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ChroniqueFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 13 mai 2026 3 minAutoproduitPortrait personnel

La Boisserie, la maison du général de Gaulle mise en vente

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Présentateur

Et c'est l'heure de votre humeur du jour, Guillaume. Et ce matin, vous nous parlez d'une demeure historique. Eh oui, c'est un monument national qui s'en va, qui a failli s'en aller. Alors, ça n'est pas Charles de Gaulle, encore que. Mais sa demeure, sa demeure de Colombais, les deux églises, la boisserie. Vos journaux s'en font l'écho ce matin, le Figaro, mais aussi le Point. Les quatre petits-fils du général veulent vendre la maison familiale. Alors, rassurez-vous, sauf coup de théâtre, l'État devrait l'acquérir.

Il serait difficilement concevable que ce lieu devienne, je ne sais pas, un boutique-hôtel, une résidence secondaire pour milliardaires en quête d'authenticité gaullienne ou pire encore, une maison d'hôte baptisée chez le grand Charles. Je ne connais pas du tout les bisbilles de la famille de Gaulle. Et au fond, elles ne sont pas très importantes. Ce qui compte, c'est le symbole, car cette vente raconte quelque chose de notre époque. Plus rien ne résiste, même pas les institutions gaulliennes. Qui aurait imaginé un jour la boisserie sur le marché ?

Comme si on mettait en vente non pas une maison, mais je ne sais pas, moi, un morceau de République, quelques mètres carrés de romans nationales avec vue sur la mélancolie française. Moi, je pense que la boisserie, c'est une visite qu'il faut faire une fois dans sa vie. Vous y allez, par exemple, en novembre. C'est une maison bourgeoise de Aubreau. On n'y trouve évidemment aucune ostentation. C'est une maison austère, presque froide. On y trouve une certaine idée de la France, c'est-à-dire une certaine idée du chauffage et de l'humidité. On imagine de Gaulle écrivant, marchant lentement.

Il a expliqué qu'il avait fait 15 000 fois le tour du parc de la boisserie, regarder les arbres de Haute-Marne, méditer sur le destin du pays. Et puis, il y a ce détail extraordinaire qui m'avait frappé. Il y a un petit escalier sombre. Et sous cet escalier, un minuscule réduit avec un téléphone. C'est, je crois, le seul téléphone qu'il y avait à la boisserie. Et c'est là que le maître des lieux pouvait parler avec Khrouchev Kennedy. Aujourd'hui, un adolescent considérerait cela comme un traitement inhumain. Il appellerait une ONG, pas de Wi-Fi, pas de fibre. A peine une prise électrique, seulement le destin du monde. La boisserie, c'est un temps révolu.

Un temps où la grandeur nationale passait encore par le silence, la solitude, les livres reliés. De Gaulle fut un miracle. Un miracle politique, non seulement parce qu'il réussit à faire croire à la France qu'elle avait résisté et peut-être même gagné la guerre, mais surtout parce qu'il réussit à lui faire croire qu'elle demeurait grande. Peu d'hommes auront à ce point transformé une défaite historique en épopée nationale. Comme le raconte André Malraux dans les chaînes qu'on abat, le général vieillissant continuait d'habiter une France millénaire peuplée de cathédrales, de paysans, de rois, de batailles perdues et de phrases longues.

Une France qui semble désormais plus lointaine que l'Empire romain. De Gaulle avait compris quelque chose d'essentiel en politique. Ce qui compte, ce n'est pas seulement le courage, ni même la lucidité, c'est l'indifférence sur son bureau. On trouvait cette phrase de Nietzsche, « Rien ne vaut rien, il ne se passe rien, et cependant tout arrive, mais cela est indifférent. » Cela ne l'empêchait pas d'être un immense dépressif national à Pompidou. Il confiait un jour, « C'est le fond de mon âme que je vous livre. Tout est perdu, la France est finie. » J'aurais écrit la dernière page. Et il faut reconnaître qu'il faut parfois beaucoup d'imagination pour lui donner tort.