et qui compte sur lui pour faire barrage à l'extrême droite. "Je ne vous oublierai pas", promet-il.

Il ajoute "je mettrai tout mon soin et toute mon énergie à être digne de votre confiance". Mais au lieu de tenir cette promesse, il va passer les cinq années suivantes à creuser un boulevard devant le Front National, devenu le Rassemblement National en 2018. Résultat, à l'élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen, qui cette Cette fois-ci encore sera finalement battue par Emmanuel Macron, se qualifie de nouveau pour le second tour, où elle récolte 2,6 millions de voix de plus que cinq ans plus tôt.

Puis, quelques semaines plus tard, le parti lepéniste remporte aux élections législatives du mois de juin 2022 une nouvelle victoire qui lui permet d'envoyer 88 députés à l'Assemblée nationale. La gauche, réunie au sein de la NUPES, remporte quant à elle 131 sièges. Les macronistes, qui ne disposent plus que d'une majorité relative à l'Assemblée nationale, se trouvent donc confrontés à ce moment-là à deux oppositions, une opposition de gauche et une opposition d'extrême droite.

C'est du moins l'histoire qu'ils racontent, mais là encore, la réalité des faits est assez différente de leur récit. Car nous venons d'avoir, un an, presque jour pour jour, après ces élections législatives de 2022, la confirmation que dans le monde réel, le Rassemblement national n'est pas du tout un parti d'opposition, mais qu'il se comporte au contraire en supplétif du macronisme. Comme l'a relevé Le Monde dans un très édifiant article paru samedi dernier et et passé trop inaperçu, le parti lepéniste est en effet depuis un an un soutien régulier du camp présidentiel dans l'hémicycle.

Plus précisément, les députés lepénistes votent en moyenne plus d'une fois sur deux en faveur des projets de loi ou des propositions de loi émanant du gouvernement ou de sa majorité relative à l'Assemblée nationale. Résultat, le parti présidentiel s'appuie beaucoup plus volontiers sur ce groupe d'extrême droite, auquel il a d'ailleurs offert deux vice-présidences de l'Assemblée, que sur la gauche qui, elle, se montre infiniment moins coopérative. Parfois même, explique le Monde, Aurore Bergé, cheffe de file des députés macronistes ou des ministres du gouvernement d'Elisabeth Borne, s'assure discrètement que les lepinistes les soutiendront en adressant des textos au député d'extrême droite Sébastien Chenu, qui est l'un des deux élus qui se sont vus offrir une vice-présidence de l'Assemblée nationale en 2022 et que Yaël Braun-Pivet, présidente macroniste de cette Assemblée, considère aujourd'hui, je cite comme un très bon vice-président.

Pour le dire beaucoup plus rapidement et beaucoup plus simplement, le chef de l'Etat qui avait promis de faire barrage à l'extrême droite, gouverne aujourd'hui avec le soutien actif de cette extrême droite. Sur ce plateau j'ai toujours dit que monsieur Macron était le meilleur allié de l'extrême droite, non pas l'allié idéologique ni l'allié subjectif, mais l'allié objectif, c'est à dire que par ses mesures injustes, incomprises, obstinées depuis cinq ans, il fait de fait monter l'extrême droite. Dans la réalité, le Rassemblement national n'est donc pas un parti d'opposition.

Et la seule véritable résistance parlementaire à laquelle se trouve confrontée la majorité présidentielle est celle que lui oppose la gauche, qui refuse, elle, de lui apporter son soutien. Cette gauche constitue donc, comme on le disait au début de cette chronique, l'un des derniers contre-pouvoirs auxquels les macronistes ne se sont pas encore attaqués frontalement. Depuis le début du nouveau quinquennat d'Emmanuel Macron, en effet, le chef de l'Etat et son gouvernement semble vouloir neutraliser un par un les contestataires qui osent encore questionner leur autorité.

En l'espace d'une seule petite année en effet ils ont littéralement bafoué le Parlement en imposant une réforme des retraites extraordinairement impopulaire à grands coups d'articles 44.3, 47.1 et 49.3 de cette constitution qu'ils prétendent défendre mais dont ils se sont en réalité servis pour empêcher que cette réforme engageant la vie de dizaines de millions de français fasse l'objet d'un vote à l'Assemblée nationale.

Les parlementaires votent, et c'est pour ça qu'il est extrêmement important d'avoir un vote et non pas un 49.3, et puis les manifestants manifestent. C'est parfaitement cohérent et logique et dans le respect des institutions de notre République.

Puis ils se sont attaqués aux millions de manifestants qui étaient descendus dans la rue pour dénoncer ce coup de force parlementaire. Mais aussi aux écologistes réunis à Sainte-Soline pour protester contre la construction d'une méga-bassine désastreuse pour l'environnement, en déchaînant contre ces rassemblements une violence policière qui a consterné le monde entier, et dont un groupe d'experts des Nations unies a considéré qu'elle était, je cite, "totalement disproportionnée". Puis, ils ont présenté les militants mobilisés contre ces violences policières et pour la protection de la planète comme des terroristes.

Une quarantaine de personnes fichées S à l'ultra-gauche ont été repérées dans cette manifestation avec des modes opératoires qui relèvent, je n'ai pas peur de le dire, de l'éco-terrorisme. Puis, ils se sont attaqués aux associations de défense des droits humains qui protestaient contre cette répression et contre ses discours, et sont allés jusqu'à menacer la Ligue des droits de l'Homme de la priver de ses subventions pour la punir de son effronterie. Puis ils se sont attaqués aux Soulèvements de la Terre, qui mobilise des foules énormes pour défendre notre planète contre les atteintes irréparables que lui inflige le capitalisme.

Puis ils se sont attaqués à l'association Anticor, qui lutte contre la corruption, et qui est associée à plusieurs procédures visant directement des proches ou des très proches, collaborateur d'Emmanuel Macron, ce président décidément porté sur la trahison de ses engagements, qui avait promis une République exemplaire, mais qui n'éprouve aucune difficulté à travailler par exemple avec des individus mis en examen pour prise illégale d'intérêt. Et désormais il s'attaque même aux simples citoyens, dont la seule faute est d'habiter dans des immeubles situés dans les rues où le chef de l'Etat français a prévu d'effectuer une promenade officielle, comme vient de nous le prouver le passage d'Emmanuel Macron à Marseille, où certains riverains avaient interdiction de quitter leurs immeubles gardés par des CRS avant la fin de la visite présidentielle. C'est évidemment dans ce contexte extraordinairement répressif, dans cette longue série d'attaques d'une violence inouïe contre la démocratie, qu'il faut resituer le nouveau projet des macronistes qui, après avoir offert deux vice-présidences de l'Assemblée à l'extrême droite, veulent aujourd'hui retirer à Eric Coquerel la présidence de la Commission des finances de cette même Assemblée.

En s'attaquant à un député pour le punir d'avoir simplement accepté la possibilité que la réforme des retraites fasse l'objet d'un vote parlementaire, le parti présidentiel veut adresser aux Français et à leurs représentants élus ce message d'une grande simplicité. Nous ne voulons voir qu'une seule tête. Cela porte un nom qu'il va bien falloir se décider à prononcer, c'est de l'autoritarisme.

On voit un président de la République qui continue avec un agenda très dur, un agenda assez libéral, mais qui aujourd'hui, parce que ce modèle est dans l'impasse, au fond, utilise l'autoritarisme comme moyen et le populisme comme discours. La République sera bientôt réorganisée pour une société fondée sur l'ordre et la sécurité. Ainsi s'éteint la liberté, sous une pluie d’applaudissements.

EN MARCHE VERS UN RÉGIME AUTORITAIRE — Éric Coquerel · Pourquijevote