"Enfermons les OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon" : la proposition de Wauquiez provoque un tollé
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« Enfermons les OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon. »
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« Il y a 146 jours de pluie et de neige. »
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« Soit vous rentrez chez vous, soit c'est Saint-Pierre-et-Miquelon. Pas la France, c'est fini, pas la métropole. »
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« Combien d'adhérents ont déjà les LR aujourd'hui ? »
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« Il y a trois semaines, on parlait de 70 000, on commence à parler de 90 000, 93 000, peut-être qu'on sera à 100 000 la semaine prochaine. »
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La question qui fâche nous vient de cette une du JDD News, découverte hier soir. Enfermons les OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon. A Saint-Pierre-et-Miquelon, à proximité du Canada, il fait 5 degrés de moyenne pendant l'année. Il y a 146 jours de pluie et de neige. Je pense qu'assez rapidement, ça va amener tout le monde à réfléchir.
Pour ceux qui croyaient à une blague, en voici la confirmation quelques heures plus tard sur ces news.
Soit vous rentrez chez vous, soit c'est Saint-Pierre-et-Miquelon. Pas la France, c'est fini, pas la métropole.
Envoyer les OQTF sur un territoire d'outre-mer de moins de 6000 habitants. Une proposition qui fait l'unanimité contre elle. Ils rêvent encore du banne de Cayenne ou je ne sais quoi. C'est la démonstration une fois de plus du mépris de Laurent Wauquiez et de la droite plus généralement pour l'ensemble des territoires ultramarins. Il y a quelques jours, j'entendais Laurent Wauquiez dire qu'il voulait une rupture avec le macronisme. Là, c'est pas une rupture avec le macronisme qu'il fait, c'est une rupture avec la République. Dans les rangs des Républicains, hors caméra, on n'en revient pas. Pourquoi pas Fort Boyard ? Il pète un câble. Je croyais que c'était un fake.
Le député le plus concerné hésite entre colère et ironie. Je pense que M. Wauquiez, il faut qu'il revienne sur Terre, on n'est pas dans un monde des bisounours. Quand on regarde le profil et le pédigré des OQTF les plus dangereux, ce ne sont pas des gens qui vont avoir peur d'un petit 5 degrés ou de quelques abats de pluie ou de neige. Une proposition qui intervient en pleine guerre des chefs avec Bruno Retailleau pour la tête du parti. On est dans une courge à l'échalote où chacun essaie d'être le plus ferme, mais au final, avec aucune solution réelle, pragmatique, concrète. À cinq semaines de l'élection du président des Républicains, jusqu'où ira la surenchère à droite ?
Elsa Mondingava, c'est la campagne, la campagne interne pour le parti qui le fait monter comme ça dans la surenchère. Voilà, un signe de fébrilité. Vraiment, plusieurs députés nous ont dit qu'on a dû revérifier que cette une n'était pas un fake, une fausse une au sein de la droite. Ils se sont vraiment au début cru à une blague, ils se sont dit que ce n'était pas possible. Donc, preuve que sa proposition, il ne l'avait pas vraiment formulée auprès de ses camarades. Évidemment, certains voient que Bruno Retailleau y bénéficie dans les sondages, même si ça commence à se tasser un peu, en tout cas d'avis plutôt favorables.
La campagne, elle va être rude, elle finit n'en pas longtemps, donc il faut marquer les esprits. Selon certains, voilà, il veut exister, mais ça démontre aussi une fébrilité, parce qu'on voit que sa proposition, elle a été quand même assez peu, enfin, à l'unanimité. Elle a été rejetée, même Marine Le Pen, lui, il faut respecter un petit peu nos compatriotes d'outre-mer. Donc, l'accueil a été très, très frais, mais ça existe et ses soutiens disent, au moins, voilà, ça a fait parler, c'est audacieux et au moins, on parle de lui, on parle de sa proposition. D'où sort cette idée, Claire Cournuit ?
En effet, il faut contextualiser tout ça, parce qu'il y a donc la proposition en tant que telle et il y a l'histoire qui se joue derrière. Et quelle est l'histoire ? C'est l'élection à la présidence des Républicains. Et l'autre histoire, et en particulier pour Laurent Wauquiez, c'est qu'il faut percer le mur du son. Et quand votre concurrent est naturellement plus exposé parce que ministre et ministre de l'Intérieur, c'est pas que tout est bon à prendre. Mais il y a, dans le camp Wauquiez, l'idée tout à fait assumée que oui, c'est une proposition au choc.
Et notons qu'elle intervient à quelques heures, à 48 heures, de la conférence de presse que va donner Bruno Retailleau demain, où il présentera son bilan. Et donc ce n'est pas tout à fait un hasard. Donc il essaye quoi ? Il essaye de casser les pattes du favori Bruno Retailleau ? Est-ce qu'en allant comme ça sur une proposition, on va dire qu'il va parler à la base la plus radicale des militants des Républicains, il a une chance de remonter dans leur cœur en vue du scrutin ? C'est toute la question. Que représente la frange la plus dure, si je puis dire, des adhérents LR ? Combien d'adhérents ont déjà les LR aujourd'hui ?
Il y a trois semaines, on parlait de 70 000, on commence à parler de 90 000, 93 000, peut-être qu'on sera à 100 000 la semaine prochaine, ce qui n'est évidemment pas rien. Oui, parce qu'on fait des cartes là, juste avant l'élection. Et donc, à qui cette proposition va parler ? Est-ce qu'on considère que c'est le cœur de cible des adhérents LR et que dans la dernière ligne droite, sachant que dans quelques semaines on ne pourra plus adhérer à LR, c'est à eux qu'ils s'adressent ?
Est-ce qu'on considère que la frange la plus dure chez LR parmi les adhérents est déjà passée du côté du Rassemblement national en termes de vote ou alors a suivi le dernier mouvement sciotiste quand il a fait alliance avec Marine Le Pen l'été dernier ? C'est toute la question. Et c'est pour ça que ce sera très intéressant de voir si ça a marché ou pas. Alors on a compris l'agenda, c'est clairement l'élection interne, mais il s'abîme ou pas Laurent Wauquiez ? Il doit se construire en opposition par rapport à Bruno Retailleau. Et là, ce qui marque, c'est que lui a une forme de liberté. Il peut dire ce qu'il pense. Il n'est tenu par rien, donc pas par une appartenance au gouvernement.
Ce qu'il essaye de voir, c'est critiquer aussi Bruno Retailleau. Ce qu'il disait hier Laurent Wauquiez, c'est « moi au moins je propose quelque chose ». On voit bien que ce système des OQTF ne va pas, on voit bien que les pays ne veulent pas nous les reprendre. Bon, vous êtes d'accord, vous n'êtes pas d'accord, mais au moins je mets quelque chose sur la table. Et c'est vrai qu'il essaye de se différencier. Il cherche à dire que Bruno Retailleau, par sa place au gouvernement, qu'il l'a fait un peu exploser en popularité. C'est grâce au fait qu'il est dans le gouvernement, que Bruno Retailleau a un espace médiatique, que les Français commencent à voir qui il est.
Laurent Wauquiez, lui, il a fait le choix de rester en dehors. Donc il doit essayer de démontrer que ça lui procure des avantages, une liberté de ton que Bruno Retailleau n'aurait. Bruno Retailleau joue gros aussi, parce qu'il présente son bilan, mais en matière justement de laisser passer consulaire avec les étrangers délinquants sous OQTF, pour l'instant, on n'y est pas, même s'il y a un réchauffement entre Paris et LG, on n'y est pas. Il y a la CMP, la Commission mixte paritaire, sur sa loi, narcotrafic, demain. Il peut encore aller devant les militants avec des victoires ? Ou ça s'arrête là, son bilan ?
Ce qui est très intéressant, ça va peut-être paraître un peu basique, mais quand vous parlez aux militants, que ce soit lors d'un meeting Laurent Wauquiez ou d'une réunion publique tenue par Bruno Retailleau, il y a quelque chose d'assez irrésistible chez les militants, c'est que, et pour ceux qui sont là depuis longtemps, et qui attendaient que la droite revienne aux affaires, ils sont très contents, en réalité, d'avoir quelqu'un à droite au sein du gouvernement. C'est tout l'enjeu pour Laurent Wauquiez, c'est non seulement d'être le challenger, mais d'essayer d'exister.
Même s'il est un peu mis en retrait sur le dossier algérien, et que pour l'instant, aucun d'un QTF algérien n'est reparti dans son pays. Là, vous avez deux manières de voir la chose. Soit vous faites comme l'évoquieziste, soit vous dites qu'il y a une impuissance de fait, soit vous êtes « retailliste » et vous arguez qu'on fait ce qu'on peut dans les limites que nous avons, mais au moins on essaye d'agir, et au moins on prouve que dans ce gouvernement, on reste sur nos convictions et on ne se dédie pas. Alors, je ne dis pas qu'une stratégie ou une autre va gagner, on verra, mais c'est deux versions de l'intrigue, et on verra laquelle gagne.
Il va y avoir comme ça d'autres annonces, tonnées truandes, c'est la course à l'échalote d'ici l'élection interne ? Je pense que sur des annonces chocs, on ne peut pas non plus en faire une par jour, si vous voulez, ça va faire... Mais effectivement, et on voit qu'ils se construisent en creux, c'est-à-dire que Bruno Rotaillot, lui, essaye de justifier aussi pourquoi il reste. Le gouvernement n'est quand même pas très populaire non plus dans les sondages, donc il doit aussi dire qu'il existe. Demain, il va faire une conférence de presse pour dire qu'après six mois à Beauvau, il y a des choses qui avancent.
Mais Bruno Rotaillot, s'il a menacé de démissionner sur le dossier algérien, c'est qu'il commence aussi à préparer la petite musique, qu'un jour, ça le servira peut-être de dire « je quitte ce gouvernement parce que je suis empêché, parce que je ne peux pas aller jusqu'au bout ». Pour l'instant, son intérêt, c'est d'y rester. Pour l'instant, son intérêt, c'est d'y rester, mais qui sait après si vraiment sur le dossier algérien, on voit que les choses n'avancent pas comme ce qu'Emmanuel Macron veut prévoir. Peut-être qu'un jour, dans la stratégie de Bruno Rotaillot, s'il est au parti, il pourra avoir l'intérêt à quitter le gouvernement.
Et les macronistes, pour terminer, est-ce que la coalition, ce fameux socle commun qui va de Gabriel Attal à Bruno Rotaillot, ça peut tenir ? Est-ce qu'avec les annonces tonitruantes de Laurent Wauquiez, extrêmement décriées, c'est le tollé, même Emmanuel Valls dit que ce sont des méthodes de colons, le retour du bang. Est-ce que cet attelage politique peut tenir ? Si on considère que Laurent Wauquiez est au centre du bloc central, je ne sais pas. En tout cas, les LR font partie de cette coalition. C'est vrai. Ce qui va être intéressant, c'est que, de toute évidence, il y en a un qui se démarque en étant un peu plus dur.
On verra comment Bruno Rotaillot évolue, lui, de son côté, avec des candidats du bloc central, en l'occurrence, Edouard Philippe, avec lesquels il y a peut-être quelques rapprochements. Donc, ça va être un moyen aussi de tracer sa route politique, avec ou sans le macronisme, avec ou sans les héritiers d'Emmanuel Macron. Ce qu'on dit, c'est qu'il ne regarde pas vers le centre, c'est qu'il regarde plutôt vers sa droite et vers Marine Le Pen. Quand il fait ce Jordan, on ne sait pas tellement pour rassembler une grande famille centrale. Merci beaucoup pour ce décryptage. On y voit un peu plus clair.
On va suivre cette campagne interne et puis ce bloc central qui va, pour l'instant, au gouvernement, cette coalition des LR aux macronistes. Merci à toutes les deux.