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interviewLe Média (sur YouTube)· 2 avril 2026 16 min

DE RETOUR DE CUBA, LES VÉRITÉS D’UNE EURODÉPUTÉE INSOUMISE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Que devient le peuple cubain suite au blocus décidé par Donald Trump ? Le 29 janvier, le président américain signe un décret interdisant toute livraison d'hydrocarbure à Cuba par les pays tiers sous peine de droits de douane supplémentaire. Depuis l'enlèvement par les États-Unis du président vénézuezuéen Nicolas Maduro le 3 janvier, l'économie cubaine a été durement touchée.

Le Venezuela, producteur majeur de pétrole, était un allié de Cuba. Aucune carhison de pétrole n'a été importée sur l'île depuis le 9 janvier. En plus des coupures quotidiennes d'électricité, les prix du carburant flambé, ce qui impacte les prix de l'alimentation, la disponibilité des transports, mais surtout les hôpitaux.

Des milliers d'interventions chirurgicales ont été reportées au cours du dernier mois et des personnes ayant besoin de soins, des patients atteints de cancer aux femmes enceintes se préparant à l'accouchement ont été mises en danger en raison du manque d'électricité pour faire fonctionner les équipements médicaux et assurer la chaîne du froid pour les vaccins, a précisé l'Organisation mondiale de la santé. Hier, un pétrolier russe est arrivé sur l'île, ce qui pourrait atténuer la crise pendant un temps. On en parle tout de suite avec Emma Fouro, eurodéputé et lesfilli de Left qui était à Cuba la semaine dernière dans le cadre d'une mission humanitaire.

Bonjour Emma. Bonjour. Euh, tu étais à Cuba la semaine dernière.

Est-ce que tu peux nous faire un petit état des lieux de la situation sur place ? Effectivement, je suis partie à Cuba avec euh le convoi international de solidarité avec Cuba. Donc, il y avait un convoi européen et donc avec des organisations syndical, politique euh pour justement euh apporter notre solidarité avec le peuple cubain.

Et ce qu'on a vu euh c'est sans précédent parce que on le sait, Cuba est sous blocus États-Unis depuis 60 ans. Euh, le peuple cubain est résilient et a appris à vivre avec. Mais là, on parle d'une crise humanitaire sans précédent avec un risque d'effondrement.

Parce que quand on parle de blocus énergétique, évidemment, ça impacte absolument tous les secteurs, donc les hôpitaux, les écoles, les transports en commun, absolument tout avec une crise alimentaire aussi par-dessus. Donc ce qu'on a vu par exemple dans les hôpitaux, c'était des médecins qui étaient totalement dépassés parce que quand on parle du système de santé cubain, normalement c'est un exemple pour le monde entier avec justement un système de santé qui est universel et qui est gratuit avec des médecins qui sont extrêmement bien formés. On nous parle aussi d'une relation entre médecin et patient qui est extraordinaire, qui est un modèle pour le monde entier avec notamment des médecins qui quand il y a des catastrophes sanitaire euh ou naturel par exemple exactement sont allés en Italie notamment pour aider les hôpitaux donc avec vraiment un système extrêmement performant mais qui là est totalement menacé parce que manque de médicaments à cause du blocus.

Si il y a une une machine qui est cassée, qui nécessite une pièce et bien elle ne peut plus l'importer. Et donc on parle très concrètement de médecins qui de plus en plus doivent trier des patientes et des patients alors qu'on parle de cas qui sont tout aussi important à traiter. Si nous on a par exemple visité un hôpital justement spécialisé dans le cancer, il nous disait que avant pour les enfants atteints de cancer, il pouvaient soigner 80 % de ses enfants, on est tombé à 65 %.

Donc on a des enfants qui très concrètement meurent parce que il n'y a plus les médicaments nécessaires. Donc on voit toute la violence de la politique de Donald Trump qui est totalement illégal contraire au droit international et qui s'en prend concrètement aux enfants. On a visité une école avec euh spécialisée dans justement les enfants sourds et malentendants, y compris leur appareil auditif et bien il y a même plus de batterie pour les faire fonctionner.

Enfin ça impacte vraiment chaque secteur de la vie. Quand je vous parlais notamment des hôpitaux, bah les médecins, ce sont des habitants comme les autres qui donc ne peuvent pas se rendre au travail puisqu'il n'y a plus de carburant. Donc euh vraiment ça impacte absolument tous les secteurs et c'est une situation qui est dramatique mais qui a évidemment euh un début qui est politique.

C'est pas une catastrophe naturelle, c'est vraiment une asphyxie décidée par Donald Trump et les États-Unis. Ouais. La souffrance du peuple cubin, tu tu l'as documenté, mais aussi de nombreux experts en parlent depuis ce depuis ce ce nouvelle étape du blocus décidé par Donald Trump.

Euh mais on a l'impression que médiatiquement, il y a pas un énorme relais en Europe. Toi qui est au Parlement européen, est-ce que vous arrivez à trouver des des des points de convergence avec d'autres groupes pour évoquer ce sujet ? C'est très compliqué parce que du coup moi je siège au groupe de The Left donc c'est 46 députés donc c'est 6 % du Parlement européen hein, ça fait pas une majorité sur la politique internationale. et on le se sent très seul parce que à la fin on a la droite et l'extrême droite qui est idéologiquement de toute façon totalement arrimé à la politique états-unienne.

Et on a des groupes, les verts et les socialistes, qui sont à minima lâche et qui du coup ont une parole qui qui est inaudible au Parlement européen parce que encore une fois à la politique extérieure des États-Unis. Et on le voit très clairement dans les votes parce que au Parlement européen, on a régulièrement des résolutions et pendant la première année de mandat, on a eu 30 résolutions contre la Russie mais aucune résolution contre les États-Unis. Donc, on voit vraiment une politique à géométrie variable avec une incapacité de l'Union européenne à critiquer la politique états-unienne alors qu'elle est en violation flagrante des droits humains.

Euh, les États-Unis aujourd'hui sont la principale force de déstabilisation du monde, la première menace euh pour la paix. On le voit au Moyen-Orient avec l'Iran, avec Gaza, avec le Liban. On le voit aussi, y compris en Europe avec les déclarations très agressives sur le Groenland.

On le voit aussi évidemment en Amérique latine avec le Venéela. maintenant avec Cuba et l'Europe se paralyse. Elle n'a pas le courage de critiquer, de condamner la politique états-unienne et d'instaurer un vrai rapport de force pour faire respecter la paix et le droit international.

On a l'impression aussi que l'impérialisme américain est rarement qualifié comme tel dans les médias. En tout cas, il y a pas de s il y a il y a une un sous-traitement de ce de ce de ce de cette question et de ce mot globalement. Alors que là pour le coup, que ce soit à Venezuela, au Venezuela ou à Cuba, il y a vraiment un objectif, il y a vraiment un objectif impérialiste.

Exactement. On le voit dans le traitement médiatique avec le vocabulaire qui est utilisé, qui euphémise absolument tout. Alors que encore une fois, Donald Trump mène une politique qui est criminelle.

à Cuba, sa politique est en train de tuer. Quand les États-Unis soutiennent Israël dans le génocide à Gaza, concrètement, on tue des hommes, des femmes et des enfants. Euh, évidemment, si ça avait été un autre état, on aurait eu un autre discours médiatique.

Mais quand c'est les États-Unis, on est incapable de nommer les choses, on est incapable de condamner, y compris euh au Parlement européen. On vient de voter la semaine dernière un accord commercial totalement défavorable à l'Union européenne avec les États-Unis. Donc au lieu de de d'instaurer un rapport de force y compris sur le terrain économique, mettre une pression, ouais, on fait l'inverse, c'est qu'on est en train de se coucher devant les États-Unis, on est en train d'instaurer une nouvelle dépendance économique avec les États-Unis alors que les États-Unis, eux, appliquent et taxent les produits européens à hauteur de 15 %, mais nous là, on vient de voter en accord pour enlever des taxes sur tout un tas de produits agricoles et industriels.

Donc, on est en train de de on n'est même pas sur le statut quo on est en train d'aggraver notre dépendance aux États-Unis. Donc c'est évidemment un message terrible qui est envoyé à Donald Trump à savoir continue, nous on ferme les yeux, continue à attaquer euh tous les pays du monde. Euh vous ne trouverez pas l'Union européenne sur votre chemin.

Mais c'est pas le rôle ni de la France ni de l'Union européenne. On devrait être une voie alternative pour la paix, pour défendre encore une fois le droit international qui est aujourd'hui totalement décrédibilisé, notamment à cause de la France, notamment à cause de l'Union européenne. Et donc notre rôle ce devrait être y compris au Parlement européen, de défendre le droit international.

Quand on parle de Cuba, ça fait 33 ans que l'Assemblée générale des Nations- Unies demande la levée du blocus États-Unis parce qu'il est illégal, parce qu'il s'en prend à la population. Et la France devrait pousser en ce sens, devrait condamner justement. Ouais.

La France enfin depuis depuis sa mise en minorité au Parlement, Emmanuel Macron se veut se créer une stature internationale et se se met à s'occuper des des questions internationales. Quel rôle doit jouer la France dans ce contexte de rapport de force avec les États-Unis ? Il y en a-t-il un euh que tu observes euh et on l'entend rarement des responsables gouvernementaux en France parler de Cuba.

Déjà, la France devrait condamner officiellement le blocus pétrolier énergétique mis en place depuis janvier parce qu'encore une fois, il est criminel, il est contraire Rodron International, il s'en prend à une population, il s'en prend à des enfants. Donc déjà être très clair sur cette condamnation et évidemment la France doit venir en aide à Cuba. C'est ce que c'est ce qu'a fait la France quand il y a eu justement une catastrophe naturelle en octobre à Cuba.

Mais là, on est sur une catastrophe qui est organisée politiquement, qui est meurtrière. Et donc la France devrait apporter son soutien, y compris matériel à Cuba. La France devrait défendre le droit international de manière générale.

Et on voit que là, on fait exactement l'inverse, c'est que il y a peu, on la France a quand même demandé la démission d'une rapporteur spéciale des Nations- Unies sur les territoires occupés en Palestine sur la base de propos mensongers déformés. Donc, on s'en est pris à l'ONU directement alors qu'on devrait au contraire défendre le droit international maintenant plus que jamais. Et on voit que la France se couche complètement, est une alliée des États-Unis, est incapable de mettre en place ce rapport de force justement et à commencer par Cuba où justement on peut venir en aide à Cuba, instaurer un rapport de force diplomatique, économique vis-à-vis des États-Unis, mais pour l'instant la France est inaudible et elle ne se fait pas respecter en faisant ça, y compris il suffit de voir les déclarations de Trump sur Macron.

On voit bien qu'il le prend pour un idiot. Donc le fait de se coucher ne lui vaut même pas une caresse de la part de son maître. Donc c'est c'est vraiment le le ridicule pour la France évidemment, c'est la France de Macron.

Nous évidemment avec la France soumise, on mènerait une autre politique internationale qui redorerait la diplomatie française qui doit être au service de la paix parce que y compris on a une jeunesse en France qui ne veut pas faire la guerre et si on veut préparer la paix, on prépare la paix, on prépare pas la guerre. Et on voit qu'il y a une voilà une montée en tension, des discours qui nous font mettre dans la tête petit à petit que la guerre est inéluctable partout, qu'il faut s'y préparer. Non, en fait, on doit préparer la paix et la France aujourd'hui ne le fait pas.

Les ambitions coloniales de Trump sont pour le coup assumées. Suite à l'enlèvement de Maduro, il avait il s'était déclaré même président du Venezuela pendant un temps. Que veut-il faire de Kuba selon toi ?

Pour moi, là, on est sur peut-être deux questions différentes parce que autant avec le Venezuela, avec le Groenland, on a des enjeux qui sont stratégiques, qui sont miniés notamment à Cuba, on voit que c'est plutôt un enjeu idéologique de détruire ce qui résiste à l'impérialisme états-unien depuis maintenant plus de 60 ans, c'est détruire l'héritage de la révolution et autant à son premier mandat, il avait pas Cuba en ligne de mire, autant maintenant avec monsieur Rubio qui est donc secrétaire d'État États-Unis et qui est d'origine cubaine, on voit là qu'il y a une volonté de vengeance sur le peuple cubain parce que il résiste et il propose une autre politique he je le disais en matière de santé d'école, on est sur un modèle qui est gratuit universel et qui est donc une autre voie à la misère que nous promet le capitalisme. Et donc il y a un enjeu là de de détruire le peuple cubain et Donald Trump le verbalise. C'est pas une interprétation, c'est qu'il dit clairement qu'il veut asphyxier le pays, asphyxier la population pour le punir d'avoir pris une autre voie que celle empruntée par les États-Unis.

Le le on revient en arrière sur la mission que tu as que tu as mené, c'était quoi les objectifs de cette mission humanitaire ? Donc c'était à la fois une mission humanitaire parce qu'on a livré de l'aide humanitaire notamment médicale euh à plusieurs hôpitaux qu'on a pu visiter. Mais c'est aussi évidemment message politique de montrer qu'il y a une fraternité, une solidarité entre les peuples et que quand parfois les États font défauts et bien il y a toujours la solidarité des peuples qui se met en route de la même manière que les flottilles pour Gaza montrent cette solidarité par-dà nos dirigeants.

C'était aussi le même message pour dire que Cuba n'est pas seul, que on ne va pas laisser cet isolement médiatique s'opérer, cet isolement politique et que il y aura toujours des amis auprès de Cuba pour défendre à la fois son modèle sur la santé, l'éducation, mais pour dire que dès que il y a une attaque impérialiste comme ça, on doit se dresser face à ces attaques parce que il y aura d'autres pays qui seront aussi les prochains sur la liste. Si on narrête pas maintenant l'impérialisme états-unien, il va continuer à avancer. Et donc c'est aussi pour ça qu'on interpelle les chefs d'état pour leur dire mais vous jouez un jeu extrêmement dangereux et peut-être que vous ne vous intéressez pas à Cuba mais demain ce sera un autre pays et on le voit avec le Groenland c'est le seul moment où on a eu un petit micro sursaut de réaction parce que via le colonialisme du Danemark le Groenland est rattaché pour le moment à l'Europe et donc il y a eu des petites microréactions qui ont duré 2 jours.

Mais on aurait dû réagir déjà avec le génocide à Gaza. On aurait dû réagir avec le kidnapping d'un chef d'état, avec la guerre au Moyen-Orient. Enfin, c'est parce que on laisse tout ça affaire que Trump continue à avancer sereinement parce qu'il n'a personne sur sa route au niveau européen.

Le tu as rencontré des gens sur place, tu as visité des hôpitaux, c'est quoi le message qu'il qu'ils t'ont transmis ? Qu'est-ce que qu'est-ce que tu as ramené de là-bas en terme de de de message ? Ils nous ont dit qu'il continueraiit à lutter jusqu'au bout.

Et quand on voit par exemple les hôpitaux, ils ne tiennent que parce que les médecins ont cet amour du métier, cette volonté de soigner. Mais ils nous disent aussi que ça peut pas durer indéfiniment parce qu'à un moment quand il y a plus de médicaments, il y a plus de médicament. Quand il y a plus de matériel, il y a plus de matériel.

Quand il y a plus de carburant, il y a plus de carburant. Donc évidemment, ils nous disent qu'ils font tout ce qu'ils peuvent sur place et que encore une fois le peuple cubain et résilient a appris à vivre avec ce blocus mais que là l'attaque est sans précédente, qu'on est vraiment au bord d'un effondrement et qu'il y a donc besoin d'une action extérieure politique de pression sur les États-Unis pour que les États-Unis renoncent à ce blocus. Donc évidemment la situation est très très difficile quand moi j'y étais en une semaine, on a eu deux coupures générales d'électricité.

Donc il faut quand même se rendre compte qu'on était à la Havane, donc dans une capitale. Les rues étaient désertes, silencieuses, plongées dans le noir. C'est assez effrayant de de voir ça, que la la vie est complètement coupée et que évidemment ce blocus atteint aussi pèse sur le moral des habitants des habitants parce qu'il faut se figurer une vie quotidienne quand il y a pas d'électricité, pas de carburant, quand il y a très peu d'alimentation, quand il y a un accès très difficile à son travail, à l'école, y compris à l'école, il y a des enfants qui n'ont pas de professeur devant eux parce que les professeurs ne peuvent pas se rendre sur leur lieu de travail.

Il faut vraiment voir que tous les aspects de la vie sont affectés de manière terrible, que ça peut aller que en s'empirant si la situation n'est pas réglée. Et donc c'est vraiment un devoir pour tous les États d'agir. On peut pas laisser un président asphyxier un peuple pour raison idéologique parce que monsieur Trump n'aime pas le communisme.

Bah c'est son avis personnel mais ça doit pas donner lieu à ce blocus qui est encore une fois totalement illégal. Pour finir, le le groupe de Left était représenté pour cette mission euh et vous étiez au côté de de plusieurs autres organisations. Est-ce que vous avez été en contact avec la diplomatie européenne ou la diplomatie française ?

Est-ce qu'il enfin comme à l'époque des flottis est-ce pour Gaza ? Est-ce qu'ils ont ils ont pris ça ils vous ont contacté ? Ils ont essayé de de d'avoir des informations ou pas du tout ?

J'ai pu rencontrer euh l'ambassadeur français euh à Cuba qui reconnaît que la situation est dramatique, mais euh officiellement la France euh ne joue pas dans le rapport de force contre les États-Unis. Donc euh on voit qu'il y a un malaise mais que pour l'instant il y a aucune réaction à la hauteur de la situation. Donc euh évidemment les diplomaties de nos différents états étaient au courant de notre venue, mais euh on était quand même assez seul dans dans ce travail et c'est justement quand les peuples se mettent en route, c'est parce que les États font défaut.

C'est c'est ça devrait pas forcément être notre travail d'aller à Cuba pour alertir sur la situation. Normalement, on a des chefs d'État qui devraient le faire mais qui aujourd'hui ne sont pas à la hauteur de la situation. Merci beaucoup Emma Four, eurodéputé les fillèves d'avoir été avec nous aujourd'hui.