Baromètre mondial des investissements : "Les entreprises européennes ont les moyens d'investir en Europe", dit l'économiste David Cousquer
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« Jusqu'à mars-avril, on était en positif encore sur la dynamique des ouvertures et fermetures d'usines. »
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« On risque de terminer l'année dans le rouge avec plus de fermeture de sites industriels que d'ouverture. »
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« Il s'est passé en plusieurs phases, en fait. Si on refait l'histoire depuis 2008-2009, très forte crise. »
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« Les entreprises européennes ont les moyens d'investir en Europe. Il s'agit de les convaincre que c'est de leur intérêt. »
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« Il faut baisser le prix de l'énergie. C'est tout un facteur, en fait. Globalement, si on veut reprendre toute l'histoire de la désindustrialisation, on a 50 années de tendance négative à remonter. »
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France Info Bonsoir à toutes et à tous, c'est une première depuis 8 ans. Cette année en France, il y aura sans doute, l'année n'est pas finie, plus de fermeture d'usines que d'ouverture. Bonsoir David Kousker. Bonsoir. Vous êtes créateur, gérant du cabinet spécialisé Trendéo. Vous publiez avec l'Institut de la réindustrialisation et McKinsey ce 9e baromètre mondial des investissements industriels où on trouve entre autres cette donnée-là. Concentrons-nous d'abord sur la France où la situation s'est détériorée ces derniers mois parce qu'au premier semestre, ça se passait mieux ?
Jusqu'à mars-avril, on était en positif encore sur la dynamique des ouvertures et fermetures d'usines. On est passé en négatif en avril mais c'était encore une tendance relativement douce. Et là, franchement, le mois de novembre a été très déficitaire.
Il y a eu beaucoup de droits de plans sociaux.
Voilà, on risque de terminer l'année dans le rouge avec plus de fermeture de sites industriels que d'ouverture.
Et concrètement, combien de sites de plus qui fermeraient et qui ouvriraient ?
Une quinzaine.
Une quinzaine. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Il s'est passé en plusieurs phases, en fait. Si on refait l'histoire depuis 2008-2009, très forte crise. D'abord, le secteur automobile qui a failli exploser en 2008-2009. 2013, la crise grecque. Là, c'est plutôt la hausse des taux d'intérêt. Et puis, on sort de la crise. On redevient en positif vers 2015. Et là, on s'inscrit dans une tendance à la reprise de l'industrialisation douce. Arrive le Covid. Donc là, une parenthèse très négative. Et puis, beaucoup de subventions. France 2030, France relance à partir de 2020. Et une reprise, quasiment une surchauffe, en fait.
Si bien que fin 2022, on était arrivé à un moment où, en quatre ans, on pouvait regagner toutes les usines qu'on avait perdues depuis 2009. Donc, vraiment, la dynamique était très forte. Mais il y a eu la fin de France relance. Et puis, la guerre en Ukraine. Donc, des difficultés. Et on est sur une tendance à la baisse depuis 2022. Donc, on est passé en dessous du zéro en avril. Et là, octobre-novembre, ça devient vraiment très difficile.
Et quels sont les secteurs qui souffrent et ceux qui s'en sortent mieux ?
Alors, au premier rang des secteurs qui souffrent, l'automobile. D'abord parce que le véhicule thermique est en train de disparaître au profit du véhicule électrique. Et on ne va pas retrouver les mêmes pièces dans les deux véhicules. Donc, tous les gens qui sont uniquement, les équipementiers qui sont uniquement sur le thermique, c'est difficile. La hausse du prix de l'énergie. Tous les gens qui transforment la matière, les fabricants de verre, de papier et autres, qui sont très consommateurs d'énergie, ont un problème de compétitivité. Donc, ça, c'est un peu les difficultés en France et en Europe.
Et puis, de l'autre côté, en Chine et aux Etats-Unis, il y a beaucoup de subventions, donc des secteurs très dynamiques et une attractivité assez forte.
Parlons-en des Etats-Unis. Il y a une politique mise en place par Joe Biden, l'IRE, l'Inflation Reduction Act, qui a poussé à ces investissements. Est-ce qu'on ne va pas faire de prospective ? Mais il y a un nouveau président qui arrive, qui est aussi un ancien, Donald Trump. À quoi peut-on s'attendre avec son deuxième mandat ?
Depuis 2020, les Etats-Unis ont subventionné massivement les investissements dans l'industrie. L'arrivée de Trump risque de ne pas changer grand-chose à cet état de fait. Biden avait un petit peu orienté les aides à l'investissement vers les investissements verts. Trump va probablement maintenir le même niveau de soutien à l'industrie, simplement en enlevant la condition que les investissements soient verts. Donc, ça va aussi bénéficier aux énergies fossiles et autres. Mais globalement, il ne faut pas s'attendre à une baisse des subventions et des aides à l'industrie aux Etats-Unis.
Il y a quelque chose qu'indique votre baromètre aussi, c'est qu'aujourd'hui, les investissements des industriels européens vers les Amériques, et donc notamment les Etats-Unis, dépassent ceux qui sont fléchés vers l'Europe même ?
C'est quelque chose qui est très fort, effectivement, et qui est assez impressionnant. Alors, en négatif, ça veut dire qu'effectivement, ils ne trouvent pas la zone européenne suffisamment intéressante pour y investir, et la dynamique est ailleurs. En positif, ça veut dire aussi que si on arrive à remobiliser cette capacité d'investissement, elle existe. Les entreprises européennes ont les moyens d'investir en Europe. Il s'agit de les convaincre que c'est de leur intérêt. Et alors, comment faut-il faire, selon vous ? C'est compliqué. Il faut baisser le prix de l'énergie. C'est tout un facteur, en fait.
Globalement, si on veut reprendre toute l'histoire de la désindustrialisation, on a 50 années de tendance négative à remonter. Donc, il faut à la fois de la formation, de la compétitivité sur les prix de l'énergie, du foncier. Enfin, il faut vraiment descendre dans le détail pour remettre à plat pas mal de choses.
On parlait de géographie. On a vu ce qui se passait en France exactement. Est-ce que, quand on se compare, on se console ? Est-ce que, globalement, le montant des investissements industriels est en baisse à échelle mondiale ?
Depuis 2020, la France a un bon niveau d'investissement, notamment poussé par toute la dynamique de la décarbonation. Et donc, ça a relativement peu baissé en 2024. Et effectivement, ça a un petit peu plus baissé au niveau mondial.
Et pour reparler de la question, parce qu'il y a un duel habituel entre les Etats-Unis et la Chine, qui s'en sort le mieux, là ?
Pour le moment, les Etats-Unis, très fortement. L'investissement est en baisse en Chine. Le seul avantage qu'ont les investisseurs chinois, enfin, un des avantages qu'ils ont, c'est qu'aujourd'hui, ils investissent peu, mais ils investissent de façon très concentrée dans des secteurs stratégiques. Donc, il y a pas mal d'investissements, notamment chinois en Europe, qui vont leur permettre, même si on applique des barrières à l'entrée sur le marché européen, de produire du véhicule électrique et des batteries directement dans l'Union européenne. Donc, d'échapper aux taxes.
Et cette baisse d'investissement, du montant d'investissement global, il y a évidemment des disparités régionales.
Au niveau France ou mondial ? Mondial.
Et remarquez, parlons de la France d'abord. Il y a des disparités régionales ?
Alors, il y a toujours des traditions industrielles en France. Auvergne-Rhône-Alpes est très généraliste dans les fabrications de produits intermédiaires. On a beaucoup d'aéronautiques en Occitanie, etc. Donc, il y a des avantages et des inconvénients dans chacune des régions et des atouts. Il y a des difficultés pour l'industrie en Ile-de-France. C'est un paysage assez diversifié. C'est-à-dire qu'on parle de la performance française, mais effectivement, il y a des terreaux régionaux très divers.
Et justement, on se posait la question des industries qui souffrent et qui s'en sortent. Est-ce qu'il y a des régions qui s'en sortent le mieux en France ? Celles qui attirent le plus ?
Les Hauts-de-France ont bénéficié de plusieurs gigafactories et réussissent une belle reconversion du véhicule thermique vers le véhicule électrique, ce qui n'était pas garanti. Donc ça, c'est une bonne région. Après, chaque région a des atouts. L'Occitanie a une très forte compétence sur l'aéronautique, mais un point faible, c'est qu'il y a peut-être trop de spécialisation. Le Pays de la Loire est aussi très aéronautique avec les composants de grande surface, les voilures chez Airbus. Ils ont aussi de l'informatique. Il faudrait en fait faire des monographies régionales, ce qu'on fait d'ailleurs.
Beaucoup ont à la fois leur qualité et leurs défauts. Une toute dernière question, il nous reste une petite minute. Vous vous êtes intéressé à l'intelligence artificielle ? Parce qu'au début, il y avait beaucoup d'investissements dans la recherche sur l'IA. Là, on est passé à une deuxième phase.
C'est ça. En 2018, il y a eu une phase d'investissement sur l'IA elle-même, sur la programmation, sur les serveurs. Et puis, depuis deux ans, on voit arriver l'intelligence artificielle appliquée au processus de production. Ça veut dire la gestion des stocks, la surveillance, la maintenance prédictive, la surveillance des défaillances. On voit beaucoup d'IA appliquée.
Deuxième phase. Merci beaucoup. David Kousker, vous êtes créateur, gérant du cabinet spécialisé Trendéo. Et on a analysé ensemble ce neuvième baromètre mondial des investissements industriels que vous publiez aujourd'hui. Merci d'avoir été notre invité éco.
Merci à vous.