Helsing s'associe à Mistral AI : "c'est une réelle volonté de créer ensemble un champion de défense européen", assure le directeur général d’Helsing France
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« Les militaires parlent de planification stratégique pour les grands chefs, d'opératif, c'est-à-dire la conduite des opérations, la conduite de la manœuvre, et puis le niveau tactique, c'est-à-dire le champ de bataille, l'engagement, le combat. »
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« Elzing a levé plus de 780 millions d'euros, ce qui, dans le domaine de la défense européenne, est unique. »
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Et l'invité éco également depuis le Grand Palais avec vous Isabelle Raymond. Oui puisque c'est un acteur de l'intelligence artificielle dans le domaine de la défense. Bonjour Antoine de Braquilange.
Bonjour Isabelle.
Vous êtes le directeur général d'Elsing, une entreprise européenne présente en Allemagne, en France, au Royaume-Uni. Vous avez conçu un logiciel embarqué dans un drone d'attaque qui a été vendu par l'Allemagne à l'Ukraine. 4000 unités, cette IA résiste au brouillage électromagnétique des Russes. Les livraisons ont déjà commencé. Alors pourquoi dans le domaine de la défense plus qu'ailleurs, il faut absolument développer une intelligence artificielle européenne ? C'est un des thèmes de ce sommet ici.
Absolument. Aujourd'hui je pense que le thème général de ce sommet c'est l'accélération, c'est l'action. Pourquoi ? Parce que l'IA fondamentalement c'est un levier stratégique majeur qui va impacter tous les pans de l'économie, tous les secteurs industriels et évidemment que la défense en fait partie. Donc nous chez Helsing on est évidemment tout à fait en ligne avec l'initiative annoncée aujourd'hui par le Président de la République.
Qui veut créer des champions européens.
Exactement, qu'il est nécessaire mais aussi possible de créer des champions européens, mais ce qui est nouveau à vocation mondiale. Et c'est ça l'importance je pense du sommet aujourd'hui.
Mais alors parce qu'effectivement on n'arrête pas de dire qu'il faut créer des champions européens, des Airbus, de ceci, de cela, mais dans le domaine militaire, dans l'intelligence artificielle de la défense, est-ce que c'est vraiment indispensable plus qu'ailleurs ?
Alors absolument, puisqu'on voit aujourd'hui que l'intelligence artificielle a un impact à différents niveaux. Le premier c'est le niveau stratégique, les militaires parlent de planification stratégique pour les grands chefs, d'opératif, c'est-à-dire la conduite des opérations, la conduite de la manœuvre, et puis le niveau tactique, c'est-à-dire le champ de bataille, l'engagement, le combat. Et aujourd'hui le théâtre ukrainien montre une dronisation de ce combat, et fondamentalement l'IA ici apporte deux choses.
La première c'est la capacité de simplifier, simplifier la prise de décision par les opérateurs humains, où l'IA traite des données massives, aujourd'hui les opérateurs sont confrontés à un véritable mur de la donnée, et puis l'IA les aide dans leur prise de décision, donc ça remet l'humain au centre essentiellement. Et puis finalement l'autre aspect c'est l'amplification. L'IA permet d'amplifier la performance des matériels, des plateformes militaires qui l'embarquent. Et les drones en est un bon exemple. Ça leur permet de naviguer, alors qu'il y a un brouillage de communication, de GPS, ça leur permet de continuer à détecter des cibles, et ils sont maintenant produits à grande échelle.
Alors aujourd'hui au sommet de l'IA vous annoncez deux partenariats stratégiques, l'un dans le domaine des satellites et l'autre avec le français, dont tout le monde parle ici au Grand Palais, Mistral. Concrètement qu'est-ce que ça vous apporte, au-delà de l'affichage ?
Alors ce n'était pas qu'un affichage, c'est une réelle volonté de créer ensemble un champion de défense européen.
Aujourd'hui tout le monde noue un partenariat avec Mistral.
Alors aujourd'hui avec Mistral nous allons travailler sur des modèles de nouvelle génération, qui vont permettre une interaction entre les hommes et les machines, dans un contexte opérationnel militaire de plus en plus complexe, où on voit des plateformes dronisées, robotisées, qui vont se multiplier. Et bien pour ça, il faut des modèles d'IA, du top niveau, pour être capable de gérer cette complexité.
Votre concurrent américain, Hondurin, lui a signé un partenariat similaire avec Opponeye, le créateur de ChatGPT. Mais quand vous, elle signe votre entreprise, elle est valorisée à 5 milliards de dollars, Hondurin, lui, elle est à 25 milliards. Vous ne faites pas le poids face aux Américains ?
Alors ce n'est pas notre conviction. On pense qu'on est là, on a démarré peut-être un petit peu plus tard, mais pour autant, les capitaux, les talents, le marché est là, en Europe. Il est possible d'accélérer. Ce partenariat avec Mistral aujourd'hui, avec Loft Orbital, dans le domaine des constellations de satellites, pour des applications de défense et de sécurité, fait non seulement d'Elzing la locomotive européenne de l'IA de défense...
Mais avec une valorisation 5 fois plus petite.
Et bien attendons de voir les évolutions dans les prochains mois.
Il ne faut pas des capitaux quand même pour se développer à la même hauteur que vos concurrents américains ?
Je rappelle qu'Elzing a levé plus de 780 millions d'euros, ce qui, dans le domaine de la défense européenne, est unique.
Seule licorne de l'IA de la défense.
Absolument. Et quand on voit les annonces du sommet, avec des 109 milliards investis en France, il n'y a qu'à y regarder, il n'y a qu'à écouter. Les capitaux sont là, la volonté est là, les talents sont là. Vous savez, dans les années 70, on parlait, au moment de la création des grands champions industriels, notamment dans l'aérospatial, de ce souffle des pionniers. Moi, je pense que ce qu'on voit ici, c'est un certain optimisme, un renouveau européen qui demande qu'à être soutenu pour que ce souffle des pionniers s'incarne dans des nouveaux champions pan-européens.
Alors, pardon de continuer à parler des Américains, mais Google, la semaine dernière, a retiré de ses lignes rouges le développement des armes ou autres technologies dont l'objectif principal est de blesser des personnes. Est-ce qu'il y a une digue qui est en train de sauter sur l'usage de la donnée et de l'IA dans le domaine de la défense ? Et si oui, est-ce qu'il faut s'en inquiéter, Antoine Debraquilange ?
Alors, je pense que cette question aux Etats-Unis date de maintenant 10-15 ans. Donc, ce n'est pas nouveau. Ce n'est pas nouveau. On avait une résistance, je dirais, de l'industrie traditionnelle de la défense américaine par rapport à l'arrivée de ces nouveaux entrants, des champions du numérique. Eh bien, on voit qu'avec ces nouveaux partenariats, Google, Enduril, Palantir, Shield AI, etc., on voit un vrai mouvement de fonds où ces acteurs de l'IA, de la donnée et du numérique se tournent vers la défense. Nous, entre eux, un certain nombre de partenariats structurants pour ramener à leur industrie, à leurs clients américains, des nouvelles capacités, cette masse à bas coût, les drones.
Et donc, je pense qu'en Europe, on a le devoir et la possibilité de créer une réponse équivalente pour avoir une autonomie stratégique.
Oui, mais si demain, vos concurrents, ce sont les GAFAM, est-ce que ça change la donne ? Si ce ne sont pas des purs players, des acteurs de la défense de l'intelligence artificielle ?
Alors, écoutez, on voit déjà ces acteurs arriver dans les grands rendez-vous de défense, notamment à l'OTAN. Je pense que l'Europe doit être au rendez-vous pour justement avoir des solutions à proposer. Non pas mettre des barrières, non pas réguler, mais proposer des solutions qui créeront de l'adhésion déjà auprès des clients militaires européens et pourquoi pas ensuite le reste de l'OTAN.
Alors, je l'ai dit en préambule, aujourd'hui, c'est l'Allemagne qui a vendu vos drones à l'Ukraine. Est-ce que vous avez, en parallèle, des contacts qui ont été noués, notamment avec les autorités françaises ?
Alors, nous sommes bien évidemment en discussion avec le ministère des Armées, qui d'ailleurs, je pense, a senti évidemment cette révolution en marche en créant l'AMIAD, ce qui montre à quel point le sujet est bien compris et saisi au bon niveau en France. Et donc, à Elzing, nous, on est présents en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, Estonie et Ukraine. Donc, on a des discussions aujourd'hui, non pas pour parler simplement d'IA, mais pour sortir de l'expérimentation et passer à l'ère industrielle, à la production, création d'usines. Et en France, c'est mon souhait, évidemment.
Et qu'est-ce que vous permet ce sommet de l'IA pendant deux jours, au-delà de la visibilité qui vous apporte ?
Je pense que c'est un marqueur important qui réunit les grands acteurs, industriels, technologiques, gouvernementaux, avec des annonces structurantes, des partenariats, où on sera attendus au rendez-vous, où on nous demande d'aller plus vite, de nouer des contacts avec les personnalités politiques pour montrer le travail que l'on fait et ensuite rentrer dans une logique de passage à l'échelle auprès de nos gouvernements, notamment en France.
Alors, dernière question, votre slogan chez Elzing, je l'ai vu sur votre site internet, c'est l'IA au service de la démocratie. Qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que c'est juste un slogan ?
Non, c'est bien plus qu'un slogan. C'est une véritable raison d'être. Pourquoi ? Parce que quand vous regardez le paysage et la fiche d'identité d'Elzing, on est dans des pays européens démocratiques. On est conscient et on est persuadé que l'IA est un outil indispensable pour renforcer nos états démocratiques, pour nous donner les moyens de nous défendre, d'avoir notre indépendance, notre autonomie stratégique face à des pôles dans le monde et parfois des pays totalitaires. Donc je pense que renforcer les démocraties, leur offrir les outils de niveau mondial est essentiel pour maintenir notre régime auquel on tient beaucoup.
Merci beaucoup Antoine de Braquilange, alors que l'on attend toujours le chef de l'État, la prise de parole ici d'Emmanuel Macron. Vous êtes le directeur général d'Elzing, une entreprise européenne spécialisée dans l'intelligence artificielle de la défense. C'est invité éco de France Info ce soir depuis le sommet de l'IA, ici sous la magnifique voûte du Grand Palais. On commence à bien connaître. Merci beaucoup Isabelle Raymond.