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InterviewRTL — L'invité de 7h40 (sur Podcast)· 2 mars 2026 10 minComplaisantActualité / polémiqueInstitutions & électionsSécurité

Mariam Pirzadeh, journaliste franco-iranienne : "L'opposition est en prison"

Au micro : Thomas SotoSource d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:16OuverteRéponse partielle

    Quelles nouvelles avez-vous de vos proches en Iran ? Dans quel état d'esprit sont-ils ?

  • 0:58FerméeRéponse directe

    Ils ont peur parce qu'ils ont peur d'être touchés dans leurs immeubles d'habitation ?

  • 1:54ComplaisanteRéponse directe

    Les émeutiers, il faut les remettre à leur place. C'est ce que disait début janvier encore l'Ayatollah Khamenei.

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Que représente pour vous la mort de Khamenei ?

  • 2:40ComplaisanteRéponse directe

    Ce qu'on voit dans votre documentaire Iran, la révolte massacrée, c'est terrifiant.

  • 4:11OuverteRéponse directe

    Quand vous entendez certaines réactions en France à l'international de personnes qui disent « Oui, bon débat à Ramenei, mais quand même... »

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:32InvitéFait
    « J'ai aucune nouvelle de ma famille, puisqu'Internet a été coupé. »
  • 0:41InvitéFait
    « Là, il y a des nouvelles frappes un peu partout. »
  • 0:44InvitéFait
    « Plusieurs quartiers de Téhéran. »
  • 0:48InvitéFait
    « Très grosse frappe hier soir dans un quartier de Téhéran. »
  • 0:54InvitéFait
    « Ça veut dire qu'il n'y a pas que des cibles militaires qui sont touchées. »
  • 1:10InvitéFait
    « Un jour, j'étais convoquée par les services de renseignement. C'était derrière mon habitation. »
  • 1:23InvitéFait
    « La télévision d'État, qui est un outil de propagande très important pour le régime, a été ciblée. »
  • 1:27InvitéFait
    « Elle est hors d'état de diffusion actuellement. »
  • 2:12InvitéFait
    « Le critiqué pouvait vous mener à l'échafaud, puisqu'il y avait une fonction divine. »
  • 2:50InvitéFait
    « Quand les manifestations commencent le 28 décembre, à la base, pour des raisons économiques, puisque les gens n'arrivent plus à manger, n'arrivent plus à vivre. »
  • 3:08InvitéFait
    « A mort Khamenei, à mort le dictateur. »
  • 3:11InvitéFait
    « Il a donné l'ordre de leur tirer dessus avec des armes de guerre. Il a donné l'ordre de leur tirer dessus avec des kalachnikovs et des douchkas. »
  • 5:16InvitéChiffre
    « 500 euros la balle. »
  • 5:46InvitéFait
    « Il y a des gens aujourd'hui en Iran qui depuis deux jours pleurent. »
  • 6:03InvitéChiffre
    « On est dit que c'est 10% de la population iranienne. »

Temps de parole

  • Invité71 %
  • Présentateur24 %
  • Présentateur 25 %

4,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Thomas Soto, RTL Matin. Elle est iranienne, journaliste, rédactrice en chef à France 24. Elle a travaillé de nombreuses années dans le pays. Elle est aussi l'auteur du documentaire Iran, la révolte massacrée. Mariam Pirsadé, pardon, est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Mariam Pirsadé. Bonjour, merci. Quelles nouvelles déjà avez-vous de vos proches en Iran ? Qu'est-ce qu'ils vous disent ? Dans quel état d'esprit sont-ils au quatrième jour de cette guerre ?

0:22
Invité

Alors, j'ai très peu de nouvelles. J'ai aucune nouvelle de ma famille, puisqu'Internet a été coupé. Il y a quelques personnes avec qui j'arrive à entrer en contact. Et chaque jour, ils me donnent un sentiment différent. Quand Rameney a été tué, c'était la joie. On danse, on m'a dit. Et puis hier, c'était on a peur. On est en train de perdre espoir. Là, il y a des nouvelles frappes un peu partout. Plusieurs quartiers de Téhéran. Très grosse frappe hier soir dans un quartier de Téhéran. Je vois ce matin que Yazd et Ispahan, qui sont des villes historiques, très touristiques de l'Iran également, étaient touchées. Ça veut dire qu'il n'y a pas que des cibles militaires qui sont touchées.

0:58
Présentateur

C'est impossible. Ils ont peur parce qu'ils ont peur d'être touchés dans leurs immeubles d'habitation ?

1:02
Invité

En fait, le problème, c'est que personne ne sait en Iran où sont les services de renseignement, où sont les services militaires. Moi, un exemple. Un jour, j'étais convoquée par les services de renseignement. C'était derrière mon habitation. C'est-à-dire qu'ils sont absolument partout dans des immeubles. Ils se cachent. Ils se doient au milieu de la foule. Ils se doient dans les quartiers résidentiels. Pour le moment, ça semble ciblé. C'est très symbolique aussi, puisque la télévision d'État, qui est un outil de propagande très important pour le régime, a été ciblée. Elle est hors d'état de diffusion actuellement. La télévision d'État ne diffuse plus. Ne diffuse plus.

Déjà, dès les premières heures, ils diffusaient dans des studios qui n'étaient pas habituels, donc dans des souterrains, parce qu'ils avaient déjà été frappés au mois de juin dernier. On se souvient de cette vidéo hallucinante d'une présentatrice qui s'accrochait à son bureau en plein bombardement israélien, puisque c'est un outil de propagande pour la République islamique. Mais attention, très peu d'Iraniens là-bas regardent sa télévision d'État. Ils sont plutôt branchés sur les satellites.

1:54
Présentateur

Mariam Perzadeh, les émeutiers, il faut les remettre à leur place. C'est ce que disait début janvier encore l'Ayatollah Khamenei. Que représente pour vous la mort de Khamenei ?

2:04
Invité

Pour avoir vécu sous ce régime pendant cinq ans, il représente la peur, il représente la brutalité. Le critiqué pouvait vous mener à l'échafaud, puisqu'il y avait une fonction divine.

2:17
Présentateur

Un mot, une phrase, et c'était la portaison.

2:18
Invité

Une critique, oui, ça s'appelle le mot Arebé. C'est-à-dire que le critiqué pouvait vous, dans les tribunaux révolutionnaires, parce que ce sont toujours des tribunaux révolutionnaires, vous pouvez être condamné à mort juste pour l'avoir critiqué. Moi j'ai une pensée, pour tous ceux qui ont été tués ces 40 dernières années, particulièrement au mois de janvier, puisque j'ai beaucoup documenté ces massacres des 8 et des 9 janvier, qui sont les plus grands massacres.

2:37
Présentateur

Ce qu'on voit dans votre documentaire, Iran, la révolte massacrée, qu'on peut voir sur le site de France 24 ou sur Youtube, ça dure une demi-heure. C'est absolument terrifiant, et on s'aperçoit que la terreur qui a régné là-bas ces dernières semaines dépasse l'entendement, vraiment.

2:50
Invité

Bien sûr, et c'est la manière de fonctionner, puisque quand les manifestations commencent le 28 décembre, à la base, pour des raisons économiques, puisque les gens n'arrivent plus à manger, n'arrivent plus à vivre, et que tout le monde les rejoint. Il y avait la jeunesse d'Iran qui était dans la rue pour demander la liberté. Ils étaient à main nue pour manifester contre ce régime, et son nom était scandé dans les manifestations. A mort Khamenei, a mort le dictateur. Il a donné l'ordre de leur tirer dessus avec des armes de guerre. Il a donné l'ordre de leur tirer dessus avec des kalachnikovs et des douchkas.

Et donc, les manifestants qu'on a réussi à joindre, nous décrivent des scènes de chaos, des médecins. Des médecins qui nous disent, on n'a jamais vu ça. Des scènes terribles. Qui sont ces gens pour qu'ils soient massacrés à ce point-là ? Donc, il représente tout ça. Il représente cette répression. Il représente un homme qui est resté dans le passé alors que son pays était dans la modernité. La société iranienne est une des plus modernes du Moyen-Orient qui a aspiré à une vie normale. Et il a refusé de faire basculer l'Iran dans la modernité. Donc, Khamenei, c'était tout ça. Donc, effectivement, même moi, j'ai du mal à parler de lui au passé parce qu'il a...

3:52
Présentateur

Il vous fait encore peur, même maintenant qu'il est mort ?

3:53
Invité

Alors, maintenant, je suis en France. Mais bien sûr, son portrait est partout. Son portrait est partout en Iran, à côté de Khomeini, qui est le fondateur de la République islamique. Et d'ailleurs, en 2022, au moment des manifestations de Marsa Amuni, vous avez cette photo iconique de Lyssen qui font des doigts d'honneur à son portrait.

4:11
Présentateur

C'est vraiment... Et quand vous entendez, pardon, mais quand vous entendez certaines réactions en France à l'international de personnes qui disent « Oui, bon débat à Ramenei, mais quand même... » Mais le droit international. Mais quand même le droit international. Ça vous met dans quel état, j'allais dire ? Vous le comprenez ou vous dites « Non, ces gens ne savent pas de quoi ils parlent ? »

4:26
Invité

Alors, ils ne savent pas de quoi ils parlent, mais je le comprends parce qu'on vit dans un monde qui est régi par des lois internationales. Mais on a vu ces derniers temps, quand même, que l'ONU ne sert pas à grand-chose. Moi, j'étais très déçue de la réaction de l'ONU qui, au moment de ces massacres, disait « On suit la situation, nous condamnons la violence du régime. Mais qu'est-ce qu'elle peut faire de plus, finalement, l'ONU ? » Je comprends, mais attention que cette cause iranienne... Il ne faut pas oublier que derrière, il y a 90 millions d'Iraniens. Il ne faut pas oublier le peuple iranien.

Et si jamais ils sont sacrifiés sur l'autel de velléité politique dans un contexte électoral en France, c'est ça qui me fait peur. C'est ça qui m'énerve, en fait.

5:01
Présentateur

Alors, je vais redonner un détail glaçant de votre documentaire. On y apprend qu'après avoir abattu les innocents, les autorités ont fait payer à leurs parents les balles que leurs enfants avaient dans la peau. C'est-à-dire qu'ils comptaient le nombre de balles sur les cadavres et ils les faisaient payer.

5:14
Invité

Oui, et ils les faisaient payer très cher. 500 euros la balle.

5:16
Présentateur

500 euros la balle pour avoir le droit de récupérer la dépouille.

5:18
Invité

Sinon, il fallait dire que votre enfant était un bas-sige, donc celui qui avait tué ses manifestants pour faire gonfler les chiffres du régime. C'était pour montrer le cynisme total de ce régime, bien sûr.

5:30
Présentateur

Mais ce régime aujourd'hui, il est décapité, mais il n'est pas tombé. Est-ce que c'est un pays quasi unanime qui veut sa chute, ou est-ce que le pays est divisé ?

5:37
Invité

Non, il faut quand même dire ce matin aux auditeurs qu'il y a une partie, une minorité, très infime minorité des Iraniens qui soutiennent encore ce régime. Il y a des gens aujourd'hui en Iran qui depuis deux jours pleurent. Le guide suprême, il faut aussi le dire, ce n'est pas 100% de la population iranienne qui est en train d'exulter de joie de voir ce dictateur tomber qui était quand même le dirigeant qui a exercé le plus longtemps, au Moyen-Orient, en 37 ans de pouvoir. Mais c'est une infime minorité. On est dit que c'est 10% de la population iranienne.

6:06
Présentateur

La rue iranienne soutient l'opération israélo-américaine ?

6:08
Invité

Alors, elle ne peut pas le soutenir publiquement. Aujourd'hui, les seules images que vous avez qui sont retransmises sur les feeds, les agences, ce sont des personnes qui font le deuil d'Ali Khamenei. Ceux qui sont sortis spontanément le soir de l'annonce de sa mort, aujourd'hui, se cachent parce qu'ils ont peur d'être arrêtés. Ils n'ont pas le droit de pouvoir montrer leur joie. Donc, c'est une infime minorité. C'est 10% de la population. C'est trois catégories. Il y a ceux qui croient encore à l'idéologie de la République islamique, qui soutiennent cette idéologie.

Il y a ceux qui profitent de ce système qui n'ont aucun intérêt à ce que ce régime tombe et d'autres qui sont obligés de se rendre dans ces manifestations puisque c'est un système économique quasi communiste avec beaucoup de fonctionnaires. Donc, ils sont obligés d'aller faire gonfler les rangs dans les manifestations pour montrer qu'il y a du monde dans les rues.

6:54
Présentateur

Et l'appel à la population iranienne à descendre dans la rue et à renverser le régime des Mollahs qui a notamment été lancé par Trump et Netanyahou, vous pensez qu'il peut être entendu parce que ces gens qui sortent dans la rue, on leur tire dessus à balles réelles ?

7:04
Invité

Bien sûr, mais ils l'ont entendu au mois de janvier. Vous savez, quand ils sortent les 8 et 9 janvier, Trump leur dit « Allez, reprenez vos institutions, l'aide arrive, l'aide s'est transformée. On négocie avec les Iraniens à Oman. » Donc, bien sûr qu'il a entendu l'appel. Mais comment ? Ils n'ont pas d'armes, les Iraniens. Ils sont à main nue, en fait, quand ils manifestent. Comment reprendre les institutions ? Parce qu'attention...

7:22
Présentateur

Ils sont organisés. Il y a une forme de résistance iranienne ou pas ?

7:25
Invité

Alors, non, ce n'est pas structuré. L'opposition iranienne est en prison pour beaucoup. N'oublions pas qu'il y a la prix Nobel de la paix, Nargaz Mohamadi, qui est en cellule d'isolement actuellement, qui est en très mauvaise santé. Il n'y a pas de structure, mais il y a une envie commune de voir, évidemment, ce régime tomber. Mais comment ? Parce que même si Khamenei est mort et il est grand commandant des gardiens de la révolution, ça reste un régime qui est théocratique et militaire. Les gardiens de la révolution sont extrêmement puissants. Et s'il faut entraîner l'Iran dans le chaos pour rester au pouvoir, ils le feront.

7:54
Présentateur

Dernière question. Que pèse le fils du chat d'Iran ? Il vit en exil, il a pris la parole. Il faut aussi souvenir que le régime du chat avant la révolution islamique, c'était aussi un régime autoritaire.

8:04
Invité

C'était un régime autoritaire parce que la révolution n'est pas arrivée de nulle part. Il y avait des millions d'Iraniens qui demandaient sa chute. Alors, on lui pose souvent la question de dénoncer les crimes perpétrés par la police politique de son père, la SAVAC. Écoutez, moi, je pense qu'il faut se faire le porte-voix des Iraniens. Ils se sont fait tuer aussi pour avoir créé son nom dans les rues les 8 et les 9 janvier. « Pallavi revient » ou alors « Javitsha » qui était un slogan très répandu. Alors, pas partout en Iran, pas par exemple dans le Kurdistan ou dans le nord de l'Iran. Mais « Javitsha » ça veut dire « longue vie au roi ».

Donc, s'il peut représenter une transition comme il la présente, c'est-à-dire que lui, il dit qu'il va faire la transition, qu'il va laisser le choix aux Iraniens de choisir une république ou une monarchie.

8:50
Présentateur

Merci beaucoup à vous, Marianne Pirzadé, pour ce témoignage très fort. Vraiment, je vous invite à aller voir ce film « Iran, la révolte massacrée ». Ce n'est pas mettre devant tous les yeux, ce n'est pas pour les enfants. Non, c'est difficile à voir. Mais c'est la réalité qu'il faut regarder en face sur le site de France 24. On a une pensée pour tous les Iraniens et aussi pour nos deux ressortissants ex-otages, Cécile Collère et Jacques Paris, qui sont eux toujours bloqués à Téhéran dans ces conditions très difficiles. À 7h52, on fait un point, notre fil rouge sur les dernières évolutions de la situation sur place et dans la région. Et vous, Mourad Jabari ? Oui, le Moyen-Orient s'embrase.

Il y a des explosions auprès de l'aéroport de Erbil. C'est en Irak. Il y a des explosions qui sont entendues à Jérusalem. Il y a aussi des tirs, des missiles qui ont été lancés cette nuit d'Israël vers le Liban, pour viser le Hezbollah. Il y a 31 morts et 149 blessés. C'est un premier bilan provisoire. Il y a aussi des frappes sur l'ambassade du Koweït, l'ambassade américaine. Et les Américains demandent de ne pas se rendre à l'ambassade. Voilà.

Mariam Pirzadeh, journaliste franco-iranienne : "L'opposition est en prison" · Pourquijevote