Rencontre Trump-Poutine en Alaska : "Un sommet de représentation" des "deux co-princes du monde"
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Questions et réponses
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Ce qu'on sait ce matin, c'est qu'on ne sait pas grand-chose de plus qu'avant cette rencontre, Elsa Vidal ?
- 1:48OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on peut imaginer, Bertrand Badic, que c'est une première étape ?
- 4:15OuverteRéponse directe
David Turtrey, vous partagez cette analyse de sommet de représentation, selon vous ?
- 5:44OuverteRéponse directe
Est-ce que là aussi, vous reprenez cette dimension de sommet de représentation finalement, ce n'était pas que pour parler de l'Ukraine, c'était aussi pour s'afficher avec Vladimir Poutine et afficher cette relation ?
- 8:11OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui vous a marqué dans cette séquence diplomatique que l'on a vécue cette nuit en Alaska ?
- 14:40OuverteRéponse directe
Vladimir Poutine a dit aussi, nous espérons que l'entente que nous avons conclue, donc il parle bien d'entente entre lui et Donald Trump, ouvrira la voie à la paix en Ukraine. Est-ce qu'il y a tout de même un changement de langage, comme le disait Elza Vidal, par rapport au conflit ukrainien ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:07InvitéFait
« Donald Trump parle d'une réunion très productive, une atmosphère constructive et de respect mutuel, dit Vladimir Poutine. »
- 1:53InvitéFait
« Il y avait ces derniers jours une fièvre absolument incroyable. On nous expliquait, j'ai entendu des phrases étonnantes, que les deux hommes allaient refaire le monde, redessiner la carte du monde, mettre fin à la guerre, etc. »
- 3:14InvitéFait
« C'était avant tout un sommet de représentation. Il fallait montrer que Poutine et Trump étaient les deux co-princes du monde. »
- 3:21InvitéFait
« Il fallait montrer que Poutine pouvait se déplacer dans le monde sans être menacé par les mandats d'arrêt lancés par la Cour pénale internationale. »
- 5:12InvitéFait
« Sergei Lavrov, le vieux routier de la diplomatie russe, avait dit dès avant le sommet qu'il n'y aura rien de signé à l'issue de ce sommet. »
- 5:53InvitéFait
« Il a parlé de cesser le feu à plusieurs reprises en disant que c'était son objectif. »
- 7:37InvitéFait
« Donald Trump n'a pas pu s'empêcher de faire une sorte de débriefing général sur Fox News, évidemment, de la rencontre. Et lors de ce débriefing, il a dit non, pas de sanctions supplémentaires, ce n'est plus le moment, ça s'est bien passé. »
- 8:32InvitéFait
« J'ai trouvé le président Poutine véritablement jubilatoire. Il n'est pas souvent, mais il avait vraiment toutes les raisons d'être satisfait. »
- 8:46InvitéFait
« Il a parlé d'abord en premier, ce qui n'est pas véritablement l'usage. Parce que normalement, c'est l'autre qui s'exprime en premier. »
- 8:51InvitéChiffre
« Il a parlé 70% du temps. »
- 9:04InvitéFait
« Il a repris les thèmes habituels sur les demandes légitimes de sécurité de la Russie et la nécessité de traiter les causes profondes du conflit. »
- 10:04InvitéFait
« La pression va s'exercer sur l'Ukraine et les Européens. Et le président Trump a dit, j'espère qu'ils ne vont pas le torpiller. »
- 21:28InvitéFait
« l'agence France-Presse nous apprend que la Russie a lancé 85 drones et un missile sur l'Ukraine pendant cette nuit. »
Temps de parole
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Un peu moins de 3 heures de discussion, donc des déclarations devant la presse sans question de quelques minutes seulement et aucune annonce concrète à propos de la guerre en Ukraine. Vladimir Poutine et Donald Trump se sont entretenus comme prévu sur une base militaire près d'Ankorej en Alaska hier soir, réunion scrutée et analysée dans le monde entier et ce matin aussi sur France Inter avec nos 5 invités. A mes côtés, en studio, Bertrand Baddy, bonjour. Bonjour. Professeur de relations internationales à Sciences Po Paris, David Tortry, bonjour. Bonjour.
Docteur en géographie, spécialiste de la géopolitique russe et en ligne avec nous à distance, Elsa Vidal, journaliste spécialiste de la Russie et de l'ex-URSS. Corentin Sélin, historien spécialiste des Etats-Unis et Pierre Lévy, ancien ambassadeur de France en Russie de 2020 à 2024. Bonjour à tous les trois et merci d'être tous là ce matin. Pas de cessez-le-feu, donc pas d'annonce de réunion tripartite avec Volodymyr Zelensky, pas un mot non plus sur les territoires ukrainiens annexés par la Russie. Donald Trump parle d'une réunion très productive, une atmosphère constructive et de respect mutuel, dit Vladimir Poutine. Une déclaration convenue devant les journalistes.
Ce que l'on sait ce matin, c'est qu'on ne sait pas grand-chose de plus qu'avant cette rencontre, Elsa Vidal ?
Oui, ce qu'on sait ce matin, c'est qu'il y a eu beaucoup d'efforts diplomatiques et protocolaires déployés, beaucoup de concessions faites à Vladimir Poutine sans qu'il y ait pour autant de concrétisation des attentes de Donald Trump, malheureusement.
Donald Trump était très pressé avant la réunion, comme toujours, de trouver un accord. Il n'en est rien. Est-ce qu'on peut imaginer, Bertrand Badic, que c'est une première étape ? D'abord, ça nous ramène aux réalités. Il y avait ces derniers jours une fièvre absolument incroyable. On nous expliquait, j'ai entendu des phrases étonnantes, que les deux hommes allaient refaire le monde, redessiner la carte du monde, mettre fin à la guerre, etc. Rien de tout ça s'est produit et personnellement, ça ne m'étonne pas du tout. C'est le contraire qui eût été étonnant.
Du temps où il y avait, et il y en a eu de nombreux, des sommets américano-soviétiques, puis quelques sommets américano-russes, il n'y avait jamais de décision spectaculaire, sauf sur le registre bilatéral en matière de désarmement. Beaucoup de ces sommets, notamment Reagan-Gorbachev, ont pu ainsi faire progresser des questions de nature stratégique et bilatérale. Des grands dossiers du monde qui ont été réglés par des sommets, je n'en connais pas. Le premier grand sommet américano-soviétique, Glassboro, en 1967, Johnson-Kosigine, c'était juste après la guerre des six jours. On n'a pas pu dire une chose constructive sur la solution au conflit israélo-arabe à l'époque.
Donc effectivement, il ne fallait pas du tout s'attendre à ce genre de choses. C'était avant tout un sommet de représentation. Il fallait montrer que Poutine et Trump étaient les deux co-princes du monde. Il fallait montrer que Poutine pouvait se déplacer dans le monde sans être menacé par les mandats d'arrêt lancés par la Cour pénale internationale. Il fallait montrer que dans le conflit russo-ukrainien, on était bien dans quelque chose d'asymétrique, c'est-à-dire que c'était Poutine qui décidait de l'agenda du règlement de ce conflit et rien d'autre.
Côté américain, montrer bien entendu que le président est un faiseur de paix, montrer que l'Amérique est great again, donc capable de structurer les grandes questions internationales, rien de plus de tout cela, on est revenu aux réalités. Vous savez, la vie géopolitique, c'est fini. Le temps où deux personnages, par leur rapport de force, réglaient les problèmes du monde, si ça n'a jamais existé, en tous les cas, ça n'existe plus aujourd'hui. David Turtrey, vous partagez cette analyse de sommet de représentation, selon vous ? Je ne sais pas si c'est seulement un sommet de représentation.
Ce qui est sûr, c'est que le conflit ukrainien a différentes dimensions et c'est un conflit extrêmement complexe et dont la résolution ne peut avoir lieu en un seul sommet entre deux présidents. Effectivement, malgré leur puissance interne, ils n'ont pas la capacité de régler l'ensemble des questions. La délégation russe qui a accompagné Vladimir Poutine est une délégation de très haut niveau, donc ça signifie que les Russes pensaient véritablement parler de choses importantes. Il faut préciser que finalement, ils ne se sont pas vus en tête à tête, ils ne se sont vus qu'en délégation, ils ne se sont pas vus tous les deux.
Voilà, on peut peut-être imaginer que les conseillers de Donald Trump lui ont dit que ce serait peut-être mieux de vous appuyer quand même sur des gens qu'ils vont pouvoir avoir une certaine répartie par rapport à Vladimir Poutine. Mais ce qui est certain, c'est que Sergei Lavrov, le vieux routier de la diplomatie russe, avait dit dès avant le sommet qu'il n'y aura rien de signé à l'issue de ce sommet. Donc il avait tout de suite bien fait savoir que c'était une étape, une étape sans doute importante dans les relations américano-russes. Et d'ailleurs, c'est un point aussi important.
La partie russe a insisté sur le côté bilatéral en disant on parle avec les Américains et on ne parle pas que de l'Ukraine. Corentin Célin, là-dessus justement, Donald Trump, il est allé voir Vladimir Poutine. En tout cas, il nous a dit toute cette semaine que c'était bien pour parler de l'Ukraine. Il a parlé de cesser le feu à plusieurs reprises en disant que c'était son objectif. Est-ce que là aussi, vous reprenez cette dimension de sommet de représentation finalement, ce n'était pas que pour parler de l'Ukraine, c'était aussi pour s'afficher avec Vladimir Poutine et afficher cette relation ?
Oui, alors ce matin, la presse américaine dans son ensemble n'est pas très tendre effectivement sur entre l'annonce, les effets d'annonce, l'espèce de bouillonnement qu'il y avait eu et le résultat final. Il avait même dit, il ne fera pas trop le malin avec moi en parlant de Vladimir Poutine. Oui, effectivement, il y a un peu ce matin l'impression que la montagne activement construite a accouché d'une souris. Cependant, si on va un petit peu plus loin, pour Donald Trump, hier, il a quand même fait quelque chose qui est historiquement marquant, c'est qu'il a quand même déroulé le tapis rouge aux États-Unis pour Vladimir Poutine.
Et si on réfléchit quand même, même à courte échelle, si on pense qu'il y a six ou sept mois, il était encore, Vladimir Poutine, persona non grata, un homme, un ennemi des États-Unis, le voir ainsi accueilli en grande pompe, c'est quand même un message très fort envoyé par Donald Trump et ça confirme le basculement des alliances et de la vision du monde qui s'opère en ce moment à Washington. Par ailleurs, on a appris quelque chose d'important, mais après la rencontre, du point de vue de Donald Trump, parce que Donald Trump n'a pas pu s'empêcher de faire une sorte de débriefing général sur Fox News, évidemment, de la rencontre.
Et lors de ce débriefing, il a dit non, pas de sanctions supplémentaires, ce n'est plus le moment, ça s'est bien passé. Et donc, il y a quand même cette notion que Donald Trump, depuis plusieurs semaines, avait annoncé des sanctions terribles contre Vladimir Poutine et elles sont remises une fois de plus au calendre grec. Donc, c'est quand même, là aussi, une grande victoire pour Vladimir Poutine. On va en reparler, effectivement, de cet aspect sanctions et de savoir si Vladimir Poutine tire une quelconque victoire de ce sommet. Mais puisque Corentin Selin a évoqué le tapis rouge, il faudrait qu'on en parle avec le diplomate de ce plateau, Pierre Lévy, en tant qu'ancien ambassadeur.
Qu'est-ce qui vous a marqué dans cette séquence diplomatique que l'on a vécue cette nuit en Alaska ? J'ai trouvé le président Poutine véritablement jubilatoire. Il n'est pas souvent, mais il avait vraiment toutes les raisons d'être satisfait. Vous avez parlé de son traitement protocolaire exceptionnel. J'ai remarqué aussi que dans la conférence de presse qui était expéditive, il a parlé d'abord en premier, ce qui n'est pas véritablement l'usage. Parce que normalement, c'est l'autre qui s'exprime en premier. C'est la puissance invitante qui prend la parole en premier. Il a parlé 70% du temps.
Donc véritablement, une tribune lui a été offerte et j'ai remarqué qu'il n'a pas bougé d'un poil sur ses positions. Et en particulier, il a repris les thèmes habituels sur les demandes légitimes de sécurité de la Russie et la nécessité de traiter les causes profondes du conflit, c'est-à-dire en clair, toutes les questions de sécurité européenne. Donc vous voyez bien que la matière est extrêmement complexe. Ensuite, bien évidemment, c'est en quelque sorte le retour de la Russie ou le retour de Poutine. Comme au bon vieux temps, le t-shirt de Lavrov, SSSR, URSS, pardon, était très marquant.
Il a repris l'initiative politique en desserrant la contrainte de l'ultimatum et en écartant les sanctions. Donc il se présente comme, en quelque sorte, le camp de la paix contre l'Ukraine et les Européens. Et puis maintenant, la balle est dans le camp. La pression va s'exercer sur l'Ukraine et les Européens. Et le président Trump a dit, j'espère qu'ils ne vont pas le torpiller. Enfin, c'est véritablement... Ça me conforte dans l'analyse que j'ai depuis longtemps, qu'en fait, il n'y a pas véritablement eu de négociation depuis le début. Et que nous sommes, en quelque sorte, face à une pièce de théâtre dont le script est déjà écrit.
Alors après, il y a beaucoup de questions pour la suite sur lesquelles je pourrais revenir, parce que maintenant, il va falloir suivre attentivement la séquence sur le terrain et la séquence diplomatique. Mais tout ça laisse véritablement un goût très amer, avec beaucoup d'interrogations inquiétantes pour l'avenir de l'Ukraine et de la sécurité européenne. Bertrand Badivoulien, à Gia. Oui, je veux dire qu'il y a une double connivence entre les deux hommes.
La première de ces connivences, c'est d'un côté « make America great again » et de l'autre « make Russia great again », c'est-à-dire revêtir les habits d'un Brezhnev et d'un Nixon, de faire comme avant lorsque l'URSS et les Etats-Unis étaient les coprins du monde. La deuxième connivence, elle en découle, c'est de mettre l'Europe et les acteurs dits secondaires de côté en marge de la négociation des dossiers solides et des dossiers importants. Mais ce qui est effectivement grave dans cette affaire, c'est que Poutine a tiré de la démonstration de cette double connivence que des bénéfices, tandis que Trump a dû payer pour réaliser cette connivence une facture au coût extrêmement élevé.
quand on le voit applaudir Poutine, quand on le voit installer Poutine sous une grande banderole « pushing peace », c'est-à-dire réaliser la paix, œuvrer à la paix, quand on le voit serrer la main et bien des choses encore, oublier ce qu'il a dit il y a quelques jours, c'est-à-dire que s'il n'y avait pas de cesser le feu, il y aurait des sanctions très fortes et terribles, tout cela risque profondément de décrédibiliser le locataire de la Maison-Blanche et de le mettre dans une position de dos au mur face effectivement au grand enjeu d'aujourd'hui qui est l'avenir des alliances.
Il n'y a plus d'alliance, c'est-à-dire la notion même d'alliance qui a parcouru les siècles, c'est défaites à mesure que s'accomplissait cette connivence nouvelle. La notion de connivence est en train de remplacer la notion d'alliance. Elsa Vidal, Vladimir Poutine sort véritablement gagnant de cette séquence selon vous ?
Oui, selon moi à ce stade il a réussi en fait une double manœuvre, celle d'une part de faire des concessions langagières malgré tout, je pense que ce qui m'a le plus frappé ça a été qu'il parle de la nécessité pour l'Ukraine d'obtenir des garanties de sécurité et j'en ai été véritablement très surprise.
La sécurité de l'Ukraine doit être garantie, nous sommes prêts à travailler là-dessus a-t-il dit ?
Oui, et cela véritablement c'est une première depuis 2021, on pourrait peut-être remonter un peu avant, mais il y a, j'en ai été très sincèrement surprise, ce qui à mon sens dénotait que Donald Trump avait pris en compte des demandes des Européens et des demandes des dirigeants ukrainiens et qu'il a véritablement exercé sa demande sur Vladimir Poutine mais qu'il s'est heurté à une tradition de la diplomatie russe et soviétique et qu'il n'a pas pu faire bouger et obtenir de concessions à ce stade.
La deuxième conséquence pour Vladimir Poutine, c'est qu'il a fait donc ce travail de mise en scène qui était évoqué par Bertrand Baddy, il me semble, cette représentation, cette scène de négociation qui est absolument nécessaire pour que celle-ci ait lieu, mais il n'a rien promis, il n'y a aucune concrétisation et puis surtout, il a réussi à neutraliser l'irritation de Donald Trump qui était quand même la raison de la précipitation pour organiser ce sommet. Et donc, il s'est préservé du courroux de Donald Trump.
Vous remarquerez que, alors que ce dernier est très prompt à déclarer des droits de douane faramineux sur ses alliés, il n'y a pour l'instant aucune conséquence pour Vladimir Poutine et cela dure depuis l'entrée en fonction de Donald Trump le 20 janvier dernier.
David Turtrey, je voyais réagir sur notamment le langage. Vladimir Poutine a dit aussi, nous espérons que l'entente que nous avons conclue, donc il parle bien d'entente entre lui et Donald Trump, ouvrira la voie à la paix en Ukraine. Est-ce qu'il y a tout de même un changement de langage, comme le disait Elza Vidal, par rapport au conflit ukrainien ? Il y a des éléments de rhétorique, mais qui ne sont pas forcément totalement nouveaux dans la bouche de Vladimir Poutine. Je ne vois pas véritablement de changement majeur.
Quand on lit son discours, il revient sur la profondeur historique, ce qui est son habitude depuis bien longtemps, et qui le différencie fortement de Donald Trump, qui est dans l'instant, et je pense qu'il le joue un petit peu cet élément-là.
Ce qui est important à prendre en compte, c'est qu'il parle des causes profondes à chaque fois qu'il évoque ce conflit, qu'il parle des causes profondes du conflit, et effectivement, ça veut dire qu'il inclut le conflit ukrainien, les questions territoriales, les questions de l'Ukraine dans l'OTAN, évidemment qu'il rejette, dans des dossiers beaucoup plus larges, et qui nécessitent évidemment, je le répète à nouveau, mais des négociations de grande ampleur, et donc évidemment différentes étapes, avec à la fois un niveau politique entre les présidents, mais aussi un niveau technique, au niveau des ministres des Affaires étrangères, et des différentes instances.
Et ce que je retiens aussi de la Réunion, c'est les éléments qui ont filtré du côté de Donald Trump, quand il dit, nous nous sommes entendus sur beaucoup de choses, donc il y a a priori quand même eu des éléments concrets, et peut-être certaines avancées, peut-être certaines avancées, il faut être prudent avec Donald Trump. On ne sait pas s'il parle de l'Ukraine ou d'autre chose, également. Oui, mais là, a priori, on comprend que c'est plutôt sur l'Ukraine.
Mais il ajoute, ça va être à Vladimir Zelensky d'accepter ces conditions, et il ajoute, enfin, je ne suis pas sûr qu'il le fera, c'est-à-dire que, et ça c'est un élément, c'est un objectif majeur de la Russie, c'est d'amener, d'annoncer quelques concessions périphériques, pour amener à un moment l'Ukraine à devoir refuser un accord russo-américain, et isoler totalement l'Ukraine, et faire en sorte que les Etats-Unis disent, écoutez, c'est l'Ukraine qui refuse un accord qu'on lui a proposé de bonne foi entre Vladimir Poutine et Donald Trump, eh bien, nous nous désengageons.
Pierre Lévy, je sais que vous vouliez réagir, juste avant, Corentin Célin, peut-être là-dessus, sur le commentaire de Donald Trump, effectivement, qui remet tout de suite la pression sur Vladimir Zelensky, sur l'Ukraine, en fait, dès sa sortie de la Réunion.
Oui, oui, absolument, il l'a fait à deux reprises, il l'a refait de manière encore plus nette lors de son interview que j'évoquais sur Fox News, et vraiment, c'est le plus mauvais scénario qui se dessine pour Zelensky, parce que ce que semblait dire, lors de son interview sur Fox, Donald Trump, c'est, on a vraiment bien avancé, maintenant, c'est à Zelensky de jouer, ce qui semble amorcer, re-amorcer le scénario qu'on a déjà vu chez Trump, c'est-à-dire de rendre à la fois responsable Zelensky du déclenchement de la guerre, il l'a souvent dit, mais aussi de sa poursuite, c'est-à-dire que Zelensky, qui est pourtant l'agressé dans cette histoire, factuellement, deviendrait maintenant le point de blocage pour accéder à une paix, et c'est vraiment cette idée-là qu'on a vu défendre Donald Trump hier soir, et pour Zelensky, ça va être très compliqué, surtout si la situation militaire, comme ça semblait être le cas ces derniers jours, se détériore pour l'Ukraine, c'est-à-dire qu'on voit une sorte de double pression, un parrain américain qui l'est de moins en moins, et qui se rapproche des éléments de langage russe en disant, c'est aux Ukrainiens de faire un pas, et en même temps, une situation concrète militaire qui se détériore, et peut-être aussi à cause d'un soutien américain qui est moindre, factuellement, et qui amènerait Zelensky à accepter peut-être par exemple, les fameux échanges territoriaux.
Pierre Lévy puis Bertrand Baddy. Oui, deux remarques. D'abord, je suis très perplexe quand j'entends Vladimir Poutine parler de garantie de sécurité pour l'Ukraine. Il a des propos d'ailleurs très méprisants, on a les mêmes racines que la nation ukrainienne, ils sont très courageux et tout, mais il a déjà empoché la non-adhésion à l'OTAN, et je pense qu'il n'a aucune raison de faire la moindre concession sur ce point. Deuxièmement, je crois qu'il est très important maintenant de s'interroger aussi sur la suite.
D'abord, le président Trump a dit qu'il allait avoir des contacts avec Zelensky et puis les alliés européens, et comme vous l'avez dit, comme les intervenants l'ont dit, il va y avoir beaucoup de pression, sachant que du côté russe, on présente les Européens et les Ukrainiens comme des fauteurs de guerre, et là, il y a quand même différents cas de figure, parce que les Américains peuvent mettre la pression avec des concessions explicites sur Zelensky. Il peut dire maintenant, vous vous débrouillez absolument sans nous, ou ils peuvent dire aussi maintenant, vous vous débrouillez, on vous aidera, les Européens vont acheter du matériel américain, qu'ils vous revendront.
Donc il y a quand même différents cas de figure. Deuxièmement, deuxième point d'attention très important, c'est la suite à l'OTAN et à l'Union européenne, c'est-à-dire, est-ce que l'unité va être préservée ? Je trouve qu'on n'en parle pas assez d'ailleurs, que les Européens avec Zelensky et Trump ont plutôt bien joué en amont de ce sommet, vous voyez, pour essayer d'expliquer leur position. On va voir si tout ça a quelques portées. Troisième point, la situation sur le terrain. Il y a effectivement des avancées russes à un rythme sans précédent. Est-ce que la progression va s'accélérer, vraisemblablement ? Donc voilà les quelques points.
Mais encore une fois, je pense que le scénario est déjà écrit. Vous savez, pour Trump, c'est « fichez-moi la paix » plus que « je veux faire la paix ». Et puis donc, voilà, la prochaine étape, c'est peut-être Trump à Moscou et puis on travaille sur les relations bilatérales. Vous parliez des combats. À l'instant, l'agence France-Presse nous apprend que la Russie a lancé 85 drones et un missile sur l'Ukraine pendant cette nuit. Bertrand Baddy, vous vouliez intervenir. Oui, deux choses. La première, c'est que je suis quand même assez sensible à cette réflexion sur la sécurité.
Je partage tout à fait ce que disait Elza Vidal tout à l'heure, c'est-à-dire que c'est une concession langagière et formelle, beaucoup plus qu'une concession de fonds. Il ne faut pas se bercer d'illusions. Et là, je rejoins tout à fait ce qu'a dit Pierre Lévy. Mais il faut quand même savoir que plus on s'écarte de la question territoriale pour se rapprocher de questions globales comme la définition des conditions de sécurité, plus on rend l'espoir d'une négociation un tout petit peu plus crédible. Sur la question territoriale, tout est bloqué. Et pour un bon moment, je veux dire, la constitution de l'un et l'autre pays interdit même qu'il y ait négociation sur le sujet.
et je voudrais quand même rappeler un point d'histoire de relation internationale, c'est que le temps des transactions territoriales est passé. Regardez, depuis 1945, il y a-t-il même un traité de paix qui ait validé juridiquement une modification territoriale ? Non, ce temps est passé. On n'est plus à l'époque du traité d'Utrecht-Drastat ou du traité de Rizwick ou de Nimeg. Donc, c'est au contraire, en se saisissant de questions comme la question de la sécurité, que l'on peut trouver les moyens, je dirais, de noyer la question territoriale. Il n'y a pas d'autre solution à la guerre russo-ukrainienne qu'un Helsinki 2, c'est-à-dire une conférence sur la sécurité européenne.
Elle date de 1975, la dernière, de l'époque de la guerre froide ou en tous les cas de la bipolarité. Maintenant, les conditions ont changé, alors que rien n'a changé dans l'ordre européen. C'est peut-être le petit fil sur lequel on peut essayer de tirer. David, très rapidement. Oui, on rappellera que quelques mois avant le déclenchement de la guerre, les Russes avaient proposé aux Américains et à l'OTAN des traités portant sur l'architecture de sécurité du continent européen qui incluait un non-élargissement de l'OTAN à l'Est.
Et le drame, c'est que trois ans plus tard, avec une guerre absolument atroce, et les questions territoriales qui sont venues s'ajouter là-dessus, eh bien, on va en revenir au même point et aux mêmes questions qu'est l'architecture de sécurité en Europe. Il nous reste peu de temps. Elsa Vidal, avant cette réunion, encore une fois, Donald Trump disait la prochaine, elle devra, elle pourrait être avec Volodymyr Zelensky. Là, on comprend bien qu'il lui met d'abord la pression. Et puis, Vladimir Poutine lui a proposé de venir à Moscou. Il n'a pas refusé. Comment vous voyez tout ça ? Et quelle pourrait être la suite ? Quelle prochaine réunion ?
En principe, la prochaine réunion devrait se tenir avec Volodymyr Zelensky dans les plans rêvés par Donald Trump et par Vladimir Poutine. Certainement pas à Moscou, où cela serait un signal symbolique beaucoup trop fort de capitulation et d'inféodation de l'Ukraine qui ravérait sans doute Vladimir Poutine. Mais nous risquons, les Européens, si nous ne faisons pas preuve d'une très grande habileté, à nous retrouver dans cette position de fauteur de guerre que Vladimir Poutine aime à nous prêter et que Donald Trump pourrait également nous assigner.
Il faudra effectivement faire entendre tout ce qu'il y a de parfaitement manipulateur dans la manière dont les non-conclusions, parce que c'était une non-conférence de presse avec des non-conclusions de ce sommet, ont été présentées.
Pierre Lévy, vous vouliez intervenir. Oui, je voulais mettre l'accent sur les aspects de méthode pour qu'on comprenne vraiment bien la suite. Bertrand Baddy parlait des modules de négociation avec les territoires et les questions de sécurité. Il y en a un troisième, c'est ce que les Russes appellent la dénazification, c'est-à-dire en fait se débarrasser de Zelensky, qui peut faire partie d'un accord, mais d'une manière à la russe, c'est-à-dire des élections dans les 100 jours et puis après des élections qui sont manipulées.
Et puis deuxième remarque, il y a trois séquences, et je trouve qu'il faut faire très attention à ne pas les confondre, dans l'esprit russe et en particulier dans le discours de Vladimir Poutine le 14 juin 2024 au ministère des Affaires étrangères, qui est vraiment un texte de référence sur les positions russes. Il évoque trois séquences. Il y a le cessez-le-feu, et le cessez-le-feu, il est très conditionnel. Deuxièmement, vous avez l'accord de paix proprement dit, et puis troisièmement, vous avez le règlement des causes profondes. Et là, on tombe sur les questions de sécurité.
Et les textes qui ont été proposés à l'OTAN et aux Etats-Unis en décembre 2021 étaient bien pires que ce que disait un de vos invités, puisqu'en fait, il visait à revenir sur l'élargissement de l'OTAN de 1997. Donc vous voyez bien, on est dans une séquence qui est extrêmement complexe. Il nous reste une toute petite minute. Dernière question pour Corentin Sélin, puisque c'est un aspect qu'on n'a pas évoqué, les questions économiques. Il en a sans doute été question aussi entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Donald Trump a redit « Tout le monde veut faire des affaires avec nous ». Il est donc prêt à faire des affaires avec Vladimir Poutine.
Oui, si on était ironique, on pourrait dire que Donald Trump a de toute façon une longue expérience de faire des affaires avec la Russie. C'est peut-être d'ailleurs une des raisons de la connivence qu'évoquait Bertrand Badi. De toute façon, c'est vraiment pour Trump, on voit bien et de plus en plus dans son langage que la guerre en Ukraine n'a que trop duré et qu'elle doit cesser au plus vite pour laisser libre cours à, selon lui, ce qui est l'avenir, c'est-à-dire une coopération économique, en particulier minière par exemple, avec la Russie, refaire des affaires avec la Russie, et donc se débarrasser de ce fardeau de la guerre en Ukraine. C'est en tout cas ce que considère Donald Trump.
Mais le problème, c'est qu'en voulant arriver à cette paix à tout prix, ça conforte Vladimir Poutine parce que ça laisse le temps pour Vladimir Poutine par rapport à une forme de précipitation de Donald Trump. Merci en tout cas à tous les cinq. Merci Elsa Vidal, David Turtrey, Bertrand Badi, Corentin Sélin et Pierre Lévy d'avoir été avec nous ce matin. Bonne journée.
Merci.