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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 28 février 2019 23 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Jean-Louis Bourlanges sur l'Europe : "Aujourd'hui, nous sommes seuls au monde"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 35 %Défensif 25 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:36OuverteRéponse directe

    C'est ça l'Europe aujourd'hui Jean-Louis Bourlange ?

  • 1:31RelanceRéponse directe

    Mais il y a la question économique Jean-Louis Bourlange, mais restons quand même, est-ce que c'est pas une rupture dans l'esprit de l'Union Européenne ?

  • 4:14OuverteRéponse directe

    Justement, c'est le sujet, j'allais y venir Jean-Louis Bourlange, sur lequel les pays de l'Union sont remarquablement unis, le Brexit, face à la Grande-Bretagne.

  • 4:37OuverteRéponse partielle

    il faut laisser plus de temps aux Britanniques pour préparer leur sortie ?

  • 7:40OuverteRéponse directe

    Jean-Louis Bourlange, Le Monde a publié en début de semaine une grande enquête menée par Ipsos, la Savipof et la fondation Jean Jaurès sur ces élections.

  • 8:04OuverteRéponse directe

    Très simplement, en une phrase ou deux, que diriez-vous à un jeune Français ou à une jeune Française pour le ou la convaincre d'aller voter aux Européennes ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:40Invité politiqueFait
    « Les rapports entre les États n'ont jamais été aussi mauvais, sont détériorés. »
  • 2:40Invité politiqueFait
    « Mais oui, écoutez, on a inventé, on a construit l'Europe au lendemain des désastres des deux guerres mondiales pour effectivement introduire de la civilisation dans nos rapports. »
  • 4:41Invité politiqueFait
    « Je crois qu'il n'y a pas que sur le Brexit que ça va bien. »
  • 5:19Invité politiqueFait
    « Moi, je ne sais pas ce que veut dire reporter. »
  • 8:13Invité politiqueFait
    « Ce que je lui dirais, c'est que le Parlement européen a beaucoup plus de pouvoir qu'il ne le croit. »
  • 8:54Invité politiqueFait
    « Nous sommes seuls au monde. »
  • 10:01Invité politiqueFait
    « Le Parlement européen est un endroit où les parlementaires sont reconnus, respectés, participent à l'élaboration de la loi. »
  • 11:44Invité politiqueFait
    « Mais je ne crois pas que ceux qui sont en bas de l'échelle, pour dire les choses simplement, seront gagnants si la France pratique le protectionnisme, si elle se replie, si elle se coupe de tout le monde. »
  • 14:04Invité politiqueFait
    « La facilité dont bénéficie le gouvernement pour avoir une majorité, c'est un poison pour lui. »
  • 16:45Invité politiqueFait
    « Le problème du fédéral, c'est que ça, c'est un terme qui signifie, qui renvoie à des modes d'organisation extrêmement différents. »
  • 16:56Invité politiqueFait
    « L'Europe est un système fédéral, un système fédéral, parce qu'elle produit du droit dérivé, qu'elle décide à la majorité qualifiée, qu'il y a des organes communs, la Commission, le Parlement européen, la Cour de justice, la Banque centrale, ce sont des organes fédéraux. »
  • 18:13Invité politiqueFait
    « Tant qu'on n'y répondra pas, on sera dans la situation que décrivait Alibadou, c'est-à-dire qu'on s'abstient parce qu'on n'y comprend rien. »
  • 20:17Invité politiqueFait
    « Il ne faut pas lâcher la démocratie représentative. Il ne faut pas lâcher l'économie ouverte. Il ne faut pas lâcher le multilatéralisme. »
  • 21:22Invité politiqueFait
    « Si nous continuons comme ça, le XXIe siècle sera un siècle sans Europe. »

Temps de parole

  • Jean-Louis Bourlanges76 %
  • Présentateur13 %
  • Intervenant5 %
  • Auditeur4 %
  • Auditeur 23 %

3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

L'Europe à la une, conflit politique autour d'Air France-KLM, élections européennes, Brexit, tour d'horizon des grands enjeux de l'Union avec l'un des meilleurs spécialistes de l'Europe. Vos questions sur l'appli France Inter au 01 45 24 7000. L'invité du grand entretien avec Léa Salamé et député Modem des Hauts-de-Seine, ancien eurodéputé. Bonjour Jean-Louis Bourlange. Bonjour. Crise politique inédite entre la France et les Pays-Bas après le raide surprise de l'État néerlandais pour acheter près de 14% du capital d'Air France-KLM. Ni le président de la République ni Bercy n'ont été prévenus. Emmanuel Macron réclame des explications. C'est ça l'Europe aujourd'hui Jean-Louis Bourlange ?

0:38
Jean-Louis Bourlanges

Oui c'est ça l'Europe aujourd'hui. Les rapports entre les États n'ont jamais été aussi mauvais, sont détériorés. Vous avez vu ce qui s'est passé entre l'Italie et la France. On voit bien l'extrême climat de tension autour du Brexit et on voit cette hargne assez grande des néerlandais. En même temps je crois que sur le fond des choses, les Français devraient quand même faire preuve d'un petit peu de réserve. C'est de bonne guerre ? Non c'est pas de bonne guerre, non mais justement, c'est pas de bonne paix en tout cas.

Donc il faudrait, mais sur le fond, si vous voulez, Air France n'a pas affiché au cours des trois dernières années un spectacle très très réjouissant pour KLM, là on voulait absolument resserrer, changer en fait la donne, car pour l'instant on avait un groupe et deux compagnies.

1:29
Présentateur

Mais il y a la question économique Jean-Louis Bourlange, mais restons quand même, est-ce que c'est pas une rupture dans l'esprit de l'Union Européenne ?

1:34
Jean-Louis Bourlanges

On ne joue plus, on ne se connaît plus dans le club. C'est extrêmement grave. Moi j'ai connu une Europe au cours des trente dernières années où quand on était en désaccord, les chefs d'Etat se réunissaient, ils s'entendaient bien, ils étaient tous au pouvoir, ils étaient contents d'être là, et l'un disait j'ai un problème, et les autres disaient comment on peut t'aider ? Et on essayait de trouver des solutions.

Là on a, avec la Hongrie, avec la Pologne, l'affaire des hélicoptères en Pologne, ça a été aussi extrêmement brutal, avec l'Italie, avec les Pays-Bas, on a une situation de tension qui est extrêmement préoccupante et qui correspond d'ailleurs à la tension qu'on observe à l'intérieur de nos Etats. Nous avons un raidissement, une brutalisation des rapports internationaux et, je ne parle pas du Pakistan qu'a évoqué Pierre Asker en instant, mais une brutalisation des rapports internationaux et une brutalisation des rapports démocratiques dans nos sociétés qui est extrêmement préoccupante et injustifiée en réalité. Il faudrait vraiment faire preuve de, comme dirait l'autre, moderato cantabile.

2:38
Intervenant

Injustifiée vous dites ?

2:40
Jean-Louis Bourlanges

Mais oui, écoutez, on a inventé, on a construit l'Europe au lendemain des désastres des deux guerres mondiales pour effectivement introduire de la civilisation dans nos rapports. Et on l'a fait. On a estimé que les Etats ne devaient pas être des loups pour les Etats. On s'est donc organisé à Bruxelles, on n'a pas fait disparaître. Les Etats, contrairement à ce que disent les anti-européens, ce sont les Etats qui mènent la danse, mais dans un climat de coopération, de multilatéralisme, d'échange de bons procédés.

3:08
Intervenant

Oui, qui s'est terminé par le culte de la technocratie, d'une certaine manière.

3:14
Jean-Louis Bourlanges

Non, ça ne s'est pas terminé par le culte. Ça a commencé par le culte de la technocratie. Mais en réalité, nous avons eu pendant un premier temps, pendant la guerre froide, les responsabilités politiques étaient assumées au niveau de la communauté atlantique. Et il y avait effectivement les technocrates des différents gouvernements qui étaient aux affaires. Le traité de Maastricht a introduit une profonde démocratisation. Il y a un roman policier, préfacé par Kohn-Bennig, qui s'appelle Le Compromis, qui vient d'être publié et qui montre comment ça marche au Parlement européen. Je vous assure, moi j'ai fait 20 ans de Parlement européen.

Au Parlement européen, notre verre n'est pas grand, comme dirait Musset, mais nous buvons dans notre verre. Nous avions un pouvoir, nous étions reconnus face à la Commission. Et ça doit vous changer à l'Assemblée nationale. Là, on n'est pas du tout au plan national, mais au plan international non plus. Il y a tout un esprit de coopération, de bonne volonté, qui est en train de disparaître. Ça se produit à différents moments.

4:07
Intervenant

Mais au profit des intérêts nationaux. Comment ? Au profit des intérêts nationaux.

4:11
Présentateur

Non, même pas, regardez le Brexit. Justement, c'est le sujet, j'allais y venir Jean-Louis Bourlange, sur lequel les pays de l'Union sont remarquablement unis, le Brexit, face à la Grande-Bretagne. On est à un mois jour pour jour avant la date prévue pour la sortie du Brexit. Et hier, Emmanuel Macron s'est dit prêt à examiner une demande de report de la part de Londres. Si elle est justifiée, il faut mettre l'expression entre guillemets, il faut laisser plus de temps aux Britanniques pour préparer leur sortie ? Oui, je fais une petite remarque avant.

4:41
Jean-Louis Bourlanges

Je crois qu'il n'y a pas que sur le Brexit que ça va bien. Je veux dire, ce qui est frappant, c'est qu'au moment où cette atmosphère se dégrade, en même temps, par exemple, l'Union monétaire a été plébiscitée par tout le monde. Les Italiens, les Autrichiens, l'extrême droite néerlandaise, et même maintenant Marine Le Pen. Il y a dix ans, on disait que tout va exploser, la zone euro va exploser. Là, au contraire, nous avons une espèce de convergence sur cela, qui montre que, en fait, les Européens sont actuellement incapables d'avancer, mais ils ne veulent pas reculer, et ils sont solides. Et dans le Brexit, c'est ce qui se passe. Alors, la question que vous me posez...

Il faut-il leur laisser plus de temps aux Britanniques ? Moi, je ne sais pas ce que veut dire reporter. Je vois que Mme May a fait voter hier un système assez étonnant. où elle va poser, dans quelques semaines, trois questions successives. Un, est-ce que vous voulez l'accord ? Ils ont déjà dit non, les parlementaires britanniques, ils vont sans doute dire non. Ensuite, est-ce que vous voulez une sortie no deal, comme on dit, sans accord ? Les parlementaires britanniques ont déjà dit non, ils vont sans doute à nouveau dire non. Et la troisième question, c'est est-ce que vous voulez prolonger ? Alors, prolonger, ça veut dire quoi ?

Si c'est prolongé d'un mois ou deux mois, d'abord, ça pose un vrai problème juridique. Parce que, est-ce que les Britanniques participent ou ne participent pas à l'élection européenne du 26 mai ? Vous imaginez organiser des élections européennes au Royaume-Uni aujourd'hui ? C'est complètement impossible.

6:13
Intervenant

Mais alors, vous préconisez quoi ?

6:14
Jean-Louis Bourlanges

Mais moi, je ne préconise rien, parce que je crois que dans cette affaire, ce sont les Britanniques qui ne savent pas ce qu'ils veulent. Les Britanniques, c'est simple. Et puis, ils disent, nous, nous voulons nous retirer de l'Union Européenne. Donc, on veut une frontière. Mais là, il y a un endroit où nous n'acceptons pas qu'il y ait une frontière. Alors, ça, c'est quand même un peu si vous faites un prêt. Si vous avez le quart du prêt qui est ouvert, il n'y a plus de fortification. Donc, ça ne signifie rien. Il faut simplement qu'ils nous disent où ils veulent mettre la frontière entre le Royaume-Uni et l'Irlande du Sud ou entre la Grande-Bretagne et l'Hollsberg.

6:52
Intervenant

Mais c'est plus négociable, ça. C'est pas une question de négociation. C'est terminé, c'est dans l'accord, c'est terminé.

6:56
Jean-Louis Bourlanges

C'est à eux de décider. Qu'est-ce que vous voulez ? C'est tout. Il faut qu'ils sachent ce qu'ils veulent. Donc, il ne faut pas leur donner plus de temps. Non, alors absolument pas. Moi, je n'ai jamais été... Je suis favorable. Moi, je suis favorable au Brino. Vous savez ce que c'est que le Brino ? Le Brexit only in name. En français ? In name only, plutôt. Bon, ça veut dire qu'on essaie de coller au maximum à la situation antérieure. Donc, je suis pour l'accord et je suis pour qu'on ait des rapports très étroits avec le Royaume-Uni après. Mais le problème n'est pas le nôtre. C'est le problème des Britanniques. Il faut qu'ils sachent ce qu'ils veulent.

Ils veulent faire une frontière entre l'Union Européenne. Et nous, il faut qu'ils disent où elle passe. Or, ils disent non, nous ne voulons pas qu'elle passe nulle part. Alors là, il y a un problème.

7:40
Présentateur

Les élections européennes se profilent. Jean-Louis Bourlange, Le Monde a publié en début de semaine une grande enquête menée par Ipsos, la Savipof et la fondation Jean Jaurès sur ces élections. On apprend, ça c'est une bonne nouvelle, que 74% des Français s'y intéressent. On apprend aussi, et c'est une très mauvaise nouvelle, que seulement 42% des Français sont sûrs d'aller voter. Et ça tombe à 30% seulement chez les moins de 35 ans. Très simplement, en une phrase ou deux, que diriez-vous à un jeune Français ou à une jeune Française pour le ou la convaincre d'aller voter aux Européennes ?

8:13
Jean-Louis Bourlanges

Ce que je lui dirais, c'est que le Parlement européen a beaucoup plus de pouvoir qu'il ne le croit. Et que donc, s'il veut que ses idées passent, en matière d'écologie par exemple, je donne cet exemple, mais il y en a d'autres, il est essentiel que le Parlement d'aller voter et de voter pour des partis qui veulent effectivement améliorer les choses. Les gens veulent supprimer les paradis fiscaux, veulent donc de l'harmonisation fiscale, de l'égalité de concurrence entre les différents États. Ils veulent assurément de l'écologie.

Ils veulent une Europe beaucoup plus forte, beaucoup plus forte face à l'ensemble des agressions potentielles dont elle est l'objet, entre la Russie, Daesh, l'Amérique de Trump, etc. Nous sommes seuls au monde. Ce qu'il faut comprendre, c'est que nous avons été, depuis la guerre, protégés par les Américains, protégés par les Américains des Russes. Ensuite, la menace russe a disparu. Les Américains sont éloignés et maintenant, toutes les menaces reviennent et nous sommes seuls au monde. Est-ce que nous pensons un seul instant que dans 30 ans, les peuples européens seront plus forts s'ils ne réussissent pas aujourd'hui à s'entendre ?

Et le moteur, le grand moteur de l'Union Européenne aujourd'hui, c'est le Parlement. Pourquoi ? Parce que le Parlement, c'est le seul domaine où tout le monde est représenté et où on prend des décisions à la majorité. Et donc, on a une efficacité. Donc, je pense qu'il faut vraiment jouer cette affaire-là. Mais je comprends très bien que les Français trouvent que ça n'est pas compréhensible parce que, jusqu'à présent, le spectacle que vous signaliez au début est un spectacle de discorde. Mais là, c'était très clair.

9:47
Intervenant

A-t-on plus de pouvoir au Parlement européen qu'au Parlement national ?

9:51
Jean-Louis Bourlanges

En tout cas, on fonctionne tout à fait différemment. Le problème du pouvoir...

9:54
Intervenant

Est-ce que vous, qui avez été les deux, vous vous sentez plus utile au Parlement européen ?

9:58
Jean-Louis Bourlanges

Pour moi, c'est le jour et la nuit. Le Parlement européen est un endroit où les parlementaires sont reconnus, respectés, participent à l'élaboration de la loi, c'est-à-dire des directives...

10:09
Intervenant

Ce qui n'est pas le cas au Parlement national ?

10:11
Jean-Louis Bourlanges

Parce que ce n'est pas la même philosophie. La philosophie de la démocratie européenne, qui n'est pas du tout comprise en France, c'est une philosophie héritée de Montesquieu. Vous avez plusieurs pouvoirs indépendants. Vous avez la Commission qui propose, puis vous avez le Conseil des ministres, c'est-à-dire les États d'un côté, et le Parlement qui décide. Et ils décident ensemble, à égalité de pouvoir. Il faut que, pour qu'une directive passe, il faut que le Parlement et le Conseil se mettent d'accord. Donc, on nous envisage.

Alors qu'au Parlement national, l'opposition et la majorité se dévisagent, et de toute manière, on a unité du pouvoir, elles s'incarnent dans le gouvernement, vous devez suivre, ça c'est pas nouveau, c'est pas Macron, c'est pile général de Gaulle, vous devez suivre...

10:51
Intervenant

Donc vous êtes un peu nostalgique de vos années européennes ?

10:54
Jean-Louis Bourlanges

Ah, moi je trouve que le modèle, je suis de ceux qui pensent que la démocratie n'est pas un système de confrontation. Que c'est pas la thèse et l'antithèse, c'est pas ça que je méfie des référendums, mais qu'il faut la synthèse.

11:06
Présentateur

Ah oui, donc vous devez vraiment être malheureux à l'Assemblée nationale. Un mot quand même, quand on regarde cette grande étude du Cévit-Pof, quand on regarde la liste, ceux qui pensent voter pour la liste La République en marche, Modem, c'est frappant de voir à quel point c'est la France qui va bien, et qui va même très bien. Qu'est-ce que vous dites à la France qui va moins bien, celle des employés, des ouvriers, des petits salaires ? Est-ce que vous avez tout simplement renoncé à les convaincre ?

11:30
Jean-Louis Bourlanges

Non, pas du tout. Je pense qu'effectivement c'est beaucoup plus facile pour les gens qui ont l'avenir devant eux, d'être positifs dans la vie. Mais je pense qu'il faut répondre en profondeur aux attentes de tout le monde. Mais je ne crois pas que ceux qui sont en bas de l'échelle, pour dire les choses simplement, seront gagnants si la France pratique le protectionnisme, si elle se replie, si elle se coupe de tout le monde, si l'Europe n'est pas capable de parler d'une seule voix. Regardez Trump, il nous menace clairement dans nos intérêts économiques, si nous ne les défendrons qu'ensemble. Donc je pense qu'il y a un immense effort à faire.

Mais là, le problème que vous posez, Ali Badou, va beaucoup plus loin. C'est le problème de la structuration de la vie politique française. C'est vrai que la droite et la gauche ont disparu corps et âme, parce que ça ne correspondait plus, les clivages dont cette gauche et cette droite étaient porteurs n'étaient plus le clivage essentiel, qui était plutôt, est-ce qu'on travaille ensemble ou est-ce qu'on se coupe les uns des autres ? Bon, mais ce clivage n'a pas été remplacé.

Et le problème, moi je suis malheureux là où je suis dans la majorité, parce que je trouve qu'on n'a pas du tout fait ce qu'il fallait, c'est-à-dire reconstruire un système partisan avec une gauche modérée, une droite modérée, un centre qui travaille ensemble.

12:44
Intervenant

Il faut donner leur place aux sensibilités politiques. Pourquoi vous êtes malheureux, Jean-Louis Bourlange, dans votre famille politique là, dans la majorité telle qu'elle est ? Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour vous rendre plus heureux ?

12:57
Jean-Louis Bourlanges

Je ne suis pas malheureux personnellement, rassurez-vous. Non, mais politiquement... J'ai dit dès le début, quand je me suis rallié à Macron, qu'il y avait deux façons de structurer la majorité. Soit on refaisait, on faisait une alliance un peu à la Merkel, c'est-à-dire qu'on prenait une gauche modérée, une droite modérée, un centre, qui en fait avait beaucoup plus de choses ensemble que de choses qui les séparaient, et on formait ce système qui était enraciné dans le pays. Ce n'est pas ce qui se passe ? Non, le choix a été fait, un, de marginaliser le modem, ça a été la crise initiale, avoir la majorité sans le modem, et deuxièmement, un parti qui est entièrement vertical.

C'est-à-dire que la seule chose qui réunisse... Et vous diriez de droite ?

13:38
Présentateur

Comment ? Et vous diriez de droite ? Non, pas forcément droite, c'est bien son problème.

13:41
Jean-Louis Bourlanges

Non, non, mais vertical. REM, ce sont des gens qui sont intelligents, actifs. Moi, je ne m'associe pas du tout aux critiques qu'on fait des personnes. Mais en revanche, c'est une courroie de transmission. C'est-à-dire que vous avez, ça obéit au gouvernement, et personne n'ont débranché sur le pays.

14:01
Intervenant

Vous auriez espéré que les députés aient plus de personnalité, plus de pouvoir...

14:04
Jean-Louis Bourlanges

Non, mais je crois qu'il faut réformer le mode de scrutin. Il faut que le gouvernement trouve à l'Assemblée des gens avec lesquels il doit négocier. La facilité dont bénéficie le gouvernement pour avoir une majorité, c'est un poison pour lui. C'est un poison pour le gouvernement, car comme disait Valéry, on ne s'appuie que sur ce qui résiste. Et donc, il faut avoir un échange. Et même chose pour le Sénat. Depuis le début, je trouve que dans la réforme constitutionnelle, on aurait dû mettre un grand domaine de compétences à égalité Sénat-Assemblée nationale sur les collectivités territoriales. Ça aurait permis de rétablir le lien avec la France territoriale.

Or là, le Sénat est indépendant et on voit que ça agace excessivement le gouvernement. Il faut donner ses chances à la démocratie représentative. Et pour lui donner ses chances, il faut que l'Assemblée nationale ne soit pas une réplique simple et obéissante au président de la République, mais un partenaire réel. Et il faut que le bicamérisme soit utilisé à fond. Ça ne suffira pas, mais on doit commencer par ça.

15:12
Présentateur

Et il faut aussi, concernant les élections européennes, avant de filer au standard, constituer une liste pour que les Français puissent voter. Est-ce qu'Agnès Buzyn sera votre candidate ?

15:21
Jean-Louis Bourlanges

Je n'en sais rien. Moi, je trouve très bien Agnès Buzyn. Je n'ai pas du tout de problème à ce qu'elle soit candidate. Il y a une bonne nouvelle. Vous n'êtes pas dans le secret des dieux ? Comment ? Ah non, ça, je ne suis absolument pas dans le secret des dieux. Ça, je ne sais rien. On ne me demande rien dans aucun domaine, d'ailleurs. C'est extrêmement simple. Il n'y a qu'à France Inter qu'on me demande quelque chose.

15:38
Présentateur

Et on est heureux de vous avoir. Et merci de nous répondre au fil au standard. Bonjour Serge. Bonjour. Bienvenue sur Inter. Votre question à Jean-Louis Bourlange.

15:46
Auditeur

Bonjour, M. Bourlange. Bonjour. Il n'y aura pas que France Inter qui vous demandera quelque chose. J'aimerais avoir votre avis sur ceci. Pourquoi ne pas demander à l'équipe qui prépare actuellement le programme des européennes en marche ? Une clarification forte en nommant l'Europe choisie et en indiquant donc clairement que le niveau choisi est le niveau fédéral. Il y a une espèce de tabou sur le mot fédéral chez tous les partenaires d'une Europe renforcée, d'une Europe puissance. Or, il n'y a que le niveau fédéral, me semble-t-il, qui répondrait à cette question. Il y a donc un problème de tabou. Qu'en pensez-vous ?

16:29
Jean-Louis Bourlanges

Oui, je pense que vous avez tout à fait raison sur le tabou. Moi, ça m'agace parce que le mot fédéral n'est pas, comme disent les Anglais, le F-word, parce qu'ils n'osent pas le prononcer tellement ce serait obscène.

16:39
Présentateur

Un gros mot, mais même vous, vous ne l'employez plus, Jean-Louis Bourlange.

16:41
Jean-Louis Bourlanges

Non, non, si, si, moi je l'emploie simplement. Je vais répondre très précisément. Le problème du fédéral, c'est que ça, c'est un terme qui signifie, qui renvoie à des modes d'organisation extrêmement différents. Et ceux qui sont pour ne l'entendent pas de la même manière. Moi, je vais vous dire très clairement ce que je pense. L'Europe est un système fédéral, un système fédéral, parce qu'elle produit du droit dérivé, qu'elle décide à la majorité qualifiée, qu'il y a des organes communs, la Commission, le Parlement européen, la Cour de justice, la Banque centrale, ce sont des organes fédéraux. Mais ce n'est pas un État fédéral, comme les États-Unis.

Un État fédéral, c'est un État, aux États-Unis, c'est Washington qui dit le pouvoir de chacun. Là, c'est le contraire, c'est un système fédéral, mais chacun reste maître des compétences qu'il délègue. Et en réalité, on voit bien que c'est une faiblesse à certains égards et qu'il faudrait accroître sur certains plans les compétences de l'Union européenne. C'est ça le défaut. Mais je pense que là, vous êtes dans un système où il y a une espèce de diabolisation du mot fédéral, qui est en général, qui est également une diabolisation d'une idée claire. En fait, personne ne dit, c'est ça le problème, sur l'Europe, ne répond aux trois questions très simples.

Qui a vocation à être dans l'Union européenne et qui n'a pas vocation à y être ? Quoi ? Que fait-on au niveau européen et que fait-on au niveau national ? Et trois, comment ? Quel est le modèle démocratique qui permet de faire fonctionner 27 États ou 28 États si on regarde le Royaume-Uni ensemble ? Ces trois questions sont simples, sont fondamentales. Tant qu'on n'y répondra pas, on sera dans la situation que décrivait Alibadou, c'est-à-dire qu'on s'abstient parce qu'on n'y comprend rien. Il faut répondre clairement à trois questions simples. Et là, je dois dire que je ne vois pas en Europe beaucoup de gens qui sont décidés à cette clarté.

18:28
Présentateur

Avant de retourner au standard, vous savez malgré tout que 60% des Français se prononcent aux élections européennes sur des questions nationales.

18:38
Jean-Louis Bourlanges

Finalement, on ne vote pas sur l'Europe. Je ne sais pas ce que c'est qu'une question nationale. Regardez, je pense que la crise de l'Europe et la crise des nations vont de pair. Regardez le Royaume-Uni, ils organisent leur dissidence par rapport à l'Union européenne et parallèlement, le Royaume-Uni implose. C'est quand même assez intéressant. Je crois que nous sommes dans une vraie crise de la communauté politique, de toute communauté politique. Regardez l'Espagne, regardez la Belgique. La Tchécoslovaquie a disparu, la Yougoslavie a disparu. En France, la Corse n'a jamais été aussi autonome qu'elle l'est aujourd'hui.

Partout, vous avez une tendance à vous replier sur des communautés de plus en plus étroites. Le modèle final, c'est la ZAD, la zone à défendre. Et en réalité, on est dans une vraie crise du partage.

19:22
Intervenant

En octobre dernier, vous déclariez dans le Figaro l'Europe progressiste face à l'Europe nationaliste. C'est une vraie sottise visant implicitement le clivage assumé par Emmanuel Macron, c'est moi ou le chaos. Est-ce que c'est une mauvaise stratégie ?

19:36
Jean-Louis Bourlanges

Oui, d'abord, je ne sais pas s'il est assumé par Emmanuel Macron parce que ça a été lancé. Puis ensuite, on a dit que Emmanuel Macron voyait les choses différemment. Oui, pourquoi ça ? Parce que le progressisme repose sur une idée, c'est que l'avenir, c'est le progrès. Or, actuellement, je trouve qu'à bien des égards, l'avenir est une régression. Je pense que Trump est une régression par rapport au grand président des États-Unis qu'on a connu naguère. Je pense que le recul du multilatéralisme, c'est une régression. Je pense que la brutalisation du débat, c'est une régression. Donc, je ne suis pas sûr que le populisme est une régression.

Donc, je pense que le progrès, si j'ose dire, se conjugue au futur antérieur. C'est ce que nous avons inventé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qui est formidable. Il ne faut pas lâcher la démocratie représentative. Il ne faut pas lâcher l'économie ouverte. Il ne faut pas lâcher le multilatéralisme. Ça nous a donné les meilleures années en termes de prospérité, en termes de paix, en termes de respect de nous-mêmes, en termes de démocratie. Je trouve qu'on est absolument inconsidérés de dire, tout ça, on va passer par pertes et profits. Donc, le progrès, oui, mais le progressisme, ce n'est pas tout à fait ça.

Quant au nationalisme, je vous ai répondu, la crise des nations est au moins aussi profonde que la crise de l'Europe. En réalité, nous sommes dans une crise de la communauté politique, une crise du partage. Nous ne nous reconnaissons plus les uns les autres et ça, c'est très ennuyeux. Nous sommes dans une société où l'État doit rester puissant, où de grands enjeux doivent être traités au niveau européen. Nous pouvons le faire et nous n'avons plus l'appétit d'aller vers les autres. Et ça, c'est dramatique, car non seulement ce n'est pas beau sur le plan moral, mais ça nous conduira à un échec fondamental sur le plan historique.

Si nous continuons comme ça, le XXIe siècle sera un siècle sans Europe.

21:26
Présentateur

On retourne au standard. Bonjour Sophie.

21:29
Auditeur

Bonjour.

21:29
Présentateur

Bienvenue sur France Inter. Votre question à Jean-Louis Boulange.

21:32
Auditeur

Justement, par rapport à ce que M. Bourlange vient de dire, bonjour. Bonjour. Je trouve que c'est dommage que dans la façon dont interviennent les membres du gouvernement et même les journalistes en ce moment, on ne mette pas plus en avant le fait que pour les élections européennes et une possibilité qu'il y ait un référendum en France, on ne fasse pas l'élection le même jour. Moi, j'entends beaucoup, il ne faut pas que ça ait lieu le même jour, il faut séparer, l'Europe c'est important, etc.

Justement parce que c'est important, moi j'ai l'impression que ce serait bien que ce soit le même jour, que les gens se déplacent pour voter pour les questions nationales et en profitent pour voter pour l'Europe, puisqu'on sait très bien que l'engagement citoyen pour l'Europe n'est pas assez important et qu'on a besoin qu'il soit plus important. Pourquoi on ne profite pas ?

22:25
Présentateur

Qu'en pensez-vous Jean-Louis Boulanger ?

22:27
Jean-Louis Bourlanges

Je pense d'abord, je comprends très bien votre souci, votre désir, mais je pense que graver, faire entendre deux musiques sur une même bande sonore, ça risque d'être un peu cacophonique et vous ne pouvez pas poser au corps électoral deux questions fondamentales en même temps si elles ne sont pas profondément liées. Mais surtout, moi je voudrais savoir ce que le référendum, ce qu'on poserait comme question au référendum.

C'est ça la question, je ne crois pas qu'on puisse résoudre les problèmes de la France par un référendum aujourd'hui, je pense que c'est un problème beaucoup plus profond et je voudrais quand même que l'élection européenne soit au cœur, dans la tête des Français, le 26 mai quand ils iront voter.

23:03
Présentateur

Espérons qu'ils vous entendront, merci pour votre enthousiasme et la clarté de vos réponses Jean-Louis Bourlange. Enthousiasme, vous avez entendu l'enthousiasme ? J'ai entendu de l'enthousiasme.

23:11
Intervenant

C'était plutôt du pessimisme.

23:13
Présentateur

Du pessimisme enthousiaste.

23:14
Jean-Louis Bourlanges

Voilà ma devise.