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interviewLCP (sur YouTube)· 6 décembre 2025 14 min

Anchya Bamana, députée "Rassemblement National" de Mayotte | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Son père a marqué l'histoire de Mayotte. Mon invitée a repris son combat en s'engageant d'abord à droite puis au Rassemblement national. Elle est devenue, en 2024, la première députée ultramarine du RN Générique --- Bonjour, Anchya Bamana. -Bonjour, monsieur. -Vous êtes venue, aujourd'hui dans ce studio avec une sorte d'écharpe que vous portez sur l'épaule.

De quoi s'agit-il exactement ? -C'est tout simplement le kishali, la tenue traditionnelle portée à Mayotte qui s'appelle le salouva Il y a un tissu en bas et puis l'écharpe qu'on porte avec un tissu d'ici. C'est pour marier Mayotte et la République. -Et on vous voit en photo, ça, c'était le premier jour, votre arrivée à l'Assemblée.

Là, c'est un kishali mahorais. -A l'effigie de Zéna M'déré, qui est la femme, la Chatouilleuse, la cheffe des Chatouilleuses, qui, effectivement, s'est battue pour une Mayotte française. -On va en parler, d'elle et de votre père aussi, parce que vous êtes l'héritière d'une culture et d'une tradition qui sont propres à Mayotte, mais aussi vous avez un héritage politique familial.

On va le découvrir dans cette archive qui est consacré à l'histoire de Mayotte. -Le mouvement populaire mahorais lutte activement pour le non à l'indépendance des Comores lors du référendum prévu en 1974. Pour Zéna M'Déré, et Younoussa Bamana, les chefs de file du MPM, Mayotte doit devenir un département français. -Respectez notre volonté !

Ne nous mettez pas avec les Comoriens ! On ne veut pas d'eux ! Non !

Cris de protestation -Nous n'en voulons pas, de l'indépendance à la con ! Vous m'excuserez le terme. -Alors, celui qui dit ça, c'est votre papa, Younoussa Bamana.

On va parler de lui dans un instant, mais d'abord, un mot de cette femme dont vous avez prononcé le nom tout de suite, ici, Zéna M'Déré, chatouilleuse. C'était qui ? Et c'était quoi, ces Chatouilleuses ? -C'est la femme, avec bien d'autres femmes, les Chatouilleuses, qui se sont soulevées, il y a une soixantaine d'années, pour sortir Mayotte des Comores, parce qu'elles étaient très visionnaires.

Elles ne voyaient pas d'avenir dans l'indépendance des Comores, proclamée en 1976. Et donc, l'histoire, actuellement, nous donne raison. Et donc, "chatouilleuses", on dit que c'est parce qu'elle chatouillait tous ceux qui étaient pour l'indépendance des Comores pour leur faire changer d'avis. -La garde comorienne, quand elle était à Mayotte, c'était leur arme de combat. -Et vous à l'Assemblée, vous avez essayé les chatouilles pendant les désaccords politiques ? -Elle rit. -Ca peut fonctionner, ça, vous croyez ?

Ca ne fonctionnera pas. C'est le combat, quotidiennement, pour mobiliser les collègues à l'Assemblée nationale pour que Mayotte puisse accéder, aujourd'hui, à l'égalité sociale, à l'égalité républicaine. C'est notre combat aujourd'hui. -Quel souvenir vous gardez de votre père ? -D'un homme très humble, terre à terre, qui aimait fortement son peuple.

Vraiment. Terre à terre. -Et vous, alors ?

Vous vous êtes lancée en politique un an après la mort de votre père. Pourquoi vous ne l'avez pas fait de son vivant ? Est-ce que vous aviez peur, peut-être, du regard qu'il pourrait porter sur vous ? -Pas du tout, en fait, comme il était très, très pris pour défendre Mayotte, il était lui-même député fin des années 70, donc il était très absent, donc tous ses enfants disaient : "Non, on ne mènera pas cette vie, il était trop absent." Mais il a essayé, comme il était enseignant de métier, je me rappelle quand j'étais petite, en fin de trimestre, enseignant de métier, il contrôlait systématiquement nos bulletins scolaires pour être sûr que la scolarité se passe bien, notamment pour les filles.

C'est essentiel pour lui que les filles soient instruites. -Et vous avez fait vos débuts en politique en 2008. Alors, c'était à l'UMP.

Vous êtes devenu maire de Sada en 2014. Sauf que vous avez été exclue de l'UMP après votre défaite aux municipales de 2020. Et finalement, c'est sous les couleurs du RN que vous êtes présenté aux législatives de 2024.

Est-ce que vous pensez que votre père aurait approuvé votre choix politique du Rassemblement national ? -Le combat d'aujourd'hui n'est plus celui de mon père. Le combat d'aujourd'hui, c'est de faire en sorte à ce que Mayotte et sa population aient les mêmes droits que tous les Français de France et de Navarre.

Il n'est pas normal qu'aujourd'hui, les Mahorais ne puissent pas accéder à l'eau potable 24 heures sur 24. Ce n'est pas normal. -On va en parler de ce problème. -Le Rassemblement national se bat pour que les Français aient leurs droits au sein de la nation.

C'est le cas des Mahorais actuellement. Accès à l'eau, accès aux prestations sociales...

Bref, avoir les mêmes droits que les Français de l'Hexagone. -J'aimerais qu'on revienne sur une phrase que vous avez prononcée en 2024. C'était quelques mois avant de rejoindre le RN.

Vous avez dit : "Si c'est le RN qui vient me chercher, si c'est Renaissance qui vient me chercher, si ce sont les LR, c'est Mayotte qui compte." Ca veut dire quoi exactement ? C'est-à-dire que finalement, ce n'est pas tant l'étiquette politique qui compte pour vous ? -C'est l'état d'esprit des Mahorais actuellement, je le dis ici.

Le territoire a été complètement abandonné depuis 2012. Raison pour laquelle les Mahorais se battent tous ensemble pour que les gouvernements puissent porter un regard nouveau sur ce territoire qui croule sous l'immigration illégale. -Vous auriez pu... -Ce territoire croule sous l'immigration illégale.

Si les autorités, ici, à Paris, ne prennent pas en charge ce problème de protection de nos frontières maritimes, éviter que toutes ces populations venant des Comores, une nouvelle filière d'immigration illégale venant d'Afrique des Grands Lacs, l'île n'est pas en capacité d'assumer cette pression démographique. Et Mme Marine Le Pen pourra mener ce combat en vue de faire des Mahorais des vrais Français ayant les mêmes droits au sein de la nation française. -C'est important pour le développement de Mayotte. -Pour que les gens prennent conscience, quelle est la part de la population à Mayotte qui vit son papier, qui est clandestin ? -La moitié de la population est composée d'illégaux puisque... le phénomène continue, même là, après le fameux cyclone Chido de décembre 2024, l'île continue à accueillir des barques clandestines. -On va revenir à vos premiers pas à l'Assemblée, le jour de votre arrivée à l'Assemblée.

Marine Le Pen s'est dirigée pour vous embrasser avec tous les autres députés de son groupe. Mais voilà, on voit, elle vous tombe dans les bras et elle n'a pas fait ce geste par hasard ? Vous êtes un symbole pour le Rassemblement national. -C'est le souci.

Les macronistes ne connaissent pas l'histoire des DOM-TOM, notamment celle de Mayotte. Ce qui était le cas de Nicolas Sarkozy, de François Mitterrand, même de M. Bayrou, qui avait travaillé avec mon père, feu Younoussa Bamana.

Madame Marine Le Pen connaît parfaitement l'histoire des DOM-TOM, en particulier celle de Mayotte. -Si elle vous tombe dans les bras, c'est que vous êtes la première députée ultramarine du Rassemblement national. Vous êtes donc un symbole politique.

Nous sommes deux, il y en a un qui est à la réunion. -Vous avez été élus lors de ces élections. Lors de ces mêmes législatives de 2024, on a vu que plusieurs candidats du RN avaient tenu des propos qui étaient ouvertement racistes.

Ca ne vous a pas dérangé, vous, femme, noire, musulmane, de vous présenter sous les couleurs du même parti que ces candidats ? -Alors là, le contexte de Mayotte n'est absolument pas celui d'ici. Ca fait un an que je suis dans le groupe des députés du Rassemblement national.

Je n'ai pas connu de difficultés. Nous sommes musulmans à Mayotte, un islam très modéré qui vit parfaitement avec la République, donc je n'ai aucune difficulté, et les Mahorais ne se sentent pas exclus des préoccupations du Rassemblement national, à savoir s'occuper d'abord des Français qui sont en difficulté et les Mahorais, je le rappelle, actuellement n'ont même pas droit à l'eau potable pour vivre. -J'y viens, parce que c'est votre autre combat, en plus de la lutte contre l'immigration clandestine, un combat contre... la situation du réseau d'eau potable.

Ces images-là, c'est vous qui les avez tournées chez vous. Ca, c'est l'eau qui coule parfois de votre robinet. Comment on fait pour vivre au quotidien ? -Depuis 2023...

La crise de l'eau a commencé en décembre 2016, j'étais maire de Sada, à l'époque, et ma commune faisait partie des huit communes du Sud qui étaient coupées. La crise dure jusqu'à maintenant, Chido est passé par là, la situation s'est empirée. Le gros problème que nous connaissons à Mayotte, c'est que même le représentant de l'Etat à Mayotte estime que les coupures d'eau constituent la solution à la pénurie d'eau.

Et la nomination de préfet eau, nous en sommes au troisième préfet eau... -Mais comment vous faites quand il n'y a plus d'eau ?

Parce que là, elle est marron. -L'eau, quand elle revient, elle revient comme ça, et donc elle n'est pas potable. Les Mahorais continuent de la payer, la double peine, et ils vivent en achetant des bouteilles d'eau.

Vous savez très bien que c'est le département le plus pauvre d'Europe. Et je crie, ici, à l'Assemblée nationale, pour dire que ce n'est pas normal que les Mahorais, les Français de Mayotte, vivent sans eau potable tous les jours. -J'aimerais qu'on revienne sur une petite polémique qui s'est produite fin 2024.

On parlait de votre combat contre l'immigration clandestine et la presse s'est étonnée que vous demandiez au préfet des laissez-passer pour sept joueurs de foot sans papiers qui n'étaient pas autorisés à se rendre en métropole pour disputer un match de Coupe de France. Ce n'est pas un peu en contradiction avec vos positions très fermes sur l'immigration ? On voit l'équipe de foot. -Il n'y a aucune polémique.

Le préfet actuel, monsieur Bieuville, fait campagne ouvertement, combat ouvertement le Rassemblement national. D'ailleurs, il n'a pas hésité à transmettre mon courrier au "Canard enchaîné", à la presse, ici, en métropole, alors que ce sont des choses qui se font même ici, des laissez-passer pour des besoins sanitaires, pour le sport. Ce n'est pas une première, mais comme il combat le Rassemblement national, alors je suis une belle cible pour lui.

Raté. Sauf qu'il a envoyé le courrier ici avant de répondre à mes demandes. Donc il n'y a rien de nouveau, il n'y a rien de... spectaculaire.

M. Bieuville fait campagne contre Mme Bamana à Mayotte. -On va conclure l'émission avec le quiz de "La politique et moi".

Le principe est simple, je prononce un début de phrase et c'est vous qui allez devoir donner la suite. Quand on a 24 frères et soeurs... -Elle rit. -Comment ça se passe, les réunions de famille ? -Il n'y a aucune difficulté.

Il a eu quatre femmes dans sa vie, pas tous en même temps. Parce qu'à l'époque, la polygamie était autorisée à Mayotte. -Qui est maintenant interdite, puisque nous sommes un département français.

Oui, il a assumé, en tant que bon musulman, sa charge pour tous ses enfants. Il a fait ce qu'il faut pour... les éduquer. -Et vous arrivez à bien tous les connaître ? -Evidemment. -Et ça a été un des objectifs de sa vie, pour que ses enfants réussissent dans leur vie.

Et on se connaît tous. -"Mon futur restaurant..." -Elle rit.

Vous avez dit que vous aviez l'espoir d'ouvrir un restaurant à Paris. Vous en êtes où de ce projet ? -Pour promouvoir la gastronomie mahoraise à Paris. -Ca verra le jour un jour ? -L'idée est en cours.

Pour le moment, je suis très prise par les dossiers de Mayotte. -Ce n'est pas pour tout de suite. -Il y a des priorités pour permettre aux Mahorais de vivre dignement et ce n'est pas le cas actuellement. -Enfin, comme on dit en mahorais...

Si vous avez un proverbe mahorais qui permettrait de conclure l'émission ? -Elle parle mahorais. Si vous n'avez pas atteint le rivage, on n'arrête pas de ramer. -C'est une belle fin.

Merci, Anchya Bamana, d'être venue dans "La politique et moi." -Merci. Générique de fin

Anchya Bamana, députée "Rassemblement National" de Mayotte | La politique et moi — Anchya Bamana · Pourquijevote