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InterviewC à vous (sur YouTube)· 13 janvier 2021 20 minContradictoirePortrait personnelÉconomie & entreprisesSantéInstitutions & électionsSolidarités & famille

Le livre confession de Bruno Le Maire - C à Vous - 13/01/2021

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:25OuverteRéponse directe

    Bonsoir Bruno Le Maire. Merci de votre présence ce soir sur le plateau de C'est à vous.

  • 0:33RelanceRéponse directe

    Vous prenez le temps d'écrire vos mémoires provisoires en pleine crise sanitaire et économique. Votre entourage aurait essayé de vous en dissuader.

  • 0:49OuverteRéponse directe

    Plus que le temps consacré à l'écriture, est-ce que vous avez vraiment eu la tête à replonger dans le passé ?

  • 1:02OuverteRéponse directe

    Je pense qu'il ne faut jamais dissuader les gens d'être eux-mêmes.

  • 2:20OuverteRéponse directe

    Si vous avez trouvé le temps de finir ce livre, c'est aussi parce que vous l'expliquez, vous êtes tombé malade, touché par l'épidémie.

  • 2:35OuverteRéponse partielle

    Le président Emmanuel Macron a été touché lui aussi. Il a souffert d'une forme aussi sévère que la vôtre ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:05Invité politiqueFait
    « L'obsession c'est que notre pays sorte de la crise et que le jour où nous avons réussi à endiguer ce virus, nous soyons plus forts pour pouvoir relancer encore plus vigoureusement tous les moteurs de l'économie. »
  • 0:12Invité politiqueFait
    « Les choix que nous prenons aujourd'hui ont des impacts aujourd'hui, demain, après-demain. »
  • 1:55InvitéFait
    « La réflexion et l'écriture sont une partie de mon action. »
  • 2:06InvitéFait
    « On aurait très bien pu faire un choix différent qu'on fait par exemple les Américains, de laisser tomber beaucoup d'entreprises, beaucoup de salariés. »
  • 3:30InvitéChiffre
    « On a 8 mois d'immunité, enfin je crois que c'est parfois contesté, mais enfin c'est le consensus scientifique, 8 mois d'immunité. »
  • 6:06InvitéFait
    « Mais laisser le virus circuler, ce n'est pas protéger l'économie. C'est être totalement irresponsable et avoir l'assurance qu'au bout d'un certain moment, on sera tous dans le mur. »
  • 7:17InvitéFait
    « Carrefour, c'est un chénon essentiel dans la sécurité alimentaire des Français, dans la souveraineté alimentaire à laquelle je suis viscéralement attaché. »
  • 7:59InvitéFait
    « Il y a un décret qui s'appelle le décret sur le contrôle des investissements étrangers en France qui nous permet de donner ou non notre accord à des opérations de ce type-là. »
  • 8:18InvitéFait
    « Nous avons complété le décret sur les investissements étrangers en France et nous avons rajouté mot pour mot que la distribution alimentaire est soumise à accord préalable du ministre de l'Économie et des Finances quand il y a une opération de ce type-là. »
  • 14:17InvitéFait
    « L'administration la plus puissante et la plus efficace de France. »
  • 14:56InvitéFait
    « Les institutions françaises, je les estime dépassées. »
  • 15:02InvitéFait
    « Je pense que les gouvernements sont trop nombreux. »
  • 15:05InvitéFait
    « Je pense que les processus législatifs sont beaucoup trop lents. »
  • 15:17InvitéFait
    « L'effet, c'est que ça peut être troublant pour des Français de voir que des membres du conseil constitutionnel prennent des positions qui peuvent être des positions politiques. »

Temps de parole

  • Invité67 %
  • Invité 214 %
  • Présentateur12 %
  • Invité 36 %

5,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Emmanuel Macron obsédé par l'épidémie, c'est ce qu'il a confié hier lors d'un déplacement en Normandie.

0:05
Bruno Le Maire

L'obsession c'est que notre pays sorte de la crise et que le jour où nous avons réussi à endiguer ce virus, nous soyons plus forts pour pouvoir relancer encore plus vigoureusement tous les moteurs de l'économie. Et ça n'attend pas. Les choix que nous prenons aujourd'hui ont des impacts aujourd'hui, demain, après-demain.

0:22
Présentateur

Bonsoir Bruno Le Maire.

0:23
Bruno Le Maire

Bonsoir.

0:23
Présentateur

Merci de votre présence ce soir sur le plateau de C'est à vous. On vient d'entendre le président mobiliser 24 heures sur 24, obsédé par la crise et par l'espoir d'une sortie de crise. Vous aussi je n'en doute pas. Il n'empêche, vous prenez le temps, et vous savez que cela vous sera reproché, d'écrire vos mémoires provisoires, de faire paraître un récit personnel et politique en pleine crise sanitaire et économique. Votre entourage aurait essayé de vous en dissuader. Vous répondez que les politiques doivent prendre le temps de réfléchir. Permettez-moi donc de poser la question autrement. Plus que le temps consacré à l'écriture, est-ce que vous avez vraiment eu la tête ?

A replonger dans le passé, dans les souvenirs qu'il faut trier quand le présent est si difficile et l'avenir si incertain ?

1:02
Invité

Je pense qu'il ne faut jamais dissuader les gens d'être eux-mêmes. Et l'écriture c'est une part de moi-même. Et ma manière de faire de la politique, de prendre des décisions, c'est de réfléchir avant de prendre des décisions. Et ma manière de réfléchir c'est d'écrire. Et je vais peut-être vous surprendre, mais je pense qu'on prend de meilleures décisions quand on prend le temps de s'arrêter, de réfléchir, de se dire voilà, on est effectivement en pleine crise économique et des décisions à prendre pour le pays qui vont être structurantes pour les 5 ans, 10 ans à venir. Prenons le temps de réfléchir à ce que nous avons fait avec le président de la République depuis 3 ans.

Est-ce que c'était la bonne direction ? Est-ce qu'il y a des choses à modifier ? Est-ce qu'il faut prendre telle nouvelle décision ou pas ? Ou pas, l'écriture c'est ma réflexion. Et la réflexion est indispensable à l'action. Non, c'est une part de mon action. La réflexion et l'écriture sont une partie de mon action. Et ce livre permet justement d'approfondir ma réflexion, d'expliquer aussi aux Français pourquoi est-ce qu'on a décidé par exemple de consacrer autant d'argent à sauver notre économie, à sauver des emplois, à sauver les entreprises.

On aurait très bien pu faire un choix différent qu'on fait par exemple les Américains, de laisser tomber beaucoup d'entreprises, beaucoup de salariés. Là, je permets aux Français de comprendre nos décisions, de voir comment elles sont prises et de les expliquer.

2:20
Présentateur

Si vous avez trouvé le temps de finir ce livre, c'est aussi parce que vous l'expliquez, vous êtes tombé malade, touché par l'épidémie, qui vous a fait vivre des moments d'angoisse. Le matin notamment, vous avez senti que vos poumons infectés étaient pris dans un étau. J'ai cru que j'allais mourir étouffé, écrivez-vous. Le président Emmanuel Macron a été touché lui aussi. Il a souffert d'une forme aussi sévère que la vôtre ?

2:40
Invité

Ça, vous lui poserez la question. Ce que je peux vous dire en tout cas, c'est qu'il a été très présent quand j'ai été touché par le virus, appelant régulièrement, prenant des nouvelles. Mais c'est vrai que ça joue aussi dans l'écriture du livre. Quand vous sentez, et le livre a été fini exactement au moment où j'ai été touché par le Covid, quand vous sentez, tout simplement, que vous pouvez y passer, que la vie est fragile, ça vous incite à aller au bout de ce que vous avez en vous-même. Et mon engagement politique est aussi un engagement de réflexion, un engagement d'écriture.

Je me suis dit, il faut absolument que je finisse ce livre, absolument que je puisse faire voir aux Français comment ça marche la vie politique, comment nous prenons nos décisions, et que j'explique ce que nous avons voulu faire.

3:22
Présentateur

Vous ne serez donc pas vacciné, a priori ?

3:25
Invité

Alors si j'ai bien compris, on a 8 mois d'immunité, enfin je crois que c'est parfois contesté, mais enfin c'est le consensus scientifique, 8 mois d'immunité. Mais 8 mois d'immunité, ça doit nous mener aux alentours de l'été prochain, donc je compte bien me faire vacciner quand ce sera possible.

3:38
Présentateur

Est-ce que le Premier ministre, lui, devrait se vacciner rapidement ? Certains responsables politiques lui conseillent de le faire, déjà pour montrer l'exemple, mais aussi parce qu'il est indispensable au pays, sans attendre qu'il fasse partie, qu'il soit concerné par la phase 2 ou 3 ?

3:52
Invité

Je crois qu'on a défini un rang de priorité, en commençant par les plus fragiles, les personnes les plus âgées. Moi, je préfère qu'on respecte ces rangs de priorité. Je comprends très bien qu'on puisse dire exemplarité. L'exemplarité, elle vient des médecins, les médecins qui se font vacciner. Je pense qu'ensuite, les patients qui viennent dans leur cabinet...

4:09
Présentateur

Mais on n'avait pas prévu une vaccination aussi rapide ?

4:12
Invité

Non, mais là, on voit bien que le fait que les médecins se fassent vacciner, du coup, vous venez chez eux et vous vous êtes fait vacciner, donc finalement, c'est peut-être bien de le faire, je vais le faire moi aussi, je vais le faire faire pour ma famille. Et au bout du compte, l'opposition au vaccin, et tant mieux, ne cesse de se réduire. Parce que se faire vacciner, c'est renforcer la sécurité sanitaire de tous, et c'est nous permettre aussi de faire redémarrer l'économie rapidement. Une vaccination rapide, c'est une économie qui redémarre plus rapidement aussi.

4:39
Présentateur

Le vaccin qui se déploie, mais qui ne permettra pas d'éviter une troisième vague, le président du Conseil scientifique, on l'a entendu, réclame des mesures rapides. Vers quelles décisions se dirige-t-on ? Vous étiez au Conseil de défense ce matin ?

4:49
Invité

Les conseils de défense sont secrets, je peux vous dire que nous prendrons des décisions rapides, c'est ce qu'ont décidé le président de la République et le Premier ministre. Le Premier ministre les annoncera demain.

4:59
Présentateur

Ça va surprendre les Français ?

5:00
Invité

Non, je pense qu'il n'y a jamais de surprise au sens où nous expliquons ce que nous faisons. Les Français ont conscience qu'il y a des menaces nouvelles, donc ils doivent appeler des décisions nouvelles. Elles seront annoncées par le Premier ministre. Et je peux vous dire simplement que moi, ma responsabilité, c'est à chaque fois de veiller à l'accompagnement des secteurs qui sont les plus touchés, les restaurants, les hôtels, la culture, le monde du sport. Nous continuerons à les accompagner.

5:24
Présentateur

Mais aussi le monde de la grande distribution ou de l'habillement qui pourrait être très impacté par un couvre-feu généralisé à 18h. La grande distribution qui rappelle qu'un tiers des achats ont lieu entre 18h et 20h, qui appellent donc d'ores et déjà à l'ouverture de leur magasin le dimanche. D'autres secteurs ne pourront pas bénéficier de ces reports. L'habillement qui pourrait perdre jusqu'à 40% de son chiffre d'affaires dans les zones les plus éloignées du bureau. Si cette mesure est prise, ce sera avec votre accord ? Vous y êtes favorable ?

5:55
Invité

C'est bien d'avoir une ligne constante qui est rappelée dans le livre. Il faut concilier la lutte contre le virus et la protection de l'économie. Mais laisser le virus circuler, ce n'est pas protéger l'économie. C'est être totalement irresponsable et avoir l'assurance qu'au bout d'un certain moment, on sera tous dans le mur, on aura plus de morts et on sera obligés de tout fermer. Donc je suis favorable à toutes les mesures qui sont prises par le Premier ministre, le Président de la République. Je suis membre d'un gouvernement solidaire de toutes ces décisions. Je les soutiens totalement.

Je soutiens la manière dont la vaccination a été menée, car je crois qu'elle a été menée progressivement, mais bien qu'on a su corriger le tir quand il fallait le corriger. Et évidemment que je soutiens totalement des mesures de sécurité sanitaire qui sont bonnes aussi au bout du compte pour notre économie parce qu'elles nous permettent de nous débarrasser du virus et le moment venu de reprendre l'activité normale.

6:47
Présentateur

Juste un mot concernant la grande distribution avec l'annonce d'un rapprochement amical proposé par le Canadien Couche-Tard avec le groupe Carrefour. Un rapprochement que vous désapprouvez ?

6:58
Invité

D'abord, je méfie toujours de ces termes amicals. Bon, il faut toujours voir ce qu'il y a derrière. Simplement, regardons de quoi il s'agit. Carrefour, c'est le premier employeur privé de France. Carrefour, c'est un chénon essentiel dans la sécurité alimentaire des Français, dans la souveraineté alimentaire à laquelle je suis viscéralement attaché comme ministre de l'Économie et comme ancien ministre de l'Agriculture. Et j'ai vu pendant la crise de la Covid, le premier confinement, à quel point la sécurité d'approvisionnement, c'est vital pour nous tous.

Le jour où vous allez chez Carrefour ou chez Auchan ou chez Leclerc et qu'il n'y a plus de pâtes, plus de riz, qu'il n'y a plus de biens essentiels, vous faites comment ? Donc, ce qui est en jeu, c'est la souveraineté alimentaire des Français. Donc, de ce point de vue-là, l'idée que Carrefour puisse être racheté par un concurrent étranger, a priori, je ne suis pas favorable à cette opération. Alors, vous me direz, est-ce qu'on a les moyens ? Il y a un décret qui s'appelle le décret sur le contrôle des investissements étrangers en France qui nous permet de donner ou non notre accord à des opérations de ce type-là.

C'est le ministre de l'Économie et des Finances qui donne oui ou non son accord. Je le redis, a priori, je ne suis pas favorable à cette opération. Et lorsque nous avons examiné la fameuse loi sur les PME, les entreprises, la loi Pacte, nous avons complété le décret sur les investissements étrangers en France et nous avons rajouté mot pour mot que la distribution alimentaire est soumise à accord préalable du ministre de l'Économie et des Finances quand il y a une opération de ce type-là. Je le redis, a priori, je ne suis pas favorable à une opération qui pourrait... Le question, vous vous y opposerez ? Si l'opération se poursuit, moi je le redis, la souveraineté alimentaire passe avant tout.

Les téléspectateurs qui nous écoutent se disent, mais demain, quel va être l'impact sur l'emploi ? Premier emploi privé de France, est-ce que notre souveraineté alimentaire sera garantie ? Je préfère dire les choses clairement, nous ne sommes pas, a priori, favorables à cette opération. L'ange et la bête, c'est un livre pas banal pour un ministre en exercice, écrire sur le pouvoir quand on est au pouvoir et de surcroît dans la prestigieuse collection blanche de Gallimard, c'est-à-dire pas comme un vulgaire livre politique. Je crois qu'il n'y a que deux précédents, et vous les connaissez, André Malraux et ses anti-mémoires.

Il l'a publié quand il était ministre de la Culture, et Dominique de Villepin pour son éloge des voleurs de feu. Au fond, pour tous ceux qui vous observent depuis votre échec cinglant à la primaire de la droite, la primaire présidentielle, et votre ralliement à Emmanuel Macron, et qui se demandent qu'est-ce qui fait courir Bruno Le Maire, et courir au sens propre, c'est encore dans votre livre, est-ce que la réponse n'est pas dans ce livre, dans ce regard à la fois exalté et désenchanté de la politique, c'est-à-dire que ce qui vous fait courir aujourd'hui, c'est davantage la littérature que la politique, plus l'ange que la bête ? Il faut deux roues à un vélo, pour qu'il puisse rouler.

Et donc je vais vous répondre, c'est l'ange et la bête, la référence à Pascal. Non mais, il se trouve que je suis élu de mon revivier en plus. Mais les deux sont partie intégrante de mon engagement politique. Je n'imagine pas la vie politique sans le retrait de la littérature. sans la possibilité de réfléchir, d'écrire, et de donner de la beauté aussi à la politique. Parce que l'écriture, à mon sens, donne de la beauté à la politique. Quand vous racontez une scène de rencontre avec Donald Trump, avec ses remarques parfois totalement... Sur les pailles en papier.

Sur les pailles en papier, ou sur la guérison de l'économie et des finances, tout d'un coup, vous donnez de la beauté, de la substance, presque du plaisir à la vie politique, qui en manque parfois cruellement. Mais ma question, c'était l'inverse. C'était, est-ce qu'il pourrait y avoir la littérature sans la politique ? Je parlais d'une vision... Peut-être. Ça peut très bien arriver un jour, bien entendu.

10:44
Présentateur

À quelle échéance ?

10:44
Invité

Vous savez, la politique est un engagement d'un certain temps. Ça fait près de 12 ans ou 13 ans que je suis élu de Normandie. J'ai occupé plusieurs postes, le ministère de l'Agriculture, le ministère de l'Économie et des Finances. Très bien imaginé, à un moment donné, ça s'arrête. Vous vous consacrez davantage à la littérature, à l'enseignement, à je ne sais quoi d'autre. C'est important dans la vie...

11:04
Présentateur

Vous n'êtes pas addict du pouvoir ou de la politique ?

11:06
Invité

Non, je suis addict de l'engagement, des résultats. Après, quoi je cours aujourd'hui, c'est des résultats. Mais la littérature est essentielle, tout simplement à ma vie personnelle, à ce que je suis. Je parlais d'une vision parfois, voire souvent, dans certains chapitres, désenchantée de la politique. Il y a des pages sur la disparition de la vérité, ce schisme entre les faits et la vérité qui rend la politique inconcevable, la définition du responsable politique qui court après l'événement, qui passe son temps à regarder, à écouter ce qu'on dit de lui sans voir que sa vie est vaine et son influence nulle.

Et puis ce grand coup de déprime au cinquième jour de votre quarantaine, quand vous vous déplorez le cynisme généralisé qui a envahi et dégradé le débat public, qui risque de faire disparaître la démocratie, à quoi bon la politique dans ces conditions ? Écrivez-vous. Est-ce que c'est une question que vous vous posez le matin en vous rasant ? Bien sûr. À quoi bon la politique ? Bien sûr. C'est ma vie. Je me lève pour être tout à fait précis vers 5h et 6h. J'y consacre toutes mes journées. J'y sacrifie du temps avec mes enfants, avec ma femme. J'y sacrifie beaucoup de plaisir. À un moment donné, vous vous dites « Pourquoi ? Est-ce que j'obtiens des résultats ?

Est-ce que j'ai amélioré la vie des Français ? » C'est ça l'interrogation qu'il y a dans ce livre « L'ange et la bête ». C'est aussi celui qui se dit « Voilà, on va changer les choses, on va les transformer, ça va aller mieux en France, on va réconcilier les Français, on va retrouver un projet qui nous dépasse », parce que je pense que c'est ça l'essentiel aujourd'hui dans la vie politique française, trouver un projet qui nous dépasse et qui nous porte. Et puis par moments, vous vous dites « Mais de toute façon, on ne va jamais y arriver, la taxation des gens du digital, les obstacles sont tellement considérables que ça ne va pas être possible.

La possibilité de redonner de la croissance à la France, ça va être compliqué. La lutte contre le chômage, c'est extraordinairement difficile. » Vous êtes gagné par ces moments de découragement. Et je veux raconter cela, et je le raconte dans le livre de la manière la plus directe possible. Oui, la politique, c'est dans votre vie personnelle, d'alternance, de moments où vous dites « On va tout donner, on va y arriver, on va le faire », et puis des moments où vous dites « Des moments de découragement ». Je pense que c'est notre vie personnelle à chacun d'entre nous.

On vous sent quand même globalement plutôt fier de votre action, et notamment de l'application efficace du « Quoi qu'il en coûte », on va y revenir tout à l'heure, d'Emmanuel Macron. Mais pas de chance pour vous, au moment même où tout le monde accuse de la bureaucratie d'État d'avoir freiné le lancement de la campagne de vaccination, vous apportez de l'eau à ce moulin-là, en décrivant la Vème République comme une monarchie technocratique, avec tout ce qu'elle a de complexe, tout ce qu'elle a insuffisamment ouvert à d'autres profils, à d'autres talents, à d'autres parcours personnels. Vous donnez raison à ceux qui vous critiquent ou qui critiquent le gouvernement en ce moment.

Je ne crois pas. Je ne crois pas. Je pense que l'État...

14:06
Présentateur

Vous faites le même constat.

14:07
Invité

Non, c'est deux constats différents. L'État financier a été remarquablement efficace dans cette crise. Oui, ça c'est vous. Moi je connais... Non, non, ce n'est pas moi. Non, non, non, je le dirigeais de l'administration. Vous le dites à un moment, l'administration la plus puissante et la plus efficace de France. Bien sûr. Et ça remonte, puisque je fais des références historiques, ça remonte à la monarchie absolue. Nous avons, et c'est une fierté, l'administration financière la plus efficace au monde. Ça garantit que l'impôt est bien levé. Ça, ça ne fait pas forcément plaisir à tout le monde.

Mais ça garantit aussi que lorsqu'on verse à des dizaines de milliers d'entreprises des aides qui peuvent aller maintenant jusqu'à 200 000 euros chaque mois, eh bien, en début du mois, c'est versé. Parce qu'il y a des fonctionnaires exceptionnels qui sont derrière leur bureau, derrière leur ordinateur, derrière leur direction dans les territoires, qui versent le chèque à ceux qui en ont besoin. Et qu'est-ce qui est moins efficace ? Les institutions globalement. Voilà, les institutions françaises, je les estime dépassées. Je pense que les gouvernements sont trop nombreux. Je pense que les processus législatifs sont beaucoup trop lents.

C'est des mois pour faire adopter des lois qui pourraient être prises plus rapidement. Je ne comprends pas qu'on ait un conseil constitutionnel, c'est-à-dire la plus haute instance juridictionnelle du pays, qui continue à être composée de responsables politiques. Avec quel effet ? L'effet, c'est que ça peut être troublant pour des Français de voir que des membres du conseil constitutionnel prennent des positions qui peuvent être des positions politiques, peuvent s'exprimer sur le débat public. Vous pensez à quoi ? Quand je vois, je prends un exemple très concret, le président du conseil constitutionnel, pour lequel j'ai beaucoup de respect, Laurent Fabius, prend position sur le climat.

Il a le droit, je partage ses ambitions, de lutte contre le réchauffement climatique. Mais est-ce qu'on imagine le président de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe en Allemagne ? Ou le président de la Cour suprême aux États-Unis ? Qui prennent des positions sur ce sujet ? Interrogeons-nous, et une fois encore, ce n'est pas du tout une critique contre la personne de Laurent Fabius, c'est un problème sur les institutions. Est-ce que la plus haute instance juridictionnelle du pays ne gagnerait pas à avoir des membres qui ne prennent jamais, sur aucun sujet, des décisions politiques ?

Est-ce que, dans la monarchie technocratique, on peut continuer à accepter qu'un haut fonctionnaire, qui a la garantie de l'emploi à vie, puisse être élu, garder son statut de haut fonctionnaire, et puis le jour où il est battu aux élections, il redevient haut fonctionnaire ?

16:20
Présentateur

Vous avez démissionné.

16:21
Invité

J'ai démissionné, le président de la République a démissionné, mais c'est tous ces éléments-là qu'il faut changer de fond en comble pour avoir au bout du compte un pouvoir plus simple, plus efficace, et plus à l'écoute des Français. C'est un combat que je livre depuis des années, et je pense que cette crise actuelle, elle nous montre que maintenant, il faut passer à l'acte. Voilà une ébauche de programme. Dans ce livre, vous revenez aussi sur votre relation avec Emmanuel Macron, qui manque de vous broyer la main la première fois que vous le rencontrez. Vous rapportez la conversation autour de votre nomination et le poste. Quel poste veux-tu ? Vous demandez-il.

Vous lui répondez les finances et sinon la défense ou les affaires étrangères. Et Matignon, vous réfléchissez. Un candidat défait à la primaire de la droite aussi sévèrement ne peut pas prétendre à Matignon. Tu as raison, vous dit-il. Allons-y pour les finances. C'est une excellente idée. C'est une manière de dire qu'il y a deux catégories de ministres, ceux qui attendent le coup de fil et ceux qui déclinent, Matignon ? Il n'y a qu'une seule catégorie de ministres, je vous rassure. C'est une manière de faire voir aux Français comment les choses se passent. De le dire avec simplicité. Il y a ce récit-là, il y en a d'autres.

Parce qu'à un moment, vous êtes soupçonné du contraire, de justement vouloir Matignon. Oui, mais en l'occurrence, je ne peux pas être plus heureux que là où je suis, comme il y a des économies et des finances. Mais l'objectif de ces récits-là, c'est que les Français puissent voir. C'est-à-dire que ce ne soit pas uniquement des récits rapportés de manière indirecte, colportés, parfois faux, parfois inexactes. Mais dire avec beaucoup de simplicité, voilà comment ça se passe entre un président de la République, son ministre, quelles sont les réactions, quels sont les dialogues. Et je pense que de ce point de vue-là, le livre peut apprendre beaucoup de choses aux Français.

Sur les discussions internes, mais aussi sur les négociations internationales. Comment ça se passe avec le président Trump ? Comment ça se passe avec le président chinois ?

18:08
Présentateur

Avec Angela Merkel ?

18:09
Invité

Comment avec Angela Merkel ont lieu les discussions ? D'un point de vue démocratique, ça me paraît très important que chacun puisse voir comment ça se passe. Alors si le président est avare en compliments, c'est vous qui l'écrivez, page 42, tel n'est pas votre cas, je vous cite. Il connaît les dossiers mieux que la plupart des ministres qui en ont la charge. Sa disponibilité dans ses fonctions est totale, romantique dans sa conquête du pouvoir, pragmatique dans son exercice. Vous résumez votre relation ainsi. Ma relation avec le président, c'est la loyauté, mais cela suppose aussi la liberté. Les deux vont ensemble.

S'agit-il du même genre de loyauté qu'entretenait Emmanuel Macron avec François Hollande quand il était à Bercy ? Je n'ai pas vu beaucoup de déclarations de loyauté ou d'enthousiasme à l'époque de la part du ministre de l'Économie. Moi, je veux dire très simplement que j'éprouve beaucoup de fierté à servir ce président de la République. Beaucoup de fierté. Parce que nous sommes évidemment sur la même longueur d'onde sur les projets économiques, les projets financiers. Il n'y a jamais de décalage. Parfois, quand vous servez quelqu'un, vous vous dites « Ah ben moi, j'aurais plutôt fait ceci, j'aurais plutôt fait cela ». Ce n'est pas le cas. Nous sommes alignés.

Et je pense que c'est une personnalité qui tire le débat politique sans cesse vers le haut. Encore vu ce matin au séminaire, vous pouvez demander à d'autres ministres de témoigner. Ils tirent le débat vers le haut en disant « Voilà des grands problèmes aujourd'hui. C'est la fragilité de la démocratie. C'est notre capacité à vaincre le virus. C'est la relance de l'activité économique. Donc c'est agréable de se lever le matin en se disant « Je sers mon pays et sous l'autorité d'une personnalité pour laquelle j'éprouve beaucoup d'admiration ». Oui, mais là, vous travaillez avec lui. Est-ce qu'il y a un jour où vous publierez les portraits de ceux avec qui vous travaillez une fois dégagé ?

Je pense que votre liberté de parole était plus grande quand vous avez publié « Des hommes d'État ». C'est-à-dire quelques mois après votre sortie ? D'abord parce que c'est le livre d'un observateur, d'un conseiller, alors que là, c'est le livre d'un acteur. Ce n'est pas la même chose d'être conseiller et d'être ministre de l'économie et des finances pendant un gouvernement. Après, la vie est longue. Il y a des moments dans votre vie où vous êtes plus libre. Donc il y aura d'autres livres. Ah oui, bien sûr qu'il y aura d'autres livres. Non, mais d'autres livres sur cette période. Peut-être que ces portraits iront encore plus loin. Voilà.

Le livre confession de Bruno Le Maire - C à Vous - 13/01/2021 — Bruno Le Maire · Pourquijevote