François Hollande prépare-t-il son retour ? - C à Vous - 19/11/2018
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 30 %Défensif 25 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:49OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que c'est que ce mouvement à vos yeux ? Comment qualifier ce qui est en train de se passer dans le pays ?
- 3:01RelanceRéponse directe
Ce mouvement est-il profond, contradictoire ou instrumentalisé ?
- 4:18OuverteRéponse directe
Quel type de réponse l'État doit-il donner à ce mouvement ?
- 4:55OuverteRéponse directe
Quelle est la revendication principale selon vous ?
- 5:28OuverteRéponse directe
Proposez-vous une réunion des syndicats et associations pour répondre à la crise ?
- 6:45FerméeRéponse directe
Aucune organisation n'a appelé au mouvement des Gilets jaunes ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:30Locuteur 8Chiffre
« La police a compté samedi environ 300 000 manifestants sur 2 000 sites. »
- 2:36Locuteur 8Chiffre
« Aujourd'hui, même source, il y avait 358 points de blocage et seulement 20 000 personnes dans tout le pays. »
- 9:58Locuteur 8Chiffre
« Son abandon a privé l'État d'environ 10 milliards d'euros sur la période de 10 ans. »
- 11:33Locuteur 8Chiffre
« C'est 2 centimes par livre. »
- 18:03Locuteur 8Chiffre
« Pourquoi vous avez fait un cadeau de plus de 4 milliards pour les très riches ? »
- 18:23Locuteur 8Fait
« Parce que quand on regarde, c'est ainsi, les effets de cette mesure. »
- 29:20Locuteur 8Fait
« Il ne parlait que d'argent et rarement des enjeux, y compris climatiques. »
- 29:43Locuteur 8Fait
« On l'a supplié de ne pas enlever l'accord sur le climat ? Il l'a déchiré. »
- 29:45Locuteur 8Fait
« On lui a dit ne touchez pas à l'accord sur l'Iran, ça peut avoir des conséquences très graves. »
Temps de parole
- Locuteur 880 %
- Locuteur 1012 %
- Locuteur 74 %
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Une fièvre jaune et un week-end noir à la une de l'actualité depuis samedi.
Je veux pouvoir payer autre chose à mes gamins que des pâtes et des pommes de terre. Pourquoi quand il n'est plus comme ça ? Je suis à bout là.
On vit plus, on survit. Le rangement des gilets jaunes, il s'est exprimé de façon très claire. Donc j'entends ça. Le cap il est bon et nous allons le tenir. Mais c'est pas quand ça souffle qu'il faut changer de cap.
Palette brûlée, grand feu sur un rond-point, la colère s'embrase au Mans. A trois, les manifestants tentent de pénétrer dans la préfecture.
La colère est une énergie politique tout comme le pétrole. C'est une énergie vaine ou même dangereuse si elle n'est pas raffinée.
Un policier qui a été renversé sur un point de blocage. La mobilisation a tourné au drame. Elle a écrasé Chantal et elle est partie, elle ne s'est pas arrêtée.
Quand on voit le bilan du week-end, un mort, 400 blessés, on peut quand même avoir froid dans le dos.
Et maintenant, que faire de cette colère ? La question se pose autant pour les manifestants que pour l'exécutif qui cherche la parade. Pour en parler ce soir, un ancien président qui a tiré les leçons du pouvoir dans un livre et qui n'hésite pas à en donner quelques-unes à son successeur, François Hollande. Et ce soir, notre invité spécial. Bonsoir François Hollande, merci de votre présence sur le plateau suite à vous. Hier encore, vous étiez à La Roquebrou, petit village de Corrèze, pour dédicacer vos leçons du pouvoir qui ont dépassé les 120 000 exemplaires, 17 réimpressions, 85 séances de dédicaces partout en France. Une façon, dites-vous, de prendre le pouls du pays.
La veille, vous étiez en Grèce. Vous avez effectué une visite de deux jours tel un chef d'État en exercice. Vous avez rencontré le président grec et le Premier ministre Alexis Tsipras. On y revient dans le 5 sur 5 de Maxime Switek. Mais pendant ce temps, en France, les gilets jaunes manifestaient, Patrick.
Voilà. Alors d'abord, pour préciser les choses et corriger l'effet de loupe de ce que certains appellent des manifs BFM et l'effet des chaînes info, la police a compté samedi environ 300 000 manifestants sur 2 000 sites. Aujourd'hui, même source, il y avait 358 points de blocage et seulement 20 000 personnes dans tout le pays. Mais ça continue avec des gens, on en a vu quelques images, avec des gens déterminés. Et ça fournit des images impressionnantes. François Hollande, j'ai d'abord envie de vous demander, qu'est-ce que c'est que ce mouvement à vos yeux ? Et pour le pouvoir, comment répondre à une foule qui réclame un changement de politique ou qui crie Macron des missions ?
D'abord, comment qualifier ce qui est en train de se passer dans le pays ? Des mouvements, nous en avons connu beaucoup ces dernières années, y compris durant mon quinquennat. Celui-là est particulier parce qu'il est profond. Il y a une colère et on l'a entendu. Il est parfois contradictoire. Certains disent qu'il faut passer à la transition écologique rapidement et en même temps souffrir, hélas, de prix des carburants trop élevés. Il est sur tout le territoire et il est sûrement avec beaucoup de catégories sociales différentes. Pas simplement une qui se mobilise, comme on l'avait connu, avec des routiers ou des cheminots. C'est arrivé aussi dans le passé.
Le problème de ce mouvement, qui est sincère sûrement dans son expression de colère, c'est qu'il n'est ni encadré, ni incarné par un leader ou des représentants. Et donc il faut lui donner une réponse. Et sans doute une réponse assez rapide pour éviter un délitement, des violences. Il y en a eu et même un mort, des blessés. Ça c'est extrêmement lourd, grave. Donc il faut donner, lorsque l'on est au sommet de l'État, non pas simplement une écoute, je crois qu'elle est là, elle est là aussi sincère, mais il faut donner une réponse. Mais quel type de réponse ? Parce qu'il y a des mesures d'accompagnement pour ceux qui n'ont pas d'autre choix que de faire des kilomètres en voiture chaque jour.
Ça, ça a été présenté par le Premier ministre la semaine dernière. Mais là, on a des gens qui réclament ou la démission du Président de la République, ou la dissolution de l'Assemblée nationale, ou changer carrément de système, en tout cas d'imposition. Il y a un problème du consentement à l'impôt aussi, qui est posé parfois dans les paroles. Oui, c'est pour ça que c'est contradictoire, confus, parfois même instrumentalisé. Et si on laisse ce mouvement sans direction, on peut imaginer que certains auront l'intention de le détourner. Alors, quelle est la revendication principale ? Il y en a une, c'est le pouvoir d'achat.
Beaucoup de ceux qui sont là disent qu'ils n'en peuvent plus, soit parce qu'ils ont été taxés au niveau de la CSG, beaucoup de retraités, soit parce qu'ils se déplacent avec leur véhicule et qu'ils payent donc un prix des carburants plus élevé que ce qui était prévu, soit parce qu'ils ont des difficultés de salaire, tout simplement. Et donc, il faut qu'il y ait, sur ce plan-là, une réponse du gouvernement et de l'État. Laurent Berger, c'est très important que nous puissions retrouver des intermédiaires. Moi, j'ai, puisque j'ai fait ce livre sur les leçons, donc d'abord, je les ai tirés pour moi-même.
Chaque fois que j'ai pu trouver des interlocuteurs, avoir un dialogue social, on a trouvé l'issue et on a pu porter des réformes importantes pour notre pays. Et donc, Laurent Berger s'est invité... Chaque fois qu'on a manqué à ce dialogue, et ça a pu m'arriver, à ce moment-là, on a été dans des conflits durs, parfois violents, et souvent mal compris par l'opinion.
Donc, Laurent Berger fait une proposition qui m'a paru très pertinente, et qui n'était pas exclusive, c'était pas « je veux rencontrer le Premier ministre ou le Président de la République », c'est de dire « bon, il y a un problème de pouvoir d'achat, il y a un problème de compréhension de l'enjeu de la transition énergétique, que le pouvoir, au niveau que le Président décidera, Premier ministre ou lui-même, réunissent les organisations syndicales, toutes, les organisations de consommateurs, on est devant un problème de consommation, les organisations qui mènent le combat pour l'environnement, pour la planète, ces organisations aussi leur mot à dire, et puis aussi les organisations professionnelles qui sont concernées, c'est-à-dire le monde patronal, le monde de l'entreprise.
– Aucune n'a appelé au mouvement des Gilets jaunes ? – Non, justement, il y a cette possibilité. Il y a des intellectuels qui se proposent, alors après, il y aura des décisions sûrement à prendre, mais des décisions qui s'intégreront dans une politique de pouvoir d'achat. Parce que, qu'est-ce qui a fait problème ? Moi, je l'ai ressenti, puisque vous avez parlé du livre que j'avais fait, puis j'ai fait, je n'avais pas prévu d'ailleurs de faire cette tournée, j'ai rencontré énormément de Français.
J'ai dû voir, comme ça, au dialogue direct, 25 000 de mes compatriotes, et j'ai tout de suite compris qu'il y avait une colère qui commençait à monter sur cette question du pouvoir d'achat des retraités, du problème des transports, du problème, tout simplement, de la vie quotidienne. Ils me l'ont dit. Donc, je pense que là, il y a une matière qui mérite d'être traitée. Et quand on dit, c'est vrai de tous les pouvoirs, nous avons déjà fait la taxe d'habitation diminuée ou les cotisations sociales sur le travail, mais ce n'est pas entendu. Parce que ce n'est pas forcément ressenti. Ce qui compte, c'est ce qu'on ressent dans la vie.
Donc, voilà, moi, je ne veux pas donner des conseils au sens où j'aurai des solutions. Mais ce que je peux faire prévaloir, deux principes. Le dialogue et la justice. Et là, il y a eu, si je puis dire, un double manquement. Manquement de sens. Il faut donner du sens à ce que l'on fait. Et dès lors qu'il y a eu une amplification des hausses de taxes que j'avais moi-même prévues, ça a été beaucoup plus loin que ce que j'avais fait amorcer dans le cadre de la loi sur la transition énergétique. Et deuxièmement, qu'il y a eu des mesures fiscales qui ont choqué moi-même. J'avais eu cette formule sur la suppression de l'ISF qui est restée, je crois, sur les très riches.
Il faut mettre de la justice.
Emmanuel Macron était le président des très riches et non pas juste des riches.
Vous le pensez toujours ? Ça, c'est vérifié. Donc, il faut être le président de tous. Et là, c'est peut-être là la revendication principale. Écoutez-nous, regardez-nous. Essayez de comprendre ce que l'on vit. J'ai sans doute moi aussi, parce que quand on est à l'Elysée, on est toujours enfermé. On dit qu'on est isolé, ce qui n'est pas tout à fait vrai. Mais il faut non pas simplement entendre, non pas simplement comprendre, il faut connaître. Peut-être la vie. Puisque vous parlez de votre quinquennat, François Hollande, il y a un exemple qui revient dans la bouche de nos gouvernants actuels, qui est en forme de contre-exemple, qui est le grand recul de votre quinquennat. Il n'y en a pas 50.
C'est l'éco-taxe abandonné sous la pression des bonnets rouges. Le Premier ministre Edouard Philippe l'a rappelé et l'avait en tête hier soir. J'ai vu dans le passé un nombre considérable de responsables politiques venir changer des plans qu'ils avaient formulés par un nouveau plan.
On avait prévu de... Souvenez-vous des bonnets rouges.
Aujourd'hui, si on a un problème de financement des infrastructures, c'est probablement parce qu'à l'époque des bonnets rouges, le gouvernement, parce qu'il a été impressionné, a changé de plan. Moi, j'entends ce que disent les Français. Mais je vois le cap, je n'en change pas.
Et j'essaie de trouver les bonnes solutions pour intégrer ce que les Français ont dit.
Alors, je rappelle rapidement cette éco-taxe qui devait frapper les poids lourds circulant sur les routes nationales et départementales avait été imaginée lors du Grenelle de l'environnement, votée à la quasi-unanimité des parlementaires en 2009. Son abandon a privé l'État d'environ 10 milliards d'euros sur la période de 10 ans. C'est un bon exemple ou un bon contre-exemple ? Prenons cet exemple. J'arrive aux responsabilités. En 2012, cette idée d'éco-taxe a été votée, vous l'avez très bien dit, à la suite du Grenelle de l'environnement, puis reportée dans son application. Et ça arrive quand je viens à l'Élysée. On me dit, vous voyez, vos prédécesseurs ne l'ont pas fait, faites-le.
Un mécanisme très compliqué des portiques qui suscitaient quand même des interrogations. On n'aime pas passer derrière des portiques, et encore moins dessous. Certains sont toujours là, d'ailleurs. Oui, cette question commençait à être posée. Puis après, on s'aperçoit qu'en Bretagne, c'est là que se concentre l'essentiel du problème, d'où les manifestations, que c'est une entreprise privée italienne qui va recueillir les recettes correspondantes à cette taxe. Que faire ? Des violences ? Des difficultés de compréhension ? Nous-mêmes n'aurions même pas expliqué exactement ce qu'était ce mécanisme et qui, en dernier ressort, le payait. Donc, à un moment, il faut de la sagesse.
Qu'est-ce qui se passe ? On retire donc l'éco-taxe. Mais quand j'entends le Premier ministre, ça peut arriver de faire des erreurs, dire qu'on n'a pas pu financer les infrastructures parce qu'on a relevé l'éco-taxe. Non. Parce qu'à la place de l'éco-taxe, on a augmenté... Oui, c'est les automobilistes qui ont payé. C'est les automobilistes et les poids lourds. Et donc, on a considéré que c'est vrai qu'il fallait financer les infrastructures. Et donc, au lieu des 12 milliards prévus par l'éco-taxe sur toute la période, ça a été une partie... Une partie du prix du gazole actuel, c'est l'éco-taxe. Oui, enfin, sur un niveau très faible. C'est 2 centimes par livre. Mais c'est vrai.
Et à un moment, il faut payer. Mais c'est quand même plus simple à comprendre, de payer ce que l'on utilise, c'est-à-dire, en l'occurrence, c'était du gazole, que d'avoir des portiques. On ne sait pas très bien qu'ils payent à la fois. C'est les poids lourds étrangers qui ont été épargnés dans cette histoire, au détriment des automobilistes français. Il faut dire encore que ces poids lourds étrangers ne prennent pas d'essence sur notre territoire. Or, ils en prennent. Absolument. Mais non, ils s'approvisionnent pour l'essentiel. D'ailleurs, c'est ce que disaient les études, c'est ce que dit la Cour des comptes. Sur le plan politique, il y a eu ce week-end une conjonction inédite.
Regardez cette séquence.
Bonne journée à tous. Et surtout, respectez bien toutes les consignes de sécurité.
On sent bien que le peuple français est à bout. Combien de morts faudra-t-il pour que le gouvernement réagisse et fasse la paix avec les Français ? Ce qui me fait de la peine, c'est de se dire que dans notre pays aujourd'hui, pour être écouté, il faut faire ça. Ce n'est pas normal. Normalement, le gouvernement devrait les entendre.
C'est un événement d'une très grande portée et signification politique et populaire.
Au revoir, aux citoyens, au revoir.
Et Jean-Luc Mélenchon chantant la Marseillaise sur le pont de la Concorde. Est-ce qu'il n'y a pas là un événement politique important qui a été assez peu souligné ce week-end ? C'est-à-dire cette conjonction assez inédite, même si les leaders étaient relativement à l'écart des manifestations elles-mêmes, entre les Insoumis avec Jean-Luc Mélenchon, l'extrême droite avec le Rassemblement national et la droite avec Laurent Wauquiez. C'est l'instrumentalisation dont je parlais. Quand il y a des colères, il y a toujours des forces politiques qui essayent de les récupérer. D'ailleurs, sans rien proposer de particulier, ni sur la transition énergétique, ni sur le pouvoir d'achat.
Vous parlez des trois que j'ai cités, là ? Ben oui. Insoumis ? Jean-Luc Mélenchon voulait être le plus écologiste de tous, qui prévoyait d'être dans le développement durable, de supprimer même le nucléaire à très court terme. On voit bien que dès lors qu'il y a un mouvement, il essaie de s'en emparer. La droite et l'extrême droite, la droite et l'extrême droite ont été toujours les derniers à vouloir qu'il y ait des mesures écologiques et les derniers aussi à vouloir des mesures de justice fiscale. Sur l'ISF, la droite dit que ce n'est pas suffisant, qu'il faudrait en faire davantage que ce qui a été fait par le président Macron. Donc, voilà.
Donc, il y a toujours des récupérations politiques. J'ai connu ça. Vous parliez des mouvements. Lorsqu'il y a eu le débat sur le mariage pour tous, c'est des centaines de milliers de personnes qui ont défilé et qui me demandaient quoi à travers, là aussi, la récupération politique. d'arrêter le débat, de différer la loi. Premier ministre actuel, il était membre d'un groupe politique, il me disait, mais il faut arrêter, il faut suspendre, écouter ce qui se passe. Qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai tenu. J'ai tenu bon. Parce que là, je considérais que c'était...
Donc, Emmanuel Macron doit tenir le droit ?
Non, mais là, je considérais qu'il y avait une réforme qui était très importante, la loi sur le mariage, et on devait aller jusqu'au bout tout en veillant à respecter le débat de ce qui a été fait. Donc, ce que je veux dire, c'est qu'il y a des mouvements qu'il faut parfois comprendre, mais il y a des mouvements auxquels il ne faut pas céder.
Et là, je pense que ce qui est exprimé, c'est pour ça que je veux refuser l'instrumentalisation politique, parce que les personnes qui défilent, ou celles qui ne défilent pas, parce qu'il y a aussi beaucoup de gens modestes qui regardent presque par procuration ce qui se passe, en se disant, nous, on ne va pas aller sur les barrages, on n'a pas l'âge, on ne sait pas comment faire, on n'a pas envie, mais on pense la même chose. Donc, il faut être capable, dans un mouvement, de refuser la récupération politique, et de trouver la réponse. Et la réponse, aujourd'hui, je vous l'ai donnée, c'est une reprise d'un dialogue.
Parce que ce qui s'est passé, là aussi, je l'ai vécu au cours de ce voyage à l'intérieur de la France, c'est qu'il n'y a plus de, ce qu'on appelle les corps intermédiaires, ça peut paraître compliqué, mais il n'y a plus de représentation. Qui parle au nom de qui ? Les syndicats, on dit, mais non, les syndicats, vous vous rendez compte, c'est des archaïques, pas besoin. Les associations, les grandes associations, que de perte de temps, allaient plutôt sur les réseaux sociaux. Les partis politiques, c'est le vieux monde. Non, on a besoin de représentation.
On a besoin de personnes qui s'engagent, qui vont aller dans une négociation, puis après qui vont dire, voilà ce que nous avons obtenu, on n'a pas obtenu tout ce qu'on voulait, mais on a pu répondre à une question. Donc, la démocratie, c'était le sens aussi du livre que j'ai écrit, c'est que la démocratie, elle est extrêmement fragile et vulnérable. Elle est en recul partout. Pas simplement à cause des extrêmes, à cause de cette ambiance où on considère qu'il n'y a plus besoin d'intermédiaires et de représentants. Eh bien, moi, je pense tout le contraire.
Je pense que dans une démocratie, l'équilibre des pouvoirs, les élus locaux, les représentants des syndicats, des associations, ils sont très utiles précisément pour que l'on puisse entendre et trouver des solutions.
Vous avez affirmé de la grâce que vous étiez jusqu'à syndic, qu'il ne fallait pas faire la leçon aux Français, mais vous donnez l'impression ces dernières semaines, ces derniers mois, de faire la leçon au président Macron.
S'il y a des économies à faire, et il y en a sûrement, c'est davantage en s'en prenant aux cadeaux fiscaux pour les plus privilégiés qu'en s'en prenant aux aides sociales pour les plus pauvres. On ne peut pas simplement être dans la gestion ou dans l'accumulation de réformes soi-disant indispensables. Si on parle de l'autre, on arrivera à le convaincre. Si on parle de soi, on sera hautain et arrogant. Si ce pouvoir-là échoue, c'est possible à la fois par les décisions qu'il prend, injustes, par des comportements excessifs ou par l'absence de résultats. Mais qui, qui, qui sera là pour le rendez-vous démocratique ?
Vous êtes là dans quel rôle, François Hollande ? Celui d'un ancien président qui alerte sur les dangers qui menacent la démocratie ou dans celui d'un opposant politique ?
Des opposants, il y en a beaucoup. Vous les avez exposés tout à l'heure. Et quand vous n'avez pas été exhaustif, c'est le plus simple. Il y en a suffisamment pour Emmanuel Macron ? Je ne vais pas rajouter ma voix à celle-là. Elle s'ajoute pour longtemps, votre voix, oui. Oui, mais l'alerte, ce n'est pas la même chose. Moi, j'ai averti très tôt, on me l'a reproché d'ailleurs, dès l'été, j'ai dit attention sur l'impôt, sur la fortune, on pense que ça passera, que nul ne s'y opposera, que ça ne choquera personne, et vous voyez comme ça ressort. Aujourd'hui encore, parmi les manifestants, gilet ou pas gilet, c'était ça l'idée.
Pourquoi vous avez fait un cadeau de plus de 4 milliards pour les très riches ? Et pourquoi pour nous, vous nous mégotez une augmentation de notre pouvoir d'achat ? Ou vous nous prenez sur nos retraites ? Ce n'était pas une alerte au sens où je voulais simplement dire, regardez ce que j'ai fait.
Ce n'est pas juste une formule, le président est très riche.
Ce n'était pas une formule, c'était une réalité. Parce que quand on regarde, c'est ainsi, les effets de cette mesure, et je ne vais pas en prendre une autre qui est un peu compliquée, mais qui fait que les actionnaires aujourd'hui payent moins que les salariés, en un terme d'impôt sur le revenu, alors forcément, même ceux qui ne sont pas des spécialistes de la matière fiscale, ils finissent par comprendre. L'alerte, je la lance aussi sur la démocratie. Parce que, bien sûr, le droit de vote, le suffrage universel, enfin, vous avez vu, on ne peut pas dire que les participations soient très élevées, législatives partielles comme législatives d'ailleurs de 2017.
Donc, on voit bien qu'il y a une mise en cause dans notre pays, mais pas simplement dans notre pays, partout dans les pays occidentaux, de la démocratie. Et ce mouvement, qui pourrait, d'un certain point de vue, être une ressource démocratique, c'est plutôt bien que les gens se mobilisent, peut être aussi un risque, si c'est finalement le pourrissement ou le délitement qui se produisent, et avec une colère qui sera encore plus vive. Donc, voilà, moi, je pense que je suis attaché, parce que j'arrive à un âge où on a des convictions, mais qu'on a surtout des engagements qui demeurent, où je me dis, non, on ne peut pas laisser la démocratie dans notre pays être mise en danger.
En octobre dernier, vous expliquiez n'avoir aucun projet politique. Je ne cherche rien pour moi-même, je n'ai pas une ambition ou une addiction politique. Et pourtant, la semaine dernière, lorsqu'il est question d'un possible retour en politique face à l'une de vos lectrices à la foire du livre de Brive, votre réponse ne fait aucun doute.
Il y a un pouvoir qui n'est pas populaire, mais il n'y a pas d'opposition structurée, crédible, et donc les extrêmes peuvent s'emparer de cette colère. On va construire, parce qu'a fait François Mitterrand. – Exactement, voilà ce qu'il me reste à faire. – Oui, c'est ça. – L'histoire, quelquefois, est un recommencement.
– Vous êtes retiré de la vie politique intégralement ou pas ?
– Non, non. – Vous allez revenir ? – Je vais revenir.
– Je vais revenir. Il n'y a aucun doute sur ce retour ? – Vous allez revenir. – Vous allez revenir à Brive ou à l'Élysée ?
– Oui, ou même à votre émission, ce qui est le cas. Non, ce que je voulais dire, je vous l'avais déjà annoncé dans la précédente émission, il y a près de six mois, où je vous avais dit, je ne suis pas sorti de la politique, de mon engagement pour la France, de mes convictions. Je suis sorti de l'Élysée, ça c'est sûr. Je ne suis pas du tout candidat à quoi que ce soit. Je ne suis pas à la recherche d'un mandat ou d'une responsabilité partisane. – Vous ne voulez pas ? – Mais je veux parler, lorsque je pense que c'est nécessaire, je veux alerter quand je pense que c'est indispensable.
– Réarmer la gauche, avez-vous dit ?
– Je veux aussi…
– En créant par exemple votre propre mouvement politique ? – Non, non, non, pas du tout. – Non ? Il n'en est pas question ?
– Plusieurs fois d'ailleurs, et je vous remercie de ces extraits, parce que finalement, on peut être aussi d'accord avec soi-même, ce qui n'est pas toujours certain. Mais qu'est-ce que je dis plusieurs fois ? Un pouvoir n'est pas populaire ? Mais je n'étais pas populaire non plus. Bon, c'est la loi de la démocratie. Ceux qui exercent la responsabilité prennent des décisions qui ne plaisent pas, ou en tout cas qui ne plaisent pas à tous. Mais le problème que l'on a aujourd'hui, c'est que personne n'est populaire. C'est qu'il n'y a pas de force politique, j'entends démocratique, républicaine, qui puisse incarner l'espoir.
Quand la gauche est au pouvoir, il se peut que ce soit la droite qui, à ce moment-là, fasse des propositions, défend des thèses, qui finalement impriment dans l'opinion et permettent de croire à l'alternance. – Et vous ne pourriez pas
incarner cet espoir ?
– Quand c'est la droite qui est au pouvoir, la gauche devient source d'espoir. Aujourd'hui, comme je le dis, vers qui se tourner ? Donc, ce n'est pas simplement un problème d'incarnation, c'est un problème d'idée. Depuis 18 mois…
– Jean-Luc Mélenchon pourrait être une alternative à la gauche ? – À gauche ?
– À la gauche, c'est possible. Vous avez raison, c'est une bonne formule, parce que dans son comportement, dans ses méthodes, dans ses manières de faire, qui allait, place de la Concorde, dans les mouvements que l'on connaissait autrefois ? – Qui allait donner ses rendez-vous, place de la Concorde ? Qui allait dire, allez, on va à l'Elysée ? Enfin, c'est des roulettes, ça ne dira pas grand-chose, à grand monde, des roulettes. Mais enfin, il y a un côté des roulettes, il y a un côté, allez, on y va. Mais écoutez, ce n'est pas ma conception de la gauche, ce n'est pas ma conception, d'ailleurs, de la République. Pas davantage que de s'en prendre à un juge lorsqu'il y a une perquisition.
Donc, il faut que la gauche, c'est-à-dire celle qui a toujours voulu gouverner, se réinvente, parce que c'est nécessaire. D'ailleurs, le monde n'est déjà plus le même depuis 18 mois, c'est ainsi. Trump, la question climatique qui s'est réimposée, les questions d'inégalité. Donc, la gauche, elle a plein de sujets sur lesquels elle peut agir. Et deuxièmement, il faut sans doute réinventer les formes d'organisation. Ça, c'est sûr. Mais ça, c'est à des générations de le faire.
– François Hollande, candidat en 2022. Certains de vos partisans veulent y croire. De jeunes soutiens ont distribué cet été des tracts à votre effigie. Au recto, un portrait encadré du slogan Hollande en 2022 ou au verso, un court texte ? Qui a tenu face aux attentats ? Qui a rétabli les comptes publics ? Qui a inversé la courbe du chômage ? C'est François Hollande. L'histoire n'est pas terminée. L'histoire n'est pas terminée, François Hollande ?
– Non, l'histoire, elle n'est pas terminée, je vous le confirme. Mais vous avez pris un mot que moi, je veux absolument imposer. C'est celui du désintérêt. Je ne cherche rien pour moi-même. C'est parfois difficile à entendre parce qu'on se dit, oui, forcément, il a été président. Justement, j'ai été président. Mon destin, d'une certaine façon, s'est accompli. Il y a beaucoup qui veulent être président, qui n'y arrivent pas. Moi, j'y suis parvenu. J'ai dirigé la France dans un moment extrêmement difficile, douloureux. Les attentats, les interventions que j'ai dû faire à l'extérieur, au Moyen-Orient, au Mali, les crises. Bon, vous parliez de la Grèce tout à l'heure. Donc, j'ai fait ma part.
Donc, je ne suis pas à la recherche d'une compensation. J'ai même décidé, c'était peut-être un regret que j'ai pu avoir, de ne pas me représenter. C'est pas pour. Maintenant, à tout prix, dire, puisque je n'ai pas pu le faire, je vais le faire la fois suivante. Donc, j'essaye simplement d'aider mon pays parce que, d'abord, j'aime la France. Ensuite, j'aime la démocratie parce que j'ai des engagements. Je les avais avant d'être président. Je les ai après. Parce que c'est une curieuse conception de se dire, finalement, un homme, une femme, enfin, pour l'instant, c'était un homme, arrive à la présidente, il n'est plus président, c'est terminé. Il n'a presque pas la possibilité de parler.
Pourquoi ? Je n'ai pas changé de conviction. J'ai gagné même une expérience de plus.
François Hollande, il y en a une autre qui pense peut-être à revenir. Elle était chez Laurent Delahousse le 11 novembre dernier. Un indice. Vous la connaissez bien.
Est-ce que vous avez définitivement décidé de ne pas un jour
devenir présidente de la République ? Oui ou non ? Je ne me pose pas la question. Si je vais vous répondre, peut-être ce qui est de la façon la plus précise, ce que je peux vous dire de plus précis, c'est que le combat de ma vie et aujourd'hui plus que jamais, c'est le combat pour la protection de la planète. Ça peut passer par la présidente de la République ? Peut-être. Peut-être.
Elle aussi sème des petits cailloux. Certains pensent à gauche qu'elle vous fait passer un message. Si tu y vas, j'y vais.
Non, non, non. Ses engagements, elle les a rappelés.
C'est plus un message pour Emmanuel Macron ?
Non, je crois que c'est aussi un message pour les Français. La grande cause de sa vie, c'est l'environnement. C'est ce qu'elle disait. Elle a été ministre de l'environnement avec François Mitterrand, président de la République, en 1992. Elle est redevenue sous mon quinquennat et elle a été présidente de région très attachée à cette cause. Donc voilà, là aussi, partez du principe de sincérité.
Vous avez lu son livre ?
Oui, bien sûr.
Elle ne vous y épargne pas. Elle revient sur vos réformes. Exemple, la hausse des impôts au degré zéro de la politique. La loi travail, une désolation. La réforme territoriale, une des pires du quinquennat. Une exécution silencieuse à la serpe. Bref, le seul combat qu'elle salue ou presque, c'est le nom de la France au renouvellement de l'autorisation du glyphosate en 2016. Et ça, c'était elle, si je m'en souviens bien. Une ex-femme de président ne devrait pas dire ça ?
Vous savez, ce qu'elle a dit me paraît très juste. C'est qu'il faut considérer les personnes indépendamment de leurs compagnons ou de leurs compagnes à un moment ou à un autre. Donc ce qu'elle dit, elle le pense et ce n'est pas par rapport à moi.
Oui, c'était la fonction dont elle parlait. C'est simple. Vous vous preniez pour un président normal. Elle, elle vous a trouvé désinvolte.
Oui, je ne sais pas à quoi elle a pu faire allusion. Parce que dans ce quinquennat qui a été marqué par beaucoup d'épreuves, ce n'était pas le temps de la légèreté. Quand il s'agissait de répondre aux attentats ou d'être prêt à faire intervenir nos forces ou sur d'autres sujets, notamment l'avenir de l'Europe et la crise, vraiment, il n'y avait pas de place pour la légèreté. Pour la désinvolture ? Tout a été difficile. Tout a été exigeant. Voilà. Donc, après, on ne peut pas approuver telle ou telle réforme. Je sais combien la disparition de la région Poitou-Charente a été pour elle cruelle parce qu'elle était très attachée à ce territoire.
Mais bon, moi, j'avais considéré qu'il fallait des grandes régions et j'ai fait cette réforme.
Ça ne plaît pas à tout le monde. À l'étranger, une grande question à interpeller ces dernières semaines le président Macron, c'est comment gérer Donald Trump ? On se souvient des débuts. Le 14 juillet 2017, deux couples amis à Paris. Ensuite, il y a en avril 2018, les accolades, les entrevues et toutes les photos du voyage américain. Je t'ai poussé, tu m'ai moussé. Bref, on en souriait presque. Et puis, changement de ton quasi radical il y a un peu plus de huit jours pour le 11 novembre. Donald Trump, déjà avant d'arriver à Paris, dans un tweet, critique le discours d'Emmanuel Macron qui évoquait la possibilité et la nécessité d'une armée européenne.
Et puis, on se souvient que quand il quitte Paris, après avoir fait la tête beaucoup à Paris, quand il quitte Paris, il provoque Emmanuel Macron dans d'autres tweets sur sa popularité, sa faible popularité. Il s'en prend aux barrières tarifaires sur le vin, etc. Et Emmanuel Macron a dit qu'il se refusait à répondre dans le détail, qu'entre alliés, il fallait se respecter. Et Emmanuel Macron a raison de ne pas chercher l'affrontement verbal. Donald Trump est un homme
sans manière. On peut dire ça comme ça. Et ça serait évidemment trop facile de le cantonner à ce personnage dont il veut aller jusqu'au bout parfois de la vulgarité et il y parvient assez aisément. Non. Donald Trump, il a sa propre vision, sa propre conception. Comme il l'a dit lui-même, ce sont les intérêts des Américains d'abord et pas d'ailleurs de tous les Américains. Et lorsque j'avais eu, et je raconte dans ce livre, deux conversations téléphoniques avec Donald Trump, j'avais tout de suite compris de quoi il s'agissait. Il ne parlait que d'argent et rarement des enjeux, y compris climatiques. Pour lui, c'était une affaire d'argent.
Et deuxièmement, il était décidé à tout changer dans l'ordre mondial qui était celui de l'après-seconde guerre. Et c'est ce qui s'est produit. Qu'est-ce qu'il a fait ? On l'a supplié de ne pas enlever l'accord sur le climat ? Il l'a déchiré. On lui a dit ne touchez pas à l'accord sur l'Iran, ça peut avoir des conséquences très graves. Et ça a des conséquences en ce moment sur le corps du pétrole. Y compris, oui, bien sûr. Et il l'a fait. Avec maintenant un régime de sanctions qui va créer de la désolation en Iran mais surtout des risques d'explosion. On lui a dit ne touchez pas aux accords commerciaux quand même parce que c'est la croissance et il y touche.
Donc c'était un personnage qui n'était pas simplement un homme venu de nulle part enfin de nulle part de sa tour en tout cas. C'était quelqu'un qui voulait changer et qui change l'ordre mondial. C'est pour ça que je dis depuis 18 mois c'était plus le même monde. Avec Obama on pouvait reprocher quelquefois de certaines non-décisions mais il était dans la démocratie il était dans le respect il était dans la tolérance et il faisait en sorte que justement la régulation soit finalement le grand principe. Là toute tentative de séduction était à mon avis assurée de l'échec. On ne peut pas séduire Donald Trump.
Il n'y a qu'une chose qu'il comprend c'est le rapport de force et de ce point de vue les Européens sont devant une grande question. Est-ce qu'ils restent divisés car ils les divisent ou est-ce que les Européens essayent de dire non vous ne pouvez plus avancer ? Et c'est je crois là non pas la recherche d'un conflit c'est l'expression que nous sommes Européens que nous avons des valeurs universelles et que nous devons faire barrage à Donald Trump.
On va continuer à commenter l'actualité avec vous François Hollande c'est l'heure du 5 sur 5 de Maxime Switek. Merci.
Merci. Merci. Merci.
François Hollande