Conférence de presse à l’issue du Sommet du G5 Sahel.
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
... -Bien.
Bonjour à toutes et tous. Nous sommes ici, donc, en salle des fêtes, à l'Elysée, avec les journalistes présents, et, je crois, en visio avec les capitales africaines concernées et les journalistes, donc, également présents à chaque fois. Je vous remercie de votre présence.
Nous venons d'achever à l'instant même nos discussions en format, justement, de sommet ** de N'Djaména après des échanges qui se sont tenus hier en huis-clos avec les dirigeants des 5 pays du Sahel et moi-même. Je voulais faire le bilan, avant de répondre à vos questions. D'abord, ce sommet intervient un an après Pau, et le sommet que nous avions donc tenu en début d'année 2020, qui avait été un moment de clarification.
A Pau, nous avions pu obtenir, d'abord, une clarification de la demande de nos partenaires sahéliens de maintenir notre présence militaire et de leur volonté de prendre leur part dans la lutte contre les groupes terroristes. Nous avons aussi, à Pau, obtenu une clarification, ou plutôt un rappel de l'ennemi que nous affrontions, et je pense que c'était un des points importants de cette réunion. La France, en effet, n'est pas comme, parfois, certains ont pu le dire ou essayé de manipuler cette information, impliquée dans des guerres ethniques ou communautaires, non, notre présence sur place a été sollicitée par les Etats, elle est en soutien de la souveraineté de ces Etats, et nous nous battons contre un ennemi commun qui nous a aussi déjà frappé sur notre territoire, dont l'agenda est international, et qui a fait du Sahel son principal terrain de croissance, menaçant la stabilité de toute l'Afrique de l'ouest.
Cet ennemi, évidemment, c'est le terrorisme islamiste, et nous avons très clairement identifié la cible de l'EIGS, qui est notre principal ennemi, et sur lequel nous nous sommes concentrés durant cette période. En effet, l'agenda du RVIM, affilié à Al-Qaïda et de l'EIGS, ce n'est pas simplement Kidal ou Bamako, mais c'est de frapper plus loin, demain à Abidjan, Dakar, d'autres horizons, et de continuer à prospérer. Et je veux ici rappeler que les principales victimes de ce terrorisme, ce sont les populations civiles des Etats du Sahel, et ensuite les militaires sahéliens et nos militaires.
A Pau, nous avons également très clairement clarifié nos priorités opérationnelles, qui sont la conséquence de cette définition de l'ennemi. Face à l'urgence du moment, notre effort militaire a été concentré dans une zone précise, vous pouvez le voir sur la carte, d'ailleurs, qui fait figurer les emprises, justement, et la présence de Barkhane et Sabre. Notre effort militaire a été concentré dans une zone précise qui est la région des Trois Frontières, et contre, je le disais, un ennemi précis, EIGS.
Cette priorisation nous a permis d'obtenir des résultats, je vais, là-dessus, y revenir, mais elle ne nous a pas empêché pour autant de continuer à lutter, comme je le disais, contre différentes factions du RVIM, dont Ansar Eddine au nord, la Katiba Macina dans le centre du Mali et des ennemis subsidiaires avec de véritables victoires militaires, la neutralisation de Drogdal, chef militaire du RVIM en juin dernier, et également, là aussi, on pourra y revenir, mais la neutralisation de Ba Ag Moussa en novembre dernier. Tous ces groupes ont subi une pression militaire, et plusieurs de leurs cadres, parmi les plus hauts, ont été tués au cours de ces opérations, parfois récentes. Cet effort militaire défini à Pau a donc permis des victoires, nous a permis d'obtenir des résultats et à sauver une 2e fois le Sahel.
La situation de novembre-décembre 2019, je veux vous la rappeler, c'est un triangle Mali, Niger, Burkina qui était au bord de la rupture, des armées lourdement frappées. Pau est consécutif à une visite que j'effectue au Niger. Quelques jours avant Noël, on venait de perdre plus de 80 militaires après la frappe très lourde que nous avions nous-mêmes subie en novembre, des armées qui étaient aussi largement démoralisées, des messages alarmistes de nos interlocuteurs sur les conséquences politiques de cette situation.
Le sursaut décidé à Pau a permis un renversement du rapport de force militaire, mais aussi un ressaisissement moral des armées de la région et la relance de leur dynamique opérationnelle. La réussite de cette stratégie telle que nous l'avons définie à Pau est partenariale. Nous avons approfondi notre coordination avec les armées sahéliennes par un mécanisme de commandement conjoint à Niamey, la relance d'opérations conjointes d'envergure comme Bourrasque et Eclipse, nos partenaires européens ont également pris leur part au travers de la montée en puissance de la force Takuba, j'y reviendrai également, et ils sont désormais engagés à nos côtés, au côté des Sahéliens, dans des opérations de combat, et pas simplement dans des actions de formation.
La réussite de Pau n'est pas seulement une réussite militaire, c'est aussi une réussite démocratique. 2 Etats sahéliens ont conduit ou sont en train de conduire un processus électoral de manière pacifique, ce que aussi peu envisagé*** il y a un an. Le Burkina Faso a parachevé ses élections, j'ai pu féliciter le président Kaboré de sa réélection, et le Niger est en train d'achever, avec un 1er tour qui s'est tenu dans le calme, et un 2e tour qui est prévu pour avril, permettant à ce pays de vivre, je le dis aussi, parce que c'est un moment extrêmement important, sa 1re transition démocratique pacifique depuis l'indépendance dans le contexte que nous connaissons, et c'est une victoire politique collective.
Le coup d'Etat au Mali de l'été dernier a pénalisé la mise en oeuvre de la feuille de route de Pau, mais la mise en place des autorités de transition ouvre très clairement une nouvelle fenêtre d'opportunités. Le coup d'Etat d'août 2020, en effet, à Bamako, a interrompu la mise en oeuvre de cette feuille de route car il a été précédé d'une longue crise politique qui a entraîné une période d'immobilisme avant le coup d'Etat, puis de flottement bien légitime avec des discussions régionales, nationales, jusqu'à la mise en place des institutions de transition. Les autorités de transition maliennes sont désormais réalignées dans les 3 axes fondamentaux dans lesquels nous les attendons, et j'ai pu l'apprécier, lors de la visite, à Paris, du président N'Daw.
La feuille de route de la CDAO, pour la tenue des élections dans un délai de 18 mois, la feuille de route de Pau, en matière de lutte contre le terrorisme, tous les engagements pris pour les Famas ont été tenus par les autorités de transition, je le dis ici avec beaucoup de clarté, et la relance de la mise en oeuvre des accords d'Alger comme en atteste la tenue symbolique du comité de suivi à Kidal le 11 février, qui était l'engagement qu'avait pris le président à mon égard qui a été scrupuleusement tenu et qui, je pense, est un réengagement des autorités politiques, en particulier dans la région de Kidal, ô combien sensible, qui est extrêmement forte. En quelques mois, je dois bien dire que ces autorités de transition ont donné plus de gages que les autorités précédentes en 3 ans. Ce réalignement avec les autorités de transition maliennes pleinement constaté lors de la visite du président N'Daw à Paris combiné à une situation post-électorale au Burkina Faso et au Niger ouvre une fenêtre d'opportunités pour effectuer des percées militaires, civiles et politiques, et c'est dans ce contexte que je voulais ici repréciser que nous venons d'obtenir ce sommet de N'Djaména, qui est un moment d'amplification de la dynamique de Pau.
D'abord, une amplification de la dynamique militaire. En effet, nous avons pu acter, dans les semaines de préparation du sommet de N'Djaména, puis dans le huis-clos d'hier après-midi et aujourd'hui, une consolidation de la stratégie militaire que je viens d'évoquer et que nous avions définie il y a un an. D'abord une consolidation des acquis obtenus dans la région des trois Frontières.
C'est le sens du déploiement du bataillon tchadien qui a quitté le Tchad la semaine dernière et qui sera positionné, dans les prochains jours, dans la région, et qui permettra de consolider l'ascendant pris sur les terroristes de cette zone. Et nous avons vu les images, nous sommes en train de clarifier avec le président du Burkina Faso, en particulier, les positions du bataillon tchadien, mais il va permettre de venir compléter le dispositif Barkhane et l'implication des forces conjointes G5 Sahel dans cette zone qui est celle que j'évoquais sur laquelle nous concentrons nos efforts depuis l'année dernière avec, en particulier dans le nord-est burkinabé, que vous pouvez voir sur cette carte, une zone extrêmement sensible d'un endroit autour de Marcoy, qui s'est structuré, sur lequel le bataillon tchadien va venir, justement, appuyer. Ensuite, une convergence pour un effort ciblé sur la haute hiérarchie du RVIM.
Concrètement, nous avons, ces dernières semaines, consolidé une convergence avec nos interlocuteurs du G5 Sahel, que Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa sont des ennemis, et en aucun cas, des interlocuteurs. Ils sont des chefs terroristes qui ont la mort de milliers de civils sur leur responsabilité, et de nos militaires sahéliens, européens et internationaux. L'objectif n'est pas de produire, dans le nord Mali, un effort symétrique à celui que nous avons produit dans la zone des Trois Frontières.
Les caractéristiques des 2 groupes et des 2 situations sont clairement distinctes et le demeurent, mais de poursuivre et achever la désorganisation d'une chaîne de commandement déjà très affaiblie par les disparitions de Drogdal et Ba Ag moussa que j'évoquais tout à l'heure en juin et novembre dernier. Ensuite, nous avons aussi acté la pression militaire sur la Katiba Macina avec une extension de la dynamique opérationnelle dans le fuseau ouest, qui est en cours de planification, au travers de discussions entre les Etats-majors malien et mauritanien dans le cadre de la force conjointe du G5 Sahel. Cette priorité : lutte contre les groupes terroristes, poursuite de notre action est évidemment la priorité des priorités sur le plan militaire.
Elle se complète d'une consolidation de la force conjointe G5 Sahel, qui a fait d'immenses progrès depuis un an. Je ne les détaillerai pas ici, mais on pourra y revenir, au-delà de ce que je vous ai déjà dit, est notre volonté est maintenant de consolider cette force conjointe G5 Sahel par un financement pérenne. Nous avons eu, là aussi, de nombreuses discussions.
L'Union Européenne a été au bout de ses engagements financiers permettant les équipements, l'UMOA a pris des 1ers engagements, aussi, qu'elle a honorés. Nous devons continuer à financer cette force conjointe dont les coûts de fonctionnement annuels ont été identifiés à 40 millions d'euros, et obtenir de nos partenaires internationaux, en particulier du Golfe, de la région, et d'Europe et des Etats-Unis, et notre volonté est aussi d'obtenir un mandat onusien sous chapitre 7 dans les mois qui viennent pour cette force conjointe G5 Sahel et permettre un financement pérenne. A côté de cette amplification de la dynamique militaire, N'Djaména a permis, c'est le 2e point que je voulais ici souligner, le déclenchement d'un sursaut civil pour compléter le sursaut militaire.
En effet, le constat que nous pouvons établir, c'est que le pilier militaire a produit des résultats attendus au rythme attendu durant l'année écoulée malgré la crise Covid. Les ressources pour une poussée sur l'axe du développement sont là. L'Alliance pour le Sahel, qui a été formée en juillet 2017, a rassemblé un portefeuille de 900 projets et 16 milliards d'euros.
Nous avons aussi remobilisé les financements internationaux sur la Grande Muraille Verte, en début d'année, ici même, avec le président mauritanien, mais il y a un chainon manquant qui est l'échelon minimal d'une présence de l'Etat dans les zones les plus vulnérables. C'est cette défaillance que l'élan de N'Djaména doit corriger. De manière très concrète, cela passe par un réengagement profond du Mali, du Burkina et du Niger à déployer, pour l'action civile, un dispositif comparable à celui qui a été mis en place pour l'action militaire, c'est-à-dire une action interministérielle pilotée au plus haut niveau par les chefs d'Etats eux-mêmes, un pilotage hebdomadaire, une coordination très étroite pour identifier tous les projets, nous assurer de la bonne gouvernance de ces projets et permettre, justement, du retour de l'Etat et des projets de développement une fois que la victoire militaire est obtenue.
C'est la mise en oeuvre de l'esprit de Pau. Je vous le rappelle, nous avions défini 4 piliers. 1er pilier : la lutte contre le terrorisme, je viens de l'évoquer, 2e pilier : le renforcement des capacités militaires sahéliennes avec la force conjointe G5, 3e pilier : le retour de l'Etat et de l'administration dans toutes ses composantes, et le 4e pilier : la politique de développement.
C'est autour de ces piliers 3 et 4 qu'il faut maintenant avoir la même force, si je puis dire, politique, car dès que nous libérons une zone, il faut que l'Etat revienne, les services de l'Etat. Tout ça, évidemment, concerne l'ensemble de la région, mais nous avons identifié à court terme des objectifs clairs avec le déploiement de forces de sécurité intérieure, de magistrats, la réouverture d'écoles, et avec des cas, aussi, si je puis dire, pleinement mesurables, et des objectifs que nous nous sommes donnés, Kidal où, nous le savons, le retour de l'Etat est attendu depuis des années, et donc c'est un retour de l'ensemble des services de l'Etat malien qui est attendu. Nous avons ensuite un défi sur l'axe Mopti-Gao, qui est bien connu, vous pouvez le voir sur cette carte, où là aussi, c'est un retour de l'Etat dans toutes ses composantes qui doit être construit, puis l'axe Ouagadougou-Kaya-Dori où, là aussi, c'est un retour de l'Etat sur le plan de la sécurité, de la justice et de l'école, et, je dirais, le quadrilatère Terra-Douentza-Gao-Ménaka, qui est, au fond, le coeur même de la zone des trois Frontières, Burkina, Mali, Niger, et ce lieu où il faut concentrer ces actions de retour de l'Etat.
Pourquoi ? Parce que si on veut, dans la durée, obtenir le soutien des populations civiles une fois qu'on a vaincu les djihadistes, il est indispensable de faire revenir la sécurité à la main de l'Etat souverain, il est indispensable de faire exercer la justice pour éviter toutes les exactions et les impunités, et il est indispensable de rouvrir les écoles. Dans la zone nord-est du Burkina, on a, aujourd'hui, on a plusieurs milliers de classes qui sont fermées.
Et donc c'est sur ce volet que nous avons décidé de ce sursaut, de cette volonté d'avancer très clairement avec des points hebdomadaires que pilotera l'envoyé spécial que j'ai donc nommé en soutien de ces initiatives et du G5 Sahel. Enfin, et c'est la 3e remarque que je voulais faire, c'est une amplification de la dynamique collective que nous avons obtenue à N'Djaména. Pau avait marqué l'avènement d'une coalition internationale dans le Sahel pour lutter contre le terrorisme.
C'est cela que nous poursuivons, avec des avancées très concrètes, d'abord, sur le plan militaire, la participation d'un nombre sans précédent de partenaires à ce sommet, en particulier les Etats contributeurs à la task force Takuba. Takuba, je vous le rappelle, c'est notre volonté, sur la base de ce que nous avons avec la task force Sabre, d'avoir une force d'intervention où la France aura un rôle pilier, où nous serons très investis, avec plusieurs centaines de combattants, mais d'agréger autour de nous des Européens, des internationaux. On a aussi proposé à des Etats, en particulier de la région et des Etats côtiers de se greffer à cette force.
Lancée le 27 mars 2020, la task force Takuba comporte désormais 9 partenaires : France, Suède, République tchèque, Estonie, Italie, Danemark, Portugal, Belgique et Pays-Bas, et elle suscite l'intérêt d'un nombre croissant de pays, en particulier d'Europe de l'est et du sud. J'ai eu, également, ici même, il y a quelques semaines, la confirmation du président serbe de se joindre à celle-ci. Nous avons également plusieurs pays européens, la Hongrie ou la Grèce, pour ne citer qu'eux, qui sont volontaires pour rejoindre cette task force.
Ensuite, lors de ce sommet de N'Djaména, nous avons eu, clairement, un 1er signal aussi de réengagement de la nouvelle administration américaine avec un message vidéo du secrétaire d'Etat Blinken. Nous avons également eu une confirmation d'un réengagement algérien et marocain, dont je me félicite, car il est important pour la stabilité de la région. Et nous avons pu mettre en place un haut représentant de la coalition qui sera un visage sahélien pour être garant de la bonne progression des piliers au même rythme et pour susciter des engagements supplémentaires au profit du Sahel.
La priorité opérationnelle, pour conclure, donc, des mois à venir, c'est de nous donner tous les moyens d'accompagner cette dynamique et de produire des avancées irréversibles. Des évolutions sans doute significatives seront apportées à notre dispositif militaire au Sahel en temps voulu, mais elles n'interviendront pas dans l'immédiat car elles seront d'abord le fruit d'une discussion collective avec nos partenaires sahéliens et avec les partenaires qui ont accepté de nous suivre, et elles seront fonction des résultats obtenus et du degré d'engagement effectif de nos partenaires. Il serait en effet paradoxal d'affaiblir notre dispositif au moment où nous disposons d'un alignement politique et militaire favorable à la réalisation de nos objectifs.
C'est pourquoi des jalons précis ont été fixés. Nous aurons donc des points hebdomadaires qui seront faits sur la mise en oeuvre de ces engagements, une nouvelle réunion avec les Etats du G5 Sahel se tiendra au printemps pour faire un point d'étape sur l'ensemble de ces piliers, et un sommet de la coalition se tiendra avant l'été pour faire un point sur les avancées concrètes et sur les financements. Je ne veux pas être plus long, mais je voulais détailler à la fois les réalisations suite à Pau et les avancées de ce sommet.
Je vais maintenant répondre à vos questions. -Une femme : Merci, M. le président.
On va prendre une 1re question côté Tchad, si vous le voulez bien. M. N'Gardilon de Tchad Info. *-Bonjour.
Merci. Comme vous l'avez dit, Maxime N'Gardilon, du journal en ligne Tchad Info. Voilà, merci, M. le président.
Il y a un débat, en France, sur les retraites ou la réduction, du moins, des troupes au Sahel, notamment Barkhane, qui joue un rôle important dans la lutte contre le terrorisme dans le Sahel, alors qu'en est-il, à ce jour ? Quelle est la décision prise ? Est-ce que Barkhane va être revue, et pourquoi ce débat ?
Pourquoi vouloir retirer, ou du moins, réduire les effectifs ? Ca, c'est de 1? Si vous permettez, j'ai une autre question.
Comment appréciez-vous la décision du Tchad d'envoyer 1 200 soldats dans la zone des Trois Frontières, puisque cette troupe a été attendue depuis pratiquement un an ? Mais voilà, avec le contre-coup de l'attaque terroriste dans le Lac, le Tchad a dû revoir ** Comme lors de ce sommet, le président a promis d'envoyer ces 1 200 soldats, comment appréciez-vous cette décision ? Merci. -Merci beaucoup, monsieur.
Ecoutez, il est normal que le débat, je dirais, ce nous,** sur ce sujet, de la présence de Barkhane, puisque je le rappelle, cela fait maintenant plus de 7 ans que nous sommes présents à travers Barkhane sur le sol sahélien, avec une implication très forte de la France. Nous avons aujourd'hui, la carte le montre, sur les principales emprises, mais environ 5 100 militaires qui sont sur zone, avec une élongation qui est très forte, et pour la France, une implication depuis Serval, dans la durée, qui est profonde. La question, je l'ai posée, l'année dernière, à Pau.
D'abord, c'est une question quand nous avons nos enfants qui vont mourir à plusieurs milliers de km. Elle est légitime, elle est posée par les familles, par l'opinion publique. Ensuite, cette question, elle est aussi posée quand nos opinions publiques voient la manipulation de l'information et les débats qui sont organisés par certains dan vos opinions publiques en disant : "La France est là comme une puissance coloniale." J'ai envie de dire, à ce moment-là : "On a la double peine." Nous sommes les seuls à vraiment nous engager au côté des sahéliens, à cette magnitude, nous avons des pertes et des soldats qui tombent, des familles endeuillées, et on nous reproche d'être là au côté d'Etats souverains qui l'ont pourtant demandé.
Face à cela, j'ai répondu par des arguments factuels. Premièrement, nous sommes là-bas parce que nous avons destins liés avec le Sahel. Si le Sahel tombe aux mains du terrorisme, progressivement, l'Afrique tombera aux mains du terrorisme islamiste, et l'Europe vivra les conséquences de ce drame aussi, très clairement.
Donc je pense que c'est notre devoir d'être à vos côtés. Ensuite, je pense que c'est notre devoir d'être en soutien d'Etats souverains qui le demandent. Maintenant, nous avons redéfini clairement les droits et les devoirs de chacun, les réengagements, depuis Pau, ils sont tenus, et j'ai été frapper, cette semaine, où j'ai vu l'ensemble des dirigeants de la région à Paris, successivement, de la volonté de se réengager et des décisions très concrètes qui ont été prises et qui, parfois, avaient traîné, de plusieurs dirigeants.
Le retour à Kidal de l'Etat malien, la clarté des définitions de nos ennemis, le bataillon tchadien, comme vous l'avez évoqué, le sérieux mauritanien et nigérien, le réengagement, en termes de sécurité, de retour de l'Etat burkinabé. Et tout ça m'a conforté dans l'idée qu'il nous fallait poursuivre l'effort pendant les mois à venir, mais la fenêtre d'opportunités est là. Par contre, je pense qu'il faut, dans une perspective de court, moyen terme, faire évoluer l'opération Barkhane en la faisant passer d'une logique d'opération extérieure à une logique beaucoup plus concentrée sur la lutte contre le terrorisme et la coopération avec les armées de la région, ce qui veut dire, progressivement, en fonction des résultats que nous obtiendrons et du rythme négocié de manière partenariale, eh bien, garder une force extrêmement structurée autour de la présence française, mais "sahéliennisée" et internationalisée de lutte contre les groupes terroristes avec de l'intervention rapide et de la projection, et une coopération dans la durée au côté des armées sahéliennes ainsi renforcées.
Là, aujourd'hui, comme vous le voyez, nous avons plusieurs emprises qui vont du nord Mali jusqu'à l'autre bout de la région. Nous avons des bases stables durables type opérations extérieures. Nous n'allons pas changer, dans les prochains mois, cette structuration, parce que je pense que c'est celle qui nous permet d'avoir des résultats concrets sur la base de nos conclusions de N'Djaména, mais je souhaite qu'on envisage l'évolution, dans la durée, de notre présence, qui ne signifie pas un désengagement, mais une adaptation de notre dispositif en nous concentrant sur les objectifs clé.
Nous luttons contre des groupes terroristes, et nous luttons pour aider les armées sahéliennes, pas pour avoir une présence militaire trop longue avec cette extension et des bases stables. Sur le bataillon tchadien, je pense que c'est une excellente nouvelle et que c'est le signe d'un engagement très fort du Tchad et du président Déby, que je salue pleinement ici. Il avait été en effet promis il y a un an, mais je n'oublie pas qu'il y a eu la crise Covid entre-temps, et que le Tchad a dû assurer, pour, parfois, bon nombre de ses voisins, la sécurité, dans la région du Lac Tchad, contre Boko Haram, ce qui n'avait pas permis ce transfert.
Ce transfert est important, et comme je le disais, il va nous permettre de renforcer la pression dans la zone des Trois Frontières et de nous aider à pleinement recouvrer la souveraineté burkinabé dans le nord-est de ce pays, en particulier. Donc c'est une excellente nouvelle, donc je remercie le président Déby. -Une question de Christophe Decroix, RTL.
Vous vous levez, Christophe, s'il vous plaît ? Sans toucher le micro. Merci. -C.
Decroix : "Sans toucher le micro." Bonjour, M. le président.
Vous venez de l'évoquer, il y a un an, à Pau, vous aviez envoyé 600 soldats supplémentaires, ces dernières semaines, vous avez parlé de réajustement, aujourd'hui, vous nous dites : "Finalement, on ne bouge rien, véritablement." Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis aussi rapidement dans les semaines qui viennent de passer ? Et par ailleurs, j'aurais voulu savoir ce que ça voulait dire, concrètement, "passer au chapitre 7 de l'ONU "au-delà de la pérennisation de moyens financiers".
Est-ce que ça donne des moyens techniques, militaires différents ? Merci, M. le président. -Merci beaucoup.
Sur votre 2e question de la force conjointe G5 Sahel, la difficulté, pour beaucoup d'Etats de la région, c'est qu'ils sont engagés dans le cadre de la Minusma et voient la Minusma avec des financements onusiens, bon, qui est une force, je le rappelle, d'un peu plus de 12 000 hommes, qui aide beaucoup, dans le centre du Mali. Moi, je pense qu'il faut défendre la Minusma, qui n'a pas un rôle dans la lutte contre le terrorisme, mais dans la protection des populations civiles, et qui nous aide collectivement, mais elle bénéficie de la pérennité de ce financement. Pour beaucoup d'armées de la région, qu'elles soient sahéliennes, d'armées qui sont prêtes à contribuer à la force conjointe, ils veulent ce mandat pour avoir la pérennité d'un financement onusien.
C'est un débat que nous avons depuis 2 ans, c'est un sujet financier. Il est très difficile à obtenir, sur le plan diplomatique, l'administration américaine précédente était contre et nous avait bloqués, j'ai bon espoir qu'on puisse l'obtenir dans les mois qui viennent. Ca ne doit pas être une pré-condition au bon fonctionnement de cette force conjointe, d'abord parce que nous avons apporté des financements, nous, Français, Européens, 200 millions de l'Union Européenne, 100 millions de l'UMOA, et donc nous avons apporté des équipements, les financements qui permettent de payer les soldes des soldats, et nous avons identifié les besoins, c'est 40 millions d'E par an, avec l'ensemble des partenaires que, je vous le rappelle, nous avions réunis déjà il y a 2 ans et demi à Bruxelles.
Nous avons déjà largement de quoi faire pour commencer à bâtir cette visibilité. Donc nous allons mener les 2 travaux de fond, mais voilà ce dont il s'agit. Pour ce qui est, ensuite, des décisions sur l'évolution de Barkhane, la décision prise à Pau, c'était une remobilisation à sursaut que je viens de rappeler, et en effet, l'apport, dans un 1er temps, de nos forces françaises en Côte d'Ivoire, de 600 hommes supplémentaires.
Moi, j'ai beaucoup réfléchi, toute au long de cette année, parce que d'abord, je pense qu'il faut constamment réinterroger nos positionnements, nos stratégies sur des théâtres d'opérations comme celui-ci. C'est mon devoir. Et il faut avoir beaucoup de souplesse pour adapter notre présence, notre structuration, à nos objectifs.
Je considère que l'année 2020 a porté ses fruits, a permis les victoires qui étaient attendues, et nous avons obtenu les résultats qui étaient les nôtres. Et donc à l'aune de ces résultats, d'une part, du réengagement conséquent du Mali, du Burkina Faso, du Niger, à la fois sur les sujets militaires et sur les sujets du retour de l'Etat, d'une politique de développement, je considère que précipiter un retrait français, en tout cas, une volonté de retirer massivement des hommes, ce qui est un des schémas que j'ai étudiés, serait une erreur. Et c'est le fruit d'une discussion que j'ai eue avec chacun des dirigeants, parce qu'ils ont besoin, aujourd'hui, c'est à la fois leur demande, et nous fragiliserions leurs efforts, à faire cela.
Mais c'est ce que j'ai essayé d'articuler, dans mon propos introductif, Notre présence n'a de sens que si elle mène le travail politique de réconciliation. Je vous donne un exemple très clair. Le président malien mène un travail politique de réconciliation au centre Mali avec des forces politiques du nord.
Il a mené le travail de clarification pour séparer qui était une force politique, qui était un groupement terroriste. Il a besoin de nous pour lutter contre les groupements terroristes. Je pense qu'il faut être au rendez-vous de, justement, cette clarification, ce réengagement politique qui a besoin d'éléments de sécurité à côté.
Donc dans les mois qui viennent, nous ne changerons pas notre présence. Nous allons continuer des opérations conjointes, nous allons lancer d'autres opérations importantes, et nous allons surtout être renforcés par le bataillon tchadien, par la mobilisation malienne et par l'apport mauritanien, que je salue aussi, qui est en train d'être finalisé, comme je le disais tout à l'heure, pour le fuseau ouest, et qui est extrêmement important, en particulier pour lutter contre la Katiba Macina. Tout ça nous fait, justement, espérer, c'est dans cet objectif que nous restons ainsi, des résultats concrets en termes de sécurité dans les tous prochains mois, et c'est un effort, pour moi, entre maintenant et l'été.
Dans la durée et au delà de l'été, je souhaite qu'on travaille avec nos partenaires pour une évolution de notre présence, où nous allons consolider, sur nos victoires militaires, dans la région, contre l'EIGS et, justement, les dirigeants du RVIM que j'ai évoqués. Mais notre volonté, nous, de sortir d'une logique d'opération extérieure pour nous concentrer sur la stricte lutte contre le terrorisme, c'est-à-dire des forces plus légères, de projection, avec un Takuba renforcé. Notre objectif, c'est d'arriver à 2 000 hommes, sur Takuba, avec, si je puis dire, un pilier français autour de 500 hommes, dans la durée, et une coopération avec les armées de la région, avec plusieurs emprises, mais à chaque fois en appui avec des militaires qui seraient là dans la durée au côté des militaires sahéliens, ce qui est une logique différente de celle des op'ex', où vous avez des bases établies avec plusieurs centaines, parfois milliers d'hommes, qui sont sur une base où nous avons, si je puis dire, l'exclusivité de la présence des partenariats qui viennent nous consolider, mais c'est une logique très différente.
Nous ne le ferons pas tout de suite, mais c'est ainsi que je nous projette dans la durée parce que je pense que c'est cohérent. C'est cohérent avec la définition de qui est l'ennemi, et l'objectif qui est le nôtre d'effet final recherché. Notre objectif n'est pas de lutter contre tous les groupes qui peuvent exister dans la région.
Ce serait une guerre infinie. Notre objectif, c'est de lutter contre les groupes terroristes identifiés qui menacent la stabilité des Etats souverains de la région et la sécurité des populations. Et donc c'est là-dessus qu'on doit se focaliser. -Une femme : On va aller du côté du Burkina Faso, avant de prendre des questions à Paris.
M. Mahamadi Tiegna du journal Sidwaya. M.
Tiegna ? Vous nous entendez ? -E.
Macron : Il ne nous entend pas. Non, on ne vous entend pas. Vous avez dû laisser sur... -La femme : Vous êtes sur "mute", certainement. -Votre micro est sur "muet". -La femme : Alors non.
On va passer du côté de Paris. -Vous nous entendez, là ? On vous entend ?
Allez-y, monsieur. On ne vous entend toujours pas. On ne vous entend pas.
La femme : Alors... -On vous laisse, peut-être, régler le problème technique. -Oui, on va prendre une autre question, en attendant.
On va peut-être en coupler 2, de Christophe Châtelot et Harold Hyman, du côté Paris, et puis après, on retentera de se connecter avec Ouagadougou. -Merci beaucoup. -C.
Châtelot : Oui, bonjour, pour Le Monde. Il y a un an, à Pau, on avait noté une petite inflexion dans le discours officiel qui évoquait les composantes insurrectionnelles dans l'organisation des violences et la motivation des combattants, dans la région sahélienne. C'est une référence que l'on n'entend plus du tout.
On revient aux groupes armés terroristes comme s'il n'y avait plus, justement, de différence à faire entre ces différents groupes. Est-ce qu'il s'agit d'un changement de paradigme, ou juste de vocabulaire ? -H.
Hyman : Harold Hyman, pour CNews. M. le président, vous avez mentionné, tout à l'heure, qu'on pourrait avoir une victoire militaire.
Une fois la victoire militaire obtenue, ça, c'est par rapport au sursaut civil dans l'Alliance pour le Sahel. Alors quelle est la définition de la victoire militaire, là-bas, pour la France ? Et est-ce la même pour les autres partenaires du G5 Sahel ?
Merci. -Merci beaucoup. Sur la 1re question, ce distinguo existe toujours, c'est justement celui que j'ai souhaité lever à Pau, c'est-à-dire que la France ne se bat pas contre tous les groupes insurrectionnels.
Il y a des groupes qui ont des logiques ethniques ou ethnico-politiques dans la région, il faut être très vigilants sur ce point. Nous nous battons contre des groupements terroristes. La grande difficulté, c'est que certains groupements terroristes utilisent, justement, ces frustrations, et donc moi, je suis toujours très attaché à ce qu'on conserve ce distinguo, c'est pour ça que nous, nous nous battons strictement contre l'EIGS, qui est un groupement terroriste, et que vous m'avez entendu parler de la hiérarchie du RVIM, mais si je prends l'exemple de la Katiba Macina, son dirigeant, Koufa, qui est un des adjoints de Iyad Ag Ghali, utilise l'ambiguité ethnique pour agréger des formations peuls derrière un combat terroriste, et ça, c'est le travail, si je puis dire, politique, qui accompagne la lutte contre le terrorisme.
C'est aussi pour ça que je considère que le rôle de la France n'est pas de se battre contre tous les groupes insurrectionnels de la région, et d'être très vigilants à ne jamais rentrer dans des guerres ethniques. Nous nous battons contre des formations identifiées avec des chefs identifiés, des revendications claires, des discours qui sont des discours djihadistes, EIGS, RVIM. Et ensuite, nous avons besoin que les Etats sur place accompagnent ce travail d'un travail politique, et donc d'une discussion inclusive pour séparer de ces groupements les composantes politiques ou ethniques, et c'est pour ça que vous m'avez entendu, par exemple, sur RVIM, parler de l'Etat-major sur lequel nous devons concentrer nos objectifs finaux, mais que ça s'accompagne d'un travail politique avec les formations qui sont les plus au nord pour réinclure celles-ci dans le dialogue politique avec l'Etat malien, et pour d'autres formations qui sont au centre et à l'ouest du Mali pour régler la question peul.
C'est vrai, aussi, de certaines composantes qui sont au Burkina Faso, dont on voit bien que la logique ethnique vient, en quelque sorte, soutenir sur le terrain la logique djihadiste. Et donc il y a une très grande confusion qui existe sur le terrain, ce distinguo doit être fait, mais il justifie qu'on ait une action militaire ciblée et qu'elle s'accompagne à chaque fois d'un travail politique de discussion et, si je puis dire, inclusif, pour séparer, ensuite, les groupes. Comment ils ont réussi cela ?
Ils ont réussi parce qu'il y a des erreurs qui ont été faites par le passé, pas tant par la France que par les systèmes politico-militaires de la région qui ont conduit à des sentiments de frustration, d'exclusion de certaines communautés, et qui ont poussé celles-ci vers les groupements terroristes. C'est ça qu'il faut déconstruire aujourd'hui. C'est aussi pour cela que ça passe par le travail politique et ce sursaut civil que j'ai évoqué, parce que vous ramenez dans la durée des populations à la paix et à la stabilité si vous ramenez de l'éducation, de l'Etat, du dialogue politique inclusif, des magistrats qui feront la justice pour éviter l'impunité qui, ensuite, justifie que vous reveniez vers des groupements terroristes, etc.
Ca, c'est la responsabilité des Etats de la région. Donc ce distinguo existe toujours. Je n'ai parlé, moi, que des groupes armés terroristes pour justifier ce sur quoi je focalisais l'intervention de la France.
C'est aussi pour ça que je ne veux pas qu'on ait d'élongations dans toute la région, et qu'on ait des interventions qui soient non ciblées. Nous sommes très vigilants dans notre approche sur ce sujet. Sur la victoire militaire, c'est la restauration de l'Etat...
Des Etats souverains dans la zone des Trois Frontières. Ca, c'est, pour moi, le 1er objectif militaire. C'est qu'on arrive dans ce quadrilatère, Terra-Douentza-Gao-Ménaka que j'évoquais, à reconquérir la stabilité, à rouvrir les écoles, à rétablir, justement, la stabilité de l'Etat, et il y a 2 axes, pour moi, dans ce quadrilatère, qui est large, mais qui sont clé, c'est l'axe Mopti-Gao et l'axe Ouagadougou-Dori, que j'évoquais tout à l'heure, qui sont 2 axes sur lesquels on doit restaurer l'Etat dans toutes ses composantes, et la stabilité dans toutes ses composantes.
Ca, c'est, pour moi, le 1er objectif, et ensuite, c'est la désorganisation de la hiérarchie militaire d'RVIM. C'est le 2e objectif, qui serait une victoire militaire française, et elle ne serait pas que française, elle serait, justement, sahélienne, car ces objectifs, nous les avons définis dans la préparation du sommet de N'Djaména, et c'était, pour moi, un préalable, pour refaire le lien avec les questions précédentes, un autre maintien sur cette formation, c'était que nous partagions très clairement les mêmes finalités sur chacun des pays, et à partir du moment où, dans les conclusions du sommet, vous avez ces objectifs qui sont mentionnés : la lutte contre EIGS, le rétablissement de ces axes dans leur souveraineté et la lutte contre les Etats-majors d'RVIM, en particulier Ag Ghali et Koufa, ce sont des axes et des objectifs qui sont partagés par l'ensemble des membres de la région. -La femme : M. le président, nous sommes arrivés à la fin. -Je vais peut-être prendre... -Vous voulez prendre... -Oui, oui, je vais les prendre. -Très bien. -Les 2 questions...
Alors, monsieur ? -Monsieur ? -Non. -On ne vous entend toujours pas.
Je suis navrée, c'est très dommage. -Comment ça se fait ? Et je vois un autre... -Est-ce qu'on a une autre personne qui veut bien poser une question, s'il vous plaît, du côté du Mali, du Niger ou du Tchad ?
Du Burkina ? M. Diop, vous vous êtes manifesté, est-ce que vous pouvez nous dire si vous nous entendez ? *-M.
Diop : Oui, je vous entends. -Très bien. On vous donne la parole, M.
Diop. *-Merci beaucoup. Merci de m'avoir associé à cette conférence de presse.
J'aurais 2 questions. La 1re, c'est...
Je vois que l'accent est toujours mis sur le volet militaire. On a vu les annonces faites par le Tchad et aussi le désengagement, visiblement, d'une partie de la force Barkhane, qui n'est pas, en fait...
Qui ne va pas intervenir dans l'immédiat. Est-ce que, avec cette focalisation sur le tout sécuritaire, vous ne minimisez pas un peu les autres aspects comme les questions humanitaires et également celles liées au développement ? La 2e question, c'est par rapport à la décision prise récemment par les autorités burkinabées de négocier avec les chefs djihadistes.
Est-ce que cela est en accord avec...
Est-ce que vous avez discuté, en fait, sur cette décision prise par le Burkina et comment tout cela va se mettre en place ? Je vous remercie. -Est-ce que M.
Tiegna a un micro ? -La femme : M. Tiegna, vous y arrivez ?
Ca y est ? -E. Macron : Ah.
Allez-y. -Il semblerait qu'on vous entende. Est-ce que vous pouvez poser votre question ?
Sinon la poser par écrit, peut-être. -E. Macron : Allez-y. -La femme : M.
Tiegna ? Alors sinon Aubin Guebré, de TV BF1 Burkina. *-A.
Guebré : Merci. J'espère que vous m'entendez. -La femme : Oui. *-Oui, le président, justement, dans cette dynamique d'ajustement de l'effort français et de la question de la "sahélisation", justement, ce passage de témoins aux armées nationales.
Moi, je veux savoir...
La question qui se pose, à mon sens, à ce niveau, c'est bien la question de la formation. On parle de sous-entraînement, de sous-équipement, de fausses armées nationales. Est-ce que ce volet-là, véritablement, ça veut dire qu'on l'intensifie dans les semaines, les mois à venir, dans ce sens ?
Parce que ça reste une question essentielle, ici. -Très bien. -La femme : Est-ce qu'on a une autre question ?
Ets-ce que l'un de vous... -Intervenant : Oui. -La femme : Très bien.
Allez-y, on vous écoute. *-A. Guebré : Question de la date, également, qui pourrait un tant soit peu soulager nos Etats dans le cadre de cette lutte parce qu'il est question, justement, de nouveaux financements dans le cadre de l'armement, mais aussi du développement, des questions de développement. (Incompréhensible) Cette question de la dette, ça allait régler un peu, d'une façon ou d'une autre, contribuer dans ce sens, à partir du moment où, justement, le financement se fait assez rare.
Merci. -Très bien. Pas de regrets pour M.
Tiegna ? -La femme : M. Tiegna, on tente une dernière fois.
Non, je crains que nous n'y arrivons pas avec Ouagadougou. -E. Macron : On n'y arrive pas ?
Bon. -Malheureusement. -Je suis désolé. -La femme : Alors la question, il vient de nous la poser par écrit, si vous le permettez. -Alors allez-y. -Il veut savoir les rapports entre l'Algérie et la France dans la lutte contre le terrorisme. -C'est une question générique. -C'est une question ouverte, oui. -Bien.
Alors je vais répondre à toutes ces questions pour conclure notre échange. D'abord, M. Diop, je crois que le thème me conduit quand même à vous dire que dans mon propos introductif, j'ai fait à peu près l'inverse de ce que vous me demandez, enfin, de ce que vous soulignez.
Je n'ai pas focalisé sur le tout sécuritaire puisque j'ai dit que pour moi, l'objectif de N'Djaména, c'était la mise en place, précisément, d'un sursaut civil, comme nous avions eu le sursaut militaire à Pau, et donc c'est, pour moi, le principal point. Nous avons, à Pau, défini 4 axes. 2 sont totalement non militaires : le retour de l'Etat et la politique de développement.
Et je l'ai dit à plusieurs reprises, on peut faire tous les efforts militaires que l'on veut, ils sont inopérants dans la durée s'ils ne s'accompagnent pas d'un retour, 1, d'un dialogue politique inclusif pour réintégrer, parfois, des rebelles ou des forces insurrectionnelles, d'un retour de l'Etat sous ses composantes : forces de sécurité intérieure, magistrature, écoles, services publics, et d'une politique de développement pour donner un espoir aux populations. Ca, c'est le pilier 4. Cet engagement n'est pas nouveau, pour ce qui concerne la France, puisque c'est dans le 1er déplacement que j'ai fait à Bamako en juillet 2017 que nous avons lancé l'Alliance pour le Sahel avec plusieurs partenaires : Banque mondiale, l'Allemagne et plusieurs autres qui, comme je le disais, a permis d'identifier 900 projets et 16 milliards d'euros.
Le problème de ce volet, il est sur le terrain. Il est sur le terrain. Et c'est aussi pour ça que l'engagement qui a été pris dans les semaines précédentes et pour le sommet de N'Djaména d'un réengagement très fort du Mali, du Burkina, du Niger sur ces projets-là est très important.
Y a pas de retour de l'Etat, et il n'y a pas de politique efficace non sécuritaire s'il n'y a pas une volonté de l'Etat malien de reprendre pied à Kidal. Il n'y a pas de retour efficace des politiques de développement s'il n'y a pas la volonté claire de l'Etat burkinabé et de ses services, dans le nord-est, dans cette zone de Marcoy que j'évoquais, de faire rouvrir les écoles, de faire revenir l'Etat, et il n'y a pas de politique efficace si, dans toute cette zone des Trois Frontières, Terra-Tilliabéri, et à l'ouest de Niamey, y a pas la volonté claire de l'Etat nigérien de revenir et de rouvrir. A partir du moment où ils ont conforté cette volonté, réaffirmé, et on met les moyens, on doit pouvoir y arriver, mais il faut mettre beaucoup d'impulsion politique au plus haut niveau.
Donc vraiment, je veux vous dire, là-dessus, pour moi, je reste engagé, sur le plan militaire, au même niveau, avec la feuille de route que je viens de vous donner avec beaucoup de transparence et de détails aujourd'hui, parce qu'elle s'accompagne d'un engagement clair, sur le plan militaire, politique et de développement aussi de nos partenaires sahéliens, et je les en remercie. Dans ce cadre-là, ce qui a été fait par le président Kaboré est exactement le dialogue politique qu'on doit avoir, en transparence avec les partenaires sahéliens et avec la France. C'est le 2e point que vous avez évoqué, ce que j'appellerais le dialogue, au fond, de Djibo, puisque c'est là que ça s'est caractérisé, c'est-à-dire la volonté d'engager un dialogue avec des forces burkinabées qui avaient pris les armes, qui étaient des effecteurs de groupes terroristes.
En distinguant, une chose très simple, on a eu la discussion en tête-à-tête avec le président Kaboré, et il l'assume dans le compte-rendu et les conclusions de l'accord de N'Djaména, et tout le monde est d'accord là-dessus, oui pour discuter avec des forces politiques et civiles sur le terrain et les réengager par un processus d'inclusion qui suppose qu'elle dépose les armes, qu'elle se désolidarise des mouvements terroristes. S'il y a la moindre ambiguité là-dessus, pas de dialogue politique. Et de l'autre côté, volonté affirmée de lutter contre leur chef terroriste, c'est-à-dire, très clairement, leur cher terroriste, in fine, était Koufa, on le sait très bien.
Voilà. Ca répond d'ailleurs à la question de votre confrère du Monde, dans le distinguo qui était fait. Et donc là, il y a un dialogue politique parce que ce sont des forces insurrectionnelles qui étaient, en quelque sorte, pardon de cet anglicisme, mais des "proxi", ce que j'ai appelé des effecteurs de groupements terroristes.
Ca doit se faire, simplement, en transparence, dans le dialogue, avec tous les partenaires, et de manière très claire, mais on ne fait jamais ces réinclusions avec des gens qui sont des terroristes, qui ont, eux, choisi leur camp. Sur, ensuite, 3e question, la "sahéliennisation" et la question de la formation, c'est tout à fait vrai, c'est pour ça que, d'ailleurs, nous avons mis en place nous-mêmes...
Barkhane fait beaucoup de formations sur le terrain, c'est un des gros travaux que fait Barkhane, nous avons aussi EUTM, EU CAP, qui sont un très gros effort, et beaucoup de nos partenaires européens sont engagés parfois de manière exclusive dans le financement de ces formations. Nous avons, à l'occasion du sommet, d'ailleurs, augmenté, c'est dans les conclusions du sommet, les financements, et ce qui a été clarifié aussi, c'est le réengagement et la demande de plusieurs Etats de la région de participer à ces programmes, en particulier, le Burkina a accepté de signer la lettre d'engagement à l'égard de l'Union Européenne pour demander ces formations. Donc vous avez parfaitement raison, c'est bien vu par, si je puis dire, nos protocoles.
Formation des armées avec des financements, en particulier européens, type EUTM, qui ont été accrus lors de ces discussions et qui sont à opérer par les Etats membres, équipement de ces armées, c'est ce que nous avons fait, là aussi, avec un financement de 200 millions d'euros, l'année dernière, et entraînements, en particulier, avec les forces Barkhane, déploiement sous un commandement conjoint, c'est ce que nous avons acté à Pau et qui a très bien fonctionné cette année, et fonctionnement avec, aussi, une force de renseignement conjointe. 4e question qui m'a été posée, c'est sur la dette. Vous le savez, la France a pris l'initiative, il y a maintenant près d'un an, dès le début de la crise du Covid, en lien, d'ailleurs, avec le bureau de l'Union Africaine, puisque tout ça a été le fruit d'un travail que j'avais lancé avec le bureau de l'Union Africaine l'année dernière, qui s'est traduit ensuite par 2 choses : d'abord l'initiative ACTA, qui est l'accélérateur, justement, du déploiement des instruments de lutte contre le Covid, en particulier pour le contient africain, et dans ACTA, il y a un pilier, les piliers sanitaires, et, évidemment, les piliers, aussi, financiers et économiques.
Et donc dès le début de la crise, nous avons souhaité qu'on puisse, justement, aller vers un processus de restructuration, voire une annulation des dettes des pays africains. Et on a traduit ensuite concrètement cette initiative par une 1re étape historique, qui a été, au niveau des ministres des Finances du G20, puis des dirigeants du G20, un moratoire sur le paiement de tous les intérêts sur l'année 2020 de la dette des pays concernés. Ca ne s'était jamais fait, et ce moratoire a inclus, en particulier, nos partenaires chinois.
Ca n'était pas fait, jusque là. Je vais porter le fer pour qu'on poursuive ce travail de plusieurs manières. D'abord, continuer le travail de restructuration des dettes africaines.
Ce travail, s'il doit être efficace, est un travail qui nécessite d'avoir tous les créanciers autour de la table. Je vais le dire en des termes politiquement très peu corrects, rien ne sert de restructurer les dettes africaines à l'égard de l'Europe et des Etats-Unis si c'est pour contracter plus de dettes à l'égard de la Chine, ce qu'on a quand même très souvent vu faire ces dernières années. C'est une catastrophe sur le plan financier et une catastrophe sur le plan de la souveraineté, et donc le moindre bouger doit être un bouger qui inclut toutes les formes de dettes, publiques et privées, parce que beaucoup jouent sur ce distinguo.
Quand c'est de la dette privée à l'égard d'entreprises qui sont détenues par des puissances publiques, c'est assez peu de la dette privée. Et donc nos partenaires chinois, jusqu'à présent, ont continué d'avancer avec nous là-dessus. Je souhaite qu'on puisse, dans le cadre du G20, mais également par la poursuite, si je puis dire, d'une négociation ad hoc, continuer à restructurer les dettes africaines.
On discute beaucoup avec la Banque mondiale, le FMI et certains de nos partenaires pour voir quelles sont les conditionnalités qu'ils veulent mettre, mais je pense, en particulier, pour toutes les dépenses de santé, pour aider à ces projets, on doit aller beaucoup plus vite, beaucoup plus fort. Le 2e pilier, c'est évidemment d'aider, aussi, sur un plan quasi monétaire, les pays africains par une émission de droits de tirages spéciaux du Fonds Monétaire International. Nous soutenons, depuis l'année dernière, cette initiative, qui a été un peu annoncée, ici même, le 11 novembre dernier.
L'administration américaine précédente était opposée à cela, je crois que les discussions que nous avons pu avoir, dès à présent, avec la nouvelle administration, sont plus favorables. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ca veut dire que nous aurions l'émission de 500 milliards de dollars de droits de tirages spéciaux auxquels nous renoncerions, parce qu'en fait, ces droits de tirages vont mécaniquement vers les principaux, si je puis dire, pour les détenteurs du FMI, et donc la quote-part est extrêmement forte pour les Etats-Unis, l'Europe, et elle l'est aussi pour la Chine.
On engagerait, nous, Européens, le processus de renonciation à ces droites de tirages, les Etats-Unis feraient la même chose, j'espère qu'on pourrait convaincre les Chinois de faire la même chose, pour que l'intégralité des droits de tirages spéciaux ainsi émis puisse aller vers les économies africaines, ce qui serait un complément très important. 3e pilier de cette réponse, restructuration des dettes, droits de tirages spéciaux FMI, c'est le rendez-vous de mai à Paris, et cette conférence que nous avons souhaitée sur le financement des économies africaines, qui est indispensable dans la période. On ne peut pas permettre à l'Afrique de résister à la crise Covid et de relancer ses économies avec la pression démographique qu'elle vit si nous ne lui donnons pas des moyens exceptionnels sur le plan financier, financements publics et privés.
Et donc la France sera au côté de tous ses partenaires africains pour aller de l'avant sur cet agenda avec beaucoup de force. Il se complète, évidemment, de l'agenda sanitaire. J'ai eu l'occasion, la semaine dernière, de discuter avec le directeur général de l'Organisation Mondiale de la Santé, j'ai réuni à nouveau tous les partenaires historiques et fondateurs d'ACTA, et demain, je parlerai avec le bureau de l'Union Africaine pour qu'on opérationnalise notre stratégie vaccination, soutien au système de santé primaire dans le cadre d'ACTA aussi, parce qu'on est aujourd'hui trop lent et trop peu opérationnel.
Dernière question à laquelle je réponds, c'est la coopération avec l'Algérie et la France. Ecoutez, j'ai eu plusieurs discussions avec le président Tebboune sur ce sujet, il est extrêmement conscient du sujet sécuritaire, et est conscient aussi de l'importance du sujet sahélien pour son pays, et donc moi, je souhaite que nous puissions continuer d'avancer avec l'Algérie sur ce volet-là. La présence marocaine et algérienne au sommet de N'Djaména a été, je pense, une étape importante dans ce réengagement.
J'ai, avec le président Tebboune, un dialogue de confiance. Nous avons, entre nos équipes, des dialogues de confiance sur ce sujet, et je pense qu'il faut ouvrir une nouvelle page de coopération sur le terrain, en particulier entre le Mali et l'Algérie, puisque c'est cette zone frontière qui est tout particulièrement concernée, c'est mon souhait le plus cher, et la France fera tout ce qui est en son pouvoir pour être utile à ce dialogue et permettre des résultats opérationnels. L'insécurité au Sahel, c'est très clairement, aussi, la source d'une insécurité en Algérie, et donc je crois que c'est l'intérêt bien compris des Algériens. -La femme : Merci à tous. -Merci beaucoup. -Merci à vous d'être venus et merci à tous ceux qui se sont connectés depuis le Mali, le Niger, le Tchad, le Burkina. -Je suis désolé, pour M.
Tiegna, qu'on n'ait pas pu entendre sa voix, mais au moins a-t-on pu répondre à cette question. Merci beaucoup. Merci à toutes et tous.
Bon courage. Bon courage à tous.