Le mois de la République
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 25 %Défensif 5 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Locuteur 1Fait
« La déchéance du roi a été prononcée par le roi lui-même. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour, je tourne cette vidéo le 1er septembre de l'année 2020. J'ai voulu que ce soit le 1er septembre parce que septembre est le mois de la proclamation, à deux reprises, de la République en France. Et les circonstances de cette proclamation me paraissent être dans les deux cas, instructives pour mieux se préparer intellectuellement aux événements qui s'avancent devant nous.
Alors qu'est-ce qu'elles ont en commun, c'est deux-là ? La première c'est que, dans chacun des deux cas, c'est à dire en 1792 et en 1870, d'abord il y a la trahison des élites et du pouvoir. Capet, le roi Louis XVI s'est enfui à Varennes pour essayer de faire entrer en France les armées autrichiennes et il avait comploté sa sortie du territoire national avec son épouse qui était une autrichienne pour y revenir avec les armées de son beau frère.
Il a été arrêté en route par monsieur Drouet qui l'a reconnu et a permis son arrestation. Donc si vous voulez, la figure centrale de la monarchie, le roi lui-même, se comporte comme un traître. Alors évidemment comme d'habitude, tous les modérés avaient dit : "Ah mais non c'est une erreur, un malentendu, en fait il a été enlevé, c'est pas ce que vous croyez, et puis si jamais vous ne le laissez pas roi ça va être la catastrophe, et tout ça." Bref, pas de pot, avant de s'en aller Louis XVI avait laissé une lettre dans laquelle évidemment il expliquait qu'il ne croyait pas un mot de tout ce qu'on lui avait fait faire, qu'il ne croyait pas du tout à cette révolution, ni à cette assemblée nationale, ni à ses lois etc.
Il a bien fallu être mis devant le fait accompli et en quelque sorte la déchéance du roi a été prononcée par le roi lui-même. Mais les modérés des assemblées, les gens que l'activité populaire effrayait, évidemment ne savaient plus quoi faire pour se tirer de cette situation. Là-dessus nous sommes envahis, toute l'Europe pratiquement tombe sur le dos des Français parce que l'Europe de l'époque c'est la monarchie féodale, c'est des rois, des princes, des évêques qui dirigent des principautés et, évidemment, le peuple souverain en France, ça c'est insupportable pour eux et le mauvais exemple étant là il faut écraser les Français.
Donc ils envahissent la France et on a un Prussien particulièrement arrogant, un Allemand tout à fait dans le style de ceux qu'on a pu connaître à plusieurs reprises, qui dit : "si jamais vous faites quelque chose au roi nous massacrerons tout le monde à Paris" enfin bon, bref. Il suffisait de parler comme ça pour que ça déclenche une mobilisation populaire encore plus grande. Et donc à Valmy c'est l'armée populaire de ce régime, qui à ce moment-là n'a pas de nom, le roi n'y est plus, l'assemblée gouverne, c'est le peuple qui constitue l'armée, qui va sur les collines de Valmy tenir le choc face à une armée professionnelle et quand je dis "tenir le choc" c'est pas rien, parce que c'est six heures de bombardement ininterrompu, pour des gens qui, de leur vie n'avaient entendu un coup de canon, ni reçu un coup de fusil, ni n'en avaient tiré un.
Et ces gens magnifiques ont tenu pendant des heures, 6 heures en l'occurrence, sous la pluie, parce qu'il pleuvait sans arrêt, et ont fini par avoir le dernier mot sur l'armée professionnelle qu'ils affrontaient, et donc, la nouvelle arrivant à Paris, c'est évidemment une nouvelle extraordinaire parce que le pauvre peuple français dans sa diversité, son côté "pagaillous" a vaincu une armée professionnelle, il a vaincu l'armée de la vieille Europe. Et quand je dis le peuple dans sa diversité, il faut se figurer qu'ils n'étaient pas tous de la même religion, ne parlaient même pas la même langue, parce que les Provençaux parlaient le provençal, les Bretons qui étaient là parlaient le breton, d'aucuns parlaient le français de l'époque, donc c'est vraiment un élan du peuple français. Et qu'est-ce qu'il crie ce peuple à ce moment-là ?
Le mot d'ordre de ralliement pour tout le monde c'est "Vive la Nation". Vive la Nation, c'est pas du nationalisme ni du chauvinisme, c'est : "vive la communauté que représentent les Français unis", autour de quoi ? De quoi… de leur Assemblée nationale !
Et l'Assemblée nationale qu'est ce que c'est ? L'endroit où on produit la Loi. Et la loi s'applique à tout le monde puisqu'elle a été votée par les représentants de tout le monde.
Par conséquent quand il crie "Vive la Nation", il crie la Nation contre le Royaume, le bon plaisir d'un seul personnage, le roi. Et elle écrit la Loi. Et la loi c'est la volonté du peuple souverain, l'unité et l'indivisibilité de la France, c'est celles de son peuple, et l'unité et l'indivisibilité de son peuple c'est d'abord celles de la Loi.
Voilà comment les concepts s'enchaînent dans une conscience républicaine. Alors vous entendez souvent des gens venir bêler en cadence la République par ci, la République par là, mais, d'abord ils n'ont aucun mérite parce qu'ils passent leur temps à faire comme si la république était autre chose qu'un régime insurrectionnel. La république est toujours née d'une insurrection, toujours.
La 2ème République c'est l'insurrection de 1848, la 3ème République je vais en parler dans un instant, la 4ème c'est le peuple en armes qui sort de la deuxième Guerre mondiale et qui a à nouveau vaincu les Allemands, cette fois-ci ils étaient nazi, et la 5ème République eh bien c'est l'effondrement de l'empire colonial et l'insurrection qui va avec. Alors la première République est le résultat d'une insurrection populaire. La république n'est pas un régime neutre, ce n'est pas juste un mode d'emploi, c'est un régime qui a des principes et qui, au nom ces principes, fait vivre un régime politique particulier, la république, où le peuple est souverain, la Loi est une et indivisible, et les citoyens sont égaux en droits.
Et d'ailleurs c'est une république qui repose sur un texte non négociable, qu'on ne peut pas changer, qui est la reconnaissance des droits imprescriptibles de l'homme et du citoyen, c'est-à-dire les droits imprescriptibles de l'être humain parce qu'il est un être humain, parce que c'est une société de l'espèce particulière des humains, et deuxièmement du citoyen c'est-à-dire parce qu'on donne le pouvoir au peuple souverain. C'est donc un régime qui est une rupture absolue dans la longue et ténébreuse histoire de l'humanité si bien que le poète Goethe, ayant observé la bataille de Valmy puisqu'il s'y trouvait, avait dit : "De ce jour date l'ère moderne". L'ère moderne est née sur les collines de Valmy de la résistance du peuple à une invasion armée de gens qui prétendaient rétablir l'autorité d'un maître absolu, le roi.
Alors quand la nouvelle arrive, c'est un événement terrible, l'Assemblée nationale est réunie, le peuple est dans les tribunes et on apprend que la victoire est acquise, l'Allemand est battu et chassé, donc on a vaincu les armées de l'ancien régime. Alors aussitôt, dans la salle tout le monde crie "Vive la Nation, vive la Nation" et : fin de la royauté car la République n'a jamais été proclamée. On envoie à partir du lendemain des circulaires dans tout le pays pour dire aux gens ce qu'ils doivent faire, et elles sont marquées de "l'an 1 de la République".
Voilà comment ça s'est passé. La 3ème république, elle nait le 4 septembre 1870 et il y a beaucoup de similitudes. L'Allemand nous avaient envahis de nouveau et les armées conduites par Napoléon III ont été écrasées à Sedan, en présence de l'empereur qui est donc capturé.
Alors, similitude avec 1792, à nouveau ce sont des élites calamiteuses qui conduisent le pays au désastre, là il s'agit de Napoléon qui par un putsch avait interrompu la 2ème République née en 1848 et ce Napoléon III, évidemment une fois battu, pfuitt toute la légende s'effondre. La nouvelle arrive à Paris, plus vite que les Allemands, qui commencent à avancer dans le pays et quand on apprend la nouvelle les députés du corps législatif, c'est-à-dire ces gens qui étaient élus sous le régime de Napoléon III, bon c'est un régime qui interdisait les partis politiques, bref, quand même davantage une apparence de démocratie législative qu'une réalité, il y avait des candidats officiels bon… alors certes l'assemblée était un peu diverse mais ça n'a rien à voir avec une assemblée élue dans des conditions démocratiques. Alors le président de cette assemblée réunit l'assemblée et que se passe-t-il ?
Évidemment comme d'habitude, les modérés disent : "non mais attendez c'est un malentendu il faut pas s'énerver parce qu'il y a quand même un risque terrifiant de la révolution radicale jacobine". Enfin bon, le numéro habituel et, ce qu'ils n'ont pas prévu c'est que le peuple se rassemble et qu'il entoure l'Assemblée nationale, alors il veut entrer, on le laisse entrer dans les tribunes, on lui demande de rester calme, évidemment, et il ne le fait pas, il envahit l'hémicycle, donc le président lève la séance puisqu'il ne peut pas obtenir le calme, enfin on connaît les habitudes "quelle horreur ! le peuple envahit l'Assemblée nationale".
Léon Gambetta qui se trouve là, adjure les gens de se taire, de ne ni applaudir ni crier, il perd son temps mais bon, c'est Gambetta, c'est une figure respectée du républicanisme. Les républicains avaient commencé à se réorganiser d'une manière assez vigoureuse, il y avait Victor Hugo qui était en exil, qui lui, bon évidemment, encourageait, attisait le sentiment de résistance à Napoléon "le petit" comme il disait : "Napoléon le petit" ! Voilà.
Et, bon, le tumulte est tel dans l'assemblée que Léon Gambetta appelle le peuple qui se trouve là et dit : "allons à l'Hôtel de ville et proclamons la République". Donc ils vont à l'Hôtel de ville de Paris et ils proclament la République. Alors les républicains n'ont pas perdu un jour, donc aussitôt partout on s'est mis à fabriquer, à bricoler des symboles réclamant la république.
Personnellement j'ai acheté comme ça une plaque en fonte je l'ai achetée sur le marché de la commune de Laguépie, c'était pas donné, en fonte, c'est lourd mais bon, c'est : 4 septembre 1870, très heureux d'avoir ça à la maison, mais il faut quand même dire la vérité, la République a été proclamée à l'Hôtel de ville mais ça n'a pas de valeur constitutionnelle, mais donc vous voyez : deuxième fois c'est à nouveau une insurrection populaire qui va proclamer la république comme les deux fois précédentes, 1ère République : 1792 c'est l'insurrection des Français, la première grande révolution et c'est la victoire populaire de Valmy. 1848 c'est une insurrection contre le roi, à l'époque c'était Orléans, et puis là on est à la 3ème et c'est à nouveau une insurrection populaire qui va décider que c'est la république et que l'empire est terminé. Alors ça c'était la décision populaire alors pendant ce temps les Allemands avançaient et puis commence la discussion : qu'est ce qu'on fait ?
Enfin discussion, dans la panique, donc les bourgeois, une partie des bourgeois républicains disent : "oh la la, il faut que tout le monde se calme". Comme toujours, comme en 1792, toutes les cinq minutes "c'est ça y est, la révolution est finie". Ben là c'est pareil elle a peine commencé qu'il décidaient déjà qu'elle était finie, mais le peuple de Paris se soulève parce que les bourgeois ont signé une capitulation avec les Allemands donc, 1 : ils acceptent l'invasion de la France et la défaite.
Et 2 : ils acceptent l'occupation allemande à Paris et précisément le peuple ne veut pas que les Allemands rentrent dans Paris et donc il y a une mobilisation populaire qui va être d'abord une mobilisation contre l'entrée des Allemands dans Paris et puis qui va devenir une révolution sociale parce que Paris pour l'essentiel c'est le peuple ouvrier. Tous les importants, les belles personnes et tout ça, en voyant le peuple se soulever contre les Allemands prend peur en disant "ouh la la, le peuple de Paris, on connaît depuis la première révolution, ça va mal tourner". Y compris les intellectuels de gauche s'en vont parce que bon, "c'est horrible, c'est affreux, tout ce peuple, ces Gilets jaunes partout", enfin bref pardon il n'y a pas de Gilets jaunes à l'époque mais c'est à peu près le même état d'esprit de la part des autres, c'est la sainte trouille du peuple qui les a toujours animés.
Alors bon les intellectuels aussi s'en vont et ça va donner ce que vous connaissez c'est à dire "la Commune" et pour finir "la Semaine sanglante" c'est à dire la répression abominable, en une semaine on a fusillé, massacré 32000 parisiens et on en a déportés, emprisonnés des milliers et des milliers avant de les déporter en Nouvelle Calédonie, en Guyane et dans les autres lieux de déportation. C'est une vague terrifiante de répression qui a mis fin à l'insurrection populaire. Et la République là-dedans ?
Alors, deux choses, d'abord une figure, celle de Léon Gambetta. Gambetta appelle à la guerre à outrance et la résistance à outrance en disant : "la 1ère République a sauvé la France de l'invasion allemande, donc nous, on va sauver la France de cette invasion allemande". Et il va partir, il s'en va en ballon, il y a une image très forte de Léon Gambetta qui part pour organiser la résistance.
Au début ça fonctionne mais Léon Gambetta qui est admiré comme un grand orateur, comme une volonté inflexible de résistance républicaine, n'est pas à lui tout seul un stratège ni un technicien comme d'autres pouvaient l'être dans la première révolution, il y avait des hommes comme Lazare Carnot qui organisait les armées, bon, c'était un ingénieur, le matériel militaire français avait des moyens de supériorité ça se sait peu, mais notamment des armes, certaines formes de canon qui ont ensuite donné une puissance aux armées républicaines que les autres n'avaient pas. Enfin bref Gambetta n'est rien de tout ça, c'est un leader populaire, c'est un avocat et Léon Gambetta incarne le bruit et la fureur républicaine. Voilà, et sa figure est celle de la résistance, alors tout le monde admire son talent oratoire, les bourgeois dénoncent sa brutalité etc. enfin les trucs habituels.
Lui même est l'homme d'un programme politique radical mais au sens qui va à la racine des problèmes, c'est le manifeste de Belleville qui est le premier manifeste républicain sur lequel au fond toute la 3ème République va vivre ensuite, les forces radicales vont vivre jusqu'à la débâcle de 1940. Et que dit ce manifeste ? La liberté de la presse, l'impôt sur le revenu, l'abrogation des lois sécuritaires, c'est les aspects essentiels d'un changement de vision du monde.
L'impôt sur le revenu, inutile de vous dire que ça faisait hurler, c'était considéré comme un danger épouvantable et d'ailleurs la droite de l'époque ne s'y trompe pas. Alors bon, Gambetta, la résistance d'accord, je soulève mon chapeau mais le programme de Belleville pas question ! Et d'ailleurs il ne l'appliquerons pas il faudra l'imposer de force.
Et la république qu'est ce qu'elle devient dans tout ça ? D'un côté il y a eu la répression de la Commune et on parle souvent de la Commune de Paris mais des Communes y en a eu dans toute la France, dans toute la France partout, plus ou moins développées, plus ou moins importantes et évidemment dans toutes les villes de France où une commune insurrectionnelle s'était constituée, les préfets qui étaient ceux d e Napoléon III plus la droite qui avait une peur bleue de voir les gens s'emparer du pouvoir tombent d'accord pour, ville par ville, réprimer, renvoyer à la maison, arrêter les gens et faire en sorte que le soufflé retombe. On a donc connu un moment terrible dans toute la France pour nous.
Et évidemment les autres aboyaient en cadence "la révolution jacobine, la révolution radicale". Bon, les radicaux à l'époque c'est les insoumis de maintenant, c'est ceux qui n'acceptent pas l'invasion, c'est ceux qui n'acceptent pas le pouvoir du monarque, bref ! Il y a donc de grandes similitudes de tempérament et d'inspiration entre ces radicaux-là et nous aujourd'hui.
Mais alors, et la république que devient-elle, où est-elle ? Eh bien il n'y en a pas ! La proclamation à l'hôtel de ville, bon, ça ne compte pas.
Ils créent un pouvoir à partir de l'Assemblée législative qui a été constituée après des élections dans lesquelles, nous autres républicains, on est battus, les républicains sont battus, c'est les monarchistes qui sont majoritaires et ils comptent rétablir le roi. Alors à l'époque ça y allait, parce qu'on avait eu : la 1ère République, l'Empire, après l'Empire la Restauration Louis XVIII puis Charles X, et puis celui-là il s'est fait sortir, on a amené un autre roi, Orléans, puis la République, puis Napoléon III et là, ben il n'y a pas de nom. La République a été proclamée à l'Hôtel de ville et tout le monde fait semblant de croire que ça s'est passé comme ça, gentiment.
Non non non, c'est une insurrection et la suite de l'insurrection c'est la Commune et la Commune a été réprimée et le régime n'avait aucun nom, à aucun moment il n'y a un vote qui dit nous proclamons la république. Pourquoi ? Parce que, comme les monarchistes ont gagné et que nous avons perdu, eh bien ils veulent rétablir le roi.
Pas de pot, il y a un problème avec le roi, c'est Henry V, qui n'est pas un type trop malin, faut bien le dire, et Henri V, il ne veut pas entendre parler d'avoir le drapeau bleu-blanc-rouge. Alors ça peut vous paraître dérisoire, le drapeau blanc c'est le drapeau sans tache, dit-il, de la monarchie, mais en France à cette époque c'est pas possible, pas de drapeau bleu-blanc-rouge c'est pas possible, c'est le drapeau des armées victorieuses dans toute l'Europe, c'est le drapeau de l'Empire victorieux, c'est le drapeau de la République, la 1ère, bon et même Philippe d'Orléans il avait le drapeau bleu-blanc-rouge, donc personnes en France même la droite n'est d'accord pour dire écoutez… Et puis c'était une provocation énorme, ça revenait à provoquer je ne sais combien d'anciens combattants et puis un peuple qui était groupé autour de son symbole, tout le monde avait oublié d'où venaient les trois couleurs etc. peu importe.
Mais c'étaient celles de la patrie et des luttes révolutionnaires du peuple donc ils se sont dit : "bah on va attendre soit qu'il devienne plus raisonnable soit qu'il change d'avis, soit qu'il meurt. Donc il n'y a pas de proclamation officielle de la république à ce moment-là, c'est un régime provisoire. Alors il était provisoire et très tendu.
Et puis en 1875 on est déjà cinq ans après le défaite de Sedan, la Commune et tout ça, il faut bien quand même qu'il y ait des lois qui organisent les pouvoirs publics. Alors il y avait eu des lois de votées mais c'étaient de circonstance, il n'y a pas de constitution donc il y a un débat pour faire des lois qui organisent les pouvoirs publics. Alors le sénat, le pouvoir public, la police, pour des choses comme ça et les rapports entre les différents pouvoir, donc ça vote un coup comme-ci, un coup comme-ça, enfin bon c'est un débat parlementaire.
Et puis à un moment donné vient un débat sur la durée du mandat du Président. Alors c'est là qu'on décide, pour la première fois, que c'est sept ans, pourquoi sept ans ? Justement pour se donner du temps, ils se disaient : "bah le roi finira bien par arriver, par revenir à ce qu'on veut", et puis sept ans à l'époque ça paraissait, comme aujourd'hui, long mais à l'époque encore plus long.
On pensait que ça donnerait de la stabilité donc on décide qu'il y aura un président pour sept ans. Un président de quoi ? Ce n'est pas dit !
Alors quelqu'un propose un amendement après le mot "Président" : "de la République". Il y a un vote et, à une voix près, le président est "le Président de la République", de fait c'était déjà une république, il n'y avait pas de roi, il y avait un régime provisoire, mais il n'y a pas eu une proclamation de la république et la république est venue par amendement pour désigner le Président de cette chose qui avait lieu depuis 1870, "le Président de la République". Donc vous voyez l'importance, premièrement de la faillite des élites dans l'effondrement des régimes, deuxièmement du fait que seul le peuple et le peuple en insurrection, en révolution citoyenne, est capable de réorganiser les pouvoirs pour faire face à un désastre qui atteint toute la Nation, troisièmement que c'est à travers les processus constituants que s'instaurent les régimes en France et notamment le régime républicain.
Le régime républicain n'est donc jamais un régime neutre c'est un régime qui a un contenu, et d'ailleurs le contenu du régime qui est né en 1875, quand les monarchies vont finir par être battues, que les radicaux vont finir par gagner, va être un régime de renforcement permanent de l'unité et de l'indivisibilité de la République, c'est-à-dire du peuple français. Et sans doute la chose la plus remarquable c'est un point du programme de Belleville, que je n'ai pas cité tout à l'heure à dessein, qui va être la grande œuvre de la 3ème République, c'est les lois de 1905 de séparation des églises et de l'État. parce que, en séparant les églises de l'État, l'ultime raison d'oppositions internes du peuple français est surmontée, les institutions ne sont liées à aucune religion et la République, il est dit, ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne évidemment, aucun culte.
Alors qu'elle ne les reconnaît pas ne signifie pas qu'elle les méprise ou même qu'elle les combat, ça veut dire que c'est pas son sujet, la République ne s'exprime pas à propos de religion parce que la religion est une affaire personnelle, intime, parce qu'elles s'organisent à travers des églises particulières on va mettre le mot "église" pour désigner aussi bien les synagogues que les temples protestants ou que maintenant on dirait les mosquées comme les églises catholiques, ce n'est pas le sujet de la République. Les gens pratiquent librement leur religion et leur culte et la République ne s'en mêle pas ni de leur dit ce qu'ils doivent faire ou ne pas faire etc. La seule chose que fait la loi c'est qu'elle donne un cadre à ce qui est permis, c'est tout, mais pas à propos de religion, à propos d'autres choses, alors à certain moment on s'est demandé si on autorisait les processions dans les rues parce que ça créait du désordre, mais ce n'est pas à propos de la foi qu'on se prononçait, on se prononçait à propos de l'occupation de la voie publique, c'est pas pareil et c'est très important parce que ça veut dire que la République permet à tout le monde d'être français, de l'être totalement, de respecter les lois parce que ce sont des lois qui s'appliquent à tous et de la même manière.
Dès lors, l'esprit de la République doit être prolongé par nos œuvres d'une génération à l'autre, c'est ça l'esprit de la République. Alors on a connu dans un passé récent toutes sortes de sottises sur le sujet, le Président Macron qui disait que les relations entre la République et l'église avaient été abîmées, non, pas du tout, elle ne sont pas abîmées ni esquintées ni ce qu'on veut, elles n'existent pas, point. L'église catholique fait ce qu'elle a à faire en toute liberté et puis la République fait ce qu'elle a à faire voilà.
On a vu des trouvailles bizarres être proposées par exemple : François Hollande avait proposé dans un article dans le Monde de mettre dans la Constitution le concordat d'Alsace Moselle parce qu'en France il y a des territoires où ne s'applique pas la loi de 1905 de séparation des églises et de l'État, c'est le cas de l'Alsace Moselle pour la raison que l'Alsace Moselle a été rattachée à l'Allemagne puis rattachée et ramenée dans le giron de la République française où est sa place, et que quand elle est revenue, bon, on n'a pas touché à ce sujet-là, où que la Guyane est toujours sous le régime de Charles X, il y a donc pas de lois laïques là-bas. Naturellement nous les insoumis on veut élargir la laïcité à tous les départements et territoires français quel que soit leur statut juridique, mais j'ai dit que par exemple Hollande voulait étendre, mettre le concordat dans la constitution, il avait aussi inventé qu'en France il y aurait des négociations entre le patronat et les syndicats et que quand ils concluaient quelque chose ça avait force de loi. Ben non, ça c'est pas possible en république parce qu'en république c'est les députés qui votent la loi, c'est pas les corporations.
Donc c'est une idée bizarre qui heureusement ne s'est pas vraiment appliquée, jusqu'à monsieur Macron où ils avait commencé déjà avec la loi El Khomri à le dessiner mais monsieur Macron est le premier qui a décidé que dorénavant un accord dans l'entreprise était supérieur à un accord de branche qui était lui même supérieur à ce que contient la loi et peut dire autre chose. Et d'ailleurs dans un futur proche monsieur Macron à l'intention de violer l'esprit de la République à deux reprises, la première avec une loi dite de "différenciation" qui permettrait qu'il y ait des lois locales, donc au revoir et merci pour l'unité de la loi qui fonde l'unité du peuple français. Et puis une autre, je ne sais pas ce qu'il compte faire mais enfin il veut lutter paraît-il contre le séparatisme, c'est à dire qu'il a l'intention de s'en prendre aux musulmans, en le disant ou en ne le disant pas, et comme d'ailleurs beaucoup de factions politiques qui cultivent cette manière de montrer du doigt les musulmans qui aboutit à faire exploser le peuple français, ce n'est pas la première fois que ça a lieu.
La même histoire a eu lieu entre les catholiques et les juifs pendant je ne sais combien de centaines d'années, les juifs ont été montrés du doigt, maltraités, rabaissés, humiliés, violentés, tout ça était tout à fait légal. Et puis ensuite est arrivé la bataille entre catholiques et protestants, là aussi, alors on a tout essayé les massacres, les machins, jusqu'à ce qu'arrive l'Édit de Nantes juste pour faire la paix et toute cette histoire n'a été réglée définitivement qu'avec la loi de 1905. Donc c'est pas la première fois qu'une faction au pouvoir essaye d'utiliser la division religieuse pour la créer, c'est ça leur perversité, c'est qu'ils montrent du doigt des gens et ils créent la division qu'ensuite ils reprochent, exactement comme les racistes reprochent à ceux qui dénoncent le racisme d'être eux mêmes des partisans de la race, faut le faire, c'est un peu compliqué mais en matière de perversité il y a une imagination qui est débordante de ce côté-là.
Alors tout ça au mois de septembre en tout cas deux régimes républicains naissent d'une insurrection populaire, de la faillite des élites, de la trahison de la Nation sous la botte d'un accord avec l'étranger et dans les deux cas, ce sont les esprits rebelles, les insoumis qui sauvent la patrie et instaure le régime républicains Alors vous m'avez bien compris, je viens de citer les insoumis, je parle du tempérament, pas de l'étiquette politique Léon Gambetta était "radical" bon c'est une figure de l'insoumission à nos yeux. Le général de Gaulle qui s'en va tout seul et pense représenter la France à lui tout seul en 1940 et il a raison, bon c'est aussi un insoumis, clairement, dans ce moment-là, après c'est une autre paire de manches mais, dans ce moment là, c'est clair, mais pas au sens de l'étiquette politique, de l'état d'esprit, de la même manière les parlementaires qui décident que dorénavant c'est la république, eh bien eux aussi, ils se libèrent de la figure tutélaire du roi, ce sont des insoumis, au sens intellectuel, spirituel. Alors là je viens de vous faire un tableau héroïque à propos de la proclamation de deux républiques.
Voyons aussi et souvenons-nous en pour nous en servir pour nous-mêmes qu'elles ont eu des limites, des limites qui paraissaient évidentes aux personnes de l'époque. La 1ère république a dû se battre, beaucoup, pour que le suffrage soit universel c'est à dire qu'il ne soit pas lié aux revenus de ceux qui votent, parce qu'il y en avait qui avaient imaginé ça. Mais alors, il était universel mais ne l'était pas vraiment, parce que les femmes ne votaient pas, pourtant les femmes étaient présentes et organisées politiquement mais on ne leur a pas reconnu le droit de vote, je ne dis pas donné, reconnu.
Et donc ce régime, il n'est pas vraiment la république parce que la république c'est "res publica" : la chose commune, publique, qui appartient à tous, ben non, s'il n'y a pas les femmes l'unité et l'indivisibilité du peuple n'est pas réalisée donc il y avait là un sérieux problème, les partisans du vote féminin ont été très peu nombreux, les autres alors ça les dépassait et ça leur paraissait être une abomination, pour être franc, cette période est horriblement sexiste. La même faillite en 1875, il n'est toujours pas question du vote des femmes. Ça c'est la première limite insupportable.
La deuxième limite c'est qu'alors qu'on se réclame de la de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et que l'on proclame l'universalité de la condition humaine et du pouvoir dans le peuple, ben ouais, mais pas tout le monde, sous la 1ère République l'esclavage est aboli une première fois, après une discussion drôlement violente où, comme d'habitude, les mêmes venaient dire : "oh là là, attendez, bon oui d'accord, il y a un problème mais vous n'êtes pas sérieux économiquement c'est mortel, ça va être terrible si on abolit l'esclavage, vous n'avez pas de bon sens économique, le commerce du sucre est indispensable allons-nous devoir être obligés d'acheter du sucre aux Anglais, vous savez bien". Alors bla bla bla et finalement l'abolition a été votée parce que, pas seulement par gentillesse c'est pas le sujet, il y avait des gens qui étaient partisans de l'abolition depuis déjà un grand moment, mais surtout parce que les esclaves loin d'être les "créatures-objets" inertes étaient en rébellion partout et continuellement depuis le début de l'esclavage, mais là, à ce moment là en particulier, ils le sont avec une vigueur qui va donner naissance notamment à la république en Haïti. Alors bon on discute, puis moi j'estime que cette dispute est close par la magnifique phrase de Robespierre qui s'opposent aux esclavagistes qui lui disaient "vous allez ruiner l'économie" et lui répond : "périsse l'économie plutôt qu'un principe." voilà, la réponse est faite.
On pourrait être content mais comme l'empire a rétabli l'esclavage on n'est pas content du tout et il a fallu ensuite attendre encore de nombreuses années avant que de nouveau l'esclavage soit aboli et encore une fois parce qu'il y a mobilisation populaire, parce qu'il y a une immense tension politique parmi les esclaves qui sont en mouvement pour conquérir leur liberté. Donc l'abolition de l'esclavage n'a pas été octroyée comme, comment dire, une gentillesse de la part des maîtres, c'est le contraire et d'ailleurs, que ce soit dans le cas tout à l'heure que j'évoquais de la république d'Haïti, ou que ce soit l'abolition de l'esclavage qui va intervenir en 1848, eh bien, à chaque fois, il est prévu d'indemniser les propriétaires d'esclaves, cette indemnisation va avoir un sort plus ou moins rapide, mais savez vous que les remboursements d'Haïti pour les esclaves "libérés", ces remboursements, à votre avis, quand est-ce que ça a fini ? Vous ne savez pas ? 1982, du fait d'une décision de François Mitterrand donc, dans la situation dans laquelle on est ; c'est nous qui devons des sous aux malheureux d'Haïti de les contraindre à payer leur liberté.
Donc vous voyez, la question de l'égalité, ben elle vient, elle revient et tant qu'elle n'est pas réglée complètement, elle ne l'est pas du tout. Quant à la 3ème République c'est sous son autorité que s'est constitué l'empire colonial. Alors là aussi, il faut vous sachiez une chose : personne n'en a jamais discuté.
Les gens disent "regardez l'Algérie" eh ben oui, mais l'Algérie c'est pas la République qui l'a envahie, c'est les rois, et donc quand la République est proclamée elle est proclamée aussi pour les départements d'Algérie et, à chaque session parlementaire, il y a eu un parlementaire pour dire : "on s'en va, on n'a rien à faire en Algérie, on n'est pas chez nous on l'occupe de force etc." et, à chaque session parlementaire, il y avait une discussion (on l'envoyait balader) sur ce thème, mais les débats sont assez amusants parce qu'en réalité personne n'était vraiment contre le colonialisme là-dedans, c'était simplement de savoir si ça avait du sens de rester dans les colonies, alors qu'il fallait faire la guerre aux Allemands pour récupérer l'Alsace et la Lorraine, c'était à peu près le fond du sujet. Pour le reste, beaucoup d'entre eux étaient persuadés qu'ils faisaient une œuvre de civilisation, ce qui naturellement n'était pas le cas, c'est le contraire puisque ils détruisaient des civilisations autour d'eux, mais il y a un moment qui est quand même intéressant, c'est Jules Ferry, qui est pourtant un héros de l'école laïque, dont le frère était un agitateur et un financier pas croyable, qui avait ses affaires dans les colonies, et Jules Ferry amène, pour la première fois, le débat des colonies mais sous la forme suivante : une rallonge budgétaire nécessaire pour l'armée engagé au Tonkin en Indochine où son frère avait des affaires, et c'est à cette occasion et à cette occasion seulement, que pour la première fois, on a discuté ce qu'on est en train de faire et la chose terrible, c'est que Jules Ferry a un discours insupportable où il explique que il y a des races inférieures, vous voyez ?
Et dans cette discussion il y a un magnifique discours de Clemenceau que je vous invite à aller lire qui défend la République et évidemment l'égalité de tous les êtres humains. Il faut mettre bien sûr les débats dans leur contexte de l'époque mais c'est quand même intéressant de voir comment la pensée chemine. Donc la question de la colonisation qui est une forme d'exaction qui permet l'accumulation du capital à l'époque, c'est comme ça que va se former l'accumulation du capital, le racisme, la colonisation marchent ensemble, le racisme est destiné à justifier la colonisation et la colonisation "prouve" que le racisme est fondé, prouve entre guillemets.
C'est comme ça que ça marche, ces deux-là. On trouve ça chez Marx, dénoncé d'une manière très claire, il dit que l'esclavage est le processus de base d'accumulation gratuite du capital, puisque l'esclave est exploité jusqu'à la mort et pas en échange d'un salaire. Voilà les amis, les limites aussi qu'il faut connaître et tout le temps on doit se demander où est la limite de notre république, eh bien il n'y a qu'à toucher du doigt les limites de l'égalité, quand vous êtes sur une inégalité, c'est à dire quelque chose qui blesse l'égalité fondamentale des êtres humains, vous êtes sur la nouvelle ligne de front de la conquête républicaine à exercer.
Je voulais vous dire tout ça pour que vous y pensiez parce que c'est le mois de septembre et chaque fois c'est le peuple qui règle le problème, c'est toujours le peuple la solution, c'est jamais le peuple qui est un problème. En ce moment, à l'heure à laquelle nous parlons, il y a des révolutions citoyennes dans le monde entier pour débarquer les régimes en place. À l'heure à laquelle je parle c'est l'île Maurice, victime comme vous le savez d'une horrible pollution du fait de l'échouage d'un bateau, qui est en insurrection citoyenne, il y a d'autres points dans le monde.
Au mois de septembre les Français qui ont beaucoup de choses à penser c'est la vérité, bien des drames à affronter, doivent avoir une petite pensée républicaine pour eux. Quant à nous Français il nous reste à nouveau par notre mobilisation à proclamer la république, comment ça se fera, à quel moment ? Pourquoi "proclamer la république" M.
Mélenchon ? Mais nous sommes en république. Oui, nous sommes en république mais cette république est tellement défigurée, tellement monarchisée et le gouvernement qui gouverne légitimement sur la base des élections, est une telle caricature de ce qui peut se faire de plus divisant pour le peuple français, de plus injuste sur le plan social, qu'il est temps de refonder la république et cette refondation, elle doit être un processus pacifique, celui d'une constituante qui nous permettrait de passer à la 6ème République.
Je voulais en reparler, j'ai utilisé le mois de septembre pour le faire. Vive la République ! – Sous-titrage : Le Crayon d'oreille -
Jean-Luc Mélenchon