Élections allemandes : "La pression américaine n'a eu absolument aucun effet", estime Bernard Guetta
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:43OuverteRéponse directe
Depuis l'après-guerre, y a-t-il un tabou qui est définitivement brisé en Allemagne ?
- 1:35RelanceRéponse directe
Aucun effet ou même un effet repoussoir pour les Allemands qui auraient renoncé à voter extrême droite au profit de la CDU ?
- 1:59OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'elle peut revendiquer ?
- 2:16FerméeRéponse directe
Elle ne peut pas en faire partie, l'extrême droite de cette coalition ?
- 3:17OuverteRéponse directe
Avec qui peut-il gouverner Frédéric Merz aujourd'hui ?
- 4:35OuverteRéponse directe
Est-ce que finalement, son élection, ce n'est pas une bonne nouvelle au moment où les États-Unis dessinent un renversement d'alliance ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Invité politiqueChiffre
« Crédité de moins de 30% des voix. »
- 0:37Invité politiqueChiffre
« L'AFD, Alternative für Deutschland, 20% des voix. »
- 1:01PrésentateurFait
« L'équipe Trump martèle nuit et jour qu'il faut voter AFD, qu'il faut voter AFD, que seul ce parti peut sauver l'Allemagne, etc. »
- 1:21PrésentateurChiffre
« L'AFD, avant cela, était à 20% dans les sondages. Eh bien, au soir des résultats, l'AFD est à 20%. »
- 1:26PrésentateurFait
« Cela signifie que la pression américaine n'a eu absolument aucun effet. »
- 2:37PrésentateurFait
« L'AFD veut que l'Allemagne, voudrait que l'Allemagne sorte de l'euro. »
- 2:46PrésentateurFait
« Aucun Allemand ne le veut. Ce serait une catastrophe pour l'économie allemande, de même que le Brexit a été une catastrophe pour l'économie britannique et que plus de 60% des Britanniques regrettent aujourd'hui cette décision. »
- 4:09PrésentateurFait
« disant que sa priorité aujourd'hui était le développement d'une défense européenne autonome, et je vais le citer, une capacité de défense européenne autonome comme alternative à l'OTAN dans sa forme actuelle. »
- 5:15PrésentateurFait
« Merz a proposé, il y a quelques jours avant l'élection, que la France puisse se substituer comme protection nucléaire de l'Allemagne à des États-Unis qui se retirent. »
- 6:26PrésentateurFait
« Le président Trump a totalement décrédibilisé, et cela dès son premier mandat, mais maintenant, depuis plusieurs semaines, a totalement décrédibilisé la protection nucléaire de l'Europe. »
Temps de parole
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7h49, Hélène Philly, votre invitée et députée au Parlement européen.
Bonjour Bernard Guetta. Bonjour à vous. Eurodéputée Renew au Parlement européen, groupe auquel appartient le camp présidentiel. Merci d'être en ligne avec nous au lendemain de ces élections cruciales en Allemagne. Législatives anticipées, précipitées par l'implosion de la coalition de Olaf Scholz il y a 4 mois. L'ancien chancelier et son parti balayés hier soir. Les conservateurs de la CDU retrouvent le pouvoir, mais leur victoire n'est pas écrasante. Crédité de moins de 30% des voix. Et juste derrière, c'est l'extrême droite qui devient la deuxième force politique du pays. L'AFD, Alternative für Deutschland, 20% des voix. C'est un score inédit.
Depuis l'après-guerre, Bernard Guetta, y a-t-il un tabou qui est définitivement brisé en Allemagne ?
Écoutez, définitivement, espérons que non. Mais oui, effectivement, un tabou est tombé en Allemagne. Cela étant une remarque tout de suite. L'extrême droite allemande a effectivement doublé ses voix et ce n'est pas rien. Mais d'un autre côté, depuis maintenant plus d'un mois, l'équipe Trump martèle nuit et jour qu'il faut voter AFD, qu'il faut voter AFD, que seul ce parti peut sauver l'Allemagne, etc. Eh bien, écoutez, l'AFD, avant cela, était à 20% dans les sondages. Eh bien, au soir des résultats, l'AFD est à 20%. Cela signifie que la pression américaine n'a eu absolument aucun effet. Et il faut s'en féliciter.
Aucun effet ou même un effet repoussoir pour les Allemands qui auraient renoncé à voter extrême droite au profit de la CDU ?
Écoutez, je n'osais pas le dire parce qu'on n'a pas la preuve. Mais si vous me demandez mon sentiment, je crois effectivement que cet effet repoussoir a joué.
Cela reste quand même la deuxième force politique du pays aujourd'hui, l'AFD, l'extrême droite en Allemagne. Qu'est-ce qu'elle peut revendiquer ?
Rien. Elle va être la principale force d'opposition. Elle va donc effectivement exercer une pression. C'est normal. C'est son rôle de force d'opposition. Mais il va y avoir une coalition gouvernementale, plus que vraisemblablement.
Elle ne peut pas en faire partie, l'extrême droite de cette coalition ?
Non, il n'en est pas question parce que je crois que près de la moitié de l'électorat de la droite, de l'électorat, pas de l'appareil du parti, de l'électorat, refuserait totalement cette alliance avec l'extrême droite. Et vous savez, on dit l'extrême droite, l'extrême droite, mais en Allemagne, c'est très concret. L'AFD veut que l'Allemagne, voudrait que l'Allemagne sorte de l'euro. Mais écoutez, aucun Allemand ne le veut. Aucun Allemand ne le veut. Ce serait une catastrophe pour l'économie allemande, de même que le Brexit a été une catastrophe pour l'économie britannique et que plus de 60% des Britanniques regrettent aujourd'hui cette décision.
Frédéric Merz, le leader de la CDU qui arrive donc en tête, qui sera donc probablement le futur chancelier allemand, refuse la main tendue de l'AFD de l'extrême droite, effectivement, pour former une coalition, même s'il s'est allié à ce parti il y a quelques semaines pour voter un texte durcissant l'immigration. Avec qui peut-il gouverner Frédéric Merz aujourd'hui, voyant qu'il est effectivement beaucoup plus dur que certains au sein de son parti, la CDU ?
Or, écoutez, il n'y a pas beaucoup de choix pour lui. Il doit former une grande coalition avec les sociodémocrates. Il aurait certainement préféré faire une coalition avec les Verts, dont il est plus proche en politique étrangère, et notamment sur la question ukrainienne et la question du rapport avec la Russie. Mais non, il ne peut pas. Il n'y a pas d'autre possibilité, a priori, que la coalition avec les sociodémocrates.
Et vous savez, cela étant, l'autre fait majeur hier soir, c'est cette déclaration absolument spectaculaire du futur nouveau chancelier, disant que sa priorité aujourd'hui était le développement d'une défense européenne autonome, et je vais le citer, une capacité de défense européenne autonome comme alternative à l'OTAN dans sa forme actuelle.
J'allais y venir, Bernard Guetta-Friedrich Merz, qui promet d'être une voix forte au sein de l'Union européenne, qui veut une Europe indépendante pour la défense, vous le disiez à l'instant. Est-ce que finalement, son élection, ce n'est pas une bonne nouvelle au moment où les États-Unis dessinent un renversement d'alliance ?
Je le pense tout à fait. Son élection est en train de confirmer la volonté politique des Européens, de l'ensemble des Européens, de parer le recul, l'effacement des États-Unis de la scène européenne, pour affirmer une défense commune, et affirmer en vérité l'Union européenne comme acteur de la scène politique internationale.
Ça veut dire quoi précisément ? À quoi est-il prêt ? À quoi l'Europe est-elle prête pour cela, Bernard Guetta ?
Mais écoutez, Merz a proposé, il y a quelques jours avant l'élection, que la France puisse se substituer comme protection nucléaire de l'Allemagne à des États-Unis qui se retirent. Le président français n'a pas dit oui, il n'a pas dit non, il est resté dans ce qu'on appelle une ambiguïté constructive, mais il est absolument évident, référons-nous à ce qu'a déclaré notre président de la République hier, nous allons faire de grandes choses ensemble, de grandes choses ensemble.
Ce que vous voulez dire, c'est que l'Allemagne envisage de faire sans le parapluie américain, sans la protection nucléaire américaine, ce qui est historiquement, depuis la Seconde Guerre mondiale, comme ce qui se passe entre l'Allemagne et les États-Unis. Les États-Unis ne sont peut-être plus un allié au même titre qu'il y a quelques temps, mais restent toujours un protecteur important pour l'Allemagne.
Écoutez, l'Allemagne l'envisage d'autant plus qu'en vérité, le parapluie américain est en train de se refermer, pour ne pas dire qu'il est d'ores et déjà refermé. Le président Trump a totalement décrédibilisé, et cela dès son premier mandat, mais maintenant, depuis plusieurs semaines, a totalement décrédibilisé la protection nucléaire de l'Europe. Et il faut bien, et là le chancelier, le futur nouveau chancelier a évidemment raison, il faut bien substituer à cette protection américaine défaillante, une protection commune des Européens.
C'est-à-dire que demander à la France d'étendre la protection nucléaire française à l'Allemagne, est-ce que c'est un bon signe envoyé aux autres pays européens ?
Alors ça, c'est la grande question. C'est la grande question parce que ça peut être entendu comme un permis d'attaquer les autres pays de l'Union européenne. C'est pour cela que si, extension de la protection nucléaire française à l'Allemagne, il y avait demain, il faudrait évidemment discuter, débattre avec l'ensemble de nos partenaires, l'ensemble de nos partenaires, non seulement d'une défense commune, mais d'une protection nucléaire commune. Vous voyez à quel point, je vais citer le nouveau chancelier, il qualifiait l'administration Trump de largement indifférente au sort de l'Europe. C'est ce qu'il disait hier.
Eh bien, dans ces conditions-là, effectivement, il faut tout rebâtir aujourd'hui.
En un mot, Bernard Guetta, il y a urgence à vous entendre, à relancer le moteur franco-allemand sur ces questions. C'est possible, d'après vous, avec le Friedrich Merz comme chancelier ?
Je crois qu'il est d'ores et déjà relancé parce que le chancelier a préparé son arrivée au pouvoir avec de grandes conversations discrètes, évidemment, mais de grandes conversations avec les autorités françaises.
Vous attendez une rencontre prochaine entre les deux dirigeants ?
Très probablement, très probablement, parce que c'est la tradition et que là, c'est une nécessité.
Merci beaucoup, Bernard Guetta, député Renew, d'avoir été en ligne avec nous ce matin pour commenter ces élections législatives en Allemagne.
Merci à vous, Hélène Fidizé.
Bernard Guetta