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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 6 février 2021 20 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsSantéEurope & internationalSolidarités & famille

Proportionnelle : "On combat mieux le RN dans l'hémicycle qu'à l'extérieur", juge Jean-Christophe Lagarde

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:06OuverteRéponse directe

    On va commencer par votre soutien au bras de fer que vient d'engager François Bayrou pour qu'Emmanuel Macron respecte sa promesse de proportionnelle pour les législatives.

  • 0:23OuverteRéponse directe

    Avec quels arguments, Jean-Christophe Lagarde, comptez-vous convaincre l'exécutif et le chef de l'État en particulier ?

  • 1:01ComplaisanteRéponse partielle

    Vous êtes représenté à l'UDI, à l'Assemblée Nationale.

  • 2:46RelanceRéponse directe

    Sauf que cette idée de proportionnelle ne semble pas séduire, pour l'instant, l'exécutif.

  • 2:51OuverteRéponse directe

    D'ailleurs, quel retour avez-vous de votre proposition ?

  • 3:09RelanceRéponse directe

    Parce que venant de l'exécutif, ça ne fait pas partie des dossiers prioritaires.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:29Invité politiqueFait
    « pour nous, l'UDI, ce n'est pas une conviction nouvelle, on a toujours défendu l'idée que l'Assemblée Nationale, c'est une forme de détendeur de la démocratie. »
  • 0:46Invité politiqueFait
    « Et quand des courants d'opinion politique importants ne sont pas présents dans l'Assemblée Nationale, c'est dans la rue que le débat se fait. »
  • 1:25Invité politiqueFait
    « Et d'ailleurs, je pense qu'on les combat plus facilement dans l'hémicycle qu'à l'extérieur. »
  • 2:00Invité politiquePromesse
    « La première, c'est d'accepter que le vote blanc soit reconnu comme un vote exprimé. »
  • 2:20Invité politiqueFait
    « Et la deuxième chose, c'est effectivement, comme pour les élections régionales, comme pour les élections municipales, comme pour les élections européennes, finalement, il n'y a que deux élections où la proportionnelle n'existe pas. »
  • 3:33Invité politiqueFait
    « C'est vraiment une loi très simple. D'ailleurs, elle a déjà existé. C'était en 1986. »
  • 4:03Invité politiqueFait
    « Parce qu'on connaît bien le groupe La République en marche, ils sont aux ordres. »
  • 5:13Invité politiqueFait
    « Le Portugal vient de dire son président. Les Etats-Unis, dans les conditions qu'on connaît, ont élu leur président. »
  • 5:52Invité politiqueFait
    « Le problème, c'est la campagne. »
  • 6:53Invité politiqueFait
    « Je pense que nos institutions ne permettent plus de gouverner correctement la France. »
  • 7:01Invité politiqueFait
    « C'est le quinquennat qui est en cause ? Oui, bien sûr. »
  • 7:30Invité politiqueFait
    « On devrait se poser le problème de nos institutions. »
  • 8:10Invité politiqueFait
    « Le paradoxe français aujourd'hui, c'est que l'État est celui qui concentre tous les pouvoirs. »
  • 9:40Invité politiqueChiffre
    « En Allemagne, au printemps dernier, ils étaient, je crois, de mémoire, à 9000 morts quand on était à plus de 30 000 morts. »
  • 11:30Invité politiqueFait
    « Absolument rien. C'est consternant. C'est consternant. »
  • 14:17Invité politiqueChiffre
    « Nous avons 2,8 millions d'étudiants qui n'ont pas revu les bancs de la fac depuis le mois de mars dernier. »
  • 14:26Invité politiqueChiffre
    « 40% de dépression, nous dit-on, dans les enquêtes. »
  • 15:35Invité politiqueChiffre
    « J'ai été candidat aux élections européennes en 2019. J'ai été le seul à dire que 70% de nos médicaments promenaient d'Asie et que c'était déraisonnable. »
  • 16:03Invité politiqueFait
    « Ils ont signé deux contrats en même temps. Ils ont signé avec Boris Johnson en disant que les deux usines en Grande-Bretagne ne serviraient que la Grande-Bretagne. »

Temps de parole

  • Jean-christophe Lagarde81 %
  • Présentateur16 %
  • Présentateur 23 %

7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Bonjour Jean-Christophe Lagarde, député centriste de Seine-Saint-Denis, président de l'UDI. On va commencer par votre soutien au bras de fer que vient d'engager François Bayrou pour qu'Emmanuel Macron respecte sa promesse de proportionnelle pour les législatives. Alors vous n'êtes pas le seul parti que ça intéresse à l'UDI, il y a aussi la France Insoumise, le Rassemblement National, l'Europe Écologie Les Verts. Avec quels arguments, Jean-Christophe Lagarde, comptez-vous convaincre l'exécutif et le chef de l'État en particulier ?

0:29
Jean-christophe Lagarde

Écoutez, pour nous, l'UDI, ce n'est pas une conviction nouvelle, on a toujours défendu l'idée que l'Assemblée Nationale, c'est une forme de détendeur de la démocratie. C'est l'endroit où le débat doit se construire. Et quand des courants d'opinion politique importants ne sont pas présents dans l'Assemblée Nationale, c'est dans la rue que le débat se fait. Et à ce moment-là, ce débat, en réalité, il se fait sur le rapport de force, parfois même sur la violence, mais il ne se fait pas là où il doit se faire, au cœur de la démocratie, dans l'hémicycle, dans l'Assemblée Nationale. Il se fait tout de même le débat, mais vous le voulez plus fort pour les formations de moindre importance.

Très honnêtement, il ne se fait pas. Il y a des idées...

1:01
Présentateur

Vous êtes représenté à l'UDI, à l'Assemblée Nationale.

1:04
Jean-christophe Lagarde

Mais je ne suis pas en train de parler de nous. Est-ce que vous pensez qu'il n'y a que 4-5 écologistes en France pour représenter les Français qui pensent que l'écologie et l'environnement, c'est important ? Je pense qu'il y a, notamment à l'UDI, des gens qui défendent aussi l'environnement, mais il y a un mouvement qui existe. Pourquoi est-ce qu'il est absent de l'Assemblée Nationale ? Je combats absolument le Front National, mais je ne peux pas ne pas tenir compte. Et d'ailleurs, je pense qu'on les combat plus facilement dans l'hémicycle qu'à l'extérieur. À l'extérieur, c'est facile. Ils sont tout le temps dans le slogan. Ils sont tout le temps dans la caricature.

Quand vous êtes en train de discuter de choses concrètes dans l'hémicycle, ils ne peuvent plus faire le cinéma médiatique, si j'ose dire qu'il y a l'heure. On l'avait vu d'ailleurs en Allemagne il y a quelques années. Ils étaient rentrés au Parlement et ils sont sortis très vite du Parlement. Parce que quand on les met face aux réalités, ils ne sont plus dans le fantasme. En fait, les exclure du jeu politique par cette règle électorale, c'est leur faire un cadeau. Et moi, je ne veux pas leur faire de cadeau. Sauf que cette idée... Et puis surtout, on ne peut pas dire aux Français... Moi, je crois qu'il y a deux réformes importantes au plan électoral.

La première, c'est d'accepter que le vote blanc soit reconnu comme un vote exprimé. Quelqu'un qui vient jusqu'au bureau de vote et qui se donne cette peine et qui dit « Aucun des candidats ne me convient, on doit tenir compte de sa voix ». Ça n'empêche pas qu'il y aura un résultat, qu'il y aura un vainqueur. Sa voix n'empêchera pas un vainqueur, mais on mesurera quelque chose que les Français ont envie de voir mesurer. Et la deuxième chose, c'est effectivement, comme pour les élections régionales, comme pour les élections municipales, comme pour les élections européennes, finalement, il n'y a que deux élections où la proportionnelle n'existe pas.

Les élections départementales et les élections législatives. Les élections législatives sont quand même d'une importance majeure. C'est là où les confrontations d'idées sont nécessaires. Un, pour éclairer les Français et parfois, quand les députés sont raisonnables, pour détendre, entre guillemets, certains sujets qui sont compliqués.

2:46
Présentateur

Sauf que cette idée de proportionnelle ne semble pas séduire, pour l'instant, l'exécutif.

2:51
Jean-christophe Lagarde

D'ailleurs, quel retour avez-vous de votre proposition ? Je viens d'envoyer le courrier hier ou avant-hier, donc je n'attends pas de réponse encore. Mais je ne comprends pas ça. Séduire, M. Macron n'a pas besoin d'être séduit. Il devait bien être convaincu. Sinon, pourquoi il l'a promu aux Français ? Non seulement il l'a promu aux Français...

3:06
Présentateur

Parce qu'il ne veut pas encombrer le calendrier parlementaire. D'ailleurs, il fait dire plutôt que si la proportionnelle devait voir le jour, ce serait plutôt, à votre initiative, les parlementaires, déposer une proposition de loi. Parce que venant de l'exécutif, ça ne fait pas partie des dossiers prioritaires.

3:23
Jean-christophe Lagarde

Alors attendez, on va dire des choses simplement. D'abord, encombrement parlementaire, il ne faut pas se foutre du monde. La réalité, c'est que ça nous prendrait deux ou trois jours à l'Assemblée nationale et au Sénat, parce que ça va très vite. C'est vraiment une loi très simple. D'ailleurs, elle a déjà existé. C'était en 1986. Deuxième chose, à l'initiative d'un groupe. Alors, pour ce qui concerne le groupe UDI, on a une fois par an l'occasion de proposer deux ou trois lois. Sauf que ça fait consensus. Mais c'est très simple. Le Modem, je crois, a bientôt une niche parlementaire. Il entend le faire. La seule question qu'il y aura à ce moment-là, c'est est-ce que M.

Macron donne à ses députés La République en marche l'instruction de respecter sa promesse électorale ou est-ce qu'il leur dit de ne pas le faire ? Parce qu'on connaît bien le groupe La République en marche, ils sont aux ordres. Pas tous, pas toujours. Ceux qui ne sont pas aux ordres, ils sont partis. Mais, comment dire, s'il leur dit oui, respectez ma promesse électorale, eh bien, il y aura effectivement une modification du mode d'élection qui permette une représentation plus juste des opinions françaises, c'est-à-dire mieux respecter les français quand même, c'est ça ce que ça veut dire. S'il leur dit de ne pas le faire, il aura trahi cette promesse électorale et je le regretterai.

4:32
Présentateur

Et votre fenêtre de tir, ça va jusqu'au mois de juin, sinon après ce sera trop tard pour les prochaines législatives.

4:36
Jean-christophe Lagarde

Bien sûr, c'est pour ça d'ailleurs qu'on dit qu'il pourrait le faire aussi par référendum, mais par référendum, il faudrait le faire en même temps, par exemple, le référendum sur le climat, ça servirait au moins à quelque chose, et il faut le faire en tout cas pour 2022, parce que j'ai entendu une idée qui traîne, qui est de dire, il pourrait le faire, mais ça s'appliquerait qu'en 2027. Enfin, quand on est au pouvoir, c'est pas pour décider pour ceux qui suivront. D'ailleurs, si c'était le cas et s'il n'est plus président de la République la prochaine fois, la réforme, elle ne verrait pas le jour en 2027, donc c'est ridicule.

5:04
Présentateur

Il serait question aussi de repousser les régionales non plus en juin, et pourquoi pas, après la présidentielle de 2022 ?

5:09
Jean-christophe Lagarde

Ça, je n'y suis pas favorable, je vais vous dire pourquoi. Le Portugal vient de dire son président. Les Etats-Unis, dans les conditions qu'on connaît, ont élu leur président. Autant reporter de mars, qui est la plus mauvaise période, parce qu'on est encore dans le froid, confiné, il y a plus de risques de contamination, c'était logique d'aller jusqu'à juin, c'est la meilleure période, c'est là où on a le moins de risques, vraisemblablement, de contamination. Mais on ne peut pas reporter indéfiniment les élections, et on ne peut pas confiner la démocratie. C'est très simple, personne ne veut y réfléchir.

Mais si un nouveau variant, malheureusement, apparaît l'an prochain, et qu'on est dans la même situation l'an prochain, on fait quoi ? On reporte les présidentielles ? On reporte les législatives ?

5:44
Présentateur

Donc il faut bien qu'à un moment donné, on vote ? Dans des conditions sanitaires, évidemment.

5:47
Jean-christophe Lagarde

La difficulté, elle n'est pas là. La difficulté, c'est que le jour du vote, on n'a pas de risque de contamination. Le problème, c'est la campagne. Vous ne pouvez plus faire de réunions publiques, vous n'allez pas faire du porte-à-port, vous n'allez pas dans les bistrots, etc. Vous n'allez pas sur les marchés. Donc il faut changer la loi sur les campagnes électorales, autoriser par exemple le sponsoring sur Internet, avec un plafond, c'est-à-dire de la publicité, augmenter les plafonds de campagne pour qu'on puisse distribuer directement dans les boîtes au LED, plutôt que d'aller à la rencontre des gens. Ce sont des modifications.

Mais il va bien falloir que la démocratie s'habitue à vivre avec ça. Tout le reste de la société est contrainte à s'habituer au virus. Il faut bien aussi que la démocratie s'y habitue.

6:22
Présentateur

Allez, un dernier chapitre sur les élections. Vous êtes candidat à la présidentielle. Pourquoi si tôt ? Et avec quelle valeur ajoutée ?

6:32
Jean-christophe Lagarde

Alors pardon, mais d'abord, je n'ai pas déclaré de candidature à l'élection présidentielle, parce que je pense que ce sujet viendra à l'automne prochain. Vous n'excluez pas. Mais c'est simplement que notre parti du DI, comme on l'a fait aux élections européennes, un certain nombre de projets à présenter aux Français, avec une conviction, c'est qu'à force de s'occuper de l'actualité, on a le nez sur le guidon et on ne regarde jamais plus loin. Je vais vous prendre un exemple. Je pense que nos institutions ne permettent plus de gouverner correctement la France. Je pense que la présidence de la République est devenue un exercice impossible dans les institutions.

C'est le quinquennat qui est en cause ? Oui, bien sûr. C'est le quinquennat ? Regardez ce qui s'est passé. François Mitterrand était un homme intelligent qui connaissait bien la France, il n'y est pas arrivé. Jacques Chirac était un homme intelligent qui connaissait bien la France, il n'y est pas arrivé. Nicolas Sarkozy, même chose. François Hollande, un homme intelligent, connaissait bien la France, mais de mon point de vue, pas un président parce qu'il n'aimait pas décider. Emmanuel Macron est un homme intelligent qui ne connaît pas suffisamment la France, mais qui n'y arrive pas.

Vous voyez bien qu'on vient d'utiliser cinq présidents intelligents qui auraient pu être capables et que ça ne fonctionne pas. On devrait se poser le problème de nos institutions. Et la première question, c'est comment est-ce qu'on peut avoir un président de la République qui soit efficace quand il est potentiellement candidat à sa réélection ? On a vu ce qui s'est passé dans ce quinquennat. Emmanuel Macron devait tout changer. Et puis, juste après l'éligion des jaunes, il est rentré en campagne et il a arrêté de gouverner.

7:48
Présentateur

Donc c'est quoi, un septennat non renouvelable ?

7:50
Jean-christophe Lagarde

Je pense qu'il faut un septennat non renouvelable. Et la deuxième chose, c'est qu'il faut qu'on ait une grande réforme. C'est au-delà de la décentralisation, de recentrage de l'État.

8:00
Présentateur

Avec plus de pouvoir au Parlement ?

8:03
Jean-christophe Lagarde

Avec plus de pouvoir au Parlement, il y a une façon très simple de le faire. Je peux l'expliquer dans une seconde. Mais d'abord décentraliser très largement. Pourquoi ? Le paradoxe français aujourd'hui, c'est que l'État est celui qui concentre tous les pouvoirs. Et le président de la République est le chef de l'État qui a le moins de contre-pouvoirs dans son propre pays. C'est ce que vous dites sur le Parlement. Il veut s'occuper de tout. C'est l'homme orchestre. Mais en réalité, il s'occupe mal de tout. Et la seule chose, les seules choses qu'il est le seul à pouvoir faire, comme la défense, la sécurité, la justice, l'éducation, c'est ce qu'il fait mal.

Donc moi, je veux qu'il se reconcentre sur ses pouvoirs régaliens. Et que sur l'autre, au lieu de chercher à être l'orchestre, d'organiser le tourisme au fin fond de nos territoires, etc., il devienne le chef d'orchestre. Il doit dire vers où nous allons et laisser les musiciens, laisser les artistes jouer.

8:50
Présentateur

Il y a l'épidémie quand même qui a...

8:51
Jean-christophe Lagarde

Elle a démontré exactement ce que je viens de dire, figurez-vous.

8:54
Présentateur

Mais ça n'a pas aidé à avoir des visions à long terme, etc., puisqu'on ne sait pas de quoi demain sera fait.

8:59
Jean-christophe Lagarde

Attendez, d'abord, c'est toujours le rôle de chef de l'État d'avoir une vision à long terme. Deuxième chose, ça se pense que c'est l'enseignement que de Gaulle nous a donné. La deuxième chose, c'est que l'épidémie, elle a montré exactement ce que je suis en train de dire. Cette incapacité à adapter les mesures dont nous avons besoin en fonction des territoires. Pourquoi on a confiné la Bretagne et la Nouvelle-Aquitaine au printemps dernier, alors qu'il n'y avait pas de virus qui circulait ? Regardez, il y a quand même une chose qu'on devrait accepter de regarder. En Allemagne, au printemps dernier, ils étaient, je crois, de mémoire, à 9000 morts quand on était à plus de 30 000 morts.

Ils avaient eu une réaction plus efficace, plus ajustée, plus adaptée. Ça peut poser des difficultés, par exemple, en ce moment, quand ils discutent.

9:39
Présentateur

C'est une politique de l'endeur aussi, c'est encore différent.

9:40
Jean-christophe Lagarde

Eh bien, je veux qu'on régionalise la santé. Est-ce qu'il est normal que dans les Hauts-de-France, on ait une espérance de vie de 3 à 4 ans inférieure au reste du pays ? L'État doit fixer l'objectif de l'égalité de l'espérance de vie et donner des moyens et ensuite laisser les acteurs faire. Ils s'en sortiront beaucoup mieux que des administrations centrales. Je le dis d'autant plus que, rebelote sur la crise, les ARS, nous, on les a défendus pendant des années.

10:02
Présentateur

Les agences régionales de santé.

10:03
Jean-christophe Lagarde

Qu'est-ce qu'on a fait avec les agences régionales de santé ? On a fait des petits ministères de la santé dans leur région. Ce n'est pas du tout le but. Il faut les raccrocher aux présidents de région, que tout ça soit démocratisé et qu'il y ait des responsables. Parce que sinon, en réalité, ce ne sont jamais que des préfets. En réalité, ce sont des préfets qui sont dans les régions, qui font la même chose que le ministère et qui commettent du coup les mêmes erreurs.

10:20
Présentateur

Avec un facteur aggravant, ce sont les directions d'administration. D'ailleurs, Emmanuel Macron semble regretter de ne pas avoir suffisamment remplacé ces directions d'administration. Je pense qu'il a raison. Noyer dans la paperasse. Je pense qu'il a raison de le regretter. Pourquoi ça ne marche pas ?

10:34
Jean-christophe Lagarde

Parce qu'il y a quelque chose d'assez endogène. Il y a un entre-soi dans ces administrations, où d'ailleurs, le pouvoir Macron finissant dans 18 mois, en théorie, les directeurs d'administration centrale sont en train de choisir leur point de chute et quasiment leur successeur. Et c'est ça qui paralyse l'action de l'État. C'est-à-dire qu'il n'y a jamais de vrai renouvellement. Et le successeur veillera à préserver le point de chute de son prédécesseur et choisira son propre successeur. Alors, à un moment donné, il y a quand même besoin d'aérer tout ça.

11:07
Présentateur

Des critiques aussi concernant l'exécutif. Critiques entendues sur un manque de transparence dans la gestion de la crise. D'ailleurs, qu'est-ce qui a justifié la fin de la mission d'information des députés qui avait avec elle un suivi des actions de l'État et du gouvernement pour gérer cette crise ? Cette mission a été dissoute le 27 janvier après un vote à l'Assemblée. Qu'est-ce qui justifiait la fin de cette mission ?

11:30
Jean-christophe Lagarde

Absolument rien. C'est consternant. C'est consternant. Moi, j'étais membre de cette mission. Regardez ce qui se passe. Il y avait une mission d'information à l'Assemblée nationale. Il y en a une au Sénat. Qui existe toujours, elle, d'ailleurs. Exactement. Parce qu'on a confié les pleins pouvoirs au gouvernement pour réagir vite à la crise sanitaire. Mais la contrepartie du plein pouvoir, c'est le plein contrôle. Le plein contrôle du Parlement. Veillez à ce que... Et ce gouvernement, cette majorité, Emmanuel Macron, ils ont un vrai problème avec le contrôle parlementaire. Souvenez-vous qu'ils ont éteint la commission d'enquête Benalla alors que le Sénat a pu continuer son travail.

Là, ils éteignent sur le Covid. Ce n'était pas une question d'accusation. Vous ne croyez pas qu'on a des débats à avoir ?

12:07
Présentateur

Dans le cas de la mission d'information, le gouvernement a expliqué que... Enfin, la majorité a expliqué que ça faisait doublon avec les commissions permanentes de l'Assemblée qui font déjà le job de gestion suivie.

12:16
Jean-christophe Lagarde

Pipo total. La réalité, c'est que les commissions permanentes, elles sont noyées sous les projets de loi existants et que c'est un moyen, en fait, de retirer de la vue de l'actualité les débats que nous devrions avoir. Dans quelle commission est-ce qu'on va discuter de savoir s'il est normal qu'aujourd'hui, les étudiants soient confinés alors que les lycéens vont un jour sur deux à l'école ? À 17 ans, tu vas un jour sur deux à l'école. À 18 ans, tu restes enfermé chez toi. Et on ne peut pas débattre de ça ? Il n'y a pas de possibilité de contrôler ? Dans quelle commission on va pouvoir discuter du fait que les commerces, vous voyez bien que vous dispersez le débat, l'ouverture des commerces.

Je pense que malheureusement, nous serons obligés, sans doute fin février, courant mars, de subir un nouveau confinement du fait des variants. Mais est-ce qu'on doit refermer les commerces ? Je ne le crois pas. Pourquoi ? Le 27 novembre dernier, on a rouvert les commerces. Est-ce que ça a fait exploser l'épidémie ? Non. Donc on voit bien que ce n'était pas ça le problème de contamination. Je suis plus favorable à l'idée que les grands centres commerciaux, qui sont des lieux de grands brassages, doivent l'être. Mais ça se débat, ça. Et il n'y a pas de débat.

13:15
Présentateur

Pour les étudiants, par exemple, vous êtes, Jean-Christophe Lagarde, vous êtes favorable au fait de leur administrer de l'AstraZeneca.

13:23
Jean-christophe Lagarde

Je pense qu'il devrait être prioritaire. Est-ce que je peux m'expliquer deux secondes là-dessus ? Je sais bien que le temps tourne. Mais bon. Nous avons deux vaccins, Pfizer et Moderna, qui sont efficaces à 94 et 95 % pour les personnes de plus de 65 ans, actuellement administrées aux plus de 75. Ce sont de bons vaccins. Je dis d'ailleurs que je pense qu'il n'y a pas beaucoup de Français qui auraient envie que leurs parents ou leurs grands-parents soient vaccinés par un vaccin de moindre efficacité à 70 %, voire moins. Donc, ils n'ont pas envie qu'on vaccine les anciens avec AstraZeneca.

13:53
Présentateur

Parlons des jeunes et des étudiants.

13:54
Jean-christophe Lagarde

Et donc, il nous reste AstraZeneca qui va livrer beaucoup de vaccins dans les semaines et dans les mois qui viennent. Même si c'est un peu moins que prévu, il y en a beaucoup plus. Moins efficaces pour les plus de 65 ans. Moins efficaces pour les plus de 65 ans. Donc, on ne leur administre pas. Et là, ce qu'on est en train de faire, on fait le personnel soignant et c'est normal, ce sont les plus exposés, ceux dont on aura le plus besoin avec la nouvelle vague.

14:10
Présentateur

Mais pour que les étudiants retrouvent une vie normale...

14:12
Jean-christophe Lagarde

Mais nous avons un problème de santé publique qui n'est pas le Covid, mais qui est la conséquence du Covid. Nous avons 2,8 millions d'étudiants qui n'ont pas revu les bancs de la fac depuis le mois de mars dernier. Et dont certains craquent. Qui sont en dépression. 40% de dépression, nous dit-on, dans les enquêtes. On a autour de nous des étudiants qui sont en train de craquer. Et on ne peut pas bousiller leur jeunesse en les rendant dépressifs, avoir des tentatives de suicide. Alors qu'on a un instrument, l'AstraZeneca, qui permet de réduire la contamination, disent les premières études, d'au moins 60%.

Les plus jeunes sont les moins vulnérables, ceux qui sont le moins en danger, ce sont ceux qui sont le plus confinés. Il y a quelque chose qui ne va pas. Le vaccin, c'est un instrument de libération. Libérons nos jeunes. Rendons-le au moins le dernier semestre d'études normal. Et donc, c'est eux, de mon point de vue, qui doivent être prioritaires.

14:57
Présentateur

Ils sont déjà pénalisés parce qu'ils ne peuvent plus... Enfin, tous les petits boulots qui étaient à leur portée ne le sont plus.

15:02
Jean-christophe Lagarde

Socialement, et psychologiquement, au niveau du décrochage, ce qui est en train de se passer est dramatique. Il est normal qu'on protège nos anciens, mais on doit arrêter d'ignorer nos gamins. Ça, c'est pour la stratégie.

15:12
Présentateur

Un mot sur les vaccins. Ce mois de février risque d'être le moins efficace avec des retards de livraison, Pfizer notamment. Et puis pour Zeneca, l'Europe lui met un peu la pression pour que ses premiers vaccins n'aillent pas, comme ça semble s'acheminer, en priorité pour les Britanniques. Est-ce que nous sommes condamnés en France à dépendre des préférences des fabricants ? Est-ce que nous aurions pu faire autrement ?

15:35
Jean-christophe Lagarde

J'ai été candidat aux élections européennes en 2019. J'ai été le seul à dire que 70% de nos médicaments promenaient d'Asie et que c'était déraisonnable si un jour une crise, je ne pensais pas à l'épidémie, je pensais à une crise stratégique, militaire, etc. Ben oui, il faut reconquérir nos souverainetés. L'Europe est un instrument pour reconquérir nos souverainetés. Simplement là, il faut aller au bout de ce qu'a fait l'Union Européenne. Elle a signé un contrat avec AstraZeneca qui manifestement a signé un contrat qui n'est pas respecté. Mais qui ne pouvait pas respecter. Ils ont signé deux contrats en même temps.

Ils ont signé avec Boris Johnson en disant que les deux usines en Grande-Bretagne ne serviraient que la Grande-Bretagne. Ils ont signé avec l'Europe pour dire que les deux usines qui sont en Grande-Bretagne serviraient aussi l'Europe. Donc ils sont coincés. Et donc c'est un rapport de force que nous devons engager avec AstraZeneca, bien sûr. Mais aussi avec Boris Johnson. Parce que, pardon, ce monsieur qui vient de sortir de l'Union Européenne qui veut qu'il reste des flux libres entre lui et nous et qui souhaiterait que la finance londonienne puisse s'installer en Europe, si on n'a pas de vaccin, M. Johnson, en tout cas si je dirigeais, je dirais que vos financiers vont attendre un peu.

16:35
Présentateur

Vous êtes favorable au passeport vaccinal ?

16:37
Jean-christophe Lagarde

Mais c'est moi qui en ai fait la proposition. Et pour une raison très simple, c'est que le vaccin c'est l'instrument qui libère. Alors on ne peut pas le mettre en place aujourd'hui puisque les vaccins ne sont pas disponibles. Mais dès lors que les vaccins seront disponibles pour l'ensemble de la population, on ne va quand même pas expliquer à 25 millions de Français qui ne peuvent plus aller au théâtre, au cinéma, au restaurant, au sport, alors qu'ils seront vaccinés et donc protégés et sans doute d'ailleurs plus contaminants. C'est ce que semblent dire toutes les études, même si ce n'est pas encore abouti.

Donc évidemment, et je regrette que le gouvernement ait balayé ça d'un verre de la main, c'est l'Europe qui est en train de le faire et le gouvernement français en retard une fois de plus. Pourquoi je le regrette ? C'est parce que c'est maintenant qu'on vaccine les gens, c'est maintenant qu'on pourrait se préparer à ce passeport. C'est sans doute au printemps, au début de l'été prochain, on peut rendre une vie normale à des millions de Français. D'ailleurs, j'aimerais savoir quel responsable politique va dire à 25 ou 30 millions de Français vous êtes vaccinés mais vous continuez à être confinés.

17:24
Présentateur

Il nous reste assez peu de temps pour parler des autres dossiers, notamment le séparatisme, en tout cas la loi pour le respect des principes républicains avec sa vigie contre la haine en ligne, avec cette vigilance autour de la formation des imams et des lieux de culte, vigilance de la laïcité jusqu'aux délégations de services publics. Est-ce que pour vous, le compte y est ou est-ce qu'il manque encore des chapitres ? Il y a des choses utiles

17:44
Jean-christophe Lagarde

mais le compte n'y est pas. Il y a deux choses dans le discours des Mureaux du Président de la République qui étaient très justes d'ailleurs.

17:49
Présentateur

Fondateurs de ce projet de loi.

17:50
Jean-christophe Lagarde

Que je saluais. Ils traitaient des conséquences, la haine en ligne, la nécessité de neutralité des services publics, la protection de nos agents du service public, etc. Tout ça, dans le projet, colle à peu près. Il y a deux choses qui manquent. Le financement des mosquées ? Attendez, il y a d'abord les causes sociales. Il avait dit pourquoi le séparatisme trouvait un terreau fertile. C'est aussi parce qu'on a laissé des pans entiers de la République où l'éducation n'est pas présente pour permettre de réussir sa vie, où l'inclusion sociale n'est pas possible, où on subit des discriminations qui font que c'est facile de venir raconter à ces gens-là que la France ne veut pas d'eux.

Vous êtes bien placé

18:23
Présentateur

pour le dire en Seine-Saint-Denis.

18:25
Jean-christophe Lagarde

Exactement. Et on attaque donc les conséquences sans regarder les causes. Le Président de la République, dans son discours, il y avait les deux. Il y avait les causes et les conséquences. C'est ce qui s'est passé entre temps pour qu'on oublie une jambe ? C'est à eux qu'il faut poser la question. Moi, je le regrette parce que ça nuira à l'efficacité du dispositif. Ce sont des précautions politiques avant les élections ? Non, parce que maintenant, il veut faire croire qu'il est pour l'égalité des chances alors qu'en dehors du dédoublement des classes CP et CE1, je n'ai rien vu pour l'égalité des chances.

18:47
Présentateur

Vous ne l'aimez vraiment pas.

18:48
Jean-christophe Lagarde

Non, je fais le constat de ce qui ne me convient pas. Vous savez, je n'ai jamais hésité dans ce quinquennat à dire ce qu'il faisait de bien et il a fait des choses qui étaient correctes.

18:56
Présentateur

On va le rappeler. Vous faites partie de la majorité ? Non, pas du tout. Ah, UDI, vous faites partie de la majorité ?

18:59
Jean-christophe Lagarde

Non, non, non. Nous sommes un groupe d'opposition déclaré comme tel et cette année, exceptionnellement, on a voté le budget. Pourquoi ? Parce qu'il fallait le prendre en lance. Mais ça ne fait pas partie de la majorité. D'accord. Et deuxième chose, ce qui manque dans le projet de loi séparatiste, c'est deux choses concernant la religion musulmane. La première, c'est que le CFCM devienne réellement représentatif des musulmans de France. Je suis frappé de voir qu'ils considèrent que ça ne les représente pas. Pourquoi ? Parce que quand on vote, on vote en fonction du nombre de mètres carrés des mosquées.

19:25
Présentateur

Des mosquées

19:25
Jean-christophe Lagarde

et pas au nombre de fidèles. Or, la démocratie, c'est un homme une voix. Et c'est là où vous laissez des influences étrangères avec de l'argent qui arrive de l'étranger, louer des bâtiments, ce n'est pas forcément correspondant aux fidèles. La deuxième chose, c'est Dominique de Villepin qui avait cette idée que je porte depuis, je lui rends hommage.

19:42
Présentateur

La création d'une fondation publique ?

19:43
Jean-christophe Lagarde

Une fondation publique qui fasse l'intermédiaire entre celui qui donne et celui qui reçoit. Comme ça, celui qui donne, il ne commande pas celui qui reçoit.

19:50
Présentateur

Jean-Christophe Lagarde, le président de l'UDI, parti d'opposition à la majorité. Merci d'être venu en parler ce matin sur France Inter. Il est 9h moins 20.