Salaires, indemnité inflation... Le "8h30 franceinfo" de Geoffroy Roux de Bézieux
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Questions et réponses
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- 0:23OuverteÉludée
Est-ce que par principe vous bondissez si je vous dis ça ?
- 0:50RelanceRéponse partielle
Entre temps, il y a eu le Covid, le quoi qu'il en coûte, il y a une dette qui a explosé.
- 2:03OuverteRéponse partielle
Mais vu le contexte économique en France, quand vous voyez que les 500 plus grandes fortunes de France ont vu leur patrimoine augmenter de 30% en un an et demi de crise Covid...
- 2:13RelanceRéponse partielle
Mais est-ce qu'il n'y a pas une efficacité derrière cette taxe ?
- 3:10OuverteRéponse partielle
Vous avez sans doute entendu justement les propositions de plusieurs candidats. Pour ou contre ?
- 3:35FerméeRéponse partielle
Pour ou contre ? Vous mettez ça dans le même cas ? Est-ce que taxer les riches, c'est non ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Invité politiqueChiffre
« Il faut avoir un milliard de dollars. Je ne sais pas combien de personnes en France seraient concernées. »
- 0:35Invité politiqueChiffre
« Probablement une dizaine, ça ne financerait pas grand-chose. »
- 0:43Invité politiqueFait
« Le sujet de la taxation, il a été tranché en 2017 au moment de l'élection, puisque le président a annoncé qu'il remplacerait l'ISF par l'IFI. Il l'a fait. »
- 1:02Invité politiqueChiffre
« l'IFI, qui l'a remplacé, a rapporté beaucoup plus que les simulations. »
- 1:20Invité politiqueFait
« Moi, je préfère que les riches soient en France et qu'ils consomment et qu'ils habitent en France. »
- 1:48Invité politiqueFait
« Il faut payer de l'impôt. Parce qu'on a besoin de financer les écoles, les infrastructures. »
- 1:57Invité politiqueChiffre
« aujourd'hui, la France, c'est le pays qui taxe le plus avec le Danemark dans le C2. »
- 2:25Invité politiqueChiffre
« Or, le patrimoine des Français, globalement, pendant cette crise, a augmenté très fortement. »
- 2:53Invité politiqueChiffre
« la France, en 30 ans, a eu une croissance économique plus faible que ses voisins. »
- 2:57Invité politiqueChiffre
« le PIB par habitant, c'est la richesse moyenne a baissé. »
- 3:44Invité politiqueFait
« la version, j'allais dire, ISF climatique, elle est encore plus compliquée à mettre en place »
- 5:19Invité politiqueChiffre
« il y a une soixantaine de branches professionnelles qui négocient. »
- 5:41Invité politiqueFait
« Il y aura d'ailleurs un effet significatif, on l'oublie de s'y ligner, entre participation et intéressement. »
- 11:21Invité politiqueFait
« les semi-conducteurs, il y a un quasi-monopole d'une société qui est basée à Taïwan. »
- 14:56Invité politiqueChiffre
« le prix du gaz en Europe est trois fois plus cher qu'aux États-Unis »
- 22:45Invité politiqueFait
« Les primes, par exemple, de renouvellement de l'automobile, me paraissent plus intelligentes que le chèque carburant. »
- 22:49Invité politiqueChiffre
« Le montant, la prime en question, l'indemnité d'inflation, c'est 3,8 milliards. »
Temps de parole
- Invité politique66 %
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- Invité8 %
- Invité 27 %
- Invité 32 %
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On va parler bien sûr de la reprise en France, dans le monde, des pénuries aussi qui menacent l'économie. D'abord la question des impôts, si vous voulez bien, puisqu'on a appris ces derniers jours que les Etats-Unis pourraient mettre en place une taxe sur les super riches, pas les classes moyennes, pas les riches, les très très très très très riches, les 500 ou 1000 plus grosses fortunes américaines pour financer les mesures sociales et aussi les investissements d'avenir. Est-ce que par principe vous bondissez si je vous dis ça ?
Non, je ne vous en dis pas, mais le projet américain qui a, à mon avis, peu de chance d'aller, il faut avoir un milliard de dollars. Je ne sais pas combien de personnes en France seraient concernées. Probablement une dizaine, ça ne financerait pas grand-chose. Le sujet de la taxation, il a été tranché en 2017 au moment de l'élection, puisque le président a annoncé qu'il remplacerait l'ISF par l'IFI. Il l'a fait. Enfin, il avait été élu sur ce programme, mais il l'a fait.
Entre temps, il y a eu le Covid, le quoi qu'il en coûte, il y a une dette qui a explosé.
Non, mais entre temps, il y a surtout une deuxième élection présidentielle et la question va se poser. Il y a des candidats qui proposent le rétablissement de l'ISF, qui a coûté d'ailleurs, entre parenthèses, beaucoup moins cher que ce qui était prévu, puisque l'IFI, qui l'a remplacé, a rapporté beaucoup plus que les simulations. Mais ça ne change pas le débat.
Mais il n'y a pas eu d'effet de ruissellement comme m'attendu par le président de la République.
Plus compliqué que ça, si vous lisez bien le rapport du CEU que j'ai lu entièrement, il est assez long. C'est beaucoup plus compliqué que ça, puisqu'il analyse le fait qu'il y a eu un arrêt des départs, ce qui est déjà une première bonne chose. Moi, je préfère que les riches soient en France et qu'ils consomment et qu'ils habitent en France.
Ils ont arrêté, mais ils sont devenus encore plus riches.
Oui, mais ils n'ont pas arrêté. Ça, c'est un deuxième débat. Mais on parlait du ruissellement. Donc, on répond point à point. Allons-y. Donc, on a arrêté l'exil des riches. Alors, est-ce que c'est une bonne nouvelle ? M. Mélenchon pensera peut-être que c'est une mauvaise nouvelle. Moi, je pense que c'est une bonne nouvelle. Je préfère avoir des gens qui consomment, qui investissent dans ce pays. Mais par principe, le mot taxation, c'est non quelle que soit la fourchette. Pas du tout. On est favorable, par exemple, nous, à l'impôt minimum mondial. Vous savez, l'impôt sur le multilatéral. Il faut payer de l'impôt. Parce qu'on a besoin de financer les écoles, les infrastructures.
Mais il faut qu'on soit, on est en compétition mondiale, dans une moyenne raisonnable. Et il faut que la France soit une moyenne raisonnable. Aujourd'hui, la France, c'est le pays qui taxe le plus avec le Danemark dans le C2. Donc, je ne pense pas qu'il faut augmenter les impôts en France.
Mais Geoffroy Roude-Bézieux, vu le contexte économique en France, quand vous voyez que les 500 plus grandes fortunes de France ont vu leur patrimoine augmenter de 30% en un an et demi de crise Covid...
Est-ce que vous faites de la morale ou de l'efficacité ?
Je vous demande.
Non, non. Est-ce que vous faites de la morale ou de l'efficacité ?
Est-ce qu'il n'y a pas une efficacité derrière cette taxe ?
Qu'est-ce qui compte ? Qu'est-ce qui compte ? Est-ce que c'est que les riches s'enrichissent plus ? Ou est-ce que c'est que tout le monde s'enrichisse ? Or, le patrimoine des Français, globalement, pendant cette crise, a augmenté très fortement.
Les inégalités se sont creusées.
Laissez-moi finir. Allez-y. C'est très fortement. Tout simplement parce que les gens ont économisé, parce qu'ils n'ont pas dépensé. C'est vrai quand on est en classe moyenne, c'est vrai quand on est riche. Après, en France, on confond morale et efficacité. Il se trouve que les pays qui taxent moins, pas ceux qui ne taxent pas, pas les paradis, ceux qui taxent dans la moyenne raisonnable sont plus efficaces en croissance économique. Regardez autour de nous, malheureusement, la France, en 30 ans, a eu une croissance économique plus faible que ses voisins. Et le PIB par habitant, c'est la richesse moyenne a baissé. Après, encore une fois, c'est un débat compliqué, c'est un débat politique.
Et il y aura une élection dans, je ne sais plus, six mois maintenant, je crois, qui tranchera, puisque les candidats prendront position.
Vous avez sans doute entendu justement les propositions de plusieurs candidats. Anne Hidalgo, Yannick Jadot également, en faveur d'un ISF climatique. Alors, on ne sait pas exactement ce qu'il y a dedans, ça varie un peu en fonction des candidats. Mais l'idée, ce serait de taxer le patrimoine, soit des plus riches en considérant qu'il pollue plus que les autres, ce qui est vrai, disent en tout cas les études, soit de taxer plus spécifiquement les actions, par exemple, de Total ou des groupes qui émettent le plus de pollue. Pour ou contre ? Vous mettez ça dans le même cas ? Est-ce que taxer les riches, c'est non ?
Je pense que la version, j'allais dire, ISF climatique, elle est encore plus compliquée à mettre en place, parce que décider comment l'épargne investit dans des énergies vertes, pas vertes, d'ailleurs l'Europe n'y arrive pas, parce que ce que le nucléaire est vert ou pas vert, un gros débat, c'est encore plus compliqué.
Depuis quelques jours, on voit apparaître des grèves de salariés, Geoffroy Roude-Bézieux, pour des augmentations de salaires. Ça a été le cas la semaine dernière chez Decathlon, grève nationale, chez la Béry, dans le sud-ouest aussi. À six mois de la présidentielle, nombreux sont les candidats à proposer une revalorisation du SMIC. Hier, à cette place, était installée Anne Hidalgo, la candidate socialiste à la présidentielle. On l'écoute. Il y aura une revalorisation massive du SMIC. Massif, c'est au moins entre 10 et 15% de revalorisation dans une première étape. Étape de l'ordre, 250 euros au moins.
Je crois qu'il y a un consensus aujourd'hui pour dire que les salaires ne sont pas suffisamment élevés en France et que le travail doit payer. Je ferai d'ailleurs, dans la Constitution, je ferai rentrer la question du dialogue social comme un élément fondateur de ce qu'est notre République et notre démocratie. C'est ce qu'elle fera si elle est élue. Est-ce que vous êtes prêts à vous asseoir ?
Vous n'avez pas été au bout de l'extrait, parce que j'ai écouté Mme Hidalgo, elle dit oui, mais il faut que ce soit les entreprises qui discutent. Donc d'un côté, je décide, de l'autre, je les dialogue social. Donc une jolie schizophrénie. On est en pleine campagne présidentielle. Plus sérieusement, vous avez cité la grève chez Decathlon. Mais c'est dommage que vous ne citiez pas tous les accords et toutes les négociations qui sont en train de se produire. Bon, Safran a annoncé une augmentation entre 2,5 et 3%, je crois. Au moment où on parle, à peu près partout dans les entreprises, je dis à peu près partout, il y a des exceptions. Ça négocie.
Il y a une soixantaine de branches professionnelles qui négocient. Et oui, il y aura des augmentations de salaires parce que l'année 2021, à quelques exceptions près, a été une bonne année. Alors, elle n'est pas terminée. Et donc, effectivement, les entreprises ont retrouvé des marges et vont pouvoir redistribuer une partie de ce qu'elles ont gagné. Il y aura d'ailleurs un effet significatif, on l'oublie de s'y ligner, entre participation et intéressement. Alors, ça couvre la moitié des salariés puisque mathématiquement, ça a beaucoup baissé en 2020, enfin en 2021 pour 2020 et ça va beaucoup augmenter en 2022 pour 2021. Donc, les mesures de type augmentation générale n'ont aucun sens.
C'est dans les entreprises ou dans les branches que ça doit se négocier. Aujourd'hui, vous êtes dans le transport aérien, vous êtes agence de voyage. Malheureusement, ça va être très compliqué. Si vous êtes dans un secteur qui a bien marché, ben oui, vous pouvez augmenter les salaires.
Vous pensez qu'une majorité de salariés français verra son salaire augmenter cette année ? Oui. Dans des proportions que vous venez de citer, c'est-à-dire pas 0,2% ?
Oui, je pense que c'est difficile de faire un pronostic, pas moi qui appuie sur un bouton.
Ça, ce sont les chiffres qui remontent du terrain aujourd'hui ?
C'est un peu tôt parce que ces augmentations, elles ont lieu plutôt en début d'année 2021. Mais les négociations, c'est en ce moment, c'est fin d'année. C'est octobre-novembre. On commence à y réfléchir. Donc, je veux être assez prudent à ce que je dis. Mais oui, je pense qu'une majorité de salariés verra son salaire augmenter parce qu'il y aura un attrapage de l'inflation. L'inflation est quand même à 2%. Ce n'est pas l'hyperinflation. Donc, oui, mais entreprise, entreprise. C'est pour ça que vous citez les deux cas de grève que je ne nie pas. Mais je pense que dans la majorité des cas, il y a du dialogue social.
Et on n'a pas attendu Mme Hidalgo pour faire du dialogue social dans les entreprises françaises.
Mais vous voyez aussi ce qui se passe dans d'autres pays, Geoffroy Roux de Béziot, aux Etats-Unis notamment, où ce n'est pas 2-3 grèves. Comme vous dites, on a des chaînes entières de supermarchés qui s'arrêtent aujourd'hui en disant ça suffit. On s'est serré la ceinture pendant toute la crise. On a été les premiers de corvée. Maintenant, il faut nous augmenter et pas d'un pourcent.
Parce qu'aujourd'hui, on parle beaucoup des Etats-Unis. Il y a des jours où ça arrange moins les uns. Les Etats-Unis, comme vous le savez, il n'y a pas de protection sociale, il n'y a pas de salaire minimum. Et il y a une colère sociale aujourd'hui. Je le dis d'ailleurs à Mme Hidalgo, si vous voulez qu'on fasse le modèle américain, je ne sais pas si vous voulez qu'on fasse le modèle américain, je ne suis pas sûr que les salariés français soient gagnants. En termes de protection contre le licenciement, en termes d'indemnité chômage, en termes de salaire minimum, etc. En termes de fiscalité. Donc, oui, je crois qu'il faut essayer de raison garder dans les comparaisons.
Le meilleur ami d'Annie Hidalgo, Jean-François de Bézieux, président du MEDEF. Et ce matin, l'invité de France Info en s'interrompt un instant pour le Fil Info à 8h41 avec Mélanie Delonnet.
Saisi par des associations de protection de la nature, le Conseil d'Etat suspend les arrêtés pris il y a dix jours par le gouvernement pour autoriser à nouveau les chasses traditionnelles, pièges ou filets pour capturer des oiseaux. Comme cet été, le Conseil d'Etat estime qu'il y a un risque d'enfreindre le droit européen. Le ou les tireurs, toujours recherchés à Lyon au lendemain de coups de feu contre des policiers qui surveillaient un trafic de drogue. Selon le maire de la ville, ces tirs étaient manifestement faits pour tuer. Le parquet de Mulhouse ouvre une enquête pour harcèlement après le suicide de Dina Settlissen de 14 ans.
Dimanche, lors d'une marche blanche, sa mère a mis en cause des élèves et l'inaction de son établissement scolaire. Tesla atteint des sommets à la bourse de New York. 1000 milliards de dollars grâce à une énorme commande du loueur Hertz, 100 000 véhicules. Tesla a aussi le vent en poupe en Europe. C'est une de ces voitures électriques qui a été la plus vendue au mois de septembre. France Info
Le 8.30 France Info Salia Bratia, Marc Fauvel
Toujours avec le président du MEDEF, Geoffroy Aroude-Bézieux. L'immigration est l'arme des patrons pour faire baisser les salaires. C'est ce que disent Éric Zemmour et Marine Le Pen. Les patrons feraient appel à des travailleurs étrangers moins chers pour tirer les salaires vers le bas. Que répondez-vous à ces accusations ?
Je pense que ce n'est pas à nous, en tout cas organisation patronale, de décider la politique d'immigration de ce pays. Il y a un débat malheureusement extrêmement hystérisé, mais c'est comme ça. Il y a encore une fois une élection présidentielle et elle permettra, j'espère en tout cas démocratiquement, de trancher ce sujet. Mais est-ce que c'est la réalité ? Notre rôle à nous, c'est qu'une fois qu'on a décidé que tel nombre de personnes pouvaient entrer, nous on est des intégrateurs. Parce qu'il n'y a pas un meilleur endroit pour s'intégrer dans la société que de travailler.
Parce que travailler, ça veut dire évidemment apprendre la langue, ça veut dire s'intégrer dans la société au sens des interactions sociales, ça veut dire prendre les codes du pays et ça veut dire payer des impôts, des cotisations sociales, donc devenir citoyen. Donc notre job à nous, c'est pas de décider, on n'est pas une nation politique, combien d'immigrés il faut, quel type de l'immigration par quota, etc. Mais c'est une fois que ça a été tranché démocratiquement aux élections, faire le job d'intégrer en employant, en recrutant.
C'est ce que disent Éric Zemmour et Marine Le Pen aujourd'hui.
C'est ridicule comme argument, c'est pas nous qui décidons de la politique migratoire. Donc dire on fait pression sur les salaires pour faire venir les gens, c'est totalement faux.
Mais c'est l'inverse, il dit c'est parce qu'il y a une immigration forte ou trop forte, leur raisonnement, que ça tire les salaires vers le bas.
Quelle est l'expression que vous avez en place ?
L'immigration est l'arme des patrons pour faire baisser les salaires.
C'est pas nous qui décidons de la politique migratoire de ce pays. Et c'est d'ailleurs tout à fait normal, c'est pas à nous, on n'est pas responsable politique.
On va parler, Geoffroy Roux de Bézieux, des pénuries et d'un cas en particulier, si vous voulez bien, c'est l'entreprise Renault qui, faute de puces électroniques pour fabriquer ses voitures, a annoncé il y a quelques jours qu'elle allait devoir revoir assez fortement ses prévisions pour cette année. 500 000 voitures de moins chez Renault, il y a les puces électroniques, il y a d'autres composants. Aujourd'hui, est-ce que c'est le principal nuage qui nous menace ?
Ça menace un certain nombre de secteurs assez fortement, de manière conjoncturelle pour certains cas, parce qu'il y a le prix du contenu, etc. De manière beaucoup plus structurelle dans d'autres, c'est le cas de l'automobile, il n'y a pas que Renault, parce que les semi-conducteurs, il y a un quasi-monopole d'une société qui est basée à Taïwan. Moi, quand je suis arrivé au MEDEF, j'ai créé la commission Souveraineté économique. J'ai vu qu'il y avait quelques personnes dans le monde qui me regardaient d'un drôle d'œil, mais qu'est-ce qu'il veut dire avec Souveraineté économique ? Je pense que la question est posée aujourd'hui.
Le fait d'avoir désindustrialisé l'Europe, et dans certaines filières en particulier, nous met en dépendance très forte, et on s'aperçoit que maintenant que la géopolitique a repris ses droits, en quelque sorte qu'il y a des tensions fortes, être dépendant ou complètement dépendant sur certaines filières de pays lointains et de fournisseurs lointains, pose un problème. Alors, on ne va pas y remédier en quelques semaines. Par contre, moi, je soutiens entièrement ce que fait le gouvernement, et surtout Thierry Breton au niveau européen. La relocalisation en Europe. C'est de refaire des filières. Le mot « relocalisation », on a l'impression qu'on va faire revenir des institutions parties.
Ce n'est pas ça. C'est décider sur quelle filière stratégique il faut investir. Ça coûtera plus cher. Et en sacrifier d'autres, à contrario ? Je ne sais pas s'il faut en sacrifier, mais on ne fera pas revenir des produits à très, très bas coût, où le coût de la main-d'œuvre est très significatif.
Il y a un exemple aujourd'hui, c'est un produit effectivement à très bas coût. C'est celui des masques. On se souvient de l'appel lancé par Emmanuel Macron quand le Covid est arrivé en France et en Europe aux fabricants français. Il y en a une trentaine qui ont commencé à fabriquer ces masques. Et aujourd'hui, ils disent, vous voyez, on n'arrive plus à les écouler. La commande publique aujourd'hui, elle achète à nouveau des masques chinois. L'État chinois subventionne ces entreprises et donc ces masques chinois sont 2, 3 ou 4 fois moins chers que les Français. Et donc, on n'y arrive pas.
Ça veut dire que sur ce genre de produits, des produits à très faible coût, ça ne sert à rien de se battre.
Alors, ce n'est pas que ça ne sert à rien de se battre, mais le gouvernement doit décider, d'ailleurs je pense au niveau européen, quels sont les produits stratégiques. On peut décider que pour partie, les masques, on en a besoin, quoi qu'il arrive, parce qu'on va avoir d'autres épidémies, à ce moment-là, il faut accepter de payer plus cher. Entre parenthèses, tout ça pose une question sur le code des marchés publics. Et dans certains cas, le fait d'acheter toujours moins cher, parce que forcément, ça pousse à la délocalisation.
C'est-à-dire que sur certains marchés publics, on devrait autoriser une région, un hôpital, à acheter un produit plus cher et à mettre en place une sorte de préférence nationale ?
Européenne, je pense, mais à condition qu'on mette des règles. Pourquoi on le fait ? Et au cas particulier, sur les masques, ça serait de dire que le masque, on en aura besoin dans des épisodes pandémiques futurs, et donc on a besoin d'avoir des stocks et on a besoin de fabriquer en Europe. Mais globalement, oui, l'Europe ne peut pas se développer industriellement sur des produits à très faible valeur ajoutée, parce qu'on a un système de protection sociale, globalement, qui est généreux, qui protège nos concitoyens, et que pour le payer, il faut des salaires et des charges sociales élevées, et que ce n'est pas le cas des pays dont on parle.
Alors, on parlait de la pénurie des matières premières. Il y a aussi l'envolée des prix de l'énergie. Le gouvernement a mis en place, fin septembre, un bouclier tarifaire pour les ménages, prix du gaz bloqué jusqu'à la fin 2022, et hausse du prix de l'électricité limité à 4%, un bouclier tarifaire qui n'est pas prévu, dont ne profitent pas les entreprises. Est-ce que c'est un problème ?
Alors, je vais vous surprendre, ce n'est pas tout à fait vrai, parce que les PME, enfin, petites PME, elles achètent comme des particuliers, mais l'essentiel des entreprises industrielles, tout à fait. Oui, c'est un problème dans certains secteurs, chimie notamment, où l'énergie pèse jusqu'à 30% des coûts de production, on va arrêter. Les unes d'ammoniaque, par exemple, sont arrêtées, parce qu'elles vendent à perte, elles fabriquent à perte, plus exactement, à cause du prix de l'énergie.
Donc, oui, il y a un problème, et on a un marché de l'électricité qui ne fonctionne pas, de l'énergie qui ne fonctionne pas, parce que c'est le prix du gaz qui fait le prix de l'électricité, ce qui est aberrant, alors que nous, on est sur du nucléaire. Et puis, on a quand même une dépendance stratégique à la Russie, qui fait que c'est eux qui décident du prix du gaz, en réalité. Vous savez que le prix du gaz en Europe est trois fois plus cher qu'aux Etats-Unis, à cause de cette dépendance aux Russes.
Donc, il faut des mesures d'urgence pour les industries ?
Je pense que des mesures de court terme, pour protéger certains industriels, de manière très, très ciblée, mais surtout, repenser complètement notre mix énergétique et la manière dont le marché de l'électricité, le prix de l'électricité est fixé en Europe. Donc, ça veut dire, par exemple, sortir du marché européen de l'énergie ? Non, mais le refaire, le repenser, avec, c'est un peu technique, mais le fait que ce soit le gaz, enfin, le prix de la dernière énergie, en l'occurrence le gaz.
Aujourd'hui, quand on doit ouvrir un robinet parce qu'on manque de courant en France, effectivement, on regarde le prix de la centrale, du dernier qu'il faut ouvrir. Du dernier qu'il faut ouvrir, et on s'est mis...
Mais, pardon, il faut le dire, les choses un peu directement, sans faire de langue de bois, la décision des Allemands de sortir du nucléaire a été catastrophique de ce point de vue-là, parce qu'ils achètent de plus en plus de gaz, et donc, ils mettent l'Europe, en quelque sorte, en dépendance vis-à-vis des Russes. Plus largement, je crois que le prix de l'énergie va augmenter. Il ne faut pas se faire d'illusions.
Quel que soit le scénario retenu, vous avez vu, comme hier, le rapport remis par RTE.
Bien sûr, parce qu'on se passe, et pour des bonnes raisons, je ne remets pas en cause la transition, mais on va se passer d'énergies fossiles, comme le pétrole, qui sont facilement exploitables, qui ne sont pas chères, mais il faut le faire. Mais la conséquence que personne n'assume, et on le voit bien avec la prime dite pouvoir d'achat, ou inflation, pardon, c'est qu'on n'assume pas le fait que la transition, ça va coûter cher. Ça va coûter cher pour les ménages, en tant que consommateurs, et ça va coûter cher pour les entreprises, en tant que producteurs. C'est la même chose. Et donc, on est un peu schizophrène dans cette affaire.
Vous, président, Geoffroy Roux-de-Bézieux, vous gardez du nucléaire, ou pas en 2050 ?
Oui, enfin, je ne serai pas président de la République, mais président du Ménage, je préfère vous répondre. Vous annonciez votre candidature. Non, non. Oui, je salue, moi, le travail de RTE, qui a, au fond, désidéologisé le sujet. Parce que, qu'est-ce que dit RTE ? Parce que disent les écologistes, qui disent qu'ils auraient pu réfléchir sur d'autres scénarios. Il y a tous les scénarios, il y a six scénarios. Il y a des scénarios sans nucléaire. Mais ils disent simplement, le nucléaire, avec trois scénarios nucléaires, est indispensable.
Il y a une chose très simple que je pense que tout le monde comprendra, c'est que les énergies renouvelables, elles sont renouvelables, mais elles sont intermittentes. S'il faisait du soleil toute l'année, ou s'il faisait du vent toute l'année, on n'aurait pas de problème. Malheureusement, ce n'est pas comme ça que ça marche. Donc, on a besoin du nucléaire. Le plus longtemps possible, pour vous ? Oui, alors après, on peut discuter le scénario 4, 5, 6. Là, on est dans l'affirmation. Mais il y a un autre point dans ce rapport que personne ne souligne, c'est qu'il y a des scénarios de consommation.
Et là, c'est le vrai débat de la présidentielle, à mon avis, plus intéressant que celui de l'immigration.
Il faut plus de sobriété ou pas ?
C'est déconsommer ou décarboner ?
Le rapport RTE dit que la consommation, elle va augmenter, même en flèche. Oui, mais à trois scénarios, quand même. 35% de hausse d'ici 2050 par rapport à aujourd'hui. C'est-à-dire qu'on n'est pas tout à fait dans la décroissance énergétique.
Non, bien sûr. Il y a plusieurs scénarios de croissance de la consommation. Et je pense que ça, c'est un débat qu'il faut avoir avec les Français.
Vous ne croyez pas du tout au changement des habitudes des Français, avec plus de sobriété, moins de consommation ?
Non, pas du tout. Mais je crois qu'il faut les consulter. Et il faut le faire avec eux. Parce que, dès consommer, tout le monde est pour. Vous voyez bien les sondages, tout le monde est pour, mais tout le monde prend l'avion. Tout le monde est pour, mais tout le monde prend sa voiture. Il y en a qui n'ont pas le choix pour aller travailler. Donc, c'est un vrai débat de civilisation qu'on n'arrive pas à avoir, je trouve, parce qu'on idéologie le sujet.
Vous dites, par exemple, qu'Emmanuel Macron a eu raison de réinvestir un milliard d'euros pour réfléchir aux centrales nucléaires de demain, ce qu'on appelle le nucléaire de poche, les petites centrales.
Bien sûr, c'est grâce au général de Gaulle, grâce à Giscard, c'est un des avantages de la France. Et ne pas réfléchir, ne pas chercher, ne pas innover, ça serait même criminel, je crois.
8h51, le fil à foi avec Mélanie Delonnet. Et on vous retrouve dans un instant, Geoffroy Roux de Bézieux.
Deux semaines de procès débutent ce matin à Paris pour tenter de faire la lumière sur le meurtre de Mireille Knoll, cette octogénaire juive poignardée à mort chez elle il y a trois ans. Deux hommes sont jugés pour meurtre à caractère antisémite. Ils se renvoient mutuellement la responsabilité. La Haute Autorité de Santé doit se prononcer dans les prochains jours. L'Agence Européenne du Médicament, elle a donné son accord hier au vaccin contre le Covid de Moderna pour un rappel pour les plus de 18 ans. Dans la Sarthe, la mosquée d'Alone, près du Mans, fermée pour six mois sur ordre de la préfecture qui estime que les imams légitiment une pratique radicale de l'islam et le djihad armé.
Des manifestants dans les rues de Khartoum au petit matin au Soudan pour s'opposer au coup d'État. Presque tous les dirigeants soudanais sont aux mains des militaires. Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit en urgence cet après-midi. France Info
Le 8.30 France Info, Salia Brakia, Marc Fauvel.
Toujours avec le président du MEDEF, Geoffroy Roude-Bézieux. Le gouvernement, Jean Castex, a annoncé la semaine dernière une prime exceptionnelle de 100 euros pour les deux tiers des Français les plus modestes. Est-ce une bonne réponse à l'inflation ?
C'est une réponse, si j'ai bien compris, au prix de l'essence, à l'augmentation du prix de l'essence.
C'est un peu plus global.
Oui, ça s'appelle l'indemnité d'inflation, mais le point de départ, c'est que oui, il y a un problème pour des gens qui prennent leur voiture tous les jours, qui font 50 kilomètres pour aller travailler. C'est une part significative de nos salariés. Le prix de l'essence a atteint des sommets. Je gêne d'ailleurs qu'avec un baril à 85 dollars, le prix de l'essence est super à ce qu'il était qu'un baril à 120 dollars. La différence, c'est qu'on a augmenté les taxes. Donc, après, cette indemnité d'inflation, moi, elle me paraît assez dangereuse parce que, d'abord, elle met dans la tête des Français l'idée qu'on va compenser systématiquement l'inflation par des mesures d'aide gouvernementale.
Ça ne peut pas marcher. Le jour où la baguette augmente, vous savez que le prix du blé augmente, augmente de 10 centimes le jour où le fuel, qui augmente en ce moment, est-ce qu'on va faire des indemnités en passant par les entreprises avec un système quand même pas complètement simple ? Je trouve ça assez curieux.
Est-ce qu'il vous embête, c'est le montant ? C'est le principe ? Ou que ce soit aux entreprises de le verser avant d'être remboursé ?
Aux entreprises. Bon, il y aura sûrement des cas compliqués quand vous avez des multi-employeurs, etc. Mais on va y arriver. Comme tout, on s'adapte. Ce n'est pas une usine à gaz, comme le dit la CPME, les petites entreprises. Écoutez, on va voir. On a eu une réunion hier à Matignon. On a posé plein de questions, donc on se saura. Mais le vrai sujet, c'est le principe. C'est-à-dire, est-ce qu'à chaque fois qu'il y a une hausse de prix, l'État va intervenir au bout d'une semaine en compensant ? Parce que l'indemnité inflation, vous avez raison, le nom qui a été choisi, c'est à chaque fois qu'il y a l'inflation, je compense. C'est-à-dire que nous, on ne peut plus augmenter les salaires ?
Bon, alors, je ne suis pas dupe, et vous non plus. On est en pleine élection présidentielle, enfin, campagne présidentielle, plus exactement. Donc, évidemment, il y a une vision un peu électorale des choses.
Il crame la caisse, c'est ce que disait Valéry Pérez.
Je permets juste de terminer sur le deuxième point, c'est qu'on est en pleine, ce que je disais sur la transition, la transition, ça coûte cher. Parce que, pourquoi on a taxé comme ça l'essence ? Pour que les gens consomment moins, roulent moins. Alors, en même temps, on essaie de les équiper en voiture électrique, en voiture hybride, qui peuvent normalement moins, enfin, ou pas consommer, ou moins consommer. Et il faut un moment qui ait une cohérence de la politique. Donc, je trouve ça, ce n'est pas une mesure que j'aurais prise. Alors, est-ce qu'ils sont en train de... Vous n'auriez pas fait ça ?
Le cramer la caisse, comme disait Valéry Pécresse.
Est-ce qu'ils sont en train de cramer la caisse ? Nous, on commence à s'inquiéter. Parce qu'on voit, effectivement, au fur et à mesure, des dépenses qui sont annoncées. Alors, soyons clairs, moi, je ne suis pas systématiquement hostile à la dépense publique, parce que quand c'est dépense d'investissement, on prépare l'avenir. Les primes, par exemple, de renouvellement de l'automobile, me paraissent plus intelligentes que le chèque carburant. Le montant, la prime en question, l'indemnité d'inflation, c'est 3,8 milliards. Si j'ai bien calculé, 38 millions de Français par 100 euros. C'est peu ou prou le montant du plan d'investissement qui va être dépensé en 2022.
Il y a 4 milliards d'un côté, pour être précis, 3,8 milliards de l'autre. Je pense qu'il y a 4 milliards qui sont bien dépensés. Et là, pour reprendre votre expression, il faut non pas cramer la caisse, mais il faut investir dans l'avenir, parce qu'on a des transitions fortes. Je ne suis pas sûr que les 3,8 milliards soient bien dépensés.
Mais ce n'est pas important d'aider les Français qui n'arrivent pas justement à joindre les deux bouts en ce moment ?
Oui, mais là, en regardant les choses, dans les 38 millions de Français, vous avez des gens, beaucoup de gens, qui n'utilisent pas ou peu leur voiture.
Parce qu'on n'avait pas le fichier, nous a-t-on expliqué, à Bercy, des gens qui... ça n'existe pas. Oui, mais bien sûr, parce que... Dans notre administration, un fichier de gens qui travaillent, prennent la voiture pour aller travailler, à qui on n'aurait pas versé cette prime.
Heureusement que ça n'existe pas. Vous voyez, il y a un moment où si tout le monde est fiché... Enfin, je ne sais pas, c'est un autre débat. Les cartes grises, mais c'est autre chose.
Oui, mais... Si je vous écoute bien, vous dites que ce n'est pas forcément à l'État de verser ça, et on aurait dû laisser les carburants grimper tranquillement, puisque c'est le seul moyen de rendre les carburants plus chers pour arrêter la voiture.
Je veux dire, c'est que...
Donc, vous auriez baissé les taxes ?
Non, pardon, je vais le faire dans l'autre sens. Ce qui aurait été encore plus injuste, puisque là, ça profitait vraiment à tout le monde. Bien sûr, c'est pour ça que je pense que ce n'est pas une bonne mesure non plus. Alors, vous auriez fait quoi ? Mais non, mais on n'aurait surtout pas dû augmenter autant les taxes. Le principe de base, je l'ai dit tout à l'heure, c'est que les prix de l'énergie vont monter. Donc, le mécanisme du marché fait que, sur une longue durée, consommer de l'énergie, ça va coûter plus cher. Donc, la dissuasion à la consommation va se produire naturellement. Et donc, ce qu'il faut, c'est aider les Français à passer dans cette transition.
Et dans le cas de l'automobile, avoir des voitures. Vous changez de voiture, même de essence à essence, vous diminuez la consommation par deux. En général, les vieilles voitures sont à 10, 12 ou 100, pardon, alors que les voitures neuves sont à 4,5. Mais pour acheter une voiture neuve, il faut de l'argent. Il faut de l'argent, il faut les primes à la conversion. On revient au même système. Je vous le redis, ce qui va se produire. Pas partout, pas systématiquement, pas de manière générale, mais ce qui va se produire. Merci beaucoup, Geoffroy Roux de Bézieux et bonne journée à vous.