"Il est vraiment très important de parler de l'avenir de nos infrastructures", estime l'ONG Transport et Environnement
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« Il est vraiment très important de parler de l'avenir de nos infrastructures de transport. »
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« Les communes et les collectivités se plaignent d'avoir la responsabilité de plus de la moitié des routes, de 65% des routes. »
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« Il y a de nouveaux enjeux qui arrivent pour les routes. C'est des enjeux de décarbonation. »
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« Les habitants de zones périurbaines et rurales restent très dépendants de la voiture et souvent de la voiture thermique. »
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Bonsoir à toutes et à tous. Notre modèle de financement des transports est aujourd'hui à bout de souffle. C'est François Bayrou qui l'a dit tout à l'heure à l'occasion de la conférence sur les infrastructures de transport lancée aujourd'hui par le Premier ministre à Marseille, à laquelle vous avez assisté. Diane Strauss, bonjour. Bonjour. Invité éco de France Info ce soir, vous êtes la directrice du bureau français de l'ONG Transport et Environnement, en direct donc depuis Marseille. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce constat dressé par le Premier ministre ? Il faut trouver de nouvelles recettes pour financer les transports en France, que ce soit la route ou le rail ?
Oui, tout à fait. D'abord, nous saluons cette conférence parce qu'il est vraiment très important de parler de l'avenir de nos infrastructures de transport. C'est elles qui nous permettent de nous déplacer, que ce soit la route ou le train ou les infrastructures de mobilité douce et active du futur. Donc, il est vraiment très important de se poser la question de comment nous allons financer ce système de transport.
Et aujourd'hui, les communes, par exemple, les communes et les collectivités se plaignent d'avoir la responsabilité de plus de la moitié des routes, de 65% des routes. Précisément, les routes nationales sans financement en face, est-ce qu'elles ont raison de se plaindre ?
Disons qu'on arrive à un modèle à bout de souffle puisque la France a un très grand maillage de routes, c'est certain. Et puis, il faut rénover ses routes. On va avoir de plus en plus d'aléas climatiques. On a besoin de s'adapter, d'adaptation. On va avoir besoin de rénover ses routes de plus en plus souvent. Et puis, il y a de nouveaux enjeux qui arrivent pour les routes. C'est des enjeux de décarbonation. Comment faire décarboner les usages de la route, que ce soit avec des voitures électriques, avec des bords de recharge ou en permettant, par exemple, des formes de transport en commun sur la route.
Et tous ces nouveaux enjeux, c'est vrai que ce sont des coûts additionnels pour les collectivités.
Et justement, qui doit payer ce coût supplémentaire aujourd'hui ? Est-ce que ce sont les collectivités ? Est-ce que c'est l'État ? Est-ce que ce sont des acteurs privés ?
Est-ce que vous avez une idée ? Alors, il y a une discussion qui s'organise dans le cadre de cette conférence sur l'avenir des concessions autoroutières et la question du partage de la valeur de ces concessions. Donc, il y aura probablement une discussion générale sur l'usage de la manne financière que représentent les péages dans un moment où on est très contraint budgétairement. Cela dit, il ne faut pas se limiter à la question des concessions autoroutières parce que c'est une ressource qui n'arrivera qu'en 2031. Donc, relativement tard, de notre point de vue, il faut investir dès 2026 dans la mobilité du quotidien. Et ça peut se faire par un certain nombre de taxes dédiées.
Il y a un certain nombre de pistes de chance. Quel genre de taxes, Diane Strauss ? Alors, nous, ce qu'on va proposer en tant que transport et environnement, ça va être d'aligner la fiscalité des billets d'avion avec nos voisins. L'Allemagne et les Pays-Bas, pour le moment, la fiscalité, elle est inférieure. On n'est qu'à 7 euros par billet alors que nos voisins sont à 15 euros, par exemple. Et aussi de taxer les croisières puisque, pour le moment, les billets de croisières ne sont pas taxés du tout alors qu'ils ont un impact environnemental très fort et climatique très fort aussi.
Et donc, vous proposez, vous, d'augmenter la fiscalité sur les billets d'avion qui a déjà augmenté pour des raisons environnementales dernièrement et sur les croisières pour financer précisément les routes.
L'idée, c'est de créer un nouveau pacte social où les plus aisés et les grandes entreprises contribuent à financer la mobilité de tous. Et ça, c'est vraiment très important. Quand on regarde les billets d'avion, c'est généralement des publics plutôt aisés qui prennent l'avion le plus souvent. Et pour les croisières, c'est vrai aussi. Et l'idée, c'est en effet de financer la mobilité du quotidien puisqu'on a vu aussi au cours des dernières élections que les Français réclamaient plus de transport, de la capacité d'aller vers les services publics, de pouvoir se mouvoir quand ils habitent en zone périurbaine et rurale.
Et c'est vrai que la mobilité des zones rurales et périurbaines a été un peu la grande oubliée des investissements puisqu'on a vu que les agglomérations commençaient à se fournir en alternatives. Mais les habitants de zones périurbaines et rurales restent très dépendants de la voiture et souvent de la voiture thermique parce que ce sont des ménages qui achètent aussi sur le marché de l'occasion et qu'il n'y a pas de voiture électrique sur le marché de l'occasion.
Alors, juste pour terminer sur cette question du financement des routes, vous avez commencé à aborder la question des concessions autoroutières. À partir de 2031, les premières vont arriver à échéance. Est-ce que vous pensez effectivement que c'est une bonne idée de flécher l'argent des péages vers le financement des routes nationales et vers le financement du rail aussi ? Ça fait partie des pistes évoquées.
En tout cas, c'est une discussion démocratique à avoir et c'est vraiment très bien qu'on soit présent dans cette conférence pour avoir cette conversation en amont. Ce qui est évident, c'est que les ressources qui viennent de l'autoroute et de l'usage des autoroutes doivent en partie retourner à la mobilité, déjà pour pérenniser les infrastructures de transport en effet, mais aussi pour aider à décarboner, à passer cet enjeu de décarbonation de la route. Dans quelle mesure et sous quelle forme de gestion, je pense que ça va être tout l'objet et l'enjeu de cette conférence.
Autre idée, celle d'une éco-taxe sur les poids lourds, après avoir été enterrée de nombreuses années après le mouvement des bonnets rouges en 2013. La région Grand Est va en mettre une en place dès 2027. Est-ce que ça peut inspirer d'autres régions ?
Tout à fait. L'idée de l'éco-taxe, c'est que les poids lourds abîment beaucoup plus la route que les automobiles. Et pourtant, le péage n'est pas à la hauteur. Et donc, il y a cette idée finalement que les poids lourds contribuent à la rénovation des infrastructures en payant une éco-taxe. La raison pour laquelle la région Grand Est l'a mis en œuvre plus rapidement que les autres, c'est que c'est une région transfrontalière et qu'il y a une éco-taxe en Allemagne. Donc, il y a beaucoup de poids lourds qui viennent de l'Allemagne, vont en Allemagne et qui passent par la région Grand Est sans payer finalement le coût pour les infrastructures Grand Est.
Et donc, ça a été un vrai consensus politique dans le Grand Est de mettre en œuvre cette éco-taxe. L'usage et le coût de nos infrastructures doit être payé par les usagers, notamment ceux qui ont un impact sur la route. Et donc, il est vraiment très important que les poids lourds contribuent au financement des ressources. Nous, on aimerait même voir apparaître une autre forme de fiscalité qui serait une fiscalité CO2 puisqu'il faut vraiment accélérer la transition aussi pour les poids lourds, la décarbonation des poids lourds et qu'il faut que les grandes entreprises qui commanditent du transport de marchandises soient plus investies dans la décarbonation.
Et finalement, une façon pour nous de voir les commanditaires de transport de marchandises, les grandes entreprises, les grands supermarchés décarboner leur transport de marchandises, c'est en effet de voir le coût du CO2 quand elles font circuler les camions.
Merci beaucoup Diane Strauss, directrice du Bureau français de l'ONG Transport et Environnement. On a compris que vous préconisiez notamment un alourdissement de la fiscalité pour ceux qui polluent. On vous entendait à l'occasion de l'ouverture de la conférence sur le financement des transports. Invitez ECO de France Info ce soir avec les moyens techniques de Johanna Gabrick depuis Marseille. Merci beaucoup.