À l'ombre des draps teints, sous le soleil de Marseille
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 80 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 1:26OuverteRéponse directe
Adrien Vescovy, avec les visiteurs que vous accueillez dans cette installation Dormir comme le soleil, c'est un peu cette éthique de la lenteur que vous voulez partager ?
- 2:03OuverteRéponse directe
C'est votre projet le plus ambitieux, sans doute, dans cette envie de faire dialoguer la matière et les éléments. Pour commencer, vous voulez nous décrire quand même ce qu'on voit, ce que vous voyez d'ailleurs dans cette installation ?
- 3:23OuverteRéponse directe
La Vieille Charité, pourquoi ce lieu ?
- 4:16OuverteRéponse directe
Et ils ont nourri ça comment ? Qu'est-ce que vous voyez ?
- 4:52OuverteRéponse directe
Et alors, toutes ces couleurs, il faut en faire des teintures parce que tous ces draps qui pendent et qui volent au vent, comment ça se passe pour obtenir exactement les teintures, peut-être les couleurs que vous avez vues du train ? Il y a une recette ou alors c'est du tâtonnement ?
- 6:41OuverteRéponse directe
Vous parliez de peintre à l'instant, il y a des inspirations qu'il faut citer naturellement, qui sont dans votre esprit ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:16PrésentateurFait
« Alors, ce qu'on voit, c'est déjà un travail qui s'est installé dix ans dans Marseille. »
- 2:30PrésentateurFait
« C'est effectivement, la fin de l'exposition correspondra à mes dix ans de vie à Marseille. »
- 5:26PrésentateurFait
« depuis que je suis à Marseille, je travaille principalement sur des teintures minérales. »
- 8:06PrésentateurFait
« on commence par acheter du drap à seconde main. »
- 8:23PrésentateurFait
« l'industrie textile est une industrie très polluante. »
- 8:33PrésentateurFait
« on travaille avec d'eau usée que l'on traite, que l'on réutilise. »
- 9:06PrésentateurFait
« Ce sont plus de 600 textiles qui sont installés en extérieur, qui sont là pour enregistrer le temps qui passe dans leurs fibres. »
Temps de parole
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France Culture, les matins d'été, Bérangère Bonte.
Au centre de la vieille charité à Marseille, dans un ancien hôpital, devenu successivement caserne militaire, logement social, puis centre culturel, on peut désormais déambuler entre grands draps et peinture textile. Une installation monumentale aux couleurs ocre, signée Adrien Vescovy. Bonjour Adrien Vescovy.
Bonjour Bérangère.
L'exposition s'appelle Dormir comme le soleil, magnifique titre. Pierre et dans l'équipe des matins d'été, ça nous a fait penser à Pierre Sansot.
J'ai pris le parti d'élan. D'abord, je parle vite, mais je pensais lentement. J'ai vu que l'élan était sanctionné, alors que parfois il réfléchissait, il était plus scrupuleux que les autres. Je fais référence également à ma profession enseignant de philosophie. Les gens qui répondent vite n'ont pas compris la question. Ce sont des questions que Descartes, que Kant, que Marx ont posées. Marx, ils ont mis parfois, je ne sais pas moi, 30 ans, 40 ans, à les éplucher, à les mettre en ordre, comment un gamin peut-il, dans son insolence ou dans son provoyance, lever le doigt au bout de quelques minutes.
L'alentère, c'est parfois de la rapidité, c'est buissonner, aller en avant, en arrière, à droite, à gauche, comme faisait Montaigne lorsqu'il marchait, et des parenthèses dans les parenthèses, non point pour garer autrui, mais pour dire que la vie est belle, qu'il ne s'agit pas de rater une idée ou une image qui était un peu à droite, même si ce n'est pas dans le fil court. Vous voyez comment finalement tout ça est très complexe, je m'en aperçois devant vous. On peut aller vite et être lent, c'est-à-dire s'attarder.
Adrien Vescovy, avec les visiteurs que vous accueillez dans cette installation Dormir comme le soleil, c'est un peu cette éthique de la lenteur que vous voulez partager ?
Oui, la lenteur, c'est un grand sujet, effectivement. Comment ralentir ? On peut se poser la question actuellement. Et c'est une question, on peut se poser ça dans tous les milieux. Et effectivement, moi, j'aime à ralentir. Je propose un temps de contemplation et un temps de découverte, une progression, une marche, une visite.
C'est votre projet le plus ambitieux, sans doute, dans cette envie de faire dialoguer la matière et les éléments. Pour commencer, vous voulez nous décrire quand même ce qu'on voit, ce que vous voyez d'ailleurs dans cette installation ?
Alors, ce qu'on voit, c'est déjà un travail qui s'est installé dix ans dans Marseille. Donc, c'est un travail aussi qui réagit avec une ville, avec une...
Installer votre installation à vous, dix ans, pas l'installation, l'exposition.
C'est effectivement, la fin de l'exposition correspondra à mes dix ans de vie à Marseille. Et donc, c'est une pratique qui s'est ancrée aussi dans un paysage, dans des couleurs, des couleurs qui proviennent du Roussillon, du Vaucluse, mais aussi d'Italie, du Maroc, et aussi dans un mouvement, dans un mouvement. C'est-à-dire que l'invité, le plus grand invité de cette exposition, c'est le vent, le mistral qui souffle dans les textiles. Et c'est la lumière qui traverse les fenêtres de la chapelle et qui viennent activer l'installation dans la chapelle.
Alors, le lieu, justement, c'est important, c'est bien d'en parler, parce qu'après vos études d'art à Annecy, vous avez un peu exploré la Haute-Savoie, vous êtes originaire de Tonon, et puis vous êtes arrivé à Marseille, donc il y a dix ans. La Vieille Charité, pourquoi ce lieu ?
Pourquoi ce lieu ? Une invitation, un directeur des musées de Marseille qui vient me chercher avec Laetitia Olivier, responsable de l'exposition, qui me propose un projet il y a deux ans et demi, un projet qui mature avec des déplacements que je fais entre Marseille et Madrid, puisque l'année dernière, j'étais en résidence à la Casa de Velasquez. Et donc, un projet qui mature comme ça, et puis des discussions, des réflexions, un regard sur le paysage. J'ai beaucoup pris le train l'année dernière entre ce train magique qui part de Marseille-Saint-Charles et qui finit à Marseille-Atocha, Madrid-Atocha, pardon, pourquoi pas, mais c'est encore Marseille. Mais voilà, c'est traversé le paysage.
Et ils ont nourri ça comment ? Qu'est-ce que vous voyez ?
Des couleurs, la Sierra, on sort de Marseille, on est directement dans l'Occitanie qui est vert, qui est un poumon, on passe au-dessus de Perpignan et les bassins, les salins au-dessus de Perpignan et ces couleurs. Voilà, moi, je me charge comme ça dans ces moments d'observation, des moments encore d'attente, de lenteur où je regarde. Bon, le train va vite, mais...
Mais l'esprit...
Oui, il y a une sorte de bulle, effectivement.
Et alors, toutes ces couleurs, il faut en faire des teintures parce que tous ces draps qui pendent et qui volent au vent, comment ça se passe pour obtenir exactement les teintures, peut-être les couleurs que vous avez vues du train ? Il y a une recette ou alors c'est du tâtonnement ?
Ce sont des recettes qu'on développe, c'est de l'alchimie, en fait, donc on est plusieurs à l'atelier. Il y a bien évidemment Madeleine, qui je pense très fort, qui est mon assistante. Et on développe des couleurs, on cherche en mélangeant les ocres, puisque depuis que je suis à Marseille, je travaille principalement sur des teintures minérales. Donc on est dans le Roussillon, comme je le disais tout à l'heure, on est vraiment avec des terres que l'on récupère, que l'on fait récupérer en tout cas, et que l'on mélange comme une palette de peintres, mais avec un procédé qui ressemble plus entre un laboratoire et une cuisine.
C'est comme préparer un risotto, on est derrière une marmite, on accompagne une cuisson, et puis on touille, on touille, on tourne, on cherche une couleur, on rajoute un petit peu de verre, de je ne sais où, pardon, et voilà.
Du basilic, du curcuma, pour poursuivre votre...
Non, justement, j'ai un peu... Alors je suis passé par...
Votre métaphore culinaire.
Alors quand j'avais mon atelier à Noailles, j'étais vraiment... Oui, c'est vrai que quand je suis arrivé à Marseille en 2017, j'avais mon atelier en plein centre de Noailles, et là j'allais chercher les ocres, pardon, les épices chez Saladin, dans les boutiques qui entouraient mon atelier. On cherchait les couleurs avec le vendeur, etc. Aujourd'hui, je suis vraiment sur du minéral que je commande, et puis on cuisine ses couleurs.
Vous parliez de peintre à l'instant, il y a des inspirations qu'il faut citer naturellement, qui sont dans votre esprit ?
Il y a des inspirations, il y en a plein. Il y en a plein. Il y en a plein, des Ilmaaflint, je ne sais pas, sur la couleur...
J'ai lu dans la présentation les mosaïques de Roberto Verlmax.
Évidemment. Grande découverte. Vous dites évidemment.
Dis-nous deux mots quand même. Je ne suis pas sûre que tous les gens qui nous écoutent ont complètement tête.
C'est une rencontre que j'ai faite à Rio quand j'étais en 2019, il me semble, en voyage là-bas. Grand coup de cœur sur cette ligne. On est sur des couleurs nord et blanc. Ce sont des mosaïques. C'est toute la plage de Copacabana, mais il y en a encore partout. C'est un monsieur qui était plus un urbaniste, en tout cas plus... Il dessine des jardins et qui a fait tout un travail sur le dessin, sur une vague, sur une courbe qui va venir habiller vraiment Rio. Il y en a de partout.
On a parlé de lenteur, on a parlé de couleurs. On peut dire aussi que c'est une création artistique entre guillemets écolo, parce que les procédés, ce que vous nous avez un peu décrit, c'est important ça, et cette économie de moyens et la circularité de ces draps qu'on récupère.
Effectivement, on commence par acheter du drap à seconde main. Là, je travaille avec Michel depuis un petit moment, qui source le textile pour moi. Attention, une certaine attention au textile récupéré, parce que comme on le sait, l'industrie textile est une industrie très polluante. Et puis, une attention à l'usage de l'eau. On tire surtout à l'atelier sur... On essaye de consommer le moins possible et de rejeter aussi, en fait, le moins possible. Donc, on travaille avec d'eau usée que l'on traite, que l'on réutilise. Et puis, on fait attention à la quantité de matière que l'on utilise. On fait attention à nos déchets. On fait attention à nos transports. Et puis, on fait attention à...
Oui, à avoir une conscience un peu éco-productive.
Dormir comme le soleil, c'est le titre de cette installation qui dure jusqu'au 10 janvier. Il va aussi pleuvoir d'ici le 10 janvier. Donc, ça veut dire que c'est une œuvre qui va évoluer ?
C'est une œuvre qui évolue. C'est une œuvre... Ce sont plus de 600 textiles qui sont installés en extérieur, qui sont là pour enregistrer le temps qui passe dans leurs fibres. C'est comme une grande photographie, une longue photographie. C'est un long temps de pose et des traces qui s'enregistrent dans la matière.
Et c'est à la vieille charité à Marseille. Merci beaucoup, Adrien Vescovy, d'être passé par le studio des matins d'été.
Merci à vous.