Alexandre Roesch : "Donner à tous les usagers de la mer une vision d'ensemble" sur l'éolien offshore
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Questions et réponses
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Pourquoi la construction du parc a-t-elle pris deux fois plus de temps qu'ailleurs ?
- 0:53OuverteRéponse directe
Quelle est la production électrique du parc de Saint-Nazaire ?
- 1:04OuverteRéponse directe
Les riverains trouvent les éoliennes trop visibles, peut-on les éloigner ?
- 1:32RelanceRéponse partielle
Le projet de loi sur l'accélération des énergies renouvelables vise-t-il à expédier les consultations ?
- 1:57FerméeÉludée
Le projet de loi vise-t-il à accélérer les choses pour éviter les blocages ?
- 3:01OuverteRéponse directe
Qui touche les compensations financières liées aux parcs éoliens ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:31Invité politiqueFait
« On apprend en marchant. On a commencé déjà un petit peu plus tard que nos voisins. »
- 0:39Invité politiqueFait
« On avait un cadre réglementaire qui était assez complexe, c'est vrai. Il a été simplifié en 2018. »
- 0:57Invité politiqueChiffre
« Ça va courir 20% de la consommation d'électricité de la Loire-Atlantique. »
- 1:02Invité politiqueChiffre
« 700 000 foyers, exactement. »
- 2:22Invité politiqueFait
« Donner à tous les usagers de la mer une vision d'ensemble, à la fois dans le temps et dans l'espace. »
- 5:09Invité politiqueFait
« On a une filière industrielle qui est extrêmement présente. Ça veut dire qu'on les exporte. »
- 5:15Invité politiqueFait
« Dans l'usine d'Elemwind, elles sont actuellement exportées au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. »
- 5:48Invité politiqueFait
« C'est extrêmement compétitif aujourd'hui. »
- 6:01Invité politiqueFait
« L'aide publique reste nécessaire pour servir de garantie, en quelque sorte. »
- 6:11Invité politiqueChiffre
« On produit à 50 euros le mégawatt-heure à peu près. »
Temps de parole
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Il est 6h20, Emmanuel Macron joue les inspecteurs des travaux presque finis. Le président se rend aujourd'hui sur le chantier du premier parc éolien en mer de France. C'est au large de Saint-Nazaire, l'installation est bientôt terminée. Bonjour Alexandre Roche.
Bonjour Mathieu Munos.
Vous êtes le délégué général du syndicat des énergies renouvelables. Il a fallu 10 ans pour construire et mettre en service ce parc. C'est deux fois plus long que chez nos voisins. Pourquoi ?
On apprend en marchant. On a commencé déjà un petit peu plus tard que nos voisins. Et puis c'est vrai qu'on avait un cadre...
Quelques années plus tard, pas beaucoup quand même.
Quelques années plus tard. Et on avait un cadre réglementaire qui était assez complexe, c'est vrai. Il a été simplifié en 2018. Donc on pense que les prochains parcs, eux, pourront être construits plus rapidement. Mais c'est vrai que ce premier parc de Saint-Nazaire a mis plus de 10 ans à émerger.
Alors c'est un parc de 80 éoliennes. Ça représente quoi en termes d'électricité ?
Ça va courir 20% de la consommation d'électricité de la Loire-Atlantique.
Donc c'est à peu près 700 000 personnes ?
700 000 foyers, exactement.
Alors il y a beaucoup de riverains qui trouvent que ces éoliennes sont trop visibles du littoral. Elles se situent entre 12 et 20 km. On ne peut pas les mettre plus loin ?
On peut les mettre plus loin. D'ailleurs, il y aura des prochains parcs où les éoliennes seront un peu plus loin des côtes. Après, l'implantation d'un parc fait l'objet d'un débat public avec justement l'impact paysager qui est un des éléments qui rentrent en ligne de compte. Ce n'est pas le seul. Mais en tout cas, ça sera possible de les mettre plus loin également à l'avenir.
Alors le débat public, justement, ça, ça fait partie du projet de loi. Il y a un projet de loi qui sera présenté lundi en Conseil des ministres. Emmanuel Macron va en dire, j'imagine, quelques mots aujourd'hui. Projet de loi d'accélération des énergies renouvelables. Et il y a un volet justement sur l'acceptabilité de ce genre de parc éolien. Comment on fait pour que la population les accepte facilement ? Et dans ce projet de loi, visiblement, on va revoir les modalités de consultation de la population. On essaye d'expédier un peu les choses pour que ça aille plus vite et qu'il y ait moins de blocage, c'est ça ?
Non, je ne crois pas vraiment que ce soit l'objet du projet de loi. L'idée, c'est peut-être de paralléliser certaines choses qu'on faisait avant de manière séquentielle.
C'est-à-dire, au lieu de faire projet par projet les consultations, ce sera peut-être région par région ?
Oui, alors l'idée, et en tout cas nous au syndicat des énergies renouvelables, c'est ce qu'on pousse, parce qu'on pense que c'est un élément d'acceptabilité très fort, c'est de pouvoir donner à tous les usagers de la mer une vision d'ensemble, à la fois dans le temps et dans l'espace.
Ce qui se passe, et l'expérience l'a montré, c'est que quand on fait un débat public sur une zone, pour identifier par exemple en Mancheste, mer du Nord, une zone pour faire un parc éolien en mer, et que deux ans après, on vient peut-être quelques kilomètres plus loin pour identifier une deuxième zone, les gens nous disent légitimement, mais pourquoi vous ne nous aviez pas dit il y a deux ans qu'il pourrait y avoir un deuxième parc un peu plus loin ? Et donc l'idée, c'est de jouer carte sur table, et de donner une bonne fois pour toutes, une visibilité aux pêcheurs, aux usagers de la mer, l'ensemble des zones qui pourraient être conduites à accueillir des parcs éoliens en mer.
Donc pour nous, c'est une mesure d'acceptabilité en fait très forte.
Et l'autre mesure pour favoriser cette accessibilité, c'est l'argent, les compensations financières. Qui touche quand il y a ce genre de parc ? C'est la mairie ? C'est les populations locales ? Est-ce qu'il y a déjà des choses prévues ? Ou est-ce que justement, ça va être mis en place avec le projet de loi ?
Non, alors il y a déjà un cadre qui est en place, il y a une taxe éolienne qui est reversée en partie, par exemple à l'Office français de la biodiversité, en partie à la société de sauvetage en mer, et puis évidemment...
Mais les communes qui râlent par exemple, parce que les éoliennes, on les voit trop, les communes du littoral, est-ce qu'elles touchent de l'argent ?
Elles touchent également de l'argent, via la fiscalité. Néanmoins, c'est vrai que nous, on pense que le sujet du lien de visibilité entre l'éolienne que j'ai à côté de chez moi et ce que ça rapporte au riverain que je suis, doit être peut-être un peu plus présent. Et donc, il y a dans le projet de loi une disposition, ce qu'ils appellent le partage de la valeur, qui nous semble extrêmement intéressante, parce qu'aujourd'hui, quand vous avez un parc éolien à côté de chez vous, la commune reçoit de l'argent via la fiscalité locale.
C'est beaucoup, je ne me rends pas compte.
Alors, ça s'appelle l'IFER, l'imposition forfaitaire sur les entreprises de réseau. Dans une commune, pour vous donner une idée précise, un parc éolien, cette fois-ci terrestre, puisqu'on n'en a pas encore en mer, de 6 éoliennes, ça fait à peu près 200 000 euros de revenus pour une commune en général rurale, donc c'est non négligeable. Mais très souvent, les gens qui habitent dans ces communes ne savent pas que ces éoliennes rapportent cet argent et ne savent pas vraiment ce qui est fait avec cet argent.
Donc, il nous semble absolument important de recréer ce lien de visibilité entre « J'ai une éolienne à côté de chez moi et qu'est-ce que ça peut me rapporter à moi dans mon cadre de vie, voire sur ma facture d'électricité ? »
Alexandre Roche, on sait que la France est à la traîne dans l'éolien maritime, donc pas un seul parc encore entièrement en service. Celui de Saint-Nazaire sera le premier à la fin de l'année. Alors que l'Europe compte déjà 5 700 éoliennes. Comment on fait pour développer à toute vitesse ? Est-ce qu'on peut rattraper le retard ? Est-ce qu'il y a déjà une filière industrielle en France ?
Alors oui, c'est la grande particularité de la France, c'est qu'on n'a pas une seule éolienne. Jusqu'à peu, on n'avait pas une seule éolienne qui était raccordée au réseau électrique et pourtant, on a une filière industrielle qui est extrêmement présente. Ça veut dire qu'on les exporte ? Ça veut dire qu'on les exporte.
Il y a des éoliennes françaises partout dans le monde, sauf chez nous. Exactement.
Moi, j'ai visité l'usine de Cherbourg, par exemple, où on produit aujourd'hui les plus grandes pales du monde, sont construites en France. Dans l'usine d'Elemwind, elles sont actuellement exportées au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Il faut savoir qu'il y a 12 sites en Europe de production de composants pour l'éolien en mer. Il y en a 4 sur ces 12 qui sont en France. Donc, vous voyez qu'on a une filière à Saint-Nazaire, à Cherbourg et au Havre.
Donc, on a les usines, il manque les projets, c'est ça ?
Alors, on a des projets. Il y a une dizaine de parcs qui sont en appel d'offres. Donc, il va y avoir d'autres parcs dans la suite. Mais c'est vrai qu'il faut de la visibilité sur ce qui va se passer après 2024.
Mais est-ce que c'est une technologie compétitive ? Est-ce que c'est rentable ou ça ne tient que parce qu'il y a des subventions publiques ?
Non, c'est extrêmement compétitif aujourd'hui. D'ailleurs, vous l'avez dit, il y a 5 700 éoliennes en Europe. Et on le voit dans les prix qui émergent dans les autres pays. On est aujourd'hui sur une technologie qui est extrêmement compétitive.
On pourrait se passer des aides publiques ou pas ?
L'aide publique reste nécessaire pour servir de garantie, en quelque sorte. Quand on vend l'électricité sur le marché, on le voit bien aujourd'hui, c'est extrêmement volatile. L'aide publique, elle est là pour garantir un revenu minimum. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, on produit à 50 euros le mégawatt-heure à peu près. Donc, c'est très très compétitif. C'est à peu près le niveau de production un peu plus cher que le niveau de production du nucléaire actuel. Donc, c'est extrêmement compétitif.
Alors, c'est plus cher pour le parc de Saint-Nazaire, mais parce que c'était il y a 10 ans. Donc, voilà, les tarifs, c'est autour de 150, c'est ça, je crois.
C'est ça, voilà. Oui, là, vous parlez d'un prix d'il y a 10 ans. Moi, je parlais des prix qui sortent aujourd'hui. Exactement.
Alexandre Roche, merci. Délégué Général du Syndicat des Énergies Renouvelables, vous étiez l'invité du 5-7.